Archive for the ‘Culture’ Category

SOS : le célèbre artiste Congolais ZAO, Zoba Casimir est dans un état critique

novembre 13, 2022

Musicien âgé de 69 ans, ZAO, Zoba Casimir a marqué la musique congolaise à tous les niveaux, avec ses titres comme Ancien Combattant, La Guerre Mondiale. Il se trouve dans un état critique suite à un AVC.

L’homme est victime d’un AVC (Accident Vasculaire Cérébrale), depuis deux mois déjà à Brazzaville où il réside. L’artiste nécessite un suivi spécial et surtout des soins appropriés qu’il ne peut s’offrir financièrement et en appelle à la bonne volonté de ses mélomanes.

L’artiste est domicilié dans la rue Bergère, non loin du petit marché Commission, à Bacongo. Pour tout renseignement veuillez joindre ce contact : (+242) 06.666.25.77 )

Avec Sacer-infos par Stany Frank

France-Harcèlement scolaire : TikTok, le déversoir des ados

novembre 10, 2022

CHRONIQUE. Plus d’un ado sur trois se connecte chaque jour à TikTok. À l’occasion de la journée de lutte contre le harcèlement à l’école, plongée dans ce réseau social.

Sur TikTok, le hastag #HarcelementScolaire cumule aujourd'hui plus de 88 millions de vues.
Sur TikTok, le hastag #HarcelementScolaire cumule aujourd’hui plus de 88 millions de vues.© JONATHAN RAA / NurPhoto via AFP

Avec 4 millions d’utilisateurs actifs chaque jour, dont 38 % âgés de 13 à 17 ans, l’application TikTok fait partie des trois réseaux sociaux prisés des ados, avec Instagram et Snapchat. En cette journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, les applications favorites des jeunes ont-elles un impact sur ce combat ? Si TikTok permet aux jeunes de témoigner de leur harcèlement, de s’identifier à d’autres récits et de recueillir de nombreux soutiens, l’application peut aussi exacerber les violences vécues en classe et même les propager hors de l’enceinte d’un établissement.

Sur TikTok, le hashtag #HarcelementScolaire cumule aujourd’hui plus de 88 millions de vues. Le président Emmanuel Macron s’en est lui-même servi lors de la rentrée du 1er septembre afin d’inviter les enfants victimes à en parler autour d’eux et d’appeler le numéro vert mis en place par le gouvernement.

Parmi les nombreux témoignages d’adolescents ou de jeunes adultes sur l’application, la vidéo de la jeune Orlanne, alias @barbiebridée, a fait réagir plusieurs centaines de milliers d’utilisateurs pour la phrase choc qui illustre le harcèlement qu’elle a vécu. Dans son TikTok, Orlanne superpose deux photos d’elle aujourd’hui, du haut de ses 17 ans, et une autre alors qu’elle était enfant accompagnée de la phrase : « Pendant que vous harceliez des gens, elle demandait à sa mère si elle pouvait ouvrir ses yeux avec des ciseaux. ». « J’ai une malformation génétique, dont souffre aussi ma maman, et lorsque j’étais petite, je subissais du harcèlement anti-asiatique. Quand j’expliquais que ce n’était pas le cas, mes camarades ont trouvé d’autres manières de se moquer de moi, en m’appelant “l’expérience ratée” du matin au soir, même devant ma mère », raconte Orlanne d’une voix douce en se remémorant les violences vécues dès ses 5 ans.

Banalisation

Suivie aujourd’hui par près de 200 000 personnes, la lycéenne a décidé de critiquer publiquement la banalisation du harcèlement scolaire, phénomène incarné par des vidéos de moqueries ou de brimades : « C’est en voyant des tiktok de filles qui se montrent comme si elles étaient des pestes dans les films et qui se vantaient d’avoir été encore pire quand elles étaient ados que j’ai réagi. À l’heure actuelle, je fais encore des cauchemars où je revis les violences psychologiques et physiques que j’ai subies jusqu’à mes 13 ans, donc je ne vois pas l’intérêt de se vanter d’avoir traumatisé des gens », s’indigne Orlanne. L’adolescente va beaucoup mieux, mais elle confie être encore régulièrement critiquée pour sa manière de se maquiller, notamment sur les réseaux sociaux.

Anissa, que Le Point avait rencontrée en février pour le lancement du #MetooAnimation, compte aujourd’hui plus de 1 million d’abonnés sur TikTok et Instagram. La jeune militante, rejointe par son amie Hajar, cofondatrice de l’association StopFisha, qui lutte contre le cybersexisme et le cyberharcèlement, s’engage contre le harcèlement scolaire. « On a une histoire commune depuis la maternelle, on était à l’école en région parisienne et voisines. Toutes les deux, on a été harcelées, mais Hajar a aussi fait partie de celles qui me faisaient du mal », explique Anissa. Enfants, Hajar et d’autres amies ont qualifié Anissa et l’une de ses camarades de « fausses Arabes », car elles mangeaient du porc à la cantine. Dès lors, Anissa s’est imposé un régime sans porc à la cantine, un secret qui lui occasionnait beaucoup d’angoisses. « C’était arrivé à un point où je cachais le jambon quand je faisais les courses avec ma mère, j’avais une grosse pression sociale et tout le monde à l’école était persuadé que je ne mangeais pas de porc. Lorsque j’en ai un jour mangé par inadvertance devant une camarade, j’ai fondu en larmes. » De son côté, Hajar, qui dit avoir été elle aussi malmenée par des camarades et une enseignante, explique qu’elle était alors « une boule de colère ».

Grâce à leurs expériences respectives des réseaux sociaux, les deux amies ont décidé de témoigner en ligne et mis sur pied une table ronde virtuelle autour du harcèlement scolaire et du cyberharcèlement : « J’ai énormément de jeunes abonnés qui m’écrivent pour se confier. Après avoir passé des heures à lire leurs témoignages, mais aussi découvrir ce qu’ont vécu la petite Dinah, Marion Fraisse et beaucoup d’autres, j’ai décidé d’organiser cette table ronde filmée et d’y faire intervenir Hajar, mais également un professeur et surtout Nora Fraisse, la mère de Marion [une adolescente qui s’était suicidée en 2013 en laissant une lettre dénonçant le harcèlement dans son collège, NDLR], et fondatrice de l’association La Main tendue », explique Anissa.

Les réseaux sociaux, un continuum du harcèlement

Mais les plateformes peuvent également devenir un vecteur du harcèlement. Alors qu’un adolescent passe en moyenne 78 minutes par jour sur TikTok, une étude publiée en 2021 révèle que 20 % des jeunes déclarent avoir été confrontés à du cyberharcèlement.

Aurélie travaille depuis plusieurs années en vie scolaire dans un collège du Val-de-Marne et a débuté une formation pour devenir CPE. La jeune femme est dans l’attente d’un protocole précis à suivre en cas de cyberharcèlement, selon les situations. « L’année dernière, une jeune fille de quatrième n’était pas appréciée dans sa classe, elle n’avait pas vraiment d’amis et ses parents venaient de divorcer. Elle faisait n’importe quoi sur les réseaux sociaux et postait des photos et vidéos d’elle en soutien-gorge. Un camarade est tombé dessus et a fait des captures d’écran afin de montrer tout ça sur le groupe de classe. Ça a dégénéré et, malgré nos interventions, elle a quitté l’établissement avant la fin de son année scolaire. On m’a toujours dit que, sur les réseaux sociaux, ce n’est pas du ressort de la vie scolaire, mais c’est aux parents de gérer », raconte Aurélie qui dénonce le flou ambiant.

Depuis la Bourgogne où il habite, Chris, lycéen de 16 ans, a été un fervent utilisateur de TikTok où il postait des vidéos de danse, mais aussi des confidences et des anecdotes lorsqu’il était au collège. « J’étais bête, car je me disais que personne de mon collège n’allait tomber dessus, comme je n’avais pas relié mon compte à mon numéro ou mon Instagram, mais ça s’est su et j’ai vécu une vraie dégringolade », se souvient l’adolescent. En troisième, ses camarades du collège s’amusaient à l’imiter dans les couloirs ou lui reprochaient les vidéos dans lesquelles il se plaignait. « Je ne donnais jamais de nom, juste je racontais aux quelques abonnés que j’avais que je me faisais traiter parfois de “sale pédé”, mais quand mon compte a été trouvé, tout le monde a dit que j’étais une balance et une victime », s’insurge Chris. Même s’il a vite supprimé son compte, le mal était fait puisque les captures d’écran de ses tiktoks étaient sans cesse repartagés, jusqu’aux groupes de discussion Snapchat de son collège.

Grâce à son influence, Anissa a voulu venir en aide à une adolescente qui lui avait envoyé des vidéos tiktoks de jeunes filles de son lycée se moquant d’elle et lui demandant publiquement de se suicider. « J’ai signalé ces vidéos horribles et j’ai demandé aux gens de faire de même, mais les vidéos sont toujours là. Moi-même quand je reçois des commentaires haineux, je suis obligée de les lire pour les signaler, donc je n’échappe pas à la violence. Avec les réseaux sociaux, on ne rentre jamais chez soi finalement, car ça nous suit », déplore la créatrice de contenus.

Les réseaux sociaux ne laissent aucune trêve aux élèves victimes.Pap Ndiaye

Dans son édito pour la journée du 10 novembre, le ministre de l’Éducation et de la jeunesse Pap Ndiaye estime que « la place occupée par les réseaux sociaux chez les jeunes crée un enjeu supplémentaire dans la lutte contre le harcèlement : ils rendent poreuses les frontières de la classe et ne laissent aucune trêve aux élèves victimes ». Le ministère met en avant son programme pHARe, un plan de prévention du harcèlement à destination des écoles et des collèges. Parmi les actions à venir, une attestation de sensibilisation au numérique qui sera remise aux élèves de sixième et qui permettra aux enseignants d’adapter selon les résultats, des temps en classe pour mettre, par exemple, en œuvre des actions de sensibilisation contre le cyberharcèlement.

Pour Hajar, avec son association StopFisha, qui intervient bénévolement dans les établissements scolaires, il ne faut plus distinguer le « cyber » et le « réel ». « Les deux sont réels et ont le même impact, il est temps de réguler les réseaux sociaux pour qu’ils prennent leurs responsabilités. On culpabilise encore trop les victimes en leur reprochant de poster sur TikTok ou Instagram, et ce n’est pas normal. Aujourd’hui, la plateforme de signalement Pharos n’a pas les moyens suffisants, même si elle essaie de faire au mieux, c’est aux réseaux sociaux d’agir », estime Hajar qui a découvert avec son association la minimisation du harcèlement en ligne sur une génération totalement digitalisée.

Avec Le Point par Nora Bussigny

Prix Apollinaire Denise Desautels grande lauréate

novembre 7, 2022
PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE La poète Denise Desautels

Immense honneur pour la poésie québécoise ! La poète montréalaise Denise Desautels vient de recevoir à Paris le prestigieux prix Apollinaire pour son plus récent recueil, Disparaître : autour de 11 œuvres de Sylvie Cotton, publié ici au Noroît et, en France, par la maison d’édition L’herbe qui tremble.

Denise Desautels devient seulement la deuxième poète du Québec, et la première Québécoise, à remporter le prix Apollinaire. Gaston Miron l’avait reçu en 1981 pour son célèbre recueil L’homme rapaillé, publié la toute première fois aux Presses de l’Université de Montréal en 1970, puis en France chez Maspero.

En une année, divers honneurs ont souligné l’illustre carrière de Denise Desautels qui a publié une trentaine de recueils de poésie depuis 1975, ainsi que signé plusieurs livres d’artistes. L’automne dernier, ses recueils L’angle noir de la joie (2011) et D’où surgit parfois un bras d’horizon (2017) ont fait leur entrée dans la prestigieuse collection Poésie/Gallimard.

La poète, qui sait « à chaque phrase réinventer le cœur et son battement », a été récompensée d’une quinzaine de prix depuis ses débuts, dont le Grand Prix du Festival de poésie de Trois-Rivières (Leçons de Venise et Sans toi, je n’aurais pas regardé si haut), le prix du Gouverneur général (Le saut de l’ange) et le prix Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre.

Son recueil Disparaître a été inspiré par 11 œuvres de l’artiste interdisciplinaire Sylvie Cotton. Les textes de ce projet conçu pour la revue Relations en 2017-2018 ont été remaniés afin de créer ce qui s’avère un modèle de fusion entre la poésie et les arts visuels.

Dans une langue éblouissante, la poète entremêle le feu qui la consume avec les œuvres picturales. Denise Desautels a toujours contemplé la fin de l’existence les yeux ouverts, tout en rêvant d’apercevoir le ciel bleu. Elle demeure cette rebelle avec une cause : décrire la douleur pour la transcender.

Prix Apollinaire

Les choix du jury du prix Apollinaire, dit de poésie française et du monde francophone, se font sur la base de « l’originalité et la modernité » des recueils. La liste des 10 finalistes, dont le livre de Denise Desautels, a été annoncée en juin dernier.

Instituée en 1941, cette célèbre récompense a été attribuée dans le passé à des poètes comme Pierre Seghers, Claude Roy, Léopold Sédar Senghor, Vénus Khoury-Ghata, Bernard Chambaz, René Depestre, Linda Maria Baros et Jean-Pierre Siméon qui préside désormais le jury.

La cérémonie de remise du prix a lieu depuis 2016 au café littéraire Les Deux Magots, à Paris, où le poète Guillaume Apollinaire avait ses habitudes. Le jury décerne également depuis quelques années un Prix découverte.

Avec La Presse canadienne par MARIO CLOUTIERCOLLABORATION SPÉCIALE

Le chanteur américain Aaron Carter a été retrouvé mort dans sa baignoire

novembre 6, 2022

Aaron Carter était âgé de 34 ans. Il avait commencé sa carrière musicale à l’âge de 7 ans et avait notamment participé à une tournée de Britney Spears.

Aaron Carter etait tres apprecie des adolescents des annees 2000.
Aaron Carter était très apprécié des adolescents des années 2000.© MARK DAVIS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Son album Aaron’s Party (Come Get It) avait fait le tour du monde et avait rendu célèbre le chanteur pop et hip-hop américain. Aaron Carter est décédé samedi 5 novembre à l’âge de 34 ans, selon le média spécialisé TMZ. Le frère cadet du Backstreet Boy Nick Carter a été trouvé mort dans sa baignoire dans sa résidence de Lancaster, en Californie.

Un porte-parole de la police contacté par l’Agence France-Presse (AFP) a déclaré qu’une personne décédée avait été découverte au domicile du chanteur samedi matin, mais s’est refusé à confirmer l’identité de cette personne. L’agent d’Aaron Carter n’a pas répondu dans l’immédiat aux sollicitations de l’AFP.

Disque de platine en 2001

Né le 7 décembre 1987 à Tampa, en Floride, Carter avait commencé sa carrière musicale dès l’âge de 7 ans. Il avait 9 ans lorsqu’il avait sorti son premier album, Crush on You, en 1997. Sorti en septembre 2000, Aaron’s Party (Come Get It) s’était vendu à 3 millions d’exemplaires aux États-Unis et l’avait immédiatement propulsé au statut de coqueluche des ados et préados.

Aaron Carter avait participé à des tournées avec The Backstreet Boys et Britney Spears, faisant les premières parties de leurs concerts. En 2001, son album Oh Aaron, dans lequel il chante en duo avec son frère Mick, avait remporté un disque de platine.

Même si sa popularité s’était un peu estompée avec l’âge, Carter continuait à apparaître régulièrement dans des émissions télévisées et à publier de nouvelles chansons en ligne. Mais sa vie privée mouvementée, notamment des querelles d’argent au sein de sa fratrie de cinq, avait fait de lui la proie des tabloïds, et il avait entamé en 2011 une cure de désintoxication. En 2013, criblé de dettes, notamment fiscales, il s’était déclaré en faillite. Il avait également eu de nombreux ennuis avec les autorités, principalement pour possession de stupéfiants et conduite dangereuse.

Plus tôt cette année, il avait affirmé au Daily Mail qu’il aspirait à ne plus être considéré comme une « épave ». « Je ne suis pas ce que certaines personnes essayent de dépeindre », avait-il plaidé. « Si quelqu’un veut me traiter d’épave de train, alors je suis un train qui a subi de nombreux accidents et a déraillé pour de nombreuses raisons. »

Par Le Point avec AFP

Littérature : Henrietty Mounkassa-Ngala, une plume en herbe précoce

novembre 5, 2022

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années ». Ce célèbre dicton trouve tout son sens dans le parcours talentueux d’Henrietty Christella de Lourdes Mounkassa-Ngala qui, à seulement 16 ans, vient de publier son premier ouvrage, une pièce de théâtre intitulée « Le tournant de ma vie ». La présentation-dédicace de l’œuvre a eu lieu le 4 novembre, à Brazzaville.

L’autrice, à gauche, et la couverture du livre à droite/Adiac

On pouvait lire l’étonnement et l’émotion dans le regard de bon nombre d’invités venus pour la circonstance soutenir le courage et le talent précoce de la jeune écrivaine Henrietty Mounkassa-Ngala, élève en classe de seconde. A travers elle, la littérature congolaise s’est enrichie, tout en se remémorant de la jeune Calissa Ikama Ngala, décédée du cancer en 2007, qui publiait son premier roman « Le triomphe de Magalie » en 2005, à l’âge de 13 ans.

Cette passion pour les lettres, elle la développe très tôt et c’est peu avant le confinement qu’elle se lance dans cette belle aventure qui mûrira durant le confinement en 2020. Alors que les parents redoutaient qu’Henrietty arrive à concilier étude et passion littéraire, celle-ci les surprend en achevant son récit, intitulé « Le tournant de ma vie ». Un titre révélateur qui s’apparente plus ou moins à son histoire d’écrivaine.

L’histoire partagée dans ce livre est celle de Marie Eustley, une adolescente de 15 ans qui est envoyée en France pour continuer ses études secondaires. Malheureusement, face aux aléas de la vie, la jeune fille empruntera un tout autre chemin qui la conduira dans une succession de tourments. S’étalant sur 165 pages, la pièce de théâtre fait se succéder environ une vingtaine de personnages dont le principal est Marie, autour de qui gravitent ses géniteurs, ses frères et sœurs ; ainsi que sa tante maternelle Josiane, son fiancé et sa fille, constituant sa famille en France. A ceux-ci s’adjoignent des amis aux mauvaises mœurs et des condisciples du lycée, intolérants du fait de son pigment noir.

Un coup d’essai, coup de maître

Présentant l’ouvrage, l’écrivain et critique littéraire, Pierre Ntsemou, a salué la démarche de l’autrice qui, à travers cette pièce de théâtre, sort des sentiers battus en proposant une construction du texte qui n’a ni tableaux, ni actes, ni moins encore des scènes désignées stricto-sensu comme telles. En effet, Henrietty a choisi d’innover en subdivisant son texte en séquences d’inégale longueur ; soit cinq au total allant de 7 pages pour les deux premières à 15, 47 et 70 pages pour la dernière qui est éponyme, c’est-à-dire a donné son titre à la pièce.

« Avec une entrée des plus spectaculaires dans le prestigieux cercle des dramaturges où la gent féminine n’est pas légion dans la république des belles lettres congolaises, pour un coup d’essai, c’est bien un coup de maître pour Henrietty Mounkassa-Ngala. Souhaitons-lui une merveilleuse et affriolante carrière. En tant que jeune plume, elle a besoin d’être prise sous le plumage de ses aînés femmes et hommes, pour la booster davantage afin que demain, elle nous gratifie de recueils de nouvelles et de romans, tout aussi palpitants que son premier ouvrage », a déclaré Pierre Ntsemou.

Faisant la critique de la pièce, Fidèle Biakora a relevé le fait qu’au-delà de son côté rocambolesque, « Le tournant de ma vie » met en relief et dénonce les comportements vicieux de certains adolescents. En filigrane, cet ouvrage passe au peigne fin plusieurs thèmes : l’amour, l’amitié, la délinquance juvénile, le racisme, le viol, la grossesse précoce, l’irresponsabilité parentale sur l’encadrement de la progéniture, etc.

Pour agrémenter cette cérémonie, un extrait de l’œuvre a été joué par la troupe « Les amis du théâtre national » ; et quelques passages déclamés par le slameur Dixon Claous Pimbi-Essale. S’en est suivi l’incontournable moment de question-réponse durant lequel le public a plus encouragé et félicité l’autrice pour cette œuvre inspirante qui parle tant aux parents qu’aux jeunes.

« Une joie immense me comble pour votre présence qui honore en ce jour la présentation de mon livre. Vos points de vue divers sont des additionnels qui vont limer mon pinceau à l’avenir. J’espère également que chacun de nous s’enrichira de ce livre, après sa lecture », a fait savoir Henrietty Mounkassa-Ngala. Pour clore la rencontre, elle a procédé à la dédicace de plusieurs exemplaires de son ouvrage publié chez L’Harmattan dans une nouvelle collection estampillée Jama.

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

France:-Hommage d’Emmanuel Macron : « Au fond, Soulages n’avait pas d’âge »

novembre 2, 2022

Le chef de l’État a rendu dans la cour du Louvre un hommage au peintre Pierre Soulages, décédé à 102 ans. Plusieurs ministres et artistes étaient présents.

Emmanuel Macron a rendu hommage au peintre Pierre Soulages.
Emmanuel Macron a rendu hommage au peintre Pierre Soulages.© GUILLAUME HORCAJUELO / EPA

« En ce jour, la Nation porte le noir du deuil, mais Pierre Soulages nous a appris à y déceler la lumière », a déclaré Emmanuel Macron mercredi 2 novembre, dans la cour carrée du Louvre à Paris, où s’est déroulé l’hommage national au peintre français. « C’est le don universel et inaliénable qu’il nous a fait. Pour cela merci », a ajouté le chef d’État, en présence de la femme de Pierre Soulages et de beaucoup d’autres personnalités politiques et du monde de l’art.

Emmanuel Macron a salué la mémoire d’un « grand maître de la peinture », « un classique de son vivant », célébré dans le monde entier pour ses nuances infinies de noir et décédé à 102 ans. « Au fond, Soulages n’avait pas d’âge. Oui, Soulages est un classique ayant choisi le noir comme éditorial de la modernité », a lancé le chef de l’État, qui était accompagné de son épouse Brigitte, lors d’un hommage national épuré, là même où l’artiste fut célébré de son vivant, le Louvre.

Plusieurs membres du gouvernement présents à l’hommage

Au premier rang, son épouse Colette, 101 ans, qui a partagé sa vie pendant 80 ans et est arrivée, le pas lent, sous les applaudissements, ainsi que ses neveux et nièces avaient pris place. Le chef de l’État était aussi accompagné de plusieurs membres du gouvernement, dont Rima Abdul-Malak (Culture), Catherine Colonna (Affaires étrangères), Éric Dupond-Moretti (Justice) et Pap Ndiaye (Éducation). Plusieurs anciens ministres de la Culture, dont Roselyne Bachelot, étaient également présents.

Pour cet hommage au peintre d’un siècle, le gotha du monde des Arts était également réuni, dont de nombreux directeurs de musée, Laurence Des Cars (Louvre), Bernard Blistène (Centre Pompidou), Alfred Pacquement (musée Soulages à Rodez), le secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts, Laurent Petitgirard, le collectionneur François Pinault ou l’architecte Jean Nouvel.

«J’aurais adoré le rencontrer »

Plusieurs centaines d’anonymes étaient également au rendez-vous pour cette cérémonie ouverte au public et assez rare. « J’ai découvert Soulages lors d’une exposition au centre Pompidou il y a une dizaine d’années. La lumière et la force de ses peintures, exposées dans des grands espaces, m’ont tout de suite fasciné. Je tenais à être là aujourd’hui pour rendre hommage à ce grand artiste », a affirmé à l’AFP Irène Frati, professeur d’histoire-géo à la retraite.

« J’aurais adoré le rencontrer pour comprendre d’où vient sa nécessité de peindre », a estimé Julie Merle, 23 ans, qui étudie à l’école du Louvre et s’intéresse à la peinture monochrome.

Avant Pierre Soulages, la cour carrée du Louvre avait accueilli les hommages nationaux de Georges Braque en 1963, de Le Corbusier en 1965 et d’André Malraux en 1976.

Né le 24 décembre 1919 à Rodez, le peintre est décédé le 26 octobre. Fasciné par la préhistoire dès son plus jeune âge, il avait beaucoup travaillé au brou de noix avant de poursuivre avec ses grands aplats noirs de peinture à l’huile, qu’il raclait, grattait et modelait presque dans l’épaisseur de la peinture.

« Il débordait son époque car il avait d’emblée décidé d’habiter l’histoire de la peinture, de ses origines les plus lointaines à son avant-garde la plus contemporaine », a résumé Emmanuel Macron. Il avait basculé dans ce qu’il appelait « l’outrenoir » en 1979, alors qu’il peinait sur une œuvre entièrement recouverte d’un noir épais, striée par hasard.

« J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité […]. Le noir a des possibilités insoupçonnées », disait l’artiste, qui a peint jusqu’à la fin de sa vie.

Pendant plus de 75 ans, il a tracé son sillon, s’attirant la reconnaissance des institutions culturelles et du marché de l’art, qui en a fait un des artistes français les plus cotés de son vivant. Une de ses toiles a été vendue 20,2 millions de dollars en novembre 2021.

Il avait déjà eu les honneurs d’un hommage au Louvre en 2019, à l’aube de ses 100 ans. Jusqu’alors, seuls Picasso et Chagall avaient eu ce privilège de leur vivant.

Par Le Point avec AFP

RDC-Drame : des morts et des blessés après le concert de Fally Ipupa au stade des Martyrs

octobre 31, 2022

Onze morts et plusieurs blessés, c’est le triste bilan ayant sanctionné le méga concert du chanteur Fally Ipupa, le 29 octobre, au stade des Martyrs de Kinshasa.

Fally Ipupa pendant son concert au stade des Martyrs

Des vidéos montrant des corps inertes des fans étalés à même le sol aux abords du stade après la production musicale ont fait le tour des réseaux sociaux, le week-end  dernier, suscitant indignation et compassion. Des jeunes gens, à fleur d’âge pour la plupart, ont perdu leur vie juste pour avoir pris la décision d’aller soutenir celui qui passe pour leur idole.

C’était sans compter avec la marée humaine qui s’est déversée sur le site, mettant à rude épreuve les policiers commis à la sécurité du stade dont le dispositif mis en place s’est révélé inefficace. Nonobstant les assurances du patron de la police de Kinshasa, la sécurité a failli dans l’encadrement de cette masse hystérique qui n’entendait surtout pas se plier aux ordres des agents de police.

   

Dans un stade dont la capacité d’accueil connue est de 80 000 places, Fally Ipupa avait fait le trop plein en allant au-delà du seuil requis. Selon une source proche de l’organisation, ce concert marquant les seize ans de carrière de l’artiste a réuni plus de 120 000 personnes. Le trafic routier dans la ville en a ressenti le contrecoup. Fally Ipupa avait, comme qui dirait, arrêté le temps, l’instant d’un concert qui a viré au drame.

Qu’est-ce qui a coûté la vie à ses compatriotes alors que tout semblait baigner dans l’huile jusqu’à l’instant où l’artiste est entré sur scène ? Des sources concordantes soutiennent la version d’une bousculade à la sortie du stade ayant occasionné plusieurs cas d’évanouissement et d’asphyxie. Tout celui qui trébuchait ou tombait était aussitôt piétiné sous le coup de la pression humaine. Dans des conditions où la prise en charge médicale était quasi inexistante, le drame était inévitable.  

Des investigations se poursuivent pour connaître les raisons exactes de ce drame qui aurait pu être évité. Le vice-Premier ministre, ministe de l’Intérieur et Sécurité, Daniel Aselo, qui n’entend pas s’arrêter là, indexe les organisateurs de l’événement dont il récuse le professionnalisme pour n’avoir pas tenu  compte des exigences que requiert la capacité d’accueil du stade. « Ils devront répondre de leurs actes devant la justice », a-t-il déclaré.

Entre-temps, les familles éplorées ont, elles aussi, actionné la machine judiciaire avec, à la clé, une plainte contre l’artiste. Ce dernier, sentant l’étau se resserrer autour de lui, a vite fait de réagir via les réseaux sociaux en exprimant sa compassion à ces familles. Il s’est dit profondément consterné et a présenté ses condoléances les plus attristées à toutes les familles frappées par ce drame. Dossier à suivre.

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso

La Première ministre islandaise en tête des ventes de livre avec… un polar

octobre 30, 2022

Katrín Jakobsdóttir a pris la plume dans un duo inhabituel avec Ragnar Jónasson, l’un des romanciers islandais les plus populaires, pour sortir son premier roman.

« C’est en quelque sorte le produit d’une pandémie », assure Katrín Jakobsdóttir à la RÚV, la télévision publique islandaise. Intitulé Reykjavík, ce thriller a été écrit avec Ragnar Jónasson, l’auteur à succès de la série « Les enquêtes de Siglufjörður » du détective Ari Thór. C’est au cours d’un déjeuner début 2020 qu’il a suggéré l’idée à la cheffe du gouvernement d’écrire avec lui un roman policier.

« Nous sommes amis depuis longtemps et j’ai toujours vu dans ses yeux qu’elle voulait écrire une fiction policière, même si elle ne l’a jamais dit, raconte le père de famille de 46 ans. Incroyable mais vrai, elle a accepté. » Reykjavík est l’histoire de la disparition en 1956 d’une adolescente à Viðey, une petite île au large de la capitale islandaise. Trente ans plus tard, Valur, reporter pour un journal local, mène l’enquête pour tenter d’élucider cette mystérieuse affaire aux conséquences imprévues.

L’intrigue a lieu en 1986, année où Reykjavik (littéralement la « baie des fumées » en français) fête ses 200 ans, assiste à la naissance de Stöð 2 et Bylgjan, ses premières télévision et radio privées, et abrite un sommet historique entre les leaders américain et soviétique Reagan et Gorbatchev. Le livre puise une certaine inspiration chez Agatha Christie à qui il est dédié dès les premières pages, la reine du crime ayant suscité l’intérêt des deux écrivains pour le genre policier.

Une collaboration « surréaliste »

L’écriture de cette fiction en deux parties a pris deux ans, en majorité pendant les restrictions liées à l’épidémie de Covid-19. Si les deux auteurs se rencontraient généralement une fois par mois, il fallait souvent composer avec les impératifs de la Première ministre, entre réunions bilatérales et rendez-vous internationaux. « Ça donnait lieu à des conversations de travail très surréalistes », confesse Ragnar Jónasson.

Le genre est plutôt familier à Mme Jakobsdóttir : titulaire d’une licence de lettres et d’un master en littérature, sa thèse de fin d’étude portait sur les polars islandais. « Je sors beaucoup de ma zone de confort », affirme-t-elle toutefois lors de l’émission littéraire Kiljan.

Si l’idée de voir un chef de gouvernement écrire un roman policier en plein mandat peut paraître saugrenue, elle ne l’est pas en Islande, royaume des sagas et nation de lecteurs. Un dicton local dit d’ailleurs que tout le monde a une histoire à raconter. « En Islande, nous offrons des livres en cadeaux à Noël et je pense que c’est un bon roman à acheter et à lire le soir de Noël pour passer un bon moment », juge Egill Helgason, critique littéraire.

Sorti en Islande le 25 octobre, Reykjavík est déjà en tête des ventes dans les librairies du pays. Il doit être traduit et publié en plusieurs langues, dont le français à l’automne 2023.

Avec Le Poin par le correspondant à Reykjavik, Jérémie Richard

Giuliano da Empoli couronné par le Grand Prix de l’Académie française avec « Le Mage du Kremlin »

octobre 27, 2022

Ancien conseiller de Matteo Renzi, il met à nu avec son roman très documenté les ressorts du pouvoir de Vladimir Poutine. Glaçant.

Giuliano da Empoli, 49 ans, ancien conseiller de Matteo Renzi, fondateur à Milan du think tank Volta, s’est fait connaître comme essayiste politique. Avec Le Mage du Kremlin, il se risque au roman vrai, une fiction sur la destinée du quinquagénaire Vladislav Sourkov, surnommé « le Raspoutine de Poutine ». Rebaptisé ici Vadim Baranov, ce doctrinaire de l’ombre a inspiré depuis vingt ans les agissements troubles puis monstrueux du dictateur botoxé. Le roman l’installe ici dans une datcha de la périphérie moscovite pour une confession méphistophélique, un monologue rétrospectif au coin de l’âtre. L’occasion d’une fresque orale courant des années Eltsine jusqu’aux prémices de l’actuelle guerre en Ukraine.

Fils de hiérarque, Sourkov-Baranov fut adolescent dans une URSS finissante où les privilèges du statut l’emportaient sur les opulences de la fortune. Viennent la chute de l’Empire rouge et cette époque décorsetée, autour de 1992, où les Russes qui « avaient grandi dans une patrie se retrouvaient soudain dans un supermarché ». Privatisations, prédations financières, avènement des premiers oligarques, importation du style de vie « Deux Flics à Miami ». Le jeune Baranov, alors introduit dans les milieux du théâtre d’avant-garde, en tire les maximes imaginatives d’un exercice oblique du pouvoir, à la Shakespeare : regarder la vie comme un théâtre, instrumentaliser les simulacres d’une « démocratie souveraine » pour mieux asseoir un pouvoir absolu. Son ascendant discret s’exerce sur un ancien agent du FSB, Vladimir Poutine, coopté par un Eltsine exsangue.

Infox, disgrâces, assassinats… Lecteur de Kojève, admirant les dynamiteurs du mythe américain – Tupac Shakur, Allen Ginsberg ou Jackson Pollock -, le Machiavel à toque de fourrure conçoit la politique comme un mélange de gangsta rap et de néotsarisme. Analyse froide : la violence étant constitutive de l’ethos russe, on peut la manipuler cyniquement au service d’un descendant blême d’Ivan le Terrible. Mélange de trompe-l’œil et de reconquête impériale, le système Poutine théâtralise le réel à coups de mythologie kitsch, d’infox, de disgrâces abyssales et d’assassinats au polonium. S’inspirant du deuxième principe de la thermodynamique, Sourkov-Baranov pose un axiome que son maître va mener à son terme en 2022 : consolider une société en exportant sa part de chaos dans un pays proche.

Cela conduit à revendiquer des enclaves comme russes, Crimée ou Donbass, et à en diaboliser d’autres comme néonazies, en invoquant la geste de Staline face à l’Ukraine de la Shoah par balles : l’horreur a pour atour le leurre, le massacre est une uchronie. Le Mage du Kremlin propose ainsi une introspection vertigineuse dans la psyché d’un vizir de l’Apocalypse. Ce roman d’une pénétration subtile et térébrante fait de son auteur le marionnettiste d’un manipulateur, portrait d’une sorte de Guy Debord pervers cannibalisant les neurones du tyran Poutine.

Avec Le Point par Marc Lambron

*Le Mage du Kremlin, de Giuliano da Empoli (Gallimard, 288 p., 20 €).

Au pays du Cèdre, la résistance par les livres

octobre 26, 2022

Après quatre ans d’interruption, Le Festival « Beyrouth Livre » revient et innove pour marquer sa volonté de faire revivre le secteur du livre dans le pays.

Au pays du Cedre, la resistance par les livres
Au pays du Cèdre, la résistance par les livres

C’est un événement incontournable, un symbole, et une nouvelle pierre, solide, posée au cœur d’un Liban meurtri par la crise. Du 19 au 30 octobre, Beyrouth Livres, Festival international et francophone de Beyrouth, rouvre ses portes dans un format ambitieux et inédit, après quatre ans de silence. « Avant » le grand chaos, Beyrouth avait, vingt-cinq ans durant, accueilli le troisième plus grand salon littéraire et francophone du monde (après Paris et Montréal). Et puis ce fut le trou noir. La tragédie du port, et une crise totale – économique, politique, sociale, sanitaire, monétaire, sécuritaire – qui a frappé chaque Libanais, de l’ouvrier au bourgeois. Comme tous les autres, le secteur du livre en est ressorti exsangue. Le phénix est KO, le Liban à genou, mais Sisyphe n’abandonne (toujours) pas.

Initié par Anne Grillo, l’ambassadrice de France, soutenu par l’Institut français du Liban, le Centre national du livre et tout ce que le pays du Cèdre a de plus volontaire, Beyrouth Livres renaît et revient en force. De Gemmayzé à Hamra, de Mar Mikhael à Mathaf, à Beyrouth mais aussi Tripoli, Saïda, Baalbek, Jounieh et Tibnine, plus de cent auteurs de quinze nationalités (Fawzia Zouari, Fabien Toulmé, Marie Darrieussecq, Didier Decoin, Clara Dupont-Monod, Serge Bloch ou encore Ryoko Sekiguchi, Paule Constant, Philippe Claudel, Charif Majdalani, Diane Mazloum, Sabyl Ghoussoub ou Hyam Yared), mais aussi des musiciens, des artistes, des comédiens, des dramaturges et des cinéastes se retrouveront pendant dix jours dans une trentaine de lieux culturels, écoles, collèges et universités. Toutes les rencontres, tables rondes et conférences en français seront simultanément traduits en arabe et en anglais. Le tout, gratuitement. Comme à son habitude, le petit pays accueille en grand – le Liban a toujours eu le goût et le talent de la démesure.

Pour l’écrivain et avocat Alexandre Najjar, responsable de L’Orient littéraire et auteur du Dictionnaire amoureux du Liban, « ce festival représente un symbole très fort. Il intervient après une interruption de quatre ans et au milieu d’une crise économique sans précédent. Cet événement, qui se déroule dans tout le pays et non plus sous chapiteau comme par le passé, a dynamisé la vie culturelle et la francophonie, malgré le prix du livre importé, devenu inabordable à cause de la dépréciation de la monnaie locale. De nombreux écrivains et illustrateurs ont répondu présent, dont plusieurs membres de l’académie Goncourt, et ce, malgré la polémique ridicule créée par le ministre libanais de la Culture qui, pour faire de la surenchère, avait manifesté le désir de vérifier si les idées des invités étaient politiquement correctes – ce qui a provoqué un tollé contre lui de la part de la population, attachée plus que jamais à la liberté d’expression*Mais j’ose espérer que ce festival marquera le début d’une renaissance au Liban ! ».

« Parce que c’est vous, parce que c’est nous », disait Emmanuel Macron au lendemain de l’explosion du port. L’espoir a chez les Libanais d’étranges et puissantes racines. En plein cœur du chaudron, ce festival résolument international et francophone est plus qu’une audace, c’est un acte de résistance. Par la langue, la musique, la poésie, par la beauté. « Dans le jardin secret / Où nous avons rêvé / Un ouragan a balayé les feuilles », écrivait Lady Cochrane, mémoire de Beyrouth, ardente défenseuse de la culture et du patrimoine morte à 98 ans en buvant le thé dans son palais le 4 août. « Dans le jardin secret / Que nous avons créé / Le passé est une fleur que l’on cueille. » Puisse cet événement rassembler et favoriser par les livres la renaissance d’un Liban en mille morceaux.

Le 8 octobre dernier, le ministre de la Culture libanais Mohammad Mortada avait critiqué la présence d’auteurs « ayant embrassé les projets sionistes dans la pensée et dans la pratique, les soutenant aussi bien dans leurs travaux littéraires que dans leur vie quotidienne ». Cinq auteurs, dont des membres de l’Académie Goncourt, avaient alors annulé leur participation, évoquant une « dégradation générale de la situation au Liban ».

Avec Le Point par Marine de Tilly