Sidney Poitier, premier homme noir à recevoir l’Oscar du meilleur acteur, est mort

Portrait Sidney Poitier qui regarde au loin.

L’acteur Sidney Poitier le 19 décembre 2015, à Los Angeles Photo: Getty Images/Jason Kempin

L’acteur américano-bahaméen Sidney Poitier est mort à l’âge de 94 ans, a annoncé vendredi le vice-premier ministre des Bahamas, où l’acteur a grandi.

Nous avons perdu une icône, un héros, un mentor, un combattant, et un trésor national, écrit Chester Cooper sur sa page Facebook à propos de l’acteur sans mentionner la cause de son décès.

Sidney Poitier est le premier homme noir à avoir gagné l’Oscar du meilleur acteur en 1964 pour le film Le Lys des champs (Lilies of the Field). Le voyage a été long pour en arriver là, lançait-il très ému, en recevant la statuette dorée. À 37 ans, il est alors la seule vedette de couleur à Hollywood.

Il n’est pas le premier artiste afro-américain à en avoir gagné un. L’actrice Hattie Daniel a gagné l’oscar de la meilleure actrice en 1940 pour Autant en emporte le vent (Gone with the wind).

La citoyenneté américaine par hasard

Né prématuré à Miami, en Floride, le 20 février 1927, à l’occasion d’un déplacement de ses parents venus des Bahamas voisines.

Grâce à cette naissance prématurée, Sidney Poitier obtient la nationalité américaine. A 15 ans, ses parents peuvent donc l’envoyer à Miami chez son frère pour gagner sa vie. Il n’a alors jamais mis de chaussures ailleurs qu’à l’église.
Pour échapper aux lois racistes de Floride, il part pour New York. Son fort accent caribéen lui vaut d’être refusé par l’American Negro Theatre. Il travaille à s’en débarrasser.

Engagé en 1946 à Broadway, il est remarqué par le réalisateur Joseph Mankiewicz. Pour son premier film en 1950, La porte s’ouvre (No Way Out), il interprète un médecin au chevet de deux racistes blancs. Le film, censuré dans le sud des États-Unis, lance sa carrière.

Sidney Poitier, un pionnier critiqué

Avant lui, Hollywood cantonnait les actrices et acteurs noirs aux rôles de majordomes ou servantes. Sidney Poitier avait brisé ces stéréotypes en incarnant dans les années 50 à 70 des personnalités exemplaires, participant ainsi à la lente mutation des mentalités.Sidney Poitier dans une scène du film de 1967

Les anges aux poings serrés de James Clavell Photo: Radio-Canada

Grâce à ses rôles, le public a pu concevoir que des personnes afro-américaines pouvaient occuper différents métiers. Outre celui de médecin, lorsqu’il interprète un ingénieur et un professeur dans Les Jeunes Fauves (To Sir, with love) en 1967, ou encore un rôle de policier dans le film Dans la chaleur de la nuit (In the Heat of the Night) en 1967.

L’industrie cinématographique n’était pas encore prête à élever plus d’une personnalité issue des minorités au rang de vedette, décryptait-il dans son autobiographie This Life. A l’époque,[…)] j’endossais les espoirs de tout un peuple. Je n’avais aucun contrôle sur les contenus des films […] mais je pouvais refuser un rôle, ce que je fis de nombreuses fois.

Dans l’un de ses films les plus connus, Devine qui vient dîner? (Guess Who’s Coming to Dinner) en 1967, il campe le fiancé d’une jeune bourgeoise blanche le présentant à ses parents, un couple d’intellectuels qui se croient ouverts d’esprit. La rencontre est un choc, et donne un film majeur sur le racisme de l’époque.

Cependant, les personnes militantes de la cause noire critiquent Sidney Poitier pour avoir accepté ce rôle de médecin de renommée internationale, aux antipodes des discriminations dont souffrent les personnes noires de l’époque.Une jeune femme blanche et un jeune homme noir souriants.

« Devine qui vient dîner », de Stanley Kramer Photo: Columbia Pictures

Il est désigné comme le noir de service, fantasme de blanc. Ses qualités irréelles de gendre idéal masquent sa négritude et les problèmes racistes, estiment-elles.

Il se trouve que je compte parmi les millions de personnes à avoir aimé ce film, rétorque-t-il dans le New York Times en 1968. Le monde a besoin de tous les arguments possibles pour démontrer que l’homme est davantage bon que mauvais.

C’est en 1967, année de graves émeutes raciales, que la Cour suprême américaine reconnaît la légalité du mariage mixte.

Au début des années 70, une nouvelle ère pour le cinéma noir s’ouvre avec la Blaxploitation et ses films plus radicaux. Ma carrière comme vedette hollywoodienne touchait à sa fin, analysait l’acteur qui se consacre alors à la réalisation.

Première comédie noire à remporter un grand succès populaire aux États-Unis, Uptown Saturday night raconte les déboires de deux compères (Sidney Poitier et Bill Cosby) qui peinent à retrouver un billet de loto gagnant enfermé dans un portefeuille dérobé la veille du tirage dans un hold-up.

Sidney Poitier, également réalisateur, excelle dans ce duo comique, première embardée du cinéma noir vers le grand public.

Dans ce film, les personnes afro-américaines ne sont plus caricaturées, elles mènent la comédie. Après un tel succès, suivront Let’s do it again en 1975 et A piece of the Action en 1977. Will Smith en a acquis les droits pour en faire une autre version avec Denzel Washington qui est programmé pour 2022.

En 1997, il incarne Nelson Mandela puis le premier juge noir de la Cour suprême américaine, Thurgood Marshall.

Marié 15 ans (1950-1965) à la danseuse Juanita Hardy avec qui il a quatre filles, Sidney Poitier épouse en 1976 l’actrice canadienne Joanna Shimkus qui donne naissance à deux autres filles.

Un Oscar honorant sa carrière

En 2002 Sidney Poitier recevait un Oscar d’honneur pour ses performances extraordinaires, sa dignité, son style et son intelligence.L'homme sourit et pose avec son trophée dans la main et de l'autre il fait le signe ok avec les doigts.

Le 24 mars 2002, l’acteur Sidney Poitier reçoit un oscar pour l’ensemble de sa carrière. Photo: AFP Via Getty Images/Lee Celano

J’accepte cette récompense au nom de toutes actrices et tous acteurs afro-américains qui m’ont précédé […] et sur les épaules desquels j’ai pu m’appuyer pour envisager mon avenir, répondait l’acteur remerciant les choix visionnaires d’une poignée de producteurs, réalisateurs et directeurs de studios.

Ce même soir, Denzel Washington devenait le second homme noir à recevoir l’Oscar du meilleur acteur: Je n’arriverai jamais à votre hauteur et j’inscrirai toujours mes pas dans les vôtres. Halle Berry remportait également la statuette dans la catégorie de la meilleure actrice.L'homme et la femme posent avec leur statuette et sourient.

Denzel Washington et Halle Berry remportent l’Oscar du meilleur acteur et de la meilleure actrice en 2002. Photo: AFP VIA Getty Images/Lee Celano

En 2000, il confiait à Oprah Winfrey être resté fidèle aux principes de son père. Malgré sa grande pauvreté, il était resté digne, même si, dans toute sa vie, il n’a jamais gagné autant d’argent que ce que j’ai pu dépenser en une semaine.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

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