Allégations d’agressions : le pape exclut une nouvelle enquête contre Marc Ouellet

Le pape François marche avec le cardinal Ouellet.

Le pape François en compagnie du cardinal Ouellet, lors de la tenue du symposium sur le sacerdoce, à Rome en 2022. Photo : Getty Images/Tiziana Fabi

Le pape François exclut l’ouverture d’une nouvelle enquête par l’Église catholique contre le cardinal Marc Ouellet, qui fait l’objet d’allégations d’agressions sexuelles.

Dans une déclaration relayée par le Vatican jeudi, le souverain pontife affirme que les preuves sont insuffisantes pour que l’Église catholique lance une telle investigation à l’endroit de l’influent cardinal québécois.

Le pape François déclare qu’il n’y a pas d’éléments suffisants pour ouvrir une enquête canonique pour agression sexuelle de la part du cardinal Ouellet, a affirmé le porte-parole du Vatican Matteo Bruni dans un bref communiqué.

Le cardinal Ouellet s’est retrouvé sur la sellette deux jours plus tôt : son nom est cité dans de nouveaux documents déposés en Cour supérieure dans le cadre d’une action collective, autorisée en mai dernier, visant l’ensemble des agressions sexuelles qui auraient été commises par des personnes sous l’autorité du diocèse de Québec depuis 1940.

Près de 80 membres du clergé sont ciblés par la requête, des prêtres pour la plupart, pour des gestes qui remonteraient généralement aux années 1950 et 1960 et qui toucheraient plus d’une centaine de victimes, dont la plupart étaient des personnes mineures au moment des faits.

Pressenti pour succéder au pape François, le cardinal Ouellet est de loin la personne la plus connue de la liste et dont les fonctions sont les plus élevées. Il ne fait face à aucune accusation criminelle. C’est la première fois que son nom apparaît dans ces procédures.

Dans son cas, la requérante, dont l’identité se résume à la lettre F dans les documents, faisait un stage comme agente de pastorale, de 2008 à 2010, au moment où les faits se seraient produits, lors d’événements publics.

À différentes occasions, le cardinal Ouellet l’aurait serrée contre lui, aurait massé ses épaules ou lui aurait caressé vigoureusement le dos jusqu’à l’endroit où se mélangent les fesses, provoquant chaque fois un profond malaise chez la jeune stagiaire, qui a confié s’être sentie pourchassée par l’homme.

Marc Ouellet, âgé de 78 ans, est actuellement préfet de la Congrégation pour les évêques, l’une des fonctions les plus importantes du gouvernement du Vatican. Au moment des faits allégués, il était archevêché de Québec.

Une première enquête bâclée?

Lorsque la plaignante a relaté les faits au comité-conseil sur les abus sexuels du diocèse de Québec en 2020, on l’a invitée à transmettre l’affaire directement au pape, puisque c’est ce que les règles prévoient.

La plainte doit aller à l’évêque du diocèse où se trouve la personne, le prêtre, actuellement. Alors comme le cardinal Ouellet est à Rome, l’évêque du cardinal Ouellet, c’est le pape, explique le théologien Jean-Guy Nadeau.

À la suite de cette démarche, c’est le père Jacques Servais qui a été mandaté par le pape, en 2021, pour enquêter sur les allégations d’agressions sexuelles visant le cardinal Ouellet.

Mon premier réflexe a été de faire une recherche pour voir c’est qui. Quand j’ai vu tout de suite d’emblée les relations avec Marc Ouellet, ça m’a inquiétée au niveau de son indépendance et de sa neutralité, confie la plaignante.

Des règles bafouées?

Le Vatican a-t-il enfreint ses propres règles dans le traitement de la plainte contre le cardinal Marc Ouellet? Les allégations d’inconduite sexuelle apparues hier dans l’action collective contre le diocèse de Québec avaient fait l’objet d’une enquête au préalable par le Vatican. Or, les circonstances laissent planer un doute sur l’intégrité du processus. Voici ce qu’a appris Sylvie Fournier de l’équipe d’Enquête.

Marc Ouellet et le père Servais se connaissent, ils font notamment partie d’un même comité et ont collaboré à différentes publications de même qu’à l’organisation d’événements à Rome.

Ce lien entre les deux hommes contrevient à un décret formulé par le pape lui-même, qui stipule qu’un enquêteur est tenu d’agir avec impartialité et doit être exempt de conflits d’intérêts, sans quoi il a l’obligation de s’abstenir.

Une situation que le théologien Jean-Guy Nadeau qualifie de troublanteOn est un peu estomaqués. Il y a d’autres personnes à Rome qui auraient pu faire enquête.

Plus encore, la plaignante affirme que, rapidement, le père Servais lui a directement admis ne pas être un enquêteur, n’avoir jamais vraiment agi dans ce genre de dossier et qu’il ne savait pas quoi faire des allégations.

Toujours selon le décret du pape, le père Servais avait 90 jours pour rendre une décision concernant les allégations contre Marc Ouellet. La plaignante attend toujours cette décision, un an et demi plus tard.

Jacques Servais n’a pas répondu aux demandes d’entrevue formulées par l’équipe d’Enquête.

Pas de raison de poursuivre, assure le père Servais

C’est sur la base des éléments réunis par le père Servais dans le cadre de cette enquête que le pape a décidé d’exclure l’ouverture d’une nouvelle enquête contre Mgr Ouellet. C’est du moins ce qu’a fait savoir le porte-parole du Vatican, Matteo Bruni, jeudi.

M. Bruni précise dans son communiqué que le père Servais a été de nouveau contacté par le pape, qui a reçu l’assurance de sa part qu’il n’y avait pas de raison de poursuivre la procédure.

Cité dans le communiqué du Vatican, Jacques Servais affirme qu’il n’y a aucun motif fondé pour ouvrir une enquête pour agression sexuelle de la personne F. de la part du Card. M. Ouellet.

Ni dans son rapport écrit [de F.] envoyé au Saint-Père ni dans le témoignage via Zoom que j’ai recueilli par la suite en présence d’un membre du Comité diocésain ad hoc, cette personne n’a porté une accusation qui fournirait matière à une telle enquête, assure le père Servais, toujours cité par le Vatican.

Les allégations contre le cardinal Marc Ouellet surviennent trois semaines après la visite du pape au Canada, au cours de laquelle il s’est excusé pour les agressions sexuelles perpétrées par des membres de l’Église et pour le traitement infligé aux Autochtones dans les pensionnats.

En février, Marc Ouellet avait lui-même fustigé le drame des agressions sexuelles commises par des clercs et les comportements criminels trop longtemps dissimulés pour protéger l’institution, lors d’un important colloque au Vatican en présence du pape François.

En 2013, le cardinal était cité parmi les favoris du dernier conclave à l’issue duquel le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio a été élu pape.

Radio-Canada avec les informations de Sylvie Fournier, d’Enquête, et de l’Agence France-Presse

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