Archive for the ‘Cinéma’ Category

L’acteur français Jean-Louis Trintignant s’est éteint à 91 ans

juin 17, 2022
Un homme porte une veste noire et une chemise blanche.

Jean-Louis Trintignant au festival de Cannes en 2017 Photo : Getty Images/Pascale Le Segretain

Figure incontournable du cinéma et du théâtre français, l’acteur Jean-Louis Trintignant est décédé vendredi à l’âge de 91 ans, a annoncé à l’AFP son épouse Marianne Hoepfner Trintignant par l’intermédiaire d’un communiqué transmis par son agent.

Il est mort paisiblement, de vieillesse, ce matin, chez lui, dans le Gard, entouré de ses proches, a précisé son épouse.

En près de 70 ans de carrière, il a notamment joué dans Et Dieu… créa la femme, avec Brigitte Bardot en 1956, et dans dans Amour, un film réalisé par Michael Haneke en 2012 et lauréat de nombreux prix. 

Sa vie personnelle a été marquée par un drame : la mort de sa fille Marie Trintignant, tuée en 2003 par son conjoint Bertrand Cantat, du groupe de musique Noir Désir.

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse

Procès Depp-Heard : le verdict de TikTok

mai 27, 2022

Le procès opposant les acteurs Johnny Depp et Amber Heard qui tire à sa fin a abondamment été commenté sur les réseaux sociaux depuis six semaines. Un déluge de vidéos satiriques contre l’actrice cumule des millions de vues, en particulier sur TikTok.

Amber Heard, debout, à gauche de l'image. On voit à l'avant-plan, à droite, Johnny Depp.

L’actrice Amber Heard au procès pour diffamation intenté par son ex-mari Johnny Depp. Photo: AFP/Jim Lo Scalzo

Le procès en diffamation de Johnny Depp contre Amber Heard tire à sa fin; il ne manque plus que le verdict des jurés. Mais le tribunal des réseaux sociaux, lui, a déjà tranché. Depuis maintenant six semaines, les images du procès sont décortiquées quotidiennement et la vaste majorité des publications sont en appui à l’acteur de 58 ans.

TikTok a été le réseau social de prédilection pour les fans qui suivaient le procès de près, avec des milliards de vues sur des montages vidéo des images du tribunal. Les témoignages d’Amber Heard sont coupés et remontés, avec l’ajout d’effets sonores et de musique dans le but de la ridiculiser. On se moque de ses mimiques et de son jeu d’actrice. À l’opposé, on met de l’avant l’humour de Johnny Depp lors du procès.

Ce parti pris se ressent aussi dans les mots clés utilisés. #JusticepourJohnnyDepp récolte pas moins de 17 milliards de vues sur la plateforme, soit bien plus que les 53 millions obtenus pour #Justiceforamberheard. L’actrice doit aussi composer avec les 658 millions de vues récoltés pour #Amberheardisguilty, qui ne laisse planer aucun doute sur le peu de crédibilité dont elle dispose auprès de cet auditoire.

Johnny Depp poursuit en diffamation son ex-femme, l’actrice Amber Heard, avec qui il a été marié entre 2015 et 2016, pour une tribune qu’elle a publiée en 2018 dans le Washington Post. Elle y affirmait être devenue une figure publique des violences conjugales, sans toutefois mentionner le nom de Depp. Ce dernier nie fermement les allégations de son ancienne conjointe.

D’après Callum Hood, responsable de la recherche au Center for Countering Digital Hate(Nouvelle fenêtre), ONG qui lutte contre la désinformation en ligne, il est cependant difficile de distinguer le vrai du faux sur TikTok. Sur la plateforme, de très courts extraits du procès sont retenus et présentés avec un gros parti prisexplique-t-il en entrevue à CNN(Nouvelle fenêtre).

Le contenu sur TikTok, plus que sur toute autre plateforme, ajoute-t-il, est sans contexte. Nous avons tendance à en savoir moins sur le compte derrière la publication, le moment où cela a été publié, la provenance du matériel, les motivations de la personne. […] C’est vraiment difficile, avec les informations dont vous disposez dans l’application, de comprendre le contexte et d’évaluer si c’est vrai ou faux.

L’appui à Depp favorisé par les algorithmes?

La viralité du procès est en fait nourrie par les plateformes elles-mêmes, selon Simon Thibault, professeur au Département de science politique de l’Université de Montréal et spécialiste de la désinformation et de la manipulation en ligne. Les algorithmes vont chercher à nous alimenter en contenu de plus en plus spectaculaire, voire incendiaire, pour maintenir notre attention, souligne-t-il.

« Il y a de la satire, avec des mèmes, des montages vidéo et audio qui se moquent des acteurs du procès. Il y aussi beaucoup de commentaires virulents corrosifs, en particulier à l’égard d’Amber Heard. Ce sont des manifestations qui contribuent à orienter le débat en ligne entourant ce procès-là. »— Une citation de  Simon Thibault, professeur au Département de science politique de l’Université de Montréal

D’après Simon Thibault, il ne faut pas non plus minimiser les prises de position de personnalités très influentes au sujet du procès, comme Joe Rogan, animateur du balado The Joe Rogan Experience, l’un des plus populaires sur Spotify.

Il a eu des propos très durs à l’égard d’Amber Heard, explique-t-il. Et ce genre d’intervention là, ça peut contribuer à libérer la parole de certains de ses auditeurs qui vont se permettre ensuite, par émulation, de tenir des propos encore plus virulents sur les réseaux.

Des faux comptes utilisés

Un tel soutien envers Johnny Depp pourrait-il s’expliquer par l’utilisation de comptes automatisés, aussi appelés bots, des campagnes coordonnées en faveur de l’acteur?

L’équipe de Amber Heard y faisait référence en 2019, lorsque l’actrice déposait sa poursuite à la suite de la plainte en diffamation de Johnny Depp contre l’actrice. Il est notamment allégué dans des documents de cour : Dans le cadre de sa campagne de diffamation en cours, M. Depp et/ou ses agents agissant en son nom ont dirigé des comptes de médias sociaux authentiques et non authentiques, et/ou des bots contrôlés par des non-humains, pour cibler Mme Heard sur le compte Twitter et tenter d’interférer avec sa [carrière].

Mais une firme israélienne(Nouvelle fenêtre), spécialisée dans la détection de fausses informations et de faux comptes en ligne, vient en partie déconstruire cet argument. L’entreprise Cyabra a passé au crible les comptes impliqués qui participent aux échanges en ligne dans le cadre de ce procès.

Selon les données récoltées(Nouvelle fenêtre) fin avril, 11 % des 2300 comptes Twitter analysés seraient inauthentiques. Cependant, la majorité de ces faux comptes seraient en soutien à Amber Heard et non à Johnny Depp, selon le PDG de Cyabra Dan Brahmy, dans une entrevue accordée à Fox News Digital(Nouvelle fenêtre)

Pour l’expliquer, le professeur Simon Thibault fait référence à stan culture, contraction entre stalker (harceleur) et fan.

Ces données montrent qu’il y aurait des faux comptes associés à chaque camp, mais que ça serait plus du côté Amber Heard, remarque-t-il. C’est peut-être une illustration de la popularité de Johnny Depp qui, manifestement, a un groupe d’admirateurs prêts à aller très loin pour manifester leur appui et à le faire en ligne de façon très disgracieuse, voire haineuse.

Avec Radio-Canada par Aude Garachon

Cannes 2022 : décès de l’acteur Ahmed Benaissa, « monument » culturel en Algérie

mai 22, 2022

L’acteur et metteur en scène Ahmed Benaissa, considéré comme une grande figure du théâtre et du cinéma algérien, était à l’affiche du film « Goutte d’Or ».

Ahmed Benaïssa lors d’une répétition de la pièce « Meursault » , le 20 juillet 2015 à Avignon. © AFP ARCHIVES

Dans un message à la famille du défunt publié le 20 mai sur Facebook, la ministre de la Culture et des Arts, Soraya Mouloudji, a regretté la perte d’un « monument » de la culture algérienne qui laissera « une empreinte indélébile dans le monde du cinéma et du théâtre algérien ».

Il est décédé vendredi à Cannes, avant la projection du film « Goutte d’or » de Clément Cogitore, dans le cadre de la semaine de la critique. « Foudroyé par un malaise », il sera rapatrié et inhumé en Algérie, selon son fils, a indiqué l’agence officielle algérienne APS.

Le célèbre écrivain algérien Kamel Daoud lui a rendu un hommage appuyé sur Twitter : « Une belle âme, un grand acteur, un homme sans haine et au talent immense », en soulignant qu’Ahmed Benaissa participait au « tournage du film Meursault contre enquête (inspiré du roman éponyme de M. Daoud, ndlr) pour l’un des deux rôles principaux ».

Riche carrière

Né en 1944 à Alger, Ahmed Benaïssa a eu une des carrières les plus riches du théâtre et du cinéma algériens, collaborant avec de nombreux réalisateurs comme Merzak Allouache ou encore Rachid Bouchareb. Comédien reconnu pour son talent exceptionnel, il avait mené de nombreux projets sur les planches du théâtre à Alger et à Oran.

Ahmed Benaissa avait dirigé le théâtre régional de Sidi Bel Abbes, non loin d’Oran, pendant la décennie noire qu’a subie le pays entre 1992 et 2002.

Par Jeune Afrique avec AFP

Ousmane Sembène, cet inoubliable monstre sacré du 7e art africain

mai 19, 2022

SOUVENIR. Quinze ans après sa disparition, l’œuvre cinématographique et littéraire de Sembène Ousmane garde toute sa force faite d’authenticité et de réalisme.

Sembene Ousmane en 2002. L'oeuvre du cineaste et ecrivain continue de baigner des generations d'Africains dans des problematiques essentielles au continent.
Sembène Ousmane en 2002. L’oeuvre du cinéaste et écrivain continue de baigner des générations d’Africains dans des problématiques essentielles au continent.© Archives du 7e Art / Photo12

Le 9 juin 2007, l’étoile d’Ousmane Sembène s’éteignait à Dakar. Homme révolté et artiste engagé, il n’a eu de cesse, à travers son œuvre, de dénoncer les injustices sociales et les travers humains qui gangrènent les sociétés africaines. Ce cinéaste – et écrivain – autodidacte, internationalement reconnu, dont les combats sont d’une étonnante actualité, demeure sans conteste à ce jour l’un des maîtres du septième art du et sur le continent africain. Rien d’étonnant alors que dix ans après sa disparition, son talent et son engagement soient célébrés à la fois au Sénégal, son pays d’origine, mais aussi dans de nombreux autres pays africains.

De l’enfance à la guerre

De son vivant, Sembène Ousmane était considéré en Afrique comme l’un des écrivains les plus importants, mais aussi comme le plus grand des cinéastes. Il écrivait et filmait la rage au ventre. Une rage puisée dans une vie marquée par les blessures. Moins personnelles que collectives. De celles qui forgent les consciences et font naître les œuvres intemporelles.

Ousmane Sembène naît le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, en Casamance au sud du Sénégal, dans une famille léboue où les hommes sont pêcheurs de père en fils. Rien ne prédestinait alors le jeune Ousmane à devenir « Monsieur Sembène ». D’abord à l’école coranique puis à l’école française qu’il fréquente dès son plus jeune âge, il développe le goût des langues et des mots. Il étrenne également un tempérament frondeur, qui préfigure l’homme révolté qui sommeille en lui. À 13 ans à peine, il est renvoyé de l’école pour avoir giflé son professeur qui voulait l’obliger à apprendre le corse. À 15 ans, il rejoint Dakar alors capitale de l’Afrique occidentale française, Saint-Louis étant alors la capitale du Sénégal.

Ousmane Sembène dans les années 70-80. ©  DR
Rien ne prédestinait Sembène Ousmane à être le grand cinéaste et écrivain qu’il est devenu, lui, le natif de Ziguinchor dans une famille de Lébous, pêcheurs de père en fils.© DR

C’est un premier tournant dans sa vie, qui va en connaître un second, en 1942. En ces temps des colonies, l’Afrique aussi vit sa guerre mondiale à côté des puissances impériales, la France et la Grande-Bretagne, en difficulté face aux troupes de l’Axe. Alors que dans l’Europe lointaine et inconnue, le conflit fait rage, le jeune Ousmane est mobilisé au sein de l’armée coloniale. Il intègre l’un des bataillons de Tirailleurs sénégalais et participe à la guerre au Niger, au Tchad, en Afrique du Nord et en Allemagne. Un moment décisif, car c’est dans la plaie de cette expérience extrême qu’Ousmane Sembène puisera, plus tard, une partie de son inspiration pour nourrir une œuvre naturaliste, à la Balzac ou à la Zola. Une sorte de néo-réalisme africain.

Après l’Europe de la guerre, celle du travail

1948 marque un autre tournant pour cet artiste qui s’ignore encore. Rentré à Dakar à la fin de la guerre, il repart aussitôt en Europe. Il y restera douze ans. Embarqué clandestinement pour la France, il a pris la direction de Paris où il travaille comme maçon et mécanicien dans les usines Citroën ; ce sera Marseille après où il sera embauché comme docker sur le port. Ce sont des années de dur labeur. L’occasion pour lui, surtout, de se forger une conscience sur sa condition d’Africain, de noir et d’ouvrier. De quoi côtoyer des idéologies qui apparaissent à l’époque comme de résistance, résistance de classe, résistance syndicale. C’est ainsi qu’il adhère à la CGT et au Parti communiste français dans ces années 50 où les mouvements d’émancipation africains sont en pleine ébullition. Sa conscience sociale et politique s’aiguisant, le voilà qui milite contre la guerre en Indochine, pour l’indépendance de l’Algérie aussi. Quand en 1960 le Sénégal devient indépendant, c’est l’heure pour Ousmane Sembène de rentrer enfin chez lui, en Afrique. C’est le début d’une nouvelle vie où ont bourgeonné les leçons des expériences passées.

L’artiste engagé éclôt derrière l’homme

Une autre vie donc qui, en réalité, a commencé quelques années plus tôt. Sembène ressent en effet depuis longtemps la nécessité de se « raconter » afin de dénoncer des injustices dont il a été la victime – parfois –, le témoin privilégié – souvent.

En 1956, il publie son premier roman, Le Docker noir, une histoire inspirée de sa vie de prolétaire sur le port de Marseille. Une critique poignante de la condition ouvrière et des préjugés raciaux. Prolixe, il publie en 1957 Ô pays, mon beau peuple, devenu unclassique de la littérature africaine. Ousmane Sembène y relate le combat d’un homme seul, Oumar Faye, jeune Casamançais marié à une Européenne, qui lutte lui aussi, mais en Afrique cette fois-ci, contre les préjugés raciaux. Une peinture sociologique d’une vérité rare… et toujours d’actualité.

Ousmane Sembène et la couverture de son livre "Les bouts de bois de Dieu". ©  DR
Toute l’œuvre de Sembène Ousmane est engagée. Ce qui ne lui a pas toujours facilité la cohabitation avec les autorités de son pays, le Sénégal, et de son premier président, Léopold Sédar Senghor.© DR

En 1960, c’est au tour des Bouts de bois de Dieu d’être publié. Le roman raconte la grève en 1947 des cheminots africains de la ligne de chemin de fer Dakar-Niger, une ligne qui relie Dakar à Bamako. Leur objectif : accéder aux mêmes droits que leurs collègues français. Suivront un peu plus tard Voltaïque (nouvelles, 1961), L’Harmattan (roman, 1963), Le Mandat (récit, 1964), Xala (récit, 1973), Le Dernier de l’Empire (roman, 1981), Niiwam et Taaw (nouvelles, 1987).

Au total, l’œuvre littéraire d’Ousmane Sembène, humaniste et engagée, qui valorise l’histoire et la psychologie des personnages, est riche d’une dizaine de romans et d’essais dans lesquels Boniface Mongo-Mboussa, l’écrivain et critique littéraire congolais, décèle, au-delà d’une « écriture apparemment simpliste et manichéenne, une volonté de toujours donner à voir la complexité du réel, avec une lucidité et une intransigeance qui font souvent défaut aux écrivains africains contemporains ».

La naissance de Sembène, le cinéaste

Retour en 1960. Le cortège des indépendances africaines s’est ébranlé. Ousmane Sembène est rentré sur sa terre natale, à l’instar de nombre d’intellectuels africains qui entendent participer à la construction de leurs jeunes nations. Certains ne tarderont pas à déchanter. En attendant, Sembène parcourt le continent, de l’ouest au centre. C’est alors qu’une petite musique se met à trotter dans sa tête. Une musique faite d’images animées. Celles du cinéma. Voilà sa vocation. Ousmane Sembène sera cinéaste. Depuis ce jour, même s’il ne cessera jamais d’être écrivain, le septième art sera pour lui une obsession. Non pour lui-même – l’art pour l’art –, mais pour dénoncer – les injustices sociales et les travers humains – et donner à voir une autre image de l’Afrique, au-delà des clichés. Une Afrique paradoxale, en pleine mutation, tiraillée entre traditions et modernité. De quoi pour l’homme d’expérience qu’il est faire rimer talent artistique et engagement social et politique. Donc à près de 40 ans, sur le tard, Ousmane Sembène se lance dans la carrière – cinématographique. Dans une Afrique encore largement analphabétisée, il est convaincu que le cinéma, plus que la littérature qu’il chérit tant, lui permettra de toucher un public plus large. Il excellera dans la peinture d’un continent africain, transfiguré et révolté.

Une bourse et des films marquants

En 1962, cet autodidacte décroche une bourse pour étudier le cinéma aux studios Gorki à Moscou, en URSS. Quelques années et quelques courts métrages plus tard, il réalise en 1966 son premier long-métrage – le premier aussi à être réalisé par un cinéaste d’Afrique noire. La Noire de…, c’est son titre, raconte l’histoire émouvante d’une jeune nourrice sénégalaise qui quitte son pays et sa famille pour venir en France, à Antibes, travailler chez un couple. Celui-ci l’humiliera et la traitera en esclave, la poussant finalement au suicide.

Pour Ousmane Sembène, ce coup d’essai est un coup de maître, couronné par le Prix Jean Vigo. Suivront d’autres chefs-d’œuvre, tels que Le Mandat en 1968, une comédie qui croque avec une ironie mordante les travers de la nouvelle classe bourgeoise postcoloniale qui émerge au Sénégal au sortir de l’indépendance (Prix de la critique internationale au Festival de Venise).

Une scène du film "Ceddo" avec Tabata Ndiaye.  ©  Archives du 7e Art / Photo12
Images du film Ceddo de Sembène Ousmane. Avant Ceddo, Sembène Ousmane avait ouvert la voie des cinéastes africains avec des oeuvres remarquées comme La Noire de…, Le Mandat, etc.© Archives du 7e Art / Photo12

En 1979, Ousmane Sembène fait l’expérience de la censure. Dans son film Ceddo, il relate la révolte, à la fin du XVIIe siècle, de guerriers traditionnels (les Ceddos) aux convictions animistes qui refusent de se convertir aux religions monothéistes. Ousmane Sembène y pourfend le rôle de l’islam et du catholicisme dans le délitement des structures sociales traditionnelles avec la complicité de certaines élites locales. L’œuvre est frappée d’une interdiction de diffusion au Sénégal. Le président-normalien Léopold Sédar Senghor justifie cette décision par… une faute d’orthographe. Le terme « ceddo » s’écrirait, selon lui, avec un seul « d ». En réalité, le pouvoir sénégalais ne souhaite pas se mettre à dos les autorités religieuses du pays.

Censuré également, mais en France et de fait cette fois-ci, un autre de ses grands chefs d’œuvre, le magistral Camp de Thiaroye. Une dénonciation d’un des épisodes les plus sombres de l’armée coloniale française en Afrique : le massacre de Tirailleurs sénégalais par des gradés français le 1er décembre 1944 dans le camp militaire de Thiaroye, à la périphérie de Dakar. Un vibrant hommage à ces Africains « morts pour la France libre ». Le film, Grand Prix du Jury à Venise en 1988, ne sera finalement diffusé en France que bien des années plus tard.

En 2000, Ousmane Sembène s’attaque à la réalisation d’un triptyque sur l’héroïsme au quotidien. Les deux premiers opus sont une ode à la femme africaine, dont l’artiste dénonce la condition. Dans Faat Kiné (2000), il brosse le portrait croisé de trois générations de femmes qui luttent pour gagner leur autonomie et leur liberté. Dans Moolaadé (2004), il évoque le conflit de valeurs entre le droit à la protection et la « salindé », la pratique traditionnelle de l’excision. Quatre fillettes, qui fuient pour échapper à cette coutume, trouvent refuge auprès d’une femme qui leur offre l’hospitalité (le moolaadé) malgré les pressions conjointes du village et de son mari. Un long métrage sanctionné par une pluie de récompenses (Prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine, Prix « Un certain regard » à Cannes, prix spécial du jury au festival international de Marrakech, etc., le tout en 2004). Il n’aura pas eu le temps de finir le troisième tableau.

L'affiche du film "Mooladé" en 2004. ©  Archives du 7e Art / Photo12
Affiche de Moolaadé de Sembène Ousmane. À l’image de ses précédents films, cet opus  plonge dans des univers que les Africains peuvent reconnaître.© Archives du 7e Art / Photo12

Au final, l’œuvre cinématographique d’Ousmane Sembène, forte d’une quinzaine de films, s’est inscrit dans le prolongement de son œuvre littéraire dont elle est en partie l’écho. L’artiste y a dénoncé, avec la même verve, les conflits entre dominants et dominés (blancs-noirs, bourgeois-prolétaires, hommes-femmes) et a invité à une inlassable quête d’émancipation, pour les peuples comme pour les individus.

Un cinéaste, un promoteur du 7e art

Militant, Sembène l’est aussi quand il s’agit de promouvoir l’art cinématographique en Afrique. Tout au long de sa longue carrière, il prendra une part très active dans la promotion du Fespaco, le célèbre festival de cinéma africain. En remerciement, une avenue porte désormais son nom à Ouagadougou au Burkina Faso, où le festival se déroule chaque année. Sembène se rendra aussi régulièrement de village en village, de pays en pays, parcourant l’Afrique, pour montrer ses films et engager le débat avec les populations. En 2006, au crépuscule de sa vie, il reçoit les insignes d’officier dans l’ordre de la Légion d’honneur de la République française.

Le réalisateur Ousmane Sembène, 82 ans, pose le 18 février 2005 dans son bureau à Dakar.  ©  SEYLLOU / AFP

Une reconnaissance honorifique, mais hautement symbolique, qui vient consacrer le talent de l’artiste, mais aussi la bravoure du Tirailleur sénégalais.

Malgré les années, une source d’inspiration

Le 9 juin 2007, Ousmane Sembène s’est éteint à l’âge de 84 ans à son domicile de Yoff à Dakar. Clap de fin sur une vie d’une rare épaisseur. L’artiste laisse derrière lui une œuvre puissante, engagée, d’une étonnante actualité. Une œuvre magistrale, à la fois très africaine et universelle, à la liberté de ton, sans commune mesure aujourd’hui. Une œuvre sombre et joyeuse à la fois. « On rit beaucoup dans les œuvres de Sembène », dit son biographe, Samba Gadjigo, professeur de littérature africaine aux États-Unis. « Et après avoir ri, on se pose des questions et on avance ». Pas de doute, quinze ans après sa mort, Ousmane Sembène garde toute sa force d’inspiration.

Avec Le Point avec AFP

France: Fin de l’aventure « Plus belle la vie » sur France 3 en novembre

mai 5, 2022
Fin de l'aventure "Plus belle la vie" sur France 3 en novembre
Fin de l’aventure « Plus belle la vie » sur France 3 en novembre© AFP/Archives/VALERY HACHE

Le couperet est tombé au Mistral: France Télévisions arrêtera en novembre la diffusion de sa série phare « Plus belle la vie », à l’écran depuis 2004 sur France 3, a-t-elle annoncé jeudi à l’AFP, invoquant l’évolution des « attentes des téléspectateurs » et de « la consommation des programmes » depuis 18 ans.

« Ce jeudi 5 mai 2022, la direction de France Télévisions a annoncé aux équipes de +Plus belle la vie+, à Marseille, que cette saison serait la dernière », a précisé le groupe public dans un communiqué. « Plus belle la vie conclura ainsi son long parcours à l’antenne en novembre 2022 », a-t-il ajouté.

« Ça y est, c’est le clap de fin. On nous a annoncé la fin de tournage fin septembre », a confirmé auprès de l’AFP Thierry Lavaille, technicien et délégué syndical Force Ouvrière, présent jeudi sur le tournage dans les studios du quartier de la Belle de Mai, près de la gare de Marseille, entièrement consacrés à « PBLV ».

L’inquiétude y régnait depuis février et les fuites dans la presse sur un arrêt potentiel de la série, dont dépendent environ 600 emplois par an et qui a contribué à redorer l’image de la cité phocéenne.

Avec plus de 4.500 épisodes au compteur, « ce feuilleton, pionnier et emblématique, est devenu la série française quotidienne la plus longue de l’histoire et une marque forte de France 3 », a salué le groupe au sujet d’un programme « transgénérationnel, ancré dans la proximité, l’authenticité et les réalités de la société française dans toute sa diversité ».

Thèmes sociétaux

Mais « un renouvellement de l’offre créative est nécessaire », estime France Télé, à l’heure du boom des plateformes de streaming et alors que trois autres feuilletons quotidiens concurrencent « Plus Belle la vie » sur TF1 et France 2.

Le groupe public s’est toutefois engagé à poursuivre « une nouvelle histoire avec Marseille et sa région » via « un nouveau pacte créatif (…) dans la prolongation du plan France 2030 », qui doit se « traduire par le tournage de nouvelles séries originales ».

« On est soulagé dans un sens car France Télévisions s’est engagé à compenser au centime près, soit 30 millions d’euros par an, le montant du tournage (…) via des mini-séries » ou téléfilms, a ajouté Thierry Lavaille, qui travaille depuis 17 ans sur la série.

Diffusée depuis août 2004, « Plus belle la vie » raconte le quotidien des habitants du quartier marseillais fictif du Mistral.

Après des débuts timides, la série est devenue un phénomène en collant à l’actualité, en rendant par exemple hommage à Johnny Hallyday au lendemain sa mort, et en s’emparant de thèmes sociétaux jusque-là rarement abordés dans la fiction tricolore.

Elle a ainsi mis en scène le premier mariage gay de la télévision française en mai 2013, onze jours après la promulgation de la loi l’autorisant, ou abordé le thème de la transidentité en 2018 en faisant jouer pour la première fois un acteur transgenre.

Marque à reprendre ?

Avec elle, le service public s’est encanaillé, suscitant parfois la polémique, à la suite d’épisodes montrant comment rouler un joint ou l’utilisation de poppers pendant un ménage à trois.

En 2019, des associations féministes lui avaient reproché de représenter la GPA (recours aux mères porteuses, illégal en France) de façon favorable.

Preuve de son succès populaire, ses audiences ont atteint près de sept millions de téléspectateurs dans les années 2000 mais se sont effritées ces dernières années, tombant à 2,7 millions en moyenne sur la saison 2021-2022, selon Médiamétrie.

Ironie du sort, la série qui a permis la percée des soaps quotidiens en France fait aussi les frais de la concurrence de ses héritières, « Ici tout commence » et « Demain nous appartient » sur TF1 et « Un Si grand soleil » sur France 2.

Mais la marque « PLBV » ne manquera pas d’intéresser « l’ensemble du marché », des plateformes au groupe TF1 -dont Newen est une filiale-, avait estimé son directeur des antennes, Xavier Gandon, le mois dernier.

En attendant, France Télé s’est engagé à « boucler dignement cette magnifique et longue histoire »

Par Le Point avec AFP

RDC : « L’Empire du silence », testament choc et polémique de Thierry Michel

mars 16, 2022

Après avoir passé trente ans à filmer le pays, le réalisateur belge sort son nouveau – et il l’assure, dernier – documentaire. Une chronique saisissante sur un quart de siècle de conflits dans l’est de la RDC.

Quel sentiment a pu étreindre Thierry Michel lorsque les lumières de la salle de spectacle du Palais des peuples de Kinshasa se sont éteintes pour laisser les premières images de son film s’afficher sur l’écran géant ? Après des années à avoir été persona non grata en République démocratique du Congo, le plus connu des documentaristes belges dans le pays y faisait son retour avec les honneurs. Là où habituellement se réunissent députés et sénateurs, son dernier film, L’Empire du silence, était projeté en avant-première fin novembre, avant sa sortie officielle, le 16 mars.

« Revenir à Kinshasa, c’était un grand moment », lâche sobrement le réalisateur. L’homme n’est visiblement pas du genre à s’épancher. Ce soir-là, dans l’immense salle à la décoration surannée, il s’agite, virevolte. Seule sa suractivité trahit son stress : la salle est peu remplie et les expatriés sont au moins aussi nombreux que les Congolais. Une défaite ? Thierry Michel suggère des explications : le lieu est trop officiel, la communication a été mal orchestrée, et le lendemain, jurera-t-il plus tard, la salle était au contraire « pleine à craquer » – nous n’avons pas pu vérifier.

Morts, exécutions et cadavres par dizaine

Et qu’importe finalement, car ce n’est pas à ce public-là que L’Empire du silence semble destiné. Plus qu’un documentaire, ce film d’1h50 se veut un plaidoyer à l’attention des dirigeants mondiaux. Et le support d’une vaste campagne militante intitulée « Justice For Congo », initiée avec Denis Mukwege, – un médecin de Bukavu qui avait été l’objet de L’Homme qui répare les femmes : La Colère d’Hippocrate, un des précédents documentaires du réalisateur. Une campagne qui a pour but de pousser à l’instauration de tribunaux pénaux internationaux pour juger les crimes commis ces dernières 25 années dans l’Est de la République démocratique du Congo, à la manière de ceux mis sur pied pour le Rwanda ou l’ex-Yougoslavie.

C’est cette histoire que le long-métrage nous raconte. Celle d’un quart de siècle de guerres largement oubliées, celle de crimes de masses, de massacres atroces. Avec des images toutes tournées durant ses innombrables voyages en RDC, le réalisateur montre la fuite de centaines de milliers de Rwandais hutus depuis les camps de réfugiés, à travers les forêts congolaises, lors de l’offensive des troupes rebelles de Laurent-Désiré Kabila, en 1996. Il raconte aussi la tuerie de Tingi Tingi, en 1997, ou celle de Mbandaka, la même année.

On y voit les victimes et parfois les héros anonymes, à l’instar de cet ancien responsable de la Croix-rouge qui a refusé de se taire face aux exactions. Certains témoignages sont saisissants ; les images, souvent à la limite du supportable. Thierry Michel ne nous épargne rien de la saleté de la guerre. Il filme les morts, les exécutions, les cadavres par dizaines.

Polémique

Ce documentaire choc risque de faire autant de bruit que de susciter de polémiques. Car dans ce plaidoyer, le réalisateur s’appuie notamment sur le très controversé rapport Mapping. Établi par des experts mandatés par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme pour recenser les crimes commis entre 1993 et 2003 en RDC, il a servi de supports aux tenants de la thèse du « double génocide ».

LE CONGO N’A JAMAIS FAIT ŒUVRE DE JUSTICE ET DE MÉMOIRE

Ce rapport a aussi établi une liste des responsables des crimes de guerre, qui n’a jamais été rendue publique. Un secret que Thierry Michel veut voir lever. « Le Congo n’a jamais fait œuvre de justice et de mémoire », explique-t-il.

Lui désigne ceux qu’il considère comme les coupables : ils sont Congolais mais aussi Rwandais et Ougandais. Leurs noms ? James Kaberebe, ancien chef d’état-major de la RDC sous Kabila avant de devenir celui du Rwanda, ou encore les généraux Gabriel Amisi Kumba et Éric Ruhorimbere – mais aucun de ces hommes n’est interrogé sur ces accusations dans le documentaire.

Fin d’un cycle

Avec la fin du régime de Joseph Kabila et l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, le Belge veut croire que la vérité peut enfin émerger, et venir clore un quart de siècle de conflits dans l’Est de la RDC – une guerre qui est hélas toujours en cours.

Cela apporterait-il de la paix à Thierry Michel ? Peut-être est-ce aussi l’objet de ce long-métrage, qui apparaît comme le testament d’un homme qui a passé trente ans de sa vie à voyager en RDC. De Mobutu, roi du Zaïre, à ses démêlés avec le régime de Kabila qui interdira son film sur le premier procès de l’assassinat du militant des droits de l’homme Floribert Chebeya, Thierry Michel a documenté l’histoire récente de cette région d’Afrique décrite tant de fois, depuis Joseph Conrad, comme le « cœur des ténèbres ».

Plus de cent fois, dit-il, il s’est rendu en RDC. Il en a tiré treize documentaires. « Je suis à la fin d’un cycle. Je suis fatigué du combat, je n’en n’ai plus la force », témoigne-t-il. Récemment, cet homme d’image de 69 ans a perdu la vue d’un œil. L’autre est abimé. Il l’assure : L’Empire du silence est son dernier film.

Avec Jeune Afrique par Anna Sylvestre-Treiner

Dans la peau de Kanye West

mars 3, 2022

Netflix diffuse un documentaire en trois parties qui revient sur l’ascension difficile de Kanye West, sans rien ignorer de ses récents dérapages.

Kanye West en 2020.
Kanye West en 2020.© RICH FURY/VF20 / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Los Angeles, 23 octobre 2002. Comme tous les jours depuis ses 15 ans, Kanye West produit des beats. Aujourd’hui, il travaille pour les Black Eyed Peas, mais aussi Beanie Sigel et Peedi Crakk, des rappeurs de Roc-A-Fella, le label de Jay-Z sur lequel il a signé. Derrière sa console, Kanye soupire. Il est l’un des producteurs de rap les plus demandés du pays, mais il en a marre de jouer les rats de studio. Or, quand il a essayé de faire écouter son flow à son mentor Jay-Z, celui-ci a gardé ses pupilles collées à son bipeur : dans le fond, le grand Jay le méprise un peu. Kanye n’est pas assez « ghetto ». Il vient du Midwest, pas des rues. Il n’a jamais dealé de drogue, pas même une boulette de shit dans les couloirs du lycée. Sa mère est prof d’anglais à l’université, son père est un photo-journaliste, ex-militant des Black Panthers. L’inspiration pour ses rimes, il la puise dans son expérience… à la fac ! Du jamais-vu chez les rappeurs américains.

D’ailleurs, Kanye se sent plus poète que rappeur. Alors, en cette chaude journée d’automne californienne, il s’est lancé dans un freestyle devant Ludacris, le rappeur d’Atlanta. Lui aussi a été à l’université, peut-être qu’il appréciera ses punchlines ? De mauvaise humeur, Ludacris l’envoie balader. Kanye est humilié. Il est 3 heures du matin à L.A. Kanye grimpe, furieux, dans sa Lexus de location. Est-ce qu’il était encore en colère quand son véhicule s’est écrasé, quelques instants plus tard ? Il se réveille à l’hôpital, la mâchoire fracassée, et l’air de « Through the Fire », la ballade kitsch de Chaka Khan, tourne dans sa tête.

Investi d’une mission divine ?

Allongé sur un canapé dans cette pièce qui sent l’alcool à 90°, les yeux tellement tuméfiés qu’il peine à les ouvrir, il rappe en silence : «  Une vitamine C est mon petit-déjeuner, une boisson protéinée mon dessert/Quelqu’un a commandé des pancakes, je n’avale que le sizzurp. » À sa sortie de l’hôpital, il se dirige tout droit vers le studio d’enregistrement. Il sample « Through the Fire », en fait une boucle, rajoute quelques beats, et s’installe enfin derrière le micro. Il a cru mourir et se croit investi d’une mission divine. Sa diction est entravée par les fils qui maintiennent ensemble les os de sa bouche. Entre ses lèvres, il crache son venin encore plus fort. « Through the Wire », à travers les fils, sera son premier single. Trois ans plus tard, Time Magazine l’élève au rang des 100 personnes les plus influentes du monde. La carrière de Kanye a atteint d’inatteignables sommets, puis s’est écrasée.

C’est la trajectoire de l’une des personnalités les plus étranges du monde de la musique, mi-fou, mi-génie, mégalomaniaque passé du rap à la présidence des États-Unis (enfin, il s’y est présenté), que ce documentaire entreprend de retracer. En trois épisodes dont le dernier vient d’être dévoilé sur Netflix, Clarence « Coodie » Simmons le suit de ses débuts laborieux à Chicago, à son triomphe grâce à Jay-Z et son accident qui failli lui coûter la vie, sans oublier ses dérives psychiatriques et politiques.

La force de cette série, c’est l’accès privilégié qu’a eu le coréalisateur depuis les tout débuts du rappeur, lui permettant de rendre un témoignage ancré dans le temps. Il est fascinant de voir la détermination de West à se faire entendre quand personne ne le prend au sérieux. Dans les bureaux de Roc-A-Fella, il met sa chanson sur les sonos de toutes les secrétaires, leur rappe les paroles, yeux dans les yeux. Il ne récolte que des sourires gênés, mais sa foi ne faiblit pas. Il a une idée très claire de ce qu’il veut faire en studio en termes de paroles et de productions, il est en avance sur tout le monde, et seule sa mère croit en lui. Donda, qui l’a élevé seule, connaît tous ses raps par cœur. Elle l’encourage à se comporter comme une star jusqu’à en devenir une. Elle est son socle, son moteur, sa meilleure amie, son manageur, sa conseillère. Elle le filme à 13 ans enchaînant les rimes comme un grand, déjà en plein ego trip dans son pull à pois.

« Comment peut-on avoir trop confiance en soi ? »

« On dit que j’ai un excès de confiance en moi, comme si c’était mal, comme si c’était un gros mot », déclare-t-il des années plus tard à l’ouverture de son œuvre de charité, alors qu’il est au sommet. « Comment peut-on avoir trop confiance en soi ? Il faut avoir trop confiance en soi, il en faut toujours plus. Ils veulent qu’on se fonde dans la masse, qu’on baisse la tête et qu’on dise oui à tout. […] Je suis prêt à bousculer la vision négative des gens vis-à-vis d’un Noir sûr de lui. Parce qu’ils n’ont jamais vu ça. C’est comme la mentalité de l’esclave trop bruyant. […] Je suis le meilleur et vous devriez penser la même chose de vous ! » On remarque que ce qu’on trouve cool chez Liam Gallagher, le plus arrogant des rockeurs, on ne le supporte pas chez un rappeur noir. Le péché d’orgueil est excusé.

Époux d’une marque reine des réseaux sociaux et de la télé-réalité, il semble au bord du gouffre depuis la perte de sa mère et l’annonce de son divorce, s’enfermant deux semaines dans les loges d’un stade pour terminer un album après un concert où il venait de le présenter. Son nouvel album Donda 2 est complaisant, brouillon, inachevé, mais on ne peut que recommander cette série documentaire tant elle éclaire sur l’impitoyable industrie du hip-hop, la grâce des moments de création, les relations mère-fils, la résilience et la bipolarité.

« Jeen-Yuhs, la trilogie Kanye West », de Clarence « Coodie » Simmons et Chike Ozah, sur Netflix

Avec Le Point par Anne-Sophie Jahn

Concours Netflix/Unesco : Machérie Ekwa-Bahango parmi les 21 cinéastes en herbe sélectionnés

février 7, 2022

Netflix et l’Unesco ont annoncé, le 1er février, les vingt et un participants sélectionnés pour la suite du concours inédit « Contes populaires africains réinventés ».

1-Machérie Ekwa

L’un des principaux objectifs du concours est de découvrir de nouveaux talents et leur donner une visibilité à l’échelle mondiale. « Nous voulons dénicher les adaptations les plus audacieuses, surprenantes et pleines d’esprit des contes populaires les plus affectionnés d’Afrique et les partager avec les cinéphiles du monde entier, dans 190 pays », indique l’Unesco.

Les candidats, expliquent les organisateurs, ont été choisis à l’issue d’un processus d’évaluation rigoureux au cours duquel des professionnels de l’industrie du cinéma, originaires d’Afrique, ont minutieusement étudié plus de 2080 candidatures en plusieurs langues provenant de tout le continent. Les candidats sélectionnés constituent un groupe de créateurs africains dynamiques issus de treize pays.

Ces vingt et un cinéastes émergents participeront à la phase suivante du concours au cours de laquelle ils présenteront leurs projets à un jury de mentors dont Bongiwe Selane (Afrique du Sud), Leila Afua Djansi (Ghana), David Tosh Gitonga (Kenya), Femi Odugbemi (Nigéria), Jean-Luc Herbulot (République du Congo), ainsi que des représentants de Netflix et de l’Unesco qui les guideront tout au long du processus.

Six réalisateurs à sélectionner

Le jury, indique l’Unesco, sélectionnera six réalisateurs qui recevront une subvention de production de 75 000 dollars (par le biais d’une société de production locale) pour développer, tourner et assurer la post-production de leurs films. « Netflix et les mentors veilleront à ce que toutes les personnes participant à la production soient équitablement rémunérées. Chacun des six lauréats recevra également 25 000 dollars », explique l’organe des Nations unies.

En dehors de la Congolaise Machérie Ekwa, les autres cinéastes sélectionnés sont Gcobisa Yako (Afrique du Sud) ; Ndiyathemba Modibedi (Afrique du Sud) ; Mphonyana Mokokwe (Botswana) ; Ebot Tanyi (Cameroun) ; Anne Catherine Tchokonté (Cameroun) ; Venance Soro (Côte d’Ivoire) ; Nader Fakhry (Côte d’Ivoire) ; Noni Ireri (Kenya) ; Oprah Oyugi (Kenya) ; Voline Ogutu (Kenya) ; Volana Razafimanantsoa (Madagascar) ; Mohamed Echkouna (Mauritanie) ; Anita Abada (Nigeria) ; Akorede Azeez (Nigeria) ; Tongryang Pantu (Nigeria) ; Nosa Igbinedion (Nigeria); Loukman Ali (Ouganda) ; Katya Aragão (Sao-Tomé-Et-Principe) ; Walt Mzengi (Tanzanie) et Samuel Kanyama (Zambie).

2- L’affiche du concours

Scénariste et réalisatrice

Titulaire d’une licence en droit, scénariste et réalisatrice, passionnée de cinéma, Machérie Ekwa, 29 ans, est autodidacte. Elle a suivi des ateliers de scénario et de réalisation, tout en poursuivant ses études de droit. « Maki’la », son premier film en tant que réalisatrice, est sorti en 2018. Il met en scène des enfants de la rue.

Machérie Ekwa a participé au festival de Cannes pour la première fois en 2017, en tant que jeune talent invitée à la table ronde « Passer l’Afrique au détecteur de talent », organisée par l’Organisation internationale de la Francophonie et l’Institut français. En décembre 2017, elle a été sélectionnée au programme Berlinale Talents 2018 mais n’a pas pu y participer, son film « Maki’la » étant sélectionné la même année au Forum du 68e Festival international du film de Berlin.

Le film a remporté le prix BECCE de la dramaturgie (Berlinale/Section Forum) ; le grand prix aux Ecrans noirs (Cameroun) ; le prix du jury aux Journées cinématographiques de Carthage; le prix du jury au festival de film des femmes de salé (Maroc) et le grand prix au festival du film de Cologne. Par ailleurs, Machérie Ekwa a collaboré aux films « Kimpa Vita : la mère de la révolution africaine » et « Félicité » du réalisateur sénégalo-français Alain Gomis, où elle était en charge de la traduction du scénario en lingala.

En 2016, Machérie Ekwa, alors âgée de 23 ans, a écrit six épisodes de la série télévisée « Ndakisa : lobi mokolo ya sika », film institutionnel financé par l’ONG américaine Search For Common Ground. Elle développe actuellement le scénario de son deuxième long-métrage intitulé « Zaïria ».

Avec Adiac-Congo par Patrick Ndungidi

Inde: La superstar de Bollywood Lata Mangeshkar est décédée à 92 ans

février 6, 2022
Lata Mangeshkar lors d'une cérémonie.

La chanteuse vedette a prêté sa voix à de nombreux films à succès en Inde. Photo: AFP

Surnommée « le rossignol de l’Inde », Lata Mangeshkar, qui a régné sans égale sur la musique de Bollywood pendant des décennies, est décédée à l’âge de 92 ans. Le Premier ministre indien Narendra Modi en a fait l’annonce dimanche.

Je suis bouleversé au-delà des mots. L’aimable et bienveillante Lata Didi nous a quittés. Elle laisse un vide dans notre nation qui ne peut être comblé , a-t-il écrit sur Twitter.

Née le 28 septembre 1929 à Indore, dans l’État du Madhya Pradesh, Lata Mangeshkar a enregistré son premier morceau en 1947 pour le film Majboor.

Dil mera toda, l’une des chansons du film, l’a propulsée sous les feux des projecteurs à 18 ans.

Dès lors, les superproductions de Bollywood se sont arraché sa voix incomparable tout au long des décennies suivantes. La chanteuse a marqué de nombreuses œuvres cinématographiques telles que Barsaat ou encore Mahal.

Elle a également prêté sa voix à une foule d’actrices, parfois de 50 ans ses cadettes. Certains critiques se sont même plaints que son omniprésence éclipsait de jeunes étoiles montantes.

La vedette indienne a toutefois toujours conservé un public de fanatiques qui plaçait chacun de ses titres au sommet des palmarès.Des hommes devant une photo de la chanteuse Lata Mangeshkar.

Des dirigeants du Congrès national indien rendent hommage à la chanteuse Lata Mangeshkar, à Allahabad, le 6 février 2022. Photo: AFP/Sanjay Kanojia

Toujours coiffée d’une longue natte brune, point rouge sur le front, elle a chanté dans plus de 1000 films et publié une multitude d’albums.

Elle comptait dans son répertoire quelque 27 000 chansons, interprétées dans des dizaines de langues, dont l’anglais, le russe, le néerlandais et le swahili.

Par Le Point avec Agence France-Presse

Canada-Québec: Le Dr Boileau qualifie la culture de « divertissement », le milieu culturel heurté

janvier 26, 2022
Luc Boileau parle assis à la table de presse.

Le directeur national de santé publique, le Dr Luc Boileau Photo : La Presse Canadienne/Paul Chiasson

L’annonce de la réouverture prochaine des salles de spectacle et des cinémas par le premier ministre François Legault, mardi, a été ternie par l’utilisation de certains mots, qui ont heurté plusieurs acteurs du milieu des arts de la scène québécois.

Les Québécois ont hâte de revoir leurs artistes, a déclaré en conférence de presse François Legault pour expliquer la réouverture des lieux culturels fermés depuis plus d’un mois. 

Au cours du même point de presse, le Dr Luc Boileau, le nouveau directeur de santé publique du Québec, a qualifié les activités bénéficiant d’assouplissements à partir du 7 février de divertissements

Pas juste du divertissement

Ces propos ont été mal accueillis par certains intervenants du milieu culturel. 

C’est déplorable, estime Catherine Voyer-Léger, directrice du Conseil québécois du théâtre (CQT). Il faut faire attention aux mots qu’on utilise. Cela entretient le sentiment de plusieurs personnes que les arts de la scène sont oubliés dans la gestion de la crise.

[La culture], ce n’est pas que du divertissement, a souligné de son côté Olivier Kemeid, codirecteur général et directeur artistique du théâtre le Quat’sous, à Montréal, en entrevue à l’émission Le 15-18.  

« On a un peu l’impression d’être relégués dans la case du pain et des jeux, comme si on était un club de philatélie ou un hobby. […] Être relégué comme si c’était juste un divertissement [pour] s’aérer l’esprit, ça nous fait mal. »— Une citation de  Olivier Kemeid, codirecteur général du théâtre le Quat’sous

Un sentiment que partage Marcelle Dubois, directrice générale et membre du collectif de direction artistique du Théâtre Aux Écuries à Montréal. 

À ses oreilles, la phrase de François Legault a sonné comme si le déconfinement des salles revenait à donner un bonbon à la société en lui permettant d’aller voir des artistes, et non pas comme si le gouvernement rouvrait les salles en raison de la souffrance ressentie par le milieu des arts de la scène.  

Des interrogations sur la vision du gouvernement 

Ces mots posent plusieurs questions, selon Marcelle Dubois. Quelle position le gouvernement a face à sa culture? Quelle société veut-on? Comment considérer la culture?, s’interroge-t-elle. 

Pour Olivier Kemeid, la culture remplit un rôle dans la vie démocratique. Il y a des débats ayant lieu dans les salles de spectacle qui sont peut-être plus apaisés que les débats acrimonieux auxquels on assiste [ailleurs], note-t-il. 

Je suis convaincu que l’on participe à un esprit plus sain dans la société, a-t-il ajouté. 

Les mots employés en conférence de presse viennent amplifier le sentiment que les arts de la scène ont été négligés par le gouvernement Legault. 

Ces derniers jours, le milieu avait déjà expliqué se sentir écouté et compris par le Ministère de la Culture et des Communications, mais pas par les instances gouvernementales supérieures. 

Une certaine déception était palpable dans le milieu qui espérait plus de considération.  

Avec Radio-Canada par Fanny Bourel