Canada: Moscou va réduire « radicalement » ses activités militaires à Kiev et Tchernihiv

Le Canada, la Pologne, la Turquie et Israël pourraient agir à titre de garants d’un futur accord de paix entre la Russie et l’Ukraine, avancent les négociateurs ukrainiens après des pourparlers de paix à Istanbul.

Des soldats ukrainiens déployés à un point de contrôle installé en périphérie de Kiev. Photo: Getty Images/AFP/Sergei Supinsky

La Russie va réduire « radicalement » ses activités militaires dans les régions de Kiev et Tchernihiv pour favoriser le dialogue avec l’Ukraine, a annoncé mardi le vice-ministre russe de la Défense, Alexandre Fomine, au terme d’une nouvelle ronde de négociations de paix entre les deux pays. Aucune entente formelle n’a cependant été conclue.

Les négociations sur un accord sur la neutralité et le statut non nucléaire de l’Ukraine entrant dans une dimension pratique […], il a été décidé, pour accroître la confiance, de réduire radicalement l’activité militaire en direction de Kiev et Tchernihiv, a-t-il expliqué depuis Istanbul, en Turquie, où les pourparlers ont eu lieu.

Les autorités russes fourniront davantage de précisions sur cette désescalade autour de la capitale ukrainienne et de Tchernihiv, au nord-est de la capitale, une fois que la délégation de négociateurs sera rentrée à Moscou, a encore dit M. Fomine.

Si l’annonce se vérifie sur le terrain, il s’agira d’une première véritable percée en vue d’un règlement pouvant mettre fin à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. L’attaque, lancée le 24 février, a fait des milliers de morts et de blessés, forcé 10 millions d’Ukrainiens à fuir leur foyer et causé des dégâts de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Le chef de la délégation russe et représentant du Kremlin, Vladimir Medinski, a pour sa part fait état de discussions substantielles et a dit que les propositions claires de l’Ukraine en vue d’un accord allaient être étudiées très prochainement et soumises au président russe Vladimir Poutine.

Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a prononcé le discours d’ouverture de cette ronde de négociations. Photo: AP/Présidence Turque

Les négociateurs ukrainiens ont confirmé avoir proposé que leur pays devienne neutre – ce qui impliquerait que l’Ukraine ne se joigne à aucune alliance militaire et n’accueille aucune armée étrangère sur son sol – à condition que le tout soit consigné dans un accord international dont seraient signataires plusieurs pays garants.

« Nous insistons pour qu’il s’agisse d’un accord international qui sera signé par tous les garants de la sécurité. Nous voulons un mécanisme international de garanties de sécurité où les pays garants agiront de façon analogue au chapitre 5 de l’OTAN et même de façon plus ferme. »— Une citation de  David Arakhamia, négociateur en chef de la délégation ukrainienne

L’article 5 du Traité de Washington qui a fondé l’alliance militaire transatlantique prévoit qu’une attaque contre l’un des pays membres est une attaque contre tous. Autrement dit, les 30 pays signataires de l’accord doivent obligatoirement se porter à la défense d’un pays agressé.

Le négociateur en chef de l’Ukraine, David Arakhamia (à gauche), accompagné de ses collègues, Mustafa Dzhemilev (au centre) et le conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky, Mykhaïlo Podolyak (à droite), après leur rencontre avec la délégation russe. Photo: Reuters/Mehmet Caliskan

Selon M. Arakhamia, les États-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Canada, la Pologne, la Turquie et Israël pourraient agir à titre de garants dans le cadre d’une telle entente. Ottawa et les autres pays cités n’ont pas encore commenté cette information.

L’Ukraine acceptera un statut neutre si le système de garantie de sécurité fonctionne, a résumé M. Arakhamia.

« Nous n’accueillerons pas de bases militaires étrangères sur notre territoire ni le déploiement de contingents militaires sur notre territoire, et nous n’intégrerons pas d’alliances politico-militaires. Les manœuvres militaires sur notre territoire auront lieu avec l’assentiment des pays garants. »— Une citation de  Oleksander Tchaly, membre de la délégation ukrainienne

Le vice-ministre russe de la Défense, Alexandre Fomine, après la rencontre avec la délégation ukrainienne. Photo : Reuters/Kemal Aslan

Tout accord de paix devra être approuvé par référendum en Ukraine, ont aussi souligné les négociateurs de Kiev, répétant du coup des propos du président ukrainien Volodymyr Zelensky.

La Crimée et les républiques autoproclamées du Donbass temporairement exclues de l’entente

Pour que ces garanties puissent prendre effet dans les plus brefs délais, la Crimée, territoire ukrainien annexé par Moscou en 2014, et les territoires du Donbass sous contrôle des séparatistes prorusses, dont l’indépendance a été reconnue par la Russie tout juste avant le début de l’offensive, seraient temporairement exclus de l’accord, a précisé M. Arakhamia.

Kiev réclame en outre que l’accord n’interdise en rien l’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne (UE), et que les pays garants s’engagent à contribuer à ce processus. Le négociateur russe Medinski a ultérieurement confirmé que l’Ukraine avait fait cette demande.

Selon ce dernier, une rencontre entre les présidents ukrainien et russe, Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine, et des représentants des États garants sera possible lorsqu’il y aura un accord […] La rencontre pourrait être multilatérale, avec la participation d’États garants, a-t-il dit.

« Après la discussion substantielle d’aujourd’hui, nous nous sommes entendus et proposons que la rencontre se fasse pour parapher l’accord. À condition d'[effectuer] un travail rapide sur l’accord et de trouver les compromis nécessaires, la possibilité de conclure la paix se rapprochera. »— Une citation de  Vladimir Medinski, chef de la délégation russe

M. Arakhamia a aussi estimé qu’après ces pourparlers, les conditions étaient suffisantes pour une rencontre au sommet entre MM. Poutine et Zelensky.

Au terme des discussions, qui ont duré environ trois heures, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu, a salué les progrès les plus significatifs depuis le début de la guerre, lors des pourparlers entre la Russie et l’Ukraine à Istanbul. Il a précisé que les négociations ne reprendraient pas mercredi.

Réaction immédiate sur les marchés boursiers

Les marchés boursiers n’ont pas tardé à se montrer rassurés par ces avancées positives. Dès l’annonce des derniers développements, les bourses européennes sont parties à la hausse et les marchés américains ont suivi ce mouvement à leur ouverture. La Bourse de Toronto évoluait en dents de scie.

Sur le marché du pétrole, le prix des contrats de référence pour les barils de Brent de la mer du Nord et de West Texas Intermediate a rapidement reculé de plus de 5 %. Ces prix avaient été significativement dopés dans la foulée de l’invasion russe de l’Ukraine.

Les pourparlers russo-ukrainiens ont eu lieu dans le palais de Dolmabahçe, dernière résidence sur le Bosphore des sultans et ultime centre administratif de l’Empire ottoman, où la présidence turque dispose de bureaux. Photo: Reuters/Dilara Senkaya

Sur le marché des changes, l’euro a gagné plus de 1 % par rapport au dollar américain, et le rouble, attaqué par des sanctions internationales, s’est apprécié de plus de 10 % par rapport à la devise américaine. L’or, valeur refuge par excellence, a aussi reculé de plus de 1 %.

À la Bourse de Paris, les actions des banques, aux prises avec la mise en œuvre des sanctions occidentales contre la Russie, ont grimpé fortement, tandis que celles des entreprises de la défense perdaient du terrain.

Les bourses sont soutenues par des messages positifs en provenance de Turquie, où l’Ukraine et la Russie pourraient se rapprocher d’un accord de cessez-le-feu, a commenté Craig Erlam, analyste d’Oanda.

Les négociations se sont déroulées sous haute surveillance. Des membres de la sécurité du président turc montaient la garde à l’extérieur du palais de Dolmabahçe, à Istanbul. Photo: Reuters/Dilara Senkaya

Invité à commenter les derniers développements, le secrétaire d’État américain Antony Blinken s’est montré prudent. Je n’ai rien vu qui puisse suggérer qu’il y a un véritable mouvement parce que nous n’avons pas vu de signes de réel sérieux de la part de la Russie, a-t-il commenté lors d’une conférence de presse donnée au Maroc.

Nous jugerons Poutine et son régime sur ses actes, pas ses paroles, a déclaré aux journalistes un porte-parole du premier ministre britannique Boris Johnson aux journalistes.

Il y a eu une certaine réduction des bombardements russes autour de Kiev, en grande partie parce que les forces ukrainiennes ont réussi à repousser les offensives russes au nord-ouest de la ville, a-t-il ajouté. Mais les combats continuent à Marioupol et dans d’autres secteurs. Alors nous ne voulons rien voir de moins qu’un retrait complet des forces russes du territoire ukrainien.

Dans une entrevue subséquente accordée à l’agence russe Tass, le négociateur russe Medinski a d’ailleurs rappelé que la proposition russe de désescalade n’est pas un cessez-le-feu et qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant qu’une entente formelle soit conclue.

Erdogan demande la fin de la tragédie

Les délégations russe et ukrainienne avaient entamé leurs négociations après avoir été accueillies par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui les a exhortées à mettre un terme à la tragédie que constitue l’invasion de l’Ukraine par les troupes de Moscou.

Les deux parties ont des préoccupations légitimes, il est possible de parvenir à une solution acceptable pour la communauté internationale, a estimé le chef de l’État turc Recep Tayyip Erdogan en accueillant les deux délégations.

C’est aux deux parties de mettre un terme à cette tragédie, a-t-il insisté, estimant que la prolongation du conflit n’est dans l’intérêt de personneLe monde entier attend de bonnes nouvelles de votre part, a-t-il encore dit.

L’oligarque russe Roman Abramovitch, qui tente de jouer les médiateurs entre Moscou et Kiev, était également présent à l’ouverture de la rencontre, selon une photo diffusée par la présidence turque qui le montre assistant à l’allocution de M. Erdogan.

L’oligarque russe Roman Abramovitch (en arrière-plan, à gauche) était présent pour les pourparlers. Photo : Reuters/Présidence Turque

Après une réunion dans la capitale ukrainienne courant mars, le milliardaire, dont deux yachts sont depuis la semaine dernière ancrés au large des côtes turques, a montré des signes faisant penser à un empoisonnement. Cette rumeur a toutefois été démentie par un responsable américain

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

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