Mort suspecte de l’opposant biélorusse Vitali Chychov, retrouvé pendu dans un parc de Kiev

Le corps de ce responsable d’une ONG aidant les réfugiés biélorusses a été retrouvé mardi. Ses collègues accusent le régime de Minsk, et la police ukrainienne soupçonne un « meurtre camouflé en suicide ».

Photo non datée de Vitali Chychov, fournie par l’organisation de défense des droits humains Viasna. M. Chychov, 26 ans, responsable d’une ONG biélorusse aidant celles et ceux qui ont fui le régime d’Alexandre Loukachenko, a été retrouvé mort à Kiev, le 3 août.
Photo non datée de Vitali Chychov, fournie par l’organisation de défense des droits humains Viasna. M. Chychov, 26 ans, responsable d’une ONG biélorusse aidant celles et ceux qui ont fui le régime d’Alexandre Loukachenko, a été retrouvé mort à Kiev, le 3 août. AP

Vitali Chychov, responsable d’une ONG biélorusse qui apporte son aide à celles et à ceux qui ont fui le régime d’Alexandre Loukachenko, a été retrouvé pendu dans un parc de Kiev, en Ukraine, mardi 3 août.

Selon la police locale, le ressortissant biélorusse était porté disparu depuis qu’il était sorti faire un jogging, la veille. « Vitali Chychov a été retrouvé pendu (…) à proximité du lieu où il habitait », dit-elle dans un communiqué. Une enquête pour meurtre a été ouverte, car, aux yeux des enquêteurs, il pourrait s’agir d’un « meurtre camouflé en suicide ».about:blankclose

Selon des membres de son ONG, Maison biélorusse en Ukraine, « il ne fait aucun doute » que Vitali Chychov, âgé de 26 ans et exilé en Ukraine depuis les manifestations massives d’opposants en 2020, a été assassiné par le régime biélorusse. Sur la chaîne Telegram de l’ONG, consultée par l’Agence France-Presse, on peut lire :

« Il s’agit d’une opération planifiée par les membres du service de sécurité pour liquider [une personne] véritablement dangereuse pour le régime biélorusse. Vitali était surveillé et la police [ukrainienne] en avait été notifiée. Nous avions été avertis à plusieurs reprises, à la fois par des sources locales et par des personnes en Biélorussie, de toutes sortes d’opérations allant jusqu’à l’enlèvement et la liquidation. »

Un militant biélorusse, Oleg Ovtchinnikov, a fait savoir à l’AFP que le visage du défunt présentait des hématomes et que son nez était cassé.
Un membre de Maison biélorusse à Kiev, interrogé par Associated Press, a confirmé que « rien n’a[vait] été volé (…), il n’avait que son téléphone sur lui. » « On nous avait prévenus qu’il fallait d’être plus vigilants, car un réseau d’agents du KGB biélorusse opérait ici. Vitali m’avait demandé de prendre soin de ses proches, il avait un mauvais pressentiment », a-t-il ajouté.

La chef de l’opposition biélorusse, en exil, Svetlana Tsikhanovskaïa, a exprimé ses condoléances aux proches de M. Chychov. « Les Biélorusses ne sont pas en sécurité, même à l’étranger, tant qu’il y aura ceux qui tentent de se venger et de cacher la vérité en se débarrassant des témoins », a-t-elle lancé sur Telegram. Les Nations unies ont appelé mardi Kiev à mener une enquête « minutieuse, impartiale et efficace » sur sa mort.

La police a ouvert une enquête pour homicide avec préméditation, mais elle étudie également la piste d’un geste volontaire. « Un suicide et un meurtre déguisé en suicide sont les principales hypothèses », a précisé le chef de la police nationale.

Perquisitions, arrestations et emprisonnements à un rythme effréné

L’Ukraine, comme la Pologne et la Lituanie, a historiquement accueilli les exilés biélorusses – opposants, membres d’ONG, journalistes ou militants – fuyant cette ex-république soviétique. Le cinquième mandat présidentiel d’Alexandre Loukachenko, remporté frauduleusement en 2020, et la répression massive des manifestations contestataires ont accéléré ce phénomène. Vitali Chychov avait lui-même quitté son pays pour l’Ukraine après avoir participé à la contestation dans la ville de Gomel.

Ces derniers mois, perquisitions, arrestations parfois spectaculaires et emprisonnements se sont succédé à un rythme effréné.

Les dernières cibles du régime sont celles qu’Alexandre Loukachenko appelle les « sales ONG » cultivant « la terreur »Plusieurs dizaines d’entre elles ont été liquidées sur ordre du gouvernement biélorusse. Selon l’ONG Viasna, elle-même concernée, il s’agit d’organisations de défense des droits humains, d’enseignement des langues, d’aide aux handicapés ou d’aide à l’emploi pour les jeunes, ainsi que de l’Association des journalistes biélorusses et le bureau biélorusse de PEN, l’association de défense des écrivains.

Au printemps, l’Union européenne et les Etats-Unis ont pris de nouvelles sanctions, économiques et individuelles, visant de hauts responsables biélorusses et des hommes d’affaires, ainsi que des secteurs-clés de l’économie. La Biélorussie a riposté en annonçant, le 28 juin, la suspension de sa participation au Partenariat oriental de l’UE et le rappel de son ambassadeur à Bruxelles.

Le Monde avec AFP, AP et Reuters

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