Canada-Montréal: Le deuil mis sur pause le dimanche au cimetière Notre-Dame-des-Neiges

La fermeture le dimanche du cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal depuis le début de la pandémie suscite l’incompréhension chez plusieurs personnes endeuillées qui aimeraient pouvoir visiter la tombe de leurs proches.

La fille de Michael Musacchio, décédée il y a quelques mois, repose au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Pancarte à la main, l’homme dénonce le fait que le cimetière ne soit ouvert que de 8h à 17h, et qu’il soit fermé les dimanches.

© Valérian Mazataud Le Devoir La fille de Michael Musacchio, décédée il y a quelques mois, repose au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Pancarte à la main, l’homme dénonce le fait que le cimetière ne soit ouvert que de 8h à 17h, et qu’il soit fermé les dimanches.

« Je ne comprends pas dans quel monde on vit. Un cimetière fermé le dimanche, je n’ai jamais entendu ça », lance Michael Musacchio. Sa fille est décédée il y a quelques mois à l’âge de 26 ans. Depuis, lui et sa femme visitent régulièrement sa tombe. Mais le cimetière Notre-Dame-des-Neiges n’est ouvert que de 8 h à 17 h, et est fermé les dimanches.

« Je travaille maintenant six jours par semaine, sauf le dimanche, donc je ne peux pas visiter ma fille », dit-il. À cela s’ajoute le fait que le cimetière a été fermé pendant la longue fin de semaine de la fête du Travail. « Je n’accepte pas ça, d’autant plus que nous avons payé un bon montant pour l’enterrer », souligne le père endeuillé.

Eliane Maire, dont le fils repose au cimetière depuis quelques années, estime aussi que cet horaire restreint est incompréhensible. « J’ai fait plusieurs appels, et les autres cimetières sont tous ouverts, lance-t-elle. Il y a des gens qui veulent visiter après leur journée de travail, mais ça ferme à 17 h. »

Michael Musacchio milite depuis plusieurs semaines pour changer les choses. Dimanche dernier, il a manifesté devant les lieux, pancarte à la main. Dimanche prochain, de 10 h à 14 h, l’homme de 56 ans tiendra un rassemblement à l’entrée du cimetière, sur le chemin de la Côte-des-Neiges. « Les gestionnaires du cimetière me répètent “on travaille sur ça” chaque fois que je les interpelle, mais rien ne change », dénonce-t-il.

Contradictions

Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges est géré par la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal. L’organisation n’a pas donné suite à nos multiples demandes de clarification.

Dans un échange de courriels que Le Devoir a pu consulter, un représentant affirme que le cimetière est fermé le dimanche pour permettre la désinfection de ses bureaux et installations, dont ses 10 mausolées et chapelles, aux fins de conformité avec les exigences de la Santé publique. « Nous devons essayer d’éviter toute propagation possible de ce virus en constante évolution, écrit-il. Nous nous excusons pour les inconvénients que cela a pu vous causer, à vous et à votre famille. » Il précise aussi que le cimetière prévoit rouvrir le dimanche « dans un avenir proche ».

La Santé publique de Montréal a toutefois indiqué au Devoir ne pas avoir demandé ou conseillé au cimetière Notre-Dame-des-Neiges de fermer le dimanche.

Le syndicat des employés du cimetière, de son côté, conteste la véracité des raisons avancées par les gestionnaires. « Ils ont pris cette décision pour des raisons purement économiques : ils veulent économiser sur les salaires », commente Patrick Chartrand, vice-président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du cimetière Notre-Dame-des-Neiges–CSN. « Nous ne sommes pas d’accord avec cette décision. »

Les membres du syndicat sont sans contrat de travail depuis plus de deux ans, et 23 postes saisonniers ont été abolis en mars dernier. « Ça se reflète sur l’entretien des terrains », note le représentant.

La Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal fait face à d’importantes difficultés financières. Dans une lettre envoyée à ses employés en novembre 2020, elle indiquait notamment que le cimetière Notre-Dame-des-Neiges avait enregistré des pertes totalisant près de 103 millions de dollars entre 2008 et 2019, soit environ 8,6 millions par année.

Dans un communiqué diffusé en juin dernier, la fabrique affirme également que les dépenses du cimetière dépassent ses revenus d’environ 40 % chaque année, et que près de 75 % des sommes récoltées vont à la rémunération du personnel responsable du fonctionnement, de l’entretien et du service à la clientèle. « Toutes les activités doivent être revues », et « plusieurs décisions difficiles » devront être prises, mentionne-t-on.

Le syndicat, quant à lui, réclame un accès aux états financiers du cimetière.

Avec Le Devoir par Anne-Marie Provost 

Étiquettes : , , ,

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :