Archive for the ‘Économie’ Category

Mali : la Cedeao lève ses sanctions économiques et financières

juillet 3, 2022

Réunis à Accra ce dimanche 3 juillet, les dirigeants ouest-africains ont décidé de supprimer la plupart des mesures coercitives imposées au Mali depuis janvier.  

Assimi Goïta, président le la transition malienne, le 22 août 2020. © AP/SIPA

Six mois après leur mise en place, les sanctions économiques et financières imposées au Mali en janvier par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont été levées ce dimanche 3 juillet, lors d’un sommet de l’organisation tenu à Accra. La réouverture des frontières terrestre et aérienne a notamment été entérinée.

La Cedeao a par ailleurs validé le nouveau calendrier proposé par la junte d’une période de transition allant jusqu’à mars 2024. En revanche, elle s’oppose fermement à la participation des autorités de la transition à la prochaine élection présidentielle. Et maintient également les sanctions individuelles contre les membres de la junte au pouvoir, ainsi que les sanctions administratives à l’encontre du Mali. 

Pour arriver à ce consensus, les dirigeants ouest-africains ont débattu dans un huis clos intégral. Lors du précédent sommet, qui s’était tenu à Accra, le 4 juin, les chefs d’État qui étaient favorable à la levée de l’embargo, comme le Togolais Faure Gnassingbé, l’Ivoirien Alassane Ouattara ou encore le Sénégalais Macky Sall, n’avaient pas réussi à rallier à leurs vues les présidents ghanéen Nana Akufo-Addo, nigérian Mahammadu Buhari ou encore nigérien Mohamed Bazoum.

« Apparemment, les divergences ont été surmontées après le sommet de juin dernier. On espérait donc ici à Accra une décision allant dans le sens de la levée des sanctions”, commente une source au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), dont le siège est installé à Ouagadougou et dont les huit membres, qui ont en commun le franc CFA, font également partie de la Cedeao. 

Gel des avoirs et des transactions

D’après nos informations, c’est Alassane Ouattara, président en exercice de l’Uemoa, qui donnera des instructions au gouverneur de la Banque centrale de l’organisation, l’Ivoirien Jean-Claude Brou, ainsi qu’au Sénégalais Abdoulaye Diop, qui est à la tête de la Commission, pour la levée effective des sanctions financières imposées à Bamako. Il s’agira notamment de mettre un terme au gel des avoirs de l’État malien et ceux des entreprises publiques et parapubliques à la BCEAO, ainsi qu’au blocage des transferts de l’État malien via les systèmes de paiement de cette même Banque centrale.

Des mesures fortes qui ont paralysé l’économie du pays et empêché l’État et les banques maliennes d’honorer leurs engagements vis à vis de leurs créanciers. Depuis la mise en place de l’embargo de la Cedeao, au début de janvier, le pays n’a pas pu régler 236,1 milliards de F CFA de paiements d’intérêts et de capital sur les bons du Trésor malien.

Omar Alieu Touray à la Commission de la Cedeao

À noter par ailleurs qu’à l’issue du sommet de ce 3 juillet, Umaro Sissoco Embaló, le chef de l’État bissau-guinéen, est devenu président en exercice de la Cedeao tandis que le diplomate gambien Omar Alieu Touray, ex-ministre des Affaires étrangères, a pris la tête de la Commission, l’organe exécutif de l’organisation, nomination qui prendra effet le 11 juillet prochain. Ce dernier remplacera Jean-Claude Brou, récemment nommé à la tête de la BCEAO.

Enfin, les dirigeants ouest-africains ont décidé de nommer Patrice Talon, le président béninois, « Champion de la Cedeao » pour le retour des biens culturels en Afrique de l’Ouest, et Nana Akufo-Addo « champion pour la lutte contre le changement climatique ».

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly

Ghana : en pleine crise économique, Accra sollicite l’aide du FMI

juillet 3, 2022

Le pays a enregistré en mai une inflation de 27%, son niveau le plus haut depuis deux décennies, et les manifestations contre la vie chère se multiplient.

Une manifestation contre la vie chère, le 29 juin 2022 à Accra, au Ghana. © Nipah Dennis/AFP

Le Ghana sollicite le soutien du Fonds monétaire international (FMI) alors que le pays traverse une crise économique aggravée par l’invasion russe en Ukraine qui a fait exploser les prix, notamment à la pompe, a indiqué vendredi 1er juillet le gouvernement. En mai, le pays a enregistré une inflation de 27%, son niveau le plus haut depuis deux décennies.

Le président Nana Akufo-Addo avait précédemment rejeté les appels à solliciter l’aide financière du FMI. Mais vendredi, il a « autorisé le ministre des Finances Ken Ofori-Atta à entamer des engagements formels » avec l’organisation, a déclaré le ministre de l’Information, Kojo Oppong Nkrumah, dans un communiqué.

Manifestations contre la vie chère

« Cela fait suite à une conversation téléphonique entre le président et la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, qui a fait part de la décision du Ghana de s’engager avec le Fonds, précise le communiqué. L’engagement avec le FMI visera à fournir un soutien à la balance des paiements (…) pour accélérer le redressement du Ghana face aux défis induits par la pandémie de Covid-19 et, récemment, par les crises en Russie et en Ukraine. »

Depuis plusieurs mois, de nombreux Ghanéens manifestent contre la vie chère dans un contexte de hausse croissante des prix alimentaires et des carburants, mettant sous pression le président Akufo-Addo. Plusieurs bagarres ont par ailleurs éclaté au sein du Parlement sans majorité, alors que le gouvernement tente d’imposer des réformes qui, selon lui, pourraient sauver l’économie.

Le président cherche urgemment à trouver de nouvelles sources de revenus pour combler le poids de la dette de son pays, qui représente près de 80% du PIB. En 2015, le Ghana avait déjà sollicité l’aide du FMI et obtenu un prêt d’environ un milliard de dollars en contrepartie d’un plan de rigueur budgétaire, qui prévoyait une baisse des dépenses publiques.

Par Jeune Afrique avec AFP

RDC : pour le FMI, des résultats « meilleurs que prévu », mais…

juin 30, 2022

La situation fiscale de Kinshasa est supérieure aux attentes du Fonds monétaire international, qui a décaissé 200 millions de dollars de financement. Mais deux faiblesses majeures demeurent.

La directrice générale Kristalina Georgieva rencontre le président de la RDC Félix Tshisekedi au FMI à Washington, le 2 mars 2020. © Joshua Roberts /IMF-FMI

Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a jugé « satisfaisants » les progrès réalisés par les équipes de Félix Tshisekedi dans la mise en œuvre des réformes prévues par la facilité de crédit élargie de 1,52 milliard de dollars approuvée en juillet 2021.

Selon ses estimations, « les résultats budgétaires ont été meilleurs que prévu car l’augmentation des recettes budgétaires et du financement extérieur a permis de dégager une marge de manœuvre pour des dépenses supplémentaires, surtout en matière d’investissement, malgré l’accumulation d’arriérés intérieurs ».

Critères quantitatifs presque atteints

Le Fonds va décaisser 203 millions de dollars « pour répondre aux besoins de financement de la balance de paiement », soit 653 millions de dollars transférés à Kinshasa depuis un an.

Portées par la hausse des cours des métaux, les exportations du pays sont attendues à 45 % du PIB cette année, contre 40,8 % en 2021. Et les recettes et les dons sont désormais anticipés à 14 % du PIB cette année, leur niveau de 2020, alors qu’une baisse de deux points était crainte. Le PIB devrait croître de 6,1 % cette année, malgré les répercussions de la crise ukrainienne.

LE FMI MET LA PRESSION SUR KINSHASA POUR RÉDUIRE LA MASSE SALARIALE PUBLIQUE, ALOURDIE DE FONCTIONNAIRES « FANTÔMES »

Les équipes du FMI regrettent toutefois qu’un des cinq « repères structurels » n’ait pas été respecté entièrement : la publication de tous les contrats miniers. L’un d’entre eux n’a pas été rendu public ont-ils indiqué, sans identifier lequel. Il faut noter que Kinshasa a signé à la fin du mois de février un accord avec l’homme d’affaires israélien Dan Gertler pour le transfert à l’État d’actifs miniers au cœur de nombreuses controverses et de sanctions imposées par les États-Unis. La publication du contenu exact de l’accord obtenu avec Gertler est réclamée depuis lors par la société civile congolaise.

Masse salariale et subventions

Le Fonds a également encouragé l’exécutif à poursuivre « la maîtrise des dépenses courantes », notamment en ce qui concerne les subventions aux carburants et les réformes de la fonction publique, afin de « créer un espace pour les investissements prioritaires ».

Entre les lignes, l’institution multilatérale met la pression sur Kinshasa pour réduire la masse salariale publique – alourdie de bon nombre de fonctionnaires « fantômes » – et les subventions. En 2020, les salaires publics ont représenté 4 758 milliards de francs congolais (environ 2 milliards d’euros), soit plus de la moitié des dépenses courantes. Le FMI les anticipe à près de 7 000 milliards de francs congolais dès l’an prochain.

Par comparaison, en 2020, les dépenses d’investissement (Capex) ont atteint seulement 1 906 milliards de francs congolais. Au demeurant, à peine 251 millions de francs congolais de Capex avaient été financées localement… Les dépenses en subventions avaient quant à elles atteint 2 243 milliards de francs congolais en 2020. Elles sont anticipées en hausse de 1 000 milliards de francs supplémentaires cette année.

Avec Jeune Afrique par Joël Té-Léssia Assoko

Canada-Québec: Les innombrables et difficiles retours au travail après la COVID-19

juin 29, 2022
Une femme se repose dans un fauteuil à l'extérieur.

Geneviève Marcotte, 36 ans, est incapable de retourner travailler plus d’un an après avoir contracté la COVID-19. Photo : Radio-Canada/Alexandre Duval

Ils sont vraisemblablement des milliers, au Québec, à ne pas avoir pleinement récupéré leurs capacités après avoir contracté la COVID-19. Même un an après l’infection, certains sont encore très loin d’un retour au boulot. Et la science commence à comprendre que leur réadaptation est beaucoup plus complexe et plus parsemée d’embûches qu’on le croyait.

À 36 ans, Geneviève Marcotte a dû retourner vivre chez ses parents. Jadis active et amoureuse des voyages, elle peine aujourd’hui à se tenir debout plus d’une dizaine de minutes, à cuisiner, à faire le ménage. Bref, à s’occuper d’elle-même.

Tout ça à cause de la COVID-19, qu’elle a contractée il y a 13 mois, précisément. Ma vie a changé en 24 heures. La veille du jour où j’ai attrapé la COVID, je faisais une randonnée avec des amis, j’étais engagée, j’aimais mon travail. Et 24 heures plus tard, j’ai la COVID et je ne reviens jamais à cet état-là, raconte-t-elle.

Geneviève Marcotte dans la nature, devant une chute d'eau.

Geneviève Marcotte était une femme active, amoureuse des voyages et des randonnées, avant de contracter la COVID-19. Photo : Geneviève Marcotte

Geneviève n’est en effet jamais retournée travailler à son poste de directrice des missions commerciales à l’Université Laval. Elle est étroitement suivie par une équipe de professionnels de la santé, car ses symptômes sont encore nombreux et, surtout, incapacitants.

Ma limite d’énergie est très, très basse. Je dirais que ma batterie est peut-être à 10 %. Si je dépense 12 % d’énergie, j’éprouve un malaise post-effort. C’est là que tous mes symptômes réapparaissent, mais de façon vraiment exagérée, dit-elle.

« Je vais avoir des douleurs musculaires, des sensations de brûlure, de gros maux de tête, un épuisement qui me laisse alitée […] Ce malaise-là peut durer quelques heures, quelques jours, quelques semaines, selon ma dépense énergétique excédentaire. »— Une citation de  Geneviève Marcotte, absente du travail depuis 13 mois

Pour bien se faire comprendre, elle donne l’exemple d’une séance de magasinage qui a duré moins de deux heures, récemment.

Même si elle était accompagnée d’une personne qui la poussait en fauteuil roulant, l’exposition au bruit, à la lumière et à l’ambiance des magasins lui a fait vivre une rechute. Ça m’a pris une semaine à m’en remettre, raconte-t-elle, précisant qu’elle dû être alitée pendant quelques jours.

Geneviève Marcotte regarde un ordinateur et s'adresse à quelqu'un.

Geneviève Marcotte, au cours d’un rendez-vous avec son ergothérapeute par visioconférence Photo : Radio-Canada/Alexandre Duval

Un nouveau paradigme

Des cas comme celui de Geneviève Marcotte, son ergothérapeute de la clinique Iso-Santé Réadaptation en voit beaucoup. Caroline Théberge est visiblement inquiète pour certains, qui stagnent dans leur réadaptation après la maladie.

C’est certain qu’il y en a [pour qui] c’est très dur d’améliorer leur état et […] même, des fois, après un an de suivi en réadaptation, avec tous les outils, le retour au travail est très difficile, indique-t-elle.

Pourquoi est-ce si dur? Parce que les pratiques habituelles de réadaptation ne fonctionnent pas avec les personnes qui ont des symptômes persistants de COVID-19. Les amener à se dépasser est une grave erreur, indique Mme Théberge.

« On se dit bon bien, en se réactivant, ça va aller mieux, on va remonter. Mais avec la COVID longue, c’est l’inverse qui se produit. Dès que les gens repoussent un peu trop leurs limites, ils retombent, ils empirent leurs symptômes. Les gens vivent de l’incompréhension, beaucoup de détresse, du stress. »— Une citation de  Caroline Théberge, ergothérapeute à la clinique Iso-Santé Réadaptation

Caroline Théberge en entrevue vidéo.

Caroline Théberge, ergothérapeute à la clinique Iso-Santé Réadaptation Photo: Zoom/Capture d’Écran

Les services commencent à se développer et à être plus efficaces, mais au début, les gens ne savaient pas! Il y a des endroits pleins de bonne volonté où on proposait des réadaptations plus classiques et où on empirait les cas! dit-elle.

Le professeur Simon Décary, de l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke, explique que la science montre désormais toute la complexité de ces cas, qui sont encore parfois incompris.

Dans nos études cliniques, c’est la chose la plus complexe à réussir avec les patients, le retour au travail, parce qu’il y a cette balance-là entre le besoin de temps pour la récupération et l’action. Si j’essaie d’accélérer, je sais que je crée des rechutes. Et chaque rechute retarde [le retour au travail], dit-il.

Des milliers de personnes

Le phénomène des patients n’ayant pas retrouvé leur pleine capacité de travail, visiblement répandu, est toutefois difficile à quantifier.

Selon des chiffres obtenus auprès de la CNESST, 501 Québécois reçoivent une indemnisation de revenu depuis plus de six mois en raison de la COVID-19. De ce nombre, presque 80 % sont des travailleurs de la santé.

D’ailleurs, une étude de l’Institut national de santé publique du Québec s’inquiétait récemment de ces absences prolongées dans le réseau de la santé, craignant que cela finisse même par nuire aux soins offerts à la population.

Or, les chiffres de la CNESST ne sont que la pointe de l’iceberg, car ils ne concernent que les personnes ayant contracté la maladie sur leur lieu de travail.

Celles qui ont été infectées ailleurs, comme Geneviève Marcotte, sont généralement indemnisées par une compagnie d’assurances privée et ne sont pas recensées dans les statistiques.

Radio-Canada a tenté d’obtenir des estimations auprès de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes, mais ces données n’existent pas, nous a-t-on répondu.

Le professeur Décary est cependant catégorique : les gens qui sont complètement ou partiellement absents du travail en raison de symptômes persistants de COVID-19 au Québec sont très nombreux.

« Est-ce que je crois qu’il y a des milliers de personnes qui n’ont pas retrouvé leur pleine capacité de travail depuis l’infection? Oui, ça, j’en suis assez certain. »— Une citation de  Simon Décary, professeur à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke

Même les données de la CNESST lui paraissent sous-estimer la gravité de la situation. Quand je vois le nombre de cas qui restent [absents du travail] à six mois, d’après ce que je connais des impacts fonctionnels de cette maladie-là, je me dis qu’il y a des gens qui sont retournés au travail et qui n’étaient pas prêts.

Le jugement facile

Nathalie Belleau fait partie des cas indemnisés par la CNESST. Infirmière dans le réseau public, elle a contracté la COVID-19 en décembre 2021. Pendant trois mois, elle n’a pas pu retourner travailler du tout.

Depuis mars, elle est en retour progressif, à raison de trois demi-journées de quatre heures chacune par semaine. Difficulté à suivre les conversations, diminution de l’endurance, maux de tête, maladresse, douleurs au thorax : sa liste de symptômes est longue.

Heureusement, elle se dit bien épaulée par son équipe de professionnels de la santé, mais elle admet que, pour les gens auxquels la COVID longue n’est pas familière, tout cela peut sembler exagéré. Je pense que les gens, quand ils voient ça, ils posent rapidement un jugement, dit-elle.

Nathalie Belleau, portant son uniforme et un masque.

Nathalie Belleau, infirmière, ne peut travailler que 12 heures par semaine, divisées en trois quarts de travail. Photo : Nathalie Belleau

À titre d’ergothérapeute, Caroline Théberge est à même de témoigner de ce scepticisme, car elle l’a observé au sein même du réseau de la santé. Or, le soutien des patients est crucial, selon elle.

[Au début de la pandémie], j’avais beaucoup de clients pour lesquels il fallait écrire de longues lettres aux médecins afin d’expliquer la problématique, l’approche de réadaptation, [parce] que les gens nous disaient : « Je ne me sens pas cru, mon médecin ne me backe pas là-dedans. »

La collaboration des employeurs est aussi importante, selon Mme Théberge, parce que les modalités de retour au travail pour les personnes atteintes de la COVID longue sont parfois inhabituelles.

Quand […] on arrive avec des retours au travail de deux fois quatre heures par semaine, même si l’employeur comprend que ça peut être thérapeutique à ce stade-là de réintégrer le travail, il ne sait pas trop quoi donner comme tâches. Des fois, même la personne ne se sent pas si utile que ça, illustre-t-elle.

Un cas historique

Le professeur Simon Décary croit quant à lui que les assureurs devront aussi faire preuve de compréhension, car ils auront sans doute à verser des indemnités plus longtemps.

Cette avenue reste cependant la meilleure, selon lui, parce que si on essaie d’aller trop rapidement et qu’on transforme cette personne-là en un cas avec un handicap permanent […] ça va coûter énormément plus cher à long terme, incluant le coût sociétal, dit-il.

D’ailleurs, M. Décary croit qu’on est collectivement face à un cas historique pour ce qui est des assurances et du retour au travail et qu’on a sous-estimé les effets de la COVID-19 sur le marché de l’emploi.

« Ce n’est pas terminé. Les données scientifiques nous montrent qu’on peut avoir un cas de COVID longue à trois mois malgré une triple vaccination et une infection à Omicron. »— Une citation de  Simon Décary, professeur à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke

Un homme porte un veston et des lunettes.

Simon Décary, professeur à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke Photo : Simon Décary

En décembre dernier, le ministère de la Santé et des Services sociaux estimait qu’environ 23 000 Québécois pourraient avoir besoin de ses services dans les cliniques consacrées à la COVID longue.

Geneviève Marcotte, elle, espère qu’elle pourra reprendre le travail. Mais devant le temps qui s’étire, les questions fusent et les réponses manquent encore.

Quand je vais arriver au bout de toutes ces ressources-là, si je ne suis pas encore capable de travailler, qu’est-ce qui va se passer? Est-ce que je vais avoir du soutien? Est-ce que la société va s’occuper de moi? Ça va être quoi, mon filet?

Depuis le début de la pandémie, la CNESST a offert des indemnisations de revenu totalisant 94 millions de dollars à plus de 55 000 personnes ayant contracté la COVID sur leur lieu de travail.

Il n’a cependant pas été possible de savoir quel montant a été versé uniquement aux travailleurs qui éprouvent des symptômes persistants de COVID-19 et dont le retour au travail est partiellement ou complètement compromis.

Avec Radio-Canada par Alexandre Duval

Canada-Québec/Troisième lien : Lévis accusée de faire une lecture tendancieuse de son étude économique

juin 27, 2022
Maquette de deux tunnels côte à côte sous le fleuve Saint-Laurent en face de la ville de Québec.

L’étude économique présentée jeudi dernier par la Ville de Lévis n’est pas crédible, selon un expert. Photo : Site du Réseau Express de la Capitale

En dévoilant une étude économique sur le troisième lien jeudi dernier, le maire de Lévis n’a pas donné l’heure juste à propos des véritables avantages du projet, dénonce un expert. Le professeur Jean-Philippe Meloche affirme même que les gains de productivité anticipés ont une « faible crédibilité » et relèvent d’une erreur méthodologique.

Selon le professeur Meloche, dont les recherches portent notamment sur les finances publiques et sur le transport urbain au Québec, présenter une étude d’impacts économiques n’est tout simplement pas pertinent pour déterminer si le tunnel Québec-Lévis constitue un bon ou un mauvais projet.

Il faut faire des études comparatives, dit-il. Mettre l’accent sur le fait que le tunnel pourrait faire croître le produit intérieur brut (PIB) de 630 millions de dollars par année dès son entrée en service, en 2032, ne nous renseigne pas adéquatement sur la valeur du projet, selon lui.

« Comme on n’a aucune étude comparative, on nous dit : « Mettre 6,5 milliards de dollars à Lévis, ça génère de l’activité économique. » C’est certain! Ça génère de l’activité économique, peu importe où on va le mettre, de n’importe quelle façon, dans n’importe quel secteur! L’étude, en soi, n’est pas pertinente. »— Une citation de  Jean-Philippe Meloche, professeur et directeur de l’École d’urbanisme et d’aménagement du paysage de l’Université de Montréal

Jean-Philippe Meloche.

Jean-Philippe Meloche, professeur et directeur de l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal Photo: Jean-Philippe Meloche

Le professeur Meloche estime donc que le maire Gilles Lehouillier a offert une lecture biaisée lors de la présentation de cette étude réalisée par la firme WSP à la demande de la Ville de Lévis au coût de 65 000 $ avant taxes.

D’ailleurs, dans le sommaire de l’étude, on constate que le mandat donné à la firme WSP consistait à faire ressortir les impacts positifs du tunnel dans un contexte où le projet […] a suscité plusieurs critiques et des débats sur les effets négatifs qu’il pourrait créer.

Des avantages économiques insuffisants

Une section de l’étude sur les avantages économiques du futur troisième lien pour la société dans son ensemble a cependant retenu l’attention du professeur Meloche. On y calcule les montants que les automobilistes pourraient épargner en carburant et en entretien de leur véhicule, par exemple.

On y calcule aussi les avantages économiques du troisième lien en ce qui a trait à la diminution des accidents routiers ainsi que les bienfaits environnementaux liés à la réduction des émissions de certains polluants dans l’air.

En additionnant tous ces avantages économiques, l’étude conclut que les gains s’élèveraient à un peu moins de 550 000 $ par année aux heures de pointe.

C’est encore pire que ce que je pensais, s’exclame Jean-Philippe Meloche. Même en doublant ces gains économiques pour tenir compte de l’ensemble de la journée, le total serait très loin d’égaler les sommes nécessaires à l’exploitation et à l’entretien du troisième lien, évaluées à 25,6 millions de dollars par année.

« C’est comme si je vous demandais d’investir dans un projet qui va coûter 25 fois plus cher que ce qu’il pourrait générer comme bénéfices en vous disant : « C’est un super bon projet pour notre région! » »— Une citation de  Jean-Philippe Meloche, professeur et directeur de l’École d’urbanisme et d’aménagement du paysage de l’Université de Montréal

C’est sans compter les coûts d’amortissement de l’infrastructure, ajoute le professeur. Sous l’angle d’un gestionnaire de fonds publics, il n’y a personne qui devrait trouver que c’est un bon investissement, analyse-t-il.

Invité à commenter, le directeur du développement économique et de la promotion à la Ville de Lévis rappelle que les gains du tunnel ont été calculés uniquement pour quatre secteurs, c’est-à-dire l’approche des ponts de Québec et Pierre-Laporte dans les deux directions.

C’est uniquement ça. On n’a pas extrapolé à l’ensemble de la région, soutient M. Meurant, parce que les données fournies par le Bureau de projet du troisième lien ne permettaient pas de calculer au-delà de ces secteurs précis.

« Ce sont des gains significatifs pour quatre petits secteurs, géographiquement très limités, aux abords des ponts de Québec et Laporte. »— Une citation de  Philippe Meurant, directeur du développement économique et de la promotion à la Ville de Lévis

Tirée par les cheveux

Lors de sa conférence de presse, le maire Gilles Lehouillier avait aussi souligné que le troisième lien entraînerait une hausse de la productivité des travailleurs de 0,62 $ de l’heure.

Les trois politiciens prennent la pose devant la salle de la conférence de presse.

Le préfet de la MRC de Bellechasse, Yvon Dumont, la députée de Bellechasse, Stéphanie Lachance, et le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, lors de la conférence de presse sur l’étude des impacts économiques du tunnel Québec-Lévis. Photo : Radio-Canada/Louise Boisvert

C’est notamment ce gain de productivité qui permet d’affirmer que le PIB de la grande région de Québec augmenterait avec l’entrée en service du tunnel.

La firme WSP s’est notamment basée sur une étude américaine qui démontre que les efforts d’aménagement destinés à réduire les distances parcourues en voiture peuvent avoir des effets positifs sur les économies locales.

Or, le professeur Meloche rappelle que cette étude s’applique non pas aux projets autoroutiers mais plutôt aux projets d’aménagement qui favorisent les déplacements non motorisés, notamment le vélo et la marche.

De plus, la firme WSP semble avoir calculé les gains de productivité pour Lévis en les appliquant à l’ensemble des emplois sur le territoire de la ville. C’est une autre erreur, selon le professeur Meloche, car tous les travailleurs ne verront pas leur temps de déplacement réduit par l’avènement du troisième lien.

Il donne l’exemple des cyclistes, des piétons et des automobilistes qui n’ont pas à emprunter les ponts ou qui ne circulent pas à leurs abords.

« Non seulement on cite une étude hors contexte – on reprend un résultat d’étude dans un contexte qui n’est pas approprié – mais on l’extrapole ensuite à une population qui n’est pas touchée par l’infrastructure. »— Une citation de  Jean-Philippe Meloche, professeur et directeur de l’École d’urbanisme et d’aménagement du paysage de l’Université de Montréal

L’augmentation projetée du PIB est donc tirée par les cheveux, déplore le professeur Meloche. Ce n’est pas intellectuellement très rigoureux.

Là aussi, Philippe Meurant affiche son désaccord. Selon lui, la congestion routière actuelle déborde sur les réseaux routiers municipaux des deux côtés du fleuve, ce qui justifie qu’on extrapole les gains de productivité à tous les travailleurs.

C’est évident que ça affecte les conditions de circulation, la mobilité de l’ensemble du territoire de Lévis, soutient le directeur du développement économique et de la promotion de la Ville.

« L’étude, ce qu’elle confirme, c’est que les employeurs et les employés vont bénéficier de la réalisation de ce projet parce que le temps de déplacement va être raccourci, [non seulement] la durée mais également la distance de déplacement. »— Une citation de  Philippe Meurant, directeur du développement économique et de la promotion à la Ville de Lévis

Selon lui, l’étude est même conservatrice dans son évaluation de l’augmentation de la productivité et du PIB.

Infrastructures vieillissantes

M. Meurant ajoute que l’actualité des dernières semaines avec les craintes liées à l’état des suspentes du pont Pierre-Laporte est un autre argument qui rend nécessaire le tunnel Québec-Lévis.

On ne peut pas être tributaire de deux ponts qui sont menacés pour l’un ou pour l’autre de graves conséquences étant donné l’état dans lequel ils se trouvent. On n’a pas le choix. C’est vraiment une nécessité, dit-il.

Jeudi dernier, après le dévoilement de l’étude, la Coalition Non au troisième lien avait publié un communiqué pour dénoncer les incohérences contenues dans le document.

L’analyse des retombées économiques perd en crédibilité de par l’absence de comparatif et l’inexistence d’une étude d’opportunité sur le projet de troisième lien Québec-Lévis, écrivait la Coalition.

Aux détracteurs du projet, Philippe Meurant réplique que contrairement à la Ville de Lévis, ils n’ont produit aucune étude sur le troisième lien.

Avec Radio-Canada par Alexandre Duval

Canada-Lutte contre l’inflation : « C’est normal d’être en colère contre moi », dit Freeland

juin 26, 2022
Chrystia Freeland.

Chrystia Freeland, ministre fédérale des Finances. Photo : La Presse Canadienne/Cole Burston

La ministre des Finances, Chrystia Freeland, affirme qu’elle doit trouver un équilibre entre l’aide aux Canadiens qui souffrent des effets de l’inflation et la poursuite d’une politique de restrictions budgétaires, au risque d’aggraver le problème du coût de la vie.

Dans une entrevue diffusée dimanche à l’émission Rosemary Barton Live de CBC, Mme Freeland, qui occupe également le poste de vice-première ministre, a déclaré être ouverte à d’autres mesures pour aider les Canadiens devant la hausse du coût de la vie, mais elle a aussi dit croire que les mesures en vigueur – qui totalisent une valeur de 8,9 milliards de dollars – contribuent déjà à atténuer les impacts sur les Canadiens.

Elle parle notamment de l’augmentation des prestations pour les travailleurs à faible revenu, de l’augmentation d’autres prestations indexées sur l’inflation et de la mise en œuvre des programmes gouvernementaux de garde d’enfants et de soins dentaires. L’argent de ces programmes est, selon la ministre, déjà en route vers les Canadiens.

Mais Mme Freeland a dit devoir aussi prendre en considération le fait que la Banque du Canada tente d’encourager les Canadiens à dépenser moins, afin de faire baisser l’inflation.

« Je dois trouver un équilibre. D’une part, il faut aider les Canadiens qui ont des problèmes d’accessibilité financière et, d’autre part, il faut des restrictions budgétaires, car je ne veux pas rendre le travail de la Banque du Canada plus difficile qu’il ne l’est déjà. »— Une citation de  Chrystia Freeland, ministre des Finances

La Banque du Canada a pour mandat de maintenir la cible d’inflation du Canada, qui est de 2 % (ou dans une fourchette de 1 % à 3 %) par an. Mme Freeland a déclaré que c’était la responsabilité de la Banque de s’occuper de l’inflation et qu’elle respectait son indépendance.

« C’est normal d’être en colère »

La ministre des Finances a reconnu la frustration ressentie par de nombreux Canadiens face à la hausse des prix, en particulier pour les principaux produits de consommation courante. Elle a déclaré que des amis lui ont envoyé des photos des prix à la pompe et qu’elle est consciente que les produits d’épicerie sont plus chers.

Et pour beaucoup de Canadiens, c’est une véritable épreuve. Je le comprends vraiment, a-t-elle déclaré.

Interrogée sur le malaise général que de nombreux Canadiens ressentent face à l’économie, Mme Freeland a adopté un ton similaire.

« C’est normal d’être en colère contre moi. Je comprends vraiment que c’est une période économique incroyablement difficile. C’est vraiment, vraiment difficile pour beaucoup de gens. »— Une citation de  Chrystia Freeland, ministre des Finances

L’opposition à l’attaque

En réponse au discours de Mme Freeland, les députés conservateurs Dan Albas et Gérard Deltell ont publié une déclaration critiquant ce qu’ils appellent la stratégie tax-and-spend du gouvernement.

Cette approche économique défectueuse gruge les revenus des travailleurs canadiens et ignore le principe le plus fondamental de l’économie : dépenser pendant une crise inflationniste ne fera qu’alimenter davantage l’inflation. Pourtant, les libéraux continuent sur cette voie avec un abandon insouciant, infligeant encore plus de douleur inflationniste aux Canadiens.

Le NPD, qui a soutenu que les entreprises profitent de l’inflation pour augmenter leurs profits, affirme que le gouvernement devrait imposer une taxe sur les profits excédentaires aux sociétés pétrolières et gazières et redonner de l’argent aux Canadiens par le biais du crédit pour la TPS/TVH et de la prestation pour enfants.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a qualifié l’approche de Mme Freeland d’absolument insultante.

Un atterrissage en douceur toujours possible

Mme Freeland a rencontré plus tôt cette semaine la secrétaire au Trésor des États-Unis, Janet Yellen, qui a récemment déclaré qu’une récession aux États-Unis n’était pas inévitable, bien que l’inflation soit inacceptable.

Le Canada a encore la possibilité d’un atterrissage en douceur, a déclaré Mme Freeland, où le pays pourrait se stabiliser économiquement après l’énorme choc de la pandémie de COVID-19, sans la grave récession redoutée par beaucoup.

Mme Freeland a maintenu un ton optimiste quant à la capacité du Canada à surmonter l’incertitude économique mondiale, surtout si on le compare aux autres pays du G7.

Le défi n’est pas encore relevé, mais je crois sincèrement que nous allons nous en sortir ensemble, a-t-elle déclaré.

Par Radio-Canada avec les informations de Christian Paas-Lang de CBC

Crise RDC-Rwanda : quelles conséquences économiques ? L’analyse de Fitch

juin 23, 2022

Alors que la tension diplomatique entre les deux pays ne faiblit pas, l’institut de notation analyse les différentes implications que pourrait avoir le conflit actuel sur leurs économies respectives.

Des manifestants arrêtés par la police alors qu’ils tentent de rejoindre la frontière avec le Rwanda, à Goma, en RDC, mercredi 15 juin 2022. © Moses Sawasawa/AP/SIPA

Dans une note diffusée ce 21 juin, Fitch Solutions tente de mesurer les potentielles conséquences économiques de la crise diplomatique qui oppose la RDC et le Rwanda depuis plusieurs semaines. L’agence a étudié trois scénarios. Le premier, le plus probable (65 %), prévoit que les relations entre les deux pays restent « tendues » au cours des trimestres à venir, sans que cela ne débouche sur un conflit militaire à grande échelle. Notamment grâce à la médiation de la communauté internationale.

Pour rappel, le président congolais Felix Tshisekedi avait accusé, entre fin mai et début juin, Kigali de soutenir activement le groupe rebelle M23 – qui prétend défendre les intérêts des Tutsis contre les groupes armés de l’ethnie hutue. Des allégations que le gouvernement rwandais a fermement démenties.

Dans ce contexte, l’agence de notation revoit à la baisse le score de la RDC dans son indice de risque politique à court terme de 25,8 sur 100 à 24,2 (ce qui signifie que le risque est plus élevé). De même, le score de la composante sécurité/menaces extérieures est ramenée de 25,8 à 24,2. Même constat pour le Rwanda, avec un score qui passe de 69,2 à 68,3 sur le risque politique et de 58,3 à 51,7 pour la composante sécurité/menaces extérieures.

Investissements étrangers en jeu

Avec une économie « robuste » (6,4 % de croissance entre 2012 et 2021) et « largement tributaire d’importants flux d’investissements étrangers et d’aides financières », le Rwanda aurait selon Fitch Solutions tout intérêt à se tenir à l’écart des allégations dont l’accuse la RDC pour maintenir de fortes relations avec la communauté internationale et continuer à bénéficier de ses investissements. Selon le ministère rwandais des Finances et de la Planification économique, ces subventions représentent 16,1 % des recettes publiques dans le budget de l’exercice 2021-2022.

« Dans ce scénario le plus probable, nous nous attendons à ce que – même si les relations entre les deux États restent conflictuelles pendant un certain temps – les conséquences économiques ne soient pas sévères », affirment les analystes. Ils estiment que la médiation des États de la Communauté de l’Afrique de l’Est (ECA) préviendra une escalade du conflit, ce qui évitera de perturber le bon fonctionnement des industries extractives présentes en RDC.

Croissance affectée

Dans un deuxième scénario, moins probable (25 %), dans lequel les forces armées de la RDC et du Rwanda s’affrontent régulièrement, Fitch Solutions prévoit une détérioration de la stabilité de la sous-région à moyen terme. Avec un marché fortement perturbé, les exportations rwandaises vers la RDC représentant 12,4 % du total des exportations du pays en 2021 et la seule raffinerie d’or du Rwanda reposant en majorité sur les minerais congolais, les deux économies risquent de voir leur croissance ralentir. En effet, dans ce scénario d’escalade, l’institut de notation revoit à la baisse ses projections de croissance à 5,5 % en 2022 et 6,3 % en 2023 pour la RDC et à 7,1 % et 7,8 % sur la même période pour le Rwanda.

Troisième et dernier scénario (10 % de probabilité) : le conflit se répand aux pays voisins, avec l’Ouganda et le Kenya qui se mobiliseraient pour protéger leurs frontières. Avec dans ce cas un sérieux coup de frein au développement du secteur minier en RDC, du projet phare du Rwanda (Kigali Innovation City) ainsi que du projet pétrolier du lac Albert en Ouganda. C’est une croissance économique « nettement plus faible » et des risques plus élevés pour la stabilité politique à plus long terme que prévoit Fitch Solutions.

« Dans ce scénario le plus sévère, les liens régionaux s’affaibliront considérablement dans les années à venir – il est même possible que l’EAC éclate. Il y aurait beaucoup moins de coopération sur les menaces sécuritaires, et la réduction des échanges commerciaux ralentirait le développement économique en Afrique de l’Est », prévient l’institut de notation.

Avec Jeune Afrique par Maureen Songne

Une raffinerie russe dit avoir été attaquée par des drones venant de l’Ukraine

juin 22, 2022
Des pompiers arrosent une usine.

Cette photo diffusée par le service de presse du ministère russe des Services d’urgence montrerait des pompiers en action mercredi sur le site de l’usine de produits pétroliers de Novochakhtinski. Photo : La Presse Canadienne/AP/Service de Presse du Ministère russe des services d’urgence

Une raffinerie de pétrole du sud-ouest de la Russie a été attaquée mercredi par des drones en provenance du territoire ukrainien, provoquant une explosion et un incendie, mais sans faire de victime, affirment ses dirigeants.

L’attaque, non confirmée par Kiev, a touché l’usine de produits pétroliers de Novochakhtinski, dans la région de Rostov. Ses opérations sont maintenant suspendues, affirme le gouverneur, Vassili Goloubev.

Selon l’usine, le premier drone a frappé à 1 h 40 HAE, provoquant une explosion. Une seconde attaque a eu lieu environ 45 minutes plus tard, visant un dépôt de pétrole et causant des dégâts matériels, mais pas d’explosion.

« Deux drones ont attaqué des équipements technologiques de l’usine de produits pétroliers de Novochakhtinski, ce qui a provoqué une explosion suivie d’un incendie. »— Une citation de  Communiqué de l’usine de Novochakhtinski

La direction de l’usine n’a pas nommément accusé les forces ukrainiennes, mais a dénoncé des actes terroristes venant de la frontière occidentale, située à environ 10 kilomètres à l’ouest.

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, dont l’authenticité n’a pu être vérifiée dans l’immédiat, montre un drone survoler une zone industrielle peu avant une explosion accompagnée d’une boule de feu.

Selon le gouverneur Goloubev, l’incendie déclenché par la première attaque a été éteint en fin de matinée, mais la raffinerie demeurera à l’arrêt pour une durée indéterminée, le temps d’évaluer les dégâts.

Des fragments appartenant à deux drones ont été découverts sur le site, a-t-il aussi annoncé dans un message sur Telegram, ce qui signifierait que les appareils se sont écrasés sur le site, volontairement ou non.

Le ministère russe de l’Énergie affirme que l’incendie n’a pas d’impact sur les approvisionnements en produits pétroliers dans le sud du pays.

L’usine de Novochakhtinski, qui peut raffiner 7,5 millions de tonnes de pétrole brut chaque année, se présente sur son site Internet comme le plus grand fournisseur de produits pétroliers du sud de la Russie.

Depuis le début de l’invasion russe, le 24 février, plusieurs attaques de drones ont été signalées dans les régions ouest de la Russie. Moscou les impute à Kiev, qui ne confirme jamais en être l’auteur.

Le mois dernier, le gouverneur de la région de Koursk a affirmé qu’une personne était morte dans une frappe ukrainienne sur un village frontalier.

Et début avril, le gouverneur de la région frontalière de Belgorod a accusé l’Ukraine d’avoir mené une attaque contre un dépôt de carburants avec deux hélicoptères.

Par Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Cameroun, Nigeria… Glencore plaide définitivement coupable de corruption

juin 21, 2022

Une filiale britannique du géant du négoce a officiellement plaidé coupable de sept chefs d’accusation de corruption dans le cadre d’opérations pétrolières au Cameroun, en Guinée équatoriale, en Côte d’Ivoire, au Nigeria et au Soudan du Sud.

Le siège du géant suisse Glencore à Baar, en Suisse, en 2020. © Fabrice COFFRINI / AFP

Le géant suisse avait jusqu’à ce mardi 21 juin pour confirmer sa décision, intervenue fin mai. C’est désormais chose faite.

Et la déclaration est intervenue devant la Southwark Crown Court à Londres : plus de 28 millions de dollars de pots-de-vin auraient été versés par Glencore Energy pour obtenir un accès préférentiel au pétrole et générer des profits illicites entre 2011 et 2016. Selon le Serious Fraud Office (SFO) britannique, l’entreprise sera condamnée le  2 et 3 novembre prochains.

Nombreuses accusations

Depuis ce début d’année, le groupe a déjà été condamné trois fois. En effet, cette nouvelle procédure de « plaider coupable » fait suite à des accusations portées par les autorités américaines, brésiliennes et britanniques. Pour faire face à ces actions en justice, le géant minier a approvisionné quelque 1,5 milliard de dollars.

Le procureur américain du district sud de New York, Damian Williams, a présenté quelques-unes des conclusions de l’enquête américaine : « Glencore a versé plus de 100 millions de dollars en pots-de-vin à des fonctionnaires au Brésil, au Nigeria, en République démocratique du Congo et au Venezuela. Son système de pots-de-vin s’étendait dans le monde entier. Glencore a agi de la sorte afin d’obtenir des contrats pétroliers, pour éviter les audits gouvernementaux, et afin de faire disparaître des procès. Avec cette stratégie la compagnie a gagné des centaines de millions de dollars. Et ils l’ont fait avec l’approbation et même l’encouragement de cadres supérieurs. »

📢YESTERDAY GLENCORE FACED A $1.2 BILLION FINE FOR GLOBAL BRIBERY AND MARKET MANIPULATION. A THREAD 1/12HTTPS://T.CO/970IQJ65EG— SPOTLIGHT ON CORRUPTION (@ENDCORRUPTIONUK) MAY 25, 2022

Fonctionnement illicite en Afrique

Le SFO indique que les dernières accusations comprennent des allégations selon lesquelles Glencore aurait versé plus de 4,9 millions de dollars de pots-de-vin à des fonctionnaires de la Nigerian National Petroleum Corporation, une entreprise publique nigériane, entre mars 2012 et avril 2014, afin d’obtenir des contrats pétroliers.

Selon la même source, le leader de l’extraction avait versé sous la table plus de 10 millions de dollars à des fonctionnaires de la société pétrolière publique camerounaise, la Société nationale des hydrocarbures et la Société nationale de raffinage, afin d’obtenir l’exclusivité sur des contrats. Plus tôt dans l’année, ce sont des pots-de-vin de 7,4 millions d’euros en Côte d’Ivoire qui ont été pointés du doigt.

« Cette importante enquête, que le Serious Fraud Office a porté devant les tribunaux en moins de trois ans, est le résultat de notre expertise, de notre ténacité et de la force de notre partenariat avec les États-Unis et d’autres juridictions », a déclaré Lisa Osofsky, directrice du SFO à l’issue de l’enquête qui a débuté en 2019.

Le président de Glencore, Kalidas Madhavpeddi, a pour sa part déclaré dans un communiqué que Glencore s’engageait à « agir de manière éthique et responsable dans tous les aspects de son activité ».

Avec Jeune Afrique

Nialé Kaba : « En Côte d’Ivoire, la confiance des investisseurs ne se dément pas »

juin 18, 2022

ENTRETIEN. Pour la ministre du Plan et du Développement, tout y concourt : la forte croissance, les nombreux chantiers, la diversification de l’économie. Elle explique.

Le nouveau plan quinquennal ivoirien mise sur une croissance de 7,65 % par an pour les cinq prochaines annees, contre 5,9 % en 2016-2020.
Le nouveau plan quinquennal ivoirien mise sur une croissance de 7,65 % par an pour les cinq prochaines années, contre 5,9 % en 2016-2020. © ISSOUF SANOGO / AFP

Quelques heures après avoir lancé son troisième plan de développement quinquennal, le gouvernement ivoirien ne peut que constater l’engouement des bailleurs de fonds et du secteur privé pour ses programmes d’investissements stratégiques. Ce 15 juin, la somme promise au PND, sorte de boussole économique pour l’exécutif, est presque deux fois plus importante que celle espérée. Le pays cherchait à mobiliser 9 335,6 milliards de francs CFA, il en a obtenu bien plus, soit 26 milliards de dollars sous la forme de promesses. Le nez encore dans ses dossiers, Nialé Kaba, la ministre du Plan et du Développement, cheville ouvrière des grands projets de la Côte d’Ivoire, fait le point sur les nouvelles annonces mais aussi sur les raisons concrètes de cette confiance quasi ininterrompue des investisseurs en direction de son pays depuis pratiquement dix ans. Entretien.

Le Point Afrique : La somme promise par les bailleurs de fonds et institutions au plan national de développement du pays est presque deux fois plus importante que celle espérée. Comment l’analysez-vous ?

Nialé Kaba : En effet, au total, nous avons déjà mobilisé 26 milliards de dollars alors que nous en cherchions 15. Soit près de 70 % en plus par rapport à l’objectif que nous avions fixé. Le gouvernement est satisfait de la réponse des bailleurs à notre plan national de développement. Ces annonces démontrent à quel point les investisseurs font confiance à notre pays et surtout au leadership incarné par Son Excellence Alassane Ouattara, président de la République.

Par rapport à ces annonces, il manque la part du secteur privé, dont vous attendez énormément. Est-ce que vous avez déjà connaissance de cette part ou pas encore ?

Le secteur privé a répondu massivement à notre appel. Plusieurs opérateurs se sont manifestés pour bien comprendre la stratégie de développement de la Côte d’Ivoire. Ils ont pu assister à des panels d’échanges pour avoir des informations sur les potentialités d’investissements dans tous les secteurs, notamment dans l’agro-industrie et l’agroalimentaire, les industries textiles, les infrastructures et le transport, le logement, l’énergie et les mines, l’économie numérique, le tourisme, les industries créatives et culturelles, les services sociaux, l’éducation ou encore la santé. La confiance des investisseurs publics comme privés ne se dément pas. Plusieurs projets sont en maturation par les acteurs du secteur privé et seront retracés au fur et à mesure de leur enregistrement, notamment au Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI).

Que représente désormais le poids du secteur privé dans les investissements totaux du pays ?

Le taux d’investissement du secteur privé se situe, aujourd’hui, à 17,6 %. Il était à 12,8 % en 2012 et nous visons les 30 % d’ici à 2030. Notre pays revient de loin. Entre 2012 et 2016, le premier PND a permis de stabiliser une économie qui était en grande difficulté, de régler les problèmes de sécurité et de rattraper le retard cumulé dans les infrastructures sociales et les infrastructures dédiées à l’investissement. Ce premier PND reposait par conséquent sur l’investissement public.

Avec le plan quinquennal suivant, nous avons assisté à une réelle éclosion du secteur privé et, aujourd’hui, la dynamique est lancée. Vous avez un repère qui est assez intéressant : lors du PND de 2016-2020, la part du secteur privé avait dépassé de 50 % les objectifs d’investissements que nous avions fixés, c’est vous dire à quel point la situation a connu une évolution rapide.

Quels sont les secteurs qui font l’attractivité de la Côte d’Ivoire ou dans lesquels le pays souhaiterait vraiment mobiliser les investisseurs ?

Nous avons défini un certain nombre de filières prioritaires, parmi lesquelles figurent l’agrobusiness et l’agriculture durable, premiers secteurs de compétitivité de la Côte d’Ivoire. Nous avons de nombreuses matières premières. Nous sommes le premier producteur et exportateur de cacao mondial, mais nous n’en transformons que 30 %, nous ambitionnons d’atteindre les 50 % à l’horizon 2025. Nous sommes également le premier producteur de cajous (anacardes), mais nous en transformons moins de 15 %, nous voulons aller plus loin. Nous avons également du coton pour lequel nous ne transformons que 15 %, je peux aussi vous citer l’hévéa, dont nous sommes le premier producteur africain, mais nous n’en transformons que 5 %, etc. La transformation de nos produits agricoles sur place offre d’immenses opportunités.

Nialé Kaba, ministre du Plan et du Développement de la Côte d’Ivoire, a répondu aux questions du Point Afrique depuis Abidjan, par téléphone.© DR

Ce PND veut inciter les investisseurs qui achètent nos produits à l’extérieur à les transformer localement, au moins à un premier niveau. Le but est ensuite de faire en sorte que d’autres investisseurs puissent s’intéresser à ces secteurs, parce que les marchés existent, nous les avons identifiés et ils sont demandeurs de ces produits.

Quel rôle a joué le marché intérieur ivoirien ces dernières années et quelles sont vos ambitions pour soutenir les investissements locaux ?

Le marché intérieur s’est montré robuste, parce que nous avons une classe moyenne qui se développe. Dans notre stratégie, nous voulons développer, par exemple, les marchés de matériaux de construction, la chimie ou encore la plasturgie plastique. Ce sont des filières embryonnaires qu’il faudrait soutenir et développer, et qui s’adressent à la fois au marché intérieur et au marché sous-régional.

La Côte d’Ivoire exporte dans toute la sous-région ouest-africaine de nombreux produits en plastique, notamment, que ce soit des assiettes, des seaux, des chaussures, etc. Il y a une industrie naissante, ici, que nous voulons voir se développer au même titre que d’autres filières comme la pharmacie.

Dans un tout autre domaine, nous voulons faire de la Côte d’Ivoire un hub énergétique et pétrolier. Vous savez, avec les découvertes récentes d’hydrocarbures au large de notre pays, nous espérons augmenter la production d’énergie, et la rendre accessible à un coût raisonnable. Ainsi, nous pouvons parvenir à un développement plus important du secteur minier et à une transformation locale plus poussée dans ce secteur.

Nous voulons également attirer les investisseurs vers le secteur du vivrier, notamment le riz, le manioc et le maïs. C’est un secteur qui a pris de l’ampleur avec le développement que connaît le pays. Ce sont des produits de forte consommation, autour desquels nous menons des initiatives pour moderniser leur production, parce qu’en l’état le vivrier n’est pas très compétitif. Notre priorité est de mécaniser la production. J’ai évoqué le riz, pour lequel nous avons déjà lancé des projets d’aménagement rizicole à grande échelle. Vous vous souviendrez que, récemment, nous avons même eu un ministère en charge du développement du riz et nous avons ici l’Agence pour le développement de la filière riz en Côte d’Ivoire (Aderiz), qui est en charge du secteur riz. En effet, le riz est la denrée la plus consommée par la population ivoirienne, il revêt un caractère important pour la politique de sécurité alimentaire du pays. L’objectif du gouvernement est donc d’assurer une parfaite maîtrise de la chaîne de valeur riz à travers la production et la valorisation. En réalité, l’État apporte déjà un premier investissement avec l’aménagement de certains bas-fonds rizicoles sur lesquels les planteurs et agriculteurs privés sont installés afin de travailler dans des conditions de rentabilité acceptables.

Nous voulons faire la même chose pour le maïs et le manioc, qui sont deux produits alternatifs au blé, dont le prix a explosé. Vous savez que les Ivoiriens consomment beaucoup de pain. Aujourd’hui, notre ambition est de substituer le blé par nos céréales ou tubercules dans la fabrication de la farine à pain. L’enjeu est de passer à une production à grande échelle.

Avez-vous intégré la création de chaînes de valeur dans votre plan d’action ?

Pour l’agriculture vivrière et les produits cités, nous avons une stratégie de développement de chaînes de valeur au niveau local. L’État a choisi les agropoles, ou pôles agro-industriels, parce qu’elles permettent d’installer des plateformes équipées où vous avez à la fois le producteur, le transformateur, l’acheteur, le fournisseur d’intrants. Cette stratégie sera déployée dans les différentes régions du pays selon leurs spécificités. La première agropole est déjà fonctionnelle et est installée à Yamoussoukro. La prochaine va être lancée au nord, à Korhogo, puis une autre à l’est, à Bondoukou, et à Man, à l’ouest. Au total, nous en aurons neuf sur toute l’étendue du territoire, ce qui va à la fois permettre de répondre à ces questions de production en masse de produits vivriers mais également d’accélérer le développement équilibré du pays.

Pour maintenir ce niveau d’attractivité des investissements, la Côte d’Ivoire doit répondre à un certain nombre de défis, comme la formation, la lutte contre la corruption, l’inclusion. Que faites-vous sur ces volets ?

Sur le volet de l’inclusion et donc de la solidarité, beaucoup de choses ont été faites. Cela se traduit par le recul du taux de pauvreté, qui est passé de 55,4 % en 2011 à 39,4 % aujourd’hui. En réalité, c’est la première fois depuis l’instauration de cet indicateur, dans les années 1970, que nous avons une inflexion à la baisse. Nous espérons voir ce taux de pauvreté divisé par deux à l’horizon 2030.

Voilà pour les objectifs quantitatifs. Maintenant, la solidarité, c’est également l’accès à l’eau potable pour tous, à l’éducation, l’accès à la santé. Nous avons des objectifs chiffrés qui nous permettent de suivre l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD). Par exemple, sur l’électricité, nous voulons atteindre une couverture totale du territoire à l’horizon 2025.

Sur l’eau, toute la population devrait avoir accès à l’eau potable à l’horizon 2030, même dans les zones les plus difficiles et les plus reculées.

La santé est aussi importante et la couverture maladie universelle se met en place progressivement. Nous avons également une politique visant à mailler tout le territoire avec des hôpitaux de premier contact, tout en développant de grands hôpitaux dans les villes. Vingt-deux hôpitaux généraux ont déjà été construits et nous menons une politique de réhabilitation des CHU dans les grandes villes. Les chiffres ne font pas tout, il faut également qu’ils puissent se traduire en bien-être pour les populations.

Le secteur de l’éducation en Côte d’Ivoire est en quête de transformation, avec d’immenses défis. Le PND incite-t-il les investisseurs à regarder aussi ces besoins urgents pour améliorer le niveau de formation dans le pays ?

70 % de la population ivoirienne a moins de 35 ans. C’est un immense défi en termes d’emploi, d’éducation et de formation. Pendant la période de crise que la Côte d’Ivoire a traversée, l’école a été fortement perturbée et nous avons eu une cohorte de personnes qui ne sont maintenant plus en âge de retourner à l’école mais qui sont déjà en âge de travailler et n’ont donc pas pu achever d’une façon correcte un cursus scolaire.

La problématique de l’éducation pose aussi des défis en termes d’infrastructures : il faut construire beaucoup plus de salles de classe, offrir un meilleur encadrement puisqu’il faut des formateurs qui eux-mêmes doivent être suffisamment bien formés.

C’est le premier poste de dépense budgétaire de l’État, alors les ambitions sont grandes. Grâce au PND, nous allons poursuivre la politique de construction de salles de classe : 21 000 d’ici à 2025. Cette fois, l’État veut mettre l’accent sur l’enseignement technique et professionnel, pour que tous ceux qui ne parviennent pas à achever un cursus scolaire traditionnel ne soient pas rejetés dans la société.

Au-delà, nous allons poursuivre le développement des pôles scientifiques d’innovation qui sont en train de se créer avec des universités et de grandes écoles publiques pour pouvoir offrir également une main-d’œuvre très qualifiée aux entreprises qui s’installent. Les demandes de formation continue se multiplient aussi. Nous avons, par exemple, l’École nationale supérieure de statistiques et d’économie appliquée d’Abidjan (ENSEA), dépendant de notre ministère du Plan qui prend dans les banques de jeunes cadres en actuariat.

Abidjan concentre tout de même 80 % de l’activité économique du pays. Comment comptez-vous freiner la persistance des disparités socio-économiques et géographiques ?

Effectivement, c’est une problématique importante. Nous avons commencé à changer de paradigme avec la conception des agropoles, l’objectif est bien de développer des pôles compétitifs dans les régions en regardant leurs potentialités et en mettant en place des infrastructures qui permettent à chaque région de développer tout son potentiel. L’État a déployé des mesures incitatives, comme des avantages fiscaux, pour attirer les investisseurs dans les zones industrielles régionales afin qu’ils investissent dans des produits pour lesquels nous voulons de la transformation locale. À terme, cette stratégie doit nous permettre de développer des industries dans toutes les régions du pays, et plus seulement à Abidjan.

L’autre volet pour accroître l’attractivité des régions est de décentraliser les universités. Il y en a une actuellement à Bouaké, Korhogo, Daloa et Man, et d’autres universités sont en projet.

Le Covid-19 a révélé des fragilités du système économique ivoirien, parmi lesquelles figure le secteur informel. Comment amener des acteurs de l’informel vers le formel ?

La dernière étude sur l’emploi a montré que la part de l’informel a baissé en 2019. Nous étions en dessous de 90 % avant le Covid-19. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’État a pris à bras-le-corps cette question et mène des initiatives pour donner accès à des financements, offrir des formations, des schémas d’encadrement aux PME et aux très petites entreprises. Toutes ces actions commencent à produire leurs effets et de plus en plus de petites entreprises informelles se formalisent pour pouvoir bénéficier de cette assistance. Il y a également toutes les initiatives que mène le ministère de la Promotion de la jeunesse et de l’Emploi des jeunes en collaboration avec le ministère de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage ou encore celui des PME : l’objectif de notre stratégie est que la prise en charge du secteur informel permette aux acteurs économiques, notamment en faveur des jeunes, de se formaliser.

Avec Le Point propos recueillis par Viviane Forson