Soudan : le général Abdel Fattah al-Burhane dissout les autorités de la transition

Les soldats ont tiré sur les manifestants qui protestaient contre l’arrestation du Premier ministre, ce lundi 25 octobre à Khartoum. © NICOLAS CORTES/ZEPPELIN/SIPA

Le général soudanais Abdel Fattah al-Burhan a dissous lundi les autorités de transition dont la quasi-totalité des membres civils sont déjà aux mains de l’armée, décrétant l’état d’urgence alors que des tirs ont déjà fait des blessés parmi les manifestants pro-démocratie.

Depuis le matin, le coup d’État dénoncé à l’international s’est déroulé en plusieurs étapes. Le Premier ministre, son épouse, nombre de ses ministres et tous les membres civils du Conseil de souveraineté – plus haute autorité de la transition – ont été arrêtés par des militaires. La télévision d’État a été prise par les militaires et à la mi-journée le général Abdel Fattah al-Burhane y est apparu.

Ne cessant de répéter qu’il souhaitait toujours « une transition vers un État civil et des élections libres en 2023 », après 30 ans de dictature d’Omar el-Béchir démis en 2019, il a malgré tout relevé tous les dirigeants de leurs fonctions. Le gouvernement est dissout, de même que le Conseil de souveraineté, a-t-il dit, les préfets et ministres sont limogés, et l’état d’urgence est déclaré dans tout le pays, a-t-il ajouté.

Tirs à balles réelles sur les manifestants

Des manifestants protestent contre l’arrestation du Premier ministre, le 25 octobre 2021 à Khartoum.
Des manifestants protestent contre l’arrestation du Premier ministre, le 25 octobre 2021 à Khartoum. © NICOLAS CORTES/ZEPPELIN/SIPA

Avant même qu’il ne s’exprime, des milliers de Soudanais descendaient dans les rues conspuant l’armée. Devant le QG de l’armée dans le centre de Khartoum, bouclé par soldats et blocs de béton depuis des jours, 12 manifestants ont été blessés par des tirs des forces armées, ont assuré un syndicat de médecin et le ministère de l’Information.

Le bureau du Premier ministre Abdallah Hamdok avait appelé à « manifester » contre le « coup d’État » pour « protéger la révolution » de 2019 qui a renversé Béchir. Craignant pour la vie du dirigeant retenu « dans un lieu non identifié », son bureau a averti que les autorités militaires portaient « l’entière responsabilité de sa vie » ou sa mort, dans un pays déjà secoué par un coup d’État manqué il y a un mois.

« J’appelle les forces armées à relâcher immédiatement les personnes retenues », a exhorté l’émissaire de l’ONU au Soudan Volker Perthes, jugeant « inacceptables » ces arrestations de civils appartenant aux autorités de transition. Les États-Unis, dont l’émissaire Jeffrey Feltman était la veille encore dans le bureau du Premier ministre, ont déjà prévenu que « tout changement du gouvernement de transition mettait en danger l’aide américaine ». Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a lui appelé la communauté internationale « à remettre la transition soudanaise sur les rails », tandis que la Ligue arabe et l’Union africaine appelaient « au dialogue ».

Face à ces critiques qui s’accumulent, le général, Burhane a donné un gage de poids : il s’est engagé à respecter les accords internationaux signés par le Soudan, l’un des quatre États arabes à avoir récemment décidé de reconnaître Israël.

« Révolution »

Dans les rues de Khartoum, où internet et le téléphone ne sont plus accessibles pour beaucoup, de nombreux Soudanais conspuent depuis tôt le matin le général Burhane. « Nous refusons le régime militaire et sommes prêts à sacrifier nos vies pour la transition démocratique », a juré l’un d’eux, Haitham Mohamed. « Nous ne quitterons pas les rues avant le retour du gouvernement civil », affirme Sawsan Bachir, elle aussi sous la nuée de drapeaux soudanais.

Dans un pays quasiment toujours sous la férule des militaires et des islamistes depuis son indépendance il y a 65 ans, la transition battait de l’aile depuis longtemps. Entre luttes de pouvoir parmi les civils et militaires décidés à conserver leurs acquis politiques et économiques, elle a débuté dans l’union sacrée avant de finir morcelée.

En avril 2019, l’armée poussait au départ d’Omar el-Béchir, sous la pression d’une énorme mobilisation populaire. Depuis août de la même année, un Conseil de souveraineté composé pour moitié de civils et pour moitié de militaires, menait le pays, promettant les premières élections libres fin 2023.

Montée des tensions

Mais ces derniers jours, la tension est montée entre les deux camps. Le 16 octobre, des pro-armée ont planté leurs tentes devant le palais présidentiel où siègent les autorités de transition. En réponse, le 21 octobre, des pro-civils sont descendus par dizaines de milliers dans les rues du pays, dans un joyeux festival pour, disaient-ils, « sauver » leur « révolution ».

Il y a deux jours, le camp pro-civil avait mis en garde contre un « coup d’État rampant », lors d’une conférence de presse qu’une petite foule avait cherché à empêcher. Mais ce camp est divisé. La preuve? Le sit-in qui réclame un « gouvernement militaire » comme les pro-« révolution » se revendiquent tous des Forces de la liberté et du changement (FLC), la grande alliance anti-Béchir qui s’est créée en 2019.

Par Jeune Afrique avec AFP

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