Poutine, une épine dans le pied des républicains

Traditionnellement, lorsqu’un pays est confronté à un événement aussi majeur qu’une guerre, toute sa classe politique, y compris les partis d’opposition, affiche un front uni, qui a beaucoup plus de poids face à l’ennemi.

Deux poupées russes à l'effigie de Poutine et de Trump.

L’admiration de Donald Trump pour les stratégies de Vladimir Poutine crée un malaise au sein du parti républicain. Photo: Getty Images/MishaI Friedman

Dans le cas des démocrates, le choix est simple : suivre la position de fermeté et de lourdes sanctions du président Biden contre l’agresseur russe. Par contre, au sein du Parti républicain, qui de facto n’a pas de chef désigné pour rassembler les troupes, c’est une tout autre histoire, notamment à cause de l’ex-président Trump qui jouit toujours d’une confortable influence.

Même si jusqu’ici une grande majorité d’élus républicains, dont le leader en chambre Kevin McCarthy, habituellement pro-Trump, ont condamné fermement les actions militaires russes, Donald Trump a maintes fois professé son admiration pour l’esprit brillant de Poutine.

C’est du génie, a-t-il déclaré dans une entrevue plus tôt la semaine dernière. Poutine déclare une grande partie de l’Ukraine indépendante. Il a utilisé le mot « indépendante » et a dit que la Russie allait aider à maintenir la paix. Vous devez dire qu’il est assez astucieux.Il pointe avec son index gauche.

Donald Trump Photo : Getty Images/Joe Raedle

Samedi soir, lors de la conférence CPAC en Floride, une sorte de festival annuel de la droite américaine, l’ex-président a même défendu l’étiquette de Poutine comme intelligentLe problème n’est pas que Poutine soit intelligent – il est bien sûr intelligent –, mais le vrai problème est que nos dirigeants sont stupides, a-t-il déclaré sous les applaudissements.

L’argument qui a beaucoup circulé dans les rangs trumpistes depuis le début de l’invasion russe peut surprendre : Poutine n’a pas envahi l’Ukraine sous Trump. Ce qui signifie qu’il considérait Trump comme fort.

Ce qui, selon certains, relève de l’absurde. Sous Trump, Poutine n’a pas eu à envahir. En fait, l’ex-président républicain a cherché à réduire considérablement la présence des troupes américaines dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN et avait même l’intention de se retirer complètement de l’organisation dans un possible deuxième mandat présidentiel.

La nébuleuse trumpiste

Il parle dans un micro et croise les bras.

Tucker Carlson, animateur vedette du réseau Fox News, a dès le début du conflit plus penché pour la Russie que pour l’Ukraine Photo : Getty Images/Janos Kummer

Tucker Carlson, animateur vedette du réseau Fox News qui attire chaque soir des millions de téléspectateurs, a de nombreuses fois mis en doute la nécessité de l’implication américaine dans ce conflit.

Pourquoi devons-nous soutenir l’Ukraine et non Poutine? Poutine m’a-t-il déjà traité de raciste? A-t-il menacé de me faire virer pour n’être pas d’accord avec lui? A-t-il envoyé tous les emplois de la classe moyenne de ma ville en Russie? A-t-il fabriqué une pandémie mondiale qui a détruit mon entreprise et m’a gardé à l’intérieur pendant deux ans? Est-ce qu’il apprend à mes enfants à accepter la discrimination raciale? Essaie-t-il d’étouffer le christianisme? Non!

Une rhétorique qui a de quoi surprendre bien des observateurs. Alors que les Russes progressaient dans leur offensive le lendemain, Carlson a plus ou moins modéré ses propos, condamnant les atrocités de cette guerre.

De son côté, Candace Owen, une commentatrice conservatrice, a même repris les propres mots de Poutine, expliquant que l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN violait les accords précédents en ne garantissant pas que l’organisme accueillerait en son sein des pays de l’Est. Nous sommes dans l’erreur, a-t-elle tweeté il y a quelques jours.

JD Vance, un candidat républicain populiste de l’Ohio qui veut briguer un siège au Sénat, a bien vite déclaré : Honnêtement, je n’ai pas grand-chose à faire de ce qui se passe en Ukraine, j’en ai marre de Joe Biden qui se soucie de la frontière ukrainienne.Gros plan de son visage

Elise Stefanik, troisième républicaine en importance dans la hiérarchie à la Chambre des représentants Photo: Getty Images/Drew Angerer

Même des élus républicains comme Elise Stefanik ont suivi le chemin du dénigrement de l’administration Biden. Cette vedette montante du parti, profondément trumpiste, est devenue récemment la troisième représentante en importance dans la hiérarchie à la Chambre.

Jeudi dernier, même si elle a utilisé le terme de criminel de guerre contre Poutine, elle a surtout profité d’une allocution pour critiquer vertement Biden, le traitant d’inapte et parlant d’une faiblesse de leadership sur la scène internationale. Bonjour l’unité face à l’ennemi…

Un malaise républicain

Liz Cheney, qui a perdu les faveurs de l’establishment du Parti républicain, au profit d’ailleurs d’Elise Stefanik, pour ses nombreuses critiques contre Trump, a été une des rares personnalités républicaines à critiquer durement les propos de l’ancien président. L’adulation de Poutine par l’ex-président aide nos ennemis, et les intérêts de Trump ne semblent pas être alignés sur ceux des États-Unis.

Cette étrange fascination de Donald Trump pour l’homme fort de la Russie montre en tout cas une division émergente au Parti républicain. Celle de la garde traditionnelle, la vieille garde diront certains, qui a souvent lancé des avertissements contre le comportement agressif de la Russie en général, et celle d’une certaine génération montante de conservateurs qui se demandent ouvertement pourquoi les États-Unis devraient se soucier de ce que fait la Russie.Il est assis à une table.

Vladimir Poutine Photo : Sputnik/AFP via Getty Images/Mikhail Klimentyev

Une doctrine souvent portée par Donald Trump qui a fait de son mandat une occasion de désengager les États-Unis sur le plan international et qui a préféré donner de son temps pour se rapprocher de personnes infréquentables comme le Nord-Coréen Kim Jong-un ou même pour trouver tellement de qualités à Poutine.

L’invasion de l’Ukraine a donc mis en évidence ce malaise face à l’influence parfois dérangeante de Trump. L’admiration pour Vladimir Poutine risque-t-elle de faire perdre des plumes à l’ancien locataire de la Maison-Blanche, qui dit vouloir prendre sa revanche et retourner au 1600, Pennsylvania Avenue en 2024?

Il est encore trop tôt pour le dire. Mais, en fin de semaine, dans l’État ensoleillé de la Floride, le gouverneur Ron DeSantis n’a pas voulu effleurer la polémique soulevée par Trump sur la Russie. Sachant qu’on lui prête des intentions de se présenter à l’investiture présidentielle républicaine et qu’il a en banque plusieurs dizaines de millions de dollars pour une telle quête, son silence en dit long sur son appréciation des agissements de son possible adversaire.Un homme les deux mains levées comme s'il protestait contre quelque chose.

Le gouverneur de la Floride Ron DeSantis (archives) Photo : AP/Wilfredo Lee

Une planche de salut démocrate?

Alors que Joe Biden prépare son discours sur l’État de l’Union de mardi soir, les remous créés par ces voix républicaines parfois plus hostiles à leur président qu’à la Russie peuvent-ils donner des espoirs aux démocrates qui aimeraient bien limiter les dégâts aux élections de mi-mandat de novembre prochain?

Ce serait très surprenant. Mais il y a, à tout le moins, un questionnement face au comportement admiratif de Trump à l’égard de Poutine qui pourrait avoir des impacts sur les prochaines campagnes électorales, autant celle de novembre que les prochaines primaires pour l’investiture présidentielle au sein du Parti républicain.

Tout dépendra de l’évolution de la guerre.

Analyse de Frédéric Arnould avec Radio-Canada

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Une Réponse to “Poutine, une épine dans le pied des républicains”

  1. Bouesso Says:

    Une guerre qui peut rendre les combats difficiles ?

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