Archive for the ‘International’ Category

En Amazonie, des indigènes votent Lula, en bateau

octobre 2, 2022
En Amazonie, des indigenes votent Lula, en bateau
En Amazonie, des indigènes votent Lula, en bateau© AFP/Michael DANTAS

Sur le Rio Negro, affluent de l’Amazone, des indigènes brésiliens à bord d’une barque à moteur font le « L » de Lula avec les doigts: ils s’apprêtent à voter ce dimanche pour l’ex-président de gauche.

Comme beaucoup de Brésiliens, ces autochtones du peuple Kambeba votent dans une école. Mais pour y arriver, ils doivent naviguer jusqu’au village voisin.

« Pour nous, les indigènes, c’est important de se battre pour la démocratie, de voter et de choisir des représentants qui nous respectent », dit à l’AFP Raimundo Cruz da Silva, 42 ans, vice-Tuxaua (équivalent d’un cacique) des Kambeba.

Vêtu d’une chemise blanche avec des bandes verticales de motifs tribaux verts, il ne cache pas qu’il votera pour Lula, l’adversaire du président d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Ce dernier est très critiqué par de nombreux leaders indigènes, dont le cacique emblématique Raoni Metuktire, qui a porté plainte contre lui pour « génocide » au Tribunal pénal international de La Haye.

Três Unidos, le village de Raimundo Cruz da Silva, où vivent quelque 115 autochtones, est situé sur une réserve à environ 60 km de Manaus, capitale de l’Etat d’Amazonas (nord).

Une quarantaine de personnes partent voter en même temps, à bord de quatre embarcations.

Le long des eaux sombres du Rio Negro, ils voient la végétation luxuriante vert émeraude à perte de vue, avant d’arriver à Sao Sebastiao, village situé en dehors de la réserve indigène.

« Le regard tourné vers l’Amazonie »

C’est une journée spéciale pour Taynara da Costa Cruz, 18 ans, qui va voter pour la toute première fois.

« Pour nous, les jeunes, c’est très important de voter. Nous votons, le regard tourné vers l’Amazonie, les peuples indigènes », dit cette jeune artisane aux yeux marron clair pétillants, qui arbore un collier et un serre-tête faits de graines d’Amazonie.

Toutes les femmes du peuple Kambeba sont vêtues de longues robes blanches.

Leurilene Cruz da Silva, sœur de Raimundo, porte aussi sur les cheveux deux rangées de graines qui ressemblent à des colliers de perles.

À son arrivée à Sao Sebastiao, cette infirmière de 38 ans sort fièrement son titre d’électeur.

« Il faut qu’on ait de bons représentants, c’est une journée importante. Nous, les indigènes, nous devons montrer que nous sommes capables de résister », lance-t-elle.

Peu après son élection, fin 2018, Jair Bolsonaro a promis qu’il ne cèderait « pas un centimètre de plus » aux terres indigènes.

Il s’est aussi montré favorable à l’exploitation minière ou agricole dans ces territoires censés être réservés aux activités traditionnelles des autochtones.

Sous son mandat, débuté en janvier 2019, la déforestation annuelle moyenne a augmenté de 75 % par rapport à la dernière décennie.

Le bilan environnemental de Lula est loin d’être irréprochable, mais l’ex-président (2003-2010) a promis durant sa campagne qu’il allait créer un ministère des peuples autochtones, avec une personnalité indigène à sa tête

Par Le Point avec AFP

Canada-Québec: Un signalement d’abus sexuel sur un enfant en garderie toutes les deux semaines

octobre 2, 2022
Des enfants jouent avec des blocs en mousse.

65 % des personnes visées par un signalement d’abus sexuel travaillent dans une garderie familiale. Photo : Istock

Un nouveau cas toutes les deux semaines. Au Québec, telle est la fréquence des signalements d’abus sexuels commis contre des enfants confiés aux services de garde, selon des documents obtenus par La Presse canadienne auprès du ministère de la Famille.

Depuis une dizaine d’années, on peut donc affirmer que près de 300 enfants sans défense âgés de zéro à cinq ans ont fait l’objet d’un signalement ou d’une plainte de nature sexuelle dans un service de garde du Québec, selon les données recueillies. Et y ont peut-être subi des sévices.

Derrière ces chiffres, il y a des enfants vulnérables qui ont pu passer à travers les mailles du filet de sécurité prévu pour les protéger, particulièrement en milieu familial, là où surviennent la majorité des signalements.

Le phénomène semble stable, ni en hausse ni en baisse, avec en moyenne près d’une trentaine de cas par année.

Plusieurs questions restent sans réponses : quelles ont été les suites données à tous ces signalements? Quel pourcentage d’entre eux était fondé? Combien de responsables de services de garde (RSG) ont perdu leur emploi et se sont retrouvés derrière les barreaux? Combien de garderies ont dû fermer leurs portes, en raison d’agressions sexuelles survenues en leurs murs?

Absence de statistiques officielles

Personne au gouvernement n’a jugé bon de colliger l’ensemble des informations, du dépôt du signalement à la fermeture du dossier. Tous les acteurs impliqués, et ils sont nombreux, fonctionnent en silos, entourant chaque cas signalé de la plus étanche confidentialité.

Le Ministère [de la Famille] ne détient pas d’information relative au statut des plaintes et des signalements, a indiqué la personne responsable de l’accès à l’information à ce ministère, en guise de réponses à ces interrogations.

Après avoir étudié la question en 2017, le ministère de la Santé, de qui relève la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), a conclu en l’impossibilité d’apparier les données, a indiqué le ministère de la Santé dans un échange de courriels.

Personne au gouvernement n’a voulu commenter le sujet. Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a refusé une demande d’entrevue. Le ministre responsable de la DPJ, Lionel Carmant, a décliné lui aussi, tout comme la directrice nationale de la protection de la jeunesse, Catherine Lemay.

Du total des personnes visées par un signalement, deux sur trois (65 %) travaillaient dans une garderie familiale. Il s’agit souvent du conjoint de la responsable, ou encore d’un de ses enfants, adolescent ou jeune adulte.

Les dirigeants de ces garderies ne sont pas au-dessus de tout soupçon : durant la décennie, on a répertorié 15 RSG et 6 gestionnaires de permis associés à des signalements d’abus sexuel. Dans les autres cas, ce sont des membres du personnel (éducateur, concierge, cuisinier, etc.).

La nature des gestes reprochés n’est pas documentée. Il faut se contenter de comptes rendus de procès ou des jugements du tribunal administratif du Québec (TAQ), en cas de contestation d’une fermeture, par exemple.

On pourrait multiplier les exemples survenus ces dernières années, plus sordides les uns que les autres, comme cette fillette qui a confié à ses parents qu’un monsieur de la garderie lui avait demandé de lécher le doigt entre ses jambes ou le cas de cet éducateur surpris en train de profiter de la sieste des enfants l’après-midi pour agresser deux fillettes.

Géométrie variable

Dès qu’un signalement est effectué, une mécanique se met en branle. Tous les acteurs impliqués (Bureaux coordonnateurs de la garde en milieu familial, DPJ, police, etc.) doivent appliquer l’entente multisectorielle gouvernementale, un document qui décrit la procédure d’intervention et les obligations de chacun.

Or, le problème est que cette entente est appliquée à géométrie variable, déplore la directrice générale de l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), Geneviève Bélisle, l’organisme qui chapeaute et encadre les bureaux coordonnateurs.

Le partage d’informations entre les différents intervenants, qui est encouragé, mais pas obligatoire, est aussi à géométrie variable, surtout si le signalement n’est pas retenu, ajoute Mme Bélisle. Il en résulte un flou dans l’application du protocole.

Le rapport Laurent, rédigé à la suite du décès tragique de la fillette martyre de Granby en 2019, avait noté la communication déficiente entre les partenaires chargés d’appliquer l’entente, un objectif qualifié de difficile.

Mme Bélisle insiste par ailleurs en entrevue sur l’importance de mieux former les RSG pour leur rappeler périodiquement leurs obligations en cas de signalement, selon elle une lacune importante. On peut faire vraiment mieux et vraiment plus, assure-t-elle, plaidant pour une formation annuelle obligatoire.

Un encadrement plus serré pourrait aussi s’avérer utile. Les bureaux coordonnateurs ne rendent visite aux garderies familiales que trois fois par année.

Dans son langage fleuri, le ministère de la Santé se montre rassurant : Le suivi de l’application de l’entente multisectorielle prévoit des mécanismes de suivi, tant sur le plan national et sur le plan régional, afin d’escalader et traiter avec les partenaires des défis et des besoins.

Mme Bélisle estime que le filet de sécurité s’est fragilisé avec la loi 15 parrainée par le ministre Carmant. Elle cite en exemple le fait qu’auparavant une personne voulant devenir RSG devait fournir un certificat attestant de sa santé physique et mentale. Ce n’est plus le cas. L’échéance pour renouveler les permis est passée de trois à cinq ans.

Pénuries de personnel et de places en garderie

La situation dans les garderies familiales pose le problème du recrutement par l’État des responsables de ces services et des critères retenus pour s’assurer qu’ils ne présentent pas un risque pour la santé ou la sécurité des enfants.

Le recrutement est en soi un problème de taille, en cette ère de pénurie de main-d’œuvre, ce qui pourrait inciter le gouvernement à baisser les critères pour fournir des places aux parents. On estime qu’il y a actuellement 23 000 places disponibles pour des enfants en milieu familial et laissées vacantes parce qu’on ne trouve pas de responsable.

Particulièrement dans le milieu des garderies non régies, certains font pression sur le gouvernement pour qu’il assouplisse les règles.

Les personnes intéressées à ouvrir une garderie familiale doivent faire la preuve qu’il n’y a aucun empêchement les rendant inaptes à s’occuper de jeunes enfants. L’attestation d’absence d’empêchement est délivrée par un corps de police, pour la personne responsable, celles qui résident à la même adresse et ses employés.

Sauf que la personne ayant un empêchement peut contester la décision. Depuis 2018, le ministère a reçu 540 demandes de révision et la grande majorité des gens, soit 380 (70 %), ont eu gain de cause.

Un empêchement peut être un acte criminel ou pénal, mais pas nécessairement un crime majeur ou à caractère sexuel, précise le ministère dans un échange de courriels.

Il peut s’agir d’une erreur de jeunesse (ex. : vol de voiture à 18 ans), d’un manque de jugement (ex. : conduite avec les facultés affaiblies) ou encore d’un moment plus difficile dans une vie (ex. : vol à l’étalage), explique le ministère de la Famille pour justifier la décision dans plusieurs cas de passer l’éponge sur les empêchements identifiés.

Au sujet de la forme actuelle de recherche d’empêchement, nous considérons la procédure adéquate, a indiqué le ministère de la Santé.

Radio-Canada avec La Presse canadienne

Burkina: Damiba, chef de la junte, démissionne après deux jours de tensions

octobre 2, 2022
Burkina: Damiba, chef de la junte, demissionne apres deux jours de tensions
Burkina: Damiba, chef de la junte, démissionne après deux jours de tensions© AFP/Olympia DE MAISMONT

Le chef de la junte au pouvoir au Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui refusait sa destitution annoncée par un jeune capitaine, a finalement accepté de démissionner dimanche après deux jours de tensions marquées par des manifestations antifrançaises.

Son départ était réclamé à Ouagadougou par des centaines de manifestants favorables au capitaine Ibrahim Traoré, 34 ans, qui avait annoncé sa destitution vendredi soir.

A la suite d’une médiation menée entre les deux rivaux par des chefs religieux et communautaires, « le Président Paul-Henri Sandaogo Damiba a proposé lui-même sa démission afin d’éviter des affrontements aux conséquences humaines et matérielles graves », indique un communiqué de ces chefs très influents au Burkina Faso.

Depuis l’annonce vendredi soir par des militaires emmenés par le capitaine Traoré de la destitution de M. Damiba – lui-même arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en janvier -, la tension a été vive au Burkina.

Le putschiste déchu avait clairement fait savoir qu’il n’entendait pas abdiquer, en dépit des manifestations qui lui étaient hostiles.

Il avait appelé samedi les nouveaux putschistes « à revenir à la raison pour éviter une guerre fratricide dont le Burkina Faso n’a pas besoin dans (le) contexte » des violences jihadistes qui minent le pays depuis 2015.

Un communiqué séparé publié dimanche par les militaires pro-Traoré indique que le capitaine « est chargé de l’expédition des affaires courantes jusqu’à la prestation de serment du président du Faso désigné par les forces vives de la nation », à une date non précisée.

Dans un discours prononcé devant une trentaine de secrétaires généraux de ministères, le capitaine Traoré s’est excusé pour les militaires qui « ont troublé Ouagadougou » ces dernières heures.

« Cela est arrivé parce que certaines choses ne fonctionnent pas bien », a-t-il dit, et « il faut aller vite » pour changer cela, car « tout le pays est en situation d’urgence ».

Appel « au calme et à la retenue »

Quelques dizaines de manifestants soutenant Ibrahim Traoré se sont rassemblés dimanche devant l’ambassade de France à Ouagadougou, mettant le feu à des barrières de protection et jetant des pierres à l’intérieur du bâtiment sur le toit duquel étaient positionnés des soldats français, d’autres arrachant des barbelés pour tenter d’escalader le mur d’enceinte du bâtiment diplomatique, a constaté un journaliste de l’AFP.

Des gaz lacrymogènes ont été tirés depuis l’intérieur de l’ambassade pour disperser les manifestants, a-t-il également constaté.

Dans un communiqué lu par l’un de ses proches à la télévision nationale, le capitaine Traoré, qui se trouvait à ses côtés, a appelé les manifestants à « se départir de tout acte de violence et de vandalisme (…) notamment ceux qui pourraient être perpétrés contre l’ambassade de la France ou la base militaire française » à Ouagadougou. Il a appelé « au calme et à la retenue ».

Samedi en fin d’après-midi, deux institutions françaises avaient déjà été prises pour cibles par des manifestants: un incendie s’était déclaré devant l’ambassade de France et l’Institut français à Ouagadougou, un autre devant l’Institut français à Bobo-Dioulasso.

Des affirmations sur les réseaux sociaux faisant état d’une protection accordée par la France au lieutenant-colonel Damiba, ont contribué à la colère des manifestants pro-Traoré.

Elles ont été formellement démenties tant par Paris que par M. Damiba lui-même.

Quelques heures avant l’annonce de sa destitution vendredi soir, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté à Ouagadougou pour réclamer son départ, mais aussi la fin de la présence militaire française au Sahel, et une coopération militaire avec la Russie.

L’influence de Moscou ne cesse de croître dans plusieurs pays d’Afrique francophone ces dernières années, particulièrement au Mali et en Centrafrique.

Frontières rouvertes

Plusieurs centaines de manifestants, réclamant la reddition définitive de M. Damiba, scandant des slogans antifrançais et brandissant des drapeaux russes, avaient accompagné le cortège du capitaine Traoré à la télévision où il était allé pour l’enregistrement de son communiqué.

« Nous avons décidé de prendre notre destin en main et d’accompagner » le capitaine Traoré qui nous donne « espoir » a affirmé l’un d’eux, Yaya Traoré, mais « si ça ne va pas, nous allons sortir pour encore lui dire de partir. Donc c’est à lui de bien faire ».

Les militaires qui ont pris le pouvoir ont indiqué que le couvre-feu instauré vendredi de 21h00 à 05h00 (locales et GMT) avait été levé et les frontières terrestres rouvertes à compter de ce dimanche.

Le lieutenant-colonel Damiba était arrivé au pouvoir en janvier par un coup d’Etat ayant renversé le président Roch Marc Christian Kaboré, accusé d’inefficacité dans la lutte contre les violences jihadistes.

Mais ces derniers mois, des attaques frappant des dizaines de civils et de soldats se sont multipliées dans le Nord et l’Est du Burkina Faso, où des villes sont désormais soumises à un blocus des jihadistes.

Depuis 2015, les attaques régulières de mouvements armés affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique (EI) ont fait des milliers de morts et provoqué le déplacement de quelque deux millions de personnes.

Par Le Point avec AFP

Canada-Crimes sexuels : des agents de la GRC ne prennent pas les plaintes au sérieux

octobre 2, 2022
L'emblème de la GRC.

Depuis, 2019, la GRC a fait l’objet de 43 conclusions défavorables dans des cas d’enquêtes sur des agressions sexuelles. Photo : CBC/Robert Short

Malgré les promesses et les plans d’action, de nombreux agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) peinent toujours à prendre au sérieux les allégations d’agression sexuelle et les questions relatives au consentement, selon l’organisme civil chargé de surveiller la GRC.

Depuis 2019, la Commission civile d’examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC (CCETP) a émis 43 conclusions défavorables au corps de police dans des cas d’enquêtes sur des agressions sexuelles, a appris CBC.

Certains de ces dossiers d’enquête ont été mis en ligne, avec les lieux et les noms caviardés par souci de confidentialité.

L’un de ces dossiers, conclu en 2021, concerne une femme qui s’était plainte d’un chauffeur de camion. Selon la plaignante, le chauffeur, qui l’avait fait monter à bord alors qu’elle faisait de l’autostop, l’aurait poussée à l’extérieur du véhicule après qu’elle eût refusé ses avances sexuelles.

Des passants ont trouvé la femme blessée sur le bord de la route et ont appelé le 911.

La femme s’est ensuite entretenue avec des enquêteurs de la GRC pendant plus de six heures. Pendant l’entretien, les enquêteurs en ont profité pour questionner la plaignante sur sa mémoire et son état émotionnel.

La femme s’est plainte du comportement des enquêteurs, entraînant l’implication de la CCETP.

Entre mythes et stéréotypes

Après une enquête indépendante, l’organisme de surveillance a conclu que les agents de la GRC avaient mené leur travail de manière déraisonnable.

La Commission a constaté que l’approche et l’interrogatoire de la femme par certains membres de la GRC étaient fondés sur des mythes et des stéréotypes inappropriés concernant le comportement des victimes d’agression sexuelle, peut-on lire dans le résumé du dossier.

À titre d’exemple, la Commission a relevé des questions qui consistaient à comparer le comportement de la femme à une idée préconçue de la façon dont elle devrait réagir. Or, la Commission a noté qu’il est largement reconnu en droit qu’il n’existe pas de réaction uniforme ou prévisible de la victime à une agression sexuelle.

Dans une autre affaire, deux agents de la GRC ont rejeté le témoignage d’une femme qui s’était plainte qu’un homme avait touché sa région génitale par-dessus ses vêtements, sans son consentement. Selon le résumé de la CCETP, les agents ont laissé entendre que l’incident ne constituait pas une infraction criminelle et ont fermé son dossier.

Ils ont néanmoins offert à la femme la possibilité de suivre le processus de justice réparatrice, qui donne aux victimes la possibilité de s’adresser aux responsables après un crime. Mais lorsqu’elle a contacté l’agent de liaison du programme de justice réparatrice, elle a appris que le dossier n’avait jamais été transmis.

La femme a ensuite porté plainte auprès de la Commission, qui lui a donné raison. La CCETP a qualifié l’enquête d’inadéquate et donc déraisonnable.

La commissaire Brenda Lucki.

La commissaire Brenda Lucki a soutenu 41 des 45 recommandations non contraignantes effectuées par la CCETP depuis 2019. Photo : La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

La Commission a également constaté que les membres de la GRC ont fait preuve d’un manque de compréhension des preuves requises pour étayer une accusation d’agression sexuelle, et ont affiché une attitude inappropriée envers la plaignante, indique le résumé de cas.

Dans un autre cas, l’organisme de surveillance a constaté qu’un agent manquait de connaissances et de formation sur la question de savoir si le retrait d’un préservatif pendant un rapport sexuel constituait une infraction criminelle — malgré une décision récente de la Cour suprême du Canada sur la question.

Une enquête grossièrement inadéquate

L’organisme de surveillance a critiqué un autre agent de la GRC pour ce qu’il a qualifié d’enquête grossièrement inadéquate. Selon la Commission, l’agent en question a arrêté une femme sur la base d’une allégation d’agression sexuelle sans parler aux témoins qui auraient pu être consultés pour corroborer les principales allégations. L’agent a également procédé à l’arrestation alors que celle-ci n’était pas une option disponible  en vertu du Code criminel.

Au bout du compte, aucune accusation n’a été portée — une information que le policier a négligé de transmettre à la principale intéressée.

La Commission a constaté que cette enquête était profondément déficiente. Même les étapes les plus élémentaires de l’enquête n’ont pas été respectées, a déclaré l’organisme de surveillance.

Si accablantes soient-elles, ce genre de conclusions ne surprend en rien Humera Jabir, avocate au sein de l’association West Coast Legal Education and Action Fund.

L’avocate est d’avis que l’ampleur des problèmes dépasse de loin le petit nombre de cas soumis à la Commission.

Même si la CCETP fait des constatations défavorables, cela ne concerne qu’un faible pourcentage des cas qui ont été signalés à la police, a-t-elle déclaré.

« Plusieurs personnes ne font pas de signalement parce qu’ils n’ont pas confiance que la police traitera leur cas avec sérieux. »— Une citation de  Humera Jabir, avocate au sein de l’association West Coast Legal Education and Action Fund

Me Jabir souhaite voir le gouvernement fédéral légiférer afin de rendre la police davantage imputable.

C’est qu’en vertu des lois actuellement en vigueur, les recommandations de la CCETP à la GRC ne sont pas contraignantes; la GRC est libre d’y donner suite ou de les ignorer.

Depuis 2019, la CCETP a formulé 45 recommandations concernant les enquêtes sur les agressions sexuelles de la GRC. Ces recommandations visent les politiques, les procédures et les protocoles d’enquête ainsi que la formation des enquêteurs.

La commissaire de la GRC, Brenda Lucki, a soutenu 41 de ces recommandations. Elle en a partiellement soutenu une et en a rejeté trois.

Des changements à l’horizon

Le gouvernement libéral a présenté au printemps dernier un projet de loi qui élargirait le mandat de la CCETP afin de lui permettre d’accepter les plaintes concernant les agents frontaliers.

S’il est adopté, le projet de loi C-20 exigerait également que les dirigeants de la GRC et de l’Agence des services frontaliers du Canada rendent compte chaque année au ministre de la Sécurité publique des progrès réalisés dans la mise en œuvre des recommandations de la Commission.

Entre-temps, la GRC soutient que son équipe d’examen des agressions sexuelles est en voie de mettre à jour son manuel opérationnel pour faciliter les enquêtes sur la violence sexuelle.

Un cours en ligne sur les bases du consentement et les préjugés fréquemment associés aux crimes sexuels est également en voie d’élaboration, a ajouté la porte-parole Robin Percival.

Cette dernière a également précisé qu’une formation sur les traumatismes est obligatoire pour tous les employés de la GRC qui interagissent avec le public.

La GRC considère que toutes les plaintes du public sont importantes et s’efforce de les traiter le plus rapidement possible, tout en veillant à ce qu’elles soient évaluées de manière approfondie et appropriée. La GRC accorde une grande importance à l’examen indépendant de ses politiques et des actions de ses membres, a déclaré M. Percival.

À cette fin, la GRC accueille favorablement les conclusions et les recommandations formulées par la CRCC à la fin de ses enquêtes, a ajouté la porte-parole.

Radio-Canada d’après un texte de Catharine Tunney, de CBC

Si la Russie préparait une attaque nucléaire, les Etats-Unis le sauraient, estiment des experts

octobre 1, 2022
Si la Russie preparait une attaque nucleaire, les Etats-Unis le sauraient, estiment des experts
Si la Russie préparait une attaque nucléaire, les Etats-Unis le sauraient, estiment des experts© AFP/Kirill KUDRYAVTSEV

Les Etats-Unis seraient très probablement au courant de préparatifs russes pour une attaque nucléaire contre l’Ukraine, et Moscou pourrait aussi vouloir que cela se sache, estiment des experts.

Après avoir essuyé plusieurs revers militaires, le président russe Vladimir Poutine a menacé de recourir à « tous les moyens » pour défendre l’intégrité territoriale de la Russie, relançant les spéculations sur les risques d’un conflit nucléaire.

Une menace potentiellement étendue vendredi aux quatre régions ukrainiennes annexées par Moscou.

Dans l’immédiat, des analystes militaires relativisent ce risque et la Maison Blanche dit n’avoir vu aucune activité indiquant un plan d’attaque, mais les services de renseignement occidentaux surveillent de près l’émergence d’une menace réelle.

Si elle prenait corps, des experts parient plutôt sur l’usage d’une arme nucléaire tactique – plus petite en charge explosive qu’une arme nucléaire stratégique – probablement lancée sur un missile balistique Iskander à courte portée.

Et les préparatifs d’une attaque seraient évidents, assure à l’AFP Pavel Podvig, chercheur à l’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement (Unidir) à Genève.

Où sont les bombes ?

Un rapport de 2017 de cet institut dresse la carte de 47 sites de stockage nucléaire à travers la Russie.

Ceux-ci sont surveillés constamment et en détail par les satellites de renseignement et de surveillance militaire des Etats-Unis et d’autres pays. Ils peuvent même être surveillés par des satellites commerciaux, comme le montrent les images très répandues et régulièrement mises à jour des activités d’installations nucléaires nord-coréennes.

Pour M. Podvig, la Russie a déployé ses ogives nucléaires stratégiques ou à longue portée sur le terrain, sur des missiles, des bombardiers et des sous-marins.

Mais ses armes nucléaires non stratégiques ou tactiques, dont le nombre peut atteindre 2.000, ne sont pas installées sur des missiles d’après lui.

Pas d’installations cachées

« Je suis convaincu que les Etats-Unis verraient tout préparatif russe à l’utilisation d’armes nucléaires », ajoute Mark Cancian, un ancien fonctionnaire des ministères américains de la Défense et de l’Energie.

« Les armes doivent sortir du stockage, les unités concernées doivent être alertées, et les Russes pourraient également alerter leurs forces nucléaires stratégiques », explique à l’AFP cet expert, qui travaille désormais au Centre pour les études stratégiques et internationales de Washington.

Visibles aussi selon lui, les préparatifs nécessaires pour les forces terrestres russes, comme la fourniture d’équipements de protection et des instructions pour agir dans un environnement nucléaire.

« Les armes nucléaires ont besoin d’une certaine structure, de personnes formées et de maintenance. Vous ne pouvez pas faire cela dans un endroit aléatoire », estime de son côté Pavel Podvig, qui juge très peu probable la possibilité d' »installations cachées ».

« Techniquement, vous pourriez probablement faire sortir clandestinement quelques bombes d’un site de stockage sans être détecté », nuance le chercheur de l’Unidir.

Mais agir ainsi comporte ses propres risques, notamment celui de provoquer une attaque préventive de l’Occident. « Les Russes ne seront jamais certains que cela ne sera pas détecté. Ce serait un pari », prévient-il.

Surtout, ajoute-t-il, il est plus probable que la Russie souhaite que l’Occident voie ses préparatifs, en guise d’avertissement. « Ce serait une sorte de pas en avant dans l’escalade (et) la Russie voudrait que cela soit visible », pronostique encore Pavel Podvig.

Prévenir le monde

Les Etats-Unis ont averti pendant des semaines que la Russie avait l’intention d’envahir l’Ukraine avant son passage à l’acte le 24 février, dans l’espoir de préparer Kiev et ses alliés, et de tenter de dissuader Moscou.

Washington préviendrait-il ouvertement le monde s’il détectait des préparatifs d’attaque nucléaire, au risque de déclencher une panique sans précédent ?

Une telle panique se propagerait non seulement en Ukraine, mais aussi dans les régions potentiellement menacées par des retombées nucléaires, et plus largement encore si l’on venait à craindre une escalade irrésistible.

Les Etats-Unis alerteraient quasi certainement leurs alliés et d’autres puissances, notamment la Chine et l’Inde, en espérant qu’ils fassent alors pression sur Moscou pour renoncer.

D’après M. Podvig, Washington jugerait aussi probablement utile d’émettre des avertissements publics pour alourdir cette pression. « La stratégie doit être basée sur l’isolement. Il faut renforcer le caractère inacceptable de cette situation, qui est criminelle », a-t-il déclaré.

« Ce message pourrait avoir une valeur dissuasive », selon le chercheur.

Le Point avec AFP

Des Russes fuyant la mobilisation militaire bloqués par les délais d’immigration canadiens

octobre 1, 2022
Un égoportrait de Pavel Slinkov-Albul et de sa femme.

Pavel Slinkov-Albul et sa femme attendent le traitement de leur demande de visa d’études par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada depuis plus de six mois. Photo : Fournie par Pavel Slinkov-Albul

Les longs délais dans le traitement des demandes d’immigration au Canada font craindre le pire à certains Russes qui cherchent à fuir la mobilisation militaire dans leur pays. Pendant que les convocations se multiplient partout en Russie, des hommes dont le dossier est en traitement depuis parfois plus d’un an craignent d’être forcés d’aller combattre en Ukraine.

Pavel Slinkov-Albul se souvient très bien du jour où Vladimir Poutine a annoncé la mobilisation de centaines de milliers de réservistes russes. Le père de famille de 35 ans venait de partir en voyage d’affaires. Dès que son avion a atterri, les messages textes ont commencé à retentir sur l’écran de son téléphone.

Même s’il y avait déjà des rumeurs concernant la mobilisation, nous étions tous sous le choc, se rappelle-t-il.

Le 21 septembre, le président russe, Vladimir Poutine, a annoncé une mobilisation partielle visant 300 000 jeunes réservistes pour combattre en Ukraine. Selon le média indépendant russophone Meduza, les autorités russes envisagent plutôt de conscrire 1,2 million de personnes.

Depuis, des centaines de milliers de personnes ont fui vers des pays voisins, comme la Géorgie, l’Arménie ou encore le Kazakhstan. Contrairement à elles, Pavel Slinkov-Albul, lui, n’a pas les moyens de quitter son pays et son emploi.

Un groupe de jeunes hommes marchent sur une route en Géorgie.

Un jeune homme fuit la Russie pour la Géorgie. Photo : Radio-Canada/Dimitri Bitsuleiman

Depuis l’annonce de la mobilisation, il vit donc dans la crainte de recevoir une convocation de l’armée. Il n’est pas un réserviste et n’a pas d’expérience militaire, mais il soutient que personne n’est à l’abri. Les autorités russes ont d’ailleurs admis, cette semaine, que de nombreux hommes censés être exemptés ont été convoqués.

J’ai peur pour mon avenir. J’ai peur d’aller en prison et que l’État détruise ma vie, raconte l’homme, qui affirme être prêt à aller en prison pour éviter d’être envoyé en Ukraine.

Son seul espoir est l’obtention de son visa d’études canadien, qu’il attend depuis le début du mois de février. Il a communiqué avec le gouvernement canadien, mais ignore toujours quand le traitement de son dossier sera réglé.

« J’ai très peu d’espoir. »— Une citation de  Pavel Slinkov-Albul

Pas un cas isolé

L’avocat spécialisé en immigration Lev Abramovich, de Toronto, dit avoir été contacté par de nombreux Russes dans la situation de Pavel Slinkov-Albul depuis le début du conflit.

Certains de ses clients attendent depuis plus d’un an. C’est le cas de Mariia, une ingénieure qui vit à Moscou. Elle a soumis une demande de visa d’études pour faire son doctorat à l’Université McMaster, à Hamilton, en Ontario, en septembre 2021. Son conjoint, lui, espère obtenir un permis de travail pour l’accompagner.

C’est injuste parce que nous souffrons aussi en raison de cette situation. Nous ne voulons pas être des réfugiés. Nous voulons contribuer [à la société canadienne], mais nous ne pouvons pas le faire parce que notre dossier est en attente, déplore-t-elle.

La jeune femme assure que son conjoint et elle feront tout pour éviter l’armée.

J’étais très jeune à l’époque, mais j’ai vu les soldats revenir d’Afghanistan. Ces gens souffrent toute leur vie, dit Mariia, qui craint que son conjoint subisse le même sort.

Dans une déclaration par courriel, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) explique que bon nombre des perturbations engendrées par la pandémie de COVID‑19 ont été résolues, mais que l’agence est toujours aux prises avec de multiples défis.

Cela s’est traduit par une importante accumulation de demandes à traiter au cours des 18 premiers mois de la pandémie et par une augmentation des délais de traitement, affirme l’agent en communications d’IRCC Jeffrey MacDonald.

Il ajoute qu’IRCC doit répondre à un nombre record de demandes de visa de résidence temporaire. Par exemple, l’agence dit avoir traité près de 560 000 demandes initiales de permis d’études en 2021, ce qui représente une hausse de 31 % par rapport au record établi en 2019.

Selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, le traitement complet de la plupart des demandes de visa d’études pour les citoyens russes est de 13 semaines, contre 15 pour un visa de travail.

Un système archaïque

Lev Abramovich affirme quant à lui que les retards d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada datent d’avant la pandémie.

Il qualifie le fonctionnement de l’agence fédérale d’archaïque et soutient qu’elle doit être réformée et faire preuve de plus de transparence.

IRCC s’appuie sur des consulats pour faire le travail dont le niveau de compétence et la capacité opérationnelle varient, explique l’avocat, en ajoutant que les délais de traitement des dossiers varient d’un consulat à un autre.

Il souligne que les demandes de visa des citoyens russes sont pour leur part gérées au bureau de Varsovie, qui priorise actuellement les dossiers des réfugiés ukrainiens.

C’est tout à fait normal, mais les dossiers des citoyens russes devraient être transférés ailleurs.

Des gens pleurent ou s'essuient les yeux dans la ville de Volzhsky, dans la région de Volgograd, en Russie.

Des parents et des connaissances de réservistes russes pleurent le départ de leurs proches dans la ville de Volzhsky, dans la région de Volgograd, en Russie, à la suite de la mobilisation partielle ordonnée par Vladimir Poutine. Photo : Reuters/Stringer

« La situation est extrêmement urgente. »— Une citation de  Lev Abramovich, avocat spécialisé en immigration

Il ajoute que ceux qui ont trouvé refuge dans des pays voisins, comme la Turquie, l’Arménie ou encore la Géorgie, ont souvent des statuts temporaires qui les rendent vulnérables.

De la chair à canon

Réfugié en Géorgie avec sa femme et son fils depuis février, Anton Chernyshev a récemment appris que les autorités russes se sont déjà présentées à son ancienne adresse pour le conscrire.

Mais pour lui, qui a fait son service militaire obligatoire, retourner dans l’armée russe est impensable.

Il s’inquiète du sort des nouvelles recrues sur le champ de bataille et craint les sévices qu’elles pourraient subir aux mains de leurs frères d’armes.

Un égoportrait d'Anton Chernyshev devant la mer.

Anton Chernyshev a trouvé refuge en Géorgie avec sa famille. Il craint d’être contraint à aller se battre en Ukraine s’il retourne dans son pays. Photo : Radio-Canada/Fournie par Anton Chernyshev

« Ils vont être considérés comme de la viande fraîche, littéralement. »— Une citation de  Anton Chernyshev

Le père de famille fait référence à la dedovshchina, une forme de bizutage institutionnalisé extrêmement brutal, qui s’accompagne généralement de sévices physiques et psychologiques et dont sont souvent victimes les nouvelles recrues.

Lorsque les soldats qui se battent déjà là-bas vont les voir arriver, ils vont leur faire subir toute leur colère et les choses terribles dont ils ont été témoins, déplore le trentenaire.

L’armée ne s’est pas modernisée. Elle demeure très semblable à ce qu’elle était au temps de l’Union soviétique. [Les nouvelles recrues] vont être utilisées comme de la chair à canon. Je doute qu’elles reçoivent une quelconque formation militaire, surtout celles qui n’ont pas d’expérience, ajoute le journaliste russe Yevgeny Kiselyov.

Anton Chernyshev espère que sa demande de visa en tant que travailleur spécialisé sera acceptée par le Canada, mais il attend déjà depuis plus d’un an et demi.

J’ai réalisé que, dans mon pays, je ne suis pas vu comme une personne, mais comme une chose qu’on peut envoyer à la guerre pour assouvir les ambitions de quelqu’un, dit-il.

Radio-Canada par Andréane Williams

L’armée ukrainienne est entrée dans Lyman, dans une des régions annexées par Moscou

octobre 1, 2022
Un drapeau ukrainien est affiché devant une maison détruite près d'Izioum, dans l'est de l'Ukraine, le 1er octobre 2022.

Un drapeau ukrainien est affiché devant une maison détruite près d’Izioum, dans l’est de l’Ukraine, le 1er octobre 2022. Photo: AFP via Getty Images/Juan Barreto

Les forces armées ukrainiennes sont entrées dans la ville de Lyman, dans une des régions annexées par Moscou, a affirmé la Défense ukrainienne.

La victoire serait la plus importante enregistrée par Kiev depuis le lancement de sa contre-offensive éclair dans la région de Kharkiv le mois dernier.

Les forces d’assaut aériennes ukrainiennes entrent dans Lyman, dans la région de Donetsk, a indiqué sur Twitter le ministère ukrainien de la Défense.

L’armée avait plus tôt affirmé avoir encerclé plusieurs milliers de soldats russes dans cette ville de la région de Donetsk.

Peu de temps après, la Russie a annoncé que ses troupes – qu’elle qualifie d’alliées aux forces séparatistes pro-russe – avaient quitté Lyman.

« En raison de la menace d’encerclement, les troupes alliées ont été retirées de [Lyman] pour être placées sur de meilleures positions. »— Une citation de  Le ministère de la Défense de la Russie, cité par des agences de presse russes

Le ministère a déclaré dans un communiqué que la Russie avait infligé des pertes sérieuses aux forces ukrainiennes en lançant des frappes de feu massives contre elles. Il n’a pas fourni de preuves et cette affirmation n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante.

Malgré les pertes subies, l’ennemi, disposant d’une importante supériorité en forces et en moyens, a introduit des réserves et a poursuivi l’offensive dans cette direction, a-t-il ajouté.

Le ministère de la Défense russe affirme avoir tués plus de 200 soldats ukrainiens et détruit 14 véhicules blindés dans les dernières 24 heures.

Dans une vidéo diffusée samedi par le directeur de cabinet du président ukrainien, deux soldats accrochent le drapeau national bleu et jaune à un panneau indiquant Lyman à l’entrée de la ville, située dans le nord de la province de Donetsk.

1er octobre. Nous déployons notre drapeau national et nous le posons sur notre terre. Lyman sera l’Ukraine, dit l’un des soldats dans cette vidéo, debout sur un véhicule militaire, selon la traduction de Reuters.

De 5000 à 5500 soldats encerclés

Les forces russes sont encerclées à Lyman, a déclaré à la télévision ukrainienne un porte-parole de l’armée ukrainienne, Serguiï Tcherevatiï.

Selon lui, environ 5000 à 5500 Russes étaient retranchés dans et autour de Lyman ces derniers jours. Mais les derniers combats ont [depuis] réduit leurs effectifs, a-t-il ajouté.

Un soldat ukrainien sort sa tête d'un tank.

Des milliers de soldats russes seraient encerclés par les forces ukrainiennes à Lyman. dans la région de Donetsk. Photo : Reuters/Jorge Silva

D’après Serguiï Gaïdaï, le gouverneur de la région voisine de Louhansk, les soldats russes présents dans le chaudron de Lyman ont trois options : s’enfuir, mourir tous ensemble ou se rendre, a-t-il affirmé sur les réseaux sociaux.

Les troupes russes ont essayé en vain de mener des opérations militaires pour briser l’encerclement, dit un porte-parole des forces armées ukrainiennes.

« Certains se rendent, ils ont beaucoup de tués et de blessés, mais l’opération n’est pas terminée. »— Une citation de  Serguiï Tcherevatiï, porte-parole de l’armée ukrainienne

Le gouverneur de Louhansk, en exil, a déclaré de son côté que des soldats russes avaient sollicité le droit de quitter en sécurité la zone encerclée, mais que leur demande avait été rejetée. L’état-major général ukrainien a déclaré à Reuters ne pas disposer de cette information.

Vers 8 h, plusieurs commentateurs militaires russes avaient déjà publié des messages sur leurs chaînes Telegram annonçant que l’armée ukrainienne avait capturé [des soldats] ou, au minimum, pénétré dans Lyman, rapporte la BBC.

L'épave d'un avion de combat russe abattu par les forces armées ukrainiennes est visible dans un champ près de la ville d'Izioum.

L’épave d’un avion de combat russe abattu par les forces armées ukrainiennes est visible dans un champ près de la ville d’Izioum, à environ 70 km de Lyman. Photo : Reuters/Stringer

Importance stratégique

Depuis la prise de Lyman à la fin mai, les troupes russes ont transformé la ville de la région de Donetsk en une importante plateforme logistique pour le déploiement des troupes et l’approvisionnement en munitions.

La ville est également un centre ferroviaire clé, reliant les régions de Donetsk, Louhansk et Kharkiv, dans l’est et le nord-est de l’Ukraine.

Selon le porte-parole de l’armée ukrainienne, la prise de Lyman permettrait d’avancer dans la région de Louhansk, que Moscou avait annoncé, début juillet, contrôler en totalité.

Lyman est importante parce qu’il s’agit de la prochaine étape vers la libération du Donbass ukrainien. C’est une occasion pour avancer vers Kreminna et Sievierodonetsk, et c’est très important psychologiquement, a-t-il ajouté.

Vladimir Poutine est projeté sur un écran géant, devant une foule, sur la place Rouge, en Russie.

Vladimir Poutine s’adresse à la foule réunie sur la place Rouge, à Moscou, après avoir officiellement annexé quatre régions ukrainiennes. Photo : AFP via Getty Images/Alexxander Nemenov

Vendredi soir, Volodymyr Zelensky, s’était félicité des résultats majeurs de la contre-offensive de ses troupes dans l’Est, poussant les Russes à se retirer de nombreux territoires conquis.

Au même moment, Vladimir Poutine, avait de son côté conclu une journée de cérémonies pour l’annexion des territoires ukrainiens. La victoire sera à nous, a-t-il lancé, micro en main, devant plusieurs milliers de personnes réunies pour un concert festif sur la place Rouge, à Moscou.

Menace nucléaire

Ramzan Kadyrov, le chef de la région russe de Tchétchénie, a déclaré samedi que Moscou devrait envisager l’utilisation d’une arme nucléaire à faible puissance en Ukraine, dans un contexte de nouveaux revirements sur le champ de bataille.

Dans un message sur Telegram critiquant les commandants russes pour avoir abandonné la ville de Lyman, samedi, M. Kadyrov a écrit : À mon avis personnel, des mesures plus drastiques devraient être prises, jusqu’à la déclaration de la loi martiale dans les zones frontalières et l’utilisation d’armes nucléaires à faible rendement.

Un char d'assaut russe brûlé se trouve dans un champ de tournesols près d'Izioum, dans l'est de l'Ukraine, le 1er octobre 2022, à environ 70 kilomètres de Lyman.

Un char d’assaut russe brûlé se trouve dans un champ de tournesols près d’Izioum, dans l’est de l’Ukraine, le 1er octobre 2022, à environ 70 kilomètres de Lyman. Photo : AFP via Getty Images/Juan Barreto

La Russie possède le plus grand arsenal atomique du monde qui compte des armes nucléaires tactiques à faible puissance.

D’autres grands soutiens de Vladimir Poutine, dont l’ancien président Dmitri Medvedev, ont laissé entendre que la Russie pourrait avoir besoin de recourir aux armes nucléaires, mais l’appel de Kadirov est à ce jour le plus explicite.

Arrestation du directeur de la centrale de Zaporijia

Une patrouille russe a arrêté le directeur de la centrale nucléaire de Zaporijia, a annoncé samedi Energoatom, l’entreprise publique chargée de l’exploitation du site, une information confirmée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Igor Mourachov a été interpellé alors qu’il se rendait de la centrale à la ville de Enerhodar vendredi vers 16 h, heure locale, a précisé le président d’Energoatom, Petro Kotine.

« Il a été sorti de la voiture, on lui a bandé les yeux et il a été emmené en voiture pour une destination inconnue. »— Une citation de  Petro Kotine, président d’Energoatom, sur Telegram

La Russie n’a fait aucune déclaration publique sur le sujet.

Petro Kotine a précisé en avoir appelé au directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, pour qu’il prenne toutes les mesures immédiates possibles pour obtenir d’urgence la remise en liberté d’Igor Mourachov.

Interrogé par Reuters, un porte-parole de l’AIEA a déclaré : Nous avons contacté les autorités russes et nous leur avons demandé des explications. Quelques heures plus tard, l’AIEA a annoncé avoir été informée par les autorités russes du fait qu’Igor Mourachov était détenu en vue d’un interrogatoire.

Un véhicule blindé marqué d'un « Z », symbole de soutien au président Vladimir Poutine et à l'invasion qu'il mène en Ukraine, devant la centrale nucléaire de Zaporijia.

Un véhicule blindé marqué d’un « Z », symbole de soutien au président Vladimir Poutine et à l’invasion qu’il mène en Ukraine. Photo : Reuters/Alexander Ermochenko

M. Mourashov était opposé à la cession de la centrale de Zaporijia à la Russie, mais les porte-paroles d’Energoatom n’ont pas pu confirmer que c’était la raison de son enlèvement.

La centrale de Zaporijia est devenue l’un des enjeux clés du conflit en Ukraine, Kiev et Moscou s’accusant mutuellement de bombarder le site au risque de déclencher une catastrophe nucléaire.

Dans sa déclaration sur Telegram, Petro Kotine assure qu’Igor Mourachov assume la responsabilité exclusive de la sûreté nucléaire et radioactive du site et que son arrestation compromet la sûreté des activités de la plus grande centrale nucléaire d’Ukraine et d’Europe.

Il appelle les troupes russes à cesser immédiatement les actes de terrorisme nucléaire visant la direction et le personnel du site et à relâcher Igor Mourachov.

La centrale est un trophée stratégique pour la Russie et a suscité l’inquiétude du monde entier en tant que seule centrale nucléaire prise dans une guerre moderne.

Des porte-paroles d’Energoatom ont confié à l’Associated Press samedi que les employés de la centrale de Zaporijia étaient contraints de soumettre une demande de transfert vers la société d’État russe qui s’occupe de la gestion des centrales en Russie, Rosatom.

Les combats actifs à proximité signifient qu’il est peu probable qu’elle recommence à produire de l’électricité de sitôt, même si la Russie installe son propre système de gestion.

Un convoi de civils tués découvert

Selon le Service de sécurité ukrainien (SBU), les troupes russes ont tiré sur un convoi de sept véhicules et tué ainsi 24 personnes. On dénombre 13 enfants et une femme enceinte parmi les victimes.

Selon le gouverneur de la région de Kharkiv, Oleg Synegoubov, les occupants [russes] ont attaqué ces civils qui tentaient d’échapper aux bombardements. Ils ont tiré à bout portant, a-t-il ajouté.

Un convoi de voitures détruites sur le bord de la route avec des cadavres carbonisés à travers les débris.

Les troupes russes ont tiré sur un convoi de sept véhicules et tué ainsi au moins 20 personnes. Photo : via Reuters/Security Service of Ukraine

Deux voitures ont brûlé complètement, il y avait des enfants avec leurs parents: ils ont brûlé vifs, a-t-il précisé dans un communiqué.

Le porte-parole du bureau du procureur de la région de Kharkiv, Dmytro Chubenko, a déclaré dans une interview à une chaîne de télévision que l’emplacement du site du massacre sur la ligne de front, dans une zone grise, entravait l’enquête.

Le contrôle de l’armée ukrainienne sur ce territoire n’est pas permanent, a-t-il déclaré. Il est parfois sous notre contrôle, puis passe sous celui de la Russie, et nous ne pouvons donc pas mener à bien toutes les actions d’enquête.

M. Synegoubov et le service de sécurité ukrainien SBU avaient précédemment déclaré qu’au moins 20 personnes étaient mortes, sans donner la date exacte de l’attaque.

Maintenant, M. Synegoubov affirme que cela s’est passé le 25 septembre vers 9 h (heure locale), citant la police locale. Les détails n’ont pas été vérifiés de manière indépendante.

L’attaque a eu lieu dans la zone grise entre les villes de Koupianks, libérée récemment, et de Svatove, toujours sous occupation russe.

Le chef par intérim du SBU, Vasyl Maliuk, aurait déclaré que l’attaque brutale contre des civils a été menée par un groupe de sabotage et de reconnaissance.

« L’ennemi a prouvé une fois de plus que son objectif est la destruction de tous les Ukrainiens, quels que soient leur âge et leur sexe. »— Une citation de  Vasyl Maliuk, chef par intérim du SBU

Mais ils n’échapperont pas à la punition. Nous trouverons tout le monde et les ferons répondre des atrocités commises, a-t-il déclaré.

Le gouverneur de la région de Kharkiv, où les corps ont été découverts, a mentionné que des policiers et des experts se sont rendus sur place et qu’une enquête est en cours.

Des cadavres dans des sacs de plastique sur le bord d'un chemin de fer.

Selon le gouverneur de la région de Kharkiv, Oleg Synegoubov, les occupants russes ont attaqué des civils qui tentaient d’échapper aux bombardements. Photo : Reuters/Stringer

Le vendredi 30 septembre, une équipe de l’AFP avait vu au moins 11 corps de civils, tués par balles dans leurs voitures, sur une route abandonnée par les Russes dans leur retrait de la région la semaine dernière.

Le lieu où la dizaine de civils ont été retrouvés est situé à un endroit où des combats entre Ukrainiens et Russes ont eu lieu récemment, les forces de Kiev menant une contre-offensive d’ampleur dans la région.

Vendredi, une frappe contre un convoi humanitaire avait fait une trentaine de morts.

Radio-Canada par Nicolas Bourcier avec les informations de Agence France-Presse, REUTER et BBC

Iran: manifestations dans plusieurs universités du pays

octobre 1, 2022
Iran: manifestations dans plusieurs universites du pays
Iran: manifestations dans plusieurs universités du pays© AFP/JUSTIN TALLIS

Des manifestations ont eu lieu samedi dans plusieurs universités en Iran pour dénoncer la répression meurtrière du mouvement de contestation déclenché par la mort de Mahsa Amini arrêtée par la police des moeurs, il y a 16 jours.

Des rassemblements ont par ailleurs été organisés à travers le monde en solidarité avec le mouvement, dont la répression a fait au moins 83 morts depuis le décès de la Kurde iranienne le 16 septembre, trois jours après son arrestation pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique qui oblige notamment les femmes à porter le voile.

Le pouvoir, qui dément toute implication des forces de l’ordre dans la mort de la jeune femme de 22 ans, a fait arrêter des centaines de manifestants, qualifiés d' »émeutiers ».

« Des étudiants ont manifesté samedi dans des universités pour dénoncer les agissements de la police envers les protestataires », a affirmé l’agence de presse iranienne Fars, sans préciser où ont eu lieu ces manifestations, ni leur ampleur.

L’agence a toutefois indiqué que des rassemblements « ont aussi été organisés sur la place Enghelab (« Révolution » en persan, ndlr) près de l’Université de Téhéran, dans le centre de la capitale, où des heurts ont éclaté entre la police et les manifestants dont certains ont été arrêtés ».

Selon des témoins, de nombreux policiers anti-émeutes avaient pris position plus tôt samedi à différents carrefours de Téhéran.

« Noyée dans le sang »

Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos vérifiées par l’AFP ont circulé samedi montrant des rassemblements dans des universités, notamment à Téhéran et dans la ville sainte de Machhad (nord-est), deuxième ville du pays.

Sur ces images, on peut voir des dizaines de manifestants chantant et scandant des slogans favorables au mouvement de contestation.

« La ville est noyée dans le sang, mais nos professeurs gardent le silence ! », ont scandé des dmanifestants rassemblés devant l’université de Karaj, à l’ouest de Téhéran, selon une vidéo diffusée par l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo.

Vendredi soir, des Iraniens ont manifesté dans la ville de Saqez, dans la province du Kurdistan, d’où était originaire Mahsa Amini, selon une vidéo d’IHR.

« Femmes, vie, liberté », ont lancé des hommes et des femmes en pleine rue en reprenant un slogan phare du mouvement de contestation.

Selon l’agence Fars, environ 60 personnes ont été tuées depuis le 16 septembre, tandis qu’Iran Human Rights a fait état d’au moins 83 morts.

Plus de 1.200 manifestants ont été arrêtés, d’après un bilan officiel. Des militants, des avocats et des journalistes ont également été interpellés, selon des ONG.

Manifestations de solidarité

A l’étranger, des rassemblements de solidarité, auxquels participe la diaspora iranienne, se tiennent samedi dans plus de 150 villes, selon les organisateurs.

A Rome, un millier de personnes ont défilé au rythme des tambours, réclamant « justice » pour Mahsa Amini.

A Berlin, plus de 1.000 personnes se sont réunies, brandissant des pancartes dénonçant le régime iranien, tandis qu’à Tokyo, des manifestants avaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « On ne s’arrêtera pas ». « Non à la dictature », ont scandé quelque 200 personnes à Lisbonne.

L’ancien Premier ministre iranien Mir Hossein Mousavi, aujourd’hui dans l’opposition, a exhorté les forces de l’ordre à cesser les violences, dans un message publié sur le compte Instagram du site Kaleme qui lui est proche.

« J’aimerais rappeler à toutes les forces de l’ordre leur serment de protéger notre terre, l’Iran, et les vies humaines, les biens, et les droits du peuple », a dit l’ancien responsable qui est en résidence surveillée depuis 2011. « Le sang des oppressés est plus fort que la violence des tyrans. »

Amnesty International a dénoncé une répression « impitoyable » contre le mouvement de contestation, notant le recours à des balles réelles et billes de plomb, des passages à tabac et des violences sexuelles à l’encontre des femmes par les forces de l’ordre.

Les autorités iraniennes accusent, elles, les manifestants de semer le « chaos » et des forces à l’étranger, parmi lesquelles les Etats-Unis, leur ennemi juré, d’être derrière les rassemblements.

Vendredi, elles ont annoncé l’arrestation de « neuf ressortissants d’Allemagne, de Pologne, d’Italie, de France, des Pays-Bas, de Suède, etc ». Selon Téhéran, ils ont été interpellés « sur les lieux d’émeutes ou y ont été mêlés ».

Des violences ont par ailleurs éclaté vendredi dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est), où 20 personnes, dont deux colonels des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique du régime, sont mortes dans des heurts, selon les autorités. Il n’était pas clair dans l’immédiat si ces affrontements étaient liés au mouvement de contestation.

Celui-ci est le plus important depuis les manifestations de novembre 2019, provoquées par la hausse des prix de l’essence, qui avaient été sévèrement réprimées.

Par Le Point avec AFP

Burkina : Ibrahim Traoré proclamé président, Damiba destitué

septembre 30, 2022

Après une journée de confusion émaillée de tirs, le lieutenant-colonel Damiba a été démis de ses fonctions. Le nouvel homme fort du pays est un membre du régiment d’artillerie de Kaya.

Des militaires burkinabè ont annoncé avoir démis lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba de ses fonctions, ce vendredi 30 septembre sur la télévision nationale. © DR/Capture d’écran RTB

Il était environ 20 heures, heure locale, lorsque un militaire en treillis, gilet pare-balles et béret rouge, entouré d’hommes cagoulés et casqués, est apparu à la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB). Celui-ci a annoncé qu’Ibrahim Traoré prenait la tête du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), renversant ainsi le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Lui-même avait pris le pouvoir par les armes en janvier 2022. Selon des sources proches, il se porte bien et se trouve au camp Kamboinsin, où sont basées les forces spéciales burkinabè.

Le gouvernement, la charte de transition et l’Assemblée nationale sont dissoutes, a-t-il été annoncé. Les frontières du pays sont désormais fermées et un couvre-feu a été instauré de 21 heures à 5 heures du matin.

Mécontentement

Tôt ce vendredi 30 septembre au matin, des tirs ont retenti dans les points stratégiques de la capitale et des militaires se sont déployés. Les éléments « Cobras » semblaient à la manoeuvres. Des négociations ont ensuite eu lieu avec les autorités de transition, mais elle n’ont pas abouti.

Ibrahim Traoré ne fait néanmoins pas partie de ces unités « Cobra ». Il était jusqu’à ce vendredi le commandant du régiment d’artillerie de Kaya, la première région militaire, située à une centaine de kilomètres de la capitale. Il fait partie des jeunes officiers qui ont renversé Roch Marc Christian Kaboré au profit de Damiba, mais qui étaient depuis critiques vis-à-vis du président de la transition.

La crise couvait depuis plusieurs mois entre Damiba et ces jeunes officiers, engagés pour la plupart au front contre les groupes armés.

Par Jeune Afrique

Menace nucléaire : la Pologne distribue des comprimés antiradiation

septembre 30, 2022

Inquiète de la situation à la centrale nucléaire de Zaporijia, la Pologne équipe ses services d’incendie du pays de comprimés antiradiation.

Les comprimes d'iodure de potassium a des pouvoirs antiradiations.
Les comprimés d’iodure de potassium a des pouvoirs antiradiations. © Thierry GACHON / MAXPPP / PHOTOPQR/L’ALSACE/MAXPPP

La guerre en Ukraine crée un véritable climat de peur dans tous les pays voisins. Aussi, quelques heures après le discours d’annexion de quatre régions ukrainiennes par la Russie et alors que les combats se poursuivent autour de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, la Pologne se prépare au pire. Les autorités polonaises ont annoncé avoir distribué des comprimés antiradiation aux services d’incendie du pays, en prévention d’une exposition déclenchée par la guerre en Ukraine. La Pologne nie toutefois qu’il y ait lieu de s’alarmer.

« Nous avons décidé, à titre préventif, de commencer à distribuer des comprimés d’iodure de potassium aux services d’incendie des districts », a ainsi déclaré aux journalistes le vice-ministre de l’Intérieur, Blazej Pobozy. Il a précisé qu’il s’agissait d’une mesure de routine « en cas de menace potentielle de radiation, qui… pour l’instant n’existe pas ».

Les comprimés doivent être transférés aux autorités locales et aboutiront finalement dans des points de distribution, des écoles dans la plupart des cas.

Blazej Pobozy a déclaré qu’il y avait suffisamment de doses pour toutes les personnes qui en auraient besoin. Et un représentant médical présent à la conférence de presse a mis en garde contre les dangers de la prise de ces comprimés, sauf en cas de nécessité.

Blazej Pobozy a également déclaré que les comprimés d’iodure de potassium constituaient une mesure préventive en cas d’accident nucléaire, mais qu’ils ne seraient d’aucune utilité en cas d’attaque à l’arme nucléaire tactique. Dans ce scénario, « des isotopes totalement différents sont libérés, contre lesquels il n’existe malheureusement aucun comprimé pour nous protéger », a-t-il déclaré aux journalistes.

Il a toutefois souligné que, par rapport à un accident nucléaire, une attaque était « encore moins probable ».

Par Le Point avec AFP