Nancy Pelosi se rendra à Taïwan malgré les menaces de la Chine

Nancy Pelosi serre la main de Lee Hsein Loong dans une salle de conférence à Singapour.

Sur cette photo du ministère des Communications et de l’Information de Singapour, Nancy Pelosi rencontre le premier ministre Lee Hsein Loong. Mme Pelosi est arrivée à Singapour lundi, mais prévoit se rendre à Taïwan. Photo : AP/Mohd Fyrol

La présidente de la Chambre des représentants des États-Unis Nancy Pelosi devrait se rendre mardi à Taïwan, malgré les menaces militaires de la Chine, ont confirmé un responsable américain et un représentant taïwanais à CNN.

Mme Pelosi devrait rester une nuit sur l’île, mais les détails entourant sa visite n’ont pas été dévoilés. Il s’agira de la première d’un porte-parole de la Chambre des représentants à Taïwan depuis 25 ans. Le républicain Newt Gingrich a été le dernier président de la Chambre des représentants à se rendre à Taïwan, en 1997.

Lundi, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a affirmé que l’armée chinoise ne resterait pas impassible face à la visite de Mme Pelosi, et que cela aurait un impact politique considérable.

Depuis plusieurs semaines, les informations selon lesquelles Mme Pelosi pouvait se rendre à Taïwan ont accru les tensions entre les deux pays.

« Si la présidente de la Chambre des représentants […] se rend à Taïwan, la Chine prendra assurément des contre-mesures fermes et énergiques afin de sauvegarder sa souveraineté et son intégrité territoriale. »— Une citation de  Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères

L’armée chinoise ne restera pas assise sans rien faire, a-t-il encore mis en garde.

M. Zhao n’a pas mentionné de conséquences spécifiques, mais il a affirmé que nous sommes prêts à toute éventualité. L’Armée populaire de libération ne restera jamais assise les bras croisés. La Chine adoptera des mesures fortes et résolues pour protéger sa souveraineté et son intégrité territoriales, a-t-il assuré.

Ces menaces chinoises font craindre une nouvelle crise dans le détroit de Taïwan, ce qui pourrait entraîner une chute des marchés mondiaux et perturber les chaînes d’approvisionnement.

La question du statut de Taïwan demeure sensible et est un sujet important dans les relations sino-américaines, avait dit l’ambassadeur de la Chine aux États-Unis, Qin Gang, lors d’un forum sur la sécurité à Aspen en juillet.

La semaine dernière, le président américain Joe Biden s’est entretenu par téléphone avec son homologue chinois Xi Jinping durant plus de deux heures, mais les tensions demeurent entre Washington et Pékin. Le président Xi avait alors averti M. Biden de ne pas jouer avec le feu.

Plus tôt en juillet, le président Biden avait indiqué que l’armée américaine s’opposait à la visite de Nancy Pelosi à Taïwan, mais il a depuis refusé d’expliquer quelles en étaient les raisons. La Maison-Blanche a noté pour sa part qu’elle n’a pas beaucoup de poids dans la décision de Mme Pelosi de se rendre à Taïwan – ce qu’elle fera.

Mais la Chine considère que les visites de représentants américains à Taïwan encouragent les indépendantistes. Washington n’a pas non plus de liens diplomatiques officiels avec Taïwan, mais est néanmoins contraint légalement de lui fournir les moyens de se défendre.

Nancy Pelosi est pour sa part critique à l’égard de la Chine. Sa visite à Taïwan survient dans un contexte où les relations entre les deux pays se sont dégradées.

Une politique ambiguë

La position des États-Unis à l’égard de Taïwan est une diplomatie dite d’ambiguïté stratégique, puisqu’elle ne reconnaît qu’un seul gouvernement chinois, celui de Pékin. Washington soutient Taipei, mais s’abstient de dire que les États-Unis défendraient militairement ou non l’île en cas d’invasion chinoise.

La visite de Mme Pelosi va compliquer la tâche de la diplomatie américaine, qui cherche à apaiser les relations avec la Chine.

Lundi, 4000 soldats américains et indonésiens ont amorcé un exercice militaire, tout en assurant que ces manœuvres ne visaient aucun pays en particulier.

De son côté, l’armée taïwanaise a effectué la semaine dernière son exercice militaire annuel le plus important, notamment avec des simulations d’interception d’attaques chinoises de l’île.

Des citoyens forment une ligne et visent avec des armes de poing.

Des Taïwanais s’exercent au maniement d’armes à feu dans le cadre d’une formation destinée aux citoyens. Photo : Radio-Canada/Philippe Leblanc

Le porte-avions américain USS Ronald Reagan et sa flottille ont quant à eux quitté Singapour pour se rendre en mer de Chine méridionale. Cependant, d’après la marine américaine, cette mission était déjà programmée.

La réponse de la Chine est venue samedi, lorsqu’un exercice militaire à munitions réelles s’est déroulé dans le détroit de Taïwan – mais très près des côtes chinoises.

Washington a appelé vendredi les dirigeants chinois au calme.

« Nous avons de nombreuses divergences en ce qui concerne Taïwan, mais au cours des 40 dernières années, nous avons géré ces divergences et l’avons fait d’une manière qui a préservé la paix et la stabilité. »— Une citation de  Antony Blinken, secrétaire d’État américain

À Taïwan, les avis sont partagés quant à la visite de Mme Pelosi. Des personnalités du parti au pouvoir à Taipei et de l’opposition ont affirmé que l’île ne devait pas céder à la pression chinoise.

Si Mme Pelosi devait annuler ou reporter son voyage, ce serait une victoire pour le gouvernement chinois et pour Xi, car cela montrerait que la pression qu’il a exercée a obtenu certains effets souhaités, a déclaré Hung Chin-fu, de l’Université nationale Cheng Kung de Taïwan.

Horaire chargé

Nancy Pelosi a entamé sa tournée en Asie avec un arrêt à Singapour, où elle a rencontré le premier ministre Lee Hsien Loong, qui l’a appelée à développer des relations stables avec la Chine. Mme Pelosi doit aussi rencontrer le président de Singapour un peu plus tard.

Mme Pelosi va profiter de sa visite dans plusieurs pays asiatiques pour réaffirmer l’engagement inébranlable de l’Amérique envers ses alliés et amis dans la régionÀ Singapour, en Malaisie, en Corée du Sud et au Japon, nous tiendrons des réunions de haut niveau pour discuter de la manière dont nous pouvons promouvoir nos valeurs et nos intérêts communs, a commenté Mme Pelosi, qui n’a pas mentionné sa visite à Taïwan.

Elle est attendue en Malaisie mardi, où elle devrait rencontrer le président de la chambre basse, Azhar Azizan Harun.

Puis, elle se rendra en Corée du Sud, jeudi, pour discuter, avec le président de l’Assemblée nationale Kim Jin Pyo, de sécurité dans la région indopacifique, de coopération économique et de la crise climatique. On ne sait pas combien de temps durera son séjour dans ce pays.

L’horaire de Mme Pelosi pour mercredi n’a pas été communiqué. Il n’est pas possible non plus de savoir quand elle se rendra au Japon.

Avec Radio-Canada

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