Liban: Saad Hariri démissionne sous la pression des manifestants

Des Libanais de toutes confessions dénoncent depuis deux semaines la corruption et l’inertie de la classe politique.

Michel Aoun, Saad Hariri

Le premier ministre Saad Hariri (à droite) a remis sa démission au président Michel Aoun, mardi à Beyrouth. Dalati Nohra/AP

C’est dans un discours très bref et au nom de la «sécurité du pays» que le premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé mardi qu’il présenterait sa démission au président. Treize jours après le début d’immenses manifestations qui ont bouleversé le pays, Saad Hariri a capitulé. «Notre responsabilité aujourd’hui est de savoir comment protéger le Liban et empêcher tout feu de l’atteindre», a-t-il déclaré, l’air grave.

Outrés par une énième taxe proposée par un gouvernement jugé corrompu et inefficace, les Libanais manifestent tous les jours depuis le 17 octobre pour exprimer leur ras-le-bol vis-à-vis de dirigeants qui ont été surpris par leur capacité à se mobiliser au-delà des divisions traditionnelles entre partis et religions.

Formé fin janvier, le gouvernement a échoué à mettre en œuvre des réformes nécessaires pour redresser l’économie libanaise à bout de souffle. L’influent gouverneur de la banque centrale, Riad Salamé, a confié à CNN lundi qu’un effondrement économique du pays pourrait survenir d’ici à «quelques jours».

C’est un premier pas vers le changement. Nous voulons rapidement un gouvernement de technocrates qui seront dignes de gouverner

Antony Barakat

La démission de Saad Hariri a été accueillie avec enthousiasme parmi les manifestants qui réclament le renouvellement complet de toute la classe politique libanaise, aux manettes du pays depuis la fin de la guerre civile. «C’est un premier pas vers le changement. Nous voulons rapidement un gouvernement de technocrates qui seront dignes de gouverner», confie Antony Barakat, 20 ans, place Sassine, l’un des plus importants carrefours du quartier majoritairement chrétien d’Achrafié, à Beyrouth.

Le Hezbollah s’en prend aux manifestants

Mais l’heure n’était pas seulement aux réjouissances. Comme une dizaine d’autres personnes dans la foule, le jeune homme tenait un bâton en bois dans sa main pour sa «propre protection», selon lui. La peur d’une nouvelle crise sécuritaire était palpable.

Quelques heures plus tôt, des centaines d’hommes se réclamant du puissant parti chiite, le Hezbollah, et de son allié Amal, ont saccagé le centre-ville occupé depuis près de deux semaines par des manifestants, qui avaient installé des tentes pour débattre, dans une ambiance joyeuse, de l’avenir de leur pays.

Des rumeurs se sont rapidement propagées selon lesquelles ces hommes étaient sur le point d’envahir Achrafié. «Je doute qu’ils montent jusqu’ici, mais des précautions doivent être prises. Il n’est pas acceptable que ces gens détruisent des tentes de manifestants pacifiques», s’indigne Antony Barakat.

Avant de pénétrer le centre-ville, ces casseurs, qui chantaient des slogans à la gloire du leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, ont attaqué des manifestants installés depuis plusieurs jours – avec tentes, frigo et matelas – sur une des autoroutes principales du centre-ville. «Je vais me changer rapidement et revenir. On ne bougera pas», confiait l’un d’entre eux, Nassim Azzam, 30 ans, dont le tee-shirt était déchiré au niveau de l’épaule après une empoignade violente avec les sympathisants des deux partis chiites.

Militant au sein d’un groupe issu de la société civile, Li Haqqi, le jeune homme fait partie de nombreux jeunes Libanais vivant à l’étranger et rentrés spécialement pour participer aux manifestations. «C’est comme un rêve», confie celui qui espère voir le système confessionnel, pierre angulaire de la gouvernance libanaise, s’effondrer.

Des dizaines de soldats et de membres des forces antiémeutes observaient les manifestants nettoyer le chaos laissé par les casseurs sur la place des Martyrs. «Ce sont des moutons, des gens endoctrinés et aveuglés par leur idéologie», observe Joumana Hayek, professeur de philosophie, un balai à la main. De nombreux manifestants chantaient des slogans à la gloire de l’armée libanaise, considérée comme le dernier rempart contre les armes et la violence des sympathisants du Hezbollah.

La mise en garde de Le Drian

Dans un discours de près d’une heure, Hassan Nasrallah s’est prononcé vendredi contre une démission du gouvernement et a insinué que les manifestants étaient financés par des puissances étrangères. «Peut-être que ces violences sont une manière de nous faire comprendre que ce sera le chaos si le gouvernement démissionne», avançait Mohamed Serhan, un manifestant affilié à un petit parti d’opposition non confessionnel, le Bloc national, quelques heures avant la démission de Saad Hariri.

Laquelle ne fait qu’empirer une crise déjà «très grave», selon le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. «Ce dont a besoin le Liban, c’est d’un engagement de l’ensemble des responsables politiques à s’interroger sur eux-mêmes», a-t-il déclaré mardi. La réponse du président Michel Aoun et celle de son allié le Hezbollah, dans les jours à venir, révéleront s’ils y sont prêts.

Le Figaro.fr par Sunniva Rose à Beyrouth

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Une Réponse to “Liban: Saad Hariri démissionne sous la pression des manifestants”

  1. Bouesso Says:

    Une décision courageuse pour apaiser les tensions

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