L’Italie plonge dans la crise politique

FILE PHOTO: Italy's Minister of Labor and Industry Luigi Di Maio, Prime Minister Giuseppe Conte and Interior Minister Matteo Salvini leave at the end of a news conference after a cabinet meeting at Chigi Palace in Rome

Luigi Di Maio, Giuseppe Conte et Matteo Salvini, en 2018, à Rome. Remo Casilli/REUTERS

 

Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini a pris ses adversaires de court en réclamant des élections anticipées. Crédité d’une large avance dans les sondages, il espère pouvoir gouverner seul à l’issue du scrutin.

Ceux qui espéraient encore éviter une crise politique en Italie ont dû se rendre à l’évidence. La langueur estivale est finie et la politique a repris ses droits. Le réveil a été sonné par Matteo Salvini, chef de La Ligue et vice-premier ministre, jeudi soir, dans un communiqué où il annonçait son envie de «rapidement redonner le choix aux électeurs». Vendredi, son parti s’est exécuté en déposant une motion de censure devant le Sénat, ce qui signe presque de facto la chute de gouvernement et de l’improbable coalition à la tête de l’Italie depuis mars 2018.

Les tensions entre les partenaires gouvernementaux, la Ligue (extrême droite) et le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) étaient certes connues, mais la brutalité de la décision des leghisti a pris tout le monde de court, à commencer par ses ex-alliés. Luigi Di Maio, le chef de M5S et lui aussi vice-premier ministre, a accusé Salvini de vouloir capitaliser sur ses bons sondages, sans se soucier de l’intérêt des Italiens. Plus étonnant, l’habituellement très silencieux premier ministre, Giuseppe Conte, a lui aussi fait montre de son agacement, rappelant que ce «n’est pas au ministre de l’Intérieur de déclencher une crise».«Le gouvernement travaille. Il n’est pas à la plage», a-t-il expliqué, dans une critique à peine voilée de Matteo Salvini dont les photos, dansant torse nu sur le sable, s’étalent sur les réseaux sociaux. Ce dernier justifie sa colère par des «blocages» au sein du gouvernement, notamment ceux entourant la construction de la ligne TGV Lyon-Turin, que la Ligue soutient, mais dont le M5S ne veut pas entendre parler.

Le choix est entre les mains du président de la République, Sergio Mattarella, qui décidera avec qui et quand auront lieu ces législatives.

Ces récriminations n’enfoncent qu’un peu plus l’Italie dans l’incertitude. Si l’hypothèse d’une élection anticipée apparaît quasi certaine, le chemin qui mène aux urnes, lui, ne l’est pas. Le choix est entre les mains du président de la République, Sergio Mattarella, qui décidera avec qui et quand auront lieu ces législatives. Les complexes lois italiennes lui offrent plusieurs possibilités, notamment maintenir l’actuel exécutif pour expédier les affaires courantes ou nommer un gouvernement technique. Il peut aussi tenter de gagner du temps, ou accélérer le calendrier. Matteo Salvini penche clairement pour cette dernière option. Il a déjà réclamé une convocation extraordinaire du Parlement, pour l’instant en vacances, sommant, avec son habituel langage fleuri, les élus «de se bouger le cul».

La présidente du Sénat a convoqué les chefs des groupes parlementaires de la Chambre haute lundi pour établir avec eux la date à laquelle sera discutée la mention de censure contre le gouvernement. À la Chambre des députés, cette réunion est prévue mardi midi. Selon les médias italiens, la Ligue voudrait que les élections législatives se déroulent dans la seconde moitié d’octobre.

L’extraordinaire poussée de son parti

En précipitant le retour aux urnes, Matteo Salvini, en position de force, fait en réalité un pari. Celui de pouvoir gouverner seul avec La Ligue ou, au pire, avec les nationalistes de Fratelli d’Italia, dont les voix lui sont déjà acquises. L’extraordinaire poussée de son parti a, en 14 mois de pouvoir, inversé le rapport de force au sein de l’ex-coalition. La Ligue est aujourd’hui créditée de 36, voire 38 % des intentions de vote (contre 17 % en 2018), tandis que le M5S ne cesse de s’effondrer, avec des sondages autour de 17 %, la moitié de son score de 2018.

À Bruxelles, cette crise est suivie avec effroi.

À Bruxelles, cette crise est suivie avec effroi. Elle peut certes faciliter la formation de la prochaine Commission européenne. Les capitales ayant jusqu’au 26 août pour nommer leur commissaire, la confusion actuelle obligerait le premier ministre Giuseppe Conte à désigner un technocrate. «Cela serait beaucoup plus facile à gérer qu’un candidat issu de la Ligue», confie un diplomate. Mais il s’agit de l’unique point positif. L’hypothèse d’un raz-de-marée d’extrême droite provoque des sueurs froides. Ayant toujours fustigé les «diktats» de Bruxelles, le patron de la Ligue pourrait prendre une série de décisions jugées dangereuses pour l’Italie et l’Union européenne. Le gouvernement de Giuseppe Conte avait accepté de diminuer le déficit public du pays. «Avec Salvini au pouvoir, ces engagements s’évaporeront», pronostique un fonctionnaire européen.

Le Figaro.fr par Tanguy Berthemet

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Une Réponse to “L’Italie plonge dans la crise politique”

  1. Bouesso Says:

    La guerre de stratégie politique commence

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