Archive for the ‘Cinéma’ Category

Meghan et Harry sur Netflix : trois heures de pleurnicheries

décembre 8, 2022

Les premiers épisodes du documentaire intime des Sussex n’apportent rien de neuf, glorifient l’histoire du couple et tournent en boucle sur l’apitoiement personnel.

Au royaume des nantis, la vie est parfois bien compliquee...
Au royaume des nantis, la vie est parfois bien compliquée… © HANDOUT / Courtesy of Prince Harry and Meg / AFP

On attendait beaucoup du documentaire de Harry et Meghan : promis, juré, l’heure était venue de rétablir la vérité sur leur histoire, charcutée et déformée, selon eux, par les tabloïds. Le résultat est une longue plainte sur leur histoire d’amour contrariée, une litanie de griefs poussée depuis les canapés moelleux de leur nid d’aigle californien, avec vue sur le Pacifique… Trois heures de pleurnicheries, d’états d’âme et d’explications sommaires, soutenus par les témoignages de proches ou d’amis convoqués devant les caméras de Netflix pour rappeler le contexte ou dire tout le bien qu’ils pensent des exilés outre-Atlantique.

Finalement, le téléspectateur n’apprend pas grand-chose, tant la vie des Sussex est relayée sans cesse dans les médias : le premier chapitre s’intéresse plus à l’enfance et la vie de Harry, le second revient sur celle de Meghan et le troisième épisode se termine juste avant la célébration de leur mariage, en mai 2018 – les trois suivants, proposés le 15 décembre, reviendront sur leur départ de Buckingham. Les amateurs d’histoires people apprécieront les détails de leur rencontre, en 2016, via Instagram, par le biais d’un copain qui a partagé une photo de Meghan déguisée en chien… Harry – qui se faisait appeler à l’époque Prince Haz –, plutôt intrigué, entra alors en contact téléphonique avec l’actrice, et tous deux commencèrent à échanger des textos qu’ils n’hésitent pas à déballer pour la première fois. Ils finirent par se donner rendez-vous un soir dans un pub de Londres, où l’héritier du trône se distingua avec trente minutes de retard – Meghan a failli laisser tomber.

Pour le reste, c’est du réchauffé : l’enfance du prince aux côtés de Diana, mère et modèle, celle de Meghan, première de la classe et déjà l’âme d’une combattante, leurs blessures d’enfants de divorcés qui les ont rapprochés, les problèmes de Meghan avec sa demi-sœur ou encore avec son père Thomas, qui l’a trahie la veille de son mariage en acceptant une séance photo montée avec la presse. « J’étais sidéré que Tom prenne part à tout ce cirque et qu’il en tirerait profit, confie Doria, la mère de la duchesse de Sussex, dans une rare interview qui apporte un peu de fraîcheur au documentaire. En tant que parent, on ne fait pas ça, non. Ce n’est pas ça, être parent. »

«Question de race »

Avec en toile de fond toujours le même ennemi : la presse populaire, les tabloïds et leur armée de paparazzis qui tombent sur Meghan comme un nuage de criquets, la suivant comme une ombre, disséquant ses origines, pointant du doigt son métissage, ses erreurs de protocole… « En vérité, peu importe les efforts que je faisais, explique l’ex-actrice dans le documentaire. Quel que soit ce que je faisais, ils trouvaient toujours un moyen de me détruire. » Harry la croit parfaite pour le rôle, mais il comprend vite que le conte de fées tourne au cauchemar, avec une famille royale plutôt indifférente. « Certains membres de la famille disaient : “Ma femme a dû traverser ça. Pourquoi ce serait différent pour ta copine ? Pourquoi mériterait-elle un autre sort ? Pourquoi serait-elle protégée ?” La différence, c’est la question de la race », juge le prince Harry.

Si les Sussex évitent d’évoquer à nouveau un éventuel racisme chez les Windsor, le documentaire met en revanche en avant le long passé colonial de l’Angleterre et explique comment Meghan représentait un symbole très clivant pour une presse présentée comme blanche et conservatrice… Un argument douteux quand on voit l’enthousiasme soulevé par l’arrivée de l’actrice dans la famille royale et les unes souvent bienveillantes qui ont accompagné les fiançailles du couple… C’est surtout après, quand les Sussex commenceront à faire cavalier seul, que la presse basculera d’un seul bloc contre eux, les présentant comme les vilains petits canards de la couronne, jugeant Harry sous l’influence de l’ambitieuse Meghan.

Finalement, il reste ces images inédites intimes des Sussex, les seules exclusivités du documentaire, à Vancouver ou à Montecito, où on découvre un beau portrait de Diana, diadème sur la tête, accroché au mur. Meghan en Afrique, Meghan à la neige, Meghan à l’ONU, en mère attentionnée avec ses enfants Archie et Lili Diana, ou encore Meghan qui coupe des roses dans son jardin, qui essaye des robes de prix ou admire les somptueux couchers de soleil au-dessus du Pacifique. Les Sussex ont-ils vraiment un conseiller en com pour leur expliquer qu’il est préférable qu’ils restent discrets pour éviter d’attirer les paparazzis comme des mouches. Et puis on se souvient de ce contrat à 100 millions signé pour Netflix pour plusieurs documentaires et on se dit qu’au royaume des nantis la vie est parfois bien compliquée…

Par Le Point avec AFP

France: Décès de Mylène Demongeot, figure du cinéma populaire, de « Fantômas » à « Camping »

décembre 1, 2022
Deces de Mylene Demongeot, figure du cinema populaire, de "Fantomas" a "Camping"
Décès de Mylène Demongeot, figure du cinéma populaire, de « Fantômas » à « Camping »© AFP/Archives/Martin BUREAU

De la trilogie « Fantômas » dans les années 1960 à celle de « Camping » un demi-siècle plus tard, chaque génération gardera un souvenir de Mylène Demongeot, actrice appréciée du public et disparue jeudi après 70 ans de carrière.

L’actrice, qui ne s’est pas cantonnée au cinéma populaire qui l’a rendu célèbre, aura tourné au total près de 70 films, aussi bien avec Jean Marais ou Yves Montand que Roger Moore. Elle est décédée jeudi, dans un hôpital parisien, à l’âge de 87 ans.

Chevelure blonde, visage souriant, Mylène Demongeot, qui a aussi tenu des rôles au théâtre et à la télévision, fut souvent comparée à Brigitte Bardot, avec laquelle elle partageait un même amour des animaux et de l’environnement, et dont elle fut même présentée comme la rivale.

Figure populaire, elle fut demandée jusqu’au bout, tenant encore un rôle dans « Maison de retraite », une comédie avec Kev Adams et Gérard Depardieu, l’un des rares films français à dépasser les deux millions d’entrées en 2022.

Née à Nice le 29 septembre 1935, d’un père italien et d’une mère ukrainienne, Mylène Demongeot (de son vrai nom Marie-Hélène) commence à 7 ans des études de piano qu’elle suit assidûment à Paris, avec ses maîtres Yves Nat et Marguerite Long. Mais à l’âge de 15 ans, elle renonce à devenir concertiste et suit des cours d’art dramatique.

Parallèlement à ses premiers petits rôles au cinéma à partir de 1953, elle pose pour des photos publicitaires et tombe amoureuse du photographe Henri Coste, qu’elle épouse en 1958. L’un de ces clichés lui vaudra d’être remarquée par Raymond Rouleau qui lui confie le rôle d’Abigail dans l’adaptation des « Sorcières de Salem » (1957).

Grand retour en 2004

Elle enchaîne l’année suivante avec « Bonjour tristesse » d’Otto Preminger, « Sois belle et tais-toi » de Marc Allégret. Elle part en Italie où elle devient très populaire avec un péplum, « La Bataille de Marathon » puis avec « Les Garçons » de Mauro Bolognini, auprès de Laurent Terzieff.

Dans les années 1960, elle devient Milady de Winter dans « Les trois mousquetaires » de Bernard Borderie, mais aussi la reporter photographe Hélène dans la série des « Fantômas » d’André Hunebelle, tournée avec Jean Marais et Louis de Funès.

Elle a comme partenaires quelques-uns des acteurs les plus réputés de leur génération: Curd Jürgens, David Niven, Dirk Bogarde, Sami Frey…

A la fin des années 60, elle rencontre l’amour de sa vie, le réalisateur Marc Simenon, fils de l’écrivain Georges Simenon, qu’elle épousera en 1968. Pour lui, elle met sa carrière en arrière-plan et le seconde dans ses productions. Leur amour résistera à la « maladie alcoolique » de Marc et seule sa mort accidentelle, en 1999, les séparera.

En 2004, elle fait son grand retour au cinéma avec le film « 36 quai des Orfèvres » d’Olivier Marchal, qui lui vaut une nomination aux Césars 2005 et donne un nouveau souffle à sa carrière.

Elle retourne alors aux films populaires, comme la trilogie « Camping », mais aussi au cinéma d’auteur, où elle est notamment remarquée pour son interprétation de Thérèse dans « Les Toits de Paris » d’Hiner Saleem (2007).

« Mylène Demongeot était une actrice engagée, sensible, notamment à la défense de la cause animale et environnementale et au droit de mourir dans la dignité », soulignent ses proches dans le communiqué annonçant son décès.

Elle a écrit plusieurs livres, comme « Les animaux de ma vie », « Mes monstres sacrés » et « Très chers escrocs », en 2019, racontant ses déboires financiers avec un banquier, coupable d’escroquerie contre de célèbres clients.

Par Le Point avec AFP

Festival soul power Kongo : le film documentaire « Aimée wa bolingo » lance les activités

novembre 18, 2022

Réalisé par Sylvie Mavoungou Bayonne, directrice du Festival soul power Kongo, le film documentaire « Aimée wa bolingo » a ouvert, le 17 novembre à Canal Olympia Mpita, à Pointe-Noire, la huitième édition.  

Aimée Gnali Mambou / DR

Le film documentaire de 40 mn brosse le portrait d’Aimée Gnali Mambou, femme de culture, militante engagée dont la carrière est tout aussi liée à l’histoire du Congo d’avant et après indépendance. Sans détour ni langue de bois, elle s’exprime sur sa vie, sa carrière et donne son appréciation sur la vie socio-politique du moment. 

Selon Sylvie Mavoungou Bayonne, la réalisatrice, les entretiens avec Aimée Gnali Mambou ont toujours été enrichissants car ponctués de nouvelles connaissances et de précieux enseignements. C’est ainsi qu’elle a voulu partager ces moments uniques avec le public en réalisant cette conversation qui explore presque tous les domaines de la vie d’une des icônes de la culture congolaise : l’enfance, l’adolescence, son engagement, la politique, l’éducation, la musique …, autant de thèmes explorés lors de cet entretien. 

A la fin de la projection, un échange a été organisé d’un côté avec le public et, del’autre, entre Sylvie Mavoungou Bayonne et Aimée Gnali Mambou. Un partage qui a permis d’éclairer la lanterne de plusieurs personnes sur ce qu’est réellement cette femme atypique qui refusa d’intégrer le gouvernement de l’époque et devenir la première femme ministre au Congo. En 40 mn, la tâche était quasiment impossible de cerner toutes les facettes de la vie de cette femme que les autres compatriotes pourront explorer éventuellement à l’avenir, a suggéré la réalisatrice. 

Première bachelière du Congo dans les années 1950, Aimée Gnali Mambou obtient une bourse d’études qui lui permet de s’inscrire à la Sorbonne pour étudier les lettres. Elle milite à cette époque à la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France où elle va rencontrer Lazare Matsocota, brillant intellectuel, qui sera plus tard son modèle dans l’engagement politique.  Enseignante au Lycée Victor- Augagneur et à l’Université de Brazzaville, elle va ensuite poursuivre sa carrrière professionnelle à l’Unesco, à Paris, l’institution onusienne qu’elle quittera seulement à la retraite et rentrer définitivement au Congo, au lendemain des événements de 1997. Nommée ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme, elle assumera ses fonctions jusqu’à sa démission du gouvernement en 2002. Femme militante, elle fut aussi secrétaire générale du Parti pour l’alternance politique . Elle est cofondatrice, avec le Pr Delphin Louembé et Servet Biyoko, de l’Institut supérieur de technologie le Littoral, à Pointe-Noire. 

Aimée Gnali Mambou est auteure des ouvrages « Beto na beto le poids de la tribu », publié chez Gallimard et  » L’or des femmes » qui est une revisitation de la tradition vili avec le Tchikumbi.

Le Festival soul power Kongo se poursuit avec le concert sur les musiques traditionnelles du Nord au Sud du pays, le 18 novembre, avant celui des musiques de la diaspora africaine de Pointe-Noire prévu le 19 novembre à Canal Olympia Mpita. La présentation de l’ouvrage « Histoire et usages du nom Kongo » de Joseph Zidi et les ateliers de ngomvi ont également lieu en marge des spectacles.  

Avec Adiac-Congo par Hervé Brice Mampouya

Une actrice iranienne célèbre promet de rester dans son pays

novembre 6, 2022
Une actrice iranienne celebre promet de rester dans son pays
Une actrice iranienne célèbre promet de rester dans son pays© AFP/Julie SEBADELHA

L’une des actrices iraniennes les plus connues a apporté dimanche son soutien au mouvement de contestation qui secoue l’Iran, promettant de rester dans son pays et de « payer le prix » qu’il faudra pour défendre ses droits.

Taraneh Alidoosti, connue à l’étranger pour avoir joué dans les films du réalisateur Asghar Farhadi, a annoncé son intention d’arrêter de travailler pour soutenir les familles des personnes tuées ou arrêtées lors de la répression.

« Je suis quelqu’un qui reste ici et qui n’a pas l’intention de partir », a déclaré l’actrice âgée de 38 ans dans un message sur Instagram, alors que des milliers de personnes, dont des personnalités du monde de la culture, ont été arrêtées dans la répression des manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini le 16 septembre.

Elle a assuré ne pas détenir d’autre passeport que son passeport iranien, et ne posséder aucune résidence à l’étranger.

« Je resterai, j’arrêterai de travailler. Je resterai aux côtés des familles des prisonniers et des personnes tuées. Je serai leur avocate », a-t-elle expliqué.

« Je me battrai pour ma patrie. Je paierai le prix qu’il faudra pour défendre mes droits et, le plus important, je crois dans ce que nous construisons ensemble aujourd’hui, » a-t-elle ajouté.

Son message était accompagné d’un hashtag reprenant le cri de ralliement des manifestants, « Femme. Vie. Liberté ».

Taraneh Alidoosti est connue comme une ardente militante des droits des femmes et des droits humains en Iran. Lors d’un précédent mouvement de contestation dans le pays en 2019, elle avait déclaré que les Iraniens étaient « des millions de prisonniers ».

Son rôle le plus célèbre est celui qu’elle a interprété dans le film d’Asghar Farhadi « Le client », Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2017.

Figure du cinéma iranien depuis son adolescence, elle a aussi joué dans le film de Saeed Roustayi « Leila et ses frères », présenté cette année au Festival de Cannes.

Plusieurs personnalités du cinéma iranien ont été inquiétées par les autorités avant même l’actuelle vague de contestation, comme les réalisateurs Mohammad Rasoulof et Jafar Panahi, arrêtés cette année et toujours en détention.

Par Le Point avec AFP

Barack Obama reçoit un Emmy pour son documentaire Netflix

septembre 4, 2022

L’ancien président américain Barack Obama a reçu l’Emmy du meilleur narrateur pour son documentaire Netflix, dans le cadre de son contrat de producteur.

Barack et Michelle Obama ont cree une societe de production, qui a signe un contrat de plusieurs millions de dollars avec Netflix
Barack et Michelle Obama ont créé une société de production, qui a signé un contrat de plusieurs millions de dollars avec Netflix© ARTURO HOLMES / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Barack Obama a reçu le prix de meilleur narrateur pour sa série documentaire Netflix Nos grands parcs nationaux. L’Académie américaine de la télévision a annoncé samedi 3 septembre que l’ex-président américain était l’heureux lauréat d’un Emmy, bien que la cérémonie officielle de remise des prix n’aura lieu que le 13 septembre. La distinction de meilleur narrateur est considérée comme « mineure » et est annoncée avant (avec d’autres distinctions « mineures »).

Ce n’est pas la première fois qu’un ancien président des États-Unis reçoit un Emmy. Dwight D. Eisenhower en avait eu un en 1956. Mais dans son cas, il s’agissait d’un prix honorifique.

Après avoir quitté leurs fonctions en 2017, Barack Obama et sa femme Michelle ont chacun écrit des mémoires à succès et, en plus de leur fondation à but non lucratif, ont créé une société de production qui a signé un contrat avec Netflix d’une valeur estimée à des dizaines de millions de dollars.

Le premier documentaire de leur société, American Factory, a remporté l’oscar du meilleur long-métrage documentaire et un Emmy pour la réalisation, mais les prix ont été décernés aux cinéastes et non aux Obama eux-mêmes.

Donald Trump nominé à deux reprises pour The Apprentice

Le successeur de Barack Obama à la présidence, Donald Trump, n’a pas remporté d’Emmy pour son émission de télé-réalité The Apprentice, même s’il a été nominé deux fois.

Parmi les autres nominés dans la catégorie narrateur figurent l’ancienne star de la NBA Kareem Abdul-Jabbar (Black Patriots: Heroes Of The Civil War), l’actrice oscarisée Lupita Nyong’o (Serengeti II) et le naturaliste vétéran David Attenborough (The Mating Game).

L’ancien président américain (2009-2017) a également déjà remporté deux Grammy Awards, pour les versions audios de ses mémoires, The Audacity of Hope et Dreams from my Father.

Parmi ses distinctions, Barack Obama avait par ailleurs reçu le prix Nobel de la paix après sa victoire à l’élection présidentielle de 2008, pour ses « efforts extraordinaires pour renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples ».

Par Le Point avec AFP

L’acteur français Jean-Louis Trintignant s’est éteint à 91 ans

juin 17, 2022
Un homme porte une veste noire et une chemise blanche.

Jean-Louis Trintignant au festival de Cannes en 2017 Photo : Getty Images/Pascale Le Segretain

Figure incontournable du cinéma et du théâtre français, l’acteur Jean-Louis Trintignant est décédé vendredi à l’âge de 91 ans, a annoncé à l’AFP son épouse Marianne Hoepfner Trintignant par l’intermédiaire d’un communiqué transmis par son agent.

Il est mort paisiblement, de vieillesse, ce matin, chez lui, dans le Gard, entouré de ses proches, a précisé son épouse.

En près de 70 ans de carrière, il a notamment joué dans Et Dieu… créa la femme, avec Brigitte Bardot en 1956, et dans dans Amour, un film réalisé par Michael Haneke en 2012 et lauréat de nombreux prix. 

Sa vie personnelle a été marquée par un drame : la mort de sa fille Marie Trintignant, tuée en 2003 par son conjoint Bertrand Cantat, du groupe de musique Noir Désir.

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse

Procès Depp-Heard : le verdict de TikTok

mai 27, 2022

Le procès opposant les acteurs Johnny Depp et Amber Heard qui tire à sa fin a abondamment été commenté sur les réseaux sociaux depuis six semaines. Un déluge de vidéos satiriques contre l’actrice cumule des millions de vues, en particulier sur TikTok.

Amber Heard, debout, à gauche de l'image. On voit à l'avant-plan, à droite, Johnny Depp.

L’actrice Amber Heard au procès pour diffamation intenté par son ex-mari Johnny Depp. Photo: AFP/Jim Lo Scalzo

Le procès en diffamation de Johnny Depp contre Amber Heard tire à sa fin; il ne manque plus que le verdict des jurés. Mais le tribunal des réseaux sociaux, lui, a déjà tranché. Depuis maintenant six semaines, les images du procès sont décortiquées quotidiennement et la vaste majorité des publications sont en appui à l’acteur de 58 ans.

TikTok a été le réseau social de prédilection pour les fans qui suivaient le procès de près, avec des milliards de vues sur des montages vidéo des images du tribunal. Les témoignages d’Amber Heard sont coupés et remontés, avec l’ajout d’effets sonores et de musique dans le but de la ridiculiser. On se moque de ses mimiques et de son jeu d’actrice. À l’opposé, on met de l’avant l’humour de Johnny Depp lors du procès.

Ce parti pris se ressent aussi dans les mots clés utilisés. #JusticepourJohnnyDepp récolte pas moins de 17 milliards de vues sur la plateforme, soit bien plus que les 53 millions obtenus pour #Justiceforamberheard. L’actrice doit aussi composer avec les 658 millions de vues récoltés pour #Amberheardisguilty, qui ne laisse planer aucun doute sur le peu de crédibilité dont elle dispose auprès de cet auditoire.

Johnny Depp poursuit en diffamation son ex-femme, l’actrice Amber Heard, avec qui il a été marié entre 2015 et 2016, pour une tribune qu’elle a publiée en 2018 dans le Washington Post. Elle y affirmait être devenue une figure publique des violences conjugales, sans toutefois mentionner le nom de Depp. Ce dernier nie fermement les allégations de son ancienne conjointe.

D’après Callum Hood, responsable de la recherche au Center for Countering Digital Hate(Nouvelle fenêtre), ONG qui lutte contre la désinformation en ligne, il est cependant difficile de distinguer le vrai du faux sur TikTok. Sur la plateforme, de très courts extraits du procès sont retenus et présentés avec un gros parti prisexplique-t-il en entrevue à CNN(Nouvelle fenêtre).

Le contenu sur TikTok, plus que sur toute autre plateforme, ajoute-t-il, est sans contexte. Nous avons tendance à en savoir moins sur le compte derrière la publication, le moment où cela a été publié, la provenance du matériel, les motivations de la personne. […] C’est vraiment difficile, avec les informations dont vous disposez dans l’application, de comprendre le contexte et d’évaluer si c’est vrai ou faux.

L’appui à Depp favorisé par les algorithmes?

La viralité du procès est en fait nourrie par les plateformes elles-mêmes, selon Simon Thibault, professeur au Département de science politique de l’Université de Montréal et spécialiste de la désinformation et de la manipulation en ligne. Les algorithmes vont chercher à nous alimenter en contenu de plus en plus spectaculaire, voire incendiaire, pour maintenir notre attention, souligne-t-il.

« Il y a de la satire, avec des mèmes, des montages vidéo et audio qui se moquent des acteurs du procès. Il y aussi beaucoup de commentaires virulents corrosifs, en particulier à l’égard d’Amber Heard. Ce sont des manifestations qui contribuent à orienter le débat en ligne entourant ce procès-là. »— Une citation de  Simon Thibault, professeur au Département de science politique de l’Université de Montréal

D’après Simon Thibault, il ne faut pas non plus minimiser les prises de position de personnalités très influentes au sujet du procès, comme Joe Rogan, animateur du balado The Joe Rogan Experience, l’un des plus populaires sur Spotify.

Il a eu des propos très durs à l’égard d’Amber Heard, explique-t-il. Et ce genre d’intervention là, ça peut contribuer à libérer la parole de certains de ses auditeurs qui vont se permettre ensuite, par émulation, de tenir des propos encore plus virulents sur les réseaux.

Des faux comptes utilisés

Un tel soutien envers Johnny Depp pourrait-il s’expliquer par l’utilisation de comptes automatisés, aussi appelés bots, des campagnes coordonnées en faveur de l’acteur?

L’équipe de Amber Heard y faisait référence en 2019, lorsque l’actrice déposait sa poursuite à la suite de la plainte en diffamation de Johnny Depp contre l’actrice. Il est notamment allégué dans des documents de cour : Dans le cadre de sa campagne de diffamation en cours, M. Depp et/ou ses agents agissant en son nom ont dirigé des comptes de médias sociaux authentiques et non authentiques, et/ou des bots contrôlés par des non-humains, pour cibler Mme Heard sur le compte Twitter et tenter d’interférer avec sa [carrière].

Mais une firme israélienne(Nouvelle fenêtre), spécialisée dans la détection de fausses informations et de faux comptes en ligne, vient en partie déconstruire cet argument. L’entreprise Cyabra a passé au crible les comptes impliqués qui participent aux échanges en ligne dans le cadre de ce procès.

Selon les données récoltées(Nouvelle fenêtre) fin avril, 11 % des 2300 comptes Twitter analysés seraient inauthentiques. Cependant, la majorité de ces faux comptes seraient en soutien à Amber Heard et non à Johnny Depp, selon le PDG de Cyabra Dan Brahmy, dans une entrevue accordée à Fox News Digital(Nouvelle fenêtre)

Pour l’expliquer, le professeur Simon Thibault fait référence à stan culture, contraction entre stalker (harceleur) et fan.

Ces données montrent qu’il y aurait des faux comptes associés à chaque camp, mais que ça serait plus du côté Amber Heard, remarque-t-il. C’est peut-être une illustration de la popularité de Johnny Depp qui, manifestement, a un groupe d’admirateurs prêts à aller très loin pour manifester leur appui et à le faire en ligne de façon très disgracieuse, voire haineuse.

Avec Radio-Canada par Aude Garachon

Cannes 2022 : décès de l’acteur Ahmed Benaissa, « monument » culturel en Algérie

mai 22, 2022

L’acteur et metteur en scène Ahmed Benaissa, considéré comme une grande figure du théâtre et du cinéma algérien, était à l’affiche du film « Goutte d’Or ».

Ahmed Benaïssa lors d’une répétition de la pièce « Meursault » , le 20 juillet 2015 à Avignon. © AFP ARCHIVES

Dans un message à la famille du défunt publié le 20 mai sur Facebook, la ministre de la Culture et des Arts, Soraya Mouloudji, a regretté la perte d’un « monument » de la culture algérienne qui laissera « une empreinte indélébile dans le monde du cinéma et du théâtre algérien ».

Il est décédé vendredi à Cannes, avant la projection du film « Goutte d’or » de Clément Cogitore, dans le cadre de la semaine de la critique. « Foudroyé par un malaise », il sera rapatrié et inhumé en Algérie, selon son fils, a indiqué l’agence officielle algérienne APS.

Le célèbre écrivain algérien Kamel Daoud lui a rendu un hommage appuyé sur Twitter : « Une belle âme, un grand acteur, un homme sans haine et au talent immense », en soulignant qu’Ahmed Benaissa participait au « tournage du film Meursault contre enquête (inspiré du roman éponyme de M. Daoud, ndlr) pour l’un des deux rôles principaux ».

Riche carrière

Né en 1944 à Alger, Ahmed Benaïssa a eu une des carrières les plus riches du théâtre et du cinéma algériens, collaborant avec de nombreux réalisateurs comme Merzak Allouache ou encore Rachid Bouchareb. Comédien reconnu pour son talent exceptionnel, il avait mené de nombreux projets sur les planches du théâtre à Alger et à Oran.

Ahmed Benaissa avait dirigé le théâtre régional de Sidi Bel Abbes, non loin d’Oran, pendant la décennie noire qu’a subie le pays entre 1992 et 2002.

Par Jeune Afrique avec AFP

Ousmane Sembène, cet inoubliable monstre sacré du 7e art africain

mai 19, 2022

SOUVENIR. Quinze ans après sa disparition, l’œuvre cinématographique et littéraire de Sembène Ousmane garde toute sa force faite d’authenticité et de réalisme.

Sembene Ousmane en 2002. L'oeuvre du cineaste et ecrivain continue de baigner des generations d'Africains dans des problematiques essentielles au continent.
Sembène Ousmane en 2002. L’oeuvre du cinéaste et écrivain continue de baigner des générations d’Africains dans des problématiques essentielles au continent.© Archives du 7e Art / Photo12

Le 9 juin 2007, l’étoile d’Ousmane Sembène s’éteignait à Dakar. Homme révolté et artiste engagé, il n’a eu de cesse, à travers son œuvre, de dénoncer les injustices sociales et les travers humains qui gangrènent les sociétés africaines. Ce cinéaste – et écrivain – autodidacte, internationalement reconnu, dont les combats sont d’une étonnante actualité, demeure sans conteste à ce jour l’un des maîtres du septième art du et sur le continent africain. Rien d’étonnant alors que dix ans après sa disparition, son talent et son engagement soient célébrés à la fois au Sénégal, son pays d’origine, mais aussi dans de nombreux autres pays africains.

De l’enfance à la guerre

De son vivant, Sembène Ousmane était considéré en Afrique comme l’un des écrivains les plus importants, mais aussi comme le plus grand des cinéastes. Il écrivait et filmait la rage au ventre. Une rage puisée dans une vie marquée par les blessures. Moins personnelles que collectives. De celles qui forgent les consciences et font naître les œuvres intemporelles.

Ousmane Sembène naît le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, en Casamance au sud du Sénégal, dans une famille léboue où les hommes sont pêcheurs de père en fils. Rien ne prédestinait alors le jeune Ousmane à devenir « Monsieur Sembène ». D’abord à l’école coranique puis à l’école française qu’il fréquente dès son plus jeune âge, il développe le goût des langues et des mots. Il étrenne également un tempérament frondeur, qui préfigure l’homme révolté qui sommeille en lui. À 13 ans à peine, il est renvoyé de l’école pour avoir giflé son professeur qui voulait l’obliger à apprendre le corse. À 15 ans, il rejoint Dakar alors capitale de l’Afrique occidentale française, Saint-Louis étant alors la capitale du Sénégal.

Ousmane Sembène dans les années 70-80. ©  DR
Rien ne prédestinait Sembène Ousmane à être le grand cinéaste et écrivain qu’il est devenu, lui, le natif de Ziguinchor dans une famille de Lébous, pêcheurs de père en fils.© DR

C’est un premier tournant dans sa vie, qui va en connaître un second, en 1942. En ces temps des colonies, l’Afrique aussi vit sa guerre mondiale à côté des puissances impériales, la France et la Grande-Bretagne, en difficulté face aux troupes de l’Axe. Alors que dans l’Europe lointaine et inconnue, le conflit fait rage, le jeune Ousmane est mobilisé au sein de l’armée coloniale. Il intègre l’un des bataillons de Tirailleurs sénégalais et participe à la guerre au Niger, au Tchad, en Afrique du Nord et en Allemagne. Un moment décisif, car c’est dans la plaie de cette expérience extrême qu’Ousmane Sembène puisera, plus tard, une partie de son inspiration pour nourrir une œuvre naturaliste, à la Balzac ou à la Zola. Une sorte de néo-réalisme africain.

Après l’Europe de la guerre, celle du travail

1948 marque un autre tournant pour cet artiste qui s’ignore encore. Rentré à Dakar à la fin de la guerre, il repart aussitôt en Europe. Il y restera douze ans. Embarqué clandestinement pour la France, il a pris la direction de Paris où il travaille comme maçon et mécanicien dans les usines Citroën ; ce sera Marseille après où il sera embauché comme docker sur le port. Ce sont des années de dur labeur. L’occasion pour lui, surtout, de se forger une conscience sur sa condition d’Africain, de noir et d’ouvrier. De quoi côtoyer des idéologies qui apparaissent à l’époque comme de résistance, résistance de classe, résistance syndicale. C’est ainsi qu’il adhère à la CGT et au Parti communiste français dans ces années 50 où les mouvements d’émancipation africains sont en pleine ébullition. Sa conscience sociale et politique s’aiguisant, le voilà qui milite contre la guerre en Indochine, pour l’indépendance de l’Algérie aussi. Quand en 1960 le Sénégal devient indépendant, c’est l’heure pour Ousmane Sembène de rentrer enfin chez lui, en Afrique. C’est le début d’une nouvelle vie où ont bourgeonné les leçons des expériences passées.

L’artiste engagé éclôt derrière l’homme

Une autre vie donc qui, en réalité, a commencé quelques années plus tôt. Sembène ressent en effet depuis longtemps la nécessité de se « raconter » afin de dénoncer des injustices dont il a été la victime – parfois –, le témoin privilégié – souvent.

En 1956, il publie son premier roman, Le Docker noir, une histoire inspirée de sa vie de prolétaire sur le port de Marseille. Une critique poignante de la condition ouvrière et des préjugés raciaux. Prolixe, il publie en 1957 Ô pays, mon beau peuple, devenu unclassique de la littérature africaine. Ousmane Sembène y relate le combat d’un homme seul, Oumar Faye, jeune Casamançais marié à une Européenne, qui lutte lui aussi, mais en Afrique cette fois-ci, contre les préjugés raciaux. Une peinture sociologique d’une vérité rare… et toujours d’actualité.

Ousmane Sembène et la couverture de son livre "Les bouts de bois de Dieu". ©  DR
Toute l’œuvre de Sembène Ousmane est engagée. Ce qui ne lui a pas toujours facilité la cohabitation avec les autorités de son pays, le Sénégal, et de son premier président, Léopold Sédar Senghor.© DR

En 1960, c’est au tour des Bouts de bois de Dieu d’être publié. Le roman raconte la grève en 1947 des cheminots africains de la ligne de chemin de fer Dakar-Niger, une ligne qui relie Dakar à Bamako. Leur objectif : accéder aux mêmes droits que leurs collègues français. Suivront un peu plus tard Voltaïque (nouvelles, 1961), L’Harmattan (roman, 1963), Le Mandat (récit, 1964), Xala (récit, 1973), Le Dernier de l’Empire (roman, 1981), Niiwam et Taaw (nouvelles, 1987).

Au total, l’œuvre littéraire d’Ousmane Sembène, humaniste et engagée, qui valorise l’histoire et la psychologie des personnages, est riche d’une dizaine de romans et d’essais dans lesquels Boniface Mongo-Mboussa, l’écrivain et critique littéraire congolais, décèle, au-delà d’une « écriture apparemment simpliste et manichéenne, une volonté de toujours donner à voir la complexité du réel, avec une lucidité et une intransigeance qui font souvent défaut aux écrivains africains contemporains ».

La naissance de Sembène, le cinéaste

Retour en 1960. Le cortège des indépendances africaines s’est ébranlé. Ousmane Sembène est rentré sur sa terre natale, à l’instar de nombre d’intellectuels africains qui entendent participer à la construction de leurs jeunes nations. Certains ne tarderont pas à déchanter. En attendant, Sembène parcourt le continent, de l’ouest au centre. C’est alors qu’une petite musique se met à trotter dans sa tête. Une musique faite d’images animées. Celles du cinéma. Voilà sa vocation. Ousmane Sembène sera cinéaste. Depuis ce jour, même s’il ne cessera jamais d’être écrivain, le septième art sera pour lui une obsession. Non pour lui-même – l’art pour l’art –, mais pour dénoncer – les injustices sociales et les travers humains – et donner à voir une autre image de l’Afrique, au-delà des clichés. Une Afrique paradoxale, en pleine mutation, tiraillée entre traditions et modernité. De quoi pour l’homme d’expérience qu’il est faire rimer talent artistique et engagement social et politique. Donc à près de 40 ans, sur le tard, Ousmane Sembène se lance dans la carrière – cinématographique. Dans une Afrique encore largement analphabétisée, il est convaincu que le cinéma, plus que la littérature qu’il chérit tant, lui permettra de toucher un public plus large. Il excellera dans la peinture d’un continent africain, transfiguré et révolté.

Une bourse et des films marquants

En 1962, cet autodidacte décroche une bourse pour étudier le cinéma aux studios Gorki à Moscou, en URSS. Quelques années et quelques courts métrages plus tard, il réalise en 1966 son premier long-métrage – le premier aussi à être réalisé par un cinéaste d’Afrique noire. La Noire de…, c’est son titre, raconte l’histoire émouvante d’une jeune nourrice sénégalaise qui quitte son pays et sa famille pour venir en France, à Antibes, travailler chez un couple. Celui-ci l’humiliera et la traitera en esclave, la poussant finalement au suicide.

Pour Ousmane Sembène, ce coup d’essai est un coup de maître, couronné par le Prix Jean Vigo. Suivront d’autres chefs-d’œuvre, tels que Le Mandat en 1968, une comédie qui croque avec une ironie mordante les travers de la nouvelle classe bourgeoise postcoloniale qui émerge au Sénégal au sortir de l’indépendance (Prix de la critique internationale au Festival de Venise).

Une scène du film "Ceddo" avec Tabata Ndiaye.  ©  Archives du 7e Art / Photo12
Images du film Ceddo de Sembène Ousmane. Avant Ceddo, Sembène Ousmane avait ouvert la voie des cinéastes africains avec des oeuvres remarquées comme La Noire de…, Le Mandat, etc.© Archives du 7e Art / Photo12

En 1979, Ousmane Sembène fait l’expérience de la censure. Dans son film Ceddo, il relate la révolte, à la fin du XVIIe siècle, de guerriers traditionnels (les Ceddos) aux convictions animistes qui refusent de se convertir aux religions monothéistes. Ousmane Sembène y pourfend le rôle de l’islam et du catholicisme dans le délitement des structures sociales traditionnelles avec la complicité de certaines élites locales. L’œuvre est frappée d’une interdiction de diffusion au Sénégal. Le président-normalien Léopold Sédar Senghor justifie cette décision par… une faute d’orthographe. Le terme « ceddo » s’écrirait, selon lui, avec un seul « d ». En réalité, le pouvoir sénégalais ne souhaite pas se mettre à dos les autorités religieuses du pays.

Censuré également, mais en France et de fait cette fois-ci, un autre de ses grands chefs d’œuvre, le magistral Camp de Thiaroye. Une dénonciation d’un des épisodes les plus sombres de l’armée coloniale française en Afrique : le massacre de Tirailleurs sénégalais par des gradés français le 1er décembre 1944 dans le camp militaire de Thiaroye, à la périphérie de Dakar. Un vibrant hommage à ces Africains « morts pour la France libre ». Le film, Grand Prix du Jury à Venise en 1988, ne sera finalement diffusé en France que bien des années plus tard.

En 2000, Ousmane Sembène s’attaque à la réalisation d’un triptyque sur l’héroïsme au quotidien. Les deux premiers opus sont une ode à la femme africaine, dont l’artiste dénonce la condition. Dans Faat Kiné (2000), il brosse le portrait croisé de trois générations de femmes qui luttent pour gagner leur autonomie et leur liberté. Dans Moolaadé (2004), il évoque le conflit de valeurs entre le droit à la protection et la « salindé », la pratique traditionnelle de l’excision. Quatre fillettes, qui fuient pour échapper à cette coutume, trouvent refuge auprès d’une femme qui leur offre l’hospitalité (le moolaadé) malgré les pressions conjointes du village et de son mari. Un long métrage sanctionné par une pluie de récompenses (Prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine, Prix « Un certain regard » à Cannes, prix spécial du jury au festival international de Marrakech, etc., le tout en 2004). Il n’aura pas eu le temps de finir le troisième tableau.

L'affiche du film "Mooladé" en 2004. ©  Archives du 7e Art / Photo12
Affiche de Moolaadé de Sembène Ousmane. À l’image de ses précédents films, cet opus  plonge dans des univers que les Africains peuvent reconnaître.© Archives du 7e Art / Photo12

Au final, l’œuvre cinématographique d’Ousmane Sembène, forte d’une quinzaine de films, s’est inscrit dans le prolongement de son œuvre littéraire dont elle est en partie l’écho. L’artiste y a dénoncé, avec la même verve, les conflits entre dominants et dominés (blancs-noirs, bourgeois-prolétaires, hommes-femmes) et a invité à une inlassable quête d’émancipation, pour les peuples comme pour les individus.

Un cinéaste, un promoteur du 7e art

Militant, Sembène l’est aussi quand il s’agit de promouvoir l’art cinématographique en Afrique. Tout au long de sa longue carrière, il prendra une part très active dans la promotion du Fespaco, le célèbre festival de cinéma africain. En remerciement, une avenue porte désormais son nom à Ouagadougou au Burkina Faso, où le festival se déroule chaque année. Sembène se rendra aussi régulièrement de village en village, de pays en pays, parcourant l’Afrique, pour montrer ses films et engager le débat avec les populations. En 2006, au crépuscule de sa vie, il reçoit les insignes d’officier dans l’ordre de la Légion d’honneur de la République française.

Le réalisateur Ousmane Sembène, 82 ans, pose le 18 février 2005 dans son bureau à Dakar.  ©  SEYLLOU / AFP

Une reconnaissance honorifique, mais hautement symbolique, qui vient consacrer le talent de l’artiste, mais aussi la bravoure du Tirailleur sénégalais.

Malgré les années, une source d’inspiration

Le 9 juin 2007, Ousmane Sembène s’est éteint à l’âge de 84 ans à son domicile de Yoff à Dakar. Clap de fin sur une vie d’une rare épaisseur. L’artiste laisse derrière lui une œuvre puissante, engagée, d’une étonnante actualité. Une œuvre magistrale, à la fois très africaine et universelle, à la liberté de ton, sans commune mesure aujourd’hui. Une œuvre sombre et joyeuse à la fois. « On rit beaucoup dans les œuvres de Sembène », dit son biographe, Samba Gadjigo, professeur de littérature africaine aux États-Unis. « Et après avoir ri, on se pose des questions et on avance ». Pas de doute, quinze ans après sa mort, Ousmane Sembène garde toute sa force d’inspiration.

Avec Le Point avec AFP

France: Fin de l’aventure « Plus belle la vie » sur France 3 en novembre

mai 5, 2022
Fin de l'aventure "Plus belle la vie" sur France 3 en novembre
Fin de l’aventure « Plus belle la vie » sur France 3 en novembre© AFP/Archives/VALERY HACHE

Le couperet est tombé au Mistral: France Télévisions arrêtera en novembre la diffusion de sa série phare « Plus belle la vie », à l’écran depuis 2004 sur France 3, a-t-elle annoncé jeudi à l’AFP, invoquant l’évolution des « attentes des téléspectateurs » et de « la consommation des programmes » depuis 18 ans.

« Ce jeudi 5 mai 2022, la direction de France Télévisions a annoncé aux équipes de +Plus belle la vie+, à Marseille, que cette saison serait la dernière », a précisé le groupe public dans un communiqué. « Plus belle la vie conclura ainsi son long parcours à l’antenne en novembre 2022 », a-t-il ajouté.

« Ça y est, c’est le clap de fin. On nous a annoncé la fin de tournage fin septembre », a confirmé auprès de l’AFP Thierry Lavaille, technicien et délégué syndical Force Ouvrière, présent jeudi sur le tournage dans les studios du quartier de la Belle de Mai, près de la gare de Marseille, entièrement consacrés à « PBLV ».

L’inquiétude y régnait depuis février et les fuites dans la presse sur un arrêt potentiel de la série, dont dépendent environ 600 emplois par an et qui a contribué à redorer l’image de la cité phocéenne.

Avec plus de 4.500 épisodes au compteur, « ce feuilleton, pionnier et emblématique, est devenu la série française quotidienne la plus longue de l’histoire et une marque forte de France 3 », a salué le groupe au sujet d’un programme « transgénérationnel, ancré dans la proximité, l’authenticité et les réalités de la société française dans toute sa diversité ».

Thèmes sociétaux

Mais « un renouvellement de l’offre créative est nécessaire », estime France Télé, à l’heure du boom des plateformes de streaming et alors que trois autres feuilletons quotidiens concurrencent « Plus Belle la vie » sur TF1 et France 2.

Le groupe public s’est toutefois engagé à poursuivre « une nouvelle histoire avec Marseille et sa région » via « un nouveau pacte créatif (…) dans la prolongation du plan France 2030 », qui doit se « traduire par le tournage de nouvelles séries originales ».

« On est soulagé dans un sens car France Télévisions s’est engagé à compenser au centime près, soit 30 millions d’euros par an, le montant du tournage (…) via des mini-séries » ou téléfilms, a ajouté Thierry Lavaille, qui travaille depuis 17 ans sur la série.

Diffusée depuis août 2004, « Plus belle la vie » raconte le quotidien des habitants du quartier marseillais fictif du Mistral.

Après des débuts timides, la série est devenue un phénomène en collant à l’actualité, en rendant par exemple hommage à Johnny Hallyday au lendemain sa mort, et en s’emparant de thèmes sociétaux jusque-là rarement abordés dans la fiction tricolore.

Elle a ainsi mis en scène le premier mariage gay de la télévision française en mai 2013, onze jours après la promulgation de la loi l’autorisant, ou abordé le thème de la transidentité en 2018 en faisant jouer pour la première fois un acteur transgenre.

Marque à reprendre ?

Avec elle, le service public s’est encanaillé, suscitant parfois la polémique, à la suite d’épisodes montrant comment rouler un joint ou l’utilisation de poppers pendant un ménage à trois.

En 2019, des associations féministes lui avaient reproché de représenter la GPA (recours aux mères porteuses, illégal en France) de façon favorable.

Preuve de son succès populaire, ses audiences ont atteint près de sept millions de téléspectateurs dans les années 2000 mais se sont effritées ces dernières années, tombant à 2,7 millions en moyenne sur la saison 2021-2022, selon Médiamétrie.

Ironie du sort, la série qui a permis la percée des soaps quotidiens en France fait aussi les frais de la concurrence de ses héritières, « Ici tout commence » et « Demain nous appartient » sur TF1 et « Un Si grand soleil » sur France 2.

Mais la marque « PLBV » ne manquera pas d’intéresser « l’ensemble du marché », des plateformes au groupe TF1 -dont Newen est une filiale-, avait estimé son directeur des antennes, Xavier Gandon, le mois dernier.

En attendant, France Télé s’est engagé à « boucler dignement cette magnifique et longue histoire »

Par Le Point avec AFP