Comment les produits désinfectants affectent-ils notre odorat et notre peau?

Le recours à du liquide désinfectant représente une solution de rechange pratique au lavage des mains avec de l'eau et du savon.
© /iStock Le recours à du liquide désinfectant représente une solution de rechange pratique au lavage des mains avec de l’eau et du savon.
Combien de fois par jour vous lavez-vous les mains? Sûrement plus souvent qu’il y a trois mois, avant l’éclosion de la pandémie. Cependant, certains produits désinfectants dégagent des odeurs nauséabondes, d’autres nous irritent la peau. Voici quelques caractéristiques et astuces à savoir sur les désinfectants.

Savon ou gel désinfectant?

Le chimiste et professeur titulaire de chimie à l’Université Laval, Normand Voyer, indique qu’il y a plusieurs écoles de pensée, mais qu’en général, se désinfecter les mains avec de l’eau et du savon ou avec un gel désinfectant sont deux façons adéquates de se protéger du virus de la COVID-19.

«Les gels désinfectants à base d’alcool, s’ils sont bien formulés en respectant les normes de Santé Canada, sont efficaces pour désinfecter pour ce type de virus», dit-il.

Le lavage des mains trop fréquents endommage l'épiderme, une mince couche qui agit comme barrière sur la peau.

© /iStock Le lavage des mains trop fréquents endommage l’épiderme, une mince couche qui agit comme barrière sur la peau.
Par contre, on devrait éviter de se laver les mains à une fréquence exagérée, car cela pourrait avoir l’effet contraire. Dre Elena Netchiporouk, dermatologue, professeure et directrice de l’enseignement clinique en dermatologie à l’Université McGill, explique que les savons et désinfectants brisent la mince couche de graisse et de protéines qui agit comme comme barrière de défense pour la peau.

«Il y a quand même des études récentes qui démontrent que si la peau est trop abîmée et que la barrière cutanée est trop brisée, on augmente les risques de contracter la COVID-19», mentionne-t-elle.

Qu’est-ce qu’un «bon» gel désinfectant?

Normand Voyer explique que, généralement, les gels désinfectants sont fabriqués à base d’alcool. Les deux types d’alcool les plus fréquents sont l’éthanol et l’isopropanol.

Un produit désinfectant à base d'éthanol.

© Alexia Martel-Desjardins/Radio-Canada Un produit désinfectant à base d’éthanol.
L’éthanol est l’ingrédient actif que l’on retrouve dans la plupart des boissons alcoolisées comme la tequila, la vodka et le gin. L’isopropanol, lui, est aussi connu comme l’alcool à friction.

Pour avoir une bonne efficacité, un désinfectant doit avoir une concentration d’alcool entre 60% et 70% (on vise plus 70 % pour l’isopropanol, souligne Normand Voyer).

«Si c’est à 95 %, ce n’est pas bon, prévient Normand Voyer. Ça prend une certaine quantité d’eau dans l’éthanol ou l’isopropanol. Si c’est trop concentré et qu’il n’y a presque pas d’eau, ce n’est pas aussi efficace.»

Ces désinfectants qui sentent la liqueur

Vous avez peut-être remarqué que certains produits désinfectants dégagent une intense odeur d’alcool fort. Normand Voyer indique que ce sont ceux faits avec de l’éthanol.

Une rangée de bouteilles de tequila dans un bar de New York

© Chris Hondros/Getty Images Une rangée de bouteilles de tequila dans un bar de New York
«L’éthanol est plus volatile que l’isopropanol et donc on le sent plus quand il est dans un gel, indique le professeur de chimie. Il s’évapore plus rapidement et il va à notre nez où on va le détecter plus facilement.»

Ainsi, les produits avec une haute concentration d’éthanol risquent de sentir davantage l’alcool fort.

Les mains sèches

Dre Elena Netchiporouk explique que les savons attaquent l’épiderme, une mince couche faite de protéines et de graisses, qui agit en tant que barrière de défense pour notre peau.

Le savon enlève les lipides et les ingrédients protecteurs de la surface de la peau, ce qui a pour effet de l’assécher.

© ablokhin/getty images/istockphoto Le savon enlève les lipides et les ingrédients protecteurs de la surface de la peau, ce qui a pour effet de l’assécher.
«En saponifiant cette graisse, ça permet d’éliminer les résidus de saleté que la peau a vus durant la journée. Évidemment, ça diminue les résidus bactériens, mais ça enlève aussi cette graisse essentielle qui nous protège», indique-t-elle.

Les produits qui assèchent le plus les mains? Les savons naturels et artisanaux, selon Dre Netchiporouk.

«Plus le savon est naturel et fait à partir de graisses animales comme un savon artisanal, plus il a un pH très élevé, très alcalin et ça détruit la peau. Ça enlève toutes les graisses naturelles qu’on a normalement.»

Pour éviter d’avoir la peau des mains gercée, on privilégie un produit le plus doux et le plus simple possible, comme un pain de savon synthétique.

Pourquoi? La plupart du temps, les savons liquides contiennent des agents de préservation, souvent faits à base d’alcool, «ce qui peut être irritant ou allergène dans certains cas», précise Elena Netchiporouk. La professeure en dermatologie suggère aussi d’éviter d’utiliser des savons parfumés, souvent eux aussi faits à base d’alcool.

Les savons artisanaux assèchent davantage la peau des mains, explique la dermatologue Elena Netchiporouk.

© /Radio-Canada Les savons artisanaux assèchent davantage la peau des mains, explique la dermatologue Elena Netchiporouk.
Faire attention aux ingrédients
 

Dr Voyer souligne d’ailleurs qu’avec la pandémie, plusieurs détaillants ont commencé à produire leurs propres désinfectants pour les mains, mais que certains peuvent contenir des substances toxiques.

«On peut fabriquer de l’éthanol beaucoup moins cher quand on le fabrique à partir de la pétrochimie, mais quand on fabrique cet alcool-là à partir de résidus de pétrole, il ne contient pas juste de l’éthanol, parce que dans le procédé il va aussi fabriquer en même temps des sous-produits qui peuvent contaminer cet alcool-là», dit-il.

Un de ces sous-produits, l’acétaldéhyde, un produit toxique réglementé par Santé Canada et qui n’est habituellement pas permis dans les produits désinfectants.

«Santé Canada a assoupli un peu les règles par rapport à cette réglementation-là pour permettre un peu l’utilisation de ce type d’alcool qui ne devrait pas être utilisé en temps normal», indique Normand Voyer.

Avec Radio-Canada par Alexia Martel-Desjardins

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