Archive for the ‘Art’ Category

La France part grande favorite pour l’Eurovision

mai 11, 2021

La malédiction bientôt terminée ? La France, représentée par Barbara Pravi, est favorite des bookmakers pour cette édition 2021. On croise les doigts…

Barbara Pravi represente la France a l'Eurovision cette annee.
Barbara Pravi représente la France à l’Eurovision cette année.  © SADAKA EDMOND/SIPA

Enfin une bonne nouvelle du côté de l’Eurovision : le concours, annulé l’an dernier en raison du Covid, revient en force et avec de sérieux atouts du côté français. Pour la première fois depuis des années, la candidate tricolore est en effet favorite des bookmakers, à une dizaine de jours de la finale, prévue à Rotterdam le 22 mai prochain.

Sur le site officiel de l’Eurovision, qui affiche tous les jours les compteurs des favoris, la France arrive en effet première des 38 pays en lice, avec 18 % de chances de l’emporter, suivie de près par Malte (16 %) puis la Suisse (13 %), de quoi rebooster le moral de la délégation hexagonale.

La chanteuse Barbara Pravi, qui représente cette année la France, s’est empressée de partager la bonne nouvelle sur les réseaux sociaux, en gardant tout de même la tête froide : « La France numéro 1 des bookmakers, ça c’est fou ! Même si je sais que ça va encore bouger… » Choisie par les téléspectateurs français au terme d’une compétition qui s’est déroulée en janvier dernier, elle disait vouloir donner le meilleur d’elle-même : « À chaque fois que je fais quelque chose, j’essaie absolument d’être présente à moi-même et à ce que je fais. » Même Anne Hidalgo a partagé l’information en encourageant la candidate : « Vive Barbara Pravi, un espoir pour la France ! » a tweeté la maire de Paris.

Une valse 100 % française

Tout peut encore évidemment bouger, notamment lors des fameuses répétitions, pendant lesquelles la voix, le style, la scénographie, les qualités tout comme les défauts sont scrutés à la loupe… Jusqu’alors, c’était la chanteuse maltaise qui avait la cote, mais sa répétition du week-end semble avoir refroidi les bookmakers, propulsant la France en tête. Barbara Pravi peut-elle transformer l’essai ? Sa chanson « Voilà » a déjà marqué les esprits : une valse envoûtante, portée par l’artiste qui rappelle par bien des côtés la môme Piaf, un texte travaillé, des paroles pour une fois entièrement en français, une belle tessiture de voix…

Voilà qui nous change des prestations vulgaires, loufoques ou commerciales que l’on nous inflige régulièrement au concours de l’Eurovision… À 28 ans, Barbara Pravi est une autrice-compositrice, qui a déjà travaillé pour plusieurs artistes comme Yannick Noah, Florent Pagny ou encore Louane, et ne cache pas son admiration pour Brel, Barbara ou Aznavour…

Parviendra-t-elle enfin à briser la malédiction française ? On le sait, on le répète chaque année, notre pays n’a rien gagné depuis 44 ans, depuis la victoire de Marie Myriam en 1977 avec « L’oiseau et l’enfant ». On détient même un triste record : la France est le pays qui a le plus souvent terminé à la troisième et quatrième marche de la compétition – le meilleur classement récent étant celui d’Amir en 2016, à la sixième place. C’est dire si ces bons sondages rallument une petite lueur d’espoir…

Avec Le Point par Marc Fourny

Bob Marley inspire-t-il toujours les artistes africains ?

mai 9, 2021
Les Guinéens célèbrent le 20e anniversaire de la mort de Bob Marley, le 11 mai 2001.

Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly, principaux disciples de l’icône rasta, sont les baobabs reggae qui cachent une forêt musicale qui a énormément évolué.

Bob Marley inspire-t-il encore les artistes africains ? Si on regarde les hits qui passent en boucle sur Trace Africa, la question peut paraître incongrue. Le reggae n’y est quasiment plus présent, balayé par des genres urbains plus récents : hip-hop, afrobeats, coupé-décalé, RnB…

De la Côte d’Ivoire…

On peut bien citer les maîtres ivoiriens du domaine, mais on parlait déjà d’eux pour les 30 ans de la mort de l’icône rasta. Bien sûr, Alpha Blondy confie lui-même en entretien (en parlant de lui à la troisième personne) : « Alpha Blondy a pu faire son travail de chanteur parce que Bob Marley a existé. Bob Marley est un soleil, Alpha Blondy n’est qu’une petite étoile dans le ciel du reggae. »

La star ivoirienne a repris certains titres à sa manière (comme « J’ai tué le commissaire », adaptation un peu paresseuse de « I shot the sheriff »). Il a été jusqu’à enregistrer avec les Wailers au studio originel Tuff Gong de Kinston, notamment le titre « Yitshak Rabin »… Un symbole pour celui qui a toujours clamé son amour pour le maître et son message d’espoir anti-raciste. Via sa radio Alpha Blondy FM, créée en 2015, le chanteur et ambassadeur de l’ONU continue de mettre en avant les ténors et les jeunes pousses du reggae.

LES MUSULMANS PENSENT À MAHOMET TOUS LES JOURS, NOUS ON PENSE À BOB MARLEY

L’autre grand pilier du reggae ivoirien, et ancien rival d’Alpha Blondy, est évidemment Tiken Jah Fakoly, longtemps auréolé par son exil. « Les musulmans pensent à Mahomet tous les jours, nous on pense à Bob Marley », expliquait-il dans un entretien au HuffPost. Il raconte que c’est un anglophone, venu du Ghana, qui lui a expliqué le message du Jamaïcain, dans lequel il s’est totalement retrouvé, se lançant dès lors dans une carrière de chanteur.

Il a repris plusieurs titres de son idole (« War », « Get up, stand up »…), sa manière d’être sur scène (les petits sauts à pieds joints qui contrastent avec sa carrure de géant), et sa mission : éveiller les consciences. Lui aussi a créé une radio, Radio libre Fakoly, aux couleurs sonores jamaïcaines.

D’autres Ivoiriens reprennent l’héritage du grand Bob : Ismaël Isaac, Beta Simon, Serge Kassi, Kajeem… tous nés dans les années 1960.

…au Sénégal et à la Guinée

Hors de la Côte d’Ivoire, le reggae compte encore quelques résistants. Par exemple Meta Dia, au Sénégal, qui après un bref début rap a été conquis par le reggae lors d’un passage à New York. Il est toujours en tournée avec son groupe The Cornerstones et qui a pu collaborer avec Damian Marley, l’un des fils les plus talentueux de Bob Marley.

Puppa Lëk Sèn, également originaire de Dakar, est passé lui aussi du rap (hardcore) à des influences plus reggae, revendiquant une inspiration de Marcus Garvey (militant considéré comme un prophète par les rastas) et Bob Marely, bien sûr. Son style, le « kanasou » est un mélange de reggae, de reggae dancehall et d’afro-beat.

Il faut aussi compter sur Mohamed Mouctar Soumah, alias Takana Zion. Le Guinéen a encore lâché un album en 2019, Human Supremacy. Sur le disque précédent, Good life, il invitait en featuring Bunny Wailer, membre fondateur des Wailers, mort le 2 mars dernier.

Reggae vieillissant

Cet alignement de noms démontre que le reggae est toujours vivant en Afrique… mais aussi vieillissant. En dix ans d’entretiens de musiciens issus du continent, on n’en a jamais rencontré un de moins de 30 ans citant spontanément Bob Marley ; à l’inverse d’un Fela, copié constamment par les chanteurs nigerians, et notamment Burna Boy. L’image cool et non-violente de l’icône rasta, moins adaptée à la période, y est sans doute pour beaucoup. C’est également une question de mode : le reggae roots a été supplanté jusqu’en Jamaïque par des genres plus musclés, du ragga au hip-hop.

Pour autant la culture reggae continue d’imprégner les sociétés africaines. D’abord parce que les albums de Marley étaient généralement écoutés par les parents des jeunes artistes d’aujourd’hui, même les plus inattendus : le rappeur hardcore d’origine congolaise Kalash Criminel a ainsi été bercé par les hits du chanteurs.

Ensuite parce que le mouvement rastafari propose une grille de lecture du monde suffisamment large pour rester valable aujourd’hui. Babylone pouvant être assimilé tour-à-tour à l’État africain corrompu, au capitalisme, ou à l’Occident prédateur. Il n’est à ce titre pas étonnant que le mouvement burkinabè du Balai citoyen ait été fondé par un rappeur (Smockey) et un chanteur reggae, Sams’K Le Jah.

Avec Jeune Afrique par Léo Pajon

Papa Wemba Forever : Abidjan et Kinshasa rendent hommage à l’icône de la rumba

avril 22, 2021

Les deux capitales africaines toutes deux très attachées à la mémoire de l’illustre chanteur disparu vont, chacune de son côté, commémorer, le 24 avril, la cinquième année du décès inopiné du « Maître d’école » sur la scène du Festival d’Anoumabo en Côte d’Ivoire.

Abidjan organise Papa Wemba Forever à Anoumabo (DR)

Photo 1 : Abidjan organise Papa Wemba Forever à Anoumabo (DR) Photo

Organisée sous le haut patronage de l’ambassade de la RDC en Côte d’Ivoire, la commémoration de cet événement aussi tragique que mémorable survenu il y a cinq ans est prévue autour d’une programmation spéciale. Diverses manifestations se tiendront à cet effet au lieu même où s’est écroulé le grand baobab de la musique congolaise, tel un vaillant soldat au front, devant son micro, chantant Est-ce que ?, un de ses anciens tubes. Lieu baptisé l’année suivante Place Papa Wemba. Vont donner le ton deux parties de foot, prévues entre 10h-11h30, opposant deux paires d’équipes. Il s’agit des Léopards d’Abidjan, composés de la communauté congolaise d’Abidjan, contre les membres de l’AARCI (Amicale des amis de la rumba en Côte d’Ivoire) et l’équipe des sapeurs contre celle des jeunes d’Anoumabo. Ce quartier de la commune Marcory plus célèbre que jamais depuis la disparition de Mwalimu sur la scène de son festival, le Femua (Festival des musiques urbaines d’Anoumabo), alors même qu’il en était la tête d’affiche et en assurait la clôture.

En plein milieu de la journée, de12h00 à 13h00 est annoncée une messe de suffrage à la Place Papa-Wemba d’Anoumabo. Et de 13h00 à 16h00 est prévu un moment convivial où le comité d’organisation entend convier les différentes équipes et ses invités au partage d’un repas et de rafraichissements avec les jeunes d’Anoumabo. Il y sera associé des activités animées par les jeunes d’Anoumabo autour des chants, danses et une parade de sapeurs.

Hommage artistique

Un hommage artistique est censé clore la journée à la suite de ceux rendus par les officiels. Les allocutions attendues à l’occasion sont celles du maire de Marcory, l’ambassadrice de la RDC en Côte d’Ivoire, le commissaire général du Femua. Et pour boucler la boucle, le mot de circonstance de Zacharie Bababaswe, chef de la délégation de Kinshasa conviée à l’événement et celui du Cardinal Ekumany, représentant à la fois de Papa Wemba et Viva La Musica en Côte d’Ivoire, souligne le programme de la célébration.Kinshasa organise une messe de suffrage en prélude à la série de manifestations à venir en commémoration des 5 ans du décès de Papa Wemba (DR)

2 : Kinshasa organise une messe de suffrage en prélude à la série de manifestations à venir en commémoration des 5 ans du décès de Papa Wemba (DR)

Cerise sur le gâteau, subséquent au dépôt de gerbes de fleurs, l’hommage artistique portera sur une interprétation du répertoire de Papa Wemba. Des artistes congolais à l’instar de Laëtitia Lokua et José Lenga mais aussi la rappeuse ivoirienne Nash qui chanta en featuring avec Papa Wemba Sapologie, un titre dédié à la sape. Une cérémonie en l’honneur au grand sapeur que fut Papa Wemba de son vivant ne peut pas s’imaginer sans une parade de sapeurs. Pas étonnant que des sapeurs soient tout naturellement aussi associés à l’événement ainsi que des humoristes. Il y aura notamment Ali Asgar, Wassala petit Mangobo, Cesar Uomo, JB Mitsiono et Ingénieur Douglas.

Du côté de Kinshasa, rien de vraiment officiel n’est prévu sinon que la famille de l’illustre disparu a, elle, choisi de faire les choses dans la sobriété le 24 avril. En matinée, à 9h, la veuve Marie-Rose Amazone, sa progéniture et la famille Shungu vont, en compagnie des membres de la Fondation Papa-Wemba ont, comme à l’accoutumée, prévu un recueillement devant sa tombe et d’y déposer des gerbes de fleurs. Ils invitent ensuite les proches et autres mélomanes à la messe de suffrage à la Paroisse Saint-Joseph de Matonge à 15h. L’office religieux sera suivi d’un cocktail dans la cour du Complexe scolaire Monseigneur Moke à quelques pas de l’église. L’on signale nénamoins qu’il s’agit là du lancement des cérémonies à venir qui se tiendront d’ici à juin pour commémorer le cinquième anniversaire de la disparition de feu Shungu Wembadio Pene-Kikhomba, alias Papa Wemba, Bakala dia Kuba.

Avec Adiac-Congo par Nioni Masela

Nigeria : les Itsekiris en émoi après le vol des couronnes royales

avril 12, 2021
La mort de l’Ogiame Ikenwoli, olu (roi) du Warri, le 5 avril, a ouvert la course à sa succession sur le trône.

Les deux couronnes ont disparu en pleine querelle de succession à la tête du royaume du Warri. Une affaire qui vient troubler la tranquillité de la ville éponyme, centre névralgique de l’industrie pétrolière du Nigeria.

C’est un véritable choc. En pleine bataille pour la succession de l’olu (roi) du Warri, les deux couronnes royales vieilles d’au moins quatre siècles se sont évaporées dans la nature.

L’une d’elles avait été portée pour la première fois par l’Ogiame Atuwatse, qui régna de 1625 à 1643. Selon des sources locales, il s’agirait d’un cadeau offert par le roi du Portugal au jeune Atuwatse (surnomé Dom Domingos par les Portugais) en 1611, au moment où ce dernier allait rentrer à Warri après un séjour éducatif dans le royaume ibérique. Depuis lors, quatorze souverains ont porté cette couronne devenue symbole de royauté chez le peuple itsekiri.

Querelle de succession

Tout débute avec l’annonce, le 5 avril, du décès de l’Ogiame Ikenwoli, olu (roi) du Warri, une nouvelle qui ouvre la course à sa succession sur le trône. Le fils du défunt, Tsola Emiko, est toutefois rapidement désigné. Mais la décision est aussitôt contestée par un groupe rival, qui estime que la procédure normale a été violée, un édit datant de 1979 disqualifiant le prince Tsola Emiko.

L’opposition au prince Tsola Emiko est menée par le Chief Ayiri Emami, proche conseiller du roi défunt. D’après l’opposition, pour être roi du Warri, il faut être né soit d’une mère originaire du royaume. Ayant remis en question la légitimité du prince Emiko à être désigné roi, le dignitaire a été suspendu de ses fonctions d’ologbotsere (sorte de Premier ministre). Il a immédiatement rejeté cette suspension, arguant que seul un roi en exercice a le pouvoir de le démettre. Emami assure que les canons de la tradition n’ont pas été respectés lors de la désignation du nouveau roi et entend poursuivre la contestation. S’exprimant dans une chaîne de télévision locale, il a déclaré n’avoir aucun problème personnel avec le prince Emiko, mais vouloir uniquement que « les traditions soient respectées ».

C’est dans ce contexte tendu que les deux couronnes ont disparu de l’Aghofe, le palais royal des Itsekiris.

CE SONT DES OBJETS DE GRANDE VALEUR, DÉCORÉS DE DIAMANT ET D’ARGENT

Ce sont des objets de grande valeur, décorés de diamant et d’argent. Hormis leur valeur matérielle, elles présentent aussi une valeur symbolique et revêtent une grande importance historique et culturelle. L’une des couronnes est destinée au roi (Ogiame), l’autre à la reine (Olori). En leur absence, impossible de procéder à l’oyoekoro, la cérémonie d’installation du nouveau monarque prévue en juillet prochain.

Muhammadu Buhari s’en mêle

L’affaire a suscité l’intervention du chef de l’État nigérian. Dans un message transmis via son cabinet, Muhammadu Buhari « appelle la nation itsekiri à résoudre les différends » liés à la désignation de son nouveau roi.

La situation géographique de Warri fait de cette crise une question importante pour le Nigeria. Le royaume, dont la création date d’avant la colonisation anglaise et la naissance du Nigeria, se confond de nos jours avec la ville portuaire éponyme, capitale de l’État du Delta. Située dans le sud-est du Nigeria, elle constitue le cœur de l’industrie pétrolière et le poumon économique du pays.

La police nigériane a lancé des recherches pour retrouver les couronnes disparues.

Avec Jeune Afrique par Patrick Nelle

Il y a 48 ans, Picasso expirait dans sa propriété de Mougins

avril 9, 2021

Le Monde d’Avant. Avec la mort de Picasso disparaît un monstre de la peinture ayant illuminé le monde artistique depuis la France.

Pablo Picasso en 1973 a Vallauris.

On croyait le vieil homme immortel. Même si, en ce mois d’avril 1993, il continue à peindre chaque nuit de plus en plus frénétiquement, ses forces déclinent. Le colosse affiche déjà 91 ans. Depuis quelques années déjà, son corps lui donne du fil à retordre, ce qui l’a obligé à quitter son château de Vauvenargues, perché sur les pentes de la Sainte-Victoire, trop isolé, pour son mas de Notre-Dame-de-Vie, à Mougins, plus proche de ses médecins. Sa dernière épouse, Jacqueline Roque, de 44 ans sa cadette, le protège avec une détermination de tigresse, allant jusqu’à décourager les visites, même celles de ses enfants et petits-enfants.

Son fils Paulo, issu d’un précédent mariage, lui sert de secrétaire à Paris et, surtout, de souffre-douleur. Si Picasso éblouit le monde par son génie, dans l’intimité, il est odieux, il faut le dire. Il peut se montrer sadique et despotique avec son fils. Il l’humilie souvent, lui donne de quoi vivre au compte-gouttes. C’est un « être maléfique », dira bien plus tard sa petite-fille Marina.

Le 7 avril en fin d’après-midi, au moment de gagner son atelier, le « Soleil de Dieu », comme le surnommait Jacqueline, sent ses feux décliner. Il ne s’est jamais vraiment relevé d’une grippe attrapée quelques mois plus tôt et qui lui avait valu une hospitalisation. Son malaise inquiète Jacqueline, qui fait immédiatement venir de Mougins le docteur Georges Rance.

Le médecin diagnostique un œdème pulmonaire. Jacqueline passe un coup de fil au pneumologue parisien Bernal pour lui demander de venir au plus vite. Picasso a du mal à respirer, il tousse. Durant le dîner, le vieux peintre se montre de plus en plus faible. Le Soleil se couche une dernière fois.

« Vous devriez vous marier »

Le 8 avril au matin, Pablo se réveille à moitié mort. S’il conserve toute sa tête, son corps est en train de le lâcher. Il en a conscience. Sa vie ne tient plus qu’à un poil de pinceau. Jacqueline a fait venir son notaire, maître Antebi, au cas où il voudrait dicter ses dernières volontés. Sa fortune est immense, ses œuvres d’art innombrables et sa postérité assurée. Mais Picasso n’a que faire de ceci. Il s’est toujours moqué du chaos qu’il laissera derrière lui. Son âme maléfique s’en réjouit même. Le pneumologue accouru de Paris la veille ne peut qu’assister aux derniers instants sur terre du monstre sacré.

Le peintre moribond a encore la force de demander au pneumologue parisien s’il est marié. Comme celui-ci répond par la négative, il prend la main de Jacqueline, avant de lui dire « Vous devriez vous marier. C’est utile ! » Puis, se tournant vers sa femme, il adopte un ton sérieux : « Jacqueline, tu diras à Antebi… » La suite, on ne la connaîtra pas. Le Soleil de Dieu s’éteint à 11 h 35, victime d’une embolie pulmonaire.

Picasso avait fait connaître son désir d’être enterré dans sa propriété de Mougins, mais le maire de la commune refuse de délivrer l’indispensable dérogation pour « ce communiste milliardaire ». Finalement, le 10 avril, le cortège funèbre emporta le corps de Picasso jusqu’à sa propriété de Vauvenargues sous la neige. Il est inhumé dans le jardin de son château.

Avec Le Point par Frédéric Lewino

Gabon : Bob Marley, le reggaeman et la fille d’Omar Bongo

avril 7, 2021
Bob Marley et Pascaline Bongo, dans les années 1980.

Dans « Bob Marley et la fille du dictateur », la journaliste française Anne-Sophie Jahn revient sur l’histoire d’amour passionnée entre la star du reggae et la fille du président gabonais, Pascaline Bongo. Une rencontre qui a permis au chanteur de renouer avec ses lointaines racines africaines.

L’anecdote a déjà été racontée, par Pascaline Bongo elle-même, dans un documentaire sorti au cinéma en 2012. Lors de la première rencontre entre la fille du président gabonais Omar Bongo, étudiante aux États-Unis alors âgée de 23 ans, et la superstar planétaire Bob Marley, le reggaeman tout occupé à tirer sur un énorme joint n’avait lâché qu’une phrase : « Tu es vilaine. »

Une allusion aux cheveux lissés de la jeune femme, considérés par Bob comme un outrage inacceptable à son africanité. Malgré ces débuts embarrassants, le couple a vécu une histoire d’amour passionnée seulement interrompue par la mort de l’idole, le 11 mai 1981. Passionnée mais presque impossible, admet Pascaline Bongo elle-même dans le livre qu’une journaliste française, Anne-Sophie Jahn, publie le 7 avril.

Du fait de la personnalité des deux amants, de leur milieu d’origine aussi, la liaison n’a jamais été totalement officialisée. « Pas cachée mais pas publique », témoigne le guitariste jamaïcain Junior Marvin qui accompagnait Marley au sein des Wailers.

Cette romance et les obstacles auxquels elle s’est heurtée en dit beaucoup sur les mentalités d’une partie de l’Afrique fraîchement décolonisée, sur les réalités du Gabon de l’époque, et surtout sur la relation que les populations noires de Jamaïque, des Caraïbes et peut-être même d’Amérique entretenaient avec un continent idéalisé, fantasmé mais généralement très mal connu.

Entre fascination et malentendus

C’est sur cette relation, mêlant fascination et malentendus, que s’est construite l’histoire d’amour entre Bob et Pascaline. Malgré leur premier échange abrupt, la fille du président gabonais venue assister au concert des Wailers à Los Angeles propose au groupe de finir la soirée dans la luxueuse villa qu’elle occupe, avec sa sœur Albertine, à Beverly Hills. La soirée reste sage, ni flirt ni excès, mais la jeune femme fait au chanteur une proposition qui va tout déclencher : que dirait-il de venir se produire à Libreville, début 1980 ?

Bob et les Wailers sont extatiques. Voilà des années qu’ils chantent le panafricanisme, crient leur amour au continent de leurs ancêtres, appellent à l’unité – la pochette de leur album paru en octobre 1979, Survival, est un patchwork des drapeaux du continent – mais paradoxalement, aucun de ces Jamaïquains venus des quartiers misérables de Kingston n’y a jamais mis les pieds.

Le voyage au Gabon – qui sera suivi d’un autre au Zimbabwe, pour fêter l’indépendance toute neuve de ce qui est resté jusqu’en 1980 la Rhodésie – est au cœur du livre d’Anne-Sophie Jahn, dont le titre – Bob Marley et la fille du dictateur – annonce clairement la couleur. Ce séjour, en effet, est placé sous le signe du malentendu. Invités à jouer au Gabon, les Wailers ne se sont pas posés de questions. Quand ils apprennent que la date choisie est celle de l’anniversaire d’Omar Bongo – dont ils ne savent pas bien s’il est « roi » ou président, d’ailleurs ils s’en moquent – ils ne s’en posent pas plus. L’accueil est royal, leurs hôtes aux petits soins.

Découverte d’un pays tristement inégalitaire

Surpris, les reggaemen découvrent une capitale plutôt moderne, grâce à l’argent du pétrole qui, depuis quelques années, coule à flots. Le président Bongo, qui n’est guère amateur de reggae, ne voit pas l’intérêt d’accorder audience à ces rastas dépenaillés et fumeurs de ganja. Poser avec ces types aux tignasses crasseuses et pour qui le summum de l’élégance semble être de porter des vestes de survêtement ? Il passe son tour, merci. Mais Pascaline est, et restera, sa fille préférée. Il envoie donc à ses invités son fils et successeur désigné, Ali.

NOUS NE SAVIONS PAS QU’OMAR BONGO ÉTAIT UN DICTATEUR

Au fil des jours, les Wailers découvrent aussi un pays tristement inégalitaire où une partie de la population vit dans une pauvreté extrême. Ils apprennent que le président vient d’être réélu avec 99,96 % des voix. « Nous ne savions pas qu’Omar Bongo était un dictateur, regrette Junior Marvin avec amertume. Nous étions innocents, tellement contents d’être invités en Afrique. » Judy Mowatt, choriste du groupe, enfonce le clou : « Ils n’étaient pas colonisés mais ils n’étaient pas libres. Le Gabon était un pays néocolonial dirigé par un homme noir. »

Dans le livre, Pascaline Bongo elle-même explique comment, de son point de vue, le « révolutionnaire » Bob Marley, que la CIA considérait à l’époque comme un personnage « subversif » à garder à l’oeil, a pu résoudre ce dilemme. « Quand on s’est rencontrés, raconte-t-elle, il m’a appris que mon père avait été le seul à proposer qu’Haïlé Sélassié s’installe au Gabon après qu’il a été détrôné. Et ça, pour les rastas… c’était un acte fort qui méritait leur respect et leur admiration. »

Très amoureux de sa « princesse africaine »

C’est à Libreville que l’histoire d’amour débute. Dès lors, Pascaline gravite en permanence dans l’entourage de Bob, multipliant les trajets en jet privé entre Libreville, Los Angeles où elle poursuit ses études et Kingston. Le chanteur, s’il n’est guère démonstratif en public, semble très amoureux de sa « princesse africaine » avec qui il rêve de faire un enfant. Un de plus, est-on tenté de préciser : le roi du reggae, mort à 36 ans, a reconnu 11 rejetons de 7 mères différentes et environ 25 autres affirment être de son sang. Rien de choquant pour un rasta et si Pascaline rechigne, elle n’a d’autre choix que d’en prendre son parti.

PASCALINE BONGO PREND LA PILULE EN CACHETTE : LES RASTAS REFUSENT LA CONTRACEPTION, SANS MÊME PARLER DE L’AVORTEMENT

Depuis 1966, Bob est marié avec Rita, qui joue périodiquement les choristes pour les Wailers, et multiplie les aventures plus ou moins durables. À la même période, il vit une grande passion avec Cindy Breakspeare, couronnée Miss Monde en 1976 et qui en 1978 lui a donné un fils, le chanteur Damian Marley. Pascaline Bongo, elle, prend la pilule en cachette – les rastas refusent la contraception, sans même parler de l’avortement – et a bien conscience du caractère impossible de leur relation.

« Bob me disait : ton père ne te laissera jamais te marier avec moi, et moi je me disais aucune chance avec toutes ces femmes dans sa vie… Il était rasta et sa philosophie c’était de tout partager. Et puis ce n’était pas de sa faute si les filles lui sautaient dessus, elles savaient toutes qu’il était marié… mais c’était une superstar. »

La journaliste Anne-Sophie Jahn relate l’histoire d’amour entre la fille du président gabonais Omar Bongo, étudiante âgée de 23 ans, et la superstar planétaire Bob Marley.

La jeune femme cesse de lisser ses cheveux et adopte les tresses – « pas des vraies locks, son père ne l’aurait jamais laisse faire… », précise le fils de son premier mari, Didier Ping – , prenant ce qu’il y a à prendre. Jusqu’à ce triste jour de décembre 1980 où les médecins new-yorkais confirment ce que le chanteur et son entourage n’avaient pas voulu entendre : le mélanome détecté en 1977 mais mal soigné s’est mué en cancer généralisé, Bob n’a plus que trois semaines à vivre.

ELLE RESTERA JUSQU’AU BOUT PROCHE DE CEDELLA, LA MÈRE DE BOB DÉCÉDÉE EN 2008

Il tiendra six mois, claquemuré dans une clinique de Bavière où un médecin allemand tente un traitement de la dernière chance. Pascaline fait le trajet tous les week-ends, et se rend compte qu’elle aurait dû accepter de porter son enfant. La star s’éteint le 11 mai à Miami, où on l’a fait transférer. Les obsèques ont lieu à Kingston, bien sûr la jeune femme y assiste. Elle restera jusqu’au bout proche de Cedella, la mère de Bob décédée en 2008.

Étudiante à l’ENA, puis ministre de son père et directrice de cabinet de son frère avant de renoncer à la vie politique, elle reste attachée à son ancien amour et à sa musique. Le premier enfant née de son mariage avec Jean Ping, une fille, est prénommée Nesta. Comme Bob, dont le nom officiel était Robert Nesta Marley. Pascaline, qui après les Wailers a réussi à faire jouer Michael Jackson et Jay Z à Libreville, est aussi la marraine du festival Abi Reggae, organisé chaque année depuis 2015 à Abidjan.

Bob aura été le premier grand amour de Pascaline. On aimerait conclure en écrivant que Pascaline fut le dernier grand amour du chanteur, mais la vie sentimentale de Bob est bien trop compliquée pour cela. Aimer une « princesse africaine » lui a certainement permis de mieux comprendre un continent qu’il avait longtemps chanté sans le connaître.

Sur la pochette de son tout dernier album, Uprising, sorti un mois après sa mort, un rasta à la crinière de lion lève les bras en signe de victoire tandis que la dernière chanson du disque, Redemption song, reprend des extraits de discours du leader rasta panafricaniste Marcus Garvey et appelle à « l’émancipation ». Il n’est pas interdit d’y lire un discret hommage à une « princesse » nommée Bongo.

Bob Marley et la fille du dictateur, d’Anne-Sophie Jahn, éd. Grasset, 224 pages, 20 euros.

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

Québec: Culture Trois-Rivières lance un appel de projets en arts visuels

avril 7, 2021

Les artistes professionnels et émergents résidant à Trois-Rivières ou étant membres actifs d’un atelier d’artistes ayant son lieu de production à Trois-Rivières sont invités à soumettre leur projet d’intervention artistique éphémère pour la période estivale 2021. Les artistes ont jusqu’au 14 mai pour déposer leur demande auprès de Culture Trois-Rivières.

undefined

© undefined undefined

Il s’agit d’un appel qui répond à une volonté d’encourager la création artistique et d’intégrer des interventions surprenantes et singulières dans l’espace urbain trifluvien par le biais d’une œuvre éphémère.

Pour ce faire, cet appel est ouvert aux propositions provenant de toutes pratiques en arts visuels, qu’elles soient sculpturales, picturales, lumineuses ou autres.

L’artiste peut ainsi suggérer un espace de réalisation dans son dossier.

À cet effet, chaque dossier présenté doit inclure la démarche artistique, une description détaillée de l’intervention artistique éphémère, un croquis préliminaire (images sur support numérique), la durée de vie de l’intervention artistique, une proposition d’espace de réalisation (non obligatoire), un échéancier de réalisation, un budget préliminaire comprenant une prévision budgétaire de matériaux, une liste de matériaux utilisés, ainsi qu’un curriculum vitae à jour.

Culture Trois-Rivières se réserve toutefois le droit de déterminer un emplacement avec l’artiste afin de permettre la réalisation d’interventions sur tout le territoire de la Ville de Trois-Rivières.

Évidemment, les projets proposés doivent répondre aux normes de sécurité dans les édifices et terrains publics.

Rappelons que la réalisation des interventions sur le territoire est prévue pour le mois de juillet 2021 et que ces dernières doivent être complètement réversibles et démontées par les artistes une fois l’exposition terminée.

Pour plus d’informations ou pour soumettre un dossier, il suffit de contacter Geneviève Guillemette, coordonnatrice des arts visuels à l’adresse gguillemette@v3r.net ou au 819 372-4614, poste 1616.

Avec  Amélie Houle – Le Nouvelliste 

Prix Rfi théâtre 2021 : à vos plumes, écrivez et postulez !

avril 3, 2021

L’appel à candidature au Prix Rfi théâtre est ouvert jusqu’au 25 avril aux autrices et auteurs de théâtre francophones, originaires d’Afrique, des Caraïbes, de l’océan Indien ou encore du Proche-Orient.

L’affiche de l’appel à candidature au Prix Rfi Théâtre 2021/DR

Cette année, qui succédera au Congolais Julien Mabiala Bissila, à la Libanaise Hala Moughanie, au Guinéen Hakim Bah, au Camerounais Édouard Elvis Bvouma, au Béninois Sedjro Giovanni Houansou, à la Libanaise Valérie Cachard ou au Guinéen Souleymane Bah ? Les dés sont jetés. Dialogues ou monologues, à chaque postulant de saisir l’occasion de partager une histoire qui parlera au monde, de faire entendre sa voix sur une question de société saisissante, de faire voyager le lectorat sur les vagues d’une histoire divertissante et éducative, en même temps.

« En ces temps de pandémie et de rétrécissement du monde où les déplacements sont limités, les textes, eux, peuvent voyager. Comédies, tragédies, drames, avec ou sans Covid-19, avec lyrisme ou âpreté, monologues ou pièces polyphoniques. À quoi ressemblera cette édition 2021 ? Ce sont les autrices et les auteurs qui le diront. Tous les genres théâtraux sont possibles. Seul compte la qualité de la dramaturgie et le style », ont énoncé les organisateurs.

A travers ce Prix de théâtre, Rfi souhaite faire découvrir et mettre en lumière de nouveaux talents de l’écriture dramatique. Et force est de constater combien, tous les ans, des femmes et des hommes de différentes villes de la planète, peignent leur société, leurs colères et leurs émotions dans des formes théâtrales uniques.

Une aventure humaine et artistique essentielle dans le parcours des candidats et particulièrement celui du lauréat. Cela d’autant plus que le prix lui offre l’opportunité d’être lu, de voir sa pièce de théâtre être jouée et publiée, ou simplement l’occasion de faire des rencontres de travail lors des résidences proposées et des invitations dans les festivals et maisons de théâtre dans plusieurs pays.

Ainsi, le processus de candidature consiste, avant tout, à inventer, affiner, peaufiner et ajuster son texte en français comportant un minimum de 15 pages numérotées. Par la suite, l’envoyer avant le 25 avril à minuit, tout en joignant impérativement la fiche d’inscription dûment remplie. Aussi, chaque candidat doit avoir entre 18 et 46 ans.

A noter que le Prix Rfi Théâtre est organisé avec l’appui de plusieurs partenaires, à savoir : l’Institut français, l’Institut français de Saint-Louis du Sénégal, le Centre dramatique national de Normandie-Rouen, la SACD et biens d’autres. La cérémonie de remise de prix de l’édition 2021 se tiendra le 26 septembre à Limoges, dans le cadre du festival Zébrures d’automne, organisé par Les Francophonies-Des écritures à la scène.

Avec Adiac-Congo par Merveille Jessica Atipo

Dix acteurs noirs révélés par les séries

avril 3, 2021
Khalima Gadji, au centre, incarne le personnage de Marème Dial dans la série « Maîtresse d’un homme marié ».

Longtemps boudés par l’industrie cinématographique, certains comédiens ont réussi à percer sur le petit écran. Retour sur les talents d’hier et d’aujourd’hui révélés par les séries.

C’est un temps que les moins de 20 ans peuvent connaître, avant le carton de Black Panther au cinéma. Les productions hollywoodiennes n’étaient alors pas autant obsédées par la couleur des comédiens et réservaient généralement un ou deux rôles secondaires par film aux acteurs dont les peaux étaient d’un ton plus foncé. En Afrique, les films proposaient naturellement des castings noirs à 100 %, mais la faible quantité des productions permettait rarement à la carrière des comédiens de décoller…

Un autre tremplin existait déjà, cependant : les séries. C’est ainsi que la télévision d’abord, et les plateformes de streaming ensuite, ont lancé des acteurs aujourd’hui renommés, tel Will Smith (mondialement connu grâce à la sitcom Le Prince de Bel-Air) ou des scénaristes comme Shonda Rhimes (on lui doit entre autres Grey’s Anatomy et Scandal).

Sur le continent, les séries, moins chères à produire, plus simples à diffuser, ont mis en lumière le talent d’acteurs subsahariens qui sont aujourd’hui au premier plan, comme Michel Gohou, issu du théâtre, révélé par la série Ma Famille.

Petite série non exhaustive d’actrices et d’acteurs révélés par les séries.

• Khalima Gadji

On pourrait citer tous les acteurs de la série sénégalaise Maîtresse d’un homme marié tant elle a connu de retentissement. Mais Khalima Gadji est peut-être celle qui a le mieux tiré son épingle du jeu. L’actrice, qui a grandi dans la communauté marocaine du Sénégal, était déjà apparue dans deux formats télé : Tundu Wundu et Sakho et Mangane, mais c’est le personnage de Marème Dial (avec qui on la confond parfois) qui en a fait une vedette internationale. Scandaleuse, assumant des rapports hors mariage, la séductrice a déclenché un lot de polémiques, avancé sur la place publique des sujets tabous… et donné la fièvre à l’audimat.s habitants du continent »

• Eugène Bayala

Comme beaucoup d’acteurs de télévision reconnus sur le continent, Eugène Bayala a débuté comme comédien dans plusieurs troupes au Burkina Faso. C’est en 2006, à 40 ans, qu’il connaît le succès dans le rôle de l’agent Oyou, un policier limité intellectuellement et constamment ivre… qu’il interprétera encore dans le clip de sa chanson Garde-à-vous, en 2015.

• Aminata Diallo Glez

Comédienne, marionnettiste, maquilleuse et accessoirement compagne du dessinateur Damien Glez qui sévit à Jeune Afrique, Aminata Diallo Glez s’est illustrée dans une série franco-burkinabè au long cours, Kadi Jolie, diffusée sur CFI TV à partir du 7 mars 2000. Elle ne se contente pas d’interpréter le rôle-titre, une trentenaire célibataire qui n’a pas froid aux yeux, mais coproduit le programme via sa structure, Jovial’Productions.

• Akissi Delta

Autodidacte, cette native de Dimbokro, au centre de la Côte d’Ivoire, a multiplié les petits boulots avant de se lancer devant les caméras. Au cinéma, on l’a retrouvée dans plusieurs films du réalisateur ivoirien Henri Duparc, dont la comédie sociale Rue Princesse. Mais c’est surtout la réalisation de la mythique série ivoirienne Ma Famille, dans laquelle elle joue également, qui lui a apporté la célébrité. Elle en a d’ailleurs repris l’histoire dans Ma Grande Famille, diffusée en 2017. À travers les déboires amoureux du couple Delta-Bohiri, elle y évoque encore les grands thèmes que sont la santé, l’éducation ou la sexualité.

• Mahoula Kané

La plupart des spectateurs l’ont découvert dans le rôle d’Hervé, amoureux éperdu de Nafi dans la série éponyme qui raconte les déboires d’une jeune fille « belle, intelligente et surtout ambitieuse », née dans une famille polygame. Mais l’acteur ivoirien a montré d’autres facettes de son talent dans bien d’autres formats télé et cinéma : faux pasteur dans Les Coups de la vie, gendarme mystérieux dans la saga familiale Cacao

• Olivier Kissita

Jeune ambitieux, ce Franco-Gabonais de 34 ans s’est essayé à presque tout : youtubeur, prétendant à « Mister Afrique », documentariste, animateur télé… Mais les téléspectateurs du continent l’ont découvert dans le rôle d’Anthony Desva, le jeune et bel héritier de la fortune familiale dans la série de Canal +, Cacao.

• Michaela Coel

Sa mini-série engagée, I May Destroy You, qui raconte l’histoire d’une jeune victime de viol, a fait forte impression l’année dernière… Michaela Coel y tient le rôle principal, mais elle est aussi réalisatrice et productrice de la série. Autant dans son interprétation que dans son écriture, la trentenaire née à Londres s’évertue à donner de la complexité, de la nuance et de l’épaisseur aux personnages noirs.

• Kerry Washington

Malgré une filmographie bien étoffée (RayLe Dernier Roi d’ÉcosseDjango Unchained…), c’est dans la série Scandal que l’actrice américaine a véritablement percé. Elle y incarne Olivia Pop, une communicante redoutable proche de la Maison Blanche qui a une liaison avec le président des États-Unis. On l’a retrouvée en 2020 au côté de Reese Witherspoon dans la mini-série Little Fires Everywhere.

• Stéfi Celma

Chanteuse (pour le conte musical Sol En Cirque), actrice (premier rôle de Case départ), cette Parisienne est vraiment devenue une figure familière des Français grâce à la série Dix pour-cent. Elle y incarne avec justesse une hôtesse d’accueil pleine de doutes qui rêve de devenir comédienne professionnelle.

• Regé-Jean Page

C’est « le beau gosse » de la série La Chronique des Bridgerton, comme le désigne la presse féminine. Né à Londres d’un père britannique et d’une mère zimbabwéenne, le trentenaire est apparu dans de nombreuses séries auparavant (RacinesFresh Meat). Le succès international de la série Netflix lui ouvre les portes d’Hollywood : il est notamment attendu dans une adaptation cinéma de Donjons et Dragons.

Avec Jeune Afrique par Léo Pajon

Sénégal : Thione Ballago Seck, la voix d’or du mbalax, s’est éteinte

mars 14, 2021
Thione Seck, chanteur et musicien Senegalais, dans le studio de son domicile.

Il était la voix du mbalax, un titre qu’il partageait avec son éternel « rival », Youssou Ndour. Issu d’une grande lignée de griots, considéré comme un parolier d’exception, cette figure phare de la scène musicale sénégalaise est morte dimanche matin à Dakar.

Ce 14 mars 2021, sa « voix d’or » s’est éteinte. Représentant mythique de la musique sénégalaise depuis près de 40 ans, Thione Ballago Seck a tiré sa révérence à 66 ans, laissant le Sénégal orphelin. Hospitalisé à l’hôpital Fann de Dakar avec son épouse depuis le 12 mars, il est décédé dimanche dans la matinée. En guise d’héritage, outre ses nombreux albums et morceaux inoubliables, il laisse un héritier : son fils, Wally Ballago Seck, pour reprendre le flambeau.

« Aux côtés de Youssou N’dour, Ismaël Lo, Baaba Maal, il a été un formidable ambassadeur de la musique sénégalaise, déclare l’ancien ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly. Il est l’une des icônes de la modernisation du folklore sénégalais et des grands musiciens griotiques de notre époque. Sa mort représente une perte immense pour notre pays et pour l’Afrique tout entière. »

Issu d’une grande famille de griots sénégalaise, c’est au sein de l’Orchestra Baobab que Thione Seck fait ses armes, encore très jeune. « Il a su tracer son chemin dans le monde de la musique. C’est tout le secteur de la culture qui est endeuillé aujourd’hui », déplore son ami de toujours Mountaga Kouyate, qui était son partenaire au sein de l’Orchestra Baobab.

Il évoque un « homme vrai », qui ne « mâchait pas ses mots ». « Éternel incompris », tel qu’il se définissait lui-même, Thione Seck était un « émotif », un « sanguin » au « fort caractère », témoignent ses proches. À tel point qu’il a pu passer parfois passer pour un aigri.

À tort, assurait Fadel Lo, journaliste et proche du chanteur, en 2019: « Quand il a envie de dire quelque chose, il le dit sans prendre de gants. Or au Sénégal, ce n’est pas une qualité. Mais Thione Seck a l’habitude de dire tout haut ce qu’il pense, si jamais il se sent lésé. Si, par exemple, on organise un grand concert à Dakar et qu’on ne l’invite pas, il n’hésitera pas aller à la télévision pour s’en plaindre. Cela a fini par lui nuire, car certains disent que c’est un jaloux. »

Considéré comme l’un des plus grands paroliers du Sénégal, Thione Seck a mené une carrière réussie, mais il est demeuré dans l’ombre de Youssou Ndour, son éternel rival, premier ambassadeur de la musique sénégalaise à l’international. Et depuis quelques années, au Sénégal, le plus connu des Seck n’était plus Thione mais son fils Wally, qui a ravi aux « anciens » du mbalax leur place dans le cœur des mélomanes.https://www.youtube.com/embed/ZIhQx6ebT_I?feature=oembed

Une lignée de griots

Le grand-père de Thione Seck était griot à la cour royale de Lat Dior, figure emblématique de la lutte contre le colonisateur français. De cet ancêtre, le père et le fils ont hérité du virus de la chanson et d’un village dans l’ancien royaume du Cayor, que Thione Seck n’a d’ailleurs « jamais eu le temps de visiter ».

Né en 1955 à Dakar, le chanteur connaîtra le succès très jeune. Le gamin de la Gueule tapée, un quartier populaire de Dakar, qui a « toujours su » qu’il voulait faire ce métier, arrête l’école avant la classe de 6e. Un choix que son père, policier à Dakar, estime compromettre son avenir. Thione Seck saura faire mentir la prédiction paternelle.

« Bien qu’il soit issu d’une lignée de griots, Thione Seck a dû se battre pour que sa famille accepte qu’il se consacre pleinement à la musique. À l’époque, être artiste n’était pas vu comme un véritable métier. Mais à travers sa génération, les mentalités ont évolué », estime El Hadj Hamidou Kassé, ministre-conseiller à la Culture auprès du président Macky Sall.

« C’est aussi lui qui a fait sortir la musique sénégalaise de l’influence latino-américaine ou occidentale. Les orchestres qui jouaient de la salsa ou de la variété ont progressivement évolué vers le mbalax, la musique traditionnelle mandingue et diola avec les frères Touré Kounda, ou encore l’afro-beat avec des groupes comme Xalam, ajoute El Hadji Hamidou Kassé. Il a inspiré toute une lignée d’artistes, même parmi les rappeurs.»

Orchestra Baobab

C’est à 17 ans, introduit par Abdoulaye Mboup, l’un des pères fondateurs de la musique tradi-moderne sénégalaise, qu’ il intègre le mythique Orchestra Baobab. Il y retrouve le musicien Mountaga Kouyate, qui a grandi, comme lui, à la Gueule tapée.

C’est là que les « benjamins du Baobab » deviennent amis. Ils partagent tout, de « la pâte dentifrice » à leur égo froissé en voyant les musiciens plus expérimentés occuper le devant de la scène. Avec l’Orchestra Baobab, le batteur et le chanteur expérimentent les nuits chaudes de la capitale et goûtent au succès. Ils participent aux grands bals de la gendarmerie de Colobane, souvent présidés par le chef de l’État de l’époque, Léopold Sédar Senghor.

Mountaga Kouyate et Thione Seck (dr) au dancing Le Baobab, 1975.

Encore très jeune, inexpérimenté, mal payé (6 000 francs CFA par semaine, se souvient-il), Thione Seck prend son mal en patience. « Je savais que c’était juste un tremplin pour moi », nous confiait le chanteur en 2019. « Il avait déjà beaucoup d’ambition », confirme Mountaga Kouyaté. Quelques années seulement après avoir intégré l’Orchestra Baobab, il crée avec des membres de sa famille son propre ensemble traditionnel.

La formation gagne en notoriété et la situation financière du chanteur s’améliore. Enfin, le jeune homme n’a « plus de comptes à rendre à personne » et peut gérer sa carrière comme il l’entend. « Grâce à mon ensemble, j’ai pu m’acheter un terrain, alors que du temps du Baobab je n’avais même pas de quoi m’acheter une bicyclette », plaisantait-t-il.  L’audacieux chanteur quitte la formation et part tenter sa chance en France. Les rigueurs de l’hiver européen et le succès qui tarde à venir refroidissent rapidement ses ambitions. Six mois plus tard, il rentre au Sénégal pour concrétiser son rêve.

L’âge d’or du mbalax

En 1983, il crée son propre orchestre, le Raam Daan, sa « grande fierté », quelques années avant que l’Orchestra Baobab ne cesse de se produire –  une pause qui durera de longues années. Mountaga Kouyate raconte : « On s’est lassé. Youssou Ndour commençait à se faire connaître, les gens étaient attirés par le mbalax, et nous… on faisait de la salsa. »

Thione Seck, avec le Raam Daan, et Youssou Ndour, avec le Super Étoile, sont propulsés sur le devant de la scène musicale sénégalaise. Les années 1980 marquent le début de l’âge d’or du mbalax et de la rivalité entre les deux artistes, bien qu’ils aient toujours refusé, l’un comme l’autre, de l’admettre. Mais alors que la carrière de Youssou Ndour décolle à l’international, celle de Thione Seck reste majoritairement cantonnée aux charts sénégalais.

DANS LA VIE, TOUT EST UNE QUESTION DE CHANCE. PEUT-ÊTRE QUE YOUSSOU NDOUR EN A EU PLUS QUE MOI

En 2005, il sort son album Orientissime, « conçu pour être un album planétaire », selon ses propres mots. Le disque n’atteindra jamais le succès espéré. « Dans la vie, tout est une question de chance. Peut-être que Youssou Ndour en a eu plus que moi, c’est tout”, analysait le chanteur.

« Youssous Ndour a réussi là où Thione Seck a échoué », tranche sans ambages Nicolas Diop, auteur d’une biographie de « You ». Et d’expliquer cette réussite par un facteur qui n’a rien à voir avec la chance : le sens du business. « Youssou Ndour a très tôt compris que pour réussir à s’imposer, il fallait qu’il fasse de la musique son travail. Il s’est ouvert à d’autres influences, il n’a pas voulu rester enfermé dans son style », détaille l’animateur de radio.

Revanche

Les admirateurs de Thione Seck lui rétorqueront que ce dernier, plus traditionnel, a su rester « fidèle » à sa musique, plus ancrée dans les valeurs ancestrales des griots. « Il faut bien rappeler que la rivalité entre les deux chanteurs remonte très loin », rappelle Nicolas Diop. Les deux artistes appartiennent chacun à une grande lignée de griots et portent pour ainsi dire cette rivalité dans leur sang. « Lorsque l’on voit l’un, on pense à l’autre », résume-t-il.

Dans le milieu musical, il se murmurait que Thione Seck espérait « prendre sa revanche » sur son rival par le biais du succès de son fils, ce qu’il niait fermement. « Mon fils n’était pas censé faire de la musique mais du football », a-t-il longtemps répété. Wally Seck, le chouchou des Sénégalais (et des Sénégalaises) pouvait-il surpasser son père et détrôner le prince du mbalax ? Possible, selon Nicolas Diop. « Il draine les foules, il a la jeunesse derrière lui. Encore faudrait-il que le roi baisse la garde ».

Thione Seck, lui, avait beau assurer qu’il ne regrettait rien de son parcours, il avait tout de même conservé quelques rancœurs. « Il m’est arrivé à maintes reprises de vouloir tout laisser tomber, confiait-il. Mais je n’avais pas le choix. Le seul métier que je puisse faire, c’est chanteur. »

Son décès inattendu marque aussi le coup d’arrêt à un projet de production tentaculaire qui devait rassembler plus de mille chanteurs de la Cedeao. Surtout, il laisse le mbalax orphelin. Et le Sénégal en deuil.

Avec Jeune Afrique par Mehdi Ba et Marième Soumaré

14 mars 2021 à 14h23 | Par Mehdi Ba et Marième Soumaré