Le Japon craint d’être entraîné dans une guerre à Taïwan

Les exercices militaires de la Chine autour de Taïwan sont peut-être terminés, mais la menace d’une invasion de l’île à moyen terme demeure en place. Dans son « livre blanc » publié mercredi et qui se veut une marche à suivre pour la réunification, Pékin ne renonce pas à l’usage de la force qui serait utilisée en dernier recours.

Des hélicoptères volent au-dessus de la mer, où se trouvent des navires.

Des hélicoptères chinois près de l’île Pintgan, l’un des points les plus proches de Taïwan Photo: AFP via Getty Images/Hector Retamal

Depuis la visite de la présidente de la Chambre des représentants américains, Nancy Pelosi, à Taïwan la semaine dernière, la réaction et la démonstration de force chinoises font craindre le pire à Tokyo. Le Japon redoute d’être attiré dans un conflit militaire entre la Chine et les États-Unis sur la question de Taïwan.

Décryptage et explications avec Antoine Bondaz, directeur du Programme Taïwan et chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, et Robert Dujarric, codirecteur du Département d’études asiatiques de Temple University Japan.

D’où viennent ces craintes japonaises d’être entraîné dans un conflit à Taïwan?

Antoine Bondaz : Les craintes du Japon sont anciennes et il y a plusieurs raisons. Premièrement, il y a la géographie. Il ne faut pas oublier que certaines îles japonaises se trouvent à moins de 150 kilomètres de Taïwan. Si la Chine devait réaliser un blocus de l’île, ce blocus se ferait, de fait, quasiment dans la zone économique exclusive du Japon ou extrêmement proche des côtes japonaises. On l’a vu avec les zones annoncées lors des exercices militaires par la Chine. Certaines encerclaient partiellement certaines îles japonaises.

Deuxièmement, et c’est fondamental, s’il y avait une intervention militaire américaine, les troupes américaines les plus proches de Taïwan ne se trouvent pas à Hawaï ou à Guam. Elles se trouvent au Japon, notamment à Okinawa. Donc une intervention militaire américaine nécessiterait la mobilisation des troupes américaines basées au Japon et donc, de fait, une participation directe ou indirecte du Japon.

Troisièmement, et c’est le point qui est le plus discuté aujourd’hui à Tokyo, la sécurité et l’environnement stratégique du Japon seraient extrêmement dégradés si la Chine réussissait à conquérir Taïwan par la force.

Certains analystes disent que le Japon pourrait aussi être une cible, surtout dans le cas où on doit intervenir pour porter secours à Taïwan. Est-ce que c’est un enjeu?

Robert Dujarric : Oui, je pense que l’on considère dans les cercles dirigeants à Tokyo, depuis longtemps, depuis peut-être 25 ans, que le Japon pourrait être directement ou indirectement attaqué par la Chine. On a toujours pensé au Japon qu’une invasion chinoise, une annexion chinoise de Taïwan, serait une menace mortelle pour le Japon.

Pourquoi? Quel est le rôle ou l’importance de Taïwan pour le Japon?

Robert Dujarric : C’est encore la question de la proximité géographique de l’île, la possibilité, si la Chine prenait possession de Taïwan, d’installer des bases militaires. Surtout, ça serait la démonstration du fait que la Chine peut éliminer un État indépendant, indépendant de facto, de la région. Donc la question que se poseraient les Japonais, c’est : est-ce que ça pourrait arriver plus tard en Corée du Sud, est-ce que le Japon pourrait être victime? Pour eux, ça serait le début d’une restructuration internationale dans la région qui serait profondément néfaste au Japon.

Est-ce qu’il y a une inquiétude plus grande après les exercices qu’on a vus la semaine dernière?

Robert Dujarric : Je crois que c’est la prolongation des exercices chinois qui préoccupe. Il y en a eu depuis longtemps. Ceux-là semblaient être un peu plus agressifs. Mais je crois que c’est une préoccupation qui n’est pas arrivée soudainement, qui existait déjà et qui était renforcée depuis que Xi Jinping est au pouvoir.

Les missiles balistiques chinois qui ont terminé leur course près des eaux japonaises, quelle importance ou quelle signification cela a-t-il?

Robert Dujarric : La signification, c’est que la Chine est prête à provoquer le Japon, mais pas à franchir la ligne rouge. Ces missiles sont tombés hors des eaux territoriales japonaises, donc ça n’était pas une violation de la souveraineté territoriale japonaise.

Mais c’est pour eux la preuve que la Chine est très agressive. C’est interprété par le gouvernement à Tokyo comme voulant dire que le Japon devrait faire plus pour se défendre, ce qui veut dire aussi qu’ils souhaitent que les États-Unis en fassent plus pour protéger le Japon.

La Chine est de plus en plus claire : pour elle, la réunification avec Taïwan est inévitable. Cependant, cet objectif devra nécessairement passer par un conflit. Cela crée beaucoup d’inquiétude, notamment pour le Japon qui craint d’être impliqué dans la guerre malgré lui. Reportage de notre correspondant en Asie, Philippe Leblanc.

Notre correspondant en Asie Philippe Leblanc sera basé à Taïwan pour les prochains mois, afin de nous faire découvrir cette île de près de 24 millions d’habitants, sa société et les défis qui l’animent. Et aussi afin de couvrir les enjeux d’actualité de toute la région Asie-Pacifique.

Avec Radio-Canada par Philippe Leblanc

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