Côte d’Ivoire : Albert Toikeusse Mabri veut porter les couleurs RHDP en 2020

Albert Mabri Toikeusse, alors président de l’UDPCI, à Paris le 3 juillet 2015. © Vincent Fournier / J.A.

L’ancien ministre ivoirien des Affaires étrangères, Albert Toikeusse Mabri, est fermement décidé à être le candidat des houphouétistes lors de la prochaine présidentielle, en 2020. Il plaide également pour des amnisties en faveur de Simone et de Laurent Gbagbo.

S’il n’est plus ministre depuis novembre 2016, après treize années passées à la tête de différentes administrations (Santé, Transports et dernièrement Affaires étrangères), Albert Toikeusse Mabri semble n’avoir jamais eu d’aussi grandes ambitions. À 54 ans, redevenu simple député, il rêve d’être le candidat du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) à la présidentielle de 2020.

À la tête de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), il s’y prépare, soigne ses solides réseaux et compte sur son sens tactique. Car la tâche sera périlleuse : ses relations avec ses grands alliés du Rassemblement des républicains (RDR) et du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) sont des plus fragiles. Après les fortes tensions apparues lors des législatives, les rivalités sont exacerbées. Albert Mabri Toikeusse parviendra-t-il à s’imposer ? Arrivé quatrième en 2010, avec moins de 3 % des suffrages exprimés, il assure avoir les atouts nécessaires pour l’emporter en 2020.

Jeune Afrique : Depuis novembre 2016, vous n’êtes plus membre du gouvernement. Appartenez-vous toujours au RHDP, l’alliance au pouvoir ?

Albert Toikeusse Mabri : En tant que signataire de la plateforme du RHDP, l’UDPCI fait toujours officiellement partie du groupement. Mais il est vrai que nous nous sommes un peu mis en marge de ses activités.

Comment cette situation va-t-elle évoluer ?

C’est une question qui ne dépend pas que de moi. Le moment venu, les instances compétentes de notre parti se réuniront pour prendre une décision.

Avez-vous compris votre exclusion du gouvernement ?

Était-il nécessaire de la comprendre ? Mon départ découle de la décision du président Ouattara, et je n’ai fait qu’en prendre acte. Je tire toutefois une satisfaction personnelle d’avoir, en tant que ministre, pris une modeste part dans la réconciliation et le développement du pays.

Estimez-vous qu’il s’agissait d’une punition, après le refus de votre parti d’aller aux législatives sous l’étiquette RHDP ?

Je ne dirais pas cela. Un ministre, ça entre dans le gouvernement, puis un jour ça en sort… et la vie continue. Vu les circonstances, chacun a pris ses responsabilités.

Vous avez annoncé votre souhait d’être candidat à la présidentielle en 2020. Le serez-vous quoi que décident les autres partis membres du RHDP ?

Oui, je serai candidat. L’UDPCI m’a demandé dès 2013 de me préparer pour l’élection présidentielle de 2020, et j’ai donné mon accord.

Lorsque 2020 approchera, je déclinerai ma vision en un programme que je proposerai aux Ivoiriens

Récemment, dans une interview exclusive à Jeune Afrique (no 2945, du 18 au 24 juin), Henri Konan Bédié a annoncé que le candidat du RHDP à la présidentielle de 2020 serait issu des rangs du PDCI. Quelle est votre réaction ?

Je respecte le président du PDCI, qui me porte beaucoup d’affection. Mais je suis très réservé par rapport à ces propos. J’aimerais que ma candidature ne soit pas seulement soutenue par l’UDPCI, mais aussi par le RHDP. Je pense en effet avoir l’un des meilleurs profils pour représenter le mouvement à l’élection présidentielle de 2020.

À quel titre ?

Nous étions quatre partis à créer le RHDP. Ayant déjà été président, Henri Konan Bédié a accompagné Alassane Ouattara au deuxième tour lors du scrutin de 2015 – lors duquel il n’était pas candidat. Le président Ouattara, que nous avons tous soutenu, a quant à lui annoncé qu’il ne se représenterait pas en 2020. Dans la logique des choses, c’est à mon tour ! Évidemment, cette candidature ne saurait être effective que si tous m’apportent leur bénédiction. C’est ma prière, et je pense avoir les moyens de rassembler au sein du RHDP mais aussi au-delà, à l’échelle de la Côte d’Ivoire. C’est ce dont le pays a besoin.

Qu’apporteriez-vous de plus que les autres ?

Lorsque 2020 approchera, je déclinerai ma vision en un programme que je proposerai aux Ivoiriens. Mais ce qu’ils savent déjà, c’est que je suis un homme de mesure, de consensus et de rassemblement.

Souhaitez-vous la création d’un parti unifié RHDP ? Celle-ci ne cesse d’être repoussée…

Nous avons tous marqué notre accord de principe, à nous d’en définir les modalités. Ces derniers temps, beaucoup de choses ont semblé nous éloigner de cet objectif. Mais si nous avons tous la volonté de travailler pour le mouvement des houphouétistes, nous pourrons avancer. Il est vrai qu’il nous reste du chemin à parcourir.

Entre les mutineries, la grève des fonctionnaires et les difficultés économiques dues à la chute des prix du cacao, le début de l’année a été agité en Côte d’Ivoire. Est-ce que la situation vous préoccupe ?

C’est évident. Vous savez, rien n’est possible sans la paix. Et la paix a été profondément perturbée, le pays a été déstabilisé, son économie – qui souffrait déjà de la crise du café et du cacao – a été touchée par les mutineries. La situation est très préoccupante. Dieu merci, le dialogue a prévalu, notamment dans la gestion du dossier militaire.

Après avoir joué la carte de la fermeté, le gouvernement a cédé face aux revendications financières des mutins. A-t-il eu raison ?

C’était ce que nous recommandions, et j’ai félicité le gouvernement d’être parvenu au dialogue.

Certains Ivoiriens ne comprennent pas que l’on cède face aux militaires alors que les fonctionnaires n’ont pas obtenu de réponse à leurs revendications.

Je les comprends tout à fait et je leur donne raison. Mais il faut comprendre que ce mouvement d’humeur des militaires a provoqué d’énormes dégâts. Cela nous a tous perturbés, tout comme cela a perturbé notre économie. Des mesures urgentes devaient être prises, et cela a été fait. Mais le gouvernement doit aussi trouver une solution pour les fonctionnaires, qui sont également, à leur façon, des soldats sans lesquels nous ne pouvons avancer. Je crois qu’ils méritent une attention particulière.

Permettre à Alassane Ouattara d’agir pour la paix et la réconciliation en Côte d’Ivoire

Que faire face aux problèmes dans l’armée, qui semblent n’avoir toujours pas été réglés depuis 2011 ?

Il faut s’interroger sur la façon dont les ex-combattants et les ex-miliciens ont été intégrés à l’armée, dès l’origine. Nous avons besoin d’une armée disciplinée, avec des éléments bien formés, qui comprennent que leur rôle consiste à se mettre au service de la nation et de leurs concitoyens. Malheureusement, ce n’est pas ce que nous avons observé récemment. Les engagements pris vis-à-vis des uns et des autres doivent toutefois être respectés.

Depuis plusieurs mois, sur le continent, des voix s’élèvent pour demander la libération provisoire de Laurent Gbagbo. Vous qui étiez encore récemment ministre des Affaires étrangères, qu’en pensez-vous ?

Je crois que toutes ces voix souhaitent la réconciliation en Côte d’Ivoire. Cette question – comme pour d’autres personnes liées à cette crise et qui sont actuellement détenues ici – doit être examinée minutieusement. Si j’ai une recommandation forte à formuler aujourd’hui, c’est d’accélérer les procédures pour permettre à Alassane Ouattara d’agir pour la paix et la réconciliation en Côte d’Ivoire.

Voulez-vous dire que vous plaidez pour des grâces présidentielles ?

Il pourrait s’agir de grâces, mais on pourrait même aller jusqu’à des amnisties, qui constitueraient des actes encore plus forts.

C’est ce que vous prônez aussi pour l’ancienne première dame, Simone Gbagbo ?

Oui. Le président s’est plusieurs fois opposé à son transfert à la CPI, et j’étais totalement en accord avec cette position.

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