France: La justice ordonne la reprise des soins de Vincent Lambert

FRANCE-HEALTH-EUTHANASIA

Le père de Vincent Lambert devant l’hôpital Sébastopol de Reims, lundi. FRANCOIS NASCIMBENI/AFP

 

La cour d’appel de Paris, saisie par les parents du patient, tétraplégique en état de conscience minimale depuis dix ans, a tranché lundi soir.

À Reims

Coup de théâtre hier soir dans l’affaire Vincent Lambert! Contre toute attente, le recours des parents de ce tétraplégique en état de conscience minimale depuis dix ans a été entendu par la cour d’appel de Paris. La cour a ordonné la reprise des soins, c’est à dire de l’alimentation et de l’hydratation du patient. «Nous avons gagné!», exultent les avocats des parents, Mes Jean Paillot et Jérôme Triomphe. Cette décision étant suspensive, les soins devaient reprendre dès cette nuit.

Face aux juges de la 1re chambre de la cour d’appel de Paris, Me Triomphe avait montré une vidéo de Vincent Lambert «apprenant qu’il va mourir». «On en parle comme d’un garçon qui n’a aucune conscience. Quand il a vu ses parents et son frère hier, Vincent pleurait, a avancé l’avocat. Voilà l’homme qu’aujourd’hui on est en train de tuer.» Cette vidéo «a été diffusée sur les réseaux sociaux en violation des droits à l’image», s’était pour sa part ému l’avocat du CHU de Reims. Sur place, Me Gérard Chemla, avocat du neveu de Vincent Lambert, François, partisan de l’arrêt des soins, soupirait: «On associe l’acharnement judiciaire à l’acharnement thérapeutique. Ces recours relèvent de la gesticulation.» Et pourtant, la cour d’appel de Paris a bien ordonné lundi soir«à l’État français (…) de prendre toutes mesures aux fins de faire respecter les mesures provisoires demandées par le Comité international des droits des personnes handicapées le 3 mai 2019 tendant au maintien de l’alimentation et l’hydratation» de Vincent Lambert.

Lundi matin, alors que leurs avocats se démenaient, entre Paris et Strasbourg, pour lancer d’ultimes recours, pour les parents de Vincent Lambert commençait ce lundi le temps des adieux. À 8 h 30, un courriel du CHU diffusé à tous les membres de la famille du patient, leur annonçait que «l’arrêt des traitements» et «la sédation profonde et continue» avaient été «initiés ce matin». «Ce sont des monstres! Des nazis!, enrageait Viviane Lambert, sa mère, en sortant du centre hospitalier. Vincent est en train de s’éteindre doucement. Tout ça pour faire passer l’euthanasie en France!» À ses côtés, son mari, 90 ans, chancelait et s’agrippait aux grilles: «C’est Hippocrate qu’on assassine!»

Le Dr Vincent Sanchez, médecin traitant de Vincent Lambert, «en violation de tous ses devoirs et de ce qu’il avait laissé croire, vient d’annoncer à la famille qu’il avait initié le processus de mort sans préavis, sans tenir compte des recours (ni) des mesures provisoires»(demandées par le Comité des droits des personnes handicapées, CDPH, de l’ONU), s’offusquaient dans un communiqué Mes Jean Paillot et Jérôme Triomphe, conseils des parents. S’appuyant sur la demande du CDPH, qui demande à la France de suspendre toute décision en attendant l’examen du dossier par ce comité, les deux avocats avaient saisi lundi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), ainsi que le Conseil d’État. La CEDH a aussitôt rejeté la requête, faute d’«élément nouveau».

Dans son courriel, le chef de service des soins palliatifs avait dit espérer «pour M. Vincent Lambert que chacun saura ouvrir une parenthèse et se rassembler, auprès de lui, afin que ces moments soient le plus paisibles, intimes et personnels possible». Parallèlement, de nouveaux horaires de visite avaient été mis en place pour les membres de la famille, qui se déchire depuis six ans. «Il y a le groupe A (celui des parents, d’un frère et d’une sœur) et le B (celui de l’épouse, du neveu, et de certains frères et sœurs, NDLR),avait détaillé François Lambert. Désormais nous avons deux heures pour chaque groupe le matin, puis deux heures l’après-midi. Et aussi une nuit sur deux, de 22 heures à 7 heures. Un lit a été rajouté dans sa chambre.»

L’appel du Pape

Assise devant les grilles cadenassées du CHU, Hélène, une cousine de Vincent Lambert, «venue cette nuit de Nîmes», disait avoir entamé une «grève de la faim». «Si on accepte que Vincent soit assassiné, s’alarmait-elle, les yeux rougis, ça veut dire qu’on peut tuer tous les handicapés qui ne peuvent pas se nourrir!»

À l’hôpital Sébastopol, selon plusieurs indiscrétions, plusieurs membres du personnel médical avaient pris des congés durant cette semaine fatidique, ne souhaitant pas «être associés à cette décision». Plusieurs médecins rémois, employés du CHU ou libéraux, avaient tenu à «faire appel à la conscience» du Dr Sanchez. «Ce qui se passe n’est pas médical: on va vers une mort provoquée», affirmait l’un d’eux. Des tensions que le CHU n’avait pas souhaité commenter, pas plus que la radiation et les poursuites réclamées par les avocats des parents à l’encontre du Dr Sanchez.

Le Pape avait appelé lundi à protéger la vie «du début à la fin naturelle», un message que son porte-parole avait partagé en appelant explicitement à prier pour Vincent Lambert. Le chef de l’État, lui, avait déclaré lundi qu’il ne lui «appartenait pas de suspendre une décision qui relève de l’appréciation de ses médecins et qui est en conformité avec nos lois».

Par Stéphane Kovacs et Agnès Leclair avec Le Figaro.fr

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Une Réponse to “France: La justice ordonne la reprise des soins de Vincent Lambert”

  1. Bouesso Says:

    Victoire à l’arrachée de la famille !

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