La violence familiale et sociale sous une loupe internationale

Que se passe-t-il dans la tête d’une personne qui tue ses propres enfants, un ami ou de parfaits étrangers? L’actualité regorge de ces cas dont personne ne comprend vraiment le pourquoi. Une équipe de 10 spécialistes du Québec, de la France, de la Belgique et de la Suisse vient de publier un volume visant à apporter des éclairages et des pistes de solutions en s’arrimant à des connaissances à la fois théoriques et empiriques sur la question.Suzanne Léveillée, professeure au département de psychologie de l’UQTR.

© ARCHIVES Suzanne Léveillée, professeure au département de psychologie de l’UQTR.

Intitulé La violence familiale et sociale, cet ouvrage vient de paraître aux Éditions JFD à l’attention des étudiants, professeurs, chercheurs, cliniciens et professionnels qui interviennent en pareil cas.

Un deuxième tome est en préparation, signale Suzanne Léveillée, professeure au département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières qui a codirigé cet ouvrage avec sa collègue Carolanne Vignola-Lévesque.

Ce travail était en préparation depuis deux ans, indique la professeure Léveillée, soit bien avant le début des mesures sanitaires imposées lors de l’arrivée de la COVID-19.

Même s’il n’en est pas question dans le livre, la chercheuse peut néanmoins affirmer que le confinement imposé «sollicite les rapprochements, les conflits de couple et les séparations dans l’après-COVID. C’est peut-être ça que l’on voit dans la hausse des violences de type féminicide», dit-elle.

«Les séparations sont un terrain propice aux agissements violents dans le couple», explique-t-elle.

«Surtout chez les hommes, s’il y a des fragilités liées aux pertes, c’est sûr qu’une séparation conjugale va exacerber les conflits», explique-t-elle en rappelant que dans les plus récents drames rapportés dans les médias, «il y avait eu un enjeu de séparation», dit-elle.

La professeure Léveillée signale qu’en pareille situation, «c’est un moment où il faut aller chercher de l’aide», même si ce n’est pas facile. «Il faut en parler.»

Dans l’ouvrage qui vient de paraître, il est notamment question des signes qui surviennent avant un geste aussi extrême qu’un cas de filicide où un père tue ses propres enfants.

Souvent, «la conjointe a du mal à entrevoir comment son conjoint ou ex-conjoint pourrait s’attaquer aux enfants», dit-elle.

Toutefois, la séparation et la perte de la garde des enfants sont deux éléments déclencheurs, explique-t-elle.

Colère, séparation, jalousie, possessivité, contrôle sont autant d’indicateurs, de signes psychologiques à considérer, car «ils ont des points communs avec des risques d’homicides familiaux et conjugaux», explique la chercheuse de l’UQTR qui est en train de comparer ces cas au Québec avec ceux de la France.

«On est dans les mêmes indicateurs», constate-t-elle.

En plus des recours à la DPJ et aux autorités policières et judiciaires, il existe aussi le recours au psychosocial, rappelle-t-elle, notamment aux organismes communautaires pour femmes en difficulté qui peuvent aider, dit-elle. «Au moins, il faut aller demander conseil», insiste-t-elle.

Il faut être à l’écoute des indices, ajoute-t-elle. «La violence intrafamiliale, c’est dans l’intimité» que ça se passe et les gens n’osent pas parler de ce qui se passe dans leur intimité, explique-t-elle.

La situation de la violence familiale et sociale «était stable», indique la professeure Léveillée. Toutefois, au cours de la dernière année, «on a une augmentation des cas de féminicides. C’est clair.»

Il semble que des stresseurs, comme la pandémie, «déstabilisent des gens», constate-t-elle. «On verra ce que cette déstabilisation sociale reliée à la pandémie va amener comme impacts», dit-elle.

La coauteure du livre croit que les gouvernements en sont conscients. Il faudra voir comment seront mis en place des filets de sécurité. «De plus en plus, on en parle», notamment en poursuivant la formation des policiers sur le terrain, illustre-t-elle.

«Il faut parler de ce qui se passe, échanger avec des ami(e)s et des collègues, aller chercher de l’aide», conclut la professeure Léveillée en insistant sur le fait qu’il «ne faut pas rester isolé(e) pendant que le stress augmente et risque d’éclater.»

Avec Brigitte Trahan – Le Nouvelliste

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