François-Henri Désérable, Grand Prix du roman de l’Académie française

La passion brûle dans le troisième roman de François-Henri Désérable, véritable hommage à la littérature, où s’invitent Verlaine et Rimbaud.

Verlainien. François- Henri Désérable, auteur de « Mon maître et mon vainqueur » (tiré d’un vers de Verlaine).

On pourrait dire : c’est l’histoire de Vasco qui aime Tina, laquelle épouse Edgar tout en préférant Vasco – ce qui ne serait pas follement original… On pourrait affirmer aussi bien : c’est l’histoire de Verlaine qui, enivré par la passion et l’absinthe, tire deux coups de pistolet sur Rimbaud – mais ce fait divers n’est-il pas déjà connu dans ses moindres détails ? Or François-Henri Désérable, jeune romancier impétueux et lettré, est beaucoup plus malin… La preuve ? Il s’arrange pour que le pistolet de Verlaine (un Lefaucheux à six coups en vente chez Christie’s) soit acheté par Vasco qui, il fallait y penser, l’introduit dans son histoire d’amour avec Tina. Le tout s’intitule : Mon maître et mon vainqueur (tiré, bien sûr, d’un vers verlainien…). À l’arrivée, c’est un roman magnifique, drôle, intelligent, rieur, léger – comme toutes les histoires d’amour (très) fou.

Roman-labyrinthe. Ce qui semble s’affirmer dans ce troisième roman de l’auteur d’Évariste et d’Un certain M. Piekielny, c’est son cap très kundérien : le roman est un genre où l’intelligence, la pensée critique, le haïku ont le droit de mener le bal… Ici, par exemple, alexandrins et octosyllabes viennent scander une intrigue quasi policière où le narrateur raconte à un juge ce qu’il sait de l’affaire Vasco-Tina. Oui, ces deux-là se sont aimés, détruits, perdus de vue, retrouvés, reperdus « dans l’tourbillon de la vie »… Aragon, Musset et quelques autres versificateurs fournissent leurs quatrains qui seront autant de pièces à conviction. Par moments, la structure du récit (un narrateur qui raconte un grand amour dont il a été le témoin) fait penser à celle de Gatsby le Magnifique – même si l’éventuelle tragédie, ici, ne se départ jamais de ses nuances kitsch…

Restent Verlaine et Rimbaud : que viennent-ils faire dans cette galère ? Surtout si l’on y ajoute, en passant, le cœur de Voltaire que l’amoureux, bibliothécaire, va jusqu’à offrir à sa bien-aimée… Seul le saura l’explorateur de ce roman-labyrinthe, et c’est tant mieux. Prévenons-le tout de même : on est ici dans le cœur du réacteur passionnel. Avec prose en fusion et phrases à haute valeur émotive ajoutée. Un régal. Tristes sires, stylistes moroses, amateurs de yoga et de sentiments bios s’abstenir.

Avec Le Point par Jean-Paul Enthoven

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Une Réponse to “François-Henri Désérable, Grand Prix du roman de l’Académie française”

  1. Bouesso Says:

    Un roman, qui fait honneur à l’écriture !

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