(Mauricie et du Centre-du-Québec)/Primes aux infirmières à temps plein: «c’est le début de quelque chose»

L’annonce de plusieurs mesures visant à embaucher et inciter des milliers d’infirmières à travailler à temps plein est bien reçue par le Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (SPSMCQ-FIQ). Mais si elle reconnaît qu’il s’agit d’un pas dans la bonne direction, la présidente du syndicat demeure très inquiète pour les semaines et les mois à venir.

Nathalie Perron, présidente du SPSMCQ-FIQ.

© FRANÇOIS GERVAIS, LE NOUVELLISTE Nathalie Perron, présidente du SPSMCQ-FIQ.

«Je pense que cet argent, c’est une belle façon de ‘’prendre soin des infirmières’’, comme l’a mentionné le premier ministre. C’est bien, on ne peut pas être contre ça. C’est le début de quelque chose», convient Nathalie Perron.

Cette dernière estime toutefois qu’il faudra davantage de mesures «pour garder les gens et arrêter de les faire fuir». Elle salue donc la volonté exprimée par le gouvernement de changer la culture de gestion au sein des CISSS et des CIUSSS, puisqu’il s’agit selon elle du nœud du problème.

«Ça va prendre un gros coup de barre. À court terme, je n’ai pas de grosses attentes: avec la pandémie, les effets ne se feront pas sentir dans les prochains mois. Mais je pense que si la volonté (de changement) est là, les gens seront plus heureux, il y aura moins de départs et un équilibre va se créer. Il y aura moins d’arrêts de travail», avance-t-elle.

Mme Perron abonde dans le même sens que le premier ministre, le ministre de la Santé et la présidente du Conseil du trésor lorsque ceux-ci disent miser sur la nouvelle convention collective des infirmières, «pierre angulaire» de leur «révolution» du réseau public de la santé et des services sociaux.

«Il y a d’excellentes mesures dans la convention, comme la possibilité d’auto confectionner ses horaires. Encore faut-il que ce soit mis en application par les gens qui gouvernent, mais à moyen terme, ça va donner des résultats», estime-t-elle.

Mme Perron déplore toutefois que le gouvernement n’ait pas pensé aux infirmières qui ne peuvent travailler à temps plein, pour diverses raisons. La présidente du syndicat dit également espérer que les primes ne seront pas assorties de conditions aussi strictes que d’autres incitatifs instaurés en raison de la pandémie, ce qui fait en sorte qu’un faible nombre d’infirmières peuvent en bénéficier.

«Difficile d’être positive»

Si les mesures annoncées jeudi devraient avoir un impact positif à moyen terme, Mme Perron demeure extrêmement préoccupée quant aux semaines à venir. Elle redoute particulièrement les conséquences de l’obligation d’être vacciné pour travailler dans le réseau de la santé, mesure qui entrera en vigueur dans trois semaines.

«On sait que dans certains départements, jusqu’à une dizaine de personnes vont partir. C’est inquiétant pour celles qui restent et ça peut faire en sorte que d’autres vont partir parce qu’elles n’arriveront plus à gérer la pression et à concilier travail et famille. Il faut se rappeler que parmi nos membres, la grande majorité sont des femmes. On sait que ce sont les femmes qui assurent la plus grande charge familiale et certaines sont monoparentales. C’est très inquiétant», souligne-t-elle.

Québec estime en effet qu’à partir du 15 octobre, le réseau devra se priver de 7500 membres de son personnel soignant refusant de se faire vacciner. Il n’a pas été possible d’obtenir des données régionales auprès du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, jeudi.

«C’est un non ferme»

Pour certaines infirmières, manifestement, ces incitatifs ne suffisent pas pour qu’elles acceptent d’allonger leur semaine de travail.

«C’est un non ferme. Je changerais de profession avant d’accepter de faire du temps plein», répond d’emblée Amélie (nom fictif), qui a préféré garder l’anonymat.

Cette dernière précise qu’il y a quelques années encore, la prime offerte par Québec l’aurait peut-être intéressée, mais plus maintenant.

«Ça fait 12 ans que je suis dans le milieu et ça se dégrade vraiment d’année en année, estime-t-elle. Les valeurs (dans le réseau) ne sont plus les mêmes qu’il y a une dizaine d’années.»

Selon Amélie, il y a par ailleurs peu de chances pour que la prime offerte incite des infirmières travaillant dans des agences de placement à retourner dans le réseau public.

«J’ai un ami qui m’a dit: ‘’ce ne sera jamais assez payant pour que je revienne. Je travaille aussi avec des infirmières d’agences et je sais très bien qu’elles ne reviendront pas non plus, parce qu’elles gagnent le triple de mon salaire», évoque-t-elle.

«Le raisonnement n’est pas mauvais»

Émilie Ricard, une infirmière qui a dénoncé à plusieurs reprises au cours des dernières années les conditions de travail éprouvantes du personnel soignant de la santé, est plus nuancée dans ses propos.

«Le raisonnement n’est pas mauvais. Si tout ce que le gouvernement a imaginé fonctionne, ça va avoir un effet positif», croit-elle.Émilie Ricard, infirmière.© TIRÉE DE FACEBOOK Émilie Ricard, infirmière.

L’infirmière craint toutefois qu’une fois la prime empochée, un an plus tard, plusieurs infirmières retournent à leur ancien mode de travail. Elle aurait plutôt espéré une bonification du salaire de toutes les infirmières, qu’elles travaillent à temps plein ou à temps partiel.

«Dans un an, nos salaires vont encore être, excusez le mot, médiocres. On nous dit: oui, mais on va appliquer la nouvelle convention collective. Mais à ce que je sache, elle n’est pas encore signée, le gouvernement travaille encore sur le texte. On attendait de nouvelles conditions, une façon de les améliorer. Mais on n’a pas mis fin au temps supplémentaire obligatoire et tout repose encore sur nous», critique-t-elle.

Même si elle dit vouloir demeurer optimiste, Mme Ricard ne peut s’empêcher de demeurer sceptique quant à l’efficacité des mesures annoncées.

«Au début de l’annonce, je n’étais pas déçue, le discours était très bien. Mais là, la poussière retombe, je fais le calcul et je me dis que c’est peut-être de la poudre aux yeux», avance-t-elle.

La jeune femme craint par ailleurs de ne pas pouvoir bénéficier de la prime. En effet, même si elle occupe un poste à temps plein, elle est considérée à temps partiel, puisqu’elle va à l’université une journée par semaine.

«Il va falloir vérifier que ce n’est pas comme la prime de 1000 $ qu’on perd dès qu’on prend une journée maladie ou qu’on demande une journée de congé. Il va falloir surveiller les petits caractères, les exceptions», prévient Mme Ricard.

«C’est tout le réseau qui s’effondre»

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (APTS-MCQ) a pour sa part crié à l’injustice après l’annonce de Québec.

«Pour le gouvernement, il n’y a que des infirmières dans le réseau de la santé et des services sociaux.

Le gouvernement semble ne pas comprendre que c’est tout le réseau qui s’effondre. Il ne propose aucune solution pour le personnel professionnel et technique qu’il identifie lui-même comme des secteurs prioritaires», déplore Véronique Neth, présidente de l’APTS-MCQ.

Mme Neth indique par ailleurs que son syndicat exige «la parité avec les infirmières pour l’ensemble de nos membres qui vivent les mêmes conditions».

Avec Matthieu Max-Gessler – Le Nouvelliste

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