Procès de l’ex-chef de campagne de Trump: menteur invétéré ou professionnel trahi ?

Paul Manafort, ex-chef de campagne de Donald Trump, à Washington le 15 juin 2018 / © AFP/Archives / Brendan Smialowski

Menteur invétéré aux millions de dollars cachés au fisc ou consultant politique honorable trompé par un proche? Accusation et défense ont dépeint deux visages bien différents de l’ex-chef de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, lors des déclarations finales de son procès mercredi.

Après le réquisitoire et le plaidoyer, au tribunal d’Alexandria, près de Washington, le juge T.S. Ellis a donné ses instructions aux douze jurés, puis les a convoqués à 09H30 jeudi (13H30 GMT). Ils devraient se retirer peu après pour délibérer sur les 18 chefs d’accusation pesant contre Paul Manafort, 69 ans.

« M. Manafort a menti pour garder son argent quand il en avait, puis M. Manafort a menti pour obtenir de l’argent quand il n’en avait plus », a martelé le procureur Greg Andres, à propos des millions de dollars tirés principalement de ses activités de conseil auprès de l’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou.

La défense a contre-attaqué en tentant de convaincre les jurés que le dossier de l’accusation est chancelant.

Les avocats ont aussi laissé entendre que les enquêteurs s’étaient acharnés sur leur client sous les ordres du « procureur spécial » Mueller, honni du président américain. Deux mots qu’ils ont répétés à plusieurs reprises, au grand dam de l’accusation, car ils pourraient influencer les jurés.

Ancien lobbyiste de renom, Paul Manafort est en effet le premier à faire face à un procès découlant de l’enquête explosive de Robert Mueller, le procureur spécial chargé du dossier russe. Une « chasse aux sorcières », tempête Donald Trump depuis des mois, s’en prenant dernièrement directement à Robert Mueller, ex-chef du FBI pourtant respecté chez les républicains.

Si les faits reprochés à Paul Manafort sont antérieurs et non-liés à l’élection présidentielle de novembre 2016, ce procès ultra-médiatique n’en reste pas moins embarrassant pour le président américain.

– 31 comptes à l’étranger –

Veste en python, maisons luxueuses, massif de fleurs formant son initiale, « M »: l’accusation a fait pendant le procès la description colorée de dépenses exorbitantes.

« Ce n’est pas un crime dans ce pays d’être riche », a souligné M. Andres. Mais « nous sommes dans cette salle d’audience parce qu’il n’a pas (…) déclaré des revenus » qui ont payé les « voitures, les costumes, les appartements » en question.

Entre 2010 et 2014, M. Manafort « possédait » et « contrôlait » 31 comptes bancaires à l’étranger, par lesquels sont passés « plus de 60 millions de dollars », a-t-il expliqué. Sur ce total, 15 millions de dollars ont servi à financer « ses dépenses et celles de sa famille ».

En plus de fraude fiscale, il est accusé d’avoir caché l’existence de ces comptes à l’étranger –la plupart à Chypre– et d’avoir menti à des banques pour obtenir des prêts, une fois que Viktor Ianoukovitch –sa « poule aux oeufs d’or », selon les procureurs– a fui l’Ukraine en 2014.

M. Manafort rejette toutes ces accusations. Il risque de passer le restant de ses jours en prison.

Soulignant sa formation d’avocat, M. Andres a affirmé que « M. Manafort connaissait la loi mais l’a quand même violée ».

Etats-Unis: les avocats de Manafort arrivent au tribunal / © AFP / Katie Schubauer

– « Pas suffisant » –

« Nous estimons que le gouvernement n’a pas établi la charge de la preuve » au-delà du doute raisonnable, a rétorqué l’un des avocats de M. Manafort, Richard Westling. Puis, face aux jurés, il a ajouté: « Ce n’est pas suffisant de penser que quelqu’un est probablement coupable ».

Pendant le procès, la défense n’a appelé personne à la barre, alors que les procureurs ont fait défiler plus de vingt témoins.

Selon Jacob Frenkel, ex-procureur fédéral américain et associé du cabinet juridique Dickinson Wright, « ses avocats et (Paul Manafort) ont estimé qu’ils avaient laissé assez de place au doute » dans l’esprit des jurés lors des contre-interrogatoires.

Notamment lors de celui de Richard Gates, ancien associé qui a reconnu s’être entendu avec Paul Manafort pour frauder le fisc américain et lui avoir volé des centaines de milliers de dollars.

Richard Gates, 46 ans, coopère avec Robert Mueller depuis qu’il a accepté de plaider coupable en février.

« Si le jury décide que Rick Gates est responsable ou si le doute s’est installé dans l’esprit d’un seul juré, cela suffira pour qu’il ne condamne pas M. Manafort », avance Jacob Frenkel.

Comme à l’ouverture du procès, la défense s’est donc attachée mercredi à démolir la crédibilité de ce témoin, évoquant son besoin d’argent à cause d’une liaison secrète et lui rejetant la responsabilité des fraudes.

« Paul Manafort lui faisait confiance », s’est désolé Kevin Downing.

Le procureur Andres a défendu de nouveau farouchement la crédibilité de son témoin.

« La défense vous demande d’ignorer votre propre bon sens”, a-t-il lancé aux jurés. « Toutes les preuves montrent que M. Manafort est coupable ».

Romandie.com avec(©AFP / (16 août 2018 01h26)

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