Canada/Mesure historique : des porcs du Québec seront abattus aux États-Unis

Environ 95 000 porcs sont en attente d’abattage dans la province. Pour ne pas perdre cette viande, les producteurs québécois, qui ont toujours été fiers d’élever et de transformer leurs porcs localement, s’apprêtent à les envoyer chez nos voisins du Sud.

Les éclosions de COVID-19 parmi le personnel de deux abattoirs d’Olymel a réduit la capacité d'abattage de porcs dans la province.© /iStock Les éclosions de COVID-19 parmi le personnel de deux abattoirs d’Olymel a réduit la capacité d’abattage de porcs dans la province.

Les éleveurs de porcs sont en train de mettre la touche finale à un plan historique pour écouler leurs bêtes; un scénario nécessaire pour éviter d’euthanasier 95 000 porcs qui s’entassent actuellement dans les porcheries québécoises.

Les éclosions de COVID-19 parmi le personnel de deux abattoirs d’Olymel, ceux de Vallée-Jonction, en Beauce, et de Princeville, au Centre-du-Québec, expliquent notamment l’adoption de cette mesure exceptionnelle.Publicité

Ailleurs au pays, l’Ontario, le Manitoba et l’Alberta ont l’habitude d’exporter aux États-Unis. Or, le Québec, lui, a toujours tenu à ce que la viande soit transformée sur place. À quelques rares occasions, des porcs québécois ont été transformés à Red Deer, en Alberta, mais jamais une action concertée n’a dû être entreprise par les acteurs de l’industrie.

Tout indique que d’ici deux semaines, des camions-remorques débarqueront dans les fermes porcines et les animaux y monteront, en direction de Red Deer et vers les États-Unis.

Entre 5000 et 10 000 porcs par semaine devraient pouvoir être abattus en Alberta, mais c’est insuffisant. Les éleveurs espèrent donc pouvoir en vendre le plus possible aux États-Unis, même s’ils anticipent des pertes financières. Les éleveurs de porcs vont assumer le coût du transport des bêtes.

Les défis logistiques de cette opération sont immenses, selon le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval, mais cela permettra de ne pas gaspiller d’animaux destinés à la consommation.

«On est très fiers de tout transformer au Québec et d’amener une valeur ajoutée au Québec. […] Mais de dire que je produis un produit qui va être transformé ailleurs, c’est le moins pire des scénarios», explique David Duval.

Ultimatum d’ici Noël

Plus la période des Fêtes approche, plus la situation devient critique. Durant les congés de Noël et du jour de l’An, les abattoirs du Québec fonctionnent habituellement à capacité réduite, ce qui crée un goulot d’étranglement. Il faut compter six journées d’abattage en moins, à raison de 40 000 porcs abattus par jour. C’est donc pourquoi les éleveurs gardent espoir de réduire le nombre de porcs en attente à 50 000 d’ici Noël en les écoulant aux États-Unis.

Chez Olymel, qui participe activement aux échanges visant à trouver des solutions, on ne souhaite pas commenter l’exportation de porcs aux États-Unis avant que l’opération ne commence. 

Le directeur des communications, Richard Vigneault, confirme cependant qu’un quart de travail a été ajouté à l’usine de Red Deer et que des heures supplémentaires ont été effectuées à l’abattoir d’Ange-Gardien, en Montérégie. Il précise qu’avec le protocole sanitaire de la COVID-19, il est extrêmement difficile d’organiser des quarts supplémentaires et que les heures supplémentaires se font sur une base volontaire uniquement.

Les représentants syndicaux des usines de Princeville et de Vallée-Jonction affirment que les travailleurs n’ont jamais été sollicités pour des heures supplémentaires depuis que les éclosions ont été maîtrisées.

Détourner les porcs ontariens

Olymel a accepté de faire abattre des porcs ontariens en Alberta plutôt qu’au Québec, un soulagement pour les éleveurs québécois qui déploraient la situation.

L’Ontario produit 24 000 porcs par semaine et 14 000 sont normalement transformés au Québec.

Le cabinet du ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, convient que les éleveurs «font face à d’importants défis» et dit suivre la situation de près. Le ministre n’était pas disponible pour répondre aux questions de Radio-Canada.

La semaine dernière, André Lamontagne dévoilait les détails de son plan pour accroître l’autonomie alimentaire. Il insistait notamment sur l’importance de transformer les produits d’ici au Québec.

Avec Maude Montembeault

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