Québec-Niveau d’alerte rehaussé : des hôpitaux au bord de la rupture de services

Capacités dépassées, éclosions généralisées : les centres hospitaliers de plusieurs régions ont la tête sous l’eau.

Extérieur de l'hôpital de Saint-Eustache.

L’hôpital de Saint-Eustache compte 9 unités en éclosion sur 15, en plus du manque de personnel criant et du délestage qui doit s’accélérer pour libérer des lits. Photo: Radio-Canada/Ivanoh Demers

Environ 13 000 travailleurs de la santé sont absents au Québec en raison de la COVID-19. Le record de la première vague de la pandémie a été dépassé mercredi alors que 925 personnes infectées se sont ajoutées, a appris Radio-Canada.

C’est dans ce contexte que des centres hospitaliers ont enclenché le niveau d’alerte maximal et sont passés au palier 4 du délestage, ce qui signifie de reporter encore plus de chirurgies pour libérer du personnel.

Selon nos sources, c’est le cas des Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux CIUSSS de l’Estrie et de la Mauricie–Centre-du-Québec. Le Centre intégré de santé et de services sociaux CISSS des Laurentides a aussi dépassé la cible du niveau 3 et demandé à Québec de passer au 4e, mais ça n’a pas encore été accepté.

Si le variant Omicron occupe peu les soins intensifs, il fait déborder les étages d’hospitalisations, et pas nécessairement à cause de sa sévérité.

Les absences des travailleurs de la santé en isolement ont triplé depuis le 19 décembre, réduisant ainsi considérablement la capacité d’accueil des établissements.

Dans le même temps, les Québécois qui se rendent à l’hôpital pour des fractures, des accouchements ou encore des crises d’appendicite sont de plus en plus nombreux à découvrir sur place qu’ils sont infectés.

Au moins 30 à 40 % des hospitalisations sont des diagnostics secondaires, a révélé, mercredi, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda. Ces patients sont tout de même placés dans des unités COVID et nécessitent des ressources supplémentaires pour éviter des éclosions.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, tiendra un point de presse à 11 h, en compagnie de la sous-ministre adjointe Lucie Opatrny, qui est responsable, entre autres, du dossier du délestage.

Les Laurentides en état « critique »

Le quart des travailleurs sont absents aux urgences des hôpitaux de Saint-Jérôme et Saint-Eustache, selon nos sources. À Saint-Eustache, 6 des 12 lits de soins intensifs sont fermés à cause du manque de personnel.

La situation est critique dans plusieurs services, a écrit la président-directeur généralPDG du Centre intégré de santé et de services sociauxCISSS des Laurentides, Rosemonde Landry, dans une note interne, vendredi. Le délestage est incontournable.

La situation se détériore, constate le chef du département de chirurgie du Centre intégré de santé et de services sociauxCISSS, Pierre-André Clermont, en entrevue avec Radio-Canada. On a déjà diminué les activités chirurgicales de 50 % depuis plus d’une semaine, comme requis par le niveau d’alerte 3.

Ce niveau de délestage prévoit une cible de 48 lits COVID pour le Centre intégré de santé et de services sociauxCISSS des Laurentides. Or, il y avait 111 patients infectés dans les hôpitaux de la région, mercredi, soit plus du double.

On n’aura pas le choix d’aller vers plus de délestage, dit la présidente du Syndicat des professionnelles en soin des Laurentides (Fédération interprofessionnelle de la santé du QuébecFIQ), Julie Daigneault.

« Il y a une fatigue extrême du personnel […]. La situation ne fait que s’empirer, présentement. »— Une citation de  Julie Daigneault, présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Laurentides

C’est du jamais-vu, nos membres sont épuisés, ajoute pour sa part la responsable des communications du Syndicat des travailleuses et travailleurs des Laurentides en santé et services sociaux (FSSS-CSN), Valérie Lapensée.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux CISSS des Laurentides n’a pas voulu confirmer sa demande de passer au niveau 4 du délestage. En collaboration avec le ministère, nous suivons la situation de près, comme celle-ci peut évoluer très rapidement, dit la porte-parole Véronique Bernier. Notre souhait est évidemment de maintenir le plus possible les activités régulières pour répondre aux besoins de la population.

Que signifie le palier 4 du délestage?

Le palier 4 implique que les chirurgies non urgentes seront reportées progressivement au-delà de la barre des 50 %, jusqu’à atteindre, à terme, 100 % de report de ces activités non essentielles, par exemple des chirurgies du genou ou de la cataracte.

Le niveau 4 implique aussi la fermeture de petites urgences pour réorienter les ressources vers de plus grandes. Par exemple, le CISSS des Laurentides a sur sa liste la fermeture des urgences de Lachute et de Rivière-Rouge, mais la situation ne l’impose pas encore.

Le plan du Centre intégré de santé et de services sociauxCISSS, dont nous avons pris connaissance, prévoit de reporter encore plus de chirurgies, même si 10 000 personnes sont déjà en attente d’une opération dans la région.

Il est aussi prévu, lorsque ce sera nécessaire, de fermer l’urgence et le bloc opératoire d’Argenteuil afin de rapatrier les ressources à Saint-Jérôme pour éviter une éventuelle rupture de services.

Mercredi, l’urgence d’Argenteuil affichait un taux d’occupation des civières de 225 % et, pour ne rien arranger, une éclosion de COVID-19 y a été signalée dans la journée.

Des éclosions généralisées

À l’hôpital de Saint-Eustache, 9 unités sont en éclosion sur un total de 15 et on dénombrait, mercredi, 7 éclosions au centre hospitalier de Saint-Jérôme. Les urgences des deux établissements sont en éclosion, ainsi que le centre de cancérologie de Saint-Eustache.

Même le laboratoire de Saint-Jérôme qui reçoit les tests de COVID-19 a été touché par une éclosion à la fin décembre, indique une note de service.

Des médecins et des infirmières en poste à Saint-Eustache nous ont raconté comment les éclosions ralentissent toutes les opérations. Le personnel redouble de précautions et une salle doit être laissée vide durant 20 minutes après le passage d’un patient opéré, de façon à éliminer les aérosols.

Certaines opérations sont rallongées de 40 minutes à cause des précautions qu’on doit prendre, explique le chirurgien orthopédiste Pierre-André Clermont.Des travailleurs de la santé, portant un masque, vus à travers une fenêtre de l'urgence du CHAUR de Trois-Rivières.

Le Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR) de Trois-Rivières. Photo: Radio-Canada/Josée Ducharme

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociauxCIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, dont le PDG a appelé l’armée à l’aide, est déjà passé au niveau 4 du palier d’alerte, selon nos sources.

Mardi, 102 patients étaient hospitalisés avec la COVID-19 sur le territoire, alors que la capacité de lits prévue est de 57.

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociauxCIUSSS dénombre par ailleurs près d’une cinquantaine d’éclosions dans des milieux de soins et de vie.

À Shawinigan, le 1er janvier, l’unité médico-légale de psychiatrie comptait 18 de ses 22 employés en isolement à cause de la COVID-19, dont les deux psychiatres, a appris Radio-Canada.

Cet établissement, comparable à l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel, à Montréal, accueille des patients au lourd passé (meurtres, infanticide, pédophilie). Les absences ont été comblées, mais par du personnel qui n’a pas l’habitude de cette clientèle.

L’offre de service est maintenue et il n’y a pas de bris de service, assure la porte-parole du Centre intégré universitaire de santé et de services sociauxCIUSSS, Evelyne Matteau. Du personnel, tant clinique que médical, est disponible pour offrir les services appropriés aux usagers.

Niveau 4 de délestage en Estrie

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociauxCIUSSS de l’Estrie-CHU de Sherbrooke est passé au palier 4 du délestage, selon nos sources, alors qu’il déplore l’absence de 1300 travailleurs de la santé à cause de la COVID-19. C’est d’ailleurs la première région à s’être prévalue du droit de rappeler au travail des infirmières en isolement.

Plusieurs établissements de santé ont réactivé les dispositions spéciales de l’urgence sanitaire qui leur permettent d’annuler des vacances, d’obliger les employés à faire du temps plein ou de déplacer des travailleurs.

Des hôpitaux de Montréal sur la corde raide

À l’Hôpital Sacré-Cœur de Montréal, une source médicale indique qu’une trentaine de lits de chirurgie sont fermés en raison des éclosions, qui touchent presque toutes les unités de l’établissement.

Ici encore, c’est l’explosion du nombre d’employés infectés qui est en cause. Au total, 760 salariés et médecins du CIUSSS sont sur la touche en raison de la COVID-19. Le nombre de patients infectés dans les unités de soins est déjà dépassé. Il resterait une petite marge aux soins intensifs.Des préposés dans un couloir d'un hôpital.

Plus de 52 patients sont infectés à la COVID-19 à l’Hôpital Sacré-Cœur, à Montréal.

PHOTO : RADIO-CANADA / IVANOH DEMERS

Pour l’instant, aucun établissement de la métropole n’est au niveau d’alerte 4, mais plusieurs devraient l’atteindre prochainement.

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociauxCIUSSS du Nord-de-l’île-de-Montréal, par exemple, a décidé mercredi de prolonger le délestage jusqu’au 17 janvier.

Les chirurgies électives (chirurgie non urgente pouvant être reportée sans danger pour le patient) ont été reportées, et les activités ambulatoires (cliniques externes) ont été réduites, précise l’établissement par courriel.

Ailleurs sur l’île de Montréal les médecins s’attendent à un délestage massif au cours des prochains jours. On sait qu’on s’en va dans le mur. Reste juste à savoir à quel moment on va le frapper, indique une chirurgienne qui travaille dans la métropole.

Capacité dépassée de deux fois en Montérégie-Est

La Montérégie-Est pourrait aussi être parmi les prochains CISSS et CIUSSS à basculer dans la palier 4. Selon nos informations, la capacité d’hospitalisation est déjà dépassée dans les trois hôpitaux (Pierre-Boucher de Longueuil, Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe et Hôtel-Dieu de Sorel-Tracy). Un total de 131 patients sont hospitalisés pour la COVID-19, alors que la capacité hospitalière prévue au palier 3 est de 64, en incluant les soins intensifs.

Dans un document interne du ministère de la Santé du Québec, obtenu par Radio-Canada, on décrit quelles activités seront à protéger dans les semaines à venir. Les suivis de grossesses et ceux de patients âgés ou atteints de maladie mentale doivent être maintenus. Même chose pour l’aide médicale à mourir et les soins palliatifs. Le suivi des poupons de 0 à 6 mois devra aussi être maintenu.

Delta aux soins intensifs, Omicron ailleurs à l’hôpital

Dans le document interne présenté la semaine dernière, le ministère évoque un variant Omicron de trois à cinq fois plus contagieux que le Delta, mais pour lequel le risque d’hospitalisation aux soins intensifs est la moitié moins élevé.

Selon un courriel signé le 3 janvier par la présidente du comité ministériel des soins critiques COVID-19, Diane Poirier, également directrice générale adjointe de la coordination réseau, la grande majorité des cas sévères semble encore du Delta.

En France, le ministre de la Santé Olivier Veran a expliqué cette semaine que c’est toujours le variant Delta qui prédomine dans les services de réanimation, même s’il circule beaucoup moins qu’Omicron dans la société.

Officiellement, à Québec, ni le ministère ni l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ne sont en mesure de dire quelle proportion des quelque 200 patients aux soins intensifs en raison de la COVID-19 sont porteurs du variant Omicron.

Sur le terrain, le chef des soins intensifs de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, François Marquis, constate lui aussi qu’une grande proportion des patients dans les unités de soins intensifs sont ceux qui souffrent du variant Delta.

Si certains peuvent croire qu’il s’agit là d’une bonne nouvelle ou d’un signe que la pandémie s’estompe, le Dr Marquis craint une augmentation des éclosions à l’hôpital avec des personnes jeunes porteuses du virus qui risquent d’infecter des patients plus vulnérables.

Avec Radio-Canada par Thomas Gerbet et Davide Gentile

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Une Réponse to “Québec-Niveau d’alerte rehaussé : des hôpitaux au bord de la rupture de services”

  1. Bouesso Says:

    Une situation de grand danger de surcharge ?

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