Finitude : Marc Mapingou, « sic transit gloria mundi »

Finitude : Marc Mapingou, « sic transit gloria mundi »

Cher Marc,

Te voilà désormais à l’Orient éternel : libéré des peines, des soucis ! Te voilà désormais au règne de l’esprit. Mors janua vitae. Que dire de plus ? Dans Loués soient nos seigneurs, Regis Debray – que tu lisais beaucoup – nous révèle que « tout ce clôt une aventure arrête toute débandade ». Non, l’heure n’est pas à la critique ; elle au recueillement. Je me joins à la Communauté congolaise pour te souhaiter « bon voyage ». Sic transit gloria mundi. Ah !… Le Faucheur, cette fatalité inéluctable, la désillusion, le détachement, le stoïcisme, ou le découragement et le pessimisme.

Nous nous sommes rencontrés pour la première fois dans les studios de ZianaTV. Ce jour-là, nous avons débattu dans une émission. Depuis, nous avons sympathisé. Nous discutions ; nous évoquions notre passion commune pour la lecture. Combien de fois n’évoquais-tu pas ta préférence pour l’antiquité gréco-romaine et la Renaissance – cet immense Alléluia pour reprendre l’exclamation d’Albert Camus -, ta passion pour Marc-Aurèle et Erasme ? De Pensée pour moi-même à Eloge de la folie en passant par Complainte de la paix, tout y passait. Tu étais très à l’aise dans les écrits dans cette époque-là et, je dois l’avouer, j’étais muet d’admiration. Ces souvenirs resteront à jamais gravés dans le disque dur de ma mémoire, sans le moindre soupçon d’être fait d’une substance moins durable que le temps.

Oh !… Nous n’étions toujours pas d’accord ! D’ailleurs, comment cela serait-ce possible ? Mais tu le disais sans hypocrisie ; de mon côté je te le faisais aussi savoir. Te souviens-tu de cette critique que j’avais émise dans l’émission Décryptage sur la stratégie du Général Jean-Marie Michel Mokoko ? J’avais commencé par étriller le slogan dont tu avais été l’un des artisans : « L’avenir est arrivé » ! Mais jamais, au grand jamais, tu n’avais manifesté la moindre rancune. Bien au contraire, tu exprimais une certaine approbation à mes philippiques dans la mesure  où elles étaient constructives. Du moins estimais-tu.

Construit intellectuellement, tu l’étais ! C’est pourquoi il y avait en toi cette capsule d’altérité et de tolérance. Cette tolérance qui fait grandement défaut chez nos compatriotes. Il ne t’échappait pas que notre époque est propice à la « parole humiliée », à ce que la philosophe Simone Weil appelait dans La pesanteur et la grâce, « les égarements des contraires ». Non pas deux pensées qui se complètent ou se superposent mais, hélas ! se juxtaposent. Surtout au moment où les réseaux sociaux fabriquent les « intellectuels » virtuels à tout-va. Je puis affirmer, ya Marc, que tu as su tourner le dos aux fanges de la parole perdue. Tu étais, à vrai dire, un fil à plomb… Une sublime conséquence de ta construction intellectuelle équilibrée ou, ce qui revient au même, à la rectitude de ton effort spirituel. Tempérance et clémence te caractérisaient.

Les quelques années où je t’ai connu, pour employer une image dont tu m’avais parlé au soir du 31 décembre 2018 au moment de nous souhaiter les vœux pour le nouvel an, tu tentais, avec tes moyens, de « sortir de la caverne ». « Représente-toi donc des hommes, pour me rappeler cette recommandation de Platon dans La République, qui vivent dans une sorte de demeure souterraine en forme de caverne possédant, tout le long de la façade, une entrée qui s’ouvre largement du côté jour ; à l’intérieur de cette demeure ils sont, depuis leur enfance, enchaînés par les jambes et par le cou, en sorte qu’ils restent à la même place, ne voient que ce qui est en avant d’eux, incapables d’autre part, en raison de la chaîne qui tient leur tête, de tourner celle-ci circulairement. Quant à la lumière, elle leur vient d’un feu qui brûle en arrière d’eux, vers le haut et loin. » Merci, grand-frère, de me l’avoir rappelé. Cette image, j’en fais mienne ! Non, je ne l’oublierai pas. Je lis et relis La République de Platon grâce à tes conseils.

Aujourd’hui, ya Marc, tu es « fini ». « Fini », cet adjectif polysémique – « C’est seulement à notre propre mort que nous sommes finis ».  « Fini »   renvoie à la finition d’un objet, d’un projet, voire à la mise en œuvre de sa  perfection  et  « Fini  »  comme mort. Ainsi l’adjectif « Fini » devient polysémique. Un seul signifié : «  Fini » et au moins 2 signifiants : « Fini » comme aboutissement  d’un projet et « Fini » comme mort. » Une fois de plus, je me souviens de cette discussion à la veillée en mémoire de Nzongo Soul. C’était à Sevran Beaudottes. Des gémissements en cascade ! Mais aussi une espérance ! Non, ya Marc, je ne romprai pas cette Chaîne d’union qui nous liait aussi bien dans l’espace que dans le temps.

Accolades… cher grand-frère !

Bedel Baouna

Avec Entrecongolais, le Mardi 5 Mai 2020

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Une Réponse to “Finitude : Marc Mapingou, « sic transit gloria mundi »”

  1. Bouesso Says:

    R.I.P

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