Soudan : Emmanuel Macron condamne le coup d’État

Le président français a condamné « avec la plus grande fermeté » la tentative de coup d’État au Soudan et appelé au « respect du Premier ministre ».

Le général soudanais Abdel Fattah al-Burhane a dissous lundi 25 octobre les autorités de transition, dont la quasi-totalité des membres civils sont déjà aux mains de l’armée, décrétant l’état d’urgence alors que des tirs ont déjà fait des blessés parmi les manifestants prodémocratie.

Depuis le matin, le « coup d’État » dénoncé à l’international s’est déroulé en plusieurs étapes. Le Premier ministre, son épouse, nombre de ses ministres et tous les membres civils du Conseil de souveraineté – plus haute autorité de la transition – ont été arrêtés par des militaires. La télévision d’État a été prise par les militaires et à la mi-journée le général Abdel Fattah al-Burhane y est apparu.

Ne cessant de répéter qu’il souhaitait toujours « une transition vers un État civil et des élections libres en 2023 », après 30 ans de dictature d’Omar el-Béchir démis en 2019, il a malgré tout relevé tous les dirigeants de leurs fonctions. Le gouvernement est dissous, de même que le Conseil de souveraineté, a-t-il dit, les préfets et ministres sont limogés, et l’état d’urgence est déclaré dans tout le pays, a-t-il ajouté.

Emmanuel Macron a condamné lundi « avec la plus grande fermeté » la tentative de coup d’État au Soudan et appelé au « respect de l’intégrité du Premier ministre et des dirigeants civils ». « La France condamne avec la plus grande fermeté la tentative de coup d’État au Soudan. J’exprime notre soutien au gouvernement de transition soudanais et appelle à la libération immédiate et au respect de l’intégrité du Premier ministre et des dirigeants civils », a souligné le président français dans un tweet.

De nombreuses réactions dans le monde entier

Avant même qu’il ne s’exprime, des milliers de Soudanais descendaient dans les rues conspuant l’armée. Devant le QG de l’armée dans le centre de Khartoum, bouclé par soldats et blocs de béton depuis des jours, 12 manifestants ont été blessés par des tirs des forces armées, ont assuré un syndicat de médecin et le ministère de l’Information.

Le bureau du Premier ministre Abdallah Hamdok avait appelé à « manifester » contre le « coup d’État » pour « protéger la révolution » de 2019 qui a renversé El Béchir. Craignant pour la vie du dirigeant retenu « dans un lieu non identifié », son bureau a averti que les autorités militaires portaient « l’entière responsabilité de sa vie » ou sa mort, dans un pays déjà secoué par un coup d’État manqué il y a un mois.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a condamné lundi « le coup d’État militaire en cours » au Soudan et a réclamé la libération « immédiate » du Premier ministre Abdallah Hamdok. « Il faut assurer le plein respect de la charte constitutionnelle pour protéger la transition politique obtenue de haute lutte », a-t-il affirmé sur Twitter.

« J’appelle les forces armées à relâcher immédiatement les personnes retenues », a exhorté l’émissaire de l’ONU au Soudan Volker Perthes, jugeant « inacceptables » ces arrestations de civils appartenant aux autorités de transition. Les États-Unis, dont l’émissaire Jeffrey Feltman était la veille encore dans le bureau du Premier ministre, ont déjà prévenu que « tout changement du gouvernement de transition mettait en danger l’aide américaine ».

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a lui appelé la communauté internationale « à remettre la transition soudanaise sur les rails », tandis que la Ligue arabe et l’Union africaine appelaient « au dialogue ». Face à ces critiques qui s’accumulent, le général, Burhane a donné un gage de poids : il s’est dit engagé à respecter les accords internationaux signés par le Soudan, l’un des quatre États arabes à avoir récemment décidé de reconnaître Israël.

La Commission européenne a appelé à la « libération rapide » des dirigeants civils du gouvernement du Soudan et à « ce que les moyens de communication ne soient pas entravés pour permettre de joindre ceux qui en ont besoin ». L’Allemagne a « clairement condamné » la tentative de coup d’État au Soudan qui « doit cesser immédiatement » pour permettre la poursuite d’une « transition politique pacifique vers la démocratie », selon un communiqué du ministre des Affaires étrangères. « Les informations faisant état d’une nouvelle tentative de coup d’État au Soudan sont atterrantes », a déclaré Heiko Maas.

Des tensions qui existent depuis longtemps entre les deux parties

Dans les rues de Khartoum, où les réseaux sociaux ne sont plus accessibles pour beaucoup, de nombreux Soudanais ont conspué le général Abdel Fattah al-Burhane, qui chapeaute le Conseil de souveraineté désormais amputé de sa part civile, ont constaté des correspondants de l’AFP. Beaucoup convergeaient vers le principal axe du centre-ville, où des pro-civils avaient organisé jeudi une démonstration de force aux cris de « révolution » pour refuser ce que les militants appelaient déjà « un coup d’État rampant ».

Le Soudan connaît une transition précaire entachée de divisions politiques et de luttes de pouvoir depuis l’éviction du président Omar el-Béchir, en avril 2019. Depuis août 2019, le pays est dirigé par une administration composée de civils et de militaires chargée de superviser la transition vers un régime entièrement civil.

Le principal bloc civil – les Forces pour la liberté et le changement (FFC) –, qui a mené les manifestations anti-Béchir en 2019, s’est scindé en deux factions opposées. « La crise actuelle est artificielle et prend la forme d’un coup d’État rampant », a déclaré Yasser Arman, leader du FFC, lors de la conférence de presse de samedi dans la capitale Khartoum. « Nous renouvelons notre confiance dans le gouvernement, le Premier ministre Abdallah Hamdok, et dans la réforme des institutions de transition, mais sans ordre ni imposition », a ajouté Yasser Arman.

Les tensions entre les deux parties existent depuis longtemps, mais les divisions se sont exacerbées après le coup d’État manqué du 21 septembre. La semaine dernière, des dizaines de milliers de Soudanais ont défilé dans plusieurs villes pour soutenir le transfert complet du pouvoir aux civils, et pour contrer un sit-in rival de plusieurs jours devant le palais présidentiel dans la capitale Khartoum qui exigeait un retour au « régime militaire ».

La « crise la plus grave et la plus dangereuse »

Abdallah Hamdok a précédemment décrit les divisions au sein du gouvernement de transition comme la « crise la plus grave et la plus dangereuse » à laquelle est confrontée la transition. Samedi, Abdallah Hamdok a démenti les rumeurs selon lesquelles il avait accepté un remaniement ministériel, les qualifiant de « non exactes ». Le Premier ministre a également « souligné qu’il ne monopolisait pas le droit de décider du sort des institutions de transition ».

Par Le Point avec AFP

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