Congo: Suite aux nom­breuses plaintes des ba­rons, Sas­sou lâche Kiki et choi­sit Omar De­nis Ju­nior

Mal­gré une ac­tive com­mu­ni­ca­tion, le mi­nistre de la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale peine à s’im­po­ser au sein du gou­ver­ne­ment où plu­sieurs mi­nistres s’agacent de son ac­ti­visme. Sa loi « PPP » n’a tou­jours pas été pré­sen­tée et le chef de l’Etat congo­lais le main­tien à bonne dis­tance des af­faires pré­si­den­tielles.

La scène a sus­cité un cer­tain ma­laise au sein du gou­ver­ne­ment. Le 13 sep­tembre, le mi­nistre de la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale et des par­te­na­riats pu­blic-privé (PPP), De­nis Chris­tel Sas­sou Nguesso, dit « Kiki », a pro­noncé un dis­cours sur la pro­priété in­tel­lec­tuelle. Une adresse en ap­pa­rence ano­dine si elle n’avait pas été ef­fec­tuée en lieu et place d’un autre mi­nistre du gou­ver­ne­ment congo­lais, An­toine Ni­cé­phore Tho­mas Fylla Saint-Eudes, à la tête du por­te­feuille du dé­ve­lop­pe­ment in­dus­triel.

Dos­sier rwan­dais

Si l’épi­sode a fait grin­cer des dents à Braz­za­ville, c’est que ce n’est pas la pre­mière fois que le fils du pré­sident congo­lais De­nis Sas­sou Nguesso élar­git ses pré­ro­ga­tives au-delà de son mi­nis­tère. Jouis­sant d’un por­te­feuille aux contours flous, ses at­tri­bu­tions s’étendent de l’éco­no­mie à la di­plo­ma­tie.

Sur les dos­siers in­ter­na­tio­naux, il s’est ainsi per­mis cer­taines « li­ber­tés », tout par­ti­cu­liè­re­ment avec Ki­gali. A son ini­tia­tive en avril, Braz­za­ville a si­gné pas moins de huit ac­cords, pro­to­coles, mé­mo­ran­dum, tou­chant au com­merce, à la culture, à l’en­vi­ron­ne­ment, aux mines, à la jeu­nesse, ou en­core au sec­teur de l’in­ves­tis­se­ment (AI du 29/​03/​22). Fort de sa proxi­mité avec le fils du pré­sident rwan­dais, Ivan Ka­game, il n’a en re­vanche tenu in­formé qu’à la marge ses col­lègues du gou­ver­ne­ment, au pre­mier rang des­quels le chef de la di­plo­ma­tie congo­laise, Jean-Claude Ga­kosso.

De­nis Chris­tel Sas­sou Nguesso a ainsi per­son­nel­le­ment su­per­visé la si­gna­ture du PPP de la zone in­dus­trielle de Ma­lou­kou concé­dée au fonds d’in­ves­tis­se­ment rwan­dais Crys­tal Ven­tures, proche du parti pré­si­den­tiel du Front pa­trio­tique rwan­dais, qui com­prend éga­le­ment la ces­sion de terres agri­coles (AI du 28/​04/​22). Or, le com­plexe est si­tué sur le dé­bou­ché du fu­tur point route-rail tra­ver­sant le fleuve Congo, ce qui n’a pas man­qué de sus­ci­ter un cer­tain aga­ce­ment à Kin­shasa au mo­ment où les ten­sions dans l’est de la RDC s’in­ten­si­fiaient au­tour du M23.

Loi sur les PPP

Pro­jet phare au len­de­main de son ac­ces­sion au mi­nis­tère, la grande loi du mi­nistre de la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale sur les PPP n’a tou­jours pas vu le jour. Lors d’un conseil des mi­nistres, De­nis Chris­tel Sas­sou Nguesso s’est même vu de­man­der par le pré­sident de « re­tra­vailler » le dos­sier. Le pro­jet, fi­na­le­ment va­lidé lors du der­nier conseil des mi­nistres du 13 août, de­vrait être pré­senté les pro­chaines se­maines de­vant le par­le­ment.

Son style sus­cite aussi cer­taines cris­pa­tions au sein de l’équipe du pre­mier mi­nistre d’Ana­tole Col­li­net Ma­kosso. Plu­sieurs mi­nistres et cadres de la ma­jo­rité pré­si­den­tielle se sont ainsi di­rec­te­ment émus au­près de la pri­ma­ture du train de vie du mi­nistre. Parmi les élé­ments re­mon­tés fi­gurent no­tam­ment le re­cours ré­gu­lier à des jets pri­vés lors de ses mis­sions en Eu­rope aux dé­pens de vols ré­gu­lier Air France uti­li­sés par les dé­lé­ga­tions.

« Kiki » conti­nue néan­moins de dis­po­ser de sou­tiens au sein du gou­ver­ne­ment, à l’ins­tar du mi­nistre de la com­mu­ni­ca­tion, Thierry Moun­galla, ou en­core d’Inès Ne­fer In­gani, mi­nistre de la pro­mo­tion de la femme et de l’in­té­gra­tion de la femme au dé­ve­lop­pe­ment. Un ap­pui non né­gli­geable dans une hy­po­thé­tique course à la suc­ces­sion : cette der­nière est en ef­fet res­pon­sable de la sec­tion fé­mi­nine du Parti congo­lais du tra­vail (PCT), la for­ma­tion po­li­tique au pou­voir au sein de la­quelle « Kiki » manque cruel­le­ment de re­lais face aux ba­rons.

En pé­ri­phé­rie de l’en­tou­rage ?

Ces der­niers mois, il est en re­vanche ap­paru à l’écart du pre­mier cercle pré­si­den­tiel. Il s’est no­tam­ment éloi­gné de l’in­fluent conseiller spé­cial du pré­sident congo­lais Maxime Gand­zion, qui est éga­le­ment son oncle par al­liance.

Il fait aussi face à l’om­ni­pré­sence au­près du chef de l’Etat d’Omar De­nis Bongo Ju­nior, pe­tit-fils de Sas­sou, mais aussi de Ro­drigue Nguesso, fils de Mau­rice Nguesso, frère aîné du chef de l’Etat. « Kiki » n’a ainsi pas été des va­cances es­ti­vales du pa­triarche en Tur­quie, or­ga­ni­sées par Maxime Gand­zion et par la dé­sor­mais in­con­tour­nable conseillère franco-rwan­daise, Fran­çoise Joly (AI du 24/​01/​22). Il n’a pas non plus ac­com­pa­gné son père à l’in­ves­ti­ture le 13 sep­tembre du pré­sident ke­nyan William Ruto à Nai­robi.

Une ab­sence d’au­tant plus re­mar­quée que le mi­nistre de l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire et des in­fra­struc­tures, Jean-Jacques Bouya, fai­sait par­tie des deux es­ca­pades. En dif­fi­culté il y a en­core quelques mois, Bouya – par ailleurs cou­sin de Sas­sou – a opéré un dis­cret re­tour en se rap­pro­chant no­tam­ment de Fran­çoise Joly. Or ce poids lourd du gou­ver­ne­ment croise ré­gu­liè­re­ment le fer avec « De­nis Chris­tel » sur plu­sieurs dos­siers stra­té­giques, à l’ins­tar de ce­lui de la créance congo­laise contrac­tée au­près du géant turc Summa, ou en­core sur le re­dé­mar­rage de l’ac­ti­vité de la com­pa­gnie aé­rienne ECair. L’ac­cord de re­prise de la so­ciété, si­gné avec l’in­ves­tis­seur sud-afri­cain Al­le­giance Ca­pi­tal, ap­porté par De­nis Chris­tel Sas­sou Nguesso, est for­te­ment contesté en in­terne (AI du 21/​07/​22).

Coup de com

Reste que si « Kiki » est en dif­fi­culté à Braz­za­ville, il conti­nue de main­te­nir une com ac­tive, tout par­ti­cu­liè­re­ment à l’in­ter­na­tio­nal (AI du 13/​09/​22). Il s’ap­puie pour cela sur une équipe de fi­dèles qu’il a consti­tuée au mi­nis­tère, tou­jours logé dans les an­ciens lo­caux de Co­trade, l’an­cienne en­tre­prise de tra­ding de la So­ciété na­tio­nale des pé­troles du Congo (SNPC) dont il fut lui-même un cadre.

Au sein de son ca­bi­net, il dis­pose de son propre spin doc­tor et ami per­son­nel : l’homme d’af­faires ac­tif dans les mé­dias, Vé­rone Man­kou (AI du 13/​09/​22). Le pa­tron de la webtv, Vox TV est à la tête de plu­sieurs so­cié­tés de com­mu­ni­ca­tion. Autre fi­gure in­fluente au­près du mi­nistre : Na­tha­lie Bumba, se­conde épouse de « Kiki ». Cette der­nière garde un re­gard sur le ca­bi­net de son mari à tra­vers le dir’ cab’ Max Monka, qui est éga­le­ment son pas­teur à l’église de ré­veil Re­ho­both de Braz­za­ville.

©️ Co­py­right Africa In­tel­li­gence par Actu242.com Sep 23rd, 2022 at 10:30

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