Football : les mauvaises performances de l’équipe malgache agacent le président

Le président malgache Andry Rajoelina célèbre le deuxième but de Madagascar lors de la CAN 2019  à Alexandrie, le 7 juillet 2019.

Révélation de la CAN 2019, la sélection malgache traverse des moments compliqués et la fédération, officiellement dirigée par un président recherché par Interpol, est la cible de nombreuses critiques. Une situation qui préoccupe le chef de l’État.

La CAN 2019 semble aujourd’hui bien loin. Madagascar, qui avait atteint les quarts de finale pour la première phase finale de son histoire, n’a pas réussi à se qualifier pour la prochaine édition, qui aura lieu du 9 janvier au 6 février 2022 au Cameroun. Et les deux défaites concédées face au Bénin (0-1, le 2 septembre à Antananarivo) et à la Tanzanie (2-3, le 6 septembre à Dar es-Salaam) lors des deux premières journées du deuxième tour des qualifications pour la Coupe du monde 2022 ont confirmé l’ampleur du problème. Les Malgaches ont compromis leurs chances d’accéder au troisième tour, en mars 2022.

Pas d’ingérence

Une situation face à laquelle Andry Rajoelina ne cache pas son agacement. Le chef de l’État s’était déjà prononcé publiquement contre la suspension du sélectionneur français Nicolas Dupuis, qui avait conduit les Barea en quarts de finale de la CAN en 2019. Il avait regretté « une décision unilatérale [et prise] sans concertation » en avril dernier, mais ne s’en était pas mêlé davantage, respectant le choix de la Fédération malgache de Football (FMF). « Le chef de l’État ne peut pas intervenir dans les affaires de la fédération, car cela pourrait entraîner une suspension de Madagascar par la Fifa [Fédération internationale de football association], qui ne tolère pas les ingérences politiques dans les affaires du football », explique un proche de la sélection nationale.

Les griefs de Raoul Rabekoto, le président de la FMF, à l’égard de Dupuis étaient de plusieurs ordres. Il y avait bien sûr l’élimination de la CAN 2022, mais il lui reprochait aussi de s’être mêlé des affaires administratives, financières et commerciales de la fédération, sans toutefois en apporter la preuve concrète. Il lui a donc préféré Éric Rabésandratana, un ancien joueur du Paris-Saint-Germain qui a été sélectionneur adjoint au FC Miami City, là encore sans tenir compte de l’avis du comité exécutif.

Président en cavale

Andry Rajoelina n’avait pas tenté de s’opposer à la nomination de Rabésandratana, qu’il avait cependant déplorée en privé. Pour marquer son soutien à Dupuis (l’État prenait en charge 8 000 des 12 000 euros de salaire du technicien, les 4 000 euros restant étant versés par la FMF), le président malgache l’avait néanmoins propulsé en juin à la direction de la section football de l’Académie nationale du sport de haut niveau, une structure récemment créée.

UNE SÉLECTION NATIONALE QUI A DES RÉSULTATS, CELA NE FAIT PAS OUBLIER LA CRISE, MAIS CELA APPORTE UN PEU DE LÉGÈRETÉ

C’est un fait, Rajoelina a beau s’astreindre à une certaine réserve, il suit de très près la sélection nationale et ses tourments. « Le chef de l’État a besoin d’une sélection qui a des résultats : c’est important pour l’image du pays et pour le moral des Malgaches, résume un membre de la fédération. Cela ne fait pas oublier la crise économique et les problèmes du quotidien, mais cela apporte un peu de légèreté. Mais un président [Raoul Rabekoto] de fédération en cavale et les mauvaises performances du onze national, ce n’est pas positif pour le pays. »

Rabekoto est en effet visé par une enquête pour abus de fonction, faux en écriture publique et usage de faux. Il est soupçonné d’avoir détourné 25 millions d’euros entre 2009 et 2018, lorsqu’il était le directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CnaPS). En fuite en Europe, il est visé par un mandat d’arrêt d’Interpol et risque, s’il devait être reconnu coupable, une condamnation au pénal. La FMF pourrait alors demander à la Fifa de le destituer de son poste de président.

Rabésandratana, dont les relations avec certains joueurs se sont dégradées et qui n’a pas répondu aux sollicitations de Jeune Afrique, pourrait voir son sort scellé dans les prochains jours. Nicolas Dupuis devrait, lui, être prochainement promu à la tête de la Direction technique nationale (DTN).

Avec Jeune Afrique par Alexis Billebault

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