Archive for the ‘Économie’ Category

Endettement de Madagascar : Feu vert de la HCC !

septembre 7, 2021

Les juges constitutionnels ont statué sur les deux lois relatives aux accords de prêts conclus ces derniers mois entre Madagascar et les bailleurs de fonds internationaux. A travers ses décisions publiées hier sur son site web, la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) les a déclarées conformes à la Constitution. Il s’agit de la loi n°2021-022 autorisant la ratification de l’Accord de Prêt relatif au financement du Projet d’Appui à l’Industrialisation et au Secteur Financier (PAISF), conclu le 12 novembre 2020, entre la République de Madagascar et le Fonds Africain de Développement ainsi que celle n°2021-021 autorisant la ratification de l’Accord de Prêt au financement du « Projet de transformation économique pour la croissance (PIC3) conclu le 21 juillet 2021 avec l’Association Internationale de Développement (IDA). Tout comme les parlementaires qui ont adopté à l’aveuglette ces textes, les juges de la Cour de céans n’ont pas du tout réflechi sur les effets de tels prêts sur la vie économique du pays pour les décennies à venir. Le premier a permis à la Grande Ile d’avoir un financement qui s’élève à plus de 65 milliards d’ariary, lequel sera remboursable sur une période de 40 ans avec un paiement en différé du capital sur les 10 premières années. Et pour le PIC3, une autre somme de 596 100 000 000 Ariary a été obtenue, et le remboursement se fera pendant  38 ans.

Souvent évoqués par différentes entités, ces accords de prêts ne font qu’aggraver l’endettement de Madagascar et ce sont les générations futures qui en paient le prix. A cela s’ajoute le manque de transparence dans la gestion des fonds obtenus. C’était notamment le cas pour l’utilisation d’une somme d’environ 800 millions de dollars accordés l’année dernière par la Banque Mondiale et le Fonds monétaire international pour faire face à la pandémie de Covid-19.

A rappeler que le président Andry Rajoelina a promis en 2018 de ne plus recourir aux financements extérieurs, en particulier ceux remboursables qui accroissent dangeureusement les dettes du pays. Une promesse en l’air prise à la légère par les parlementaires et les juges constitutionnels, lesquels viennent de donner le feu vert par rapport aux textes afférents.

Avec La Gazette de la Grande Ile par Mampionona

« L’Afrique permet encore de saisir des opportunités dans les services financiers »

septembre 2, 2021

ENTRETIEN. Pionnier de l’intermédiation financière au Congo, Patrick Itouad vient d’innover avec la convertibilité réciproque des francs CFA d’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Patrick Itouad.
Patrick Itouad.© Serfin SA

Àla tête de Serfin SA qu’il a créé en 2011, Patrick Itouad est un acteur incontournable de l’écosystème du transfert d’argent, du change et des cartes prépayées. Ses années d’expérience lui permettent d’évoquer les défis que le secteur bancaire et financier, congolais en particulier, africain en général, doit affronter au quotidien dans un environnement où l’informel occupe encore une place trop importante et où les circuits, notamment de la convertibilité du franc CFA d’Afrique de l’Ouest en franc CFA d’Afrique centrale, ou vice versa, sont à rallonge. Il a accepté de répondre au Point Afrique sur nombre de questions qui concernent les services financiers sur le continent.

Le Point Afrique : Acteur dans les services financiers d’importance dans la zone CFA, quel regard portez-vous sur l’environnement bancaire du Congo en particulier, et de la zone Cemac en particulier alors que la pandémie de Covid-19 continue à éprouver les institutions et les acteurs économiques ?

Patrick Itouad : Tout d’abord, il est important de préciser que je m’exprime en tant qu’acteur privé congolais dans les services financiers et je reste dans ce silo. L’environnement bancaire congolais n’accompagne que très rarement les acteurs privés congolais. Les banques congolaises n’ont aucune difficulté à financer les multinationales et les grosses sociétés étrangères. Mais pour les acteurs privés congolais, c’est le parcours du combattant. Les contraintes administratives sont insurmontables. Je vous donne un exemple. Pour un financement, vous devez apporter une garantie foncière. Et quand vous demandez 100, vous devez apporter 30 % en cash. On vous finance les 70 % restants avec des taux d’intérêt entre 8 % et 10 %, hors taxes. Avec les taxes, vous êtes entre 10 et 12 %, et ce, sur une durée de moins de 5 ans. Ce processus n’incite pas les levées de fonds pour les acteurs privés congolais. Il faut également tenir compte de la pandémie qui continue à éprouver notre business. En effet, les consulats et les chancelleries sont fermés. Ce qui empêche notre activité, puisque les Congolais ne peuvent pas voyager. Même la RDC, notre voisin, n’est pas accessible.

Qu’en est-il, de votre point de vue, des rapports entre les institutions financières, banques, caisses mutuelles d’épargne, etc., et les différents acteurs économiques que sont, d’un côté, les particuliers et, de l’autre, les entreprises ?

Nous, les privés, sommes impuissants, nous ne pouvons rien. Ce rôle est dévolu à l’État. L’État, via les ministères des Finances et du Commerce, devrait organiser et faciliter nos rapports avec les institutions financières, la banque centrale et les banques.

Au-delà de son impact sur les capacités financières des migrants, la pandémie de Covid-19 rend par ailleurs plus difficile la réalisation des transferts.© GODONG / BSIP / BSIP via AFP

À côté des établissements qui ont pignon sur rue, il y a un important secteur financier informel. Société d’intermédiation, comment votre structure navigue-t-elle pour répondre aux besoins spécifiques des différents marchés qui se côtoient dans l’environnement économique congolais ?

En apportant des réponses à la frustration des Congolais, et plus largement des Africains. Quand ils voyagent, ils n’aiment que le cash, ils ont du mal avec les cartes bancaires. Mais les barrières douanières sont très contraignantes et ils ne peuvent pas se déplacer avec beaucoup de liquide. Comprenez qu’aujourd’hui il n’y a pas de possibilité de changer des CFA d’Afrique de l’Ouest en CFA d’Afrique centrale, et vice et versa, sauf de manière informelle. C’est normal. Les deux banques centrales de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale ne compensent pas les deux monnaies. De plus, pour faire des virements, vous devez passer par un circuit très contraignant. Votre argent doit transiter dans un premier temps par l’Europe, passer par la Banque de France à Paris, pour revenir ensuite dans l’autre partie du continent, sans compter tous les frais multipliés par le nombre d’opérations. Sur ce trajet, tout le monde prend des frais au passage. Nous arrivons à des taux de 3 à 4 % pour un virement, parfois nous atteignons le 7 à 8 % dans certains cas. Ce qui est énorme. Nous avons pris le parti d’être compétitifs et transparents, avec notre volonté d’accueillir et de servir au mieux. Dorénavant, quelqu’un qui vient dans nos boutiques peut changer directement des milliers ou des millions de XAF et XOF, sans problème et à un meilleur taux.

Une dynamique de coopération des économies des pays francophones a été mise en exergue lors des Rencontres des entreprises francophones (REF) organisées par le Mouvement des entreprises de France (Medef) fin août. La zone franc l’expérimente depuis les indépendances, mais pêche au niveau de la convertibilité entre le CFA d’Afrique de l’Ouest et celui d’Afrique centrale. Quels axes de réflexion et d’action vous paraissent devoir être mis en œuvre pour une meilleure cohérence ?

Un seul : ma réflexion est que le Medef et ses acteurs devraient faire un meilleur lobbying auprès de Bercy et de la Banque de France qui sont les vrais régulateurs de la convertibilité des CFA XAF et XOF.

Parmi les acteurs importants à prendre en compte, il y a les ressortissants congolais et africains installés hors de leur pays, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Au moment où les effets des transferts de fonds participent de manière conséquente au PIB de nombre de pays africains, que préconisez-vous comme solution pour faciliter la fluidité financière au Congo, en Afrique et avec la diaspora ?

Sortir définitivement de l’informel qui est une pratique trop courante. Trop souvent, les Africains optent pour ce change informel, qui n’est pas rassurant, même parfois inquiétant. Vous pouvez tomber sur de la fausse monnaie, et traiter avec des gens dont vous ne savez rien. D’ici à la fin novembre, notre société ouvrira une première antenne en Île-de-France. Nous proposerons des transferts de fonds à un meilleur taux que le marché actuel qui, lui, avoisine les 7 % à 10 %.

Un guichet Point cash.© Serfin SA

Pour nous, Paris est une évidence, car elle demeure le grand couloir congolais. On dit souvent que Brazza est le 21e arrondissement parisien. Nous avons signé un partenariat avec le groupe Leclerc et observé une stratégie différente du Congo. Ici, nous sommes dans les aéroports et les hôtels. Avec notre partenaire, nous serons dans les centres commerciaux franciliens, proches des communautés africaines et asiatiques pour proposer des transferts et du change entre le franc CFA d’Afrique de l’Ouest et celui d’Afrique centrale, de manière officielle, sécurisée et légale, avec la remise d’une facture.

Par ailleurs, nous avons signé également avec Syma Mobile, 5e opérateur de téléphonie en France pour faire du Mobile Banking ou Mobile Money. Nous allons offrir cette facilité avec ceux qui veulent envoyer de Paris de l’argent aux familles sur le continent. L’avantage, c’est que les forfaits téléphoniques et Internet achetés en France seront utilisables en Afrique centrale avec les mêmes tarifs pour l’utilisation d’Internet et de la téléphonie. Donc, nos clients pourront recharger leurs puces et effectuer leurs opérations à Brazzaville et à Kinshasa au même coût qu’à Paris.

L’Afrique de l’Ouest francophone dispose de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), et l’Afrique centrale, de la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC). Quel est l’impact de ces deux institutions sur l’offre de produits et de services de sociétés de conseil et d’intermédiation financière comme la vôtre ?

Pour nous, aucun impact. Je ne suis pas concerné. Mais, je les observe à distance en tant quand qu’acteur financier. Comme la BVMAC a son siège à Libreville, nous réfléchissons à l’ouverture d’une antenne au Gabon début juin 2022. Quand nous y serons, si la BVMAC a des offres à nous proposer en phase avec notre business model, nous regarderons d’un peu plus près les articulations possibles.

Francs CFA. © SEYLLOU / AFP

La question des services financiers est devenue centrale dans le débat économique africain. Quelle est votre réflexion sur cette question et quels actes avez-vous posés en termes de services et de produits pour la rendre effective ?

Nous sommes positionnés sur deux domaines : le transfert de fonds à l’international et le change manuel avec une innovation.

En ce qui concerne le premier sujet, nous avons progressé. Avant que je ne me lance au Congo, en 2011, il n’y avait que des banques pour le change et les transferts de fonds. Elles fermaient à 17 heures et ne proposaient qu’un seul opérateur. Ce modèle encourageait le marché informel. J’ai cassé le monopole des banques, en offrant un service ouvert de 8 heures à 23 heures, 365 jours par an, avec le choix de l’opérateur entre MoneyGram, Riad, Western Union, Flash Cash.

Pour le change manuel, nous lançons une innovation avec le groupe Total Distribution. Nous allons installer des kiosques dans les stations du groupe pétrolier. Les usagers auront à leur disposition nos services habituels, mais nous rajoutons à ces kiosques deux DAB (distributeurs automatiques de billets) de banques différentes. Prenons un exemple avec la BSCA, la banque chinoise, qui est l’une des plus grandes banques du Congo à ce jour. Elle fait ses transactions avec Union Pay qui est leur carte internationale très utilisée chez nous. Impossible pour les utilisateurs de cette banque de faire des retraits ou des virements sur les terminaux Visa ou Mastercard. Dans nos kiosques il y aura toujours deux distributeurs de formats différents pour assurer une disponibilité de liquidités.

Comment voyez-vous l’avenir de l’intermédiation financière en Afrique ?

C’est le seul continent à ce jour qui permet encore de saisir des opportunités, des affaires à développer dans les services financiers. Mais pas que. Il y a de nombreux secteurs, comme l’art contemporain, la culture et les nouvelles technologies, qui sont de formidables terrains de croissance. Donc je vois un avenir radieux pour ceux qui sauront les saisir.

Avec Le Point propos recueillis par Malick Diawara et Sylvère-Henry Cissé

Madagascar-Rencontre Andry Rajoelina, Emmanuel Macron : renforcement de l’état de soumission

septembre 2, 2021

Dans le cadre de sa visite officielle en France, le Président de la République Andry Rajoelina s’est entretenu avec le Président français Emmanuel Macron au Palais de l’Elysée à Paris, le 27 août dernier. Il a été rapporté que l’entrevue a été axée sur le renforcement des liens d’amitié et de coopération entre les deux pays. En réalité, ce n’est qu’un renforcement de l’état de soumission de la Grande Ile. Il faut dire que l’indépendance de Madagascar n’est que sur papier et personne ne peut dire le contraire vu qu’il compte essentiellement sur les aides internationales pour bouger.

Il a été rapporté par la Présidence que la rencontre entre les deux Chefs d’Etat s’est focalisée sur les sujets économiques, diplomatiques, sanitaires, mais également sur la question relative aux Iles Eparses sans apporter  plus de précision. Bien évidemment, Madagascar ne peut rien exiger de la France qui l’appuie dans divers domaines afin de renforcer son emprise. Il est à noter que les deux homologues ont aussi abordé la coopération entre Madagascar et la France dans la lutte contre la Covid-19,  ainsi que le combat pour éradiquer la famine dans le Sud. Et oui, la France a toujours été présente  pour épauler la Grande Ile qui a toujours été en état de faiblesse hier comme aujourd’hui et demain. Comme Madagascar n’a pas les moyens d’avancer vers l’émergence tout seul, le Président français a annoncé leur engagement à accompagner le plan pour l’émergence à hauteur de 240 millions d’euros d’ici 2030. Il ne faut pas oublier que le Président Andry Rajoelina s’est engagé pour un mandat et son mandat se termine en 2023 s’il compte se représenter à sa propre succession.

Concernant les Iles Eparses, Emmanuel Macron a exprimé le souhait de poursuivre les échanges  constructifs. N’empêche que ses gestes et paroles déclarant publiquement « ici c’est la France » quand il a planté le drapeau français sur les Iles Glorieuses en disent beaucoup. Cela montre d’ores et déjà que Madagascar ne peut espérer grand-chose à part une cogestion. Cela arrange pourtant la situation de Madagascar car vu les compétences des dirigeants en détournement et autres, ils n’auront pas de mal à les mettre en vente au cas où les Iles en question seront restituées à leur véritable propriétaire. Le Président Andry Rajoelina a émis beaucoup d’enthousiasme à l’issue de la Rencontre des Entrepreneurs Francophones (REF) 2021 organisée par le Mouvement des entreprises de France (MEDEF) à Longchamp à Paris. La question est de savoir si cette rencontre aura des retombées économiques  prochaines car il a été spécifié que les investisseurs sont plus que séduits par les opportunités économiques que présente la Grande Ile.

Avec la Gazette de la Grande Ile par Jean Riana

Coopération Congo-France: Anatole Collinet Makosso achève sa mission à Paris

septembre 2, 2021

Le chef du gouvernement congolais repart dans son pays après sa première mission officielle qualifiée, de par sa teneur, à la fois d’économique et d’écologique effectuée en France, du 24 au 30 août.

Anatole Collinet Makosso, Paris, France août 2021

Photo : Anatole Collinet Makosso, Paris, France août 2021 Crédit photo : Cellule de communication primature du Congo Brazzaville

Profitant de l’université d’été du Medef, Anatole Collinet Makosso, à la tête d’une importante délégation comportant neuf ministres, vient de terminer son marathon pour relancer la diplomatie économique avec l’État français, la coopération avec les entreprises françaises, et améliorer l’attractivité de la destination Congo aux investisseurs.

Ses entretiens lui ont permis de rencontrer le ministre français de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire; la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili; sa collègue de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’Égalité des chances, Élisabeth Moreno; ainsi que le conseiller Afrique de l’Élysée, Franck Paris. Il s’est entretenu également avec la diaspora dans la salle verte de l’ambassade du Congo à Paris.

Accompagné des différents membres du gouvernement congolais, Anatole Collinet Makosso a tenu une séance de travail avec les responsables de l’Agence française de développement, de l’Organisation internationale de la francophonie ainsi que du Medef lors de la Rencontre des entrepreneurs de France. L’occasion pour l’exécutif congolais d’être rassuré par son partenaire français alors qu’un nouveau round sur la dette congolaise vient de démarrer avec le Fonds monétaire international et que le préalable avec les négociants pétroliers n’est toujours pas réglé.

Fort de la feuille de route que lui a confiée le président Denis Sassou N’Guesso après sa réélection en mars, tout entière contenue dans le Plan national de développement 2022-2026, Anatole Collinet Makosso est donc venu chercher à Paris le soutien bilatéral qui fera peut-être la différence auprès des institutions multilatérales. En matière économique mais également environnementale où, là aussi, le Congo est venu chercher l’appui de la France quelques mois avant la COP26 de Glasgow, sur les dossiers de la gestion durable du bassin du Congo et du financement du Fonds bleu.

Répondant à la question de Jeune Afrique : « C’est donc un ballon d’oxygène pour l’économie congolaise que vous êtes venu chercher en France ? », le Premier ministre congolais a déclaré : «Tout à fait. Et je pense que vous avez compris que l’objectif a été atteint».

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

Poulet bicyclette burkinabè : entre fierté inébranlable et méfiance actuelle

septembre 2, 2021
Damien Glez

Après un scandale sanitaire viral et une volonté politique de labelliser le « poulet bicyclette », le gallinacé burkinabè sera-t-il l’animal de la concorde ou de la discorde ?

Au pays des Hommes intègres, le scandale numéro un de l’hivernage 2021 a un goût de poulet qui peine à s’estomper. Le 12 août dernier, une internaute affirmait, sur le groupe éConsomm’Action de Facebook, qu’elle venait de trouver deux aiguilles dans l’aile d’un poulet flambé acheté aux grilleurs de l’espace culturel Morène, dans le quartier ouagalais de la Patte-d’oie. Dans ce pays friand de gallinacés, le cliché du délit deviendra viral et le responsable du lieu ne cherchera pas à démentir, tout en exprimant sa perplexité.

Rapidement, les commentaires s’enflammeront comme le feu qui flambe les poulets. Les uns émettront des hypothèses allant du recyclage d’un volatile utilisé au cours d’un sacrifice rituel à une opération de sabotage concurrentiel. Les autres trouveront de quoi rire, dans ce scandale glaçant, imaginant un poulet styliste, coiffeur, voire adepte d’implants contraceptifs Norplant.

Galvaniser le poulet burkinabè

Comme à l’accoutumée, si un fait divers n’autorise aucune généralisation, il dépeint, sous l’angle qui est le sien, telle ou telle société. Le marché national et la réputation internationale des volatiles « made in Faso » ne sont pas anodins, en témoigne la volonté récente des ministères du Commerce et des Ressources animales de créer un label pour le « poulet bicyclette ». Les aiguilles de « l’affaire Morène » seront-elles une épine dans le pied du gouvernement ?

Le « poulet bicyclette » désigne la volaille locale non congelée nourrie de végétaux issus des restes de récolte et de ménage. L’expression ferait référence à la démarche saccadée d’un poulet élevé en plein air ou au vélo que les vendeurs utilisent pour amener les gallinacés du village aux différents marchés.

Le poulet local est tellement prisé – 80 000 têtes seraient consommées chaque jour, rien qu’à Ouagadougou – qu’il ne suffit pas à satisfaire la demande nationale. En outre, il subit de plein fouet la concurrence d’éleveurs des Pays-Bas, du Ghana ou de Côte d’Ivoire. La croissance rapide des volatiles de chair ou hybrides permet une meilleure rentabilité. Les poulets « de race » n’ont besoin que de 45 jours pour atteindre leur poids de vente, contre quatre à cinq mois pour leurs concurrents burkinabè.

C’est donc pour galvaniser ces derniers et promouvoir leur production que le gouvernement du Faso entend créer un label. Le processus de normalisation tiendra compte de la race de l’animal, d’une utilisation modérée de produits vétérinaires, d’une alimentation en partie composée de résidus alimentaires et d’un espace de vie en plein air. En attendant – qui sait ? –, une inscription du poulet bicyclette au patrimoine immatériel de l’Unesco, aux côtés du couscous maghrébin et du « repas gastronomique des Français »…

Avec Jeune Afrique par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Zambie : Hakainde Hichilema face à la « montagne » de la dette

août 29, 2021
Hakainde Hichilema, lors d’une conférence de presse à son domicile, à Lusaka, le 16 août 2021.

Lors de son premier discours en tant président, Hakainde Hichilema s’est engagé à réduire la dette du pays, désormais supérieure au PIB.

C’est masqué que le nouveau président zambien a prêté serment devant une foule de 60 000 spectateurs. Lors de son premier discours en tant que président, Hakainde Hichilema est revenu sur ses principaux objectifs : rendre la « vie meilleure », réduire le chômage et le poids de la dette.

Le successeur d’Edgar Lungu, qui en était à sa sixième candidature, va devoir relancer une économie minée par la dette, fragilisée par les cours imprévisibles des matières premières, et depuis peu le Covid-19. Entre 2019 et 2020 la dette du pays est passée de 94,5 % du PIB à plus de 117 % et la Zambie est devenue en novembre dernier le premier pays africain à faire défaut sur sa dette souveraine depuis le début de la pandémie.

« Au cours de la dernière décennie, le niveau de la dette est devenu insoutenable, réduisant la capacité du pays à investir », a soutenu Hakainde Hichelma devant ses sympathisants réunis dans le stade des Héros de Lusaka, la capitale du pays.

Restaurer la confiance

« Notre priorité au cours des cinq prochaines années sera de restaurer la stabilité macroéconomique », a-t-il poursuivi. « Nous accorderons une attention particulière à la réduction du déficit budgétaire, à la réduction de la dette publique et au rétablissement de la confiance des marchés dans notre pays. »

La dette extérieure zambienne s’élève au total à 12 milliards de dollars, dont environ 3 milliards d’euro-obligations, 3,5 milliards de dettes bilatérales, 2,1 milliards de dollars dues à des organismes de prêt multilatéraux (le FMI notamment), et 2,9 milliards de dollars dûs à des banques commerciales.

La victoire surprise d’Hakainde Hichilema, surnommé « HH », réussira peut-être à rassurer les créanciers : depuis son arrivée au pouvoir la différence de taux d’intérêts entre les bons du Trésor américains, valeurs de référence, et les obligations zambiennes est revenu à son niveau d’avant la pandémie.

« Notre budget national a été submergé par le service de la dette », a déclaré le nouveau président zambien, septième homme à occuper ce poste depuis l’indépendance du pays en 1964, promettant de tout faire pour rétablir la situation d’avant crise.

Pour cela, l’ancien homme d’affaires va devoir négocier avec les différents créanciers. Et la tâche ne s’annonce pas facile : les accords trouvés avec la Chine et les groupes chinois, qui représentent un quart de la dette extérieure du pays, comprennent des clauses de confidentialité particulièrement délicates au vu des exigences du FMI.

Par Jeune Afrique

La RDC en quête de son modèle d’industrialisation

août 27, 2021

PROJET. Le sujet revient avec force sur la table du gouvernement, qui cherche les voies et moyens d’enrayer la désindustrialisation du géant d’Afrique centrale.

La RDC comptait parmi les pays les plus industrialises d'Afrique subsaharienne a son accession a l'independance en 1960.
La RDC comptait parmi les pays les plus industrialisés d’Afrique subsaharienne à son accession à l’indépendance en 1960.© EDUARDO SOTERAS / AFP

Le gouvernement de la République démocratique du Congo a dévoilé jeudi 26 août un « Plan directeur d’industrialisation » à l’horizon 2040, d’un coût de 58 milliards de dollars, qui prévoit des infrastructures devant relier différentes régions de ce géant d’Afrique centrale. Comme de nombreux pays du continent africain, la RDC est confrontée à un immense retard en termes d’industrie. C’est peu de le dire, au regard de l’état des infrastructures, de la situation de la fourniture de l’électricité, du cadre légal toujours incertain et d’une vision peu diversifiée de l’économie. Mais pour le pays de Félix Tshisekedi, la corruption à grande échelle est la véritable plaie qui bloque le décollage industriel prêché depuis des décennies. Évidemment, les guerres successives, le départ des industriels au moment de l’indépendance du pays, ou encore le pillage systématique qui s’est illustré à travers la nationalisation des entreprises privées de l’ère de la « zaïrianisation » n’ont pas aidé.

Des rapports locaux, parfois menés par les parlementaires, et internationaux ne cessent de constater les conséquences de la corruption sur la politique d’industrialisation du pays. Non seulement la plupart des projets industriels ne sont pas menés à bien, ce qui empêche la création d’emplois et la croissance économique, mais en plus en cas de découverte de malversations, les fonds perçus ne sont pas systématiquement remboursés par les promoteurs.

Résultat : le pays importe presque tout et n’exporte rien à part ses ressources naturelles. La question devenue urgence pour le gouvernement est de réfléchir à des leviers pour enclencher le rattrapage industriel et trouver des partenariats stratégiques.

Vers un changement de paradigme ?

La situation économique du pays est compliquée, en cause la pandémie et ses conséquences, dont principalement la volatilité des cours des matières premières. D’où le sursaut impulsé par le chef de l’État. Le plan, présenté officiellement aux membres du gouvernement, aux élus, diplomates, opérateurs économiques congolais et étrangers ainsi qu’aux universitaires et la presse, vise à atteindre « l’objectif de l’émergence de la RDC d’ici à 2030-2040 », a déclaré Julien Paluku, ministre congolais de l’Industrie.

Il s’agit de « réindustrialiser » la RDC, qui ne compte plus que 507 entités industrielles recensées, contre 9 600 unités de production industrielles dans différents secteurs héritées du colonisateur belge en 1960 lors de l’accession du pays à l’indépendance, a déploré Julien Paluku.

« Dans les cinq prochaines années, le gouvernement veut doubler le nombre d’unités de production industrielle pour atteindre mille industries dans le pays et réduire de 60 % la facture des importations évaluée à près de 6,5 milliards de dollars américains par an, a-t-il expliqué. D’autres pays qui, en 1960, étaient au même niveau que la République démocratique du Congo ou même en deçà l’ont fait. À ce jour, ils comptent parmi les pays émergents. »

Pour permettre de « libérer le potentiel de croissance et de transformation industrielle du pays », le plan a éclaté la RDC en six zones industrielles : l’ouest dans la région de Kinshasa, le sud dans l’ex-Katanga, la zone Centre dans l’espace Kasaï, la zone Est dans les trois provinces du Kivu, la zone Nord-Est qui regroupe l’ex-province orientale et la zone Nord-Ouest constituée de l’ex-Équateur.

Le défi du financement

Ces six piliers du développement de la RDC seront transformés à l’échéance 2040 « en hubs d’exportation vers les pays voisins », dans la perspective de l’effectivité de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), des avantages de l’AGOA (Loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique) et des ouvertures du marché chinois aux pays africains.

Pour garantir le succès de ce plan, il faut 58,3 milliards de dollars pour la construction d’infrastructures routières (21 milliards de dollars), ferroviaires (9 milliards de dollars), énergétiques (22 milliards de dollars) et aéroportuaires et portuaires (6,3 milliards de dollars), a estimé le ministre Julien Paluku, « cahier des coûts estimatifs des infrastructures » à l’appui.

Des fonds que le pays doit mobiliser auprès des partenaires lors d’une « conférence des investisseurs » que le gouvernement compte organiser dans les jours à venir. L’avenir industriel de la RDC est en jeu.

Avec Le Point

La République démocratique du Congo veut en finir avec le désordre minier

août 21, 2021

BRAS DE FER. Illustration dans le Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, où les autorités ont suspendu les activités de plusieurs entreprises minières, notamment chinoises.

La decision du gouverneur Theo Ngwabidje Kasi arrive apres plusieurs denonciations de la societe civile et des organisations locales de l'exploitation illegale des minerais a Mwenga.
La décision du gouverneur Théo Ngwabidje Kasi arrive après plusieurs dénonciations de la société civile et des organisations locales de l’exploitation illégale des minerais à Mwenga. © GRIFF TAPPER / AFP

Les activités d’une demi-douzaine d’entreprises minières ont été suspendues à compter de ce vendredi 20 août par les autorités du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC. Leur objectif est de « remettre de l’ordre » dans ce territoire, théâtre de tensions récurrentes entre populations locales et chercheurs d’or chinois, notamment. La mesure, prise par le gouverneur de province Théo Ngwabidje Kasi, concerne le territoire de Mwenga, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Bukavu, où opèrent de nombreux « creuseurs » artisanaux et sociétés minières. Elle intervient dans un contexte particulier, où le président Félix Tshisekedi souhaite que soient renégociés les accords conclus entre sociétés d’État et opérateurs étrangers, chinois, en tête.

Que se passe-t-il dans cette région ?

« L’autorité provinciale a écouté les cris de la population de Mwenga où se fait l’exploitation de minéraux sans respect du Code et du règlement miniers », s’est félicité Me Christian Wanduma, avocat-conseil de la collectivité (« chefferie ») de Wamuzimu, particulièrement concernée.

Selon lui, cette décision est « salutaire » mais doit être accompagnée d’autres mesures afin que la communauté « humiliée », privée de ses champs et dont « les ressources minérales ont été pillées », puisse se « retrouver dans ses droits ». Certaines terres ont été tellement « rasées » qu’« on ne peut plus y planter même des arachides », a-t-il ajouté, en appelant à des « poursuites judiciaires ».

Dans son arrêté pris vendredi, le gouverneur estime « nécessaire de remettre de l’ordre dans l’exploitation minière semi-industrielle » dans le territoire de Mwenga, pour préserver « l’intérêt de la population locale, l’environnement et le respect des droits de l’homme », mais aussi permettre « la traçabilité de la production » des sites exploités. Des « abus » manifestes et dénoncés de « multiples » fois ont en effet été constatés chez certaines entreprises, indique l’arrêté, qui cite les noms de six d’entre elles et/ou de leurs « coopératives partenaires », dont « toutes les activités minières sont suspendues jusqu’à nouvel ordre ».

« Tout le personnel local et étranger » de ces entreprises doit quitter immédiatement les sites miniers, ordonne l’arrêté. Leur matériel d’exploitation restera immobilisé jusqu’à ce qu’une commission ad hoc ait étudié les dossiers « cas par cas ».

Pour Me Wanduma, il ne fait aucun doute que le personnel « étranger » évoqué par le gouverneur est chinois. Selon l’avocat, toutes les entreprises dont les activités sont suspendues – cinq d’après lui, car la sixième a quitté la région – sont chinoises ou travaillent avec des Chinois, très nombreux dans le secteur minier en général en République démocratique du Congo.

Début août, un député du territoire avait déploré « l’anarchie totale causée par la ruée vers l’or » et apporté son soutien à des chefs de villages qui s’étaient opposés aux « nouveaux maîtres chinois ».

Des promesses qui tardent à se matérialiser

En mai dernier, en visite dans la ville minière de Kolwezi, Félix Tshisekedi avait annoncé son intention de renégocier les contrats miniers, notamment ceux conclus par son prédécesseur Joseph Kabila. « Il n’est pas normal que ceux avec qui le pays a signé des contrats d’exploitation s’enrichissent pendant que nos populations demeurent pauvres », avait-il déclaré, ajoutant : « Il est temps que le pays réajuste ses contrats avec les miniers pour sceller des partenariats gagnant-gagnant. » « J’en ai vraiment assez ! (…) Je suis très sévère envers ces investisseurs qui viennent s’enrichir seuls. Ils viennent les poches vides et repartent milliardaires », avait fustigé le chef de l’État.

Élu en décembre 2018, Tshisekedi a rompu en décembre 2020 la coalition qu’il formait avec le camp Kabila, après deux ans et demi de cogestion du pays. Au pouvoir de 2001 à 2019, son prédécesseur, Joseph Kabila, avait négocié en 2008 un contrat sous forme de troc (cobalt et cuivre contre la construction d’infrastructures) avec un consortium chinois pour un montant de 9 milliards de dollars, renégocié à 6 milliards sous pression du FMI. À ce jour, près de 2,74 milliards ont été décaissés par la partie chinoise, pour l’essentiel sous forme d’investissements.

Mais les experts continuent d’alerter sur le manque de transparence. Beaucoup soulignent le fait que les réserves minières ne suffiront peut-être pas à rembourser le prêt chinois. Un pas est semble-t-il en train d’être franchi dans cette direction puisque plus tôt, le 19 août, la présidence congolaise a annoncé un examen de son actionnariat dans une importante mine de cuivre et de cobalt du sud-est de la RDC. Une commission ad hoc a été créée, « chargée de clarification des données relatives aux ressources minières et d’évaluation de l’actionnariat de la Gécamines – dont l’État est l’unique actionnaire – dans le projet minier Tenke Fungurume Mining (TFM) SA », indique le cabinet du président de RDC Félix Tshisekedi.

L’entreprise minière publique congolaise Gécamines détient quelque 20 % de TFM, dont l’actionnaire principal est le groupe chinois China Molybdenum. La commission créée par Kinshasa a notamment pour missions de « déterminer et évaluer la valeur des ressources minérales, des réserves minières prouvées et probables définies à ce jour par les travaux d’exploitation réalisés par TFM SA, afin de permettre à la Gécamines SA et, par ricochet, à l’État congolais de rentrer équitablement dans ses droits ». « En cas de besoin ou obstacle à l’exercice » de sa mission, elle pourra recourir « à tout autre moyen, notamment une expertise internationale et aux nouvelles technologies ».

Par Le Point avec AFP

Côte d’Ivoire, Ghana réveillez-vous ! La Chine exporte du cacao vers la Belgique

août 19, 2021

Séchage des fèves de cacao au Ghana

Premiers fournisseurs mondiaux, les exportateurs africains de cacao ne touchent que 5 % des revenus de l’industrie du chocolat, sur un total annuel mondial de 130 milliards de dollars. Ils doivent maintenant faire face à l’arrivée de la Chine sur le marché.

En 2013, Mondelez, la société mère de Cadbury Australia, avait annoncé qu’elle allait investir 59 millions de dollars dans des essais de culture de cacaotiers le long de son usine de Hobart, en Tasmanie, au nord de l’Australie. Le but était d’augmenter la production annuelle de fèves.

Cela aurait dû être un premier signal d’alarme pour les producteurs africains. C’est désormais la Chine qui se lance dans la production de cacao, avec des projets expérimentaux qui ont déjà permis l’exportation de fèves vers la Belgique.

L’Afrique subsaharienne fournit aujourd’hui 86 % de la production mondiale de fèves de cacao, les 14 % restants étant apportés par le Brésil (12 %) et Trinidad-et-Tobago (2 %), mais elle ne touche que 5,35 % des revenus générés par l’ensemble de l’industrie (de la fève brute aux tablettes de chocolat).

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Pourquoi ? Pour certains, cela tient au fait que l’Afrique consomme elle-même peu de ses produits dérivés, avec seulement 1 % de la consommation mondiale.

D’autres estiment que l’Afrique, contrairement à l’Europe, n’a pas encore la capacité technique de construire des modèles intégrés pour transformer la matière première en produits finis et gérer la chaîne d’approvisionnement.

D’aucuns mettent en avant le manque d’investisseurs industriels, dû à des conditions d’emprunt difficiles (taux trop élevés, garanties exigées trop strictes), d’une préférence pour la liquidité et plus globalement d’un manque de confiance dans l’économie.

Une vision trop réduite des choses

Ces trois arguments sont tout à fait recevables. Mais si nous ne parvenons pas à capter plus de la valeur de la chaîne d’approvisionnement c’est parce que nos petits exploitants agricoles, nos coopératives, nos organismes de réglementation et les gouvernements en place ne voient pas assez grand.

Ils laissent l’ensemble de l’industrie locale planter les fèves, les récolter et les vendre à des courtiers internationaux à des prix inférieurs à ceux acceptés sur les marchés internationaux des matières premières.

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La chaîne de valeur est donc biaisée, au détriment des pays qui dépendent de la production primaire. En effet, l’agriculture comprend quatre socles : la production primaire, le stockage, la transformation et la distribution, mais ces différents niveaux ne sont pas rémunérés de la même manière. Plus on avance dans la chaîne d’approvisionnement, plus on gagne.

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Menace chinoise

C’est dans ce contexte inquiétant qu’il faut placer l’arrivée de la Chine sur le marché du cacao. L’Académie chinoise des sciences agricoles tropicales (CATAS) a travaillé à la culture du cacao dans la province de Haina et a récemment exporté 500 kg de fèves de cacao vers la Belgique, pour une valeur dérisoire de 3 044 euros (pour l’instant).

NOUS DEVONS CHANGER AU PLUS VITE LA FAÇON DONT NOUS PRODUISONS LE CACAO

Alors que le Cocobod du Ghana (l’organisme paraétatique qui organise la production de cacao du pays) a assuré que cette exportation chinoise n’avait rien d’inquiétant, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs agricoles du Ghana, Edward Kareweh, s’est montré lui beaucoup plus préoccupé. « Nous devons changer au plus vite la façon dont nous produisons le cacao dans ce pays. Nous utilisons des pioches et des couteaux dans nos exploitations depuis plus de 100 ans », a-t-il déclaré.

La Chine a compris qu’elle pouvait tirer parti de la fragilité du modèle africain en produisant suffisamment de fèves pour le vendre à l’Europe, dans le but de réduire sa balance commerciale due à l’importation de chocolat.

Elle songe même à développer ses propres industries pour fabriquer des barres de chocolat et d’autres produits dérivés qui serviront à nourrir 1,4 milliard de Chinois. La fève de cacao est riche, et peut être utilisée dans les barres de chocolat donc, mais aussi dans les préparations pour gâteaux, les aliments pour le petit-déjeuner, les boissons, la crème glacée.

Des solutions malgré tout

Pour tenter de s’emparer d’une plus grande partie de la chaîne de valeur le Ghana et la Côte d’Ivoire ont créé un « Chocopec », avec un prix plancher en dessous duquel les agriculteurs ne peuvent pas vendre leurs matières premières.

Mais la décision du Cocobod au Ghana et du gouvernement ivoirien de fixer un prix plancher pour la fève est en réalité contre-productive. Car si l’Afrique subsaharienne contrôle 86 % de la chaîne d’approvisionnement mondiale en intrants primaires, elle ne contrôle pas la division « achat » des produits dérivés, ni les sections secondaire (autrement dit la fabrication) et tertiaire (la logistique et la distribution) de la chaîne de valeur ajoutée.

La réponse se situe en partie dans l’intégration en amont, c’est-à-dire par la substitution des importations.

Certains pays comme la Côte d’Ivoire ont déjà entamé ce processus. Mais la plupart des additifs primaires nécessaires à la transformation du beurre de cacao en chocolat, comme le lait et le sucre, sont encore importés d’Europe.

Cacao

Pour que la Côte d’Ivoire puisse tirer pleinement profit de sa production primaire de fèves de cacao, elle doit en outre trouver des marchés dans son pays et sur le continent, car elle ne peut pas construire une chaîne d’approvisionnement sans acheteurs.

Une solution envisageable serait de veiller à ce que le Nigeria développe son plan national de transformation de l’élevage (NLTP) dans le cadre de son programme de développement laitier. Cela lui permettrait de fournir à ses voisins les matières premières et les additifs nécessaires à la transformation du cacao, sans avoir à aller les chercher en Amérique du Sud.

Autre possibilité, la construction au Ghana de fermes d’élevage entièrement mécanisées pour la production de lait, ou encore la mise en place de modèles verticalement intégrés pour pouvoir transformer la canne à sucre.

Ces projets doivent être débattus au niveau régional, par exemple lors des sommets économiques organisés par les dirigeants politiques du continent.

L’Institut de recherche sur le cacao du Ghana (CRIG) a de son côté produit des échantillons de produits issus de ses recherches sur les utilisations futures du cacao. Les usages futurs sont nombreux : cosmétiques, produits de toilette, engrais, boissons, biocarburants etc. La commercialisation des résultats de cette étude pourrait être très intéressante, à condition toutefois de trouver un financement privé.

Repenser le modèle de financement

Or les projets qui émergent ont en effet souvent du mal à se financer.

Aujourd’hui les entrepreneurs ne peuvent pas obtenir un prêt sans fournir aux banques des actifs physiques en garantie car il n’existe pas de système conçu pour analyser la solvabilité des emprunteurs. Autrement dit, il est impossible d’avoir accès au capital de long terme avec des garanties moins exigeantes.

Le cas d’Edmond Poky l’illustre bien. Cet homme d’affaires ghanéen, qui a obtenu un MBA à Columbia, a décidé de quitter son emploi chez Goldman Sachs pour créer son entreprise. Mais au moment du lancement de son projet, il n’a pu lever au Ghana que 2 millions de dollars sur les 40 qu’il espérait obtenir et a finalement dû se financer sur les marchés américains. Son entreprise, Niche Cocoa Processing Limited, a engrangé l’an dernier 120 millions de dollars de revenu.

Seul un fonds d’investissement dédié aux entreprises aux entreprises ayant des modèles commerciaux et financiers bancables de transformer la fève de cacao en produits finis permettrait de lever ces obstacles au financement.

Les gouvernements, en partenariat avec la Banque africaine de développement, la Banque africaine d’import-export (Afrexim) et la Société financière africaine, ainsi que les banques de dépôt, doivent s’unir pour fournir des capitaux « patients », au coût raisonnable aux entrepreneurs ayant des projets intéressants.

Comme le dit un célèbre proverbe chinois : « Le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans, le deuxième meilleur moment est maintenant ». C’est aujourd’hui l’occasion pour le continent africain de récupérer sa part du gâteau.

Par Jeune Afrique avec

Kelvin Ayebaefie Emmanuel

* Kelvin Ayebaefie Emmanuel est le co-fondateur et le DG de Dairy Hills

Congo-Port de Pointe-Noire : l’UE soutient la construction d’un site des pêcheurs artisanaux

août 18, 2021

L’ambassadeur sortant de l’Union européenne (UE) au Congo, Raul Matheus Paula, a réitéré, le 16 août, la volonté de l’institution de financer la réalisation du projet de port de pêche artisanal moderne dans la deuxième ville du Congo. Approuvée depuis 2019, l’initiative bénéficie aussi d’un appui de l’Agence française de développement (AFD).

Des pêcheurs artisanaux/DR

Ces dernières années, la porte maritime congolaise connaît une forte expansion de la pêche industrielle au détriment des activités de la pêche artisanale dont dépend la majorité de la population riveraine. Malgré les alertes données par les experts, le risque lié à la surpêche et à la destruction de l’environnement ne faiblit pas. En décembre 2017, par exemple, plus de 110 navires opérant sur une zone de pêche relativement limitée étaient recensés, contre 60 en 2015.

L’aide des partenaires européens vise à contenir l’expansion de la pêche industrielle au niveau de la côte de Pointe-Noire, à travers une gestion plus durable des ressources halieutiques. Il s’agit de renforcer la filière halieutique locale, afin qu’elle joue son rôle dans l’approvisionnement alimentaire du pays. L’essentiel des captures est souvent vendu sur le marché national, principalement dans les villes de Pointe-Noire et de Brazzaville.

L’UE devrait débloquer, pour cela, un montant total de 29,3 millions d’euros, soit près de 20 milliards FCFA, dont la gestion est déléguée à l’AFD. Cette enveloppe est destinée exactement à la construction d’un ouvrage de protection de la zone de débarquement de la pêche artisanale. Les travaux devraient normalement débuter dès le deuxième semestre 2020. Une partie de la subvention de l’UE est censée revenir au ministère en charge de la Pêche pour la mise en place d’un système de suivi-contrôle-surveillance de l’activité de pêche maritime.

« C’est d’abord à la pêche artisanale et à la population locale que devrait bénéficier ce programme. À terme, la maîtrise de l’effort de pêche et un bon dispositif de suivi-contrôle-surveillance garantissent le non-épuisement des ressources, la préservation de tout un pan de l’économie locale et de la sécurité alimentaire des habitants du Congo », a expliqué Hélène Gobert de l’AFD.

Les dirigeants du Port autonome de Pointe-Noire(PAPN) sont directement concernés par le projet, car la subvention devrait également permettre une mise en conformité du port aux standards internationaux, principalement en matière de gestion des déchets, des matières dangereuses et des pollutions aux hydrocarbures. « C’est une subvention qui s’est arrimée à un prêt que nous a octroyé l’AFD. Elle va permettre non seulement de réaliser un port de pêche moderne, d’accompagner, d’assister également le volet pêche artisanale », a précisé le directeur général du PAPN, Séraphin Bhalat.

L’annonce de l’ambassadeur sortant de l’UE, lors d’une rencontre d’adieux avec le chef de l’État congolais, constitue une lueur d’espoir pour les bénéficiaires du projet de port des pêcheurs artisanaux.

Avec Adiac-Congo par Fiacre Kombo