Archive for the ‘Littérature’ Category

Dernier regard sur mon corps

septembre 23, 2021

Mon corps inerte amas de glace

Sur lequel ont poussé des ronces

Devenu objet de curiosité amis

Sujet de dispute de mes ennemis

Mon corps source de convoitise

Allongé dans l’institut de la bêtise

Hante, dérange et ronge la conscience

De tous ceux qui manquent de sagesse

Mon corps controverse honteuse

D’une mort à la semence douteuse

Attend la juste décision de vérité

Sous l’œil vigilant des éprouvés

Bernard NKOUNKOU BOUESSO

Congo : Fann Attiki, du slam à la satire politique

septembre 21, 2021

Fann Attiki, 29 ans, vient de publier son premier roman « Cave 72 », paru le 1er septembre aux éditions JC Lattès.

Ce jeune espoir originaire de Pointe-Noire a remporté le prix littéraire Voix d’Afriques pour « Cave 72 ». Un premier roman corrosif et enlevé pour un slameur engagé.

« J’ai voulu écrire une longue blague ». Tels ont été les premiers mots de Fann Attiki pour présenter son roman Cave 72 lors de la réception donnée en son honneur par les organisateurs du prix Voix d’Afriques. L’écrivain et slammeur congolais né en 1992 à Pointe-Noire est le deuxième lauréat du prix lancé par les éditions Jean-Claude Lattès et RFI, en partenariat avec la Cité internationale des arts. Son manuscrit s’est distingué parmi 350 écrits par des auteurs de moins de trente ans jamais publiés et résidant en Afrique. Le jury était présidé par l’écrivain franco-djiboutien Abdourahman Waberi.

Mécanique de l’absurde

On rit en effet beaucoup en lisant Cave 72. Le sens de la formule, le comique de situation et la mécanique de l’absurde dynamitent la narration. Portés par l’enthousiasme de leur jeunesse et des verres d’alcool généreusement offerts par leur mentor Black Mic-Mac, Didi, Ferdinand et Verdass ont pour habitude de refaire le monde dans la Cave 72. Ce débit de boisson qui occupe le trottoir est tenu par Maman Nationale.

La self-made-woman n’en est pas moins attendrie par l’intelligence et la créativité des trois bons vivants, qui ont arrêté leurs études pour fuir le conditionnement scolaire et le conformisme professionnel. Mais Black Mic-Mac meurt et voilà les trois jouisseurs accusés d’être membres d’un complot international visant à renverser le régime du Guide providentiel.

JE ME SUIS SERVI DE CE QUE JE CONNAIS, L’HISTOIRE DE MON PRÉSIDENT, CEPENDANT IL NE S’AGIT PAS QUE DE LUI

Si la ville et l’histoire du pays désignent le Congo, Fann Attiki précise : « Le Guide providentiel est l’ensemble de plusieurs dictateurs. Il est vrai que ce roman se construit dans une zone géographique qui est l’Afrique centrale et plus précisément le Congo, mais c’est un roman qui s’ouvre à l’universel. Je me suis servi de ce que je connais, l’histoire de mon président, cependant il ne s’agit pas que de lui. Denis Sassou Nguesso ne présente pas les traits psychologiques de mon personnage, il est plus calme. »

« Cave 72 » de Fann Attiki, éditions Jean-Claude Lattès, 256 pages, 19 euros.

L’humour est au service d’une satire grinçante. Des grains de sable viennent s’immiscer dans l’engrenage mis en branle par les faiseurs de complots. Plutôt que de se salir les mains, ils passent par des exécuteurs des basses œuvres qui jouent de malchance, de maladresse et de bêtise. Consacrant plus de temps à cacher la poussière sous le tapis de leurs erreurs plutôt que de s’attaquer aux racines des maux du peuple, les apprentis-sorciers échafaudent des plans menant invariablement à l’échec.

Dimension politique

Au-delà de l’efficacité du dispositif, la fable présente une dimension politique : « J’en avais besoin comme décor, pour implanter mes personnages et pour donner un sens à toute ma trame. Si ce roman en avait été exempté, je ne pense pas qu’il aurait la même force. »

CEUX QUI SUBISSENT UNE RÉPRESSION MAIS PARVIENNENT À TROUVER LA JOIE DE VIVRE VONT SE RECONNAÎTRE

Le Pouvoir au Peuple, c’est le nom du mouvement auquel sont accusés d’appartenir Verdass, Ferdinand et Didi et qui fait écho avec le parti pris du roman : « On ne doit pas se tromper, mon roman se fonde surtout sur la force des peuples d’Afrique symbolisés par le peuple congolais. Ceux qui subissent une répression mais qui parviennent malgré tout à trouver la joie de vivre vont se reconnaître. »

Et Fann Attiki de préciser : « Des pauvres sont arrêtés alors qu’ils s’expriment au nom du peuple en pointant ce qui ne va pas. Ils ne veulent que le bien de leur pays et cherchent à faire comprendre au dictateur que cela ne marche pas. Ils lui donnent la possibilité de se corriger, de s’améliorer. Mais quand on a un ego démesuré, on ne parvient pas à entendre. En considérant la réalité comme un affront, on s’arrange pour faire taire ceux qui ont la capacité de dire les choses. C’est présent dans à peu près tous les pays d’Afrique. »

Slameur engagé

La force de la jeunesse, on la retrouve dans l’action de Fann Attiki, lui-même engagé dans un mouvement citoyen : « Je travaille avec un groupe qui s’appelle Ras-le-bol. Pas pour des raisons politiques mais pour des raisons éducatives. J’anime des ateliers de slam pour les enfants. On revisite le droit des enfants, le droit humain. Il y a aussi un autre aspect qui me tient à cœur, l’engagement communautaire. Faire comprendre à ces enfants que l’arbre que nous plantons doit servir à la communauté, à l’entourage, au pays, et pourquoi pas au monde. Mon engagement consiste à m’assurer que la jeunesse pourra connaître des beaux jours, qu’elle pourra vivre dans un Congo débarrassé des corruptions, des tribalismes, des replis identitaires, de tout ce qu’on peut considérer comme négatif. Qu’il n’y aura plus de détournements de fonds, qu’il y aura une réelle démocratie. »

Fann Attiki enseigne le slam qu’il pratique. Son parcours ressemble à celui de ses personnages, qui poursuivent leurs rêves plutôt qu’un schéma professionnel tout tracé : « J’ai eu mon bac électrotechnique à l’âge de 16 ans, puis mon BTS en électronique et maintenance informatique, à l’issue duquel j’ai été obligé de travailler car la réalité – gagner de l’argent – s’est imposée à moi. J’ai travaillé dans une pharmacie en tant qu’électronicien et informaticien. Au bout de deux ans et demi, je me suis lassé et j’ai tout balancé. J’ai décidé de vivre de ce que j’aimais, de l’art, et précisément du slam. »

LA BOULIMIE DE LECTURE S’EST POURSUIVIE AVEC DES AUTEURS COMME TCHICAYA U TAM’SI, EMMANUEL DONGALA OU ALAIN MABANCKOU

De l’envie à la réalisation, il a fallu s’accrocher : « Au début, ça n’a pas été facile, mais à force de faire des petites prestations à gauche et à droite, j’ai fini par me faire remarquer. J’ai conquis un marché à Pointe-Noire, où on m’invitait régulièrement et où je gagnais ma vie grâce au slam. J’ai décidé de conquérir Brazzaville en 2016. Là aussi, les débuts ont été timides mais maintenant, je vis à part entière du slam et du théâtre. »

Flaubert, un choc littéraire

Avant ce cheminement, il y a eu un choc littéraire : « Tout est parti de Flaubert. À 17 ans, je suis tombé sur Trois contes, son œuvre posthume. J’ai lu le premier conte, “Un Cœur simple”, ça m’a vraiment plu, puis j’ai lu Légende de Saint Julien l’Hospitalier et Hérodias. J’étais vraiment bluffé par son écriture, la façon dont il décrivait les situations, son environnement, les émotions… Il réussissait à créer en moi une empathie pour les personnages. Je ressentais vraiment ses textes et je me suis dit “C’est ça, écrire”. J’ai cherché un autre de ses livres, Madame Bovary, et un tel chef-d’œuvre m’a totalement achevé. »

La boulimie de lecture s’est poursuivie avec des auteurs comme Prosper Mérimée, Tchicaya U Tam’si, Emmanuel Dongala, Alain Mabanckou… Et elle a suscité son désir de se frotter à la fiction : « J’avais déjà le slam, un premier médium pour m’exprimer, mais au fil du temps, j’ai fini par sentir que le slam ne suffisait plus, il fallait passer à autre chose. J’ai écrit beaucoup de nouvelles puis des monologues. J’ai réussi à initier la lecture de l’un d’eux, “Les derniers mots d’un affamé”. Ensuite, j’ai reçu pas mal de demandes, des gens m’ont demandé de le mettre en scène. Après les nouvelles et les monologues, je me suis dit qu’il était temps de m’essayer au roman. »

Ce qui a conduit Fann Attiki à écrire puis à présenter Cave 72 au prix Voix d’Afriques, avec le succès que l’on sait. Un prix qui porte bien son nom tant il fait découvrir un auteur dont le style imagé et incisif se met au service d’une satire politique corrosive. Un talent époustouflant s’est révélé et ce n’est pas une blague.

Avec Jeune Afrique par Mabrouck Rachedi

Prix des cinq continents de la francophonie : plus de cent romans soumis à la lecture

septembre 16, 2021

Le livre de Paule Baillargeon « Une mère suivi de trente tableaux » fait partie des ouvrages présentés à l’étape de lecture pour le concours du Prix des cinq continents dont la cérémonie de remise du prix se tiendra dans la semaine de la francophonie, qui sera célébrée le 20 mars 2022.

 

La couverture de l’ouvrage « Une mère suivi de trente tableaux »

Le prix est ouvert aux textes de fiction narratifs (roman, récit et recueil de nouvelles) publiés annuellement. Celui-ci accueille tout auteur d’expression française quelle que soit sa maturité littéraire. « Une mère suivi de trente tableaux » est une œuvre autobiographique de l’auteure dans laquelle elle raconte des moments forts de son existence. Ce livre est, en effet, le récit d’une relation douloureuse avec une femme difficile qui n’était pas disponible pour ses enfants. Une relation qui a terriblement marqué Paule, et qu’elle raconte dans son ouvrage dramatique. A travers ses trente tableaux s’entremêlent la colère et l’indignation.

En effet, Paule Baillargeon a grandi étouffée par une mère rigide; donc elle n’a pas bénéficié de l’affection maternelle. Elle a vécu dans son corps cet abandon maternel. Sa mère n’a jamais consacré son temps, ni son attention à son égard. Ce passé irrésolu gruge son corps comme une maladie. « Je n’ai aucun souvenir d’avoir été dans les bras de ma mère à aucun moment de ma vie. Elle faisait ce qu’il fallait : les repas, tenir la maison, etc. Mais elle ne nous voyait pas », a -t-elle fait savoir à la page 14 .

La méchanceté de sa mère la pousse à la détester mais, elle n’y arrive pas. « Mon problème, c’est que je voudrais détester pleinement ma mère, elle qui m’a fait tant de mal, et parfois j’y arrive vraiment, et alors cela me rend joyeuse et claire, comme le ciel bleu acier d’un hiver cinglant, je la déteste et c’est tout, je peux vivre ma vie. Mais ça ne dure jamais longtemps, toujours la culpabilité revient, et l’incertitude aussi, était-elle vraiment méchante ? », interroge-t-elle à la quatrième de couverture.

La sélection aura lieu le 21 octobre 2021. Les comités de lecture, composés de l’association Culture elongo (Brazzaville, Congo), le collectif d’écrivains de Lanaudière (Québec, Canada-Québec), l’association des écrivains du Sénégal (Dakar, Sénégal), l’association Passa Porta Fr (Bruxelles, Belgique) et l’association du Prix du Jeune écrivain (Muret, France) choisiront au cours d’une réunion les dix œuvres finalistes.

Le Prix des cinq continents de la Francophonie est un projet conçu et porté par l’Organisation internationale de la francophonie. Il permet de mettre en lumière des talents littéraires reflétant l’expression de la diversité culturelle et éditoriale en langue française sur les cinq continents et de les promouvoir sur la scène littéraire internationale comme auprès du grand public.

L’ecrivaine québécoise, Paule Baillargeon, est aussi actrice, cinéaste et peintre. Elle est auteure de plusieurs ouvrages.

Avec Adiac-Congo par Rosalie Bindika

Créé par Tshisekedi, le Grand prix panafricain de littérature en quête d’écrivains

septembre 13, 2021

Félix Tshisekedi est président de l’Union africaine depuis février 2021

À l’occasion de la présidence congolaise de l’Union africaine, Félix Tshisekedi a décidé de lancer un prix littéraire international, avec 30 000 dollars à la clé. Il est encore temps de participer…

Il est encore temps de participer : les organisateurs du tout nouveau Grand prix panafricain de littérature attendent les ouvrages jusqu’au 15 octobre 2021 ! Passé cette date, le comité de présélection composé d’universitaires congolais se réunira pour choisir les cinq titres qui seront soumis au « jury international », lequel se prononcera le 27 février 2021, en marge du sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA), et remettra à son lauréat ou à sa lauréate la coquette somme de 30 000 dollars…

Pour cette première édition, le jury sera composé de Boubacar Boris Diop (Sénégal), Ananda Devi (Maurice), Abubakar Ibrahim (Nigéria), Abdourahman Waberi (Djibouti), Buthaina Khidir Mekki (Soudan), Fawzia Zouari (Tunisie), Julien Kilanga Musinde (RDC), Peter Kimani (Kenya), William Ndi (Cameroun) et Zukiswa Wanner (Afrique du Sud).

Ce grand prix panafricain, qui bénéficie d’une enveloppe budgétaire d’environ 200 000 dollars, est une initiative conduite par le président congolais Félix Tshisekedi à l’occasion de la présidence congolaise de l’Union africaine. Il s’agit de « considérer la culture, les arts et le patrimoine comme des leviers pour le développement de l’Afrique ».

Des textes en anglais ou en français

Sur le plan littéraire, les organisateurs attendent des livres publiés après le 1er janvier 2021, écrits par des Africains au sens large : vivant en Afrique ou appartenant aux diasporas. « Nous ne souhaitons fermer aucune porte », soutient le professeur Emmanuel Mateso Locha, membre du panel chargé d’accompagner la RDC à la présidence de l’Union africaine. Reste que sont pour l’instant exclus tous les livres publiés en langues locales, y compris le swahili, puisque ne sont sélectionnés que des textes publiés en anglais ou en français.

Les organisateurs soutiennent par ailleurs qu’aucun thème n’est imposé et qu’aucune censure ne sera exercée vis-à-vis du contenu… qui doit néanmoins, « dans toute la mesure du possible, refléter les valeurs consacrées par la charte de l’Union africaine telles que la solidarité, la cohabitation pacifique des peuples, l’émancipation et le rayonnement de l’Afrique ». Petit plus : le jury, en accord avec le comité organisateur, se réserve le droit d’accorder une mention spéciale dotée de 5 000 euros à « une ou plusieurs autres personnes physiques ou morales ».

Avec Jeune Afrique par Nicolas Michel

Prix Goncourt : sans Amélie Nothomb, mais avec Christine Angot

septembre 8, 2021

Amélie Nothomb ne verra pas le Goncourt cette année. Christine Angot fait partie de la sélection avec son puissant roman « Le Voyage dans l’Est ».

Christine Angot remplace Vanessa Burggraf dans On n'est pas coucher à la rentrée.

Les contours du prix Goncourt 2021 commencent doucement à se dessiner. L’Académie Goncourt a révélé mardi 7 septembre sa première sélection de romans, mais en a exclu celui de la très populaire Amélie Nothomb, pourtant considéré comme l’un de ses plus aboutis. Elle-même était persuadée qu’elle ne gagnerait pas cette année. Entre la célèbre romancière belge de 54 ans et le plus prestigieux des prix littéraires français, le désamour dure. Soif, en 2019, avait été battu en finale, lors d’une édition très contestée. Premier sang (éditions Albin Michel), que la critique trouve au moins aussi bon, n’est même pas sur la ligne de départ.

La liste du Goncourt, qui contient 16 titres, est éclectique, mais elle ravira ceux qui trouvent suranné le principe de primer uniquement des fictions. Le testament d’Edmond de Goncourt crée en effet le « prix annuel destiné à rémunérer une œuvre d’imagination », formule qui peut s’interpréter de manière plus ou moins stricte. Le Voyage dans l’Est (Flammarion) de Christine Angot ne contient pas d’imagination : il revient avec précision sur les relations de la romancière avec son père incestueux. Même chose pour l’enquête de Philippe Jaenada sur l’affaire Lucien Léger, condamné pour le meurtre d’un enfant en 1964. Au printemps des monstres (Mialet-Barrault) revisite de fond en comble ce dossier mal ficelé.

François Noudelmann dans la liste avec son premier roman

Autre romancier confirmé, Sorj Chalandon évoque les années sombres de son père sous l’Occupation dans Enfant de salaud (Grasset). Un seul premier roman dans la liste : celui de François Noudelmann, un spécialiste de Jean-Paul Sartre, intitulé Les Enfants de Cadillac (Gallimard). Il retrace l’itinéraire hors du commun de ses père et grand-père juifs. Anne Berest doit aussi fouiller l’histoire de sa famille juive après avoir reçu La Carte postale (Grasset).

David Diop, auteur français d’origine sénégalaise, auréolé en juin d’une des plus grandes récompenses étrangères, le Booker Prize International pour Frère d’âme, continue sur sa lancée avec La Porte du voyage sans retour (Seuil). Autre récit ambitieux qui évoque le Sénégal, La Plus Secrète Mémoire des hommes (Philippe Rey) de Mohamed Mbougar Sarr est également en lice pour d’autres prix littéraires. Elsa Fottorino, dans Parle tout bas (Mercure de France), roman d’inspiration autobiographique sur les suites d’un viol, et Agnès Desarthe, dans L’Éternel Fiancé (L’Olivier), parlent des failles de la mémoire. L’arrivée d’un enfant handicapé dans une fratrie est le thème de Clara Dupont-Monod dans S’adapter (Stock), et la pauvreté des familles immigrées celui de Lilia Hassaine dans Soleil amer (Gallimard).

La mort de George Floyd au cœur d’un roman en lice

Avec l’adultère dépeint par Maria Pourchet dans Feu (Fayard), la dérive d’un intellectuel déchu dans Le Voyant d’Étampes (L’Observatoire) d’Abel Quentin et les accusations d’exploitation sexuelle dans La fille qu’on appelle (Minuit) de Tanguy Viel, on scrute les problèmes de notre époque.

Enfin, Patrice Franceschi, avec S’il n’en reste qu’une (Grasset), s’intéresse aux combattantes kurdes contre l’organisation État islamique, et le Haïtien Louis-Philippe Dalembert au racisme aux États-Unis, dans Milwaukee Blues (Sabine Wespieser), inspiré de l’affaire George Floyd. L’Académie Goncourt a prévu de décerner son prix le 3 novembre, après avoir resserré sa sélection à deux reprises, les 5 et 26 octobre. La liste, sans les romans de Sorj Chalandon et David Diop, des auteurs primés respectivement en 2013 et 2018, sert aussi aux délibérations du prix Goncourt des lycéens, décerné le 25 novembre.

Avec Le Point avec AFP

Appel à projets : une bourse de résidence aux auteurs et illustrateurs

septembre 4, 2021

Le Centre national du livre (CNL), basé en France, accorde une bourse de résidence aux auteurs (écrivains, illustrateurs et aux traducteurs) afin de mener à bien un projet individuel d’écriture. Les demandeurs doivent soumettre leurs dossiers avant le 3 novembre de l’année en cours.

La bourse de résidence a pour objetif d’attribuer une rémunération à des auteurs invités en résidence par une structure située sur le territoire français pour leur permettre de mener à bien un projet d’écriture, d’illustration ou de traduction relevant des domaines littéraires soutenus par le CNL, ainsi qu’un projet d’animation littéraire élaboré conjointement avec la structure d’accueil.

Elle est destinée aux auteurs francophones, quels que soient leur nationalité et leur lieu de résidence, ainsi qu’aux auteurs non francophones traduits en français ou dans une des langues de France et résidant en France depuis plus de cinq ans.

Si le demandeur dispose du statut de réfugié politique, une dérogation à la condition relative à la résidence en France depuis plus de cinq ans peut être accordée par le président du CNL.

Pour en  bénéficier, le candidat doit premièrement avoir un compte personnel ou le créer sur le portail numérique des demandes d’aides au plus tard trois jours avant la date limite de dépôt des dossiers. Passé ce délai, les demandes seront irrecevables.  Un montant de 2 000 euros est accordé durant un  à trois mois.

Les demandeurs doivent respecter les critères d’éligibilité ci-après  :  avoir un  intérêt du projet d’écriture, d’illustration ou de traduction et de sa publication ; qualité littéraire, scientifique ou artistique de l’œuvre antérieure de l’auteur ; qualité du projet de résidence et du programme de rencontres et interventions ;  diversité des formes de rencontres et des interventions, des publics visés et des partenaires ; adéquation du profil de l’auteur avec le projet de résidence présenté.

Capacité de l’auteur à participer au projet de résidence présenté ; capacité de la structure d’accueil à mener à bien le projet de résidence et à tenir ses engagements vis-à-vis de l’auteur ; aides publiques déjà obtenues.

Le dépôt se fait exclusivement en ligne en format numérique, via le portail des demandes d’aides du CNL. Seuls les projets qui remplissent les conditions éligibles sont acceptés : le projet présenté doit être personnel d’écriture, de traduction ou d’illustration (bande dessinée ou album pour la jeunesse), quelle que soit la langue dans laquelle il doit être publié ; celui-ci n’a jamais été examiné par le CNL et ne doit pas être achevé avant son examen en commission ; il doit relever des domaines littéraires soutenus par le CNL…

Signalons que la bourse est versée à l’auteur en une fois, à sa demande, à la réception par le CNL de la convention signée entre la structure d’accueil et lui-même et après contrôle de sa conformité au projet. En cas de non-exécution totale ou partielle de la résidence, le CNL demande le remboursement total ou partiel de la bourse. Pour en savoir plus, voir la page consacrée à cette aide sur le site du CNL www.centrenationaldulivre.fr

En rappel, le  CNL octroie chaque année trois types de bourses : la bourse de découverte, de création et d’année sabbatique. 

Avec Adiac-Congo par Rosalie Bindika

Journée du manuscrit francophone : la neuvième édition suscite une forte adhésion des écrivains

septembre 4, 2021

Au regard des éditions précédentes, la neuvième connaît une participation significative d’une panoplie d’auteurs de dix-neuf pays. A ce jour, plus de trois cents manuscrits reçus et près d’une centaine sélectionnés dont quatre rédigés par les Congolais.

Les couvertures des quatre ouvrages congolais sélectionnés à la JDMF 2021/Adiac

Depuis le lancement de l’appel à manuscrit en mai dernier, le comité de sélection de la 9e édition de la Journée du manuscrit francophone (JDMF) témoigne d’un fort engouement de la part des écrivains de tous âges, de toutes nationalités francophones et de tous genres. « A ce jour, déjà près de trois cents livres que nous avons admis. Les premiers ouvrages sont présentés sur le site avec un extrait et diffusés sur nos comptes sociaux », a souligné le comité de sélection sur le site de la JDMF.

L’appel à candidature à la 9e édition de la JDMF étant ouvert jusqu’au 30 septembre, chaque auteur peut encore envoyer son manuscrit via le site de l’événement. Lancée en 2013 par les éditions Du Net et Actualité, cette initiative offre l’opportunité à plusieurs auteurs francophones de publier et diffuser gratuitement leur livre en librairie, de décrocher un contrat d’édition.

Au terme des sélections, le jury se prononcera le 24 octobre sur les huit prix attribués par le concours, à savoir Nouvelles, Roman, Essai, Témoignage, Science-Fiction, Poésie, Savoir et le Grand prix de la Journée du manuscrit francophone qui est doté d’un contrat d’édition de 10 000 euros ou d’un chèque de 3500 euros.

Déjà quatre ouvrages congolais en sélection !

Depuis l’ouverture de l’appel à manuscrit à la JDMF 2021, plus de cent-trente ouvrages sont présélectionnés et présentés en extrait sur la page Facebook de l’événement. Parmi-eux quatre issus du Congo, à savoir « Ça doit cesser » d’Etienne Mutabazi, « Monologues intérieurs » de Zéphy Milandou, « Le bien-être universel » de Gilmar Miere et enfin, « Tout, sauf ce nègre ! » de Pierre Chassagne Bilaye Malonga.

Des questions sans réponses, des mensonges, des vérités à moitié pleines, les injustices, la corruption, le harcèlement, la mystification de la réussite, tels sont des maux qu’aborde l’œuvre fictive d’Etienne Mutabazi, inspirée de faits réels. Le récit plonge le lectorat dans l’émotion d’un narrateur profondément affecté par le parcours de ses personnages.

« Monologues intérieurs » de Zéphy Milandou, quant à lui, est un recueil de dix nouvelles abordant des thématiques variées sur les histoires de personnes d’un certain âge, selon leur point de vue. En réalité, le recueil met en lumière ce que bien de personnes gardent à l’intérieur d’elles-mêmes et n’osent évoquer mais qui pourtant se trament dans leurs têtes à un moment ou un autre.

« S’il y a parmi vous quelqu’un qui n’a jamais essayé de vivre pour quelqu’un d’autre, faites un essai ! Vous verrez combien la vie vous apportera en plus ». Tel est le cri de cœur lancé par Gilmar Miere dans son livre « Le bien-être universel ». Une œuvre qui invite au don de soi pour le bénéfice de l’humanité.

Enfin, dans son livre « Tout, sauf ce nègre! », Pierre Chassagne Bilaye Malonga peint la société congolaise d’avant l’indépendance, entre injustice, boycott, trahison et cette relation amoureuse sortant de l’ordinaire entre Stevie, jeune française au père protecteur, chargé de la sécurité du général De Gaulle et Salé, un jeune brazzavillois dont le père est membre du groupe des nationalistes qui complote sur la prise en otage du général De Gaulle afin de l’échanger contre la libération de leur leader, André Grenard Matsoua.

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

Journée du manuscrit francophone : trois auteurs congolais sélectionnés

septembre 3, 2021

Etienne Mutabazi, Zephy Milandou et Gilmar Miere sont les trois Congolais parmi les vingt auteurs des dix-neuf pays sélectionnés pour la 9édition de la Journée du manuscrit francophone, prévue le 24 octobre prochain, en France.

Illustration

Inspirée par la fête de la musique qui permet à tous les musiciens de jouer, la Journée du manuscrit francophone permet à tous les auteurs francophones de publier gratuitement leur livre, de décrocher un contrat d’édition, d’une diffusion gratuite de leur livre en librairie et, de tenter de remporter le grand prix du jury ou l’un des sept prix littéraires. Sur le plan international, cette journée du manuscrit francophone compte désormais sur son compte Facebook avec près d’un million d’abonnés et reçoit aussi le soutien de l’Unesco ainsi que du Syndicat national de l’édition. Fondé en 2013 par les Editions du Net et Actualité en France, l’évènement a permis de publier, en huit ans, plus de trois mille livres des auteurs de trente-cinq nationalités différentes, avec plus de quarante-cinq mille exemplaires vendus.

Selon le communiqué des organisateurs, depuis l’ouverture des candidatures en mai pour cette édition, un engouement est constaté dans le dépôt des manuscrits, contrairement aux années précédentes. Près de trois cents livres ont été acceptés par le comité, dont les premiers sont déjà présentés sur le site actualité avec un extrait diffusé sur les réseaux sociaux. «  A travers les échanges que nous avons eus avec les milliers d’auteurs ces deux dernières années, nous constatons que l’écriture est devenue un loisir à part entière. En 2013, la motivation des participants était de trouver un éditeur et d’avoir du succès, aujourd’hui il s’agit de publier le livre que l’on écrit pour le plaisir »,  a expliqué Henri Majon, fondateur de la journée, sur le site Actualité.

 Le communiqué précise que les auteurs ont encore jusqu’au 30 septembre pour déposer leurs manuscrits, uniquement sur le site www.la journéedumanuscrit.com. Chaque auteur présent à la soirée recevra deux exemplaires imprimés de son livre qui sera par la suite vendu  en impression à la demande des Editions du Net. A ce titre, les auteurs vont percevoir 40% de leurs droits sur les ventes directes et 10% sur celles opérées en librairie. Par ailleurs, tous les livres seront publiés le 24 octobre 2021, lors de la Journée du manuscrit francophone, où le jury attribuera aux lauréats sept prix littéraires dans différentes catégories, à savoir nouvelles, roman, essai, témoignage, poésie, science-fiction et savoir.

Les sept lauréats recevront vingt exemplaires de leurs livres destinés à la presse, avec une publication d’un extrait de chaque livre sur le site actualité et d’une promotion sur les réseaux sociaux. Le lauréat du Grand prix du jury bénéficiera par contre d’un contrat d’édition de dix mille euros ou d’un chèque de trois mille cinq cents euros.

Avec Adiac-Congo par Cissé Dimi

Sierra Leone, l’utopie de la première colonie noire libre

août 20, 2021
Dido Elizabeth Belle et Elizabeth Murray, peinture attribuée à David Martin. Cette fille d’un amiral britannique et d’une esclave est une figure emblématique associée aux courants anti-esclavagistes du XVIIIe siècle.

D’abord colonie agricole refusant l’esclavage puis compagnie privée, la Sierra Leone a connu une histoire singulière avant de devenir l’une des pièces de l’empire britannique. Thierry Paulais la retrace dans son livre « Province of Freedom ».

Certains pays du continent se distinguent des autres par leur histoire particulière et la petite Sierra Leone, tout comme son voisin le Liberia, est de ceux-là. Blotti entre la Guinée et l’océan Atlantique, ce territoire qui doit son nom aux marins Portugais a abrité, grâce à sa situation particulièrement favorable, des sites consacrés à la traite transatlantique très prospères.

Mais la région a aussi été le berceau de tentatives particulièrement innovantes de création de communautés accueillant les anciens esclaves évadés, soutenues par la frange abolitionniste des intelligentsia européennes, Britanniques en tête. Si ces initiatives ne furent pas couronnées de succès, elles ont été suffisamment singulières pour attirer l’attention de Thierry Paulais.

Cet urbaniste et économiste français passé par la Banque mondiale et par l’Agence française de développement a découvert l’histoire de la région à rebours, si l’on peut dire : amené par sa profession à s’intéresser au Liberia et à la Sierra Leone dans les années 1990, lorsque les deux pays étaient en proie à la guerre civile, il a voulu comprendre les racines de ces conflits et a développé une compétence peu commune sur ces deux nations.

« Contraire à la volonté de Dieu »

Après Le Liberia, une singulière histoire (éd. Cavalier bleu), paru en 2018, il publie cette année De l’abolitionnisme au colonialisme – Province of Freedom – Naissance de la Sierra Leone (éd. Nouveau monde). Province of Freedom est le nom de la première implantation créée à la fin du XVIIIe siècle dans ce qui est aujourd’hui la Sierra Leone, plus précisément sur le site de sa capitale : Freetown, dont le nom ne doit rien au hasard.

« De l’abolitionnisme au colonialisme – Province of Freedom – Naissance de la Sierra Leone » de Thierry Paulais (éd. Nouveau monde)

La « ville libre », bien sûr, ne le fut jamais complètement. Mais ce nom reflète fidèlement la genèse du projet et l’état d’esprit de ses promoteurs. Avant même les révolutions américaine et française, et alors que la traite des esclaves battait son plein, les sociétés européennes étaient agitées par de vives polémiques dont l’objet dépassait la question du trafic des êtres humains. « Les premiers opposants à l’esclavage étaient surtout des quakers, qui s’y opposaient pour des raisons religieuses, rappelle Thierry Paulais. Pour eux, posséder un être humain était contraire à la volonté de Dieu. »

DES ABOLITIONNISTES AMBITIONNENT DE « RAMENER » EN AFRIQUE LES NOIRS PAUVRES DE LONDRES

Mais la question de la colonisation elle-même faisait déjà débat, précise-t-il : « À l’époque, le terme « colonisation » renvoyait plutôt au concept de colonie agricole, sur le modèle de ce qui existait déjà dans les Caraïbes. Plusieurs penseurs des Lumières, au premier rang desquels Kant, Diderot ou Adam Smith, affirmaient leur opposition à cette idée, estimant que les Européens n’avaient pas le droit moral de prendre possession de terres où vivaient des populations autochtones. »

Vue de Freetown

Colonie agricole

Le mouvement abolitionniste est à l’époque particulièrement puissant à Londres. Pas uniquement pour de nobles raisons d’ailleurs : certains voient dans l’interdiction de l’esclavage un moyen de fragiliser l’économie de la jeune colonie américaine, qui commence à manifester des velléités d’indépendance. En outre, la capitale britannique abrite un nombre croissant d’esclaves évadés, qui s’y réfugient d’autant plus volontiers depuis qu’une décision de justice interdit qu’ils soient « restitués » à leur propriétaire, même dans le cas où celui-ci retrouverait leur trace.

On croise dans les rues de plus en plus de ces évadés libres, certes, mais sans travail ni domicile et que l’on baptise « Black poors » ou « urban poors ». C’est en partie pour offrir un avenir à ces « Noirs pauvres » que plusieurs abolitionnistes menés par Granville Sharp imaginent, au tournant de la décennie 1880, de les « ramener » en Afrique et d’y créer une colonie agricole où les Noirs seraient libres et s’administreraient eux-mêmes au sein d’une « province de la liberté ».

Le site où implanter la colonie est tout trouvé : ce sera cet estuaire que les Portugais ont appelé « Sierra Leone », au débouché des rivières Rokel et Bankasoka. « L’endroit était très connu des marins qui le considéraient comme le meilleur mouillage de la côte atlantique, raconte Thierry Paulais : un grand estuaire, pas de rouleaux nécessitant de faire appel à des piroguiers, une source d’eau pure ». C’est d’ailleurs de là que le pionnier anglais de la traite, John Hawkins, a réalisé sa première traversée dès 1562.

De l’utopie à la débâcle

Granville Sharp met le projet sur pieds, rédige même une constitution plutôt utopique, et se met à la recherche de volontaires. Les conditions de vie sont si dures à Londres qu’ils sont nombreux et, en 1787, un navire lève l’ancre avec à son bord les 411 premiers habitants de la Province of Freedom.

LES ABOLITIONNISTES ONT CONSIDÉRÉ QU’ILS POUVAIENT S’INSTALLER LÀ SANS RIEN DEMANDER

L’expérience tourne vite à la débâcle : confrontés à un climat plus hostile que prévu, aux maladies, au harcèlement des marchands d’esclaves implantés dans la région, les pionniers commettent en plus l’erreur de se mettre à dos le peuple vivant dans les environs, les Temnés. Au bout d’un an, la moitié des habitants sont morts ou retournés à Londres. « C’était une bande d’idéalistes sans aucune expérience, résume Thierry Paulais. Ils sont arrivés en pleine saison des pluies, ont réalisé que ce n’était pas le jardin d’Eden qu’ils avaient imaginé. Et puis ils ont considéré qu’ils pouvaient s’installer là sans rien demander alors qu’il y avait des règles à respecter : les Temnés avaient l’habitude qu’on leur paie un loyer pour occuper les terres, cela faisait des siècles qu’ils prélevaient une taxe sur les navires qui venaient faire le plein d’eau avant de traverser vers les Amériques… »

Thierry Paulais est un urbaniste et économiste français passé par la Banque mondiale et par l’Agence française de développement

Aventure commerciale

Refroidi par cet échec, Granville Sharp ne désarme pas, faisant simplement évoluer le projet. Ne pouvant plus financer la colonie sur sa seule fortune, il associe des actionnaires à l’affaire qui devient dès lors une aventure commerciale censée générer des profits : la Compagnie de Sierra Leone. Si l’abolitionnisme reste au cœur du projet, l’idée des « trois C » – christianiser, commercer, civiliser –, qui seront les piliers de la colonisation proprement dite, vient s’y ajouter.

Et pour trouver de nouveaux habitants, Sharp et ses amis se tournent vers une autre destination : la Nouvelle Écosse, à l’est du Canada actuel, où sont réfugiés de nombreux esclaves évadés ayant combattu les indépendantistes américains aux côtés des troupes britanniques. Ces hommes, baptisés « black loyalists » ou « Nova Scotians » (en référence à la Nouvelle Ecosse, Nova Scotia), s’adaptent mal aux conditions de vie de leur nouvelle terre d’accueil canadienne et sont enthousiastes à l’idée de rejoindre l’Afrique. En 1792, une flottille de quinze navires quitte les côtes d’Amérique du Nord à destination de Freetown.

LE PLUS IRONIQUE EST QUE L’ON JUSTIFIAIT CETTE « EXPLORATION » DES TERRES PAR LA LUTTE CONTRE L’ESCLAVAGE

L’expérience de la « Compagnie » n’est malheureusement guère plus réussie que celle de la « Province ». Aux difficultés déjà rencontrées viennent s’ajouter l’influence grandissante de communautés religieuses aux vues parfois opposées, l’hostilité croissante des marchands d’esclaves et le fait que les hommes chargés de recruter les « Nova Scotians » leur ont promis, un peu légèrement, que des terres leur seraient offertes à leur arrivée. Lorsqu’en 1798, Londres décide en plus de soumettre la colonie à une nouvelle taxe, la révolte éclate.

Pour mater les rebelles, le Royaume-Uni envoie un navire transportant une troupe de « maroons », d’ancien esclaves des Caraïbes très aguerris. Puis les Temnés attaquent à leur tour et même si l’empire britannique a les moyens militaires d’imposer sa loi, les actionnaires de la compagnie pensent de plus en plus clairement que le jeu n’en vaut pas la chandelle. « La colonie n’a jamais été rentable, conclut Thierry Paulais. Les actionnaires ont fini par se lasser et en janvier 1808, la propriété de la colonie est transférée à la couronne. »

Bien avant la conférence de Berlin

C’en est définitivement fini de l’utopie qui a donné naissance à la Sierra Leone. Mais l’Histoire, elle, s’accélère, poursuit le narrateur : « On dit souvent que la colonisation de l’Afrique a débuté avec la conférence de Berlin, en 1884, mais celle-ci n’a fait, en réalité, qu’officialiser une occupation effective. Le point de départ c’est 1808 : lorsque les autres pays européens ont vu que les Britanniques implantaient une colonie à l’endroit du meilleur mouillage de la côte, ils ont pensé qu’ils allaient s’emparer de toute l’Afrique et la course a commencé. Chacun a envoyé des navires, puis on a progressé vers l’intérieur, vers les hinterland.

Le plus ironique étant que l’argument décisif en faveur de cette « exploration » des terres était la lutte contre l’esclavage – et la chasse aux trafiquants –, qui entre temps avait été aboli dans la plupart des pays européens. » Devenue une colonie « normale », la Sierra Leone accède finalement à l’indépendance en 1961.

Les circonstances très inhabituelles de sa naissance ont-elles eu des conséquences sur la suite de son histoire ? « Certains expliquent qu’il y a eu ce qu’on appelle une « créolisation » mais c’est en partie discutable, précise Thierry Paulais. Ce qui est exact c’est que certains descendants des colons se sont sentis supérieurs aux autochtones et qu’une caste un peu à part s’est créée qui bénéficiait d’une meilleure éducation, accédait à de meilleurs postes… Mais le phénomène s’est beaucoup érodé avec le temps et il est nettement moins sensible qu’au Liberia, où la distinction entre ceux qui venaient d’Amérique et les autres a duré beaucoup plus longtemps. »

Par Jeune Afrique avec Olilvier Marbot

Interview. Assia-Printemps Gibirila : « Ecrire, c’est comme une seconde vie, c’est presque une nécessité »

août 19, 2021

Assia-Printemps Gibirila est originaire du Congo et du Vietnam par sa mère ainsi que du Bénin par son père. L’éducation reçue de cette source hybride l’a rendue assez combative jusque dans son engagement littéraire dont elle nous fait part dans cet entretien.

Assia-Printemps Gibirila/ DR

Les Dépêches du Bassin du Congo (L.D.B.C.) : Comment est née la vocation d’écrivain qui vous habite ?

Assia-Printemps Gibirila (A.-P.G.) : Ma vocation d’autrice est un héritage familial. Mon père écrivait. « Rencontres et passions » est un recueil de poésie édité en 1961 aux Cahiers de la jeunesse. Quant à ma mère, elle nous a toujours raconté des nouvelles et des contes venus de son imagination. Une façon bien à elle de nous faire découvrir les us et coutumes du continent africain. Depuis toute petite, le papier a toujours été mon confident le plus intime. Diplômée supérieure en géographie et d’assistante sociale, mes études puis mon parcours professionnel ont  facilité cette propension pour l’écriture. J’ai travaillé pendant de longues années dans la publicité à des postes d’attachée de presse, relation publique, etc. Dans ce milieu et le social dans lequel je suis à présent, savoir écrire et parler sont indispensables. C’est en 2009 que je décide de passer le cap « écrire pour être lue », ainsi paraît mon premier roman « Mission soleil ». Depuis cette date, chaque année, un livre paraît.

L.D.B.C. : Pouvez-vous nous parler de vos publications et thématiques phares ?

A.-P.G. : Depuis plus de vingt ans dans le social, j’ai donc une sensibilité toute particulière en ce qui concerne les problématiques humaines, elles sont nombreuses : la condition des femmes, la guerre, les enfants soldats, les inégalités sociales.

Au travers de mes livres, j’aborde des thèmes touchant aux droits des femmes et à leur manque de liberté : « Elles », « maux, mots de femmes » (éditeur Les plumes d’Ocris), « Kala ou le poids du secret » et autres tranches de vie (auto-édition). J’aime faire également voyager mes lecteurs. A chacun de mes livres, ils peuvent, sans passeport, passer d’un continent à un autre. Aussi, cela me demande un temps minutieux de recherches pour être au plus proche de la réalité et avoir aussi la volonté de leur apporter un petit plus qui leur donnera l’envie de s’intéresser à tel ou tel sujet.

Mon tout dernier opus commence à Ouidah, on vit avec un terrible déchirement, ces femmes, ces enfants qui sont embarqués dans les tombeaux de la mort pour se retrouver esclaves aux Amériques. « Ainsi est née cette musique de contestation qui parle de nos larmes, qui sont comme des armes : le jazz ».

Pour écrire ce roman « Balade de la dernière ou jazzy weather », il m’a fallu dix ans de recherches. On y retrouve les temps forts de la vie des Noirs américains, leurs combats, leurs souffrances mais aussi leurs forces, leurs créativités avec la naissance du jazz. Ce dernier est un peu une piqûre de rappel sur des faits socio-politiques que l’on pense révolus ou résolus mais qui resurgissent aujourd’hui et pas seulement aux Etats-Unis.

Pour revenir à mon parcours, j’ai tout d’abord commencé par écrire des romans, des contes et des nouvelles, puis de la poésie. Naturellement est apparue cette volonté de transmettre par le biais des conférences. Être autrice-conférencière me permet de voyager en France et en Europe pour me faire connaître et ainsi élargir mon lectorat. J’essaie de me rendre disponible dès que l’on me sollicite.

L.D.B.C. : Un message ou une projection pour l’avenir ?

A.-P.G. : Puisque nous parlions des Noirs américains, « I have a dream », je souhaiterais que l’un de mes livres deviennent un film car je pense que les thèmes que j’aborde peuvent toucher un très vaste public. Chacun peut se retrouver dans la peau de l’un de mes personnages ou bien dans le contexte de l’une de mes fictions. En attendant, je prépare mon retour avec des salons qui sont déjà programmés sur ma région et dans le nord de la France. Cela n’empêche que, plus je participerai à des salons plus, j’affirmerai mon statut d’autrice-conférencière. En attendant, je vous invite à découvrir ma bibliographie et les thèmes de mes conférences  sur mon site : http://assia-printemps-gibirila.webnode.fr

Avec Adiac-Congo propos recueillis par Aubin Banzouzi