Un exemple du « vivre ensemble »: La cohabitation pacifique et fraternelle entre Tékés et Koongos

Le Royaume du Kongo tomba, aux 16ème et 17ème siècles, dans la spirale du commerce d’esclaves planifiée par les Portugais et les autres européens. Fortement affaibli par la dépopulation et par les incursions des états voisins, le Royaume se désagrégea.  Le ‘’coup de massue’’ fut la bataille d’Ambuila en octobre 1665, au cours de laquelle, les forces portugaises accompagnées de troupes qui leur étaient soumises vainquirent les Forces royales du roi Mvita a Nkanga (Antonio 1er du Kongo), tuèrent ce dernier avec beaucoup de ses lieutenants. Ce qui accéléra le déclin du Royaume du Kongo.

Le peuple Koongo en débandade, se dispersa malheureusement. D’aucuns restèrent au nord du Royaume, l’actuel nord de l’Angola ; d’autres, à cause de l’esclavage se retrouvèrent aux États-Unis d’Amérique, comme à la Nouvelle-Orléans en Louisiane, où se trouve le ‘’Kongo Square’’ lieu symbolisant les retrouvailles d’antan des esclaves Koongos, tous les soirs ; d’autres en Amérique du Sud (Brésil, Pérou), dans les Caraïbes (Cuba) et dans les Antilles Françaises Guadeloupe et Martinique) où arrivèrent plus de 6.000 Koongos. Selon le professeur Engelbert Mveng, cité par l’écrivain congolais Adrien Diakodi de la République Démocratique du Congo, ‘’en tout il y eut pour le seul Royaume du Kongo, 13.500.000 Koongos exportés pendant toute la période du commerce triangulaire des esclaves noirs’’ ; d’autres encore se dirigèrent au Cabinda, vers la République Démocratique du Congo dans les provinces de Bandundu et du Bas-Congo, et vers le sud du Gabon ; d’autres enfin traversèrent le fleuve Congo aux environs de Manyanga dans le district de Boko pour s’installer sur la rive droite dans les régions du sud du Congo Brazzaville où ils furent accueillis pacifiquement et affablement par leurs cousins les Tékés. À en croire les mythologies Koongo et Téké, les Koongos et les Tékés descendraient d’une même aïeule, Ngunu, qui donna naissance à deux enfants Mantéké et Mukoongo (Mu Té ngunu, Mu Ko ngunu).

Dans leur installation au Congo-Brazzaville, dans les terres Tékés, notamment dans l’actuel département du Pool, les Koongos adoptèrent beaucoup de coutumes Tékés pour se faire accepter, il faut le souligner, pacifiquement. Par exemple, les Sundis, l’un des sous-groupe koongos installés dans le Pool Nord, ont excellé dans cette transformation, allant jusqu’à se faire des tatouages (signes de beauté et de noblesse) aux visages (à l’instar du célèbre chef coutumier Joseph Nkéoua) comme leurs bienveillants hôtes.  D’autre part les Koongos ont beaucoup emprunté à la sagesse Téké dans l’art de palabrer. En tout cas, les formules, en téké, ont été et sont reprises comme telles par les Koongos qui jusqu’à ce jour les utilisent dans la conduite des affaires. Beaucoup de villages et de cours d’eau dans le Pool portent toujours des noms tékés. Par exemple les villages : Linzolokimpila, Ngamibaku, Mayita, Mfilu, Ngamaba, Kintélé, Ignié, Leba, Mbama, Mpissa, Makélékélé, etc. ou les cours d’eau : Mfoa, Ndjiri, Tsiémé, Lufulakari, Kibina, Madzia, Ngamiké, Mboté, Ngamanzoko, Ngantoni, Ngamisaku, Ngabumi, Ntsizi, kélékélé, Maduku Tsékélé etc.

Par contre, Mayama, chef d’un clan koongo, imposa son nom au village téké nouvellement occupé par les Koongos (l’actuel village Mayama). Plus loin, le clan koongo, Ndamba imposa le sien – Kindamba – au centre du grand Royaume Téké.  Plus au nord, les Koongos fondèrent Mpangala, en mémoire de leur région d’origine Mpangala, la terre de Magombolo Ma Mpangala, au Royaume du Kongo (Kongo dia Ntotila). Enfin les Koongos et les Tékés ont des noms propres communs : Mampouya, Malanda, Malonga, Massamba, Mbemba, Nkodia, Nkouka, Nganga, Ngoma, Youlou, Moungabio, Mpiaka, Mpanzu, etc.

Les Koongos seraient actuellement environ 15 millions restés sur le continent africain. Ils parlent tous une langue commune, le kikoongo qui en dépit de son homogénéité, présente des variantes dialectales, pas très différentes entre elles, mais facilement perceptibles par les Koongos eux-mêmes et par ceux qui connaissent la langue.

Cette variété dialectale permet de classer tous les Koongos dans des sous-groupes ethnolinguistiques qui sont :

‘’Bisi-Ngombé, Manyanga, Mbata, Ndibu, Ntandu, Solongo, Yombé, Zombo’ ’en République Démocratique du Congo ;

‘’ Mbata, Ndamba, Solongo, Zombos, Kotchi, Lindji, Woyo, Yombé’ ’en Angola ;

‘’Miéné’’ au Gabon ;

‘’ Kaamba’’ au Kenya ;

‘’Beembé, Doondo, Kaamba, Minkééngué, Vili, Yombé, Kunyi, Laadi, Sundi, Hangala, Koongo-Boko, Lari, Manyaanga au Congo-Brazzaville. Ils sont classés dans des sous-groupes dont certains sont à cheval sur deux régions, successivement de l’Océan Atlantique à Mpangala.

Les dialectes parlés par les sous-groupes ethnolinguistiques sont désignés par le nom du groupe auquel on ajoute le préfixe ‘’Ki’’. Ainsi par exemple, la langue des Sundis est le Kisundi, celle des Laris, le kilari, celle des Béembés, le kibéembé, celle des Vilis, le kivili, etc.

De son côté, notre compatriote Félicien Bidzimou affirme à propos des sous-groupes koongos que ‘’ ces sous-groupes, plus ils sont éloignés sur le plan spatial, plus ils parlent des langues assez différentes et plus ils sont proches, plus leurs langues se rapprochent ou sont presque semblables. Ce qui leur permet, chacun en utilisant sa langue, de communiquer, sans trop d’effort.’’ Par exemple, le Vili et le Yombé peuvent communiquer, chacun en parlant sa langue. Il en est de même pour le Sundi et le Laadi, le Doondo et le Hangala, le Koongo-Boko et le Laari, le Béembé et le Minkéengué. En revanche, il faut noter qu’en s’exprimant, chacun en sa langue, il est difficile que le Vili de Kakamoeka se comprenne avec le Koongo-Boko. Cependant, malgré les différences, les sous-groupes koongos ont un substrat linguistique commun : le substrat kikoongo. C’est ce qui fait ressortir l’unité du peuple Koongo, un grand peuple monothéiste, animiste et non banal.

Les Tékés présentent, eux, aussi, des variétés dialectales. Leurs sous-groupes ethnolinguistiques sont :

Nzikous, Koukouyas, Ngangoulous, Tékés-Alima, Tékés d’Ewo, Tékés-Ngamaba, Yakas, Mbambas, Mbalis (Tékés du Fleuve), Mbomas (Tékés de Mbé et de Lufini), etc. au Congo-Brazzaville ;

Tékés, Bahumbus, Mbalis (Tékés du fleuve), etc. en République Démocratique du Congo ;

Mbambas au Gabon ;

Enfin, les Koongos et les Tékés ont la même histoire et un même environnement naturel.Leurs traditions, leurs coutumes et leurs proverbes (marque de sagesse) sont les mêmes à une variante près. Qui plus est, les Koongos et les Tékés sont issus respectivement de 12 clans.

Par cette évocation de la cohabitation fraternelle et pacifique entre les Koongos et les Tékés, j’apporte ma modeste pierre au renforcement de l’unité nationale et du ‘’vivre ensemble’’ d’une part et j’applique le proverbe koongo ‘’Wa dia fua yika dio’’ c’est-à-dire qu’il faut fructifier l’héritage qui nous a été légué par nos ancêtres Koongos et Tékés ‘’les Ngatsiés (les propriétaires) ’’, d’autre part. Cette évocation, le souligné je à nouveau, consiste aussi à sauver grâce à l’écriture, ce qui peut l’être encore, dans le domaine des traditions orales, celles-ci constituant, comme on le sait au niveau de chaque aire culturelle de nos départements respectifs, le réservoir des différentes formes d’expression à utiliser pour faire passer le message.

Dieudonné Antoine GANGA

Ancien Ministre des Affaires étrangères du Congo-Brazzaville (1991-1992)

Ancien ambassadeur du Congo à Washington (USA) et à Addis Abeba (Éthiopie)

In Congo-liberty

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