Argentine: qu’est-ce que le péronisme, ce mouvement politique vainqueur de la présidentielle ?

 

Ni de droite, ni de gauche, le péronisme est un mouvement national et populaire qui a participé à la construction nationale de l’Argentine. Il s’incarne en la personne de Juan Perón.

Le péronisme est de retour au pouvoir en Argentine. Le candidat péroniste de centre gauche Alberto Fernández a remporté ce dimanche 27 octobre l’élection présidentielle face au président sortant Mauricio Macri. Il met ainsi un terme à quatre années de parenthèse libérale. Mais le péronisme, c’est quoi exactement ?

Les origines du mouvement

Le mouvement commença le 17 octobre 1945, en Argentine. Une contestation massive de «descamisados», petit peuple des «sans-chemise», se rassemblait place de Mai, devant le siège de la présidence à Buenos Aires. Les manifestants réclamèrent la libération du colonel et secrétaire au Travail, Juan Perón, emprisonné alors qu’il faisait de l’ombre au pouvoir militaire en place. Les ouvriers protestaient contre la fraude électorale et les abus du patronat. Ils ont vu en Juan Perón la figure d’un sauveur. Un an plus tard, le militaire était élu président. Il siégea à trois reprises à la tête du pays (1946-1952, 1952-1955 et 1973-1974) et reste, encore aujourd’hui, l’un des grands mythes de l’histoire argentine.

Entre 1946 et 1949, Juan Perón organisa une redistribution sociale massive en faveur des classes populaires et gagna rapidement le soutien des ouvriers. Le péronisme fit entrer l’Argentine dans la modernité post-Seconde Guerre mondiale et répondait à la crainte que le pays tombe dans le communisme. Réélu pour la troisième fois en 1973, Juan Perón mourut un an plus tard, laissant derrière lui un pays profondément divisé, teinté de rouge par une dictature sanglante. Les juntes militaires se sont succédé entre 1976 et 1983 et ont fait près de 30.000 «desaparecidos» (disparus), des personnes arrêtées et tuées dans le plus grand secret.

Ni à droite, ni à gauche

«Le péronisme est un mouvement national et populaire qui a participé à la construction de la nation argentine», analyse Christophe Ventura, directeur de recherche à l’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques) et spécialiste de l’Amérique latine. Ce mouvement s’inscrit dans une logique «d’intégration et de soutien des classes populaires. Il emprunte aussi une dimension nationaliste, avec l’idée de conciliation entre les classes et la bourgeoisie active». Le leader, incarné par l’image de Juan Perón, a un rôle de «ciment» entre l’ensemble de la population.

La doctrine péroniste défend aussi l’industrialisation face aux grands propriétaires terriens, le contrôle des exportations, un État fort et centralisé ainsi que la neutralité internationale et l’intégration politique et commerciale sud-américaine. Les problématiques de santé, d’éducation, et de justice sociale sont aussi prédominantes. Difficile, voire impossible de classer le péronisme sur l’échiquier politique dit «classique».

À un journaliste espagnol qui lui demandait de parler du paysage politique argentin, Juan Perón avait répondu : «Regardez en Argentine, il y a 30% de radicaux (sociaux-démocrates), 30% de conservateurs et autant de socialistes». «Mais, où sont les péronistes ?», a alors demandé le journaliste. «Ah, mais nous sommes tous péronistes !» Mais une autre question se pose : le péronisme est-il populiste ? «Une bonne partie de la théorie du populisme politique provient d’Argentine. S’il est un populisme, au sens réel du terme, c’est bien le péronisme argentin. Il vise à construire un mouvement populaire massif et s’oppose aux partis traditionnels», analyse Christophe Ventura.

Réunification du péronisme

La victoire d’Alberto Fernández et de sa vice-présidente Cristina Kirchner constitue une «réunification du péronisme», poursuit Christophe Ventura. Le libéral Mauricio Macri, premier non-péroniste de droite élu à la tête de l’Argentine en 2015, a laissé sa place. «C’est une renormalisation de la vie politique argentine. On voit qu’on ne peut pas gouverner sans le péronisme. C’est encore le mouvement politique le plus puissant en Argentine», estime le chercheur à l’Iris. Et d’ajouter : «Le centre de gravité du péronisme victorieux aujourd’hui est plutôt de centre-gauche, ce qu’incarne Cristina Kirchner, même si pour gagner, le péronisme a réuni ses franges intérieures.»

«La victoire d’Alberto Fernández et de Cristina Kirchner indique aussi que la présupposée fin du cycle de la gauche en Amérique latine est bien plus plus complexe qu’on le pensait. Il y a des gauches résilientes qui reviennent au pouvoir, comme en Argentine, mais les droites demeurent puissantes. Un équilibre des forces se redessine», conclut Christophe Ventura.

Par Adrien Filoche, avec AFP

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Une Réponse to “Argentine: qu’est-ce que le péronisme, ce mouvement politique vainqueur de la présidentielle ?”

  1. Bouesso Says:

    Une victoire à l’arrachée !

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