Angola: : José Eduardo dos Santos, un retour et des questions

L’ancien président angolais José Eduardo dos Santos à Lusaka, en Zambie, en avril 2008.

Après deux ans d’absence, l’ancien président est de retour à Luanda alors que son parti, le MPLA, est plus divisé que jamais. Le signe d’une trêve avec son successeur, João Lourenço ?

Il a fini par rentrer. Après deux années d’absence et plusieurs semaines de spéculations, l’ancien président, José Eduardo dos Santos, qui a dirigé l’Angola de 1979 à 2017, a regagné Luanda le 14 septembre.

Arrivant de Barcelone, où il avait élu domicile en avril 2019, l’ex-chef de l’État a atterri à Luanda en fin d’après-midi.

Une vidéo consultée par Jeune Afrique le montre en costume gris, chemise blanche et baskets descendre de l’avion, un Falcon 7X affrété par la présidence angolaise. Il est accueilli par une vingtaine de personnes, dont le général José Maria, son ancien chef du service d’intelligence et de sécurité militaire, puis s’engouffre dans une voiture pour rejoindre sa résidence de Miramar, un quartier résidentiel de la capitale angolaise.

Ce retour survient alors que le président João Lourenço est en déplacement pour deux jours dans le Kwanza-Norte, province rurale située à l’est de Luanda. L’ancien président doit rester un mois et assister à la cérémonie de fiançailles de l’un de ses fils, selon la presse portugaise et angolaise.

Apaisement des tensions

Si, sans surprise, elle n’a été commentée ni par le principal intéressé ni par la présidence, la présence de José Eduardo dos Santos en Angola fait figure d’évènement politique, témoignant d’un apaisement des tensions entre l’ancien et l’actuel homme fort du pays.

En mars déjà, plusieurs sources avaient évoqué une rencontre Lourenço – dos Santos à Dubaï, où se trouvait la fille aînée de José Eduardo dos Santos, Isabel dos Santos, une information toutefois non confirmée officiellement.

À son arrivée au pouvoir en 2017, João Lourenço, qui est issu du MPLA, le même parti que José Eduardo dos Santos, avait lancé une série de réformes et déclaré la guerre à la corruption, affirmant vouloir rompre avec les errements de la gouvernance précédente.

Hauts fonctionnaires, militaires, ministres et même des membres de l’ex-famille présidentielle ont été traduits devant la justice, écopant pour certains de peine de prison.

JOSÉ EDUARDO DOS SANTOS REVIENT ALORS QUE LE MPLA TRAVERSE LA PLUS PROFONDE CRISE DEPUIS L’INDÉPENDANCE DU PAYS

Le fils aîné de dos Santos, José Filomeno, a ainsi été condamné en août 2020 à cinq ans de prison pour fraude, blanchiment d’argent et trafic d’influence, un jugement dont il a fait appel. Le général José Maria, « Zé Maria », vient, lui, de terminer deux ans de détention à domicile pour fuite de documents confidentiels.

Exil en Espagne

C’est ce climat qui a conduit José Eduardo dos Santos à s’installer – « s’exiler », disent certains – en Espagne, où il est par ailleurs suivi médicalement depuis plusieurs années. Deux de ses filles, la femme d’affaires Isabel dos Santos et l’ancienne députée MPLA Welwitschia dos Santos, vivent aussi à l’étranger, d’où elles pointent régulièrement les difficultés socio-économiques du pays, deuxième producteur de pétrole du continent.

« José Eduardo dos Santos revient alors que le MPLA traverse sa plus profonde crise depuis l’indépendance du pays [en 1975], affirme Alcides Sakala, député de l’Unita et membre historique du parti. Il est déchiré par la lutte contre la corruption, de plus en plus critiqué par la population et a des difficultés à défendre son bilan. »

« Le MPLA est à la recherche d’une solution pour recréer l’union », ajoute ce responsable du principal parti d’opposition. L’Unita est dirigée depuis fin 2019 par Adalberto Costa Júnior et a organisé le 11 septembre une « marche » pour demander des élections « justes, libres et transparentes ».

Fébrilité du MPLA

Même si les divisions au sein du MPLA ont toujours existé, elles se sont multipliées sous la pression créée par la lutte contre la corruption, devenant de plus en plus fortes et visibles. Ce qui constitue une fragilité à quelques mois du prochain scrutin qui débouchera sur l’élection du chef de l’État.

« Ce retour peut attester d’un accord entre Lourenço et dos Santos ayant pour objectif la stabilisation du MPLA. Mais il peut tout aussi bien accroître les divisions au sein du parti, en redonnant de l’assurance aux anciens collaborateurs de dos Santos mis en cause par l’exécutif de Lourenço », explique Elias Isaac, ancien directeur d’Open Society Initiative for Southern Africa-Angola et figure de la société civile.

Dans ce cadre, le déroulement du prochain congrès du MPLA, prévu en décembre, devrait donner une indication sur l’état de santé du parti, véritable clé du pouvoir en Angola, comme sur le degré de maîtrise qu’en a le président Lourenço. Ce dernier, soutenu par les bailleurs de fonds mais à la tête d’un pays en crise à cause des conséquences de la pandémie de Covid-19, doit arbitrer entre réformes de long terme et amélioration des conditions de vie à court terme.

Avec Jeune Afrique par Estelle Maussion

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