Congo: Hommage à la Sénatrice Emilienne LEKOUNDZOU par Marc MAPINGOU

 

Madame Emilienne Lekoundzou vient de nous quitter ce samedi 1er février 2020.
C’est dans un climat apaisé que je l’ai vue, vendredi 24 janvier 2020, dans sa chambre d’hôpital, en présence de sa fille Hannara et de mon frère cadet Jean-Mathieu Mapingou.
Moment émouvant où, dans cette chambre, on pouvait apercevoir un bouquet de fleurs de saison, refusant de faner pour ne pas donner raison au temps qui passe.

Un chapelet blanc ornait discrètement le cou de la malade, comme pour nous dire qu’elle s’accrochait comme le Christ lors de sa passion dans les bras de la Sainte Vierge Marie. Elle parlait à peine mais avait réussi comme par enchantement à me dire :  » Il n’y a plus rien à faire « .

Après un long silence, dans un dernier effort, elle nous demandera de faire une prière.
Au cours de ce moment magique où sa respiration devenait de plus en plus haletante, j’ai évoqué des souvenirs de famille, elle était très liée à notre papa Basile Mapingou qu’elle a honoré si bien lors de sa mort en 2002, et l’unique gerbe de fleurs qui a résisté au vandalisme de petits voleurs du village est celle de notre soeur Emilienne qui orne la tombe de l’ancêtre MAPINGOU.

Je ne voulais pas voir le temps passer, je rassurai à notre sœur Emilienne Lekoundzou qu’elle avait toujours été une bonne personne, généreuse et bienveillante.
Je lui dis merci pour ce qu’elle nous a apporté. Je transmis les vœux de courage et de guérison de la part de ceux qui n’étaient pas là.
Je l’ai vu remuer la tête quand je lui ai dit que Nous l’Aimions, et rien de plus normal pour une femme qui a mis l’amour du prochain au centre de sa vie.

J’ai longuement parlé et invoqué nos ancêtres dans cette prière où nous attendions en vain un miracle de Dieu le miséricordieux.

À présent, je comprends pourquoi les voies de Dieu demeurent impénétrables.
Je comprends aussi pourquoi dans l’espérance, la famille a prié toute cette nuit autour d’elle jusqu’à ce qu’elle nous quitte à 5 heures du matin.

Elle est partie à l’heure où les premiers chants de coq réveillent les habitants de Sibiti. Le chant du coq a annoncé le lever du jour, en annonçant le départ d’une Reine, et laisser à ceux qui survivront le temps de profiter de la lumière. C’est un signe de la mystique de chez moi.

La famille me pardonnera d’évoquer ce moment intime, mais voyez -vous, rien n’est plus poignant que de voir une belle âme nous quitter en nous bénissant.

En 1993, dans ce même hôpital américain de Neuilly, j’étais venu rendre visite à Emilienne Lekoundzou.

Soucieuse de la paix au Congo, sur son lit d’hôpital, elle m’a suggéré une fois sortie de l’hôpital d’aller rencontrer M. Sassou Nguesso, en séjour en France, pour évoquer des questions de paix et de réconciliation.

Emilienne Lekoundzou avait perçu le climat délétère qui s’annonçait dans le pays depuis la rupture de l’alliance PCT-UPADS et la dissolution de l’Assemblée Nationale. Elle avait le flair politique ma chère Sœur ! Elle souhaitait une réconciliation entre les principaux acteurs politiques du pays pour éviter le pire.

Lors de cette visite chez M.Sassou Nguesso, j’ai découvert une femme libre, combattive et convaincue que seule l’unité nationale pouvait garantir la paix au Congo. Cet après-midi de l’année 1993, j’écoutai religieusement un véritable plaidoyer en faveur de la paix.

Emilienne Lekoundzou dominait le débat et s’imposait comme une Diane congolaise.
S’adressant à M. Sassou Nguesso, elle dit:  » M. le Président, je me trouve dans une situation délicate, car, d’un coté il y a Pascal Lissouba qui est un parent, et de l’autre, ma belle famille. Les deux camps me regardent avec méfiance alors que mon devoir est de construire des ponts. Et je vous assure que si les principaux acteurs politiques ne se concertent pas le pays volera en éclats. »

Après avoir pris longuement la parole, M. Sassou Nguesso nous dira sa volonté de discuter avec le président Lissouba et me pria de lui transmettre ses souvenirs.

Une fois à Brazzaville, je pus associer mon oncle Pascal Ngamassa, homme modéré et de paix, ainsi que mon frère et ami Martin Kimpo à mon entretien avec Pascal Lissouba.

La vérité est qu’à cette époque, les faucons et cette canaille qui entouraient Pascal Lissouba, ces derniers visiteurs nocturnes, étaient au courant de cette initiative de réconciliation … La suite est connue.

Les mêmes ont rejoint très vite Sassou Nguesso, en occupant des postes de conseillers, ministres, députés, ou pire secrétaire permanent d’un dialogue de pacotille, après avoir hypothéqué la paix au Congo et marché sur de nombreux cadavres, en association avec les autres faucons du PCT.

Madame Emilienne Lekoundzou a été visionnaire à certains égards.

Le département de la Lekoumou perd une Sénatrice qui a su rassembler les fils et filles de la région et qui, au delà de la Lekoumou, a servi le pays avec les valeurs d’unité nationale et de patriotisme.

Il y a une année, je rendais visite au couple dans leur domicile de la région parisienne.
J’ai encore leurs conseils en mémoire. :  » Éviter nos erreurs et surtout faire la politique pour servir son pays et non se servir du pays pour s’enrichir « . Tél fut le conseil de M. Lekoundzou avant que sa femme ne renchérisse, en m’invitant toujours à la modération, à l’esprit du rassemblement et à l’unité nationale.

J’ai senti comme un devoir historique de témoigner sur cette grande dame, toujours habillée en blanc, et qui voulait nous partager le sens de la pureté. Elle s’est accrochée jusqu’à la fin de sa vie, en luttant dignement devant son destin, je ne l’ai pas connue plaintive. C’était une battante. Sa foi en Dieu lui avait donné une force extraordinaire qui faisait d’elle une femme de convictions.

« Ma Yaya Emilienne, tu nous quittes au moment où le pays s’effondre et où les vieux démons de la division ressurgissent. Emporte avec toi vers le ciel la volonté de notre peuple qui a soif d’un pays réconcilié et uni. »

Marc MAPINGOU

 

Photo de BrazzaNews.
Avec Brazzanews.fr

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