La Russie resserre l’étau autour de Kiev, mais Poutine se dit prêt à des pourparlers

Kiev, la capitale de l’Ukraine, subit des bombardements depuis jeudi.

Au deuxième jour de combats meurtriers, l’armée russe rehausse d’un cran son action à Kiev. Parallèlement, le président Vladimir Poutine se dit prêt à envoyer une délégation dans la capitale de son allié bélarusse, Minsk, pour des pourparlers avec l’Ukraine.

Le Kremlin avait jusqu’à maintenant systématiquement refusé des pourparlers avec l’Ukraine, malgré des demandes répétées du président ukrainien Volodymyr Zelensky avant le déclenchement de l’invasion russe jeudi.

Mais vendredi, le porte-parole du gouvernement russe a annoncé que Vladimir Poutine est disposé à envoyer à Minsk une délégation russe au niveau des ministères de la Défense et des Affaires étrangères et de l’administration présidentielle pour des négociations avec une délégation ukrainienne.

Minsk est la capitale du Bélarus qui a permis à la Russie d’utiliser son territoire pour l’invasion, notamment aux forces se dirigeant actuellement vers Kiev.

Pendant ce temps, la situation s’envenime près de Kiev. D’importantes explosions ont retenti dans le centre de la capitale ukrainienne, vendredi à l’aube, tandis que des batailles étaient en cours dans un quartier du nord. Ces tirs de missiles, constatés par une journaliste de l’AFP, ont été confirmés par l’armée de terre ukrainienne. Sur son compte Facebook, cette dernière soutient avoir détruit deux des missiles lancés par l’armée russe en plein vol.

L’armée de terre a publié une courte vidéo amateur montrant un immeuble en proie à un incendie.

Le maire de Kiev Vitali Klitschko a indiqué que trois personnes avaient été blessées, dont une grièvement, par des débris de missiles tombés dans un quartier résidentiel du sud-est de la capitale.

Le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, a dénoncé ces tirs russes.

Des tirs horribles de missiles russes sur Kiev. La dernière fois que notre capitale a connu quelque chose de semblable, c’était en 1941, quand elle a été attaquée par l’Allemagne nazie. L’Ukraine a vaincu ce démon et vaincra aussi celui-ci, a affirmé M. Kouleba dans un message sur Twitter.Des pompiers au travail.

Des pompiers interviennent en banlieue de Kiev, en Ukraine, sur le site d’un immeuble résidentiel lourdement endommagé à la suite d’un tir de missile. Photo: AFP/Genya Savilov

Tôt en matinée vendredi, l’administration de Kiev signalait une menace aérienne et demandait à ses citoyens de se réfugier d’urgence.

Des échanges de tirs et des explosions ont également été entendus dans le quartier d’Oblonsky, tandis que plusieurs détonations sourdes étaient aussi entendues depuis le centre-ville de Kiev.

Le président de l’Ukraine Volodymyr Zelensky a accusé l’armée russe de viser des zones civiles dans la capitale. Il a salué l’héroïsme des Ukrainiens face à l’invasion russe et a assuré que ses soldats faisaient tout leur possible pour défendre le pays.

Les autorités russes disent que les zones civiles ne sont pas des cibles, mais c’est encore un de leurs mensonges. En réalité, ils ne font aucune distinction, a-t-il ajouté en ukrainien.

Ces attaques surviennent au moment où les forces armées russes semblent s’approcher de plus en plus de la capitale.

Selon des informations diffusées par l’Associated Press, le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, a dit lors d’un appel téléphonique aux législateurs que les forces terrestres qui sont entrées par le Bélarus étaient à une trentaine de kilomètres de Kiev.

Plus tôt vendredi, les forces ukrainiennes avaient indiqué combattre des unités de blindés russes dans deux localités, Dymer et Ivankiv, respectivement à 45 et 80 km au nord de la capitale.

L’armée ukrainienne prétend que l’avancée de l’armée russe a été arrêtée sur la rive de la rivière Teterov, le pont qui traverse cette rivière ayant été détruit.

L’état-major de l’armée soutient avoir repris le contrôle de l’aéroport militaire d’Antonov à Gostomel, aux portes de la capitale ukrainienne, et qui était tombé la veille lors d’un assaut des forces russes.

Une unité tactique des forces de défense tient l’aérodrome de Gostomel, où les troupes aéroportées russes avaient pénétré hier, a-t-il dit sur Facebook également.

La capitale Kiev a passé sa première nuit sous un couvre-feu en vigueur de 22 h à 7 h. Les transports publics ne fonctionneront pas pendant cette période, a-t-il expliqué, mais les stations de métro resteront ouvertes en permanence pour servir d’abris en cas de frappes.

Les Ukrainiens, prêts à sacrifier leur vie pour leur pays

Édouard-Laurent Dorges est un entrepreneur français qui vit en Ukraine depuis maintenant près de 15 ans. Il habite en banlieue de Kiev avec son épouse ukrainienne et leur garçon de trois ans.

Étant donné l’importante avancée des Russes en peu de temps, il ne doute pas que la chute de Kiev soit imminente.

« Ils vont encercler Kiev. C’est une question d’heures ou de journées. La chute de Kiev, elle aura lieu. »— Une citation de  Édouard-Laurent Dorges, entrepreneur français qui vit à Kiev

Mais ils vont le payer très cher parce que les Ukrainiens sont très patriotiques, ajoute-t-il en entrevue à l’émission de radio Tout un matin. Ils sont prêts à sacrifier leur vie pour leur pays.

Il a lui-même plusieurs amis ukrainiens qui ont rejoint les forces armées. C’est noble, mais c’est crève-coeur, dit-il, souhaitant lui-même rejoindre la France avec sa famille si les Russes continuent de se rapprocher de Kiev samedi.

Le patriotisme des Ukrainiens permet même à Richard Giguère, brigadier général retraité des Forces armées canadiennes et expert en résidence à l’École supérieure d’études internationales Université Laval, d’être plus optimiste quant à l’avenir proche de Kiev.

Les gens oublient que Kiev est une ville de trois millions de personnes. C’est l’équivalent de la ville de Montréal. Alors occuper une ville de cette ampleur, c’est extrêmement difficile. Ce n’est pas avec le nombre de troupes que Poutine possède dans cette région qu’il va y arriver, a analysé M. Giguère en entrevue à Tout un matin.

Par ailleurs, les combats dans les zones urbaines sont extrêmement épuisants et demandant en ressources et en soldats, a fait remarquer le retraité des forces armées canadiennes, qui a notamment participé à deux déploiements en Afghanistan.

« Ça va être extrêmement long, extrêmement coûteux [de s’emparer de Kiev]. »— Une citation de  Richard Giguère, brigadier général retraité des Forces armées canadiennes

Pour faire face à l’invasion russe, le président Zelensky a décrété jeudi soir la mobilisation générale pour 90 jours de toutes les personnes soumises à la conscription militaire.

Le ministère ukrainien de la Défense a aussi appelé les civils à Kiev à l’informer des mouvements ennemis et à faire des cocktails molotov, une arme incendiaire artisanale faite à partir d’alcool, afin de neutraliser l’occupant.

Ça me paraît être une opération pratiquement impossible, a répété M. Giguère. Quand on attaque, il faut être au moins trois fois plus fort. C’est le ratio qu’on utilise. Alors quand on veut attaquer 100 personnes, il faut qu’on en aie 300, parce que les gens qui sont en défensive sont beaucoup plus forts. Les Ukrainiens sont chez eux. On a vu qu’il y a une mobilisation des hommes, on a fourni des armes aux gens dans la région.

L’invasion dans le reste du pays se poursuit

Selon Emmanuel Grynzpan, journaliste basé à Marioupol, une des deux grandes villes portuaires du pays donnant sur la mer Noire, l’inquiétude s’installe chez les habitants qui étaient, jusqu’à avant-hier, très détendus. Ils ne croyaient pas du tout à une attaque russe.

Mais les explosions qu’ils entendent depuis jeudi ont eu raison de leur optimisme. La plupart des commerces sont fermés, à part les épiceries et quelques pharmacies. 

« Il y a des queues vraiment très importantes pour tous les distributeurs de billets automatiques. Les stations d’essence sont aussi prises d’assaut. »— Une citation de  Emmanuel Grynzpan, journaliste basé à Marioupol

Sur les 420 000 habitants de Marioupol, le journaliste estime que moins de 5000 auraient quitté la ville jeudi. Mais je n’ai pas les chiffres pour aujourd’hui. 

Selon des sources militaires ukrainiennes d’Emmanuel Grynzpan, les Russes seraient à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Marioupol. Ils risquent de prendre à revers la ville et d’en faire un siège. L’intérêt pour les Russes pourrait être de contrôler une bande de terrain qui relie directement la Russie à la Crimée, la côte de la mer d’Azov.

Emmanuel Grynzpan rappelle cependant que Marioupol est bien défendue par les Ukrainiens, notamment à la frontière avec la république séparatiste autoproclamée de Donetsk où il y a cinq lignes de défense qui apparemment tiennent bien.

Tchernobyl tombé aux mains des Russes

L’Ukraine a dit vendredi avoir enregistré des données de radiation préoccupantes à la centrale accidentée de Tchernobyl, tombée aux mains de l’armée russe la veille, Moscou affirmant pour sa part que tout y était sous contrôle.

Il y a eu une hausse des indicateurs au-delà des niveaux de contrôle durant la nuit, a indiqué à l’AFP le directeur adjoint du département ukrainien pour les questions de sécurité des installations nucléaires, Alexandre Grigorach. Mais on ne peut pas vérifier, car tout le personnel a été évacué, a-t-il indiqué, joint par téléphone.

Le Parlement ukrainien a aussi indiqué que le système automatisé de contrôle avait fait état d’une hausse des rayons gamma, signe de radioactivité, sans préciser le niveau.

Un porte-parole de l’armée russe a lui assuré qu’il n’y avait aucune inquiétude à avoir pour la sécurité du réacteur qui a explosé en 1986, irradiant une partie de l’Europe, ni son sarcophage, assurant, contrairement à la partie ukrainienne, que le personnel était toujours sur place.

Les radiations dans la zone de la centrale nucléaire sont conformes à la norme, a-t-il assuré, affirmant que le personnel de la centrale […] surveille la situation avec la radioactivité.

Par Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Associated Press

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