Le pape François au pays de Calvin pour revigorer l’unité des chrétiens

Le pape François est accueilli le 21 juin 2018 à Genève par le président de la Confédération helvétique Alain Berset pour sa visite d’une journée dans le pays de Calvin. / © POOL/AFP / PETER KLAUNZER

Le pape François a prôné jeudi à Genève « l’unité » des chrétiens opposée aux « guerres et aux divisions » qui affectent les plus faibles dans le monde, après une prière commune au côté de protestants et d’orthodoxes.

Le chef des 1,3 milliard de catholiques, plus célèbre porte-voix des chrétiens, a accepté une invitation du Conseil œcuménique des Eglises (COE), qui fête ses 70 ans et représente avec 350 églises membres quelque 500 millions de protestants et d’orthodoxes.

A Genève, terre du théologien et réformateur français Jean Calvin, le pape embrasse au sein du COE la galaxie mondiale chrétienne actuelle, dont des luthériens, des anglicans ou encore l’importante mouvance évangélique.

« Au cours de l’histoire, les divisions entre chrétiens sont souvent advenues parce qu’à la racine, dans la vie des communautés, s’est infiltrée une mentalité mondaine: on défendait d’abord ses intérêts propres », a jugé le pape François.

Accompagné dans la chapelle du Centre œcuménique de Genève par une femme, l’évêque méthodiste américaine Mary Ann Swenson, il a participé jeudi matin à son arrivée à une « prière œcuménique » aux côtés de 230 participants.

« Comme il est difficile de calmer les animosités » et de « sortir des contrastes et des refus réciproques alimentés par des siècles! », a-t-il admis, en estimant que les chrétiens devaient aujourd’hui « marcher ensemble ».

Le pape François à son arrivée à l’aéroport de Genève, le 21 juin 2018 / © AFP / Tiziana FABI

Le pape a souligné que trop souvent « sur les routes du monde règne une grande indifférence » tandis que les hommes se transforment en « esclaves du consumérisme effréné », loin de la spiritualité.

Utilisant une autre image qui lui est chère, François a déploré une planète où « les enfants et les personnes âgées deviennent des déchets dérangeants ».

Pour Olav Fykse Tveit, pasteur luthérien norvégien qui préside le COE, « il n’est pas difficile de trouver des sujets qui divisent toujours les chrétiens », comme des questions sur la sexualité, a-t-il confié à l’AFP avant l’arrivée du pape.

Mais « beaucoup de chrétiens, qu’ils soient catholiques ou non, le voient comme une voix forte qui exprime ce que nous voulons dire », a-t-il souligné.

Le pape François a incontestablement voulu focaliser son 23ème voyage à l’étranger sur l’unité des chrétiens, même s’il se trouvera non loin d’organisations dédiées à certains de ses thèmes phares, tel le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ou encore l’Organisation internationale du travail.

Le pape François lors d’une messe privée le 21 juin 2018 au Conseil ?cuménique des Eglises à Genève. / © AFP / Tiziana FABI

Le rapprochement entre chrétiens est inscrit dans les préoccupations de l’Église catholique depuis seulement une soixantaine d’années et son concile Vatican II (1962-1965), qui avait appelé au respect mutuel entre religions et renoncé à proclamer l’Église catholique comme seule détentrice de la façon de vivre le christianisme.

Une goutte d’eau dans une histoire bi-millénaire marquée par des schismes, de sanglantes guerres de religions en Europe et des haines tenaces.

– Rapports apaisés –

Les rapports désormais plus apaisés avec les orthodoxes et les protestants s’inscrivent dans le contexte d’une déchristianisation galopante en Europe ainsi que des persécutions ou attaques terroristes à l’encontre des chrétiens notamment au Moyen-Orient.

Le pape François a employé à plusieurs reprises l’expression « œcuménisme du sang », en déplorant l’assassinat sans distinction de catholiques, orthodoxes ou protestants.

Le pape François est accueilli par le président suisse / © VTV/AFP / –

« Si l’ennemi nous unit dans la mort, qui sommes-nous pour nous diviser dans la vie? », a-t-il dit.

L’Église catholique-romaine ne souhaite pas être adhérente du COE, qui représente des églises nationales parfois très locales ne reconnaissant pas la primauté du pape et aux visions doctrinales très différentes. Elle a néanmoins entamé avec l’organisation une collaboration depuis une cinquantaine d’années, dans l’aide humanitaire ou l’éducation.

Clin d’œil à la Suisse, le pape a été accueilli à sa descente d’avion par deux anciens gardes suisses, les stoïques soldats du pape qui jurent de se sacrifier si besoin pour leur souverain pontife.

La plus ancienne armée du monde – née en 1506 avec le recrutement de mercenaires helvètes, réputés invincibles, par Jules II, le pape de Michel-Ange – exige encore aujourd’hui d’être suisse, catholique-romain pratiquant et jeune célibataire.

Le souverain pontife terminera son voyage-éclair en célébrant, dans le gigantesque centre d’exposition de Genève, une messe, en français et latin, devant 41.000 catholiques majoritairement francophones dont des frontaliers français.

Sur environ huit millions d’habitants de la Suisse, 41% se disent catholiques et un quart protestants.

Romandie.com avec(©AFP / 21 juin 2018 12h12)

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