Poulet bicyclette burkinabè : entre fierté inébranlable et méfiance actuelle

Damien Glez

Après un scandale sanitaire viral et une volonté politique de labelliser le « poulet bicyclette », le gallinacé burkinabè sera-t-il l’animal de la concorde ou de la discorde ?

Au pays des Hommes intègres, le scandale numéro un de l’hivernage 2021 a un goût de poulet qui peine à s’estomper. Le 12 août dernier, une internaute affirmait, sur le groupe éConsomm’Action de Facebook, qu’elle venait de trouver deux aiguilles dans l’aile d’un poulet flambé acheté aux grilleurs de l’espace culturel Morène, dans le quartier ouagalais de la Patte-d’oie. Dans ce pays friand de gallinacés, le cliché du délit deviendra viral et le responsable du lieu ne cherchera pas à démentir, tout en exprimant sa perplexité.

Rapidement, les commentaires s’enflammeront comme le feu qui flambe les poulets. Les uns émettront des hypothèses allant du recyclage d’un volatile utilisé au cours d’un sacrifice rituel à une opération de sabotage concurrentiel. Les autres trouveront de quoi rire, dans ce scandale glaçant, imaginant un poulet styliste, coiffeur, voire adepte d’implants contraceptifs Norplant.

Galvaniser le poulet burkinabè

Comme à l’accoutumée, si un fait divers n’autorise aucune généralisation, il dépeint, sous l’angle qui est le sien, telle ou telle société. Le marché national et la réputation internationale des volatiles « made in Faso » ne sont pas anodins, en témoigne la volonté récente des ministères du Commerce et des Ressources animales de créer un label pour le « poulet bicyclette ». Les aiguilles de « l’affaire Morène » seront-elles une épine dans le pied du gouvernement ?

Le « poulet bicyclette » désigne la volaille locale non congelée nourrie de végétaux issus des restes de récolte et de ménage. L’expression ferait référence à la démarche saccadée d’un poulet élevé en plein air ou au vélo que les vendeurs utilisent pour amener les gallinacés du village aux différents marchés.

Le poulet local est tellement prisé – 80 000 têtes seraient consommées chaque jour, rien qu’à Ouagadougou – qu’il ne suffit pas à satisfaire la demande nationale. En outre, il subit de plein fouet la concurrence d’éleveurs des Pays-Bas, du Ghana ou de Côte d’Ivoire. La croissance rapide des volatiles de chair ou hybrides permet une meilleure rentabilité. Les poulets « de race » n’ont besoin que de 45 jours pour atteindre leur poids de vente, contre quatre à cinq mois pour leurs concurrents burkinabè.

C’est donc pour galvaniser ces derniers et promouvoir leur production que le gouvernement du Faso entend créer un label. Le processus de normalisation tiendra compte de la race de l’animal, d’une utilisation modérée de produits vétérinaires, d’une alimentation en partie composée de résidus alimentaires et d’un espace de vie en plein air. En attendant – qui sait ? –, une inscription du poulet bicyclette au patrimoine immatériel de l’Unesco, aux côtés du couscous maghrébin et du « repas gastronomique des Français »…

Avec Jeune Afrique par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

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