Canada: Un CHSLD infecté à 100 %, avec un virus dans l’air, préoccupe Québec

Pour entrer dans le CHSLD Vigi Mont-Royal, les travailleurs et les bénévoles doivent maintenant revêtir des protections de la tête aux pieds comme celles-là, avec même une cagoule par-dessus la tête et un masque N95.
© /Radio-Canada Pour entrer dans le CHSLD Vigi Mont-Royal, les travailleurs et les bénévoles doivent maintenant revêtir des protections de la tête aux pieds comme celles-là, avec même une cagoule par-dessus la tête et un masque N95.
La situation est hors de contrôle au centre d’hébergement Vigi Mont-Royal, de l’aveu du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Dans ce CHSLD doté d’un système de ventilation défectueux, tous les résidents sans exception sont tombés malades.

La contamination est complète. Un document interne du groupe Vigi Santé obtenu par Radio-Canada révèle qu’aucun résident n’a échappé à la COVID-19 dans l’établissement privé conventionné de Mont-Royal.

Sur les 226 aînés testés positifs, 70 en sont morts sur place et 32 ont été envoyés à l’hôpital où plusieurs sont probablement décédés.

Depuis la fin de semaine, le personnel de santé et les militaires qui se rendent sur les lieux revêtent des équipements de protection de la tête au pied, ce qui est inhabituel pour un CHSLD : masque respiratoire N95, visière, cagoule, jaquette imperméable, gants jusqu’aux coudes et couvre-chaussures.

S’ils se protègent ainsi, c’est que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal a découvert, le 8 mai, un système de ventilation défectueux et un ARN viral [des morceaux de virus] présent dans l’air.

Les Forces armées canadiennes ont été appelées en renfort au CHSLD Vigi Mont-Royal, à partir du 29 avril.

© Google Street View Les Forces armées canadiennes ont été appelées en renfort au CHSLD Vigi Mont-Royal, à partir du 29 avril.
«Les gens devenaient positifs à une vitesse phénoménale», raconte Sonia Mancier, présidente du secteur privé de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Le CIUSSS Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal s’en est inquiété et a mobilisé ses spécialistes en contrôle des maladies infectieuses ainsi qu’un expert de la qualité de l’air.

Le système de ventilation et de recirculation de l’air a été réparé dans les derniers jours et une décontamination étage par étage est en cours. Mais il est trop tard. En plus de tous les résidents, 148 employés ont été infectés.

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail a ouvert une enquête. Il n’a pas été possible de joindre le groupe Vigi Santé.

Le gouvernement du Québec est au courant de la situation à Vigi Mont-Royal, puisqu’on découvre dans un document daté du 13 mai, produit pour le compte de la ministre responsable des Aînés, que le CHSLD Vigi Mont-Royal fait partie des huit établissements autorisés à refuser, exceptionnellement, les visites des proches aidants.

On peut y lire que la « situation d’éclosion de la COVID n’est pas en contrôle dans ce CHSLD, ce qui met à risque la sécurité des proches ». Québec évoque le problème de ventilation.

Un virus qui contamine par l’air? Deux expertes se prononcent

Une mauvaise circulation de l'air peut augmenter les risques d'infection.

© Ilya Lukichev/getty images/istockphoto Une mauvaise circulation de l’air peut augmenter les risques d’infection.
«Quelques études ont retrouvé de l’ARN de virus dans l’air», dit la microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine, Caroline Quach. «Pas dans les conduits de ventilation, mais dans l’air des chambres des patients.»

«On sait que le virus se promène surtout dans les grosses gouttelettes respiratoires qui ont tendance à retomber sur le plancher assez rapidement», explique Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal. «Mais il peut aussi se promener dans de plus petites gouttelettes qui peuvent rester en suspension un certain temps dans l’air.»

Comme Caroline Quach, Céline Tremblay ne pense pas qu’on puisse nécessairement imputer au système de ventilation défectueux toutes les infections du CHSLD.

Le syndicat des infirmières demande une injonction afin de tester la qualité de l’air des autres CHSLD

Le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux a bénéficié de renforts de personnel venus du Centre universitaire de santé McGill et de la Croix-Rouge.

© Google Street View Le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux a bénéficié de renforts de personnel venus du Centre universitaire de santé McGill et de la Croix-Rouge.
La présidente du secteur privé de la FIQ, Sonia Mancier, blâme la « désorganisation » de certains CHSLD de Vigi Santé et le « non-respect des zones chaudes et froides ». Elle s’inquiète aussi que des problèmes de ventilation semblables surviennent dans d’autres centres du groupe.

La FIQ s’est donc adressée à la Cour supérieure afin d’obliger l’employeur de Vigi Dollard-des-Ormeaux et de Vigi Reine-Élizabeth, des CHSLD privés conventionnés, à faire une inspection de la qualité de l’air et de la ventilation, et à fournir les équipements de protection à l’ensemble des salariées.

Avant même que le juge ne rende sa décision, mercredi, Vigi Santé a déclaré sous serment avoir mandaté trois firmes d’experts pour effectuer des tests. Le juge a exigé que les résultats soient remis au syndicat.

Le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux présente un bilan d’infections qui s’apparente à celui de Vigi Mont-Royal avec 96 % des résidents infectés, selon un document interne, ainsi que 116 employés qui ont attrapé la COVID. Au moins 66 aînés en sont morts.

Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, qui a envoyé une équipe en renfort dans l’établissement, assure que la situation est « difficile », mais « stable ».

Fait à noter : sur les six CHSLD exemptés par le gouvernement de l’obligation d’accepter des proches aidants, on retrouve quatre établissements du groupe Vigi Santé.

Les CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux, Vigi Pierrefonds et Vigi Reine-Élizabeth ont obtenu d’être soustraits à la directive en raison d’éclosions jugées « importantes ». Le ministère considère que les conditions minimales de sécurité n’y sont pas réunies et que les établissements ont besoin de temps pour contrôler la propagation.

Avec Radio-Canada par Thomas Gerbet

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