La lutte contre le sida mise à mal par la pandémie de Covid-19

Les conséquences de l’épidémie de coronavirus vont peser sur le dépistage, la lutte contre le VIH ainsi que sur l’accès aux soins des malades.

Un centre de prevention a Paris.
Un centre de prévention à Paris.© STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP

Le 5 juin 1981, il y a 40 ans jour pour jour, les États-Unis recensaient le premier cas de sida. S’ensuivent 20 ans de pandémie difficile à contrôler. À la fin des années 1990, l’Onusida estime qu’environ 20 millions de personnes vivent avec cette maladie. Il faut attendre l’année 2000 pour que les nouvelles contaminations à l’échelle mondiale commencent à décliner, passant de 2,8 millions de nouveaux cas en 1999 à 1,7 million en 2019. Des résultats encourageants, mais bien en dessous des objectifs fixés par l’Onusida dans l’optique de mettre fin à l’épidémie d’ici à 2030. L’institution avait fixé une limite de 500 000 nouvelles contaminations en 2019 pour y parvenir. Une amélioration insuffisante que la pandémie risque d’ébranler.

Les chiffres de Santé publique France sont alarmants : le nombre de tests de dépistages du VIH a baissé de 10 % pendant le premier confinement, soit 50 000 tests de moins qu’en 2019. De même, le nombre de primo-prescriptions à la PrEP (pour prophylaxie pré-exposition, un comprimé qui permet d’éviter d’être contaminé par le VIH y compris sans protection) a chuté de 80 % pendant cette période. Une baisse constatée également par les associations de lutte contre le sida.

Moins d’interactions sexuelles

Le recours à la PrEP nécessitait jusqu’ici la prise de deux rendez-vous avec un virologue ou un infectiologue dans un hôpital spécialisé avant de pouvoir en bénéficier. Or, pendant la pandémie de Covid-19, ils se sont vus débordés. « Certains ont fait preuve de beaucoup de dévouement en envoyant par mail les prescriptions qui ne nécessitaient pas de rendez-vous », explique Florence Thune, directrice générale de Sidaction. C’est pourquoi le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé le 28 mai que les médecins de ville seraient habilités à prescrire la PrEP. Une mesure, réclamée par les associations et les conseils de médecins depuis plusieurs années, qui est donc en vigueur depuis le 1er juin dernier.

En France, la priorité pour les acteurs de la course contre le sida est donc de dépister les séropositifs qui s’ignorent et de répandre à plus large échelle le recours à la PrEP, seuls moyens de mettre fin à cette épidémie. Florence Thune appelle à « ramener dès maintenant les patients vers les hôpitaux, car cette potentielle recrudescence ne sera chiffrée qu’à partir de 2022, mais réelle bien avant ».

Selon Aurélien Beaucamp, président de l’association AIDES, ces craintes sont à relativiser car « si pendant le premier confinement les personnes se sont moins déplacées pour se faire dépister, on peut aussi imaginer qu’elles ont eu moins d’interactions sexuelles. Au mieux, la situation pourrait avoir stagné. Mais nous restons extrêmement vigilants quant à une hausse éventuelle des infections. » Tous deux notent que la crise a creusé les inégalités et éloigné les personnes vulnérables (transgenres, homosexuels, travailleuses du sexe) des soins médicaux. AIDES a développé depuis 2016 en France trois centres préventifs et médicaux, appelés SPOTS, destinés à ces publics (à ParisMarseille et Nice).

La crainte d’une recrudescence des décès dans les pays défavorisés

Mais dans certaines régions du globe, les enjeux sont tout autres. La DG de Sidaction redoute « une hausse du nombre des nouveau-nés séropositifs en Afrique ». Elle explique qu’à cause de la pandémie, les femmes enceintes séropositives n’ont pas pu accéder aux consultations prénatales habituelles ni aux traitements préventifs. Le nombre de nouveau-nés infectés était pourtant stable depuis 2017, selon l’Onusida, dont les données s’arrêtent en 2019.

À cela s’ajoutent les conclusions d’une enquête de l’OMS dévoilée pendant l’été 2020. Elle révèle que 73 pays, majoritairement africains, vont vers la pénurie d’antirétroviraux (ARV), le médicament permettant d’éviter les formes graves de sida. En cause : les délais de fabrication et d’acheminement rallongés par la priorité donnée au Covid-19. Parmi ces 73 pays, 24 sont déjà en rupture de stock, privant ainsi 8,3 millions de personnes de leur traitement ARV. Cela représente 33 % des traitements à l’échelle mondiale.

Ces 8,3 millions s’ajoutent aux 15 millions d’individus qui n’avaient pas encore accès au traitement, relève Aurélien Beaucamp. « Nous ne pouvons pas laisser la pandémie de Covid-19 réduire à néant les avancées obtenues de haute lutte dans la réponse mondiale contre cette maladie », déclare le DTedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS. Pour éviter la catastrophe, Florence Thune appelle « les États à renflouer les caisses du Fonds mondial de lutte contre le sida qui a alloué un milliard de dollars à la riposte contre le Covid-19, un milliard de dollars initialement destiné à la course contre le sida ».

Avec Jeune Afrique par Louis Ferriole

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