Archive for the ‘Éducation’ Category

Les Faiseurs d’histoire se mettent à l’ouvrage pour les 400 ans de Trois-Rivières

juillet 5, 2022
La rue des Ursulines.

La rue des Ursulines, dans le quartier historique de Trois-Rivières. Photo : Radio-Canada/Jean-François Fortier

Le collectif Les Faiseurs d’histoire lance un ouvrage historique sur Trois-Rivières, de sa fondation à aujourd’hui. La contribution citoyenne joue un rôle prépondérant dans la mise en œuvre de cet ouvrage, faisant du citoyen un conteur de certains pans occultés de l’histoire de Trois-Rivières.

Il s’agit, selon l’historien Yannick Gendron, d’un chantier historique collaboratif, visant à réaliser une synthèse historique de la Ville. Il veut mettre en lumière l’histoire des minorités culturelles ayant nourri le développement de la ville.

L’histoire des villes, de manière générale, dans les années 50, 60, 70 était tenue par les communautés religieuses, de sorte qu’on présente une histoire très masculine qui tourne autour de l’organisation paroissiale, occultant l’histoire des minorités, affirme l’historien, précisant qu’il s’agissait de la morale de l’époque.

Ce chantier historique accouchera d’un classique qu’il faut garder dans sa bibliothèque en 2034 pour marquer les 400 ans de Trois-Rivières, selon Yannick Gendron.

Les Autochtone et les gens de Trois-Rivières ont cohabité pendant longtemps, raconte M. Gendron, soulignant que les peuples autochtones ont transmis leurs savoirs aux Trifluviens en matière de construction de canaux.

« À Trois-Rivières, on était connu pour avoir les meilleurs canaux et c’est un savoir transmis par nos aïeux autochtones. »— Une citation de  Yannick Gendron, historien

Le collectif entend aller chercher ces anecdotes qui ont façonné la ville, mais qui n’ont pas été mises de l’avant. Selon M. Gendron, il s’agit d’un clérico-conservatisme astreignant dont on est libéré aujourd’hui.

L’histoire sera écrite avec nos valeurs en tant que communauté, fait savoir l’historien qui décide de chercher les angles morts afin de les mettre en valeur.

Une initiative qui se veut inclusive

Avec à sa tête René Beaudoin, Nathalie Bouchard, Alexandra Carignan, Jacinthe De Montigny, Yannick Gendron, Alain Gervais, Daniel Robert, Pierre Saint-Yves et Alain Tapps, l’organisme regroupe des historiens et des passionnés d’histoire. Ils projettent de rencontrer les citoyens ainsi que des organismes de Trois-Rivières, témoins d’histoires susceptibles d’enrichir les savoirs en lien avec le passé de la ville.

Il s’agit pour eux de recueillir des informations différentes qui touchent des histoires de familles et de quartiers, peu connues, mais importantes, insiste M. Gendron

En chaque personne, il y a un potentiel historique de connaissances, de savoir qu’on peut partager, croit-il. On réfléchit à une façon de faire pour mettre tout ça en place. On réfléchit à des personnages qui ont coloré notre environnement, mais sont restés dans l’ombre pour toutes sortes de raisons.

Avec Radio-Canada

Anne Merline Eugène

par Anne Merline Eugène

Canada: Des camps de vacances ferment au Québec à cause de la hausse des cas de COVID-19

juillet 5, 2022

L’association des camps s’inquiète et demande une rencontre avec la santé publique pour clarifier les règles.

Des enfants dans un camp de vacances d'activités nautiques apprennent comment tenir leur pagaie, sous les conseils d'une monitrice.

L’été à peine commencé, au moins trois camps de vacances sont déjà fermés au Québec en raison d’éclosions. Les animateurs sont particulièrement touchés par la remontée des cas de COVID-19(Nouvelle fenêtre), ce qui donne des maux de tête aux gestionnaires des autres camps.

Le Camp Ouareau, qui accueille plus de 150 campeuses, dans Lanaudière, doit renvoyer toutes les filles chez elles, au grand dam de sa directrice, Jacqui Raill, dans un courriel aux parents envoyé lundi.

Elle leur demande de venir chercher les jeunes mardi. Le camp rouvrira le 13 juillet.

Nous sommes extrêmement tristes d’en arriver là. Cette décision n’a pas été prise à la légère, écrit-elle après la découverte de sept cas de COVID-19 au camp.

« Nous prévoyons que d’autres cas pourraient être détectés dans les prochains jours. »— Une citation de  Jacqui Raill, propriétaire du Camp Ouareau

La saison venait tout juste de débuter, la semaine dernière, et des parents avaient planifié leur été en fonction du séjour de leur enfant au camp de vacances.

« Déraisonnable », selon une mère

Sept cas, ça me paraît peu pour fermer un camp, déplore Emmanuelle, qui doit réorganiser sa journée pour aller chercher ses filles à Notre-Dame-de-la-Merci.

Je trouve ça super dommage. Ça leur permet de quitter la ville. Elles sont obligées de revenir cinq jours plus tôt que prévu, ajoute-t-elle.

« Mes filles gèrent déjà la COVID depuis deux ans. Elles ont porté le masque en classe, fait l’école à la maison, mis de côté leur vie sociale et leurs activités parascolaires. Elles avaient enfin la possibilité de prendre l’air et s’amuser avec des amies. »— Une citation de  Emmanuelle, mère dont les filles fréquentent le Camp Ouareau

Durant la pandémie, les camps de vacances ont été fermés à l’été 2020 et certains n’ont pas ouvert leurs portes à l’été 2021.

Trois jeunes filles font un feu de camp.

Le Camp Ouareau propose plusieurs activités de plein air à de jeunes filles francophones et anglophones, dans un environnement bilingue. Photo : Camp Oouareau

La mère rappelle que, pendant ce temps, il y a des personnes qui s’entassent dans les restaurants et dans les salles de spectacle.

Elle juge la situation complètement ridicule et la décision déraisonnable, alors que la quasi-totalité des mesures sanitaires est levée au Québec. En ce qui concerne les camps, les règles ne sont pas claires, dit-elle.

Flou autour des recommandations de la santé publique

Dans son courriel aux parents, la propriétaire écrit que la décision de fermer le camp a été prise suite aux conseils de notre direction locale de la santé publique. Or, la santé publique de Lanaudière affirme qu’elle n’a pas fait cette recommandation.

Nous avons été informés de la fermeture du camp, indique la porte-parole du CISSS de Lanaudière, Pascale Lamy. La fermeture complète du Camp Ouareau demeure une décision qui revient à l’administration du camp.

Éric Beauchemin est assis dans son bureau.

Éric Beauchemin est directeur général de l’Association des camps du Québec. Photo : Radio-Canada

Il n’y a pas de règle clairement établie pour décider d’une fermeture à cause d’une éclosion, constate le directeur général de l’Association des camps du Québec, Éric Beauchemin.

La santé publique nationale interpellée

L’Association des camps du Québec déplore au moins deux autres fermetures, mais ne veut pas révéler les endroits. Un recensement est en cours pour savoir s’il y a d’autres situations semblables.

Lundi, Éric Beauchemin a sollicité une rencontre avec la santé publique nationale pour clarifier les règles.

« On a déjà vécu les éclosions de gastro-entérite, avant que la COVID existe. C’est possible de maintenir les opérations dans un contexte comme celui-là. Il faut voir avec la santé publique jusqu’à quel point et quelle est la marge de manœuvre. »— Une citation de  Éric Beauchemin, directeur général de l’Association des camps du Québec

Les camps suivent déjà des règles comme la distanciation, la limitation à 10 des personnes par unité d’hébergement. Ils privilégient aussi les activités en extérieur.

Les règles à suivre avec un cas de COVID-19 dans un camp :

  • l’enfant ou l’animateur doit s’isoler et porter un masque;
  • si le cas est un enfant, ses tuteurs sont appelés pour venir le chercher;
  • si le cas est un employé, il rentre chez lui le temps requis.
Des enfants se baignent dans un lac, surveillés par un moniteur du camp d'été.

Les camps suivent déjà des règles comme la distanciation et privilégient aussi les activités en extérieur. Photo : Fournie à La Presse Canadienne par Brigadoon Village

Les moniteurs plus touchés par la COVID-19 que les campeurs

Selon les échos du terrain qui arrivent à l’Association des camps, c’est beaucoup le personnel d’animation qui est frappé. Or, un animateur absent peut priver une dizaine de jeunes d’encadrement.

« C’est un casse-tête pour les organisations. Si on n’est pas en mesure de maintenir les ratios prescrits [moniteur/enfants], on est dans une situation où on doit cesser les opérations du camp. »— Une citation de  Éric Beauchemin, directeur général de l’Association des camps du Québec

La pénurie de main-d’œuvrequi touche les camps, comme bien d’autres domaines, complexifie encore plus la situation. Les remplaçants se font rares.

Il y a 110 camps de vacances au Québec. Du côté des camps de jour, on ne déplore au moins une fermeture, celle du camp de jour de la ville de Sept-Îles, toute cette semaine, toujours à cause d’une éclosion de COVID-19.

Avec Radio-Canada

Thomas Gerbet

par Thomas Gerbet

Guerre en Ukraine : l’Afrique ne doit pas oublier ses étudiants

juillet 5, 2022

Cinq mois après le début de l’offensive de la Russie, précarité et insécurité administrative sont le lot des jeunes Africains qui ont quitté l’Ukraine et tentent de s’installer ailleurs en Europe. Nos dirigeants doivent collectivement leur venir en aide.

Réfugiés fuyant l’Ukraine à la gare de Przemyśl, en Pologne, le 2 mars 2022 © Davide Bonaldo/Sipa USA

En février dernier, les images insoutenables d’actes de racisme sur des ressortissants africains avaient fait le tour du monde. Parmi ces derniers figuraient notamment de jeunes étudiants, violemment brimés aux frontières de l’Ukraine qu’ils essayaient de franchir, ou aux abords de trains qui quittaient ce pays : ils n’étaient pas jugés aussi prioritaires dans leur fuite que les autres.

Aujourd’hui, l’on assiste à un autre épisode malheureux. Après avoir échappé aux canons et aux bombardements en Ukraine – parfois au prix de profonds traumatismes – pour trouver refuge ailleurs sur le Vieux continent, c’est contre la précarité et l’insécurité administrative qu’ils sont désormais nombreux à batailler. Après leur avoir accordé une brève protection temporaire, plusieurs États européens ordonnent aux étudiants africains qui ne remplissent pas les conditions d’obtention d’un titre de séjour de quitter leurs territoires, considérant que leurs pays d’origine ne sont, pour la plupart, pas en guerre.

Titre de séjour : un si rare sésame

En effet, pour séjourner durablement dans un pays européen, ces jeunes Africains doivent introduire des demandes de titres de séjour selon les modalités de droit commun. En France par exemple, ils n’ont d’autre choix que de demander un titre de séjour ou de déposer une demande d’asile pour ne pas se retrouver en situation irrégulière. Toutefois, les chances d’obtention d’un titre de séjour sont faibles en raison des conditions strictes exigées. Il en est de même pour la demande d’asile, qui a peu de chance d’aboutir dans la mesure où celle-ci sera étudiée au regard de la situation des pays d’origine desdits étudiants et non pas de la situation en Ukraine.

Deux constats factuels et quelque peu troublants découlent de ces cas éprouvants. Le premier, c’est le double standard des pays européens, bien loin des discours de leurs hauts représentants lors de sommets successifs Afrique-Europe, rappelant l’importance stratégique de la relation avec l’Afrique et la volonté d’engager cette dernière dans le « camp du bien », dans la croisade contre le « méchant agresseur russe ». La cohérence aurait voulu un traitement strictement égal entre Africains et Ukrainiens, ce qui, au passage, aurait nourri l’empathie d’une partie de l’opinion publique africaine. C’est sans doute une faute politique que l’histoire n’ignorera pas.

Créer un groupe d’envoyés spéciaux africains

Le second constat, et c’est le plus important, porte sur la difficulté pour les États et institutions d’Afrique à apporter une réponse à la hauteur des enjeux de leur jeunesse où qu’elle se trouve. Faute d’anticipation, de réaction plus robuste et de coordination, des centaines de milliers d’étudiants africains sont livrés à eux-mêmes lorsqu’ils sont pris dans les tourments d’une crise comme celle de la pandémie de Covid-19. Or, derrière chacun d’eux, c’est un projet de vie, des ambitions et des rêves, voire l’espoir de familles entières, qui sont dangereusement compromis. La récente tournée du président en exercice de l’Union africaine, Macky Sall, en Russie et plus récemment au G7, portant sur la question de l’approvisionnement alimentaire du continent offrait l’occasion de soulever la question de l’abandon de cette jeunesse et de porter un message politique fort en faveur de ces étudiants.

L’urgence du moment, au-delà des condamnations des actes discriminatoires ainsi que des initiatives salutaires de personnes de bonne volonté est de répondre collectivement et intelligemment à ce défi, pour garantir les conditions d’un retour à une vie normale, la continuité pédagogique et renforcer durablement les capacités du continent à offrir à sa jeunesse des cadres de formation d’excellence et de réussite professionnelle sur le continent. Pour cela, des pistes de solutions peuvent être explorées.

En premier lieu et à court terme, il faut amplifier l’accès à l’information et aux droits, capital pour accompagner ces jeunes plongés dans une détresse administrative en raison de la situation inédite qu’ils vivent. C’est le sens de la plateforme initiée par Initiative for Africa (IFA) et le think tank Molongwi, destinée d’une part à centraliser l’ensemble des initiatives de soutien aux étudiants africains fuyant l’Ukraine, et d’autre part, à mettre en relation les bonnes volontés et ces jeunes. Nous devons amplifier et multiplier ce genre d’outils.

En second lieu, sur un plan politique, nous estimons impérieux, au regard de la place importante de la jeunesse dans l’agenda de l’Union africaine et, à l’instar des initiatives continentales prises lors de la crise du Covid, de créer un organe ou nommer un groupe d’envoyés spéciaux du continent africain réunissant un groupe de personnalités qualifiées à même de réfléchir et répondre aux conséquences économiques, alimentaires et énergétiques et plus largement humaines. La question éminemment importante de la formation et de la situation des ressortissants africains, en particulier des jeunes étudiants, devra figurer comme l’une des priorités du mandat de cette institution ad hoc.

Former nos élites sur le continent

Enfin, dans une perspective de moyen et long terme, la question de l’excellence académique en Afrique ne saurait être éludée. La présente crise la pose avec une singulière acuité. Comment expliquer que se perpétue ce système de délégation de la formation des futures élites du continent à l’étranger ? Et comment expliquer que l’option d’un retour en Afrique proposée à plusieurs de ces jeunes a été largement exclue par ces derniers, en raison des insuffisances du système de formation sur le continent ?

Le conflit actuel en Ukraine comme les autres avant est un énième appel au sursaut : la transformation du continent demande de bâtir en Afrique, les structures et systèmes de notre autonomie stratégique. Il n’y a pas de raccourci. Sinon nous continuerons à sous-traiter aussi notre développement. Il n’est pas trop tard !

Avec Jeune Afrique

Adébissi Djogan

Par Adébissi Djogan

Adébissi Djogan est président d’Initiative for Africa.

Fortuné Ahoulouma

Par Fortuné Ahoulouma

Avocat au Barreau de Paris, co-fondateur du think tank Molongwi

Congo-Bacongo 2 : Vadim Osdet Mvouba offre la connexion internet gratuite aux campusards de Tcheulima

juillet 2, 2022

Le candidat du Parti congolais du travail (PCT) dans la deuxième circonscription électorale de Bacongo, Vadim Osdet Mvouba, multiplie des contacts de proximité. Après les vendeurs dans les marchés, il a officiellement lancé, le 1er juillet, la connexion du campus Tcheulima à la fibre optique.

1-Vadim Mvouba lançant la connexion

Après avoir réhabilité le circuit électrique et la bâche d’eau, assaini le campus Tcheulima, le candidat Vadim Mvouba vient d’offrir de l’Internet gratuit aux étudiants de cette résidence de l’Université Marien-Ngouabi. « En vous écoutant, il fallait que je réagisse favorablement à votre requête, parce que vous incarnez par nature l’avenir de ce pays. Comme un arbre qui s’ouvre sur le monde, il nous faut vous offrir une couverture internet illimitée. Grâce à l’internet, on peut se former en ligne, grâce à internet on peut effectuer des recherches, on peut se constituer en réseaux », a-t-il rappelé.

Prêchant l’unité nationale, le candidat du PCT a appelé les étudiants à voter pour lui le 10 juillet. « Le 10 juillet, j’aurai sans doute besoin de votre soutien, j’aurai besoin de vos voix. Il me faut porter vos rêves, vos espoirs, vos expériences à l’hémicycle qui est le temple de la démocratie par excellence. La seule chose que je vous demanderai c’est de voter utile, voter pour le progrès, voter pour la modernisation de notre beau pays », a exhorté Vadim Osdet Mvouba.

Il a, par ailleurs, pris l’engagement de mettre en place un fonds de soutien au campus Tcheulima pour intégrer le tissu social afin de matérialiser le rêve des étudiants. « Tous les trois mois, le  jeune que je suis, dans la mesure du possible, viendrai abonder ce fonds parce que vos problèmes sont mes problèmes », a-t-il promis.

Le président du comité de gestion des étudiants du campus, Borgia Elenga, s’est félicité de ce geste d’autant plus que la connexion internet permettra aux étudiants de mener des recherches. « Nous avons des étudiants finalistes qui vont bientôt présenter leurs thèses. C’est un outil très important actuellement, parce qu’elle nous permettra de faire nos recherches, d’être connectés avec le reste du monde. En retour, nous lui promettons la victoire parce que nous devons respecter la loi de la nature : nous avons reçu, nous devons aussi donner. Rendez-vous le dimanche 10 juillet dans les urnes », a-t-il rassuré.

2- Le candidat du PCT offrant des parasols dans les marchés/Adiac

Notons que le 30 juin, le candidat de PCT à Bacongo 2 a distribué des parasols aux vendeurs du marché de la « Main bleue ». Vadim Mvouba a, à cette occasion, eu des échanges directs avec ses potentiels électeurs qui ont promis de voter pour lui. « Aujourd’hui, il fallait à tout prix passer par les veines pour toucher le cœur de Bacongo dans le cadre d’une campagne de proximité. Il nous faut être en phase avec les réalités locales et le seul moyen d’y parvenir, c’est d’être en immersion dans le Bacongo profond pour comprendre les véritables problèmes qui minent cette population. Il fallait donc ce contact direct », déclarait-il à l’issue de sa ronde.

Avec Adiac-Congo par Parfait Wilfried Douniama

Ce que la jeunesse espère du travail

juin 25, 2022

À l’instar des étudiants de la promotion d’AgroParisTech, qui, en avril, ont appelé à « déserter des jobs destructeurs », beaucoup de jeunes s’interrogent sur le sens de leurs futures activités. Mais tous ne peuvent se permettre de remettre en question le modèle entrepreneurial existant.

Lors de leur cérémonie de diplôme, huit étudiants de la prestigieuse école d’agronomie ont prononcé un discours au vitriol contre « une formation qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours ». © AgroParisTech via Youtube

Le 30 avril, la remise des diplômes de la promotion d’AgroParisTech, prestigieuse école d’ingénieurs agronomes française, s’est transformée en « happening » lorsqu’un groupe d’étudiants a lancé un vibrant appel à leurs camarades les invitant à « bifurquer » et à « déserter » les carrières promises par leur formation.  « Ces jobs sont destructeurs. Les choisir, c’est nuire en servant les intérêts de quelques-uns », ont-ils notamment déclaré, dénonçant une industrie destructrice du vivant et de la paysannerie. Cet appel enregistre à ce jour plus de 890 000 vues et semble entrer en résonance avec un profond bouleversement des attentes de la jeunesse vis-à-vis du travail.

La jeunesse ? Mais quelle jeunesse ? À l’occasion du Forum euro-méditerranéen des jeunes talents organisé par l’ambassade de France au Maroc du 10 au 12 juin, j’ai pu discuter avec des étudiants et des entrepreneurs marocains de leurs aspirations en matière de travail, eu égard notamment aux répercussions de la pandémie de Covid-19. Ils ont cité sept priorités parmi lesquelles la rémunération (un revenu suffisant pour vivre), l’environnement et le climat de l’entreprise (des modes de travail fondés sur la collaboration, qui permettent de se développer et se former), ainsi que les perspectives de carrière…

L’obstacle du milieu social

Alors quelles conclusions tirer des résultats de cette enquête ? Bien que celle-ci ne soit pas de grande ampleur, nous pouvons néanmoins en tirer un nécessaire décentrement pour penser les transformations en cours dans notre rapport au travail, lequel reste une réalité et ne valeur – son sens et sa place dans nos vies ne peuvent donc qu’être marqués par les différences sociales et culturelles. En France, ne sont en effet visibles que les jeunes les plus privilégiés, souvent étudiants ou diplômés de grandes écoles. Le refus de certains de placer le travail au cœur de leurs existences est certes retentissant. Il ne peut que nous rendre optimiste sur l’émergence d’une révolution qui, à long terme, remettrait le travail à sa juste place, en cohérence avec les préoccupations sociales, politiques, environnementales, qui doivent, de toute urgence, devenir les nôtres.

Mais ne pas faire de la rémunération la préoccupation et le critère premiers de nos choix de carrière reste un luxe que bien peu de jeunes peuvent s’offrir, en France, et surtout dans le monde. Plus fondamentalement, philosophiquement, nous ne pouvons pas penser notre rapport au travail si nous faisons abstraction de cette dimension essentielle : le travail est ce qui nous permet de vivre, et c’est seulement à partir de cette contrainte-là qu’une réflexion réaliste peut se développer. On ne saurait dès lors faire de la possibilité de « déserter » une règle tant le milieu social d’origine de la plupart des jeunes est à ce titre un obstacle.

De quelles ressources familiales faut-il en effet disposer pour aller s’installer à la montagne, faire du dessin ou fonder une communauté agricole, comme ont déclaré le faire certains des diplômés d’AgroParisTech ? Comment financer une reconversion professionnelle ? Et même, comme l’ont pointé les jeunes participants à mon atelier – que je remercie –, et comme nous l’avons tous constaté lors du confinement, de quel confort individuel et collectif (un réseau internet qui fonctionne, par exemple) faut-il disposer pour télétravailler ?

Dans ce cadre, vouloir s’engager dans une carrière au sein d’une entreprise qui offre des garanties de stabilité sur un temps long reste une aspiration légitime face aux incertitudes de notre monde.

 Avec Jeune Afrique par Aïda N’Diaye

Enseignante, auteure et philosophe. Chroniqueuse sur France inter et collaboratrice à Philosophie Magazine.

Canada-Québec: L’Université Laval lance une chaire d’enseignement sur les insectes comestibles

juin 12, 2022
Des larves de mouches soldats noires se tortillent dans leur terreau.

Un élevage de larves de mouches soldats noires. Photo : La Presse Canadienne/Alekks Furtula

Une professeure de l’Université Laval travaille à positionner l’élevage d’insectes comestibles comme une production animale à part entière, pouvant même aider à la gestion des déchets organiques, plutôt que de percevoir ces bestioles comme des ennemis au système agroalimentaire.

Marie-Hélène Deschamps peut désormais compter sur une nouvelle corde à son arc pour contribuer à faire reconnaître ce secteur émergent, mais en pleine expansion au Québec.

L’Université Laval a annoncé cette semaine le lancement de la Chaire de leadership en enseignement en production et transformation primaire d’insectes comestibles, dont est titulaire Mme Deschamps.

L’objectif principal de la chaire sera d’offrir aux futurs agronomes une formation sur le secteur de l’entomoculture, d’ici 2023. Une première au Canada, selon la professeure à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation.

D’ici cinq ans, Mme Deschamps souhaite former des étudiants qui pourront notamment travailler dans l’industrie des insectes comestibles, mais aussi de mieux renseigner ceux gravitant dans les instances gouvernementales pour qu’ils soutiennent le développement des différentes entreprises.

`Les insectes comestibles sont peu connus des agences réglementaires, comme l’Agence canadienne d’inspection des aliments. On doit donc faire plusieurs démonstrations pour leur démontrer que les produits d’insectes respectent toutes les normes’, affirme Mme Deschamps en entrevue.

La chaire aura aussi un volet recherche et développement, notamment dans le but d’optimiser les techniques de production.

Contrer le gaspillage alimentaire

L’élevage d’insectes comestibles a une fonction sur le plan du gaspillage alimentaire: ils ont la capacité de se nourrir de restes de table, indique Mme Deschamps.

Elle étudie un système où des résidus organiques sont utilisés pour aider à la croissance des insectes. Ceux-ci vont ensuite `produire des protéines, des lipides, de nouveaux aliments de très, très haute qualité qui peuvent soit être redirigés vers l’alimentation humaine ou dans d’autres cas l’alimentation animale’, explique Mme Deschamps.

L’élevage d’insectes comestibles requiert également moins d’espace et moins d’eau, ajoute l’experte.

La province élève actuellement trois espèces d’insecte: le grillon, le ténébrion meunier et la mouche soldat noire. Les deux premières sont davantage destinées à l’alimentation humaine alors que la dernière s’adresse surtout aux animaux.

Un homme tient dans sa main gantée des larves de ténébrions.

Des larves de ténébrions, un insecte comestible tant pour la consommation humaine qu’animale et nourris à partir de résidus propres et traçables. Photo : Louise Hénault-Ethier

Le Québec est un petit joueur dans l’industrie de l’entomoculture, mais plusieurs producteurs sortent du modèle artisanal pour avoir des volumes capables de répondre aux besoins de l’alimentation animale, soutient Mme Deschamps. Elle donne l’exemple de l’entreprise sherbrookoise Entosystem qui construira une nouvelle usine à Drummondville au coût de plus de 60 M$, afin de produire notamment 5 000 tonnes de larves protéinées par année.

La nouvelle chaire compte sur un financement de 635 000 $ réparti sur cinq ans provenant de 14 partenaires tels que Recyc-Québec, Telus, le Centre de développement bioalimentaire du Québec et l’Institut national d’agriculture biologique (INAB) du Cégep de Victoriaville.

Son lancement survient alors que Québec accueille dès dimanche la 4e Conférence internationale « Insectes pour nourrir le monde », pour parler de l’état de la recherche en entomophagie (la consommation d’insectes par l’humain) et sur les entotechnologies (la production). En marge de cet événement, plusieurs activités pour le public sont prévues au Grand Marché de Québec du 16 au 18 juin afin de promouvoir les insectes comestibles. Des éleveurs et transformateurs y présenteront leurs produits.

Par Radio-Canada avec La Presse canadienne

Guerre en Ukraine : l’avenir suspendu des étudiants africains qui ont fui en France

juin 8, 2022

TÉMOIGNAGES. De plus en plus d’étudiants étrangers non ukrainiens sont sommés de quitter le territoire français. Ils dénoncent un système d’accueil à deux vitesses.

L'Ukraine comptait en 2020 quelque 61 000 etudiants etrangers, dont 17 379 Africains (d'apres les derniers chiffres disponibles de l'Unesco).
L’Ukraine comptait en 2020 quelque 61 000 étudiants étrangers, dont 17 379 Africains (d’après les derniers chiffres disponibles de l’Unesco). © BEATA ZAWRZEL / Anadolu Agency via AFP

Comme nombre d’Ukrainiens, ils ont fui la guerre et trouvé refuge en France. Mais trois mois après l’exode, les premières décisions d’expulsion tombent pour les ressortissants non ukrainiens, sommés de rentrer chez eux. Un « gâchis humain » et une « fabrique à clandestins  », s’inquiètent les ONG. Inza Touré, 27 ans, incarne à lui seul ces craintes. Cet Ivoirien a quitté Dnipro (centre de l’Ukraine), où il étudiait depuis trois ans les relations internationales, dès le déclenchement du conflit pour arriver à Chambéry, le 3 mars.

Kafkaïen

Il obtient d’abord une autorisation provisoire de séjour d’un mois mais, dès le 23 mai, le préfet de Savoie – département où il est hébergé – lui délivre une obligation de quitter le territoire français (OQTF) sous trente jours. Depuis, Inza Touré est tombé dans l’irrégularité. « Le préfet dit que je n’ai pas fait d’efforts pour démontrer que je veux étudier », raconte-t-il à l’AFP. Pourtant, le jeune homme a entre-temps été admis dans un programme de Sciences Po Grenoble, où il peut reprendre ses études dès la rentrée. « Je suis déçu. Historiquement, mon pays a des liens avec la France, je parle français. Donc je me disais que ça allait être plus facile. Mais pas du tout », confie-t-il.

Dans son arrêté, consulté par l’AFP, le préfet souligne que « l’intéressé ne justifie ni d’une vie privée et familiale ancrée dans la durée en France, ni d’une insertion quelconque dans la société française ».

Alors que plus de 85 000 déplacés ukrainiens ont été accueillis en France de manière légale, les ressortissants étrangers qui vivaient en Ukraine avant le déclenchement du conflit le 24 février ne bénéficient pas des mêmes perspectives. Le texte d’application français de la « protection temporaire » offerte par l’Europe stipule que seuls ceux qui ne peuvent rentrer dans leur pays « dans des conditions sûres et durables » peuvent être pris en charge.

« Le traitement différencié dont font l’objet ces personnes, qui vivent les mêmes traumatismes de l’exil, de la séparation et de l’incertitude de l’avenir que celles qui ont la nationalité ukrainienne, est inacceptable », ont déploré mardi 7 juin dans un communiqué dix-sept associations et ONG, dont Amnesty International ou La Cimade. « Ces personnes commencent à recevoir des OQTF […]. C’est un gâchis humain mais aussi un non-sens politique puisque leurs compétences universitaires et professionnelles ont toute leur place en France », ont poursuivi ces organisations, réclamant une « application non discriminatoire de la protection temporaire ». « C’est une décision kafkaïenne et une fabrique à clandestins », abonde Pierre Henry, président de France Fraternités, association qui a ouvert une permanence juridique à destination des étudiants étrangers ayant fui l’Ukraine. « Il s’agit de moins de 1 000 personnes ! Il faut examiner leurs dossiers avec bienveillance », demande-t-il.

Interrogés sur cette situation, ni le ministère de l’Intérieur ni la cellule interministérielle de crise sur l’Ukraine n’ont donné suite.

Des pays plus souple en Europe ?

Les cas, eux, se multiplient et se ressemblent : après un premier document d’un mois, la demande de renouvellement bute sur un refus préfectoral. Pour Ange Zroho, lui aussi Ivoirien, « ce sera fini le 10 juin », quand son titre actuel va expirer. « J’ai peur, je suis perdu. J’ai l’impression que le compte à rebours est enclenché », raconte l’ancien étudiant en Staps (sport) à Kropyvnytskyi.

L’angoisse et le vertige de la clandestinité, après des années de vie « impeccable » en Ukraine, donnent même des idées de trajet retour à Yassine M., 25 ans dont six sur les bancs de l’Institut de médecine de Dnipro. Les ambitions de ce Marocain ont été coupées net « à quelques mois » de devenir médecin. Il voudrait désormais « terminer (ses) études » en France, quitte à « reprendre en troisième année ». Mais faute de papiers, le chemin s’obscurcit.

Rentrer au Maroc, comme le suggèrent les autorités françaises ? Impossible, balaye-t-il. Mais « retourner en Ukraine, j’y pense ». « D’autres sont déjà rentrés et me disent que la vie là-bas est normale », se persuade-t-il, faisant référence à l’Ouest ukrainien. En attendant un rendez-vous de la dernière chance en préfecture, il a déjà trouvé une « porte de sortie » : le 25 mai, il a obtenu du Portugal la protection temporaire que la France lui refuse. « Ça a été très facile », sourit-il enfin. « Quelques clics et en trois jours, on le reçoit par e-mail. »

Par Le Point avec AFP

Canada: Des collèges privés non subventionnés du Québec vivent « leur dernier souffle »

juin 8, 2022

Des établissements dénoncent vivement la décision de Québec et d’Ottawa de couper l’accès à l’immigration aux étudiants étrangers provenant de leur collège.

Enseigne du Collège Canada.

Le Collège Canada est l’un des plus importants établissements privés non subventionnés du Québec. Aux yeux de son fondateur, la décision de Québec et d’Ottawa aura d’importantes conséquences pour l’avenir des collèges privés. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Dans une déclaration envoyée à Radio-Canada, le directeur et fondateur du Collège Canada, Cyrus Shani, ne cache pas son désespoir après l’annonce commune des gouvernements Legault et Trudeau.

Dès le 1er septembre 2023, les étudiants étrangers qui obtiendront un diplôme d’un collège privé non subventionné n’auront plus accès au permis de travail post-diplôme. Ce dernier permet de vivre et de travailler au Canada durant plusieurs années et est une porte d’accès à l’immigration permanente.

Cette mesure a été prise pour protéger l’intégrité des systèmes scolaire et d’immigration, a expliqué le ministre québécois de l’Immigration, Jean Boulet. Différents reportages avaient révélé des problématiques liées à la qualité de l’enseignement et dans le recrutement de milliers d’étudiants, principalement d’Inde.

À la suite d’une enquête gouvernementale, Québec, qui avait une dizaine d’établissements dans son viseur, avait lancé un plan d’action au printemps 2021 afin de faire le ménage dans ce réseau.Danielle McCann et Jean Boulet en conférence de presse.

Avant que le ministre Jean Boulet (à droite) ne prenne la décision de restreindre l’accès à l’immigration à certains étudiants étrangers, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, avait lancé l’an passé un plan d’action visant à combler des « lacunes » dans le réseau des collèges privés non subventionnés. Photo : La Presse Canadienne/Jacques Boissinot

Des milliers d’étudiants indiens recrutés

Désormais, les étudiants internationaux ne sont plus intéressés à venir au Québec, affirme Cyrus Shani, le patron de Collège Canada.

« La nouvelle loi réduira à zéro le nombre d’étudiants internationaux. Les collèges privés [vivent] leur dernier souffle. »— Une citation de  Cyrus Shani, directeur de Collège Canada

Ce dernier est l’un des plus importants établissements privés non subventionnés du Québec. Des milliers d’étudiants indiens ont fréquenté les rangs de Collège Canada et de plusieurs autres collèges au cours des dernières années.

Leur nombre a d’ailleurs explosé au Québec en peu de temps. Pour l’année 2020-2021, la grande majorité des étudiants étrangers, dans le réseau collégial, provenait de l’Inde. Plus de 12 000 Indiens étaient inscrits dans un établissement québécois, contre environ 3000 Français et 700 Chinois, selon des données du ministère de l’Enseignement supérieur.

Comme le montrait un reportage d’Enquête(Nouvelle fenêtre), de nombreux établissements et firmes de recrutement ont utilisé l’argument de l’immigration et de ce permis de travail post-diplôme pour attirer des élèves. Québec était jusqu’à maintenant la seule province qui permettait l’accès à ce document au terme d’une formation professionnelle courte, qui coûtait près de 25 000 $.

Une quarantaine de collèges touchés

Le nombre de collèges privés non subventionnés a quasi doublé au Québec en seulement quelques années. Il y en avait 28 en 2015, puis 49 en 2020.

Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, le resserrement des règles d’immigration annoncé par Québec et Ottawa va toucher spécifiquement 38 établissements qui accueillent, actuellement, des étudiants étrangers.Affiche du Collège Matrix à Montréal.

Le Collège Matrix, membre du groupe Hermès, a accueilli ses premiers élèves à l’automne 2017. Il fait partie de ces nouveaux établissements qui ont récemment vu le jour dans la région de Montréal. Photo : Radio-Canada/Dave St-Amant

Une catastrophe et un manque de transparence

À long terme, souligne Ginette Gervais, présidente du réseau des collèges Hermès, c’est une catastrophe.

Présidente également de l’Association des collèges privés non subventionnés (ACPNS), elle déplore, par voie de communiqué, l’absence de consultation et de préavis.

« Cette mesure est un pas en arrière dans ce qui devrait être un effort partagé pour former et retenir la main-d’œuvre hautement qualifiée dont le Québec et le Canada ont désespérément besoin. »— Une citation de  Ginette Gervais, présidente de l’ACPNS

Les enquêtes menées par le ministère auraient dû permettre d’identifier précisément ces collèges et leur adresser directement les problèmes […]. Au lieu de cela, le gouvernement a mis en place une politique unilatérale basée sur les conclusions d’un rapport que personne n’a eu l’occasion de lire, indique Ginette Gervais.

Ce manque de transparence ainsi que les incohérences entre les gouvernements provincial et fédéral autour des détails de la nouvelle politique ont laissé des milliers d’étudiants internationaux au Québec perplexes et sans réponse quant à leur avenir dans la province, estime-t-elle.

Nous n’avons rien fait de mal et nous sommes pénalisés, regrette quant à lui Michael McAllister, le directeur du Collège Herzing, un établissement fondé en 1968.

Depuis le début de cette controverse, il jure avoir déjà changé d’approche, pour se concentrer sur le marché francophone.

On a vraiment changé de stratégie pour attirer des étudiants francophones, soutient-il, en critiquant lui aussi le manque de dialogue du gouvernement du Québec. Personne n’a essayé de nous parler pour trouver une solution.Un homme assis derrière son bureau

Michael McAllister est le directeur du collège Herzing. Photo : Radio-Canada/Dave St-Amant

Une décision arbitraire

Aux yeux de l’avocat en immigration Ho Sung Kim, Québec et Ottawa auraient pu faire preuve de nuance. Je comprends l’objectif, mais c’est mal fait. On ne peut pénaliser ceux qui ont suivi les règles. Il va y avoir des dommages collatéraux. Il faut plutôt réglementer le domaine de l’éducation, croit-il.

« Est-ce qu’on est en train de dire que tous les collèges du Québec sont de mauvaise qualité? C’est ce qu’on est en train de faire. Il faudrait plutôt renforcer les règles d’émission des permis à ces écoles. »— Une citation de  Ho Sung Kim, avocat en immigration

Impliqué dans un processus judiciaire avec Rising Phoenix International, une firme de recrutement dont les dirigeants font l’objet d’accusations criminelles, l’Institut supérieur d’informatique (ISI) dénonce de son côté une décision arbitraire et injustifiée.

« Un collège privé non subventionné ne coûte pas un sou au gouvernement ou aux contribuables, contrairement aux institutions publiques, qui reçoivent des subventions pour l’infrastructure en plus de facturer les étudiants. »— Une citation de  Benoit Larose, vice-président d’ISI

Si le gouvernement québécois veut corriger la proportion d’étudiants internationaux francophones accueillis par le Québec, il se trompe de cible, reprend-il.

Les collèges privés non subventionnés ne demandent pas mieux que d’accueillir plus de francophones. Au lieu de nous aider à atteindre cet objectif, le ministre Boulet a décidé de retirer un avantage que le Québec avait obtenu afin d’attirer les étudiants internationaux.

Radio-Canada par Romain Schué avec la collaboration de Benjamin Shingler

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La possibilité d’immigrer au Canada à travers un établissement privé était l’un des principaux arguments de vente de certains collèges québécois.

Portrait de Jean Boulet.

Le ministre québécois de l’Immigration, Jean Boulet, va resserrer les règles visant l’immigration des étudiants étrangers qui fréquentent un établissement privé non subventionné. Photo: Radio-Canada/ SylvainY Roy Roussel

Immigrer rapidement au Canada après avoir réalisé une formation courte dans un collège privé non subventionné du Québec ne sera bientôt plus possible.

Radio-Canada a appris qu’à l’initiative du gouvernement Legault, Québec et Ottawa ont décidé de revoir l’accès au permis de travail post-diplôme. Celui-ci est délivré aux étudiants étrangers à l’issue de leur formation. Il permet de rester et de travailler plusieurs années au Canada.

La possibilité d’un tel permis était l’un des arguments promotionnels de plusieurs établissements non subventionnés et firmes de recrutement, qui sont dans le viseur de Québec depuis plus d’un an.

À la suite des révélations(Nouvelle fenêtre) de Radio-Canada, concernant notamment la hausse massive d’étudiants indiens au Québec et des problématiques liées à l’enseignement, Québec avait lancé une enquête, qui a confirmé des stratagèmes douteux dans la venue de ces élèves.

Ces derniers payaient près de 25 000 $ pour suivre une formation courte, exclusivement en anglais, qui donnait accès à ce permis de travail. Par la suite, bon nombre d’entre eux pouvaient quitter le Québec pour s’installer, par exemple en Ontario.

Jusqu’à maintenant, le Québec est d’ailleurs la seule province qui octroie ce précieux document après la réussite d’un diplôme d’études professionnelles (DEP) d’au moins 900 heures ou d’une attestation d’études collégiales (AEC).

Un nombre de permis en forte croissance

Selon des chiffres fournis par Ottawa, le nombre d’étudiants étrangers ayant bénéficié d’un permis de travail post-diplôme après avoir fréquenté un établissement privé non subventionné au Québec a explosé ces dernières années.

Pour la période 2016-2018, il y en avait près de 4900. Entre 2019 et 2021, le nombre de permis délivrés a bondi à 11 500.

Dans le même temps, le nombre de collèges privés non subventionnés a sensiblement grimpé. Il y en avait 28 en 2015 au Québec, puis 49 en 2020.

Un resserrement en vigueur en septembre 2023

Ce resserrement des règles d’immigration ne figurait pas dans le plan d’action dévoilé en juin 2021 par la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann.

Mais aux yeux du ministre de l’Immigration, couper cet attrait dans le recrutement est essentiel. C’est un élément fondamental. Il y avait des enjeux d’intégrité. On va harmoniser avec ce qui se fait partout ailleurs au Canada, rappelle Jean Boulet, en ne cachant pas qu’un ménage complet dans ce réseau devait être fait.

Des écoles privées non subventionnées utilisaient ce permis de travail post-diplôme pour recruter, attirer des personnes qui ont bénéficié de notre système scolaire, puis qui s’en allaient ailleurs au Canada, reprend-il.

« L’enquête a révélé des enjeux d’intégrité dans les façons de recruter les étudiants internationaux par certaines institutions privées au Québec. Ça m’apparaît extrêmement important de s’assurer d’une meilleure intégrité de notre système. »— Une citation de  Jean Boulet, ministre québécois de l’Immigration

Ce resserrement des règles, explique Jean Boulet, sera en vigueur dès le 1er septembre 2023. Toutes les personnes qui ont complété leurs études avant [cette date] pourront avoir accès à ce permis, précise-t-il.

Après cette date, seules les personnes diplômées d’un programme d’études subventionné pourront avoir accès à ce permis, qui ouvre la porte à une résidence permanente.

« Ça va évidemment contribuer à s’assurer que les personnes qui demeurent ici contribuent à notre marché de l’emploi, à notre communauté, plutôt que de se servir de ces programmes-là comme passerelle pour aller ailleurs au Canada. »— Une citation de  Jean Boulet, ministre québécois de l’Immigration

Pour le gouvernement Legault, qui a récemment annoncé un allégement des droits de scolarité pour les étudiants étrangers allant en région, cette mesure permettra également d’accroître l’immigration francophone.

Les étudiants internationaux sont un potentiel extraordinaire pour le Québec, soutient Jean Boulet. Souvent, ils viennent ici, s’installent, intègrent notre communauté ou notre marché de l’emploi.

Avec Radio-Canada par Romain Schué