Guinée : Doumbouya met la pression sur les anciens ministres d’Alpha Condé

Tout juste porté à la tête de l’ancien parti au pouvoir, Ibrahima Kassory Fofana et trois ex-ministres du président déchu ont été placés sous mandat de dépôt. Leurs avocats dénoncent un procès politique et pointent un doigt accusateur vers les nouvelles autorités.

Ibrahima Kassory Fofana et Alpha Condé © Guinée28 Info

Ibrahima Kassory Fofana n’aura pas savouré sa victoire bien longtemps. Porté le 31 mars à la tête du comité exécutif provisoire du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc-en-ciel, ancien parti au pouvoir), l’ancien Premier ministre a été placé sous mandat de dépôt, mercredi 6 avril. Il a passé sa première nuit en cellule, à la Maison centrale de Conakry.

Également arrêtés, Mohamed Diané, ex-ministre d’État à la présidence chargé de la Défense nationale ; Diakaria Koulibaly, qui avait le portefeuille des Hydrocarbures sous la présidence d’Alpha Condé ; et Oyé Guilavogui qui fut, lui, ministre de l’Environnement, et des Eaux et Forêts.

Depuis lundi, les membres de ce quatuor défilaient à la Direction centrale des investigations judiciaires de la gendarmerie chargée, depuis le 17 février, par le parquet spécial de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), d’entendre les ministres du dernier gouvernement d’Alpha Condé, renversé le 5 septembre dernier par un coup d’État militaire, dirigé par Mamadi Doumbouya.

Contre eux, « il existe des indices sérieux de détournements de deniers publics, enrichissement illicite, blanchiment d’argent, corruption et complicité », précise un courrier du procureur spécial de la CRIEF, Aly Touré.

Compagnons d’infortune

Entendus les 4 et 5 avril, Kassory et ses compagnons d’infortune avaient jusque là pu regagner leur domicile. Mais ce mercredi 6 avril, après un bref passage devant la Direction centrale des investigations judiciaires, ils ont été redirigés vers le parquet spécial de la CRIEF. Deux heures suffiront pour les inculper des chefs d’accusation cités plus haut et les expédier à la Maison centrale de Conakry, située à cinq minutes de là. Depuis, le lieu est sous haute surveillance des services de sécurité.

Les avocats des prisonniers dénoncent une procédure « politique » et « expéditive ». Mais la CRIEF a clairement manifesté son souhait d’aller vite, en engageant des poursuites suivant les règles du flagrant délit.

À Conakry, des voix se sont élevées pour faire valoir qu’en matière de crime économique, on ne saurait se passer d’une instruction judiciaire. « Cette manière de procéder nous paraît saugrenue et ridicule pour un dossier aussi important, dénonce Me Salifou Béavogui, membre du collectif des avocats de la défense. On a voulu prendre un raccourci et emprunter le plus court chemin pour les mettre en prison. Nous sommes face à une cabale judiciaire, une justice expéditive. Ils se retrouvent en cellule après avoir passé quelques minutes chez le procureur spécial près la CRIEF, qui les poursuit pour détournement de deniers publics et un chapelet d’infractions. Nous pensons que c’est une manière de neutraliser des adversaires politiques, de se servir de la justice pour intimider des personnalités qui ont géré ce pays. »

« Rien à se reprocher »

Leur procès devrait s’ouvrir dès le 11 avril prochain. « Nous démontrerons l’innocence de nos clients et nous pensons qu’ils seront libérés, poursuit Salifou Béavogui. En attendant, ils ont le moral. Ils savent qu’ils sont entre les mains du destin et de la justice, mais ils n’ont rien à se reprocher ».

« Nous avons été pendant quelques jours à la gendarmerie. Aucune charge particulière n’a été relevée contre mon client, aucun fait précis. Il a répondu aux questions de façon satisfaisante », assure pour sa part Me Djibril Kouyaté, l’avocat de Kassory Fofana. Il se dit convaincu que son client « ne mérite pas d’aller en prison » et que « la procédure est entachée d’une panoplie d’irrégularités ».

Contacté par Jeune Afrique, l’agent judiciaire de l’État, Mohamed Sampil, n’a pas souhaité réagir « à ce stade de la procédure » et Aly Touré, le procureur, était lui injoignable.

Dans une déclaration publiée dans la soirée du 6 avril, le RPG Arc-en-ciel s’est dit « gravement préoccupé par une série de convocations à la gendarmerie nationale visant des hauts responsables de notre parti et anciens ministres, ayant conduit à l’arrestation de nos camarades ». Le parti d’Alpha Condé « réaffirme sa pleine confiance en la justice, malgré des agissements qui s’apparentent à un acharnement ciblé », tout en invitant ses militants et sympathisants « à rester sereins et mobilisés ».

D’autres anciens ministres défileront les 7 et 8 avril devant la Direction centrale des investigations judiciaires de la gendarmerie. Nul doute que les déboires de Kassory Fofana, Mohamed Diané, Diakaria Koulibaly et Oyé Guilavogui ne vont pas les inciter à la sérénité.

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry – à Conakry

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