Archive for the ‘Art’ Category

Canada-Québec: Décès de l’artiste Karim Ouellet

janvier 18, 2022
Karim Ouellet tient fièrement son trophée dans les mains. Il pose pour la caméra, vêtu d'un complet et d'un noeud papillon.

Karim Ouellet avec son prix Juno de l’album francophone de l’année en 2014. Photo: La Presse Canadienne/Jonathan Hayvard

L’auteur-compositeur-interprète Karim Ouellet s’est éteint. L’artiste a été trouvé mort lundi soir à Québec. La cause et la date de son décès ne sont pas connues pour le moment.

Son corps inanimé a été découvert un peu avant 22 h à l’intérieur du studio L’Unisson, rue Saint-Anselme, dans le quartier Saint-Roch, selon nos sources.

Le Service de police de la Ville de Québec écarte la thèse criminelle pour expliquer la mort de Karim Ouellet. Il était vraisemblablement décédé depuis plusieurs heures au moment de la découverte de son corps, selon nos informations. Aucune manoeuvre de réanimation n’aurait donc été entreprise.Une bâtisse avec des graffitis et l'inscription Unisson.

Le corps de Karim Ouellet a découvert à l’intérieur du studio L’Unisson, dans le quartier Saint-Roch, à Québec. Photo: Radio-Canada/Sébastien Vachon

Proches et communauté des artistes sont sous le choc à la suite de cette triste nouvelle. Karim Ouellet s’était replié sur lui-même ces dernières années.

Il était beaucoup plus reclus qu’à l’époque où moi je l’ai côtoyé, a confié Stéfane Campbell, relationniste de presse de Karim Ouellet durant plusieurs années, à l’animatrice en information Julie Drolet sur les ondes de RDI.

Né à Dakar, au Sénégal, Karim Ouellet avait récemment célébré son 37e anniversaire. Ayant grandi au Québec après avoir été adopté, il se fait d’abord connaître dans la capitale à partir de 2007 en multipliant les collaborations avec CEA, Webster et Limoilou Starz, notamment.

Il se fait remarquer à plus grande échelle lors du Festival international de la chanson de Granby en 2009.Sarahmée et Karim Ouellet.

Karim Ouellet et sa soeur Sarahmée Photo: Instagram.Com/Sarahmeeo

Distinctions

Son second album remporte le prestigieux prix de l’album francophone de l’année aux Junos en 2014. Fox s’écoule à plus de 33 000 exemplaires.

Il obtient le prix Félix-Leclerc pour sa chanson L’amour, qui l’a fait connaître du grand public québécois.

En 2013, Karim Ouellet est nommé quatre fois à l’ADISQ, puis devient Révélation Radio-Canada en 2012-2013.

En février 2018, pour le 27e Mois de l’histoire des Noirs, le chanteur est choisi comme porte-parole francophone de cet événement national.Karim Ouellet est debout sur une scène et il joue de la guitare

L’animateur d’ICI Musique, Philippe Fehmiu, rend un vibrant hommage à Karim Ouellet Photo : Radio-Canada

Il fait aussi des premières parties lors de concerts du célèbre Stromae et participe souvent à des célébrations de grande envergure, comme la fête du Canada.

Peu avant sa mort, il travaillait sur son quatrième album, selon sa biographie sur Spotify. Il était aussi juge pour le concours de chant Anjou Star.

Consternation

La classe politique est également sous le choc. Le premier ministre du Québec, François Legault, lui a rendu hommage sur son compte Twitter.

Mes condoléances à la famille et aux proches de Karim Ouellet, un jeune artiste qui a amené un nouveau style à la musique québécoise, a écrit le politicien.

Le maire de Québec, Bruno Marchand, a également exprimé son chagrin.

Un homme, un auteur, un interprète hors du commun qui a su redonner goût a la musique francophone s’envole aujourd’hui, a-t-il rédigé sur son compte Twitter.

« Sa douceur et sa plume continueront de vivre par sa musique qui restera gravée dans le paysage musical des Québécoises et des Québécois à jamais. […] À toi, cher Karim, passionné, je te souhaite un bon voyage. »— Une citation de  Bruno Marchand, maire de Québec.

La cheffe de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, Dominique Anglade, a pour sa part cité des paroles de la plus célèbre chanson de Karim Ouellet.

Je suis sous le choc. Karim Ouellet est décédé à 37 ans. J’envoie mes plus sincères condoléances à la famille et aux proches. Dans L’amour, Karim nous chante : « allons voir s’il nous est permis de garder l’espoir ». Que ces paroles continuent de résonner dans nos cœurs.

Il laisse notamment dans le deuil sa soeur, la rappeuse Sarahmée.

Radio-Canada avec

Alain Rochefort

Alain Rochefort et la collaboration de Hadi Hassin, Eloïse Léveillé-Chagnon, Édith Hammond et Steve Jolicoeur

Célébration : la rumba congolaise et la Journée mondiale de la culture africaine

janvier 18, 2022

La culture africaine et afro-descendante, qui se célèbre le 24 janvier, sera aussi une occasion pour les deux Congo de manifester l’inscription de la rumba congolaise au patrimoine culturel et immatériel de l’humanité de l’Unesco.

Quelques pas de la rumba congolaise / Archives

À Kinshasa comme à Brazzaville et dans d’autres parties du continent se célèbrera la Journée mondiale de la culture africaine, un fait  musical, culturel et social très marquant.

En effet, il y a à peine quelques semaines, précisément le 14 décembre 2021,  que la rumba congolaise venait d’être inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco.  

Des sources proches des ministères de la Culture des deux Congo, cette célébration de la culture africaine et afro-descendante mettra plus l’accent sur ce fait d’une importance capitale qui venait de se passer à l’Unesco. Déjà, sur des réseaux sociaux et dans les médias locaux, les Congolais se sont réjouis de la reconnaissance par l’organe onusien de la rumba, véritable phénomène musical, culturel et social. « La rumba, c’est notre identité ! Sa reconnaissance internationale est une fierté et une richesse », déclarait Catherine Furaha, ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine de la République démocratique du Congo.

Pour sa part, Zacharie Bababaswe, chroniqueur musical, déclarait à l’AFP : « Rien de plus normal que le combat des Congolais aboutisse à cette reconnaissance universelle. Sentiments de réhabilitation et de reconnaissance pour cette belle musique dont le tempo est puisé dans les tripes des Congolais ». Quant à Jacques Iloki, vice-président de l’Association des peintres du Congo à Brazzaville, cette inscription est « une reconnaissance parce que la rumba est le trait d’union entre les deux rives du fleuve Congo ».

Pour les spécialistes, les origines de la rumba se situent dans l’ancien royaume Kongo. Avec la traite négrière, les Africains ont emmené leur culture et leur musique vers les Amériques. La rumba a ensuite été ramenée sur le continent africain par les commerçants, avec disques et guitares. Dans sa version moderne, la rumba a une centaine d’années. L’identité culturelle est ce par quoi se reconnaît une communauté humaine à travers ses pratiques, locales ou nationales, qui sont sociales, politiques, ethniques, religieuses et artistiques.

Cette identité culturelle renvoie à des valeurs et à des codes, à des modes de vie et de pensée, à des langues, des croyances et des traditions, à un vécu en commun et une mémoire historique, à un territoire. Malheureusement, l’Afrique a trop longtemps été privée de son identité culturelle. Ainsi, au-delà des similitudes, des formes convergentes de penser et de l’héritage commun, l’Africanité constitue également une destinée partagée, une fraternité dans la lutte de libération et un avenir commun qui doit être assumé en vue d’être maîtrisé.  

« L’histoire générale de l’Afrique », une oeuvre pionnière

Il n’est pas vain, dans ce sens, de rappeler le rôle majeur que joue l’Unesco dans l’adoption des textes normatifs et cadres juridiques pour promouvoir et protéger la culture africaine. Il est important aussi de faire allusion au travail colossal et titanesque « Coffret histoire générale de l’Afrique ». Ainsi, l’Unesco avait lancé en 1964 l’élaboration de « L’histoire générale de l’Afrique » pour remédier à l’ignorance généralisée sur le passé de ce continent. Pour relever le défi qui consistait à reconstruire une histoire de l’Afrique libérée des préjugés raciaux hérités de la traite négrière et de la colonisation et favoriser une perspective africaine, l’Unesco a fait appel aux plus grands spécialistes africains et internationaux de l’époque. L’élaboration des huit volumes de « L’histoire générale de l’Afrique » a mobilisé plus de 230 historiens et autres spécialistes pendant plus de 35 années.

« L’histoire générale de l’Afrique » est une œuvre pionnière, à ce jour inégalée dans son ambition de couvrir l’histoire de la totalité de ce continent, depuis l’apparition de l’homme jusqu’aux enjeux contemporains auxquels font face les Africains et leurs diasporas dans le monde. C’est une histoire qui ne laisse plus dans l’ombre la période précoloniale et qui insère profondément le destin de l’Afrique dans celui de l’humanité, en mettant en évidence les relations avec les autres continents et la contribution des cultures africaines au progrès général de l’humanité.

Notons que c’est à l’occasion de sa 40e session en 2019 que l’Unesco a proclamé le 24 janvier comme Journée mondiale de la culture africaine et afro-descendante. Cette date coïncide avec l’adoption de la Charte de la renaissance culturelle africaine, adoptée par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine en 2006. La Journée mondiale de la culture africaine et afro-descendante célèbre les nombreuses cultures vivantes du continent africain et des diasporas africaines dans le monde entier, et les promeut comme levier efficace au service du développement durable, du dialogue et de la paix.

Avec Adiac-Congo par Faustin Akono

Sidney Poitier, premier homme noir à recevoir l’Oscar du meilleur acteur, est mort

janvier 7, 2022
Portrait Sidney Poitier qui regarde au loin.

L’acteur Sidney Poitier le 19 décembre 2015, à Los Angeles Photo: Getty Images/Jason Kempin

L’acteur américano-bahaméen Sidney Poitier est mort à l’âge de 94 ans, a annoncé vendredi le vice-premier ministre des Bahamas, où l’acteur a grandi.

Nous avons perdu une icône, un héros, un mentor, un combattant, et un trésor national, écrit Chester Cooper sur sa page Facebook à propos de l’acteur sans mentionner la cause de son décès.

Sidney Poitier est le premier homme noir à avoir gagné l’Oscar du meilleur acteur en 1964 pour le film Le Lys des champs (Lilies of the Field). Le voyage a été long pour en arriver là, lançait-il très ému, en recevant la statuette dorée. À 37 ans, il est alors la seule vedette de couleur à Hollywood.

Il n’est pas le premier artiste afro-américain à en avoir gagné un. L’actrice Hattie Daniel a gagné l’oscar de la meilleure actrice en 1940 pour Autant en emporte le vent (Gone with the wind).

La citoyenneté américaine par hasard

Né prématuré à Miami, en Floride, le 20 février 1927, à l’occasion d’un déplacement de ses parents venus des Bahamas voisines.

Grâce à cette naissance prématurée, Sidney Poitier obtient la nationalité américaine. A 15 ans, ses parents peuvent donc l’envoyer à Miami chez son frère pour gagner sa vie. Il n’a alors jamais mis de chaussures ailleurs qu’à l’église.
Pour échapper aux lois racistes de Floride, il part pour New York. Son fort accent caribéen lui vaut d’être refusé par l’American Negro Theatre. Il travaille à s’en débarrasser.

Engagé en 1946 à Broadway, il est remarqué par le réalisateur Joseph Mankiewicz. Pour son premier film en 1950, La porte s’ouvre (No Way Out), il interprète un médecin au chevet de deux racistes blancs. Le film, censuré dans le sud des États-Unis, lance sa carrière.

Sidney Poitier, un pionnier critiqué

Avant lui, Hollywood cantonnait les actrices et acteurs noirs aux rôles de majordomes ou servantes. Sidney Poitier avait brisé ces stéréotypes en incarnant dans les années 50 à 70 des personnalités exemplaires, participant ainsi à la lente mutation des mentalités.Sidney Poitier dans une scène du film de 1967

Les anges aux poings serrés de James Clavell Photo: Radio-Canada

Grâce à ses rôles, le public a pu concevoir que des personnes afro-américaines pouvaient occuper différents métiers. Outre celui de médecin, lorsqu’il interprète un ingénieur et un professeur dans Les Jeunes Fauves (To Sir, with love) en 1967, ou encore un rôle de policier dans le film Dans la chaleur de la nuit (In the Heat of the Night) en 1967.

L’industrie cinématographique n’était pas encore prête à élever plus d’une personnalité issue des minorités au rang de vedette, décryptait-il dans son autobiographie This Life. A l’époque,[…)] j’endossais les espoirs de tout un peuple. Je n’avais aucun contrôle sur les contenus des films […] mais je pouvais refuser un rôle, ce que je fis de nombreuses fois.

Dans l’un de ses films les plus connus, Devine qui vient dîner? (Guess Who’s Coming to Dinner) en 1967, il campe le fiancé d’une jeune bourgeoise blanche le présentant à ses parents, un couple d’intellectuels qui se croient ouverts d’esprit. La rencontre est un choc, et donne un film majeur sur le racisme de l’époque.

Cependant, les personnes militantes de la cause noire critiquent Sidney Poitier pour avoir accepté ce rôle de médecin de renommée internationale, aux antipodes des discriminations dont souffrent les personnes noires de l’époque.Une jeune femme blanche et un jeune homme noir souriants.

« Devine qui vient dîner », de Stanley Kramer Photo: Columbia Pictures

Il est désigné comme le noir de service, fantasme de blanc. Ses qualités irréelles de gendre idéal masquent sa négritude et les problèmes racistes, estiment-elles.

Il se trouve que je compte parmi les millions de personnes à avoir aimé ce film, rétorque-t-il dans le New York Times en 1968. Le monde a besoin de tous les arguments possibles pour démontrer que l’homme est davantage bon que mauvais.

C’est en 1967, année de graves émeutes raciales, que la Cour suprême américaine reconnaît la légalité du mariage mixte.

Au début des années 70, une nouvelle ère pour le cinéma noir s’ouvre avec la Blaxploitation et ses films plus radicaux. Ma carrière comme vedette hollywoodienne touchait à sa fin, analysait l’acteur qui se consacre alors à la réalisation.

Première comédie noire à remporter un grand succès populaire aux États-Unis, Uptown Saturday night raconte les déboires de deux compères (Sidney Poitier et Bill Cosby) qui peinent à retrouver un billet de loto gagnant enfermé dans un portefeuille dérobé la veille du tirage dans un hold-up.

Sidney Poitier, également réalisateur, excelle dans ce duo comique, première embardée du cinéma noir vers le grand public.

Dans ce film, les personnes afro-américaines ne sont plus caricaturées, elles mènent la comédie. Après un tel succès, suivront Let’s do it again en 1975 et A piece of the Action en 1977. Will Smith en a acquis les droits pour en faire une autre version avec Denzel Washington qui est programmé pour 2022.

En 1997, il incarne Nelson Mandela puis le premier juge noir de la Cour suprême américaine, Thurgood Marshall.

Marié 15 ans (1950-1965) à la danseuse Juanita Hardy avec qui il a quatre filles, Sidney Poitier épouse en 1976 l’actrice canadienne Joanna Shimkus qui donne naissance à deux autres filles.

Un Oscar honorant sa carrière

En 2002 Sidney Poitier recevait un Oscar d’honneur pour ses performances extraordinaires, sa dignité, son style et son intelligence.L'homme sourit et pose avec son trophée dans la main et de l'autre il fait le signe ok avec les doigts.

Le 24 mars 2002, l’acteur Sidney Poitier reçoit un oscar pour l’ensemble de sa carrière. Photo: AFP Via Getty Images/Lee Celano

J’accepte cette récompense au nom de toutes actrices et tous acteurs afro-américains qui m’ont précédé […] et sur les épaules desquels j’ai pu m’appuyer pour envisager mon avenir, répondait l’acteur remerciant les choix visionnaires d’une poignée de producteurs, réalisateurs et directeurs de studios.

Ce même soir, Denzel Washington devenait le second homme noir à recevoir l’Oscar du meilleur acteur: Je n’arriverai jamais à votre hauteur et j’inscrirai toujours mes pas dans les vôtres. Halle Berry remportait également la statuette dans la catégorie de la meilleure actrice.L'homme et la femme posent avec leur statuette et sourient.

Denzel Washington et Halle Berry remportent l’Oscar du meilleur acteur et de la meilleure actrice en 2002. Photo: AFP VIA Getty Images/Lee Celano

En 2000, il confiait à Oprah Winfrey être resté fidèle aux principes de son père. Malgré sa grande pauvreté, il était resté digne, même si, dans toute sa vie, il n’a jamais gagné autant d’argent que ce que j’ai pu dépenser en une semaine.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Stéphane Bak : « Les récits africains sont rarement racontés en France, il faut les défendre »

janvier 5, 2022
Le réalisateur R.Guédiguian avec Stéphane Bak © Malte Ossowski/SVEN SIMON /dpa Picture-Alliance via AFP

Dans « Twist à Bamako », du Français Robert Guédiguian, l’acteur d’origine congolaise campe avec vigueur un personnage de révolutionnaire socialiste dans un Mali fraîchement indépendant.

Débit mitraillette, sens de la répartie et de la formule… À 25 ans seulement, Stéphane Bak est rôdé à l’exercice. Assis à la terrasse d’un café parisien, le comédien a gardé la fraîcheur et l’assurance précoce du gamin qui défendait du haut de ses 14 ans ses meilleures blagues sur les planches du Grand Rex ou de L’Olympia devant 2 000 personnes. Des débuts qui lui ont d’ailleurs valu l’étiquette de plus jeune humoriste de France il y a dix ans tout juste, sans passer par la voie virale des réseaux sociaux comme nombre de ses homologues issus de la génération Z.

Biberonné au stand-up et à l’écurie du Jamel Comedy Club, c’est sur les plateaux de télé que le natif de Villepinte (Seine-Saint-Denis, près de Paris) né de parents congolais a fait ses classes, exclu des bancs de l’école à 16 ans. « Jamel a ouvert la voie à des gens comme moi, aux minorités issues des quartiers, mais j’avais aussi envie de montrer que l’on pouvait proposer autre chose, ailleurs que dans l’entre-soi », reconnaît-il. Dans un paysage audiovisuel plutôt monochrome et vieillissant, le jeune trublion d’alors détonne mais se montre studieux, et présente de courts sketchs dans des émissions populaires comme Le Grand Journal de Canal+, faisant se tordre de rire les équipes du programme.

Un Roméo et Juliette malien

Si Stéphane Bak a conservé la même gouaille, la réflexion a mûri. Fini de jouer le rigolo de service sur petit écran, celui qui s’est fait remarquer dans Les Héritiers, de la réalisatrice française Marie-Castille Mention-Schaar, en 2014, voit les choses en grand (écran). Le rôle de Samba, dans Twist à Bamako, signé Robert Guédiguian, Stéphane Bak le voulait, l’attendait. Dans ce Roméo et Juliette malien sur fond de révolution et de yéyé, il joue le fils d’un riche commerçant qui souhaite installer l’idéologie socialiste au Mali, au lendemain de l’indépendance.

« Quand j’ai lu le script, j’ai immédiatement perçu que c’était un grand rôle. » C’est que Stéphane Bak a une idée bien précise de l’image qu’il souhaite renvoyer et de la carrière qu’il espère se construire. « J’aurais pu m’acheter un appartement en acceptant certains des rôles stéréotypés de dealer ou de cambrioleur que l’on m’a proposés, mais ça aurait été dégradant. On est peu d’acteurs noirs en France, alors il faut faire les bons choix. »

Une sélection de casting minutieuse qui lui a permis de tenir de petits rôles dans les films de réalisateurs reconnus comme le Français André Téchiné (L’Adieu à la nuit, 2019), et l’Américain Wes Andreson (The French Dispatch, 2021). Mais aussi de jouer dans La Miséricorde de la jungle, du réalisateur rwandais Joël Karekezi, primé au Fespaco en 2019. « Une fierté », glisse-t-il.

JE NE VOIS AUCUNE APPROPRIATION DES RÉCITS DANS LE FAIT QU’UN RÉALISATEUR FRANÇAIS S’EMPARE DE CETTE HISTOIRE

L’ancien stand-upper, qui a grandi dans une famille engagée, est conscient que « les récits africains sont rarement racontés en France, et qu’il faut les défendre ». Sa mère lui a transmis la spiritualité, son père, la politique. « Il a toujours parlé de ses revendications socialistes à la maison. Il était jeune au moment de l’indépendance du Congo, mais il m’a transmis ce pan de mon histoire. En tournant Twist à Bamako au Sénégal, j’ai creusé le sujet et j’ai renoué encore plus avec mon africanité, admet Bak, qui éprouve de la reconnaissance envers le réalisateur marseillais. Robert Guédiguian est depuis toujours reconnu pour son engagement communiste. Cet idéal n’a pas de frontières, il est universel. Je ne vois aucune appropriation des récits dans le fait qu’un réalisateur français s’empare de cette histoire sous forme de fiction. Il s’agit d’un épisode de l’Histoire qui fait aussi partie de celle de la France », rappelle-t-il.

L’acteur espère que la notoriété de Guédiguian amènera par ailleurs un public plus diversifié à découvrir ce film dans les salles en France, avant sa diffusion à la télévision sénégalaise. Stéphane Bak partagera ensuite l’affiche avec le tout aussi prometteur et jeune acteur Sami Outalbadi, lui aussi résolument tourné vers d’autres narrations, dans Novembre, de Cédric Jeminez, un film sur les attentats du 13 novembre 2015 en France.

Avec Jeune Afrique par Eva Sauphie

Appel à candidatures : une résidence d’écriture pour des artistes francophones

janvier 4, 2022

La Fondation Aïcha organise, en partenariat avec l’Institut français de Meknès, au Maroc, une résidence d’écriture pour des artistes francophones porteurs de projets personnels de film d’animation. La résidence se déroulera du 4 au 31 mars 2022.

La résidence d’écriture accueille de jeunes auteurs issus des pays francophones pour un séjour d’un mois consacré à l’écriture d’un projet personnel de film d’animation et encadrés par un coach d’écriture. Les candidatures des pays d’Afrique et du monde arabe francophones sont envoyées par email à l’Institut français de Meknès (mohamed.beyoud@ifmaroc.com) avant le 18 janvier 2022.

Les lauréats ou lauréates bénéficieront d’un accompagnement assuré par un professionnel du film d’animation et d’une bourse d’écriture. Les résidents seront également invités à participer au Festival international de cinéma d’animation de Meknès durant les derniers jours de leur résidence.

Les candidat(e)s sont sélectionnés sur dossier, par les partenaires associés à la résidence. Ils doivent être porteurs d’un projet de film d’animation (court métrage, long métrage, série TV…) et justifier de la nécessité d’un temps d’écriture et de recherche dans leur travail. Les dossiers de candidature doivent obligatoirement comprendre : une présentation du projet qui sera travaillé pendant la résidence, une lettre de motivation, un curriculum vitae, un portfolio des travaux et films réalisés précédemment, s’il y a lieu. La taille des fichiers joints est de 10 Mb.

 Les dossiers  sont à envoyer par mail (avec pour objet : « Candidature résidence Meknès 2022 » avant le 18 janvier 2022 à l’Institut français de Meknès pour les candidatures venant du Maroc et d’autres pays d’Afrique et Asie francophones : mohamed.beyoud@institutfrancais-maroc.com à la NEF Animation pour les candidatures venant de France : contact@nefanimation.fr à Anima pour les candidatures venant de Belgique : doris@folioscope.be

Pour les candidats canadiens francophones, ils doivent consulter les organisateurs par mail, avant d’envoyer leurs candidatures : contact@nefanimation.fr

Initié en 2016 par la NEF animation, l’Institut français de Meknès et la Fondation Aïcha®, ce programme offre à des auteurs francophones un mois de résidence à Meknès, au Maroc, pour développer la phase d’écriture de leur projet de film d’animation.  Chaque année, la résidence accueille six auteurs, sélectionnés sur dossier, issus des pays de la francophonie du Nord et du Sud.

Avec Adiac-Congo par Rosalie Bindika

Décès de Jean-Marc Vallée : pluie d’hommages de Québec à Hollywood

décembre 27, 2021
Matthew McConaughey et Jean-Marc Vallée sont debout l'un en face de l'autre.

Matthew McConaughey et Jean-Marc Vallée sur le plateau de tournage du film «Dallas Buyers Club». Photo: Remstar

Ceux et celles qui ont connu le réalisateur de C.R.A.Z.Y. sont sous le choc depuis l’annonce de son décès. Du cinéaste Jean-Marc Vallée, les personnes avec qui il a tourné se rappelleront la signature unique et le travail acharné. De l’être humain, tous et toutes soulignent le charme, l’intelligence et la gentillesse extrême.

L’autrice et scénariste Chantal Cadieux, la mère de ses deux fils, a publié un message émouvant après avoir appris la triste nouvelle : Tu es parti rejoindre les étoiles sans préavis. Tu en étais une. Tu as fait des films merveilleux et tu m’as donné deux fils qui le sont encore plus! Repose en paix, Jean-Marc… Bouleversant et imprévisible jusqu’à la fin.

En entrevue à RDI, elle a dit qu’elle et ses deux fils étaient inondés de bons mots et de beaux messages. Ça fait vraiment du bien.

C’était vraiment un passionné. Jean-Marc, c’était quelqu’un qui voulait faire des films depuis toujours. […]. Il a mis tout son cœur à l’ouvrage et il a travaillé beaucoup. C’était vraiment quelqu’un qui plongeait dans ses projets et qui les menait à terme.

Ce n’était pas seulement un grand réalisateur québécois, c’était un grand réalisateur mondiala soutenu l’acteur Michel Côté au micro de l’émission Tout un matin.

La gorge nouée par l’émotion, Michel Côté, qui a joué dans Liste noire (1995) et dans C.R.A.Z.Y. (2005) sous la direction de Jean-Marc Vallée, n’a que des éloges pour le réalisateur : C’était un plaisir de travailler avec lui. Il devenait très intense des fois, parce qu’il était complètement dans son émotion, mais jamais négativement.

« C’était un gars formidable. »— Une citation de  Michel Côté, acteur

RDI en direct / matin week-end

Un grand héritage au cinéma mondial

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, les hommages déferlent, tant de la part des fans de ses œuvres et de personnalités politiques que de celle des gens qui ont côtoyé Jean-Marc Vallée sur les plateaux de tournage.

Son ami, le réalisateur Denis Villeneuve, qui, comme lui, mène une carrière étincelante à Hollywood, lui a fait ses adieux dans un message transmis sur Twitter : Hey vieux, qu’est-ce qui t’a pris de partir si tôt? […] Je t’aime mon ami.

Quelle nouvelle tragique, a réagi le premier ministre du Québec, François Legault, sur Twitter. Jean-Marc Vallée m’a ému de C.R.A.Z.Y. à Big Little Lies. Il était d’une extrême gentillesse. Mes condoléances à tous les proches de cet artiste exceptionnel.

Justin Trudeau a souligné le legs exceptionnel du cinéaste : Son art aura marqué le Québec, le Canada et le monde. Mes pensées vont à sa famille, ses amis et ses fans alors qu’ils pleurent son décès si soudain.

L’actrice américaine Shailene Woodley, une des vedettes de Big Little Lies, une série dont il a réalisé la première saison pour HBO et qui a été récompensée par plusieurs prix Emmy, a affirmé sur les réseaux sociaux avoir été complètement sous le choc en apprenant sa mort : J’imagine que tu en feras une grande aventure digne des livres d’histoire.

D’autres têtes d’affiche de cette série ont réagi avec stupéfaction. Mon cœur est brisé. Mon ami. Je t’aime, a écrit l’actrice Reese Witherspoon. Le monde a perdu l’un des plus grands et des plus purs artistes et rêveurs. Et nous avons perdu notre ami adoré, peut-on lire dans un message de la comédienne Laura Dern.

La pianiste québécoise Alexandra Stréliski a remercié celui qui a fait voyager sa musique par le truchement de ses films. début du widget?

Un talent indéniable

Cameron Bailey, directeur du Festival international du film de Toronto (TIFF), lui a rendu hommage en parlant de son talent prodigieux et de son feu.

Cette fougue a également marqué Pierre Even, producteur de C.R.A.Z.Y. et de Café de Flore (2011). À l’émission RDI matin, il a confié ne pas avoir été surpris du succès de Jean-Marc Vallée à Hollywood, où le cinéaste a tourné plusieurs films.

Jean-Marc était très exigeant dans le travail, avec une grande volonté de […] toujours pousser à l’extrême ce qu’il voulait faire, a-t-il affirmé. C’était un travailleur acharné. Il n’y a pas de chance là-dedans, c’est vraiment le travail.

« Jean-Marc nous emmenait dans sa folie avec lui. On était avec lui et on voulait tout donner pour lui. C’est ça qui a créé son succès à Hollywood : tout le monde était derrière lui pour l’aider à mettre sa vision à l’écran. »— Une citation de  Pierre Even, producteur

Au fil des ans, Jean-Marc Vallée a réussi à créer un style unique, selon M. Even, qui a dit avoir de la difficulté à parler au passé du réalisateur, qu’il connaissait depuis vingt ans.

En entrevue à RDI matin, le chroniqueur et critique de cinéma Michel Coulombe a également souligné le talent et l’éthique de travail irréprochable du cinéaste, qu’il a rencontré pour la première fois il y a une trentaine d’années.

À cette époque-là, déjà, on voyait l’incroyable talent de Jean-Marc, sa grande détermination et sa volonté de faire des choses qui dépassent même les horizons du Québec, a-t-il mentionné. C’était inscrit chez lui dès le début.

« On l’a vu tout au long de son parcours américain : chaque fois que des acteurs travaillaient avec lui, ils lui rendaient hommage parce qu’il les amenait au plus haut niveau. »— Une citation de  Michel Coulombe, chroniqueur et critique de cinéma

Jean-Marc Vallée serait mort après avoir subi un malaise, selon nos informations.

Avec Radio-Canada

Canada-Québec: Le café-bar Zénob de Trois-Rivières ferme ses portes

décembre 23, 2021
L'enseigne du Zénob à l'avant-plan et la pancarte À vendre, en arrière-plan.

Le café-bar Zénob, situé à Trois-Rivières, a été mis en vente. Photo: Radio-Canada/François Genest

Le café-bar Zénob, une institution culturelle à Trois-Rivières, ferme ses portes. Une pancarte « À vendre » a fait son apparition devant l’édifice de la rue Bonaventure, au centre-ville. Si le milieu culturel est sous le choc, l’actuel propriétaire Yves Lafrenière fait le souhait de passer le flambeau à un entrepreneur qui reprendrait la vocation artistique de l’endroit.

Yves Lafrenière ne s’en cache pas, les mesures sanitaires et le manque de personnel ont joué dans sa décision de mettre la clé sous la porte, bien avant que le gouvernement ordonne la fermeture des bars. C’était devenu un exploit, avec les normes qui changeaient à peu près toutes les semaines de pouvoir continuer à conserver la clientèle, explique-t-il en entrevue à l’émission Toujours le matin.

À la fin de l’été et avec la fermeture des terrasses, il ne restait plus beaucoup d’espace pour assurer la distanciation exigée par les mesures sanitaires. Dès qu’on est rentré en dedans, la petitesse des lieux a joué beaucoup, ajoute-t-il.

En plus des règles en vigueur, le propriétaire a fait face à différents problèmes du personnel. Certains sont tombés malades pour une période prolongée. D’autres ont eu des problèmes aux lignes frontalières. Finalement, on était juste sur la corde, mentionne Yves Lafrenière.

La pénurie de main-d’oeuvre a mis beaucoup de poids sur le dos du gérant, ce qui a fait en sorte qu’il a déserté l’établissement également.

Un lieu culte pendant 37 ans

Au fil des 37 années de son existence, le café-bar Zénob a reçu des artistes de plusieurs disciplines. En plus de devenir un lieu de diffusion privilégié pour les poètes du Festival international de la poésie de Trois-Rivières, l’établissement a aussi présenté des spectacles de musique, de l’improvisation, de la performance.

« Ce n’est pas un lieu normal, c’est un centre culturel qu’on a perdu. »— Une citation de  Guy Marchamps, poète et cofondateur de la revue Art Le SabordUn poète fait la lecture au micro devant des spectateurs au Zénob, dans le cadre du Festival international de la poésie de Trois-Rivières.

Soirée de poésie au Zénob dans le cadre du Festival international de la poésie de Trois-Rivières (archives).

Photo: Radio-Canada/Festival International De La Poésie De Trois-Rivières

En 2015, le Zénob avait même tenu une soirée d’hommage aux victimes de l’attentat au journal Charlie Hebdo en France en recevant la journaliste Zineb El Rhazoui, ainsi que le président du comité français Laïcité République Patrick Kessel. Ils avaient été invités au Québec par l’auteure Djemila Benhabib et ils avaient pris la parole au café-bar devant une salle bondée. C’est dire à quel point l’établissement était un lieu aux publics multiples.

Pour les artistes et les clients qui ont fréquenté le café-bar Zénob, les souvenirs sont nombreux. J’ai travaillé une dizaine d’années comme DJ, animateur, barman… psychologue aussi parfois!, lance le maire de Trois-Rivières Jean Lamarche. Comme plusieurs, il décrit l’endroit comme un incubateur culturel.

Jean Lamarche au micro

Jean Lamarche, maire de Trois-Rivières Photo: Radio-Canada/Michelle Raza

La popularité du Zénob tenait entre autres du fait qu’autant les jeunes que les plus vieux s’y fréquentaient. [Des gens de] tous les âges. C’était un endroit vraiment magique, se rappelle le poète Guy Marchamps, avec nostalgie.

Une personne donne une performance musicale.

Alexandre Dostie et son groupe FullBlood au Zénob. Photo: Radio-Canada/Alexandre Dostie

L’écrivain a connu la genèse du café-bar au milieu des années 1980. Moi-même, à mon époque, j’ai organisé des rencontres avec des écrivains, par exemple. J’ai invité 55 écrivains, pendant 7 ans. Donc, régulièrement, les gens pouvaient rencontrer des écrivains québécois et leur poser des questions.

Une relance possible?

Le propriétaire Yves Lafrenière espère qu’un acheteur poursuivra l’oeuvre de son frère Jean, qui a été à l’origine du projet de café-bar et qui est maintenant décédé.

Mon frère était reconnu comme un poète. Il était dans toutes sortes d’activités culturelles. Il a été un pionnier au Festival de la poésie, entre autres. J’aimerais beaucoup que ça continue dans le même sens. Je travaille là-dessus présentement, indique-t-il. Yves Lafrenière n’en fait toutefois pas une condition à la vente de la bâtisse.

Bien qu’il s’agisse d’une entreprise privée, le maire de la ville croit qu’il y a encore un potentiel pour ce genre d’activités. Il demeure optimiste de voir la relance du Zénob. Il faudra que quelqu’un y voie un potentiel ou une niche à développer. Je pense que c’est encore possible. Et, il y aura toujours de la place pour de la poésie à Trois-Rivières, moi, j’en suis persuadé, conclut Jean Lamarche.

Avec Radio-Canada par Mylène Gagnon

France: La comédienne Charlotte Arnould accuse Gérard Depardieu de viols

décembre 17, 2021

La comédienne de 25 ans a affirmé sur Twitter avoir été violée en août 2018 par l’acteur, mis en examen depuis un an pour ces faits qu’il conteste.

« J’ai été violée par Gérard Depardieu en août 2018. » Vendredi 17 décembre, la comédienne Charlotte Arnould a affirmé sur Twitter être la victime des viols pour lesquels le principal intéressé est mis en examen depuis un an et qu’il conteste. L’acteur de 72 ans a été mis en examen pour « viols » et « agressions sexuelles » le 16 décembre 2020, pour des faits commis à l’été 2018, mais l’identité de sa victime était jusque-là inconnue.

« Je suis la victime de Depardieu… Ça fait un an pile qu’il est mis en examen. Je ne peux plus me taire… » écrit Charlotte Arnould sur son compte Twitter. Et d’ajouter : « Cela fait un an qu’il est mis en examen. Il travaille pendant que je passe mon temps à survivre. » « Cette vie m’échappe depuis 3 ans et j’ai envie de vivre sans me renier. Cette prise de parole risque d’être une secousse immense dans ma vie, je n’y gagne strictement rien si ce n’est l’espoir de récupérer mon intégrité », a déclaré la jeune femme de 25 ans originaire du Jura, estimant que « continuer à me taire, c’est m’enterrer vivante ».

Les investigations sont toujours en cours

Ni Me Élodie Tuaillon-Hibon, avocate de la plaignante, ni Me Hervé Temime, avocat de Gérard Depardieu, n’ont souhaité commenter cette prise de parole. Parmi les messages de soutien au tweet de Charlotte Arnould, l’autrice Florence Porcel, qui accuse elle-même l’ancien présentateur du 20 Heures Patrick Poivre d’Arvor de l’avoir violée, lui fait part de « tout (s)on soutien ». La plaignante avait dénoncé à la gendarmerie fin août 2018 deux viols au domicile parisien de la star quelques jours plus tôt. Elle avait obtenu à l’été 2020 que cette enquête, d’abord classée par le parquet de Paris, soit confiée à un juge d’instruction.

Depuis sa mise en examen, révélée par l’Agence France-Presse, Gérard Depardieu a été entendu au fond par la juge d’instruction. Il conteste les faits et a été laissé libre sans contrôle judiciaire. L’acteur a sollicité auprès de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris la nullité de sa mise en examen, mais la requête n’a pas encore été examinée. Des investigations sont encore en cours. Charlotte Arnould est comédienne mais également diplômée de danse classique et contemporaine, ainsi que de piano. Elle a joué dans une dizaine de courts-métrages et dans plusieurs pièces de théâtre. Elle a également réalisé les doublures voix pour plusieurs séries sur Netflix.

Par Le Point avec AFP

La rumba congolaise, patrimoine culturel immatériel de l’humanité

décembre 14, 2021

L’Unesco a annoncé mardi l’admission sur sa liste de cette musique phare des deux Congo.

Le chanteur congolais Papa Wemba, surnommé le « roi de la rumba », lors d’un concert au New Morning à Paris en février 2006.
Le chanteur congolais Papa Wemba, surnommé le « roi de la rumba », lors d’un concert au New Morning à Paris en février 2006. PIERRE VERDY / AFP

Au paradis des ambianceurs des deux rives du fleuve Congo, les Papa Wemba, Grand Kallé, Wendo, Tabu Ley Rochereau, Franklin Boukaka et autres Pamelo Mounka sont heureux : la rumba congolaise fait officiellement partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

L’Unesco, réunie cette semaine pour étudier une soixantaine de candidatures, a annoncé mardi 14 décembre sur Twitter que la rumba congolaise – dossier présenté par la République démocratique du Congo (RDC) et le Congo-Brazzaville – était admise sur sa liste. Elle y rejoint la rumba cubaine, inscrite en 2016 et, pour l’Afrique centrale, les polyphonies pygmées de Centrafrique (2003) ou les tambours du Burundi (2014).Li

« Cette richesse venue du Congo et exportée dans le monde entier constitue un des éléments de notre fierté », avait tweeté le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement de RDC Patrick Muyaya dès jeudi dernier, alors qu’une conférence de presse était organisée pour commenter l’événement, avec quelques jours d’avance. « Il est de notre devoir à tous de promouvoir la #Rumba », ajoutait-il.

A Kinshasa et Brazzaville, les spécialistes situent les origines de la rumba dans l’ancien royaume Kongo, où l’on pratiquait une danse appelée Nkumba, qui signifie « nombril », parce qu’elle faisait danser homme et femme nombril contre nombril.

Musique de « résistance et de résilience »

Avec la traite négrière, les Africains ont emmené dans les Amériques leur culture et leur musique. Ils ont fabriqué leurs instruments, rudimentaires au début, plus sophistiqués ensuite, pour donner naissance au jazz au nord, à la rumba au sud. Avant que cette musique soit ramenée en Afrique par les commerçants, avec disques et guitares.

La rumba dans sa version moderne a une centaine d’années. C’est une musique des villes et des bars, de rencontre des cultures et de nostalgie, de « résistance et de résilience », de « partage du plaisir aussi », avec son mode de vie et ses codes vestimentaires (« la sape »), expliquait récemment à l’AFP le Pr André Yoka Lye, directeur à Kinshasa de l’Institut national des arts (INA). Pour lui, la rumba est « tentaculaire, présente dans tous les domaines de la vie nationale ». Elle est marquée par l’histoire politique des deux Congo, avant et après l’indépendance.

Elle a connu des hauts et des bas, ses stars font parfois polémique voire scandale, ses réseaux de production et de distribution sont critiqués pour manquer de rigueur. Mais elle vit et se renouvelle, assure-t-on dans les deux capitales congolaises, où on compte sur cette inscription au patrimoine mondial pour lui donner une notoriété nouvelle, y compris auprès des Congolais eux-mêmes. « Nous sommes le pays de la rumba, qu’est-ce que nous en faisons ? », s’interrogeait le ministre de la communication de RDC.

Par Le Monde avec AFP

RDC-Belgique : des restitutions d’œuvres d’art, mais pas tout de suite

décembre 11, 2021
Dans la salle de restauration du musée de la réserve du mont NGaliema, à Kinshasa. © Marie Toulemonde

En visite à Kinshasa fin novembre, le secrétaire d’État belge, Thomas Dermine, a présenté un ambitieux projet autour du patrimoine pillé durant la période coloniale. Qu’en pensent la classe politique et les citoyens congolais ?

« Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue, et je pense que l’heure de la restitution d’objets spoliés au Congo est venue. » C’est avec un ton solennel, et en empruntant les mots de Victor Hugo, que Thomas Dermine entame son discours, en ce 24 novembre 2021, dans la salle de réception du flambant neuf musée national de la République du Congo (MNRDC), à Kinshasa.

Le secrétaire d’État belge, chargé du brûlant dossier des œuvres d’arts pillées durant la colonisation, a fait le déplacement pour présenter aux Congolais l’approche esquissée par la Belgique, afin de décider du sort des quelques 109 000 artefacts conservés aujourd’hui à l’Africa Museum de Tervuren. Le projet, qui devrait être voté dans les semaines à venir au Parlement belge, doit jeter les bases d’une coopération bilatérale autour de la question de leur héritage commun.

Démarche avant-gardiste ?

Réunis devant lui, une quarantaine de chercheurs et autorités politiques congolaises, dont le président de l’Assemblée nationale Christophe Mbosso et celui du Sénat Modeste Bahati Lukwebo, mais aussi des représentants religieux et royaux. Tous écoutent attentivement : le moment est hautement symbolique. Ce projet de restitution du patrimoine culturel congolais est une étape nécessaire à la réconciliation des deux peuples liés par un passé « trouble » et douloureux. La Belgique vient de franchir une étape avec la publication, au début du mois, d’un rapport d’historiens, commandé par le Parlement, qui détaille au cours de 700 pages « la brutalité » du régime colonial qui a fait quelque dix millions de morts.

Alors que les relations de Bruxelles avec Kinshasa se sont dégradées depuis l’élection de Félix Tshisekedi, le déplacement de Thomas Dermine, avec la ministre belge de la Coopération au développement Meryame Kitir, est particulièrement stratégique. C’est un pas de plus vers la réconciliation et la possibilité d’un déblocage de fonds.

LE TEMPS N’EFFACE RIEN. IL ÉTAIT DONC TEMPS POUR DES EXCUSES AU PLUS HAUT NIVEAU DE L’ÉTAT

Trentenaire, fraîchement arrivé au gouvernement, Thomas Dermine incarne une nouvelle génération politique décomplexée qui n’a plus peur de regarder avec franchise son histoire. Après un mea culpa de rigueur : « Le temps n’efface rien. Au mieux, il recouvre d’un voile des souvenirs éteints qui se rallument à la première brise. Il était donc temps pour des excuses au plus haut niveau de l’État. » Ensuite il tranche : « Les objets acquis par nos ancêtres de façon illégitime ne nous appartiennent pas. Ils ne sont pas à nous. Ils appartiennent au peuple congolais. Point final. »

Toutes les œuvres acquises de 1885 à 1960 par la Belgique au Congo seront donc « a priori restituables ». Puis, il poursuit en détaillant méthodiquement les modalités de cette démarche à portée « holistique » et « avant-gardiste » au regard d’autres pays européens.

Thomas Dermine, Placide Mumbengele, Meryame Kitir
Thomas Dermine, Placide Mumbengele, Meryame Kitir © Marie Toulemonde

À en croire les applaudissements de l’audience, le discours a fait mouche. « Une page est tournée », salue Christophe Mbosso. Et la volonté de réconciliation partagée. « On parle le même langage », insiste le directeur du musée Henry Bundjoko. Lors de la table ronde qui a précédé le discours et à laquelle la ministre de la culture congolaise Catherine Katumbu a participé, on parlait même de « révolution copernicienne ». Mais qu’en est-il réellement ? Qu’en pensent la classe politique congolaise et les citoyens ?

Restitution versus reconstitution

Les contours du projet se sont dessinés dans un contexte d’ébullition en Europe, après que la France a jeté un pavé dans la mare avec la publication du rapport  Felwine Sarr et Bénédicte Savoy (2018), après la vague Black Lives Matter et le déboulonnage de statues du roi Léopold II qui en a découlé. Si Emmanuel Macron vient d’ailleurs de restituer en grande pompe, au Bénin, 26 œuvres pillées lors de la mise à sac des palais du royaume d’Abomey en 1892,  il ne s’agit surtout pas pour le secrétaire d’État belge de marcher dans les pas du président.

De dix ans son cadet, Thomas Dermine met un point d’honneur à s’en différencier. « Je ne suis pas un cascadeur de la politique, je travaille pour le fond, pas pour créer du spectacle. C’était plus facile de demander à Guido Gryseels, directeur de Tervuren, deux masques et une statue symboliques et problématiques – on sait lesquels en plus – et de faire deux, trois photos. Mais est-ce-qu’on ne reproduit pas des schémas coloniaux en se donnant bonne conscience avec des actes symboliques ? » questionne-t-il avec un sourire taquin.

Contrairement à la France, donc, la Belgique ne se concentre pas sur une collection spécifique et considère l’ensemble du patrimoine public. L’idée est de mettre sur pied, « d’ici à 2022 », une commission mixte, instituée par un accord bilatéral, composée de manière paritaire d’experts scientifiques belges et congolais. Cette équipe sera chargée de déterminer si les oeuvres, en priorité celles ayant fait l’objet d’une demande de restitution, ont été acquises de manière légitime ou illégitime. Dans le second cas, le transfert de propriété juridique serait immédiat. La question du retour physique de l’objet serait organisée dans le temps « pour s’assurer de sa conservation, préservation et valorisation ».

DERMINE PRÉFÈRE OPTER POUR LE MOT RECONSTITUTION, EMPRUNTÉ EN DERNIÈRE MINUTE AUX CONGOLAIS

Le terme « restitution », choisi par les Français, témoigne selon le secrétaire d’État d’une forme d’européocentrisme puisque c’est l’action des Européens qui est mise en avant. « Il faut au contraire adopter une position centrée sur la perspective du Congo qui est de reconstituer l’identité culturelle d’un peuple, […] qui a été trop longtemps privé de la mémoire, de la créativité et de la spiritualité de ses ancêtres. » Dermine préfère opter pour le mot « reconstitution », emprunté en dernière minute aux Congolais qui l’avaient employé lors d’un forum dédié. Tout est bon pour se démarquer, et tant pis si ça cafouille côté presse flamande car dans leur langue, reconstitution n’a pas réellement de traduction…

Terme flou et chantier colossal

Si, pour le ministre, « il faut se poser la question : l’a-t-on volé ? La réponse c’est oui ou non », dans les faits, la réalité est plus complexe.

Guido Gryseels, l’emblématique directeur de Tervuren depuis 20 ans, cheville ouvrière du projet, estime que plus de 900 œuvres – 1 % des collections –  sont éligibles à une restitution immédiate, à l’image de la statue du chef Ne Kuko, dont on a la preuve qu’elle a été acquise de manière illégitime par Alexandre Delcommune lors d’une expédition punitive, fin 1878.

Le marchand belge Alexandre Delcommune a volé la « kitumba » à un roi de Boma en 1878
Le marchand belge Alexandre Delcommune a volé la « kitumba » à un roi de Boma en 1878 © RMAC Tervuren

Près de 58 % – 63 000 objets – resteront à priori dans le domaine public belge car acquis « de manière légitime ». C’est le cas de la « grande pirogue » – 22 mètres – exposée à Bruxelles depuis 1958, qui fut officiellement un don de l’administration territoriale au roi Léopold III, en visite au Congo un an plus tôt. Mais qu’est-ce qu’un don dans un contexte de domination systémique et violente ? Ne faut-il pas sortir des termes juridiques – trace de transaction – et préférer une approche morale au cas par cas ?

QU’EST-CE QU’UN DON DANS UN CONTEXTE DE DOMINATION SYSTÉMIQUE ET VIOLENTE ?

Le plus gros souci concerne les quelques 45 000 objets dont on ignore comment ils ont été acquis et comment ils ont transité du Congo à Bruxelles, il y a plus d’un siècle. Pour ces derniers, et en attendant les éventuels résultats de leur analyse de provenance, ils seront conservés dans le domaine public mais rendus « aliénables ». Le terme est flou et le chantier colossal.

En effet, aujourd’hui seule une personne est employée à temps plein pour mener ce travail de recherche, débuté début juin, à Tervuren. Et les financements manquent. Alors après plusieurs piques de Guido Gryseels à ce sujet, le secrétaire d’État qui lui prête une oreille attentive, lui promet un budget de 2 millions par an consacré à l’analyse de provenance. Une petite victoire, mais les résultats pourraient nécessiter des dizaines d’années de travail.

Rien ne presse

Et tant mieux car du côté congolais, le temps ne presse pas. Le président Tshisekedi l’avait déjà affirmé lors de l’inauguration du MNRDC, deux ans plus tôt : « Un jour il faudra bien que notre patrimoine revienne au Congo mais il faut le faire de manière organisée et concertée. Il ne faut pas le faire précipitamment. » Même son de cloche chez le directeur du musée, Henry Bundjoko, « On a d’abord besoin d’une reconnaissance, (juridique) ensuite on n’est pas pressé », et Christophe Lutundula, le ministre des Affaires étrangères : « Nous avons notre rythme, notre gestion de la démarche qui nous oblige à travailler dans la sérénité… mais avec l’objectif de faire de la démarche un élément qui contribue au renforcement de nos relations. »

Le Musée national de la République démocratique du Congo (MNRDC), à Kinshasa.
Le Musée national de la République démocratique du Congo (MNRDC), à Kinshasa. © Marie Toulemonde

Contrairement à d’autres pays du continent, comme le Bénin, le Sénégal ou encore le Tchad, la RDC n’a pas fait de demande officielle de restitution. Et pour cause. Tout le monde est bien conscient que le terrain est mal préparé et qu’il faut à tout prix éviter les « ratés », comme le rappelait Christophe Lutundula en référence aux « dons » d’œuvres effectués sous Patrice Lumumba, qui s’étaient rapidement évaporés dans la nature une fois retournés au pays. Les vols, s’ils ont diminué, sont encore réguliers.

LES ŒUVRES DEVRONT ÊTRE DÉPLACÉES MAIS PERSONNE NE SAIT ENCORE OÙ, LA RÉSERVE DU NOUVEAU MUSÉE EST DÉJÀ PLEINE

Si le président adopte cette approche prudente, c’est qu’il sait que les capacités d’accueil et de conservation du pays, principal argument prôné par les anti-restitutions, sont encore insuffisantes. Aujourd’hui, près de 33 000 objets des collections publiques congolaises sont entassés dans des conditions de conservation inquiétantes dans l’ancienne réserve privée de Mobutu au mont Ngaliema. Ils vont bientôt devoir être déplacés mais personne ne sait encore où les conserver car la réserve du nouveau musée est déjà pleine. Aucun budget n’a été débloqué à ce jour pour en construire une autre.

Dans la salle de restauration du musée de la réserve du mont NGaliema, à Kinshasa.
Dans la salle de restauration du musée de la réserve du mont NGaliema, à Kinshasa. © Marie Toulemonde

De manière plus globale, la culture est encore loin d’être une priorité au sein du gouvernement qui peine à faire rentrer les recettes de l’extraction minière qui se perdent entre les « crocs-en-jambe » dans l’administration et la corruption, pour reprendre l’expression de Christophe Mbosso. Pourtant, c’est la culture que Félix Tshisekedi a choisi de mettre à l’honneur cette année à l’Union africaine. Quelques jours avant l’arrivée de la délégation belge, il a même instauré une commission sur le sujet des restitutions, sans que sa composition ait été dévoilée. Un colloque panafricain vient également de s’achever, dimanche 5 décembre, sur cette thématique à Kinshasa.

LA BELGIQUE NE MENTIONNE À AUCUN MOMENT UNE AIDE FINANCIÈRE DÉDIÉE AUX MUSÉES CONGOLAIS

Dans ces conditions, beaucoup se demandent pourquoi, dans le projet de reconstitution, la Belgique ne mentionne à aucun moment une enveloppe d’aide financière précise, dédiée aux musées congolais pour préparer le retour des œuvres, comme ont pu le faire l’Allemagne avec le Nigeria et la France avec le Bénin.

Les institutions culturelles françaises, élément essentiel de la diplomatie de Paris, sont d’ailleurs bien mieux implantées à Kinshasa que leur pendant belge. Le nouveau musée national MNRDC, qui a coûté 21 millions de dollars, a lui été financé par… la Corée du Sud. La Chine, en situation de disgrâce avec les affaires minières de la Sicomines notamment, semble elle aussi faire de la culture un faire-valoir politique. L’ambassadeur Zhu Jing visitait des musées congolais, dimanche 5 décembre.

Seul Tervuren fait réellement office de représentant belge de la culture au Congo. En effet, l’institution est connue de Kinshasa à Lubumbashi, où elle a développé de multiples programmes de formation. Elle est incarnée par la figure de Guido Gryseels, accueilli avec des égards de ministre par de nombreux acteurs congolais de la recherche. C’est d’ailleurs avec son complice Placide Mumbengele, le directeur de l’Institut des musées nationaux du Congo (INMC), qu’il met sur pied le projet de « reconstitution ».

Sujet élitiste

Mais pour la jeune génération congolaise, le discours belge est loin d’avoir l’écho attendu. Comme le témoignent, Nizar Saleh et Paul Shemisi, deux cinéastes locaux qui travaillent dans les quartiers populaires kinois, « Ça reste un sujet élitiste. Pour la plupart des gens, il faut d’abord survivre au quotidien.

CES ŒUVRES ONT-ELLES RÉELLEMENT LEUR PLACE DERRIÈRE LA VITRINE D’UN MUSÉE ?

À l’Académie des beaux-arts de Kinshasa, alors que le secrétaire d’État vient juste de sortir de l’atelier de peinture qu’il était venu visiter, un débat s’improvise autour du sujet. Pour Chimbalanga, jeune artiste kinois, l’acte de transfert de propriété ne signifie rien : « Ces œuvres nous appartiennent déjà. Ce n’est pas un papier juridique qui changera quoique ce soit. » « Pour moi le terme devrait être réparation ou reconstruction », poursuit Isaac, qui souhaite que les Belges « qui ont dû beaucoup s’enrichir avec ce patrimoine volé », compensent en bâtissant des musées et en formant la jeunesse.

Pour Chimbalanga, jeune artiste kinois, l’acte de transfert de propriété ne signifie rien.
Pour Chimbalanga, jeune artiste kinois, l’acte de transfert de propriété ne signifie rien. © Marie Toulemonde

D’autres ne comprennent pas l’intérêt d’un retour de ces objets. En sortant du village, le masque qui avait une utilité dans la communauté, un emplacement, a perdu son caractère sacré. Les échanges témoignent aussi de la position des Occidentaux qui ont, ces dernières années, eu tendance à mettre en avant l’esthétique des objets au détriment de leur origine culturelle et cultuelle. Phénomène qui a par ailleurs permis d’alimenter le marché privé de l’art classique africain et donc le pillage. Finalement, ces œuvres ou objets ont-ils réellement leur place derrière la vitrine d’un musée ?

Réappropriation 

Cette réflexion s’est poursuivie au Colloque panafricain pour la renaissance africaine, à Kinshasa, le 2 décembre, au cours duquel Clémentine Faïk-Nzuji, chercheuse en symbologie africaine, s’est montrée exaspérée. Malgré ses demandes répétitives, et cela depuis trente ans, aucune page du programme scolaire congolais n’aborde encore les cultures traditionnelles africaines. « Nous devons sensibiliser la jeunesse à la valeur sacrée et l’importance sociale de ces objets […]. Aujourd’hui, l’enfant africain a peur de son patrimoine parce qu’il a été diabolisé. »Ces propos, Emery Mwazulu Diyabanza, activiste panafricain des restitutions et porte-parole de l’association Unité, Dignité, Courage (UDC), les partage et les complète : « Nous avons besoin de nous réapproprier notre patrimoine culturel, dont l’énergie est emprisonnée dans les musées occidentaux […]. Mais sans la réhabilitation de la vérité historique et la restitution des œuvres, nous ne pouvons déclencher cette réconciliation avec nous-mêmes. »

L’Académie des beaux-arts de Kinshasa.
L’Académie des beaux-arts de Kinshasa. © Marie Toulemonde

C’est précisément ce besoin de réappropriation que douze artistes africains tentent d’exprimer à travers un projet artistique nommé « l’esprit des ancêtres », sous l’impulsion de l’artiste Géraldine Tobé et soutenu par l’historien de l’art à l’Université libre de Bruxelles, Hans de Wolf. L’idée, partir à la recherche de ce patrimoine perdu, se reconnecter avec les racines spirituelles d’avant la colonisation et l’évangélisation.

En effet, comme le soulignait dans son discours Thomas Dermine, de nouvelles générations de Congolais et de Belges se rencontrent aujourd’hui. Elles sont les héritières d’un passé commun qu’elles n’ont ni vécu ni voulu. « Au sein du gouvernement actuel, un seul ministre était né au moment de l’Indépendance. […] Cela influence fortement notre rapport au Congo sur la volonté de regarder notre passé en face et de vouloir construire un avenir fraternel sur les bases d’un juste équilibre », ajoute-t-il.

Une œuvre de Géraldine Tobé, née le 9 février 1992 à Kinshasa.
Une œuvre de Géraldine Tobé, née le 9 février 1992 à Kinshasa. © Géraldine Tobé

Cette quête, Pamela Tulizo, photographe et membre du projet de Géraldine Tobé, l’a entamée dans le cadre de son projet sur les héroïnes oubliées du Congo. Résidant à Goma, où aucun document historique ne lui était accessible, elle a dû travailler à distance avec les étudiants belges de Tervuren qui ont cherché pour elle, dans les archives nationales aujourd’hui conservées à plus de 10 000 km de son village, les traces de son passé.

Avec Jeune Afrique par Marie Toulemonde – Envoyée spéciale à Kinshasa