États-Unis/Limogeage du patron du FBI : le président Trump risque-t-il d’être destitué?

Donald Trump a passé la journée de mercredi à défendre l'éviction soudaine du directeur du FBI James Comey.

Donald Trump a passé la journée de mercredi à défendre l’éviction soudaine du directeur du FBI James Comey. Crédits photo : Evan Vucci/AP

Le président américain est pris dans une tempête politique depuis qu’il a limogé le directeur du FBI James Comey, une décision selon lui sans lien avec l’enquête de la police fédérale sur une éventuelle collusion avec la Russie.

Va-t-il regretter sa décision? En limogeant le directeur du FBI James Comey, le président américain Donald Trump a déclenché une tempête dont il est difficile de prévoir l’issue. Car si, comme il l’affirme, cette décision n’a rien à voir avec l’enquête de la police fédérale sur d’éventuels liens de son équipe avec la Russie, les critiques fusent. Certains élus démocrates comme républicains soupçonnent le chef de l’État de vouloir entraver l’enquête, et les appels se multiplient pour la nomination d’un procureur spécial chargé de faire toute la lumière sur cette affaire, comme lors des scandales du Watergate ou des frasques de Bill Clinton. Mercredi, la Maison-Blanche a rejeté cette demande.

• Des paris, des manifestations, une pétition

Richard Nixon, le 17 février 1
Richard Nixon, le 17 février 1 Crédits photo : Henry Burroughs/AP

Les appels à une destitution de Donald Trump courent depuis qu’il a prêté serment, notamment en raison de multiples conflits potentiels entre ses affaires privées et les intérêts de la nation qu’il dirige. Sa décision de limoger James Comey a toutefois provoqué une flambée des paris sur son éventuelle éviction, selon les bookmakers. Cette probabilité a quasiment doublé mercredi, passant de 33% à 60%, a en effet affirmé Lewis Davey, porte-parole de la société irlandaise de paris en ligne Paddy Power. Car même si les circonstances sont différentes, ce limogeage a réveillé le souvenir de la décision prise en 1973 par le président Richard Nixon de révoquer le procureur spécial en charge de l’enquête sur le scandale du Watergate. Un an plus tard, Nixon démissionnait, certain d’être destitué par le Congrès.

Sur Twitter, le hashtag #impeachTrumpnow fleurit. Une pétition réclamant l’éviction de Donald Trump a récolté plus de 850.000 signatures. Et mercredi, plusieurs manifestations ont eu lieu à Washington, Chicago et d’autres grandes villes américaines pour appeler à son départ.

• L’«impeachment», une procédure encadrée par la Constitution

Aux États-Unis, la destitution d’un président a un nom: «impeachment». «Le président, le vice-président et tous les fonctionnaires civils des États-Unis seront destitués de leurs charges sur mise en accusation et condamnation pour trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs», stipule la Constitution. Un énoncé qui peut-être sujet à interprétations. Selon le processus édicté par la Constitution la Chambre des représentants accuse et le Sénat juge: un comité de la Chambre donne son approbation, et cette dernière peut alors enclencher la procédure par un simple vote à la majorité. C’est ensuite au Sénat de reconnaître le président coupable ou non (et précipiter son départ), l’«impeachment» devant recevoir la majorité des deux tiers.

» La Russie joue l’indifférence face à «l’affaire Comey»

• Au Congrès, un rempart républicain fragilisé

Aujourd’hui, le camp de Donald Trump – les républicains – est aux manettes des deux chambres du Congrès. Difficile donc d’imaginer le déclenchement d’une procédure de destitution dans les mois à venir. Mais les élections à mi-mandat (au cours desquelles l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants est renouvelé, ainsi qu’un tiers des 100 sièges du Sénat) ont lieu en 2018. Même si les républicains semblent confiants, ces «midterms» pourraient changer la donne, si l’impopularité du président républicain continue de croître. «Si les démocrates reprennent la main sur la Chambre, le comité Judiciaire pourrait créer un sous-comité chargé d’enquêter sur les abus potentiels et identifier des motifs précis de mise en accusation», estime ainsi The New Yorker.

En outre, si les républicains ont la main sur le Congrès, ont-ils intérêt à défendre coûte que coûte un président critiqué jusque dans leurs rangs? La journaliste Jennifer Rubin suggère dans le Washington Post qu’au vu de la gravité des faits, «le Congrès n’a pas d’alternative: il se doit de déterminer pourquoi [Donald Trump) a agi de la sorte, et pourquoi à ce moment-là». Ne pas réclamer une enquête indépendante pourrait rendre chaque élu républicain coupable au final d’avoir couvert une affaire potentiellement très dommageable pour la démocratie américaine.

• Deux présidents ont connu l’«impeachment»… mais sont restés au pouvoir

Si une procédure de destitution finit par être mise en place, elle entachera sans nul doute la présidence de Trump, mais rien ne dit qu’il sera effectivement évincé du pouvoir Dans une récente interview au Figaro, Allan Lichtman, historien et politologue à l’American University (Ohio), rappelait que la procédure d’«impeachment», «dernière sauvegarde de la démocratie américaine» avait été effectivement déclenchée à l’encontre de deux présidents, même si aucun n’a finalement été condamné par le Sénat: «Le premier, Andrew Johnson, en 1868, fut acquitté à un vote près. Le second, Bill Clinton, s’en est sorti en 1999 devant le Sénat, faute de majorité des deux tiers contre lui. Nixon, lui, aurait dû être destitué et condamné pour l’affaire du Watergate, le bombardement à outrance du Cambodge (1970) et le déraillement récemment avéré du processus de paix au Vietnam (1968). Mais il a démissionné juste à temps, en 1974.»

Lefigaro.fr par Anne-Laure Frémont

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