Burkin-Faso/Assassinat de Thomas Sankara : ce qu’il faut retenir du premier jour du procès historique

Thomas Sankara, en 1986. © Pascal Maitre/JA

L’heure du procès a enfin sonné. Plus de trois décennies après l’assassinat du président burkinabè, le 15 octobre 1987, les audiences ont démarré devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Revivez cette première journée grâce aux envoyés spéciaux de « Jeune Afrique ».

15h33 – Les audiences suspendues jusqu’au 25 octobre 

Le président du tribunal, le juge Urbain Méda, a annoncé que les audiences reprendront le 25 octobre à 9h.

Les défenseurs des accusés réclamaient un délai plus long, d’un mois, afin que les avocats commis d’office puissent prendre connaissance du dossier. Le magistrat a estimé que quinze jours étaient suffisants, comme l’avait plaidé le procureur.

Par ailleurs, le tribunal a décidé de rejeter les demandes formulées par les avocats des parties civiles, qui souhaitaient que le procès soit filmé.

13h45 – Plusieurs semaines de procès

Alors que l’audience est suspendue depuis près de deux heures, nous allons clôturer ce live.

À retenir :

· Le procès s’est ouvert peu après 9 h dans la salle des Banquets de Ouaga 2000. Un dispositif exceptionnel a été mis en place. Environ 150 personnes assistaient à cette première audience, en grande majorité des journalistes, mais aussi des membres des familles de Thomas Sankara et des douze autres victimes de la tuerie du 15 octobre 1987 au Conseil de l’Entente.

· Douze hommes étaient dans le box des accusés, mais deux manquaient à l’appel : Blaise Compaoré, accusé d’être le commanditaire du crime, qui est en exil à Abidjan depuis 2014, et Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir été à la tête du commando. Gilbert Diendéré, ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, sera donc particulièrement scruté.

· Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président, a fait le déplacement depuis Montpellier, où elle réside. Elle a regretté l’absence du principal accusé, Blaise Compaoré.

· Attendue depuis 34 ans par les familles des victimes, cette première journée d’audience était essentiellement consacrée au règlement de questions formelles. Les audiences doivent durer plusieurs semaines.

12h45 – Absence de Compaoré : « Un vrai homme viendrait s’expliquer »

Mariam Sankara a fait quelques déclarations sur l’absence du principal accusé, l’ancien président burkinabè, Blaise Compaoré, à ce procès : « Blaise Compaoré a fui et ne veut pas rentrer [au Burkina Faso] pour répondre des faits qui lui sont reprochés. Un vrai homme viendrait s’expliquer », a dénoncé la veuve de Thomas Sankara.

Blaise Compaoré, 70 ans, est en exil en Côte d’Ivoire depuis qu’il a été renversé par un soulèvement populaire en 2014. Selon son avocat, Pierre-Olivier Sur, il refuse de répondre à cette cour car il s’agit d’un « procès politique ».

12h00 – Alouna Traoré : « Nos rêves de révolution »

Alouna Traoré, ancien collaborateur de Thomas Sankara et seul survivant de la tuerie du 15 octobre 1987, est présent au procès. « J’éprouve un sentiment de soulagement. On n’y croyait plus mais finalement ce procès se tient enfin. C’est une opportunité unique de rétablir la vérité, a-t-il déclaré à Jeune Afrique. Maintenant, nous voulons que justice soit faite. La justice ne pourra pas nous restituer les rêves de changement de la société que nous avions sous la révolution, mais elle pourra au moins restituer la vérité. Elle finira par être connue. Quant à nos rêves de révolution, c’est aux nouvelles générations de les porter désormais.

11h55 – Suspension d’audience

L’audience a de nouveau été suspendue par le président Urbain Méda. Le juge veut consulter les parties sur le chronogramme de l’audience.

11h15 – Les « autres » accusés

Quatorze hommes sont inculpés et trois d’entre eux sont bien connus : Blaise Compaoré, l’ancien président burkinabè, qui est accusé d’avoir commandité le crime, Gilbert Diendéré, l’ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, qui est accusé de l’avoir organisé, et Hyacinthe Kafando, qui est soupçonné d’être le chef du commando.

Mais qui sont les onze autres ?

Trois hommes étaient gardes du corps de Blaise Compaoré au moment des faits et sont poursuivis pour « assassinat » : le caporal Idrissa Sawadogo, les soldats de première classe Nabonswendé Ouédraogo et Yamba Elysée Ilboudo.

Tout comme le sergent Bossobè Traoré, poursuivi pour « complicité d’attentat à la sûreté de l’État », ils officiaient au Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô au moment des faits, en 1987. Créé par Thomas Sankara en 1976, ce centre situé dans le sud du Burkina, à la frontière avec le Ghana, avait dès le début la vocation de former et d’héberger les meilleurs militaires du pays. En 1987, il était dirigé par Blaise Compaoré, qui était secondé par Gilbert Diendéré.

Trois autres accusés servaient à Pô, cette fois-ci au sein de l’escadron motocycliste : le colonel Tibo Ouédraogo, l’adjudant-chef Albert Pascal Sibidi Belemlilga et Diakalia Démé.

Parmi les inculpés, il y a également Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm, qui officiait au camp militaire de Bobo-Dioulasso, et le soldat Nina Tondé.

Enfin, il y a deux anciens médecins militaires : Alidou Jean Christophe Diébré et Hamado Kafando. Ce sont eux qui ont inscrit sur le certificat de décès de Thomas Sankara que le président du Faso était décédé de « mort naturelle ».

11h10 – Les assesseurs choisis

Après un nouveau débat sur les liens qui ont pu exister entre les assesseurs tirés au sort et les accusés, trois officiers supérieurs ont finalement été retenus comme assesseurs militaires titulaires pour composer la chambre. Il s’agit du colonel-major Boureima Ouédraogo, du colonel-major Alfred Somda, et du colonel Saturnin Poda.

10h45 – Thomas Sankara : derniers instants, derniers témoins, derniers secrets…

Le capitaine Thomas Sankara et le journaliste Sennen Andriamirado, à Paris, en 1986.
Le capitaine Thomas Sankara et le journaliste Sennen Andriamirado, à Paris, en 1986. © Pascal Maitre/Archives JA

« Il a à peine franchi la porte de la villa qu’il est littéralement canardé. Les assaillants étaient venus pour tuer ! » Dans Il s’appelait Sankara, paru deux ans après la mort de l’ancien président, Sennen Andriamirado, rédacteur en chef de Jeune Afrique et intime de l’ex-chef de l’État, faisait le récit des dernières heures de Thomas Sankara.

10h30 – Urbain Méda, le juge

La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021.
La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

L’homme qui a la lourde charge de présider les audiences de ce procès historique est Urbain Méda. S’il sera assisté de militaires, lui est un civil.

Il a été président du tribunal de grande instance de Ouagadougou, puis de ceux de Dori (dans le nord du pays) et Koudougou (à l’ouest de la capitale). C’est aujourd’hui en qualité de président de la chambre de première instance du tribunal militaire qu’il officie.

10h25 – Les révélations de Moussa Diallo, l’ex-aide de camp du « camarade capitaine » 

Moussa Diallo, officier à la retraite, ancien aide de camp de Thomas Sankara, ancien commandant adjoint de la gendarmerie nationale, en banlieue parisienne, le 8 septembre 2021.
Moussa Diallo, officier à la retraite, ancien aide de camp de Thomas Sankara, ancien commandant adjoint de la gendarmerie nationale, en banlieue parisienne, le 8 septembre 2021. © Vincent Fournier pour JA.

« En idéaliste qu’il était, il se pensait sûrement plus utile pour la cause mort que vivant ». Moussa Diallo, l’ancien aide de camp de Thomas Sankara était l’un des maillons essentiels du dispositif de l’ancien président burkinabè. Il a accepté de livrer son témoignage en exclusivité à Jeune Afrique.  

Au-delà des anecdotes sur le « camarade capitaine » dont il fut l’un des plus proches collaborateurs, Moussa Diallo revient sur les semaines qui ont précédé l’assassinat du président burkinabè. La montée des tensions avec Blaise Compaoré, la manière dont Thomas Sankara faisait face, jusqu’à ce jour fatidique du 15 octobre 1987. L’intégralité de ce témoignage est à retrouver dans notre article ci-dessous.  

10h15 – Dispositif sécuritaire renforcé

Des policiers burkinabè devant la salle d’audience où s’est ouvert le procès des assassins présumés de Thomas Sankara, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou.
Des policiers burkinabè devant la salle d’audience où s’est ouvert le procès des assassins présumés de Thomas Sankara, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou. © Sam Mednick/AP/SIPA

Un dispositif sécuritaire renforcé a été mis en place autour de la salle des Banquets de Ouaga 2000 durant toute la durée du procès. Trois entrées sont prévues pour accéder à l’intérieur de la salle : une pour les magistrats et les officiels, une pour les accusés, et une pour le public.

Le port de tout vêtement, accessoire ou pancarte à l’effigie d’un des accusés ou d’une victime est interdit dans la salle d’audience, tout comme à ses abords.

10h00 – Problème d’assesseurs

L’audience a été suspendue à 9h40 car les deux généraux de brigade qui ont été appelés pour être assesseurs se sont récusés. Brice Bayala a mis en avant des raisons de santé et Ouedraogo Nazingouba sa proximité avec certains accusés, dont Gilbert Diendéré et Blaise Compaoré, dont il fut le médecin personnel.

Alors que les assesseurs doivent théoriquement être de grade égal ou supérieur à celui de l’accusé le plus haut gradé (en l’occurrence Gilbert Diendéré, qui est général), le juge a dû suspendre l’audience afin qu’une dérogation lui permettant de choisir des assesseurs de grade inférieur soit acceptée.

9h40 – Audience suspendue

L’audience s’est ouverte à 9h10 exactement, selon nos correspondants sur place. Le juge Urbain Méda, qui présidera les débats lors de ce procès, a fait son entrée dans la salle d’audience.

Il a d’abord lu l’ordonnance n°004 sur la  délocalisation du tribunal dans la salle des Banquets de Ouaga 2000 – une mesure exceptionnelle à la mesure de ce procès. Il a ensuite procédé à l’appel des accusés et constaté l’absence de deux d’entre eux – Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando.

Enfin, ce juge, qui est le président du tribunal de première instance, a demandé au greffier en chef de procéder au tirage au sort de trois juges militaires qui officieront en tant qu’assesseur et suppléants. Mais une difficulté est apparue qui a contraint à suspendre temporairement l’audience.

9h35 – [Vidéo] Trois minutes pour comprendre les enjeux d’un procès historique

Pourquoi a-t-il fallu attendre plus de trente ans pour que le procès s’ouvre enfin ? Quelles seront les conséquences de l’absence de Blaise Compaoré ? Pourquoi les thèses de la « main de l’étranger » dans l’assassinat de l’ancien président burkinabè ne sera pas abordée lors des audiences ?

Décryptage des enjeux du procès en vidéo :
https://www.youtube.com/embed/TCrqPrMzWa4

9h25 – Mariam Sankara, vêtue de bleu, à l’ouverture du procès

Benjamin Roger / JA

9h15 – Un procès enterré… puis ressuscité

Thomas Sankara et ses douze compagnons tués le 15 octobre 1987 ont été immédiatement enterrés à la sauvette. Leur mort devient tabou et quasiment impossible à évoquer pendant des années. Alors que Blaise Compaoré, suspecté d’être le commanditaire de cet assassinat, a pris le pouvoir, le régime refuse de lancer une quelconque enquête.

Le dossier est enterré, mais Mariam Sankara, la veuve de Thomas Sankara, porte plainte contre X en 1997 pour éviter que l’affaire soit prescrite. Il lui faudra encore attendre des années avant qu’un juge ne s’en empare.

C’est en 2014, alors que Blaise Compaoré est renversé après 27 années de pouvoir, que l’espoir renaît pour la famille Sankara. En mars 2015, un juge ouvre une enquête, puis auditionne Mariam Sankara deux mois plus tard. « J’ai été entendue. J’ai eu l’impression que le juge voulait vraiment aller au bout de cette enquête, je ne peux qu’espérer que cela se passe bien », déclare-t-elle à l’époque.

Six ans d’instruction plus tard, la voilà ce matin, dans la salle d’audience, pour assister au procès.

9h00 – Ouverture du procès imminente

Il est 9h00 à Ouagadougou, le procès historique des assassins présumés de Thomas Sankara doit désormais s’ouvrir d’un instant à l’autre.

8h55 – Gilbert Diendéré, bras-droit de Blaise Compaoré

Gilbert Diendéré fait figure de principal accusé. Ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, il est poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État, complicité d’assassinat, recel de cadavres et subornation de témoins dans le dossier Sankara.

Lors de l’assassinat de Thomas Sankara, il était le commandant adjoint des para-commandos de Pô et faisait déjà office de bras droit de Compaoré. Ce sont ses hommes qui ont tiré sur Sankara et ses douze camarades. Véritable boite noire du régime Compaoré pendant vingt-sept ans, il a été arrêté à la suite d’une tentative de putsch raté en 2015, pour laquelle il a été condamné à vingt ans de prison.

8h50 – Les accusés sont dans la salle d’audience

Les accusés dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara, lors de l’ouverture du procès, le 11 octobre 2021.
Les accusés dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara, lors de l’ouverture du procès, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

Nos journalistes, Benjamin Roger et Nadoun Coulibaly, sont dans la salle d’audience du tribunal militaire.

Neuf accusés sont déjà présents. Douze doivent venir – les deux autres, l’ancien président Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir dirigé le commando qui a tué Thomas Sankara, seront jugés par contumace.

Dans le box, Gilbert Diendéré sera le plus scruté. C’est le seul à comparaître ce matin en treillis militaire. Benjamin Roger a pu échanger quelques mots avec lui. Détendu et souriant, il lui a déclaré : « Je ne peux rien vous dire pour l’instant, mais je vous invite à venir quand je témoignerai. »

8h45 – Des journalistes mais peu de curieux

Quelques instants avant l’ouverture du procès des assassins présumés de Sankara, à Ouagadougou le 11 octobre 2021.
Quelques instants avant l’ouverture du procès des assassins présumés de Sankara, à Ouagadougou le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

À une demi-heure de l’ouverture du procès, seules quelques dizaines de personnes attendaient de pénétrer dans la salle d’audience. Des journalistes pour la plupart. Tous sont méticuleusement fouillés, dans le calme.

Quelques personnalités sont également présentes, comme Cheriff Sy, l’ancien ministre de la Défense, ou Domba Jean-Marc Palm, ancien ministre et spécialiste de l’histoire politique du Burkina Faso.

8h35 – Mariam Sankara attendue au procès

Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président burkinabè, est aussi attendue à l’ouverture de ce procès pour lequel elle se bat depuis trois décennies. Elle est arrivée dimanche 10 octobre de Montpellier, dans le sud de la France, où elle réside depuis plusieurs années. Philippe et Auguste, les deux fils du couple Sankara, qui vivent aux États-Unis, ne seront, eux, pas présents. Plusieurs frères et sœurs de l’ancien président, comme Valentin ou Odile, devraient également assister à l’ouverture de l’audience.

8h20 – Les accusés arrivent au tribunal

Benjamin Roger pour JA

Les douze accusés viennent d’arriver à la salle des Banquets de Ouaga 2000, nous informe notre envoyé spécial, Benjamin Roger. Derrière les vitres des bus qui les amènent à la salle d’audience, on les distingue, habillés en treillis militaire.

Quatorze personnes sont inculpées dans ce dossier, mais seuls douze vont comparaître. Les deux principaux accusés, l’ancien président Blaise Compaoré, et Hyacinthe Kafando, ne sont pas présents. Le premier est en exil à Abidjan depuis sa chute en 2014 et le second a fui le Burkina Faso, il est toujours recherché.

8h05 – Un procès historique

Le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons doit s’ouvrir ce lundi 11 octobre à 9h GMT devant la chambre de première instance du tribunal militaire de Ouagadougou. Pour des questions logistiques, il se tiendra dans la salle des Banquets de Ouaga 2000, comme cela avait été le cas pour le procès du putsch manqué de 2015, qui s’y était tenu entre février 2018 et septembre 2019.

Ce procès historique, attendu par de nombreux Burkinabè depuis plus de trente ans, est ouvert au public dans la limite des quelques centaines de places de cette salle des Banquets.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger et Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

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