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Les États-Unis vont restituer à l’Irak quelque 17 000 pièces archéologiques volées

juillet 28, 2021

Ces antiquités ont été pillées lors des conflits qui ont dévasté l’Irak au cours des dernières décennies, notamment après l’invasion américaine de 2003.

Le président des Etats-Unis, Joe Biden (à droite), et le premier ministre irakien, Mustafa Al-Kadhimi, se sont rencontrés à la Maison Blanche, le 26 juillet.
Le président des Etats-Unis, Joe Biden (à droite), et le premier ministre irakien, Mustafa Al-Kadhimi, se sont rencontrés à la Maison Blanche, le 26 juillet. SAUL LOEB / AFP

C’est un trésor d’environ 17 000 objets archéologiques, datant de près de 4 000 ans. Une restitution des Etats-Unis à l’Irak « sans précédent », s’est félicité le ministre irakien de la culture, Hassan Nazim, mercredi 28 juillet. « Il s’agit de la plus importante restitution d’antiquités à l’Irak », a-t-il déclaré dans un communiqué, en ajoutant que cette annonce était le « résultat de plusieurs mois d’efforts des autorités irakiennes en liaison avec leur ambassade à Washington ».

Les 17 000 pièces seront transportées dans l’avion du premier ministre irakien, Moustafa Al-Kadhimi, qui rentre jeudi en Irak après une visite de plusieurs jours à Washington, où il a rencontré le président américain, Joe Biden. La majorité des restitutions documentent « les échanges commerciaux pendant la période sumérienne », l’une des plus anciennes civilisations de la Mésopotamie, selon le communiqué du ministère irakien de la culture.

Des pillages inquantifiables

Parmi les biens rendus pourrait figurer une tablette d’argile cunéiforme, vieille de 3 500 ans, que les Etats-Unis comptent rendre à l’Irak. Elle est considérée comme « un bien culturel volé », introduit frauduleusement sur le marché de l’art américain, selon le ministère américain de la justice, qui n’a cependant pas précisé quand elle serait de retour dans le pays.

La tablette comporte des fragments de l’Epopée de Gilgamesh, considérée comme l’une des plus anciennes œuvres littéraires de l’humanité, qui narre les aventures d’un puissant roi de Mésopotamie en quête d’immortalité. La décision judiciaire américaine « représente une étape importante vers le retour de ce chef-d’œuvre de la littérature mondiale dans son pays d’origine », a affirmé mardi la procureure Jacquelyn Kasulis, chargée du dossier.

Les antiquités irakiennes sont pillées depuis des décennies, à la faveur des multiples conflits qu’a connus le pays, notamment de l’invasion américaine de 2003. « Il est impossible de quantifier le nombre de pièces qui ont été volées sur les sites archéologiques », a expliqué Qahtan Al-Obaid, directeur des antiquités et du patrimoine du musée de Bassora, la deuxième ville d’Irak. Les pillages relèvent généralement du crime organisé, mais sont parfois aussi le fait de populations locales qui cherchent à assurer leur survie, a-t-il précisé.

Les sites archéologiques à travers le pays ont été sévèrement endommagés et négligés, et les musées pillés à la chute du dictateur Saddam Hussein, en 2003. Quelque 15 000 possessions ont ainsi été volées dans le seul musée national d’Irak, situé à Bagdad. « J’espère que dans un futur proche nous pourrons récupérer le reste de nos biens, notamment en Europe », a déclaré le ministre irakien de la culture dans son communiqué.

Avec Le Monde avec AFP

Congo-Salon du livre : la première édition s’est tenue dans la ville océane

juillet 27, 2021

Les écrivains et acteurs de la chaîne du livre se sont retrouvés lors de cette prémière édition, du 24 au 25 juillet, à Pointe-Noire avec le public pour échanger sur le livre et faire sa promotion.

La photo de famille à la fin du salon du livre Crédit photo »Adiac »

Organisée par Mimo Events sur le thème « Ecrire à l’ère de Covid-19 »,  la rencontre sur livre initiée par Yvon Wilfried Lewa-Let Mandah et Arnaud Mitamona, deux écrivains et amoureux du livre, a réuni les écrivains  de Pointe-Noire, Brazzaville et Côte d’Ivoire. C’est en participant à la 36e édition du salon du livre de Paris en mars 2016 en compagnie de plusieurs écrivains congolais tels  que Chardin Alphonse N’kala, Hugues Eta, Georges Mavouba Sokate, Huppert Malanda, Dominique Ngoie Ngalla, Alain Mabanckou que l’écrivain  Yvon Wilfried  Lewa-Let  Mandah a pensé organiser un évènement similaire dans son pays, le Congo.  Dans son dessein, il a été rejoint par  Arnaud Mitamona, un autre passionné du livre.

Après plusieurs mois de préparatifs, le projet a été enfin concrétisé avec la première édition dans la ville des illustres écrivains, notamment  Tchicaya U’tamsi et Jean-Baptiste Tati Loutard. «C’est un espace de cohésion, de promotion  des œuvres des écrivains et aussi un espace d’expression littéraire et artistique », a dit Yvon Wilfried Lewa-Let Mandah.  Et d’ajouter : « Notre objectif est de voir de nouveaux talents éclore à travers ce salon ». Une initiative louée également par Chardin Alphonse N’kala, directeur départemental du Livre et de la Lecture publique de Pointe-Noire qui a souhaité que d’autres éditions suivent à l’avenir avec plus d’auréole et de participants.

 Pendant les deux jours,  le public a eu droit aux présentations, à la vente, aux dédicaces et à l’exposition des livres par les libraires, éditeurs et auteurs. Des activités agrémentées par des parties artistiques réservées à des extraits de pièces de théâtre par la compagnie théâtrale Autopsie, de danse les Argus  du lycée de Mpaka et de musique avec le groupe Good See de la paroisse évangélique de Mbota.  Lors des présentations, les écrivains ont exposé comme Chardin  Alphonse N’kala sur le thème «  Impact de la covid-19 sur le secteur du livre et de la littérature », le critique littéraitre Armel Py Nzoulu a présenté la pièce de théâtre « Hecatombe et Remontada » d’Yvon Wilfried Lewa-Let Mandah  et la présentation d’« Elegie pour le prince de Mbeti » de Jessy loemba.

Pour leurs œuvres et leurs apports dans la promotion du livre, de nombreux écrivains et acteurs de la chaîne du livre ont été distingués. Il y a, par exemple, La maison d’édition de Côte d’Ivoire Ebernie qui a reçu le prix spécial de la maison d’édition, le prix artistique de la meilleure chorale est revenu à la chorale Good See et le prix artistique de mosaïque culturelle au lycée de Mpaka,  le prix de la bande dessinée à N’sana Arts et le prix Leopold Pindy Mamonsono à Armand Bouckethy, le prix Tchichelle Tchivela du roman décerné à Ninelle Nsiloulou  et le prix Théophile Obenga à Jean Nzoho. Quant au deuxième prix Sony Labou Tansi du théâtre, il a été remis à Florent Sogni Nzaou et Yvon Wilfrid Lewa-Let Mandah a reçu le premier prix.

Hervé Brice Mampouya

Congo-Musique: Clément Ossinondé en séjour à Brazzaville

juillet 26, 2021

Depuis début juillet, c’est de Brazzaville que Clément Ossinonde publie ses chroniques sur la musique congolaise. En tant que membre du comité scientifique national du Congo, il participe aux travaux de l’inscription de la rumba sur la liste du patrimoine culturel de l’humanité de l’Unesco.

Clément Ossinonde et Marie Coco Demba, membre de l'UMC

Photo : Clément Ossinonde et Marie Coco Demba, membre de l’UMC

Aux côtés de ses pairs, Honoré Mobonda, Ghislain Amédée Moussoungou, Jean Omer Ntady, Charles Bouetoumoussa-Bouetoum-Kiyindou, Romain Pindou et du Pr Joachim Ngomathéthé, pour ne citer que ces membres, Clément Ossinonde met à profit ses connaissances dans le domaine musical. Il participe également à la réflexion de la relance des activités de l’orchestre les Bantous de la Capitale.

Par la fréquence soutenue de ses chroniques sur les réseaux sociaux, Clément Ossinonde se trouve, pour ses « suiveurs », toujours à Lyon. Pourtant, c’est de Brazzaville qu’il les distille depuis le début du mois de juillet.

Un peu comme le journaliste destiné à raviver la mémoire des mélomanes, avec une précision dans le temps et l’espace, il porte un éclairage, tantôt sur les chansons qui ont fait le Congo et demeurent tant savoureuses que ludiques à travers les générations, tantôt sur leurs auteurs mythiques, et évoque en même temps le rôle pionnier des maisons d’éditions.

À chaque description, il illustre son récit par une photo et une bande sonore. C’est un passionné portant une pédagogie preuve à l’appui.

« Une volonté de garder la mémoire musicale pour mieux la connaître et assurer la survie de la musique des deux Congo« , pourrait résumer ce travail de mémoire sans répit.

Extrait de la chronique sur l’orchestre les Bantous de la Capitale :

(Nouvelle appellation de l’orchestre Bantous, adoptée en 1962 à Bruxelles)

1962 – L’ orchestre Bantous fait sa première tournée outre-atlantique. Il est d’ailleurs le premier orchestre congolais de Brazzaville à se rendre en Europe, précisément à Bruxelles et à Paris.

Une tournée fructueuse car 50 disques CD, soit 100 chansons, vont être enregistrés dans un temps record sous la marque CEFA. Mais au terme de l’enregistrement de 99 chansons, une va manquer pour parvenir à réunir 100 chansons. C’est à ce moment que Célestin Kouka va entonner « Orchestre Bantous de la capitale  » et le coup était joué.

Ce titre « Orchestre Bantous de la capitale » sera plébiscité comme celui qui devait donner au groupe un attribut. Célestin Kouka peut donc se révéler légitimement en étant l’auteur.

Tel est le devoir de mémoire poursuivi régulièrement par Clément Ossinonde.

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

« Louxor », un film introspectif et mystique dans l’Égypte éternelle

juillet 21, 2021
Dans le film « Louxor », la réalisatrice britannique Zeina Durra raconte l’histoire d’une femme en quête de sens, qui revient dans cette ville et y retrouve un ancien amour.

La réalisatrice britannique Zeina Durra raconte l’histoire d’une femme en quête de sens, qui revient dans cette ville et y retrouve un ancien amour. Mais ce conte antique sonne un peu faux.

Le Nil, démesuré, s’affiche en vision panoramique. Nous sommes bien en Égypte, et la frêle silhouette d’une jeune femme se superpose à la cité, comme figée dans son glorieux passé : vestiges antiques, ceux du tombeau KV10 de la vallée des Rois ; hôtel au charme suranné, le Winter Palace, où fut annoncée la découverte du tombeau de Toutankhamon et où Agatha Christie écrivit Mort sur le Nil

L’héroïne, Hana (interprétée par la Britannique Andrea Riseborough), est encore jeune. C’est une médecin anglaise travaillant dans l’humanitaire, qui a vécu des traumatismes sur des terrains de conflits, à la frontière du Liban et de la Syrie, et qui a eu besoin de faire un break. Pourquoi à Louxor et non dans son pays d’origine ? On ne le saura jamais vraiment. Mais la présence dans la ville d’un ancien amant, Sultan (le Franco-Libanais Karim Saleh), y est sans doute pour quelque chose. Le quadra est archéologue, et, à travers lui, Hana peut aussi se connecter au passé glorieux de la Cité, aux messages que véhiculent ses symboles.

La greffe ne prend jamais vraiment

Sur les sites de fouilles, Hana semble en effet d’abord creuser en elle-même. C’est une femme qui cherche sa place dans un monde d’hommes, désirants. Une femme qui se pose des questions sur la maternité. Une femme en quête de sens, d’insouciance, qui espère peut-être renaître comme Râ, chaque matin, sur sa barque solaire. Certains personnages secondaires comme l’archéologue Salima (interprétée par Salima Ikram, une véritable égyptologue égyptienne, professeure à l’université du Caire) vont tenter de l’aider dans sa reconquête d’elle-même.

Hana est seule, blanche, c’est une étrangère ancrée dans le présent, et pourtant, la réalisatrice Zeina Durra veut nous montrer sa connexion de plus en plus profonde à l’Égypte éternelle et à son mystère. Hana fuit les Occidentaux riches et bruyants de son palace, s’amuse des cars de touristes chinois, et cherche dès qu’elle peut à converser avec les locaux : chauffeurs de taxi, conducteurs de bateaux, archéologues…

Paradoxalement, la greffe que la réalisatrice souhaite mettre en scène ne prend jamais vraiment. La taiseuse et nacrée Hana semble toujours comme posée dans les décors grandioses de la ville. Elle garde une certaine distance avec les autochtones, même lorsqu’elle a l’occasion de parler avec eux. L’Égypte actuelle, ses crises à répétition, son oppression sécuritaire, ses désordres économiques, n’apparaissent jamais à l’écran. On ne croit pas non plus vraiment à l’histoire qui la relie à Sultan : il est question d’une rivale qui disparaît trop rapidement. Les querelles des anciens amants sonnent un peu faux… Surtout, cette romance qui semble devoir rythmer le récit manque singulièrement de densité. Comme pour une rapide visite guidée d’un beau monument, le film, bien que sincère et parfois touchant, reste ainsi malheureusement en surface.

Louxor, de Zeina Durra, 1h27, sortie en France le 21 juillet.

Film « Louxor »

Avec Jeune Afrique par Léo Pajon

Congo-7ème art : Ndzobi, le nouveau film de Mike Yombi

juillet 20, 2021

Ndzobi, un film de 1h15 dont l’histoire retrace les principes spirituels de la vie au village, est une autoproduction. Il a été présenté officiellement le 17 juillet à Brazzaville en présence des cinéastes congolais. 

Photo : Mike Yombi au milieu de deux acteurs et du modérateur lors de la présentation officielle du film « Ndzobi » (crédit photo/ ADIAC)

« Ndzobi » retrace l’histoire de l’acteur principal Mike Yombi qui quitte son village natal Akwa après son initiation pour aller refaire sa vie ailleurs. En effet, lors de son initiation à Akwa, Mike Yombi découvre beaucoup de mystères qu’il ignorait et qu’il n’a pu supporter. Raison pour laquelle il quitte Akwa son village natal pour aller à Kellé où il décide de s’installer et refaire sa vie. 

A Kellé, Mike Yombi tombe amoureux de Walé Okassi, la fille du chef du village. Malheureusement, beaucoup de conditions pires qu’à Akwa son village natal lui sont imposées autour de cette union. Mike Yombi n’a pu non plus supporter les principes qui lui sont imposées à Kellé. « L’histoire tourne autour du mystère Ndzobi, voilà pourquoi ce film porte le titre de Ndzobi », explique Mike Yombi.

« Ndzobi » est le premier film que Mike Yombi met sur le marché. Cependant, en termes de production, « Nzobi » est le cinquième film après : Mboka (un travail collectif) ; Sacrilège ; Ngwe ; Mbako ; puis Ndzobi qu’il vient de lancer officiellement sur le marché national.

S’agissant de la production de ce film, des exemplaires et du prix d’achat, Mike Yombi, dit : « Le pays n’ayant pas de producteurs, j’ai décidé de produire ce film moi-même. Le but étant de le faire répandre sur tout le territoire national d’abord, puis l’international ensuite. Ndzobi a été tiré à plusieurs exemplaires et le tirage continue ».

Acteur de cinéma, Mike Yombi annonce déjà les couleurs de sa prochaine production intitulée « Mon Rêve- le destin exceptionnel d’un enfant de la brousse ».

Avec Adiac-Congo par Bruno Okokana

Cinéma : ce festival de Cannes aurait pu être celui de l’Afrique

juillet 19, 2021
Le cinéaste Spike Lee, président du jury du festival de Cannes 2021.

Malgré le grand nombre de films africains sélectionnés sur la Croisette, deux seulement ont obtenu des prix. Même si chacun a retenu, à sa façon, l’attention des festivaliers.

De retour sur la Croisette après une année 2020 zappée pour cause de pandémie, le festival de Cannes de ce mois de juillet, disposant de deux années de production pour choisir sa sélection, s’annonçait comme un cru exceptionnel. De l’avis général, ce ne fut pas le cas, du moins pas au niveau espéré. Malgré la qualité ou l’originalité de certaines des œuvres présentées, dont la Palme d’or, qui est allée de façon peu surprenante par les temps qui courent à un film réalisé par une femme mais aussi de façon assez surprenante à un film trash et même gore, le très beau et très dérangeant Titane de la jeune Française Julia Ducournau.

Ce qui était vrai en général l’était aussi pour l’Afrique et l’on s’attendait, au regard de la quantité des œuvres sélectionnées et de la qualité de leurs auteurs, de la présence aussi au sein du jury de la Sénégalaise Mati Diop, à un festival 2021 exceptionnel pour l’Afrique. Là encore, on a quelque peu déchanté.

Deux films africains en compétition

À l’annonce de la sélection officielle du festival début juin, on avait en effet pu se féliciter de voir arriver en compétition pour la Palme d’or deux films africains – une première depuis l’origine de la manifestation -, réalisés de surcroît par deux cinéastes de grand renom : le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun pour Lingui-Les liens sacrés et le Marocain Nabil Ayouch pour Haut et fort – Casablanca beats.

Or, si les deux auteurs ont été ovationnés par le public de l’immense salle Lumière après la projection de leurs œuvres, Haroun bénéficiant même d’une accolade peu conventionnelle du président du jury Spike Lee, ils sont repartis bredouille après l’annonce du palmarès. Non pas qu’ils aient démérité, comme le prouvent les critiques souvent favorables que ces deux films ont obtenues dans les médias internationaux présents à Cannes, mais parce qu’il y avait assurément des œuvres plus achevées, plus fortes ou plus originales pour séduire les jurés.

Lot de consolation pour Nabil Ayouch ?

Reste qu’au total, toutes sélections pour Cannes confondues, il y avait, un petit record, six films africains projetés sur la Croisette. Deux ont obtenu des prix, il est vrai moins prestigieux que ceux décernés par le jury officiel mais néanmoins convoités. L’Égyptien Omar El Zohairy, petit barbu un peu timide quand on l’approche, a réussi un coup de maître pour son premier film, Feathers (« Les plumes »). Avec cette histoire très originale, souvent drôle et même déroutante malgré son sujet dramatique – disons, pour ne pas en dire plus, qu’il raconte ce qu’il se passe dans une famille déshéritée d’une banlieue glauque du Caire quand le chef quelque peu tyrannique de la famille se retrouve transformé en poule par un prestidigitateur -, Omar El Zohairy a conquis La Croisette et repart avec à la fois le grand prix de la Semaine de la critique et le prix du premier film du très exigeant jury de la presse internationale.

Quant à Nabil Ayouch, il y a fort à parier qu’il a perçu comme un lot de consolation le prix du « cinéma positif » décerné des mains de Jacques Attali pour Haut et fort. Mais il a du être satisfait des raisons invoquées, à juste titre, pour le couronner : « Un film qui tourne autour de la notion d’éveil des consciences, celles des jeunes Marocains, et qui se veut au service des générations futures ».

L’AFRIQUE ÉTAIT EN TOUT CAS FORT BIEN REPRÉSENTÉE LORS DE CETTE ÉDITION SI PARTICULIÈRE

Les quatre autres films africains présents à Cannes, tous de grande qualité, ont retenu chacun à leur manière l’attention des festivaliers. En raison de leur originalité (en particulier l’ovni Neptune frost, sorte de comédie musicale afrofuturiste truffée de dialogues anti-impérialistes de la Franco-Rwandaise Anisia Uzeyman et de son époux américain Saul Williams, présenté à la sélection de la Quinzaine des réalisateurs), de leur beauté formelle (qu’il est beau le désert du Niger filmé par Aïssa Maïga dans le documentaire sur les effets du réchauffement climatique Marcher sur l’eau, présenté en séance spéciale dans la sélection officielle), de leur interprétation et de leur gravité (tourné à Djibouti, La femme du fossoyeur, premier film du Somalien installé en Finlande Khadar Ayderus Ahmed, traite sans pathos d’un problème terrible, un risque mortel pour la femme en attente d’opération d’un couple très amoureux en raison d’un système de santé défaillant, grâce à une mise en scène très réussie) ou encore de leur approche subtile et courageuse d’une réalité complexe (Une Histoire d’amour et de désir de Leyla Bouzid, son deuxième film qui a eu l’honneur de clôturer la Semaine de la critique).

Si l’on ajoute le succès remporté par des films d’auteurs de la diaspora africaine (par exemple le superbe Freda de Gessica Généus célébrant le courage des femmes d’Haïti et le très énergique Bonne mère de Hafsia Herzi sur une « mère courage » de Marseille), on comprendra que l’Afrique était en tout cas fort bien représentée lors de cette édition si particulière du plus grand festival de cinéma de la planète. D’autant plus, ce qui est prometteur, qu’une bonne partie des œuvres citées ont été tournées par de jeunes cinéastes, souvent auteurs ici de leur premier long-métrage. Ils sont donc loin d’avoir fini de nous épater.

Avec Jeune Afrique par Renaud de Rochebrune

Leyla Bouzid : « Filmer le corps de l’homme arabe, quoi de plus politique ? »

juillet 14, 2021
La réalisatrice tunisienne Leyla Bouzid au festival de Cannes 2021

Avec « Une histoire d’amour et de désir », présenté en clôture de la Semaine de la critique à Cannes, la réalisatrice tunisienne s’intéresse à « la première fois », du côté masculin. Rencontre sur la Croisette.

En 2015, son premier long métrage, le trépidant « À peine j’ouvre les yeux », sur le vécu de la jeunesse tunisienne lors des dernières années du règne de Ben Ali, a connu le succès en France comme en Tunisie et dans bien d’autres pays. Aujourd’hui, Leyla Bouzid vient pour la première fois au festival de Cannes pour présenter « Une Histoire d’amour et de désir ». Qui aura l’honneur d’être projeté en clôture de la Semaine de la critique, la plus ancienne des sections « parallèles » de la manifestation avec ses soixante ans d’existence.PUBLICITÉ

Ce second film de la cinéaste tunisienne, une femme qui vient de dépasser le milieu de la trentaine, que l’on pourrait croire frêle mais dont l’énergie et la détermination en imposent, ne risque pas de passer inaperçu. Car le moins que l’on puisse dire, c’est que son auteure n’a pas eu peur de s’attaquer à un sujet rarement abordé au cinéma en général et dans les cinématographies arabes en particulier. Les spectateurs pourront s’en rendre compte en France début septembre et en Tunisie à l’automne, date prévue de sa sortie en salles.

Le film raconte en effet comment un jeune homme, l’étudiant français d’origine algérienne Ahmed, est attiré par une jeune femme, la Tunisienne Farah, juste arrivée à Paris. Tous deux fréquentent les bancs de la Sorbonne où ils ont choisi, elle volontairement et lui par erreur, un cours de littérature arabe qui se trouve consacré aux écrits érotiques du XIIe siècle. Comme son titre ne le cache pas, le récit convoque largement autant le désir que l’amour éprouvés par les deux tourtereaux et ne tente pas d’esquiver la rencontre des corps. Qui ne se produit pas très rapidement puisque le timide Ahmed, déjà choqué au début par ce qu’on lui enseigne, fait tout pour tenir à distance une envie de passer à l’acte qu’il pense interdite par sa culture malgré les encouragements de celle qu’il convoite, une femme libérée.

La fragilité des hommes, leur difficulté à affronter « la première fois » en matière sexuelle, voilà un sujet peu traité sur les écrans. A fortiori par une femme cinéaste qui réussit à opposer au fameux « male gaze » (regard masculin) sur la sexualité féminine, un classique dans le septième art, une sorte de « female gaze » sur la sexualité et le désir masculins. Mais le film, jamais vulgaire, jamais simpliste, permet de croiser d’autres thèmes. En témoignent les réponses à nos questions de Leyla Bouzid, rencontrée au bord de l’eau sur la Croisette à la veille de la projection « officielle » de son film.

Jeune Afrique : Le premier film sélectionné à la Mostra de Venise, le second, aujourd’hui, dans le plus grand festival de cinéma du monde, à Cannes. Un pas de plus ?

Leyla Bouzid : Il ne faut pas comparer. Cette année, à cause de la pandémie, Cannes est un festival très particulier, celui de la reprise du cinéma. Avec beaucoup plus de films que d’habitude. Et une grande attente de la part des réalisateurs. Pour ma part, le film aurait pu être prêt, même si cela aurait supposé de le terminer dans un délai très, très court, pour Cannes 2020, si le festival avait eu lieu. Et donc pour Venise 2020. Mais j’ai décidé d’attendre. Ce film a été tourné en France et son contenu, la résonance de son sujet, ont à voir avec ce qui se passe dans la société française. Donc j’avais envie que sa première projection se passe dans un festival français. Et Cannes, avec son aura, avec la présence massive des médias français, était évidemment l’idéal. Mais Venise, qui a été un tremplin pour « À peine j’ouvre les yeux », a été une expérience très belle.

C’EST JUSTEMENT LE FAIT DE POUVOIR FAIRE CE QUE JE VOULAIS QUI COMPTAIT

On dit souvent qu’on est surtout attendu au tournant avec le second film. Plus question d’indulgence, surtout si le premier a eu du succès. De quoi vous inquiéter ?

Je me suis surtout beaucoup interrogée au tout début de l’écriture du projet : est-ce que les Tunisiens allaient me reprocher de faire un film qui se passe en France, et en langue française ? Par ailleurs, d’aucuns avaient l’air de penser que proposer un portrait intime d’un jeune homme maghrébin après mon premier film, cela manquait d’ampleur. Ces réactions ne m’ont pas paru justifiées. De toute façon, le succès d’ »À peine j’ouvre les yeux » n’avait pas été immense. Le résultat – 100 000 entrées en France, 50 000 en Tunisie, une sortie dans une vingtaine de territoires, 45 prix gagnés ici et là – n’était pas écrasant. Mais c’était une belle carte de visite, qui a permis que l’on s’intéresse à la suite et qu’on la finance. Alors, même si certains se sont dit : « Quoi ! elle peut faire ce qu’elle veut et elle fait ça ! », c’est justement le fait de pouvoir faire ce que je voulais qui comptait.

Était-il nécessaire pour vous de faire un film très différent du premier, aussi bien s’agissant du sujet – la Sorbonne, la littérature du XIIe siècle, on est loin de la jeunesse survoltée sous Ben Ali – que la façon de le traiter, beaucoup plus sage, y compris d’un point de vue esthétique ?

Il s’agit quand même, dans les deux cas, d’un récit d’émancipation. Mais j’avais en effet conscience de devoir aller, avec ce film très différent, vers une mise en scène plus formelle, plus esthétique, pour raconter l’histoire de ce jeune garçon. Dans « À peine j’ouvre les yeux », le film déployait une énergie très forte, celle de la jeunesse, là, ce qu’il y avait à déployer, c’était la sensualité. Donc plus de caméra à l’épaule, mais un cinéma autre, avec un travail plus important sur la couleur, et surtout sur la musique puisque j’ai fait là appel à une musique originale.

Une musique surprenante, très contemporaine…

L’idée de cette musique instrumentale, parfois dissonante, était très présente, je ne sais pas pourquoi, dans ma tête. J’avais demandé, au départ, à un ami saxophoniste un morceau particulier qu’on devait entendre quand les personnages se croisent dans la rue. Ce morceau, qu’on entend dans le film, m’a saisie, il m’a semblé être comme une voix d’Ahmed, quelque chose qui émanerait de lui. Alors j’ai voulu qu’on le décline pour créer une bande originale et cela a été très fructueux : j’ai l’impression que la musique est une sorte de double d’Ahmed, l’expression de son intériorité. Je ne sais pas si lui écouterait cette musique, mais en tout cas elle parle de lui.

J’AI ENVIE D’INVITER CES JEUNES-LÀ À L’AMOUR ET AU DÉSIR

Autre grande différence avec le premier film, il n’est pas question de politique…

Oui … et non. L’ancrage politique d’ »À peine j’ouvre les yeux » était direct puisqu’on évoquait les années Ben Ali. Et j’avais écrit ce film à la fin de mes études, habitée par l’énergie de la révolution de 2011. Avec l’envie de filmer une Tunisie qui n’avait guère été représentée, celle des dernières années avant cette révolution. Là je filme autre chose, un garçon qui s’éveille à l’amour et au désir. Et je pense en vérité que c’est encore plus politique – filmer est d’ailleurs toujours politique. Filmer le corps de l’homme dit arabe, le désir d’un jeune homme certes français mais qui se revendique d’origine maghrébine, de cette culture, quoi de plus politique? J’ai envie d’inviter ces jeunes-là à l’amour et au désir.

Vous dites : un film sur l’émancipation sensuelle d’un jeune homme. Mais il y a deux personnages principaux. Et le plus fort, celui qui permet cette émancipation, c’est Farah, la femme. En le caricaturant, on pourrait résumer le film ainsi : une heure et demi pour voir une femme décoincer un homme arabe…

Si on considère l’intérêt porté aux personnages, la mise en scène, on est en permanence avec Ahmed, qui est de tous les plans. On n’est jamais dans le point de vue de Farah. Même si celle-ci joue un rôle moteur, c’est Ahmed qui porte la problématique du film. Et si vous voulez résumer le film comme vous le faites, pourquoi pas. Mais en fait, je crois que ce n’est pas seulement Farah en tant que femme qui fait évoluer Ahmed, c’est aussi grâce à des textes, ceux de la littérature, grâce à sa découverte de la langue arabe à laquelle il va avoir accès en demandant à son père de lui traduire un poème. L’éducation sentimentale et charnelle d’Ahmed ne passe donc pas que par Farah, cette tunisienne belle, intimidante et sensuelle.

JE VOULAIS FILMER LA BANLIEUE COMME UN SIMPLE LIEU D’HABITATION, UN LIEU NON CONFLICTUEL, UN REFUGE POUR AHMED

La très libre Farah, est-ce Leyla Bouzid ? On se pose d’autant plus la question que dans votre premier film, il y avait également une Farah…

On m’a plusieurs fois posé la question. Même ma mère m’a demandé si je mettais au monde une fille, si je comptais l’appeler Farah. Mais non, ce n’est pas un prénom particulier pour moi. Si ce n’est que Farah, cela veut dire joie et cela correspond au personnage dans mes deux films. Alors, s’agit-il quand même d’une sorte d’alter ego ? Possible, mais ce n’est pas moi. J’aurais peut-être voulu être comme cela, mais je ne suis pas aussi fonceuse. Et je n’ai pas rencontré d’Ahmed au cours de ma vie.

Leyla Bouzid (au centre) reçoit le prix Muhr lors de la cérémonie de clôture du festival du film international de Dubaï, le 16 décembre 2015

La part d’autobiographie est-elle donc très réduite, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer ?

En effet. Même si je me suis inspirée de moments de ma vie. J’ai commencé par des études à la Sorbonne, j’ai rencontré beaucoup d’amis d’origine algérienne, et nombreux étaient ceux qui étaient timides. Mais sans que cela implique des relations amoureuses. Cela m’a surtout permis de me documenter, notamment sur les questions liées à l’identité maghrébine. Mais, même au-delà de la culture arabe, je voulais m’intéresser aux premiers émois d’un garçon, à cette « première fois » qui ne va pas de soi pour tant de jeunes hommes, un sujet très peu représenté au cinéma. Ou alors seulement sous forme de comédie, genre « 40 ans et toujours puceau ». Alors même que le thème de la virginité féminine a été rabâché avec tout son lot de clichés. La fragilité masculine, la difficulté des hommes à répondre à leur assignation à la virilité, à être des moteurs dans les relations amoureuses, leur non-certitude par rapport aux émotions, il me semblait important d’en rendre compte.

Même si Ahmed habite chez ses parents algériens hors de Paris, on a l’impression de voir une sorte d’anti-film de banlieue au sens habituel du terme. Une volonté de se démarquer du genre ?

Je voulais filmer la banlieue comme un simple lieu d’habitation, un lieu non conflictuel, qui est un refuge pour Ahmed. Notamment en la filmant avec une caméra qui est posée, avec des travellings, que ce soit à l’extérieur ou dans l’espace de la maison. Car ce lieu ne charrie pas de grandes interrogations pour le personnage, c’est à Paris qu’il n’est pas à l’aise, qu’il cherche sa place, qu’il est fébrile.

Une opposition Paris-Banlieue. Il y a aussi une opposition France-Tunisie : paradoxalement, c’est la Tunisienne à peine arrivée du Maghreb qui est libérée et le Français, le Franco-Algérien, qui ne l’est pas du tout. Une façon d’aller à l’inverse de l’idée reçue à ce sujet ?

Je voulais montrer le fossé qui existe entre ces deux types de personnages. Ceux qui arrivent de Tunisie pour poursuivre leurs études en France sont probablement d’une classe sociale un peu bourgeoise, ou en tout cas de la classe moyenne supérieure. Ils n’ont pas de problèmes d’identité. Et ils se trouvent en face de ceux qu’on appelle les deuxième ou troisième génération d’origine maghrébine, coupés malgré eux de la culture arabe, dont l’identité s’est fabriquée, le plus souvent en opposition, même pas au sein de la famille mais au lycée et dans le climat qui règne en France autour de l’identité arabe. Du coup, la façon dont ces Français d’origine maghrébine revendiquent leur identité ne correspond pas du tout à ce que vit la jeunesse arabe dans les pays arabes.

Un problème d’identité, sur fond d’ignorance mémorielle comme le soulignait le rapport Stora, difficile à surmonter, donc ? Surtout pour un jeune homme d’origine algérienne ?

On m’a demandé pourquoi je n’avais pas choisi un Tunisien pour le rôle du jeune homme. Il fallait en effet qu’Ahmed soit d’origine algérienne et non pas tunisienne. L’Algérie et la France portent en elles une histoire plus douloureuse et plus complexe. De plus, avec les années noires, les personnes immigrées venues d’Algérie ont été souvent complètement coupées de leur pays d’origine, au point de ne plus vouloir jamais y retourner, comme le père d’Ahmed. D’où des problèmes de transmission, une absence de mémoire, de discours sur ce qui s’est passé. Ce qui rejoint effectivement la problématique du rapport Stora. Quand je suis arrivé en France, j’ai découvert qu’on n’étudiait quasiment pas, ou très, très peu, la période la colonisation dans les cours d’histoire. Alors qu’en Tunisie, c’est pendant trois ans au programme. Je ne vois pas comment on pourrait résoudre en France les problèmes liés aux immigrations africaines si on continue à ignorer tout un pan de l’histoire. La guerre d’Algérie, bien sûr, mais aussi tout le reste doit être mis au programme, pendant au moins une année.

JE CRAIGNAIS QUE L’ON M’ACCUSE DE TRAHISON AVEC CE FILM

Votre film, construit autour de la sensualité mais qui évoque et montre aussi des rapports charnels et en particulier le corps des hommes, pourra-t-il être vu en Tunisie et dans le monde arabe sans susciter de polémiques ?

Je n’en sais rien. J’ai simplement essayé d’aller au plus juste, et au plus près de mon sujet. Sans aucune volonté de provoquer. Et au cœur du film, il y a surtout cette culture arabe du moyen-âge qui est une culture de la sensualité. Le distributeur tunisien qui a déjà vu le film avec son équipe et quelques autres m’a paru enthousiaste, sans s’interroger outre-mesure. Et tous m’ont dit que mon film était extrêmement tunisien. Ce qui m’a fait très plaisir puisque je craignais, je vous l’ai dit, qu’on m’accuse de trahison avec ce film.

Un film, surtout avec le personnage de Farah, qui participe d’un combat féministe à l’heure de Me too ?

En fait, il y a quelque chose de marrant à ce sujet. Dès mes premiers courts métrages, pendant les débats, on me disait toujours : « Leyla Bouzid, vous êtes féministe ! » Mais c’était alors sinon une insulte, du moins un mot réducteur et en quelque sorte une accusation. Aujourd’hui, c’est le contraire. On ne peut plus ne pas être féministe, il faut le revendiquer. Dans les deux cas, ce n’est pas ma manière d’aborder les choses. J’essaye, je viens de le dire, d’être simplement au plus juste vis à vis du sujet que je veux aborder au cinéma. D’échapper aux clichés. La revendication féministe, je ne sais pas trop quoi en faire en fin de compte.

Vous faites un film qui prône une certaine libération des mœurs alors même que cela ne semble pas être ce qui a le vent en poupe dans le monde arabe où l’influence des islamistes ne se dément pas…

Peut-être. Mais moi, notamment en accompagnant la sortie d’« À peine j’ouvre les yeux », je me suis rendue compte que je ne parlais pas seulement dans ce film de la jeunesse tunisienne énergique et qui veut s’émanciper. En Égypte, au Liban et ailleurs, j’ai vu des jeunes qui sont eux aussi dans la modernité, très connectés. Seulement, dans les pays arabes, ces jeunes, contrairement à ceux qui prônent l’autre dynamique, n’ont pas la parole.

Faudra-t-il encore attendre six ans pour voir votre prochain film ?

J’ai cette fois un projet assez avancé, une histoire qui se passera en Tunisie, à Sousse. Un sujet plus frontalement politique et différent des deux premiers. Il n’y aura pas de femme dans l’histoire ! (rire) Tout devrait aller cette fois plus vite, le film existera si tout va bien d’ici à deux ou trois ans. Depuis la sortie de mon premier film, il y a eu la pandémie qui m’a fait perdre un an et puis j’ai été maman. Un vrai problème pour une femme réalisatrice. Ce qui heureusement n’a fait que ralentir les choses, sans les arrêter comme cela aurait pu être le cas.

Avec Jeune Afrique Renaud de Rochebrune

Canada-Québec: Les Ursulines soulagées de la reprise du monastère de Trois-Rivières

juillet 9, 2021

Après avoir cherché pendant une décennie un partenaire pour la reprise du monastère à Trois-Rivières, les Ursulines sont heureuses de savoir que la conservation des bâtiments est assurée.

Le Musée des Ursulines de Trois-Rivières, au cœur du Vieux Trois-Rivières

© /Facebook / Musée des Ursulines Le Musée des Ursulines de Trois-Rivières, au cœur du Vieux Trois-Rivières

La Ville demeure pour nous le meilleur partenaire pour mettre en valeur le monastère et perpétuer la mémoire des Ursulines», affirme la sœur supérieure de l’Union canadienne des Ursulines, Cécile Dionne, au micro de l’émission Toujours le matin.

La soeur supérieure affirme que les possibilités sont multiples pour poursuivre la mission des ecclésiastiques qui ont oeuvré en éducation, en santé et en culture. Nous ne pouvons pas laisser ce trésor utilisé pour des vocations qui pourraient être nobles, mais pas dans la ligne de ce qu’a été notre travail», affirme soeur Cécile Dionne. Elle précise que ces vocations doivent être adaptées à la réalité d’aujourd’hui.

Face à la possibilité d’en faire un musée plus vaste, la soeur demeure sceptique. Les revenus des musées, c’est toujours déficitaire. Je ne sais pas si la Ville peut faire des miracles en agrandissant un musée qui ne rapporte pas de revenus pour entretenir un bâtiment qui coûte quasi un demi-million d’entretien par année», souligne la soeur supérieure.

Pas seulement des bureaux

Le maire Jean Lamarche répète que le bâtiment est en bon état, mais concède que la rénovation et l’entretien des lieux seront dispendieux. Ça va prendre de l’aide. C’est là que ça devient intéressant de mettre à contribution les autres paliers de gouvernement qui vont aussi, je l’espère, contribuer», affirme-t-il en évoquant la possibilité de subventions ou d’occupation des lieux par ceux-ci.

En entrevue à l’émission Toujours le matin, il assure que l’établissement ne sera pas transformé seulement en bureaux administratifs et que l’avenue de l’Espace bleu est très intéressante».

Le maire ajoute qu’il s’agit d’un patrimoine bâti, mais également d’un patrimoine paysager. Lorsque vous regardez les cartes postales de Trois-Rivières, une fois sur deux, c’est cette rue des Ursulines qui vous revient en image», dit-il. Le patrimoine paysager se retrouve d’ailleurs dans la nouvelle politique du patrimoine présentée mercredi.

 Avec Pascale Langlois 

Esprit de la fête, es-tu là ?

juillet 2, 2021

L’été sera-t-il festif ? Les marques s’y préparent : de la Fashion Week aux festivals, du luxe à la Villa Scheppes, la fête est une forme de soft power.

La fete : un esprit cultive. Ici a la Villa Schweppes.
La fête : un esprit cultivé. Ici à la Villa Schweppes.

Les vicissitudes des temps ont conduit les uns et les autres à plus de vigilance. Quand bien même le pass sanitaire a permis la reprise de nombre d’activités culturelles, des moments ont été annulés, des festivals ont dû être reportés, à l’instar du rendez-vous musical prisé de Calvi On the Rocks.

Une interrogation donc subsiste : l’esprit de la fête est-il mort ? Sans doute pas. Après toute période de crise, de la Révolution aux traumatismes des grandes guerres, on a festoyé, dansé et bu : des bals des Merveilleux et Incroyables – où pour entrer, il fallait prouver qu’on avait eu au moins un membre de sa famille décapité – aux Années folles, du Bœuf sur le toit aux petits bals de la Libération, les Français ont toujours répondu au drame en s’étourdissant.

Affirmer sa puissance par la fête

En 2021, même schéma. Ici et ailleurs, les initiatives se multiplient pour garder vivant l’esprit de convivialité. Et les marques de comprendre l’intérêt de perpétuer cet esprit. C’est vrai des grands noms du luxe, qui ont fait des Fashion Weeks des occasions de redonner du sens à leurs griffes, en osant la rencontre et le spectaculaire : Dior par exemple aura en trois semaines défilé en « présentiel » à Athènes, avec sa Cruise au stade olympique antique, mais aussi deux fois à Paris – avec l’Homme de Kim Jones présenté à l’ombre du dôme des Invalides – et la Couture de Maria Grazia Chiuri le 5 juillet. Et si les présentations de mode masculine furent essentiellement numériques, la Semaine de la couture, s’ouvrant le 5 juillet, permet aux uns et aux autres de revenir sur le devant de la scène, de prouver ses capacités créatives et organisationnelles : Dior, Chanel, Armani ou encore Valentino affirmeront ainsi leur puissance.

la villa Schweppes, un concept nomade© DR

Même constat du côté des événements culturels donnant lieu à des démonstrations de soft power. Comme le luxe s’associe avec les arts plastiques, certains acteurs de la grande consommation flirtent ouvertement avec les festivals – occasions étymologiquement festives… Cas d’école, Villa Schweppes. Villa Schweppes ? Une marque en soi issue d’une autre marque puissante, Schweppes – un nom propre devenu commun, rappelez-vous de « What

did you expect ? ». Ce concept festif apparaît à Cannes, lors du festival du film, alors que les grandes fêtes des années Canal s’essoufflent. L’idée ? Parier sur la convivialité portée par les valeurs de marque de la maison mère pour créer un lieu-événement synonyme de fête – et non pas simplement de consommation de tonic, quand bien même l’imaginaire de la bulle est associé à celui de la joie. La Villa Schweppes, elle-même nomade, du palais des festivals au voilier Club Med II, via le cap D’Antibes et Juan-Les-Pins, devient ainsi à partir de 2007 et pendant plus de dix ans l’une des escales des festivaliers.

De Cannes à Calvi

L’astuce ? Ne pas tomber dans la nostalgie de la « boîte de nuit » – qui a déjà un peu de plomb dans l’aile à l’époque –, et ne pas sombrer dans l’élitisme fermé du club privé – un créneau déjà pris sur la Croisette en période de festival –, mais opter pour un lieu ouvert à tous – toujours cette volonté d’inscrire l’événement dans les « brand values », comme on dit en marketing. Refuser en quelque sorte l’excluant au profit de l’exclusivité d’une programmation musicale de pointe : bien avant leur gloire, Orelsan ou Clara Luciani en furent dans des performances « en live ».

Cela fonctionne tant que le concept s’exporte sur d’autres lieux, lors d’autres événements culturels, comme à L’Alpe d’Huez, au moment du Festival de comédie. Et donc à Calvi depuis dix ans et la première édition du festival. L’édition 2021 étant reportée à 2022, la marque aurait pu ne pas s’installer en Corse. Finalement, elle tiendra sa propre martingale le temps d’un week-end – du 2 au 4 juillet –, en investissant la cité calvaise avec une programmation électro entre plage et coucher de soleil, Sitta Abellas et Yuksek – si vous ne connaissez pas, vous pourrez tout de même entrer – sur réservation, protocole sanitaire oblige. L’illustration en tous les cas que les marques puissantes peuvent être plus fortes que les crises qu’elles traversent.

Par le Point avec Gilles Denis

Pointe-Noire(Congo): le village Kati fait peau neuve

juillet 2, 2021

Attention peinture fraîche, attention talents ! Jussie, Marvin et Christvie, adeptes du Street Art, ont relooké le village Kati pour rêver en couleurs !

Peinture au village Kati

Pointe-Noire. Quartier Loandjili. Là, après le commissariat, marchez encore, prenez la première rue sur votre gauche en direction de l’école Ballou Constand, vous y êtes ou presque. Encore quelques pas, voilà : au numéro 5 de la rue Père Pierre se dresse le village Kati. Ce village, auquel a donné naissance Huguette Nganga Massanga, est l’antre d’une culture permanente ou de passage, un lieu de résidence artistique, de ressourcement, de création. C’est aussi un espace d’initiation et de maintien du goût de la lecture pour les enfants des alentours. Si Kati est le nom du grand-père paternel d’Huguette Nganga Massanga à qui elle souhaitait rendre hommage, Kati signifie également, en lingala comme en Kituba, intérieur, alors entre les murs se partage un « Inside » idéalisé par l’amour de l’art.   Mais, avant  de pénétrer le 5 de la rue Père Pierre, votre regard sera contraint de se figer avant tout sur l’extérieur.

Ces derniers jours de juin, le village Kati a en effet fait peau neuve en son extérieur à grands coups de pinceaux pour la création d’une fresque géante. Attention peinture fraîche ! Attention talent : Celui de l’artiste Jussie Nsana en résidence permanente au village, ceux encore de Marvin Wolfram et Christvie Dérinck Mayikanga qui accompagnent Jussie, connue pour ses bandes dessinées, dans la réalisation de cette fresque murale.  Trois peintres illustrateurs inspirés par le Street Art pour donner vie et couleurs  aux murs autrefois d’un gris cimenté et pour dire que l’art urbain reste un art à part entière offrant une tribune aux artistes contemporains.  De quoi égayer la rue Père Pierre et rappeler que de tous temps les hommes, qu’ils soient des cavernes ou de l’antiquité, ont écrit ou dessiné leur histoire sur les murs. Et ce n’est pas les passants de la rue Pierre Père qui s’en plaindront.

Avec Adiac-Congo Philippe Edouard