Archive for the ‘Cinéma’ Category

France: L’acteur et réalisateur Jean-François Stévenin est mort

juillet 28, 2021

Auteur de trois films cultes – « Passe-montagne », « Double messieurs » et « Mischka » –, ce comédien prolifique avait joué pour François Truffaut, Bertrand Blier et Jacques Demy. Il s’est éteint mardi à l’âge de 77 ans, a annoncé sa famille.

L’acteur et réalisateur Jean-François Stévenin, à Paris, le 17 octobre 2008.
L’acteur et réalisateur Jean-François Stévenin, à Paris, le 17 octobre 2008. MARTIN BUREAU / AFP

L’acteur Jean-François Stévenin, qui a commencé sa carrière chez Rivette et Truffaut avant de devenir un second rôle prisé du cinéma français puis un réalisateur culte en seulement trois films, est mort mardi 27 juillet à l’âge de 77 ans, a annoncé sa famille à l’Agence France-Presse. « Il est décédé à l’hôpital à Neuilly, il s’est bien battu », a affirmé son fils Sagamore Stévenin, également comédien.

Réalisateur de trois films considérés comme cultes (Passe-montagneDouble messieurs et Mischka), Jean-François Stévenin est un acteur prolifique vu dans des films aussi éclectiques que L’Argent de poche, de François Truffaut, Une chambre en ville, de Jacques Demy, ou Le Pacte des loups, de Christophe Gans.

Figure familière du cinéma français

Né dans le Jura en 1944, cet ancien étudiant à HEC, au parcours romanesque et buissonnier, découvre les plateaux de cinéma lors d’un stage à Cuba… sur la production laitière. « Je ne savais rien faire, mais j’ai appris à parler espagnol très vite et je me suis fondu dans l’équipe. Incognito », racontait-il.about:blankclose

En 1968, il devient assistant d’Alain Cavalier sur le tournage de La Chamade« Pendant dix ans, j’étais assistant, je n’avais jamais pensé à jouer. (…) Dans Out One, de Jacques Rivette, Juliet Berto avait dit : “C’est drôle, l’assistant ressemble à Brando, pourquoi il ne jouerait pas Marlon ?” La scène a été gardée au montage »se souvenait-il en 2000 pour Libération.

Son visage rond et ses yeux bleus perçants font rapidement de lui une figure familière du cinéma français.

Père de quatre enfants, tous acteurs

Dans les années 1980, il tourne sous la direction de Jean-Luc Godard (Passion), Bertrand Blier (Notre histoire) et Catherine Breillat (36 fillette). Puis viendront les films à plus grand succès comme Le Pacte des loups, où il joue avec Vincent Cassel et Samuel Le Bihan, ou encore L’Homme du train, réalisé par Patrice Leconte.

Son travail de cinéaste lui vaudra en 2018 un prix Jean-Vigo d’honneur, remis par Agnès Varda. Cette récompense distingue l’indépendance d’esprit, la qualité et l’originalité.

Ses films, où la nature est très présente, sont marqués par le cinéma de Cassavetes et, comme le cinéaste américain, il aime à filmer ses proches. Il est père de quatre enfants, tous acteurs : Sagamore, Robinson, Salomé et Pierre.

Son dernier film, Illusions perdues, de Xavier Giannoli, adapté de Balzac, doit être présenté à la rentrée au Festival de Venise.

Par Le Monde avec AFP

« Louxor », un film introspectif et mystique dans l’Égypte éternelle

juillet 21, 2021
Dans le film « Louxor », la réalisatrice britannique Zeina Durra raconte l’histoire d’une femme en quête de sens, qui revient dans cette ville et y retrouve un ancien amour.

La réalisatrice britannique Zeina Durra raconte l’histoire d’une femme en quête de sens, qui revient dans cette ville et y retrouve un ancien amour. Mais ce conte antique sonne un peu faux.

Le Nil, démesuré, s’affiche en vision panoramique. Nous sommes bien en Égypte, et la frêle silhouette d’une jeune femme se superpose à la cité, comme figée dans son glorieux passé : vestiges antiques, ceux du tombeau KV10 de la vallée des Rois ; hôtel au charme suranné, le Winter Palace, où fut annoncée la découverte du tombeau de Toutankhamon et où Agatha Christie écrivit Mort sur le Nil

L’héroïne, Hana (interprétée par la Britannique Andrea Riseborough), est encore jeune. C’est une médecin anglaise travaillant dans l’humanitaire, qui a vécu des traumatismes sur des terrains de conflits, à la frontière du Liban et de la Syrie, et qui a eu besoin de faire un break. Pourquoi à Louxor et non dans son pays d’origine ? On ne le saura jamais vraiment. Mais la présence dans la ville d’un ancien amant, Sultan (le Franco-Libanais Karim Saleh), y est sans doute pour quelque chose. Le quadra est archéologue, et, à travers lui, Hana peut aussi se connecter au passé glorieux de la Cité, aux messages que véhiculent ses symboles.

La greffe ne prend jamais vraiment

Sur les sites de fouilles, Hana semble en effet d’abord creuser en elle-même. C’est une femme qui cherche sa place dans un monde d’hommes, désirants. Une femme qui se pose des questions sur la maternité. Une femme en quête de sens, d’insouciance, qui espère peut-être renaître comme Râ, chaque matin, sur sa barque solaire. Certains personnages secondaires comme l’archéologue Salima (interprétée par Salima Ikram, une véritable égyptologue égyptienne, professeure à l’université du Caire) vont tenter de l’aider dans sa reconquête d’elle-même.

Hana est seule, blanche, c’est une étrangère ancrée dans le présent, et pourtant, la réalisatrice Zeina Durra veut nous montrer sa connexion de plus en plus profonde à l’Égypte éternelle et à son mystère. Hana fuit les Occidentaux riches et bruyants de son palace, s’amuse des cars de touristes chinois, et cherche dès qu’elle peut à converser avec les locaux : chauffeurs de taxi, conducteurs de bateaux, archéologues…

Paradoxalement, la greffe que la réalisatrice souhaite mettre en scène ne prend jamais vraiment. La taiseuse et nacrée Hana semble toujours comme posée dans les décors grandioses de la ville. Elle garde une certaine distance avec les autochtones, même lorsqu’elle a l’occasion de parler avec eux. L’Égypte actuelle, ses crises à répétition, son oppression sécuritaire, ses désordres économiques, n’apparaissent jamais à l’écran. On ne croit pas non plus vraiment à l’histoire qui la relie à Sultan : il est question d’une rivale qui disparaît trop rapidement. Les querelles des anciens amants sonnent un peu faux… Surtout, cette romance qui semble devoir rythmer le récit manque singulièrement de densité. Comme pour une rapide visite guidée d’un beau monument, le film, bien que sincère et parfois touchant, reste ainsi malheureusement en surface.

Louxor, de Zeina Durra, 1h27, sortie en France le 21 juillet.

Film « Louxor »

Avec Jeune Afrique par Léo Pajon

Congo-7ème art : Ndzobi, le nouveau film de Mike Yombi

juillet 20, 2021

Ndzobi, un film de 1h15 dont l’histoire retrace les principes spirituels de la vie au village, est une autoproduction. Il a été présenté officiellement le 17 juillet à Brazzaville en présence des cinéastes congolais. 

Photo : Mike Yombi au milieu de deux acteurs et du modérateur lors de la présentation officielle du film « Ndzobi » (crédit photo/ ADIAC)

« Ndzobi » retrace l’histoire de l’acteur principal Mike Yombi qui quitte son village natal Akwa après son initiation pour aller refaire sa vie ailleurs. En effet, lors de son initiation à Akwa, Mike Yombi découvre beaucoup de mystères qu’il ignorait et qu’il n’a pu supporter. Raison pour laquelle il quitte Akwa son village natal pour aller à Kellé où il décide de s’installer et refaire sa vie. 

A Kellé, Mike Yombi tombe amoureux de Walé Okassi, la fille du chef du village. Malheureusement, beaucoup de conditions pires qu’à Akwa son village natal lui sont imposées autour de cette union. Mike Yombi n’a pu non plus supporter les principes qui lui sont imposées à Kellé. « L’histoire tourne autour du mystère Ndzobi, voilà pourquoi ce film porte le titre de Ndzobi », explique Mike Yombi.

« Ndzobi » est le premier film que Mike Yombi met sur le marché. Cependant, en termes de production, « Nzobi » est le cinquième film après : Mboka (un travail collectif) ; Sacrilège ; Ngwe ; Mbako ; puis Ndzobi qu’il vient de lancer officiellement sur le marché national.

S’agissant de la production de ce film, des exemplaires et du prix d’achat, Mike Yombi, dit : « Le pays n’ayant pas de producteurs, j’ai décidé de produire ce film moi-même. Le but étant de le faire répandre sur tout le territoire national d’abord, puis l’international ensuite. Ndzobi a été tiré à plusieurs exemplaires et le tirage continue ».

Acteur de cinéma, Mike Yombi annonce déjà les couleurs de sa prochaine production intitulée « Mon Rêve- le destin exceptionnel d’un enfant de la brousse ».

Avec Adiac-Congo par Bruno Okokana

Cinéma : ce festival de Cannes aurait pu être celui de l’Afrique

juillet 19, 2021
Le cinéaste Spike Lee, président du jury du festival de Cannes 2021.

Malgré le grand nombre de films africains sélectionnés sur la Croisette, deux seulement ont obtenu des prix. Même si chacun a retenu, à sa façon, l’attention des festivaliers.

De retour sur la Croisette après une année 2020 zappée pour cause de pandémie, le festival de Cannes de ce mois de juillet, disposant de deux années de production pour choisir sa sélection, s’annonçait comme un cru exceptionnel. De l’avis général, ce ne fut pas le cas, du moins pas au niveau espéré. Malgré la qualité ou l’originalité de certaines des œuvres présentées, dont la Palme d’or, qui est allée de façon peu surprenante par les temps qui courent à un film réalisé par une femme mais aussi de façon assez surprenante à un film trash et même gore, le très beau et très dérangeant Titane de la jeune Française Julia Ducournau.

Ce qui était vrai en général l’était aussi pour l’Afrique et l’on s’attendait, au regard de la quantité des œuvres sélectionnées et de la qualité de leurs auteurs, de la présence aussi au sein du jury de la Sénégalaise Mati Diop, à un festival 2021 exceptionnel pour l’Afrique. Là encore, on a quelque peu déchanté.

Deux films africains en compétition

À l’annonce de la sélection officielle du festival début juin, on avait en effet pu se féliciter de voir arriver en compétition pour la Palme d’or deux films africains – une première depuis l’origine de la manifestation -, réalisés de surcroît par deux cinéastes de grand renom : le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun pour Lingui-Les liens sacrés et le Marocain Nabil Ayouch pour Haut et fort – Casablanca beats.

Or, si les deux auteurs ont été ovationnés par le public de l’immense salle Lumière après la projection de leurs œuvres, Haroun bénéficiant même d’une accolade peu conventionnelle du président du jury Spike Lee, ils sont repartis bredouille après l’annonce du palmarès. Non pas qu’ils aient démérité, comme le prouvent les critiques souvent favorables que ces deux films ont obtenues dans les médias internationaux présents à Cannes, mais parce qu’il y avait assurément des œuvres plus achevées, plus fortes ou plus originales pour séduire les jurés.

Lot de consolation pour Nabil Ayouch ?

Reste qu’au total, toutes sélections pour Cannes confondues, il y avait, un petit record, six films africains projetés sur la Croisette. Deux ont obtenu des prix, il est vrai moins prestigieux que ceux décernés par le jury officiel mais néanmoins convoités. L’Égyptien Omar El Zohairy, petit barbu un peu timide quand on l’approche, a réussi un coup de maître pour son premier film, Feathers (« Les plumes »). Avec cette histoire très originale, souvent drôle et même déroutante malgré son sujet dramatique – disons, pour ne pas en dire plus, qu’il raconte ce qu’il se passe dans une famille déshéritée d’une banlieue glauque du Caire quand le chef quelque peu tyrannique de la famille se retrouve transformé en poule par un prestidigitateur -, Omar El Zohairy a conquis La Croisette et repart avec à la fois le grand prix de la Semaine de la critique et le prix du premier film du très exigeant jury de la presse internationale.

Quant à Nabil Ayouch, il y a fort à parier qu’il a perçu comme un lot de consolation le prix du « cinéma positif » décerné des mains de Jacques Attali pour Haut et fort. Mais il a du être satisfait des raisons invoquées, à juste titre, pour le couronner : « Un film qui tourne autour de la notion d’éveil des consciences, celles des jeunes Marocains, et qui se veut au service des générations futures ».

L’AFRIQUE ÉTAIT EN TOUT CAS FORT BIEN REPRÉSENTÉE LORS DE CETTE ÉDITION SI PARTICULIÈRE

Les quatre autres films africains présents à Cannes, tous de grande qualité, ont retenu chacun à leur manière l’attention des festivaliers. En raison de leur originalité (en particulier l’ovni Neptune frost, sorte de comédie musicale afrofuturiste truffée de dialogues anti-impérialistes de la Franco-Rwandaise Anisia Uzeyman et de son époux américain Saul Williams, présenté à la sélection de la Quinzaine des réalisateurs), de leur beauté formelle (qu’il est beau le désert du Niger filmé par Aïssa Maïga dans le documentaire sur les effets du réchauffement climatique Marcher sur l’eau, présenté en séance spéciale dans la sélection officielle), de leur interprétation et de leur gravité (tourné à Djibouti, La femme du fossoyeur, premier film du Somalien installé en Finlande Khadar Ayderus Ahmed, traite sans pathos d’un problème terrible, un risque mortel pour la femme en attente d’opération d’un couple très amoureux en raison d’un système de santé défaillant, grâce à une mise en scène très réussie) ou encore de leur approche subtile et courageuse d’une réalité complexe (Une Histoire d’amour et de désir de Leyla Bouzid, son deuxième film qui a eu l’honneur de clôturer la Semaine de la critique).

Si l’on ajoute le succès remporté par des films d’auteurs de la diaspora africaine (par exemple le superbe Freda de Gessica Généus célébrant le courage des femmes d’Haïti et le très énergique Bonne mère de Hafsia Herzi sur une « mère courage » de Marseille), on comprendra que l’Afrique était en tout cas fort bien représentée lors de cette édition si particulière du plus grand festival de cinéma de la planète. D’autant plus, ce qui est prometteur, qu’une bonne partie des œuvres citées ont été tournées par de jeunes cinéastes, souvent auteurs ici de leur premier long-métrage. Ils sont donc loin d’avoir fini de nous épater.

Avec Jeune Afrique par Renaud de Rochebrune

Côte d’Ivoire: Décès de Angeline Nadié

juillet 17, 2021

Par Prince TV avec Agences

Leyla Bouzid : « Filmer le corps de l’homme arabe, quoi de plus politique ? »

juillet 14, 2021
La réalisatrice tunisienne Leyla Bouzid au festival de Cannes 2021

Avec « Une histoire d’amour et de désir », présenté en clôture de la Semaine de la critique à Cannes, la réalisatrice tunisienne s’intéresse à « la première fois », du côté masculin. Rencontre sur la Croisette.

En 2015, son premier long métrage, le trépidant « À peine j’ouvre les yeux », sur le vécu de la jeunesse tunisienne lors des dernières années du règne de Ben Ali, a connu le succès en France comme en Tunisie et dans bien d’autres pays. Aujourd’hui, Leyla Bouzid vient pour la première fois au festival de Cannes pour présenter « Une Histoire d’amour et de désir ». Qui aura l’honneur d’être projeté en clôture de la Semaine de la critique, la plus ancienne des sections « parallèles » de la manifestation avec ses soixante ans d’existence.PUBLICITÉ

Ce second film de la cinéaste tunisienne, une femme qui vient de dépasser le milieu de la trentaine, que l’on pourrait croire frêle mais dont l’énergie et la détermination en imposent, ne risque pas de passer inaperçu. Car le moins que l’on puisse dire, c’est que son auteure n’a pas eu peur de s’attaquer à un sujet rarement abordé au cinéma en général et dans les cinématographies arabes en particulier. Les spectateurs pourront s’en rendre compte en France début septembre et en Tunisie à l’automne, date prévue de sa sortie en salles.

Le film raconte en effet comment un jeune homme, l’étudiant français d’origine algérienne Ahmed, est attiré par une jeune femme, la Tunisienne Farah, juste arrivée à Paris. Tous deux fréquentent les bancs de la Sorbonne où ils ont choisi, elle volontairement et lui par erreur, un cours de littérature arabe qui se trouve consacré aux écrits érotiques du XIIe siècle. Comme son titre ne le cache pas, le récit convoque largement autant le désir que l’amour éprouvés par les deux tourtereaux et ne tente pas d’esquiver la rencontre des corps. Qui ne se produit pas très rapidement puisque le timide Ahmed, déjà choqué au début par ce qu’on lui enseigne, fait tout pour tenir à distance une envie de passer à l’acte qu’il pense interdite par sa culture malgré les encouragements de celle qu’il convoite, une femme libérée.

La fragilité des hommes, leur difficulté à affronter « la première fois » en matière sexuelle, voilà un sujet peu traité sur les écrans. A fortiori par une femme cinéaste qui réussit à opposer au fameux « male gaze » (regard masculin) sur la sexualité féminine, un classique dans le septième art, une sorte de « female gaze » sur la sexualité et le désir masculins. Mais le film, jamais vulgaire, jamais simpliste, permet de croiser d’autres thèmes. En témoignent les réponses à nos questions de Leyla Bouzid, rencontrée au bord de l’eau sur la Croisette à la veille de la projection « officielle » de son film.

Jeune Afrique : Le premier film sélectionné à la Mostra de Venise, le second, aujourd’hui, dans le plus grand festival de cinéma du monde, à Cannes. Un pas de plus ?

Leyla Bouzid : Il ne faut pas comparer. Cette année, à cause de la pandémie, Cannes est un festival très particulier, celui de la reprise du cinéma. Avec beaucoup plus de films que d’habitude. Et une grande attente de la part des réalisateurs. Pour ma part, le film aurait pu être prêt, même si cela aurait supposé de le terminer dans un délai très, très court, pour Cannes 2020, si le festival avait eu lieu. Et donc pour Venise 2020. Mais j’ai décidé d’attendre. Ce film a été tourné en France et son contenu, la résonance de son sujet, ont à voir avec ce qui se passe dans la société française. Donc j’avais envie que sa première projection se passe dans un festival français. Et Cannes, avec son aura, avec la présence massive des médias français, était évidemment l’idéal. Mais Venise, qui a été un tremplin pour « À peine j’ouvre les yeux », a été une expérience très belle.

C’EST JUSTEMENT LE FAIT DE POUVOIR FAIRE CE QUE JE VOULAIS QUI COMPTAIT

On dit souvent qu’on est surtout attendu au tournant avec le second film. Plus question d’indulgence, surtout si le premier a eu du succès. De quoi vous inquiéter ?

Je me suis surtout beaucoup interrogée au tout début de l’écriture du projet : est-ce que les Tunisiens allaient me reprocher de faire un film qui se passe en France, et en langue française ? Par ailleurs, d’aucuns avaient l’air de penser que proposer un portrait intime d’un jeune homme maghrébin après mon premier film, cela manquait d’ampleur. Ces réactions ne m’ont pas paru justifiées. De toute façon, le succès d’ »À peine j’ouvre les yeux » n’avait pas été immense. Le résultat – 100 000 entrées en France, 50 000 en Tunisie, une sortie dans une vingtaine de territoires, 45 prix gagnés ici et là – n’était pas écrasant. Mais c’était une belle carte de visite, qui a permis que l’on s’intéresse à la suite et qu’on la finance. Alors, même si certains se sont dit : « Quoi ! elle peut faire ce qu’elle veut et elle fait ça ! », c’est justement le fait de pouvoir faire ce que je voulais qui comptait.

Était-il nécessaire pour vous de faire un film très différent du premier, aussi bien s’agissant du sujet – la Sorbonne, la littérature du XIIe siècle, on est loin de la jeunesse survoltée sous Ben Ali – que la façon de le traiter, beaucoup plus sage, y compris d’un point de vue esthétique ?

Il s’agit quand même, dans les deux cas, d’un récit d’émancipation. Mais j’avais en effet conscience de devoir aller, avec ce film très différent, vers une mise en scène plus formelle, plus esthétique, pour raconter l’histoire de ce jeune garçon. Dans « À peine j’ouvre les yeux », le film déployait une énergie très forte, celle de la jeunesse, là, ce qu’il y avait à déployer, c’était la sensualité. Donc plus de caméra à l’épaule, mais un cinéma autre, avec un travail plus important sur la couleur, et surtout sur la musique puisque j’ai fait là appel à une musique originale.

Une musique surprenante, très contemporaine…

L’idée de cette musique instrumentale, parfois dissonante, était très présente, je ne sais pas pourquoi, dans ma tête. J’avais demandé, au départ, à un ami saxophoniste un morceau particulier qu’on devait entendre quand les personnages se croisent dans la rue. Ce morceau, qu’on entend dans le film, m’a saisie, il m’a semblé être comme une voix d’Ahmed, quelque chose qui émanerait de lui. Alors j’ai voulu qu’on le décline pour créer une bande originale et cela a été très fructueux : j’ai l’impression que la musique est une sorte de double d’Ahmed, l’expression de son intériorité. Je ne sais pas si lui écouterait cette musique, mais en tout cas elle parle de lui.

J’AI ENVIE D’INVITER CES JEUNES-LÀ À L’AMOUR ET AU DÉSIR

Autre grande différence avec le premier film, il n’est pas question de politique…

Oui … et non. L’ancrage politique d’ »À peine j’ouvre les yeux » était direct puisqu’on évoquait les années Ben Ali. Et j’avais écrit ce film à la fin de mes études, habitée par l’énergie de la révolution de 2011. Avec l’envie de filmer une Tunisie qui n’avait guère été représentée, celle des dernières années avant cette révolution. Là je filme autre chose, un garçon qui s’éveille à l’amour et au désir. Et je pense en vérité que c’est encore plus politique – filmer est d’ailleurs toujours politique. Filmer le corps de l’homme dit arabe, le désir d’un jeune homme certes français mais qui se revendique d’origine maghrébine, de cette culture, quoi de plus politique? J’ai envie d’inviter ces jeunes-là à l’amour et au désir.

Vous dites : un film sur l’émancipation sensuelle d’un jeune homme. Mais il y a deux personnages principaux. Et le plus fort, celui qui permet cette émancipation, c’est Farah, la femme. En le caricaturant, on pourrait résumer le film ainsi : une heure et demi pour voir une femme décoincer un homme arabe…

Si on considère l’intérêt porté aux personnages, la mise en scène, on est en permanence avec Ahmed, qui est de tous les plans. On n’est jamais dans le point de vue de Farah. Même si celle-ci joue un rôle moteur, c’est Ahmed qui porte la problématique du film. Et si vous voulez résumer le film comme vous le faites, pourquoi pas. Mais en fait, je crois que ce n’est pas seulement Farah en tant que femme qui fait évoluer Ahmed, c’est aussi grâce à des textes, ceux de la littérature, grâce à sa découverte de la langue arabe à laquelle il va avoir accès en demandant à son père de lui traduire un poème. L’éducation sentimentale et charnelle d’Ahmed ne passe donc pas que par Farah, cette tunisienne belle, intimidante et sensuelle.

JE VOULAIS FILMER LA BANLIEUE COMME UN SIMPLE LIEU D’HABITATION, UN LIEU NON CONFLICTUEL, UN REFUGE POUR AHMED

La très libre Farah, est-ce Leyla Bouzid ? On se pose d’autant plus la question que dans votre premier film, il y avait également une Farah…

On m’a plusieurs fois posé la question. Même ma mère m’a demandé si je mettais au monde une fille, si je comptais l’appeler Farah. Mais non, ce n’est pas un prénom particulier pour moi. Si ce n’est que Farah, cela veut dire joie et cela correspond au personnage dans mes deux films. Alors, s’agit-il quand même d’une sorte d’alter ego ? Possible, mais ce n’est pas moi. J’aurais peut-être voulu être comme cela, mais je ne suis pas aussi fonceuse. Et je n’ai pas rencontré d’Ahmed au cours de ma vie.

Leyla Bouzid (au centre) reçoit le prix Muhr lors de la cérémonie de clôture du festival du film international de Dubaï, le 16 décembre 2015

La part d’autobiographie est-elle donc très réduite, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer ?

En effet. Même si je me suis inspirée de moments de ma vie. J’ai commencé par des études à la Sorbonne, j’ai rencontré beaucoup d’amis d’origine algérienne, et nombreux étaient ceux qui étaient timides. Mais sans que cela implique des relations amoureuses. Cela m’a surtout permis de me documenter, notamment sur les questions liées à l’identité maghrébine. Mais, même au-delà de la culture arabe, je voulais m’intéresser aux premiers émois d’un garçon, à cette « première fois » qui ne va pas de soi pour tant de jeunes hommes, un sujet très peu représenté au cinéma. Ou alors seulement sous forme de comédie, genre « 40 ans et toujours puceau ». Alors même que le thème de la virginité féminine a été rabâché avec tout son lot de clichés. La fragilité masculine, la difficulté des hommes à répondre à leur assignation à la virilité, à être des moteurs dans les relations amoureuses, leur non-certitude par rapport aux émotions, il me semblait important d’en rendre compte.

Même si Ahmed habite chez ses parents algériens hors de Paris, on a l’impression de voir une sorte d’anti-film de banlieue au sens habituel du terme. Une volonté de se démarquer du genre ?

Je voulais filmer la banlieue comme un simple lieu d’habitation, un lieu non conflictuel, qui est un refuge pour Ahmed. Notamment en la filmant avec une caméra qui est posée, avec des travellings, que ce soit à l’extérieur ou dans l’espace de la maison. Car ce lieu ne charrie pas de grandes interrogations pour le personnage, c’est à Paris qu’il n’est pas à l’aise, qu’il cherche sa place, qu’il est fébrile.

Une opposition Paris-Banlieue. Il y a aussi une opposition France-Tunisie : paradoxalement, c’est la Tunisienne à peine arrivée du Maghreb qui est libérée et le Français, le Franco-Algérien, qui ne l’est pas du tout. Une façon d’aller à l’inverse de l’idée reçue à ce sujet ?

Je voulais montrer le fossé qui existe entre ces deux types de personnages. Ceux qui arrivent de Tunisie pour poursuivre leurs études en France sont probablement d’une classe sociale un peu bourgeoise, ou en tout cas de la classe moyenne supérieure. Ils n’ont pas de problèmes d’identité. Et ils se trouvent en face de ceux qu’on appelle les deuxième ou troisième génération d’origine maghrébine, coupés malgré eux de la culture arabe, dont l’identité s’est fabriquée, le plus souvent en opposition, même pas au sein de la famille mais au lycée et dans le climat qui règne en France autour de l’identité arabe. Du coup, la façon dont ces Français d’origine maghrébine revendiquent leur identité ne correspond pas du tout à ce que vit la jeunesse arabe dans les pays arabes.

Un problème d’identité, sur fond d’ignorance mémorielle comme le soulignait le rapport Stora, difficile à surmonter, donc ? Surtout pour un jeune homme d’origine algérienne ?

On m’a demandé pourquoi je n’avais pas choisi un Tunisien pour le rôle du jeune homme. Il fallait en effet qu’Ahmed soit d’origine algérienne et non pas tunisienne. L’Algérie et la France portent en elles une histoire plus douloureuse et plus complexe. De plus, avec les années noires, les personnes immigrées venues d’Algérie ont été souvent complètement coupées de leur pays d’origine, au point de ne plus vouloir jamais y retourner, comme le père d’Ahmed. D’où des problèmes de transmission, une absence de mémoire, de discours sur ce qui s’est passé. Ce qui rejoint effectivement la problématique du rapport Stora. Quand je suis arrivé en France, j’ai découvert qu’on n’étudiait quasiment pas, ou très, très peu, la période la colonisation dans les cours d’histoire. Alors qu’en Tunisie, c’est pendant trois ans au programme. Je ne vois pas comment on pourrait résoudre en France les problèmes liés aux immigrations africaines si on continue à ignorer tout un pan de l’histoire. La guerre d’Algérie, bien sûr, mais aussi tout le reste doit être mis au programme, pendant au moins une année.

JE CRAIGNAIS QUE L’ON M’ACCUSE DE TRAHISON AVEC CE FILM

Votre film, construit autour de la sensualité mais qui évoque et montre aussi des rapports charnels et en particulier le corps des hommes, pourra-t-il être vu en Tunisie et dans le monde arabe sans susciter de polémiques ?

Je n’en sais rien. J’ai simplement essayé d’aller au plus juste, et au plus près de mon sujet. Sans aucune volonté de provoquer. Et au cœur du film, il y a surtout cette culture arabe du moyen-âge qui est une culture de la sensualité. Le distributeur tunisien qui a déjà vu le film avec son équipe et quelques autres m’a paru enthousiaste, sans s’interroger outre-mesure. Et tous m’ont dit que mon film était extrêmement tunisien. Ce qui m’a fait très plaisir puisque je craignais, je vous l’ai dit, qu’on m’accuse de trahison avec ce film.

Un film, surtout avec le personnage de Farah, qui participe d’un combat féministe à l’heure de Me too ?

En fait, il y a quelque chose de marrant à ce sujet. Dès mes premiers courts métrages, pendant les débats, on me disait toujours : « Leyla Bouzid, vous êtes féministe ! » Mais c’était alors sinon une insulte, du moins un mot réducteur et en quelque sorte une accusation. Aujourd’hui, c’est le contraire. On ne peut plus ne pas être féministe, il faut le revendiquer. Dans les deux cas, ce n’est pas ma manière d’aborder les choses. J’essaye, je viens de le dire, d’être simplement au plus juste vis à vis du sujet que je veux aborder au cinéma. D’échapper aux clichés. La revendication féministe, je ne sais pas trop quoi en faire en fin de compte.

Vous faites un film qui prône une certaine libération des mœurs alors même que cela ne semble pas être ce qui a le vent en poupe dans le monde arabe où l’influence des islamistes ne se dément pas…

Peut-être. Mais moi, notamment en accompagnant la sortie d’« À peine j’ouvre les yeux », je me suis rendue compte que je ne parlais pas seulement dans ce film de la jeunesse tunisienne énergique et qui veut s’émanciper. En Égypte, au Liban et ailleurs, j’ai vu des jeunes qui sont eux aussi dans la modernité, très connectés. Seulement, dans les pays arabes, ces jeunes, contrairement à ceux qui prônent l’autre dynamique, n’ont pas la parole.

Faudra-t-il encore attendre six ans pour voir votre prochain film ?

J’ai cette fois un projet assez avancé, une histoire qui se passera en Tunisie, à Sousse. Un sujet plus frontalement politique et différent des deux premiers. Il n’y aura pas de femme dans l’histoire ! (rire) Tout devrait aller cette fois plus vite, le film existera si tout va bien d’ici à deux ou trois ans. Depuis la sortie de mon premier film, il y a eu la pandémie qui m’a fait perdre un an et puis j’ai été maman. Un vrai problème pour une femme réalisatrice. Ce qui heureusement n’a fait que ralentir les choses, sans les arrêter comme cela aurait pu être le cas.

Avec Jeune Afrique Renaud de Rochebrune

Festival de Cannes : deux films africains en compétition pour la Palme d’or

juin 4, 2021
Une scène tirée du film « Haut et fort » de Nabil Ayouch.

« Lingui, les liens sacrés » de Mahamat-Saleh Haroun, ancien ministre tchadien de la Culture, et « Haut et fort » du réalisateur marocain Nabil Ayouch font partie des 24 films sélectionnés pour la récompense.

Le festival de Cannes, annulé en 2020 pour cause de pandémie de Covid-19, aura lieu cette année du 6 au 17 juillet. Une période où l’on peut supposer que la plus grande rencontre cinématographique mondiale pourra se dérouler normalement, ou presque, grâce au recul de la crise sanitaire.

Pierre Lescure et Thierry Frémaux, le président et le délégué général de la manifestation, viennent de dévoiler la sélection officielle. Une sélection qui a d’autant plus de valeur qu’elle résulte du visionnage de presque deux ans de productions et de réalisations (2 300 films). Les tournages ne se sont pas arrêtés malgré l’assaut du virus et beaucoup de films prévus pour être distribués en 2020 ne sont pas encore sortis.

L’arrivée de deux films africains en compétition pour la Palme d’or — cas inédit depuis longtemps — est donc remarquable. Ils y côtoieront des œuvres d’anciens lauréats comme Nanni Moretti, Jacques Audiard ou Achipatong Weerasethakul et de pointures comme Paul Verhoven ou Sean Penn.

Lingui, la condition des femmes au Tchad

Le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun, plusieurs fois primé à Venise (notamment avec le prix spécial du jury pour Daratt, en 2006), a déjà été présent deux fois en compétition à Cannes avec Un Homme qui crie, en 2010 (prix du jury) et Grisgris, en 2016. Et il y a présenté en 2015, lors d’une séance spéciale, un documentaire saisissant sur les rescapés des geôles du dictateur Habré (Hissein Habré, une tragédie tchadienne). On le retrouvera à la tête du ministère tchadien de la Culture entre février 2017 et février 2018, date où, après des désaccords avec le gouvernement, il démissionne brusquement. Il n’avait plus réalisé de film depuis Une Saison en France, en 2017.

Avec Lingui, les liens sacrés, il propose cette année un nouveau long métrage réalisé au Tchad. Il raconte le parcours dramatique de deux femmes, Amina et Maria. La première, mère célibataire rejetée par sa famille et la société, apprend que la seconde, sa fille de 15 ans, a été violée et est tombée enceinte. Une terrible épreuve pour cette musulmane pratiquante, qui a du mal à accepter que son enfant veuille avorter, un acte condamné non seulement par la religion mais aussi par la loi. Un drame que le très rigoureux metteur en scène élève sans doute à la hauteur d’un récit emblématique pour évoquer la condition des femmes au Tchad, et dans toute l’Afrique.

Haut et fort, la jeunesse marocaine défavorisée

C’est à la jeunesse de son pays que s’intéresse de son côté le Marocain Nabil Ayouch dans Haut et fort (anciennement titré Casablanca beats). Il s’agit de sa première participation à la compétition à Cannes, qui représente aussi une première depuis la création du festival pour un film marocain.

Il est déjà venu à plusieurs occasions sur la Croisette – pour Les chevaux de Dieu et Much loved, deux films qui avaient suscité de très vifs débats – mais dans des sections moins prestigieuses (Un certain regard et Quinzaine des réalisateurs). Le film qui concourra pour la Palme d’or peut être résumé ainsi selon son auteur : « C’est l’histoire d’un ancien rappeur qui arrive dans un centre culturel du bidonville de Sidi Moumen et trouve une bande de jeunes filles et garçons à qui il transmettra sa passion pour le hip-hop ». Une nouvelle manifestation de l’intérêt tout particulier que porte Nabil Ayouch, auteur en 2000 de l’immense succès Ali Zaoua, Prince de la rue, aux jeunes défavorisés. Haut et fort, assure-t-il, n’est d’ailleurs pas sans rapport avec ce qu’il a vécu dans sa propre enfance.

Le Moyen-Orient bien représenté

En attendant les choix des manifestations parallèles (Semaine de la critique et Quinzaine des réalisateurs) qui seront dévoilés dans quelques jours et corrigeront peut-être le tir, on peut noter qu’en dehors de ces deux films, aucun long métrage africain n’a été retenu dans la sélection officielle de Cannes, que ce soit pour Un Certain regard ou les autres sections (films hors compétition, séances spéciales, Cannes premières).

Le Moyen-Orient, en revanche, sera plutôt bien représenté sur la Croisette avec des films en provenance d’Iran (Un héros, d’Asghar Faradhi), de Turquie (Commitment Hasan, de Hasan Semih Kaplanoglu) ou d’Israël (Le Genou d’Ahed, de Nadiv Lapid et Il y eut un matin, de Eran Kourin). On peut noter aussi, parmi les sélectionnés qui attisent la curiosité, la présence d’un film d’Haïti (Freda de Gessica Généus) ainsi que celle du deuxième film de Hafsia Herzi (Bonne Mère).

Avec Jeune Afrique par Renaud de Rochebrune

Dix acteurs noirs révélés par les séries

avril 3, 2021
Khalima Gadji, au centre, incarne le personnage de Marème Dial dans la série « Maîtresse d’un homme marié ».

Longtemps boudés par l’industrie cinématographique, certains comédiens ont réussi à percer sur le petit écran. Retour sur les talents d’hier et d’aujourd’hui révélés par les séries.

C’est un temps que les moins de 20 ans peuvent connaître, avant le carton de Black Panther au cinéma. Les productions hollywoodiennes n’étaient alors pas autant obsédées par la couleur des comédiens et réservaient généralement un ou deux rôles secondaires par film aux acteurs dont les peaux étaient d’un ton plus foncé. En Afrique, les films proposaient naturellement des castings noirs à 100 %, mais la faible quantité des productions permettait rarement à la carrière des comédiens de décoller…

Un autre tremplin existait déjà, cependant : les séries. C’est ainsi que la télévision d’abord, et les plateformes de streaming ensuite, ont lancé des acteurs aujourd’hui renommés, tel Will Smith (mondialement connu grâce à la sitcom Le Prince de Bel-Air) ou des scénaristes comme Shonda Rhimes (on lui doit entre autres Grey’s Anatomy et Scandal).

Sur le continent, les séries, moins chères à produire, plus simples à diffuser, ont mis en lumière le talent d’acteurs subsahariens qui sont aujourd’hui au premier plan, comme Michel Gohou, issu du théâtre, révélé par la série Ma Famille.

Petite série non exhaustive d’actrices et d’acteurs révélés par les séries.

• Khalima Gadji

On pourrait citer tous les acteurs de la série sénégalaise Maîtresse d’un homme marié tant elle a connu de retentissement. Mais Khalima Gadji est peut-être celle qui a le mieux tiré son épingle du jeu. L’actrice, qui a grandi dans la communauté marocaine du Sénégal, était déjà apparue dans deux formats télé : Tundu Wundu et Sakho et Mangane, mais c’est le personnage de Marème Dial (avec qui on la confond parfois) qui en a fait une vedette internationale. Scandaleuse, assumant des rapports hors mariage, la séductrice a déclenché un lot de polémiques, avancé sur la place publique des sujets tabous… et donné la fièvre à l’audimat.s habitants du continent »

• Eugène Bayala

Comme beaucoup d’acteurs de télévision reconnus sur le continent, Eugène Bayala a débuté comme comédien dans plusieurs troupes au Burkina Faso. C’est en 2006, à 40 ans, qu’il connaît le succès dans le rôle de l’agent Oyou, un policier limité intellectuellement et constamment ivre… qu’il interprétera encore dans le clip de sa chanson Garde-à-vous, en 2015.

• Aminata Diallo Glez

Comédienne, marionnettiste, maquilleuse et accessoirement compagne du dessinateur Damien Glez qui sévit à Jeune Afrique, Aminata Diallo Glez s’est illustrée dans une série franco-burkinabè au long cours, Kadi Jolie, diffusée sur CFI TV à partir du 7 mars 2000. Elle ne se contente pas d’interpréter le rôle-titre, une trentenaire célibataire qui n’a pas froid aux yeux, mais coproduit le programme via sa structure, Jovial’Productions.

• Akissi Delta

Autodidacte, cette native de Dimbokro, au centre de la Côte d’Ivoire, a multiplié les petits boulots avant de se lancer devant les caméras. Au cinéma, on l’a retrouvée dans plusieurs films du réalisateur ivoirien Henri Duparc, dont la comédie sociale Rue Princesse. Mais c’est surtout la réalisation de la mythique série ivoirienne Ma Famille, dans laquelle elle joue également, qui lui a apporté la célébrité. Elle en a d’ailleurs repris l’histoire dans Ma Grande Famille, diffusée en 2017. À travers les déboires amoureux du couple Delta-Bohiri, elle y évoque encore les grands thèmes que sont la santé, l’éducation ou la sexualité.

• Mahoula Kané

La plupart des spectateurs l’ont découvert dans le rôle d’Hervé, amoureux éperdu de Nafi dans la série éponyme qui raconte les déboires d’une jeune fille « belle, intelligente et surtout ambitieuse », née dans une famille polygame. Mais l’acteur ivoirien a montré d’autres facettes de son talent dans bien d’autres formats télé et cinéma : faux pasteur dans Les Coups de la vie, gendarme mystérieux dans la saga familiale Cacao

• Olivier Kissita

Jeune ambitieux, ce Franco-Gabonais de 34 ans s’est essayé à presque tout : youtubeur, prétendant à « Mister Afrique », documentariste, animateur télé… Mais les téléspectateurs du continent l’ont découvert dans le rôle d’Anthony Desva, le jeune et bel héritier de la fortune familiale dans la série de Canal +, Cacao.

• Michaela Coel

Sa mini-série engagée, I May Destroy You, qui raconte l’histoire d’une jeune victime de viol, a fait forte impression l’année dernière… Michaela Coel y tient le rôle principal, mais elle est aussi réalisatrice et productrice de la série. Autant dans son interprétation que dans son écriture, la trentenaire née à Londres s’évertue à donner de la complexité, de la nuance et de l’épaisseur aux personnages noirs.

• Kerry Washington

Malgré une filmographie bien étoffée (RayLe Dernier Roi d’ÉcosseDjango Unchained…), c’est dans la série Scandal que l’actrice américaine a véritablement percé. Elle y incarne Olivia Pop, une communicante redoutable proche de la Maison Blanche qui a une liaison avec le président des États-Unis. On l’a retrouvée en 2020 au côté de Reese Witherspoon dans la mini-série Little Fires Everywhere.

• Stéfi Celma

Chanteuse (pour le conte musical Sol En Cirque), actrice (premier rôle de Case départ), cette Parisienne est vraiment devenue une figure familière des Français grâce à la série Dix pour-cent. Elle y incarne avec justesse une hôtesse d’accueil pleine de doutes qui rêve de devenir comédienne professionnelle.

• Regé-Jean Page

C’est « le beau gosse » de la série La Chronique des Bridgerton, comme le désigne la presse féminine. Né à Londres d’un père britannique et d’une mère zimbabwéenne, le trentenaire est apparu dans de nombreuses séries auparavant (RacinesFresh Meat). Le succès international de la série Netflix lui ouvre les portes d’Hollywood : il est notamment attendu dans une adaptation cinéma de Donjons et Dragons.

Avec Jeune Afrique par Léo Pajon

Mort de Michael Lonsdale, l’impassible talent

septembre 21, 2020

Lons

DISPARITION – L’acteur français est décédé le 21 septembre à l’âge de 89 ans. Sa présence hiératique et sa diction sans effet lui ont permis de camper avec la même justesse des personnages aussi différents qu’un criminel sadique dans James Bond ou un moine cistercien dans Des hommes et des dieux.

Il était de ces comédiens dont la présence, sans ostentation forcée, est inoubliable. Michael Lonsdale n’est plus. L’acteur français, d’origine britannique, est mort le 21 septembre 2020 à l’âge de 89 ans. Au cinéma, il a joué dans plus de cent films des personnages aussi différents que le pervers psychopathe Drax dans James Bond – Moonraker, le supérieur de l’abbaye dans Le Nom de la rose et plus récemment un moine cistercien dans Des hommes et des dieux.

J’aimais les comédiens et le cinéma, mais je ne m’imaginais pas acteur. J’étais d’une grande timidité

Michael Lonsdale au Figaro en 2015.

Michael Edward Lonsdale-Crouch est né à Paris le 24 mai 1931. Sa mère était française et son père un officier anglais. Après avoir vécu en Grande-Bretagne, sa famille s’installe en 1939 au Maroc. Il y passera toute la Seconde Guerre mondiale. Sa passion pour la comédie naît à son retour en France en 1947. Il se destinait à la peinture, mais une rencontre avec un prêtre a changé son destin. «J’aimais les comédiens et le cinéma, mais je ne m’imaginais pas acteur. J’étais d’une grande timidité. Par une amie de mes parents qui m’emmenait à la messe, j’ai rencontré un père dominicain qui m’a dit ce que je voulais entendre», confiait-il à Armelle Héliot en 2015. Encouragé par Roger Blin, il suit les cours de théâtre de Tania Balachova. Il croisera alors Delphine Seyrig, Laurent Terzieff, Bernard Fresson, Stéphane Audran et Jean-Louis Trintignant.

Très vite, il se fait remarquer au théâtre et au cinéma. Sur les planches, il travaille dès 1955 sous la direction de Raymond Rouleau dans une pièce de Clifford Odets Pour le meilleur et pour le pire. La liste des metteurs en scène de renom qui emploieront sa présence hiératique sur scène ne laisse d’être impressionnante: Laurent Terzieff, Pierre Dux, Jean-Marie Serreau, Claude Régy…

Face à la caméra, on le retrouve en 1962 dans Le Procès, adaptation du roman de Franz Kafka par Orson Welles. À l’affiche : Anthony Perkins, Romy Schneider, Jeanne Moreau, Elsa Martinelli, Madeleine Robinson, Fernand Ledoux… Un demi-siècle avant Des hommes et des dieux, qui lui vaudra un César, Michael Lonsdale joue déjà un prêtre. Un signe qui ne peut être dû au hasard pour cet homme qui a tenu, à 22 ans, à recevoir les sacrements du baptême.

Un César pour Des hommes et des dieux

Après quelques rôles où il fourbit ses armes (notamment dans quelques films de l’inclassable Jean-Pierre Mocky comme Snobs! en 1961, La Bourse et la Vie en 1965, Les Compagnons de la marguerite en 1967), François Truffaut lui donne deux fois de très beaux rôles : dans La Mariée était en noir 1967, puis Baisers volés en 1968.
Sa carrière est lancée et l’acteur va laisser libre cours à son éclectisme, à un tempérament animé par une belle curiosité intellectuelle. On le retrouve en 1974 dans Galileo de Joseph Losey, en 1976 dans Bartleby de Maurice Ronet. L’appétit de jeu de Lonsdale est insatiable. Désormais il est l’acteur, ennemi du superfétatoire, qui peut assumer tous les rôles avec la même sobriété.

Dans cette formidable filmographie (plus de 130 films), on découvre également quelques superproductions qui ont ouvert leurs portes à ce comédien aussi profond que mystérieux. Comment oublier le hiératisme de son abbé dans Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud face à Sean Connery ? Cette majesté parfois glaciale, lui vaut d’aussi de devenir un ignoble rival de James Bond. Dans Moonraker, il est Hugo Drax, un criminel mégalomane digne des pires ordures de la série des 007. Tel était Michael Lonsdale, un saltimbanque comme Louis Jouvet, comme Michel Bouquet, ne craignant pas de jouer les contre-emplois, économe de ses effets, et pourtant toujours inoubliable.

Avec Jeanne Moreau, dans «Bien joué», de Sandrine Veysset en 2008.
Le destin s’écrit parfois très bien pour les grands comédiens. C’est pour son rôle d’homme de foi dans Des hommes et des dieux qu’il aura été le plus récompensé en 2011, à la fin de sa carrière: le César du meilleur second rôle, le Globe de cristal du meilleur acteur, le prix Lumière, le prix Henri-Langlois. Michael Lonsdale trouvait là un aboutissement commencé un demi-siècle plus tôt par des enregistrements de la Passion selon saint Matthieu sous la direction de Raymond Rouleau.

Avec Le Figaro par Bertrand Guyard

Pétitions, censure, menaces : la polémique enfle autour du film « Mignonnes »

septembre 18, 2020
« Mignonnes », de la réalisatrice Maïmouna Doucouré, décrit sans lourdeur deux systèmes antagonistes qui s’imposent aux femmes en devenir : la tradition et les réseaux sociaux.

Le long-métrage de la franco-sénégalaise Maïmouna Doucouré qui dénonce l’hypersexualisation des petites filles est au centre d’une violente controverse. Ses détracteurs, qui se radicalisent, l’accusent de « pornographie » et d’« islamophobie ».

Sur change.org, une plateforme permettant de lancer des pétitions en ligne, plus de 733 000 personnes ont déjà signé. Leur objectif : retirer le film Mignonnes de Netflix, et poursuivre en justice la réalisatrice, l’équipe du film, les parents des actrices, ainsi que le géant du site de streaming pour avoir diffusé du contenu « inapproprié » impliquant des mineurs.

« Film pédo-pornographique », « dégueulasse », « encourageant la pédophilie »… les commentaires accompagnant la pétition sont particulièrement violents. Des comptes Facebook d’homonymes de la réalisatrice fleurissent d’insultes en anglais : « Prostituée ! (…) Tu vas allez en enfer ! » Plus grave encore, selon nos sources, la réalisatrice et ses jeunes actrices auraient subi des menaces personnelles depuis plusieurs semaines.

Hypersexualisation

En Turquie, le film jugé « islamophobe et pédophile » a été purement et simplement interdit de diffusion. En cause, des images et un sujet jugés tendancieux. L’histoire de Mignonnes est celle d’une fillette de 11 ans qui se lance dans le twerk pour intégrer un groupe de danse dans son collège.

Maïmouna Doucouré expliquait lors de l’avant-première de son long métrage, mi-août, vouloir « dénoncer à travers (son) œuvre l’hypersexualisation des petites filles. » Des spectateurs s’étaient déjà sentis gênés, car le film montre ce qu’il dénonce : des gamines dans des poses lascives. Mais aucun ne remettait en cause les intentions de la cinéaste, ou ne percevait une dimension érotique dans le film qui a reçu en janvier le prix de la meilleure réalisation au Festival de Sundance.

Alors qu’en France la sortie de Mignonnes n’a pas vraiment fait de vagues, une communication particulièrement maladroite de Netflix a mis le feu aux poudres sur les réseaux sociaux fin août. Pour présenter le film rebaptisé Cuties, la plateforme avait utilisé une image racoleuse et écrit un résumé évoquant une petite fille qui « décide d’explorer sa féminité en défiant les traditions familiales. »

Pro-Trump et afroféministes

La polémique est aujourd’hui récupérée politiquement Outre-Atlantique par les ultraconservateurs proches de Donald Trump… La manipulation est d’autant plus profitable que Netflix, qui diffuse les documentaires du couple Obama, est perçu comme pro-Démocrates.

Le sénateur texan Ted Cruz a même demandé au ministère de la Justice de déterminer « si Netflix, ses dirigeants ou les individus impliqués dans le tournage et la production de Mignonnes ont violé les lois fédérales contre la production et la distribution de pornographie infantile ».

De l’autre côté de l’échiquier politique, les afroféministes américaines se sont également scandalisées. « Qu’il s’agisse d’acteurs ou de musique, une image sexualisée est trop souvent le prix du succès grand public pour les femmes et les filles noires. Honteux. », s’indignait ainsi l’activiste Sister Outrider sur Twitter dans un post partagé près de 2000 fois.

Le monde du cinéma français en soutien

La radicalisation des « contres » a poussé l’industrie du cinéma français à venir à la rescousse de Maïmouna Doucouré. Les membres de l’ARP (Société civile des Auteurs Rélisateurs Producteurs), présidée par Claude Lelouch et Pierre Jolivet a déclaré que ce film était « emblématique de l’indispensable liberté d’expression dont le cinéma (…) a besoin pour aborder des sujets dérangeants, donc nécessaires à l’exercice de la démocratie. » L’association de promotion du cinéma français à l’international Unifrance, a également apporté son soutien.

IL EST NORMAL QU’UN FILM SUSCITE DES RÉACTIONS, UN FILM EST AUSSI LÀ POUR DÉRANGER

De son côté Olivier Zegna Rata, délégué Général du SPI, principal syndicat de la production audiovisuelle française, nous confiait sa sidération face à l’instrumentalisation du film, détourné de son propos, à des fins politiciennes. « Des interprétations extrêmes amènent à stigmatiser un film qui parle avant tout d’émancipation féminine, estime-t-il. Il y a bien sûr une responsabilité de Netflix, qui a volontairement modifié le propos de la réalisatrice à des fins marketing. Il ne faut pas que ce type de plateforme puisse procéder à des interventions éditoriales lourdes sans l’accord de l’équipe du film. »

Le responsable se dit aussi inquiet face à une forme de néo-maccarthysme américain qui cherche à faire peser une chape moraliste sur la création. « Il est normal qu’un film suscite des réactions, un film est aussi là pour déranger. »

Reste à savoir si les cinéphiles africains pourront aussi se faire un avis sur Mignonnes… « Aujourd’hui le planning des festivals est perturbé par le Covid : Durban a été décalé, Carthage sans compétition cette année, le FESPACO dans le flou sur la tenue de l’événement… note la spécialiste du cinéma d’Afrique Claire Diao. Mais si l’on se base sur le bon accueil de Rafiki sur un sujet aussi sensible, une histoire d’amour entre deux jeunes filles, on peut penser que les spectateurs africains pourront se faire leur propre avis. » À l’exception du Kenya, où il a été victime de censure, le film avait été diffusé dans de nombreux pays, de l’Afrique du Sud au Maroc.

Contactés par la rédaction, la réalisatrice et son producteur n’ont pas répondu à notre demande d’entretien

Avec Jeune Afrique par Léo Pajon