Nombre record de personnes déplacées par les désastres climatiques

Au cours de l’année 2020, un nombre record de personnes ont été déplacées en raison de désastres, selon l’Internal Displacement Monitoring Center (IDMC).

Les événements météorologiques, principalement les cyclones, tempêtes et inondations, ont été à l'origine de 98 % des déplacements liés aux catastrophes, comme ici à Iversheim, en Allemagne, le 16 juillet 2021.

© INA FASSBENDER/Getty Images Les événements météorologiques, principalement les cyclones, tempêtes et inondations, ont été à l’origine de 98 % des déplacements liés aux catastrophes, comme ici à Iversheim, en Allemagne, le 16 juillet 2021.

L’organisme fait état de 30,7 millions de nouveaux déplacements liés aux catastrophes climatiques et géophysiques, soit trois fois plus que ceux causés par les conflits et la violence (9,8 millions).

Les régions les plus problématiques sont l’Asie de l’Est et le Pacifique, ainsi que l’Asie du Sud, par leur vulnérabilité aux cyclones, moussons et inondations. Dans ces régions, des millions de personnes vivent dans les deltas, sur les côtes et dans d’autres terres basses propices aux inondations et à l’érosion. Vulnérabilité et densité de population élevée ne font pas bon ménage, souligne Vincent Fung, de l’IDMC.

L’événement le plus perturbateur de l’année dans la région a été le cyclone Amphan, qui a provoqué près de cinq millions d’évacuations au Bangladesh, en Inde, en Birmanie et au Bhutan en mai 2020.

La vulnérabilité climatique n’est toutefois pas la seule raison expliquant l’ampleur du phénomène, précise M. Fung. Le manque de planification lors de la construction, que ce soit par le choix de l’emplacement ou des matériels, vient aggraver une situation déjà fragile.

Le taux d’urbanisation dans la région Asie de l’Est et Pacifique est le plus élevé du monde, rappelle l’IDMC, qui souligne que l’urbanisation rapide et souvent non planifiée augmente le risque de déplacement en cas de catastrophe en concentrant les populations dans les zones exposées aux aléas.»

En Chine, par exemple, de gigantesques projets tels que des barrages modifient les bassins fluviaux et amplifient les risques d’inondation ou de sécheresse.

Des enfants indonésiens dans leur quartier inondé le 2 janvier 2020 à Jakarta.

© Ed Wray/Getty Images Des enfants indonésiens dans leur quartier inondé le 2 janvier 2020 à Jakarta.

En Indonésie, les pluies diluviennes du début de l’année 2020 ont entraîné l’évacuation de près de 400 000 Indonésiens. La métropole de Jakarta, où habitent plus de 30 millions de personnes, s’affaisse de plusieurs centimètres par an.

Au cours des prochaines années, les inondations pourraient entraîner le déplacement de six millions de personnes par an, en moyenne, en Asie du Sud, ce qui en fait la région avec le plus haut risque de déplacement au monde, souligne l’IDMC.

L’Amérique du Nord n’est pas épargnée

Le cinquième pays le plus touché du monde, les États-Unis, est victime des tempêtes tropicales, mais aussi des feux de forêt. Ce sont eux qui causent le plus grand nombre de déplacements en Amérique du Nord.

L’étalement urbain et la construction dans des secteurs à proximité de forêts, de zones arbustives ou de prairies font en sorte que des milliers de personnes vivent dans des zones à risque.

Au Canada, ce sont 26 000 déplacements qui ont eu lieu en 2020, la plupart causés par des inondations, des températures extrêmes et des feux de forêt.

Le feu qui a réduit en cendres une partie de Lytton, en Colombie-Britannique, en juillet 2021, faisant au moins deux morts, a forcé l'évacuation des 250 habitants du village.

© Timothé Matte-Bergeron/Radio-Canada Le feu qui a réduit en cendres une partie de Lytton, en Colombie-Britannique, en juillet 2021, faisant au moins deux morts, a forcé l’évacuation des 250 habitants du village.

Le plus grand risque de déplacement au Canada viendra cependant dans quelques décennies, entre 2050 et 2100, estime Robert McLeman, professeur agrégé à l’Université Wilfrid-Laurier, à Waterloo.

L’élévation du niveau des mers touchera alors plus fortement les régions côtières, notamment Vancouver et Charlottetown, tandis que la fonte du pergélisol pourrait entraîner la relocalisation de villages entiers. On le voit déjà dans des collectivités comme Tuktoyaktuk, où les affaissements de terrain constituent une menace pour les maisons et les routes.

Les phénomènes environnementaux à évolution lente, tels que l’élévation du niveau de la mer, sont moins spectaculaires que les cyclones, mais tout aussi préoccupants sur le long terme. C’est le cas également de la sécheresse, qui touche des millions de personnes en Afrique.

Une Éthiopienne dans un camp de réfugiés dans la Corne de l'Afrique, une région durement touchée par la sécheresse.

© Chris Stein/AFP/Getty Images Une Éthiopienne dans un camp de réfugiés dans la Corne de l’Afrique, une région durement touchée par la sécheresse.

Des pays d’Afrique subsaharienne comme le Mali, l’Éthiopie, la Somalie ou le Kenya risquent d’en subir les effets, précise M. McLeman. En ce qui concerne la sécheresse, le processus de déplacement est un peu différent, explique-t-il. Comme cela se déroule plus lentement qu’une tempête, par exemple, il y a des occasions d’intervenir et d’aider les fermiers exposés à la sécheresse. C’est probablement la raison pour laquelle les sécheresses ne déplacent pas le même nombre de personnes que les tempêtes ou les inondations, mais cela demeure très difficile pour les gens qui tentent de survivre dans un environnement hostile.»

Un récent rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) explique comment les conditions climatiques incertaines du Mali, dans le Sahel, agissent contre les efforts de consolidation de la paix.

Le réchauffement de la température et la diminution des précipitations affectent les moyens de subsistance basés sur les ressources naturelles et contribuent à saper la sécurité, dans un contexte de conflit et de faible gouvernance. Ainsi, les groupes armés omniprésents dans la région n’ont pas de difficulté à recruter de jeunes agriculteurs et bergers privés de revenus par la sécheresse, note le SIPRI. En outre, les conflits pour les terres augmentent.

Conflits et catastrophes convergent parfois, de sorte que certaines personnes sont déplacées à plusieurs reprises. Par exemple, au Yémen, quelque 150 000 personnes ont été touchées par des pluies torrentielles et inondations, dont plusieurs milliers qui avaient déjà dû fuir leur résidence à cause de la guerre civile.

L’Europe est une des régions du monde les moins touchées par les catastrophes climatiques. Elle n’en est toutefois pas à l’abri, comme le démontrent les récentes inondations, qui ont causé la mort d’une centaine de personnes et l’évacuation de plusieurs milliers d’autres.

Une situation qui risque de s’aggraver

Les organisations humanitaires s’inquiètent que la situation ne s’aggrave en raison des changements climatiques. La Banque mondiale prévoit ainsi qu’il y aura 143 millions de déplacés internes en 2050, si les événements climatiques extrêmes s’intensifient, comme le projettent les modèles.

2020 a été l’une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées. Les saisons des moussons sont plus longues que par le passé et les précipitations sont en hausse, tout comme la température des océans.

L’Organisation internationale des migrations (OIM) s’inquiète également de l’augmentation de la température dans des zones du monde très chaudes. Près d’un million de personnes vivent déjà dans des régions tropicales et subtropicales où le stress thermique est très fort.

Avec la hausse des températures, l’OIM estime que 30 à 60 millions de personnes se retrouveraient dans des régions où, pendant les mois les plus chauds, l’air ambiant serait trop élevé pour le fonctionnement normal du corps humain. Des migrations importantes sont donc à prévoir.

Il est urgent, disent les scientifiques, d’agir dès maintenant, notamment en recueillant des données plus précises sur les événements à évolution lente, comme l’érosion côtière, la hausse du niveau des mers ou la sécheresse, afin de mettre en place des politiques ciblées, dont des relocalisations planifiées.

Ça coûte toujours moins cher de prendre des mesures de mitigation [pour réduire la vulnérabilité] plutôt que de devoir s’adapter quand les catastrophes arrivent», observe Robert McLeman.

Avec Ximena Sampson par AFP

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