Archive for the ‘Littérature’ Category

États-Unis: le sénateur républicain McCain va publier de nouveaux mémoires

mars 26, 2018

Le sénateur républicain John McCain en fauteuil roulant, le 1er décembre 2017 à Washington / © AFP/Archives / Brendan Smialowski

Le sénateur républicain John McCain va publier en mai un nouveau livre au ton « franc » sur la politique américaine ces dernières années, notamment la campagne électorale de 2016 qui a vu triompher Donald Trump.

Le livre, intitulé « The Restless Wave » (les flots qui ne se calment pas) chez le grand éditeur américain Simon & Schuster, prendra le relais du livre autobiographique familial publié avant sa candidature présidentielle malheureuse de 2008, et couvrira jusqu’aux événements récents de l’actualité américaine et internationale, notamment la Russie.

« Franc, pragmatique, John McCain dit tout dans ses nouveaux mémoires », affirme l’éditeur, sans dévoiler jusqu’où irait l’élu sur ses relations tempétueuses avec l’actuel président des Etats-Unis.

Agé de 81 ans, John McCain est traité depuis juillet 2017 pour un cancer du cerveau particulièrement dangereux (glioblastome), et il n’a plus participé aux travaux du Sénat à Washington depuis décembre, bien qu’il continue à émettre de nombreux communiqués via son bureau, souvent critiques du président Trump et de son administration.

Il se trouve dans son Etat de l’Arizona, où il vit et subit des séances de chimiothérapie.

Sa fille Meghan a confié au magazine People en février qu’après un passage difficile en décembre, il s’était « incroyablement bien remis ». « J’espère qu’il reviendra vite à Washington pour tenir tête à Trump un peu plus », avait-elle dit.

La semaine dernière, elle s’est dite « très prudemment optimiste » sur un éventuel retour au Sénat cet été, sur une radio locale de Phoenix. Et l’épouse du républicain, Cindy McCain, a démenti sur Twitter au début du mois qu’il envisagerait de démissionner (son mandat court jusqu’en 2022).

Le livre sortira aux Etats-Unis le 22 mai et a été écrit avec son vieux complice Mark Salter, coauteur de plusieurs livres avec l’ancien pilote, élu au Congrès pour la première fois en 1982.

Le titre semble être une référence à la deuxième ligne de « l’hymne de la Navy », chanté notamment à l’académie navale américaine d’Annapolis, par où est passé John McCain avant de devenir pilote de l’aéronavale.

Romandie.com avec(©AFP / 26 mars 2018 23h40)                

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Salon du livre Paris: le Québec en force !

mars 16, 2018

Outre les traditionnelles séances de dédicace, plusieurs animations seront proposées sur le stand de Québec Edition pendant le Salon Livre Paris 2018.

Outre les traditionnelles séances de dédicace, plusieurs animations seront proposées sur le stand de Québec Edition pendant le Salon Livre Paris 2018.

La Fabrique culturelle/Télé-Québec

Du 16 au 19 mars, le stand de Québec Édition accueille près de quarante écrivains de la Belle Province. L’occasion de plonger dans la littérature de nos « cousins » d’Amérique.

Connaissez-vous Christian Guay-Poliquin (Le poids de la neige, La Peuplade/L’Observatoire), Michèle Plomer (Étincelle, Marchand de feuilles) ou Hélène Dorion (L’étreinte des vents, Druide) ? Non ? Ces auteurs québécois, plusieurs fois récompensés, font partie de l’impressionnante délégation présente sur le stand de Québec Edition lors du Salon Livre Paris. Du 16 au 19 mars, près de quarante écrivains et une trentaine de maisons d’édition représentants la Belle Province sont en effet attendus dans la capitale pour mieux faire connaître la production livresque québécoise et sa richesse. « La littérature francophone d’Amérique, du Québec et du Canada français ne cesse de séduire les lecteurs français et notre participation à Livre Paris y contribue probablement pour beaucoup », estime le président de Québec Édition et de la maison Les 400 coups, Simon de Jocas.

Outre les traditionnelles séances de dédicace, plusieurs animations seront proposées sur le stand : conférences, lectures de romans, de contes ou de poésies, comme celles des trois poètes Rodney Saint-Éloi (Je suis la fille du baobab brûlé, Mémoire d’encrier), Michel Thérien (Des vallées nous traversent, Editions David) et Joël des Rosiers (Chaux, Triptyque) le 16 mars à 19h.

Les visiteurs pourront également vivre l’expérience immersive « Panoramique : 360° de poésie ». En enfilant un casque de réalité virtuelle, ils auront la possibilité d’entendre les textes des poètes Véronique Cyr (Les forêts d’indices, Les Herbes rouges), Judy Quinn (Pas de tombeau pour les lieux, Editions du Noiroît) et Jean-Philippe Chabot (Comment finissent les arbres, Editions du Noiroît) lus par la comédienne Chloé Sainte-Marie. Les oeuvres seront accompagnées d’images des paysages hivernaux des parcs nationaux de la Gaspésie et du Bic, au Bas-Saint-Laurent. À noter: le Québec sera également l’invité d’honneur au Marché de la poésie de Paris, du 6 au 10 juin prochains.

Sur le stand de Québec Edition du Salon Livre Paris 2018, les visiteurs pourront vivre une expérience de réalité virtuelle.

Sur le stand de Québec Edition du Salon Livre Paris 2018, les visiteurs pourront vivre une expérience de réalité virtuelle.

SODEC

Une littérature accueillante

La littérature québécoise, à l’image de la Belle Province elle-même, s’enrichit régulièrement d’auteurs issus de cultures autres que francophone. Une fois leurs complexes vis-à-vis de la grammaire vaincus, ceux-ci s’installent dans la langue du Québec, pour le plus grand bonheur des lecteurs. Et même s’ils ne font pas partie de la délégation présente au Salon Livre Paris, l’événement est l’occasion de les mettre, eux aussi, en lumière… Notre correspondante à Montréal, Isabelle Grégoire, les a rencontrés.

Du Vietnam

Kim Thuy ne parlait pas un mot de français quand elle est arrivée au Québec, en 1979, à 10 ans, après avoir fui le Vietnam avec sa famille : « Je me sentais muette. » Sa terre d’accueil lui a redonné la voix – et quelle voix! Ses romans (Ru, Man, Vi, édités chez Libre Expression au Québec, et Liana Levi en France), écrits dans la langue de Molière, sont tous des best-sellers. Ils portent son souffle unique à travers la francophonie et ailleurs dans le monde – ils sont traduits dans une vingtaine de pays. Aussi volubile à l’oral qu’économe à l’écrit, l’écrivaine est une ardente francophile. « Dès notre arrivée, nous sommes tombés amoureux des Québécois et donc de leur langue », résume-t-elle.

C’est dans une « classe d’accueil » de l’école de Granby (Montérégie), que la petite Kim s’est initiée aux mots français dont elle use avec tant de poésie. « Nous étions huit Vietnamiens, très choyés, avec une professeur juste pour nous, raconte-t-elle dans un accent québécois parfait. Nous étions parmi les premiers cobayes, ou plutôt bénéficiaires, de la loi 101. » Adoptée en 1977, cette loi a fait du français la langue officielle du Québec, obligeant les enfants immigrants à fréquenter une école francophone, de la maternelle au secondaire. « Une chance immense: sans elle, mes parents auraient choisi l’anglais pour mes frères et moi », assure Kim Thuy. En francisant chaque année des milliers de Néo-Québécois, la Charte de la langue française a aussi favorisé l’émergence d’une littérature rafraîchissante, issue de la diversité, porteuse d’un regard décalé sur le monde. En dépit des difficultés inhérentes à l’usage du français, ces auteurs n’ont jamais envisagé d’écrire dans une autre langue. Leurs éditeurs se chargent bien sûr de corriger les inévitables fautes de genre et de concordance des temps. Mais leurs imperfections seraient, pensent-ils, souvent à l’origine de leur style si particulier.

Diplômée en linguistique et en traduction (en plus de l’être en droit), la très modeste Kim Thuy estime ainsi que son « handicap » en français la sert. « Comme je ne connais pas les expressions consacrées, je peux accoler des mots qu’on ne voit jamais ensemble, dit-elle. Je décris la situation telle qu’elle est, sans avoir accès à une banque d’expressions courantes, ce qui donne une langue un peu étrange, inattendue. »

De Hongrie

Auteur de l’essai à succès Rhapsodie québécoise, itinéraire d’un enfant de la loi 101 (Boréal, 2016), Akos Verboczy ne tarit pas d’éloges sur cette loi. Arrivé de Hongrie en 1986, à 11 ans, c’est un francophone engagé et un partisan convaincu de l’indépendance du Québec. C’est après son expérience d’attaché politique au ministère de l’immigration, sous l’éphémère gouvernement de Pauline Marois, du Parti québécois (2012-2013), qu’il s’est lancé dans l’écriture. « Pour aborder autrement les enjeux de l’intégration des immigrants et de la place du français dans la société. » La qualité du français, notamment, l’inquiète. « Il devient de plus en plus délicat de souligner  »qu’on parle mal » au Québec. L’usage du franglais est valorisé alors qu’il n’est accessible ni aux anglophones ni aux francophones du monde. » A ses yeux, l’avenir du français est lié à l’intégration des immigrants, à la cohésion sociale et à l’égalité de tous. « Plus on parlera français, plus on s’entendra, et mieux on le parlera, plus on se comprendra. »

De Pologne

Encore faut-il apprivoiser le parler québécois. Née en Pologne et émigrée au Québec à l’adolescence, Agnès Gruda l’évoque avec un humour piquant dans sa nouvelle autobiographique, Un prénom simple (recueil Onze petites trahisons, Boréal, 2010). Elle y raconte le séjour dans un « camp de vacances » où ses parents l’envoient dans l’espoir de faciliter son intégration. « Un bain brutal », se souvient celle qui travaille comme journaliste au quotidien montréalais La Presse depuis 1986. La narratrice d’Un prénom simple a honte de son accent et veut s’en débarrasser : « Combien de temps cela prend-il pour laver une voix de tous les relents du passé ? pour pouvoir dire « huit » et que le « ui » glisse de notre bouche avec un sifflement aérien, au lieu de produire un « houit » balourd et inélégant, qui appose immédiatement l’étiquette ‘étrangère’ sur mon front ? » s’interroge-t-elle.

De Roumanie

Pour Alina Dumitrescu, d’origine roumaine, l’atterrissage a été rude aussi. Débarquée à Montréal en 1988, à 28 ans, avec quelques rudiments de français, elle a entrepris des études dans un cégep. « Au début, je ne comprenais rien, le français avait un goût de migraine. » Dans son premier roman, Le Cimetière des abeilles (Triptyque, 2016), elle évoque son immigration et cette phrase que son frère, émigré avant elle, lui avait assénée dès son arrivée à l’aéroport de Montréal: « Ne parle pas à la française, ils vont te détester! » De quoi la réduire au silence pendant plusieurs mois. L’écriture a eu l’effet d’un « brise-glace » pour Alina, et a légitimé son appartenance au Québec. « Très grande lectrice, je me nourris du français, dit-elle. C’est la langue qui représente le mieux la personne que je suis devenue. » Quand à sa langue maternelle, elle a fini par lui échapper: « je ne peux écrire en roumain, il ne m’est plus accessible pour la création, alors qu’écrire en français m’est venu naturellement. » Pour autant, recourir à la langue de Molière reste un défi, forcément stimulant. « Le décalage dans ma compréhension et le doute qui m’habite toujours quant à ma maîtrise du français sont source de création », avoue-t-elle.

Du Chili

Auteur de quatre romans – dont Oscar (Boréal, 2016), qui s’inspire de la vie du jazzman montréalais Oscar Peterson – l’écrivain et scénariste d’origine chilienne, Mauricio Segura, considère lui aussi sa « distance » vis-à-vis du français comme un atout. « Je joue avec la langue française comme s’il s’agissait d’un matériau, dit cet autre ‘enfant de la loi 101’, arrivé au Québec en 1974, à l’âge de 5 ans. Cela m’est plus difficile avec l’espagnol, trop proche, que j’identifie au noyau familial et à l’enfance. » Inscrire en français les propos de ses personnages souvent hispanophones, a toutefois suscité chez lui moult interrogations. « J’avais l’impression de les trahir. Or je m’aperçois aujourd’hui de la force de cette transposition linguistique : cet exercice me permet d’écarter les détails, l’anodin, d’aller à l’essentiel, d’atteindre plus facilement, je crois, à l’universel. »

Du Liban

Un constat partagé par Ghayas Hachem, Libanais d’origine, lauréat pour son roman Play Boys (Boréal, 2014) du « Prix de la diversité », qui récompense depuis 2016 une première oeuvre littéraire écrite par un auteur montréalais issu de l’immigration. « Cette expatriation linguistique m’a donné une liberté par rapport à ma première jeunesse un peu ‘chargée’ émotivement et associée à l’arabe, ma langue maternelle, dit-il. Cette distance est favorable à la détente, et donc à l’expression et à la symbolisation. »

De Chine

L’écrivaine sino-canadienne Ying Chen a quant à elle l’impression de « flotter un peu » lorsqu’elle écrit. Ses onze romans – dont Blessures (Boréal, 2016) – et deux essais l’ont été directement en français. « Il y a toujours ce tâtonnement, rien n’est jamais sûr, confie-t-elle de sa voix douce. Mais je crois que c’est l’essence même de l’art : l’incertitude, la contradiction, la mixité, l’ouverture, la difficulté… » Licenciée en langue et littérature françaises de l’université de Shanghai, elle est venue à Montréal en 1989 pour réaliser une maîtrise en création littéraire au département de langue française de l’Université McGill. Son premier roman, La mémoire de l’eau (Léméac/Actes Sud, 1992) en est issu. Ce que le français a apporté à son écriture ? « C’est une question très profonde… Une langue, ce n’est pas seulement la grammaire, c’est le concentré de siècles de vie, c’est une histoire, alors quand deux langues se confrontent dans un même texte, quelle part de la langue d’avant demeure ? Le fantôme de l’autre langue est-il encore là ? On pourrait en parler durant des années… »

Du Québec !

Chose certaine, le français n’est pas prêt de mourir au Québec. « Ce n’est pas vrai qu’il est en perte de vitesse, ni que sa qualité régresse : on doit arrêter de jouer les victimes », martèle Kim Thuy. L’écrivaine souligne qu’une « foule » d’auteurs québécois de la relève choisissent d’écrire en français « alors qu’ils pourraient le faire en anglais pour atteindre un plus large public. » Elle ajoute que la littérature québécoise rayonne dans le monde entier, étant notamment étudiée dans des universités en Inde, en Corée, au Japon… où elle a d’ailleurs été invitée à rencontrer les étudiants. « Oui il faut rester vigilant, mais surtout il faut célébrer la vivacité du français d’ici malgré la pression de la langue anglaise, dit-elle. La langue évolue, il faut la laisser respirer sinon elle meurt. »

Lexpress.fr par Natacha Czerwinski

Rwanda: dans un livre a paraître, un ancien officier français brise l’omerta sur l’opération Turquoise

mars 7, 2018

 

Guillaume Ancel, 10 avril 2016. © Jean Saibienpeu /CC/wikipédia

Dans « Rwanda, la fin du silence », qui sortira en librairies le 16 mars, l’ex-officier Guillaume Ancel relate en détails plusieurs pans obscurs de l’opération Turquoise, en 1994, et les menaces reçues pour l’inciter à respecter la « loi du silence ».

Si Guillaume Ancel n’est pas le premier ex-officier français à avoir consacré un livre à son expérience au Rwanda durant l’opération Turquoise, en 1994, il est en revanche le seul à ce jour à y dénoncer « les errements » de cette intervention militaire controversée.

Dans Rwanda, la fin du silence, à paraître le 16 mars aux éditions Les Belles Lettres, cet ancien lieutenant-colonel revient en détail sur le déroulement de sa mission (25 juin-5 août 1994). « Sous le couvert d’une opération humanitaire destinée à mettre fin aux massacres, cet officier comprend vite que la France soutient le gouvernement génocidaire rwandais », résume la quatrième de couverture.

Il me fallait retranscrire intégralement ce que j’ai vécu en 1994, afin que cela ne soit plus jamais effaçable

Dans ce récit écrit à la première personne, Guillaume Ancel revient en outre sur les menaces, voilées ou plus explicites, qu’il a reçues depuis qu’il a rompu l’omerta en 1994 – notamment à travers une interview à Jeune Afrique, publiée en avril 2014 – sur le dossier sensible du rôle de la France durant le génocide des Tutsis.

« Pendant plus trois ans, j’ai livré des témoignages oraux à des journalistes ou lors de conférences, nous confie-t-il. J’ai fini par comprendre que ce n’était pas suffisant et qu’il me fallait retranscrire intégralement ce que j’ai vécu en 1994, afin que cela ne soit plus jamais effaçable. »

Jeuneafrique.com

Philip Pullman demande un partage plus équitable des profits de la vente de livres

mars 7, 2018

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Miki Yamanouchi (CC, BY, ND, 2.0)

Le site du Guardian rapporte que selon l’auteur, les maisons d’édition mettent à mal « l’environnement du monde du livre » en perpétrant cette mauvaise répartition des recettes. Il demande à ce que le partage des revenus générés par les ventes d’un ouvrage soit revu à la hausse en faveur des auteurs. Il accuse également l’industrie du livre de laisser les entreprises se remplir les poches quand les revenus des auteurs eux, diminuent à vue d’œil.

D’après Pullman, « il est parfaitement possible de faire de bons profits tout en rémunérant équitablement ceux qui produisent le travail dont tout le reste dépend. Mais ce n’est pas le cas pour l’instant. J’apprécie chaque éditeur, designer, commercial et publicitaire avec lesquels je travaille ; en revanche, je n’apprécie pas ce que les éditeurs font, de manière générale, à l’écologie du monde du livre. La situation est nuisible, et cela devrait changer. »

En effet, dans un article du Bookseller, le directeur général de la SoA, Nicola Solomon décortique une étude ayant démontré que les marges de profits des maisons d’édition ne cessent d’augmenter, là où, en revanche, le salaire des auteurs est en chute libre.

Entre 2010 et 2013, affirme l’étude de la Société d’Accréditation et de Collection des Auteurs sur la situation des auteurs en Angleterre, les revenus ont chuté de 29%. Alors qu’entre 2008 et 2016 et ce d’après les rapports d’activité, la marge faite par de grandes maisons d’édition telles que Simon & Schuster Inc et Penguin a quasiment doublé.

Se basant sur la récente étude de l’Association des éditeurs, intitulée « La contribution de l’industrie de l’édition à l’économie britannique », Solomon déduit que les auteurs toucheraient à peine 3 % des recettes de la maison d’édition. Il ajoute « une fois que les maisons d’édition se sont payées, les actionnaires de l’éditeur reçoivent près de trois fois la somme versée aux auteurs. Et les auteurs doivent encore payer leurs propres dépenses et agents ».

Stephen Lotinga, directeur général de l’Association des éditeurs, a répondu que « les maisons d’édition reconnaissent totalement que les auteurs devraient être rémunérés équitablement pour leur travail et qu’elles font beaucoup pour supporter le talent des écrivains ».

Le SoA a d’ores et déjà fait plusieurs propositions aux éditeurs pour résoudre la situation quant à la transparence des revenus versés par les éditeurs aux auteurs, illustrateurs et traducteurs, mais également à la révision de la répartition des recettes de manière plus équitable entre les différents acteurs de l’industrie du livre.

Actualitte.com par Fasseur Barbara

 

Entre les barres d’acier

février 27, 2018

 

Entre les barres robustes de ferrement d’acier

Pendent des mains innocentes du prisonnier

Qui crie et clame sa liberté péniblement

Avec son regard de supplicié à l’abandon

 

Malgré la purge prononcée de sa sentence

Il continue à croupir du fait des grimaces

Des juges cyniques, iniques et peu sympathiques

Qui veulent le rendre, à tout prix, squelettique

 

Car dans ce pays jadis respecté où le droit chancelle

Des magistrats fierté de la nation se sont brûlés les ailes

Le verbe haut pour avoir dit le droit afin d’honorer la justice

Quand les autres ont préféré sacrifier leur brin de compétence

 

Bernard NKOUNKOU

https://www.facebook.com/ yukiinfos/photos/a. 147310022654810.1073741828. 145642229488256/ 156857148366764/?type=3& theater

L’Afrique des dictateurs

février 27, 2018

 

L’Afrique aux nombreux dictateurs

Vaste champ rocheux de corrupteurs

Qui roulent le peuple dans la farine

En le tuant comme de petites sardines

 

Afrique mature aux richesses immenses

Mal exploitées par des sociétés rapaces

Qui exportent ses minerais à vil prix

En appauvrissant ces dons naturels des pays

 

Ô Afrique qui regarde ses enfants mourir

Alors que véritablement son sol peut les nourrir

A quand ses mauvais dirigeants laisseront tranquille

Ce patrimoine à cette jeunesse encore virile

 

Bernard NKOUNKOU

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Le jour de la Saint-Valentin

février 13, 2018

 

Valentin

 

Le jour je me lève sur la Saint-Valentin

Égrenant des lèvres mon chapelet de baratin

Quand mon souffle dégage des pétales de rose

Qui s’envolent de mes mains à peine éclosent

 

La glue de mes mots accroche une femme

Auprès de laquelle je déclare ma flamme

Qui fait trembler les boutons de son chemisier

Révélant sous sa poitrine ses seins de pommier

 

Mon regard scrute les durillons de ses tétons

Quand la pulpe de sa bouche à l’orient du désir

Avale les soupirs fantasmés des baisers lénifiants

Savoureusement délectés avec bonheur et plaisir.

 

Bernard NKOUNKOU

France: un prêtre fait un lègue de 3,5 millions à la Bibliothèque municipale de Lyon

février 10, 2018
Bibliothèque municipale de Lyon (Part Dieu)

La Bibliothèque municipale de Lyon (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

3,5 millions €, la somme est bien sûr exceptionnelle, et Gilles Eboli, directeur de la BM de Lyon, réfléchit déjà aux usages qu’il sera possible d’en faire. « On est en train d’y réfléchir : est-ce que l’on va ouvrir un nouveau service aux usagers qui portera le nom de Louis Perrin ? Ou une salle dédiée ? Ou une nouvelle collection d’ouvrages ? » s’interroge-t-il auprès de LyonMag.com, qui dévoile l’information.

 

Peu d’informations ont été recueillies sur l’auteur de ce don, Louis Perrin : docteur en théologie, prêtre sans paroisse, il a indiqué dans son testament que toute sa fortune irait à la Bibliothèque municipale de Lyon, tandis que le capital de son assurance-vie reviendra à ses deux nièces.

 

Louis Perrin est également l’auteur d’un livre, Guérir et Sauver, paru aux éditions du Cerf en 1987.

Actualitte.com par Antoine Oury 

Ngugi wa Thiong’o: « La culture est une arène de combat »

février 8, 2018

 

Ngugi wa Thiong’o au Festivaletteratura 2012 en Italie. © Niccolò Caranti

Chaque année, l’auteur kényan Ngugi wa Thiong’o est snobé par les jurés du prix Nobel de littérature. Pourtant, son œuvre est l’une des plus importantes d’Afrique, rédigée de surcroît dans une langue africaine, le gikuyu.

Ses livres traduits en français sont rares. Pourtant, l’écrivain kényan Ngugi wa Thiong’o fait parler de lui chaque année, avant l’attribution du prix Nobel de littérature. En vain. C’est regrettable : cet essayiste, romancier et dramaturge a derrière lui une œuvre d’une rare constance et d’une indéniable pertinence.

Né à l’heure de la colonisation en 1938, emprisonné sous Jomo Kenyatta, il a écrit nombre de ses textes en gikuyu – et défendu cette position avec un essai remarqué, Décoloniser l’esprit, paru en 1986. À l’occasion de la traduction d’un autre essai (Pour une Afrique libre) et d’un recueil de nouvelles (Cette impitoyable sécheresse), Ngugi wa Thiong’o a répondu – par écrit – à nos questions.

JeuneAfrique : Peu de vos livres sont traduits en français. Cela commence à changer. Pourquoi si tard ?

Ngugi wa Thiong’o : Je ne sais pas, mais je suis excité à l’idée que cela change. Mieux vaut tard que jamais. Ma vie littéraire a été enrichie par Rabelais, Montaigne, Molière, Voltaire, Balzac, Rousseau, Camus, Sartre, Fanon, par le biais de la traduction.

Je suis devenu un combattant de la langue

Aujourd’hui, vous écrivez en anglais ou en gikuyu?

Entre 1962 et 1975, mes romans étaient en anglais. Puis, à partir de 1975 et jusqu’à aujourd’hui, j’ai écrit mes fictions, mes pièces de théâtre et ma poésie en gikuyu. Quelques-uns de mes essais et travaux théoriques sont en anglais. Mais j’écris essentiellement en gikuyu.

Votre combat pour les langues africaines compte-t-il autant qu’autrefois dans votre vie? N’avez-vous pas l’impression que les changements sont très lents?

Les vrais changements prennent du temps, ils sont toujours très lents. Mais je suis devenu un combattant de la langue. Je lutte pour les langues africaines et pour toutes les langues marginalisées du monde. Toutes, petites et grandes, ont le droit d’exister.

Boubacar Boris Diop publie des classiques littéraires traduits en wolof dans une maison d’édition française, qu’en pensez-vous?

Génial. J’admire ses efforts. Il devrait y avoir de nombreuses traductions de classiques européens, ou asiatiques, dans les langues africaines.

Les politiques répressives vis-à-vis des langues africaines sont le premier obstacle à leur survie

Ne pensez-vous pas que le problème des langues est aujourd’hui un problème de marchés, les éditeurs considérant que les livres qui ne sont ni en français ni en anglais ne se vendront pas ?

Non, les marchés sont créés de toutes pièces. Les nôtres sont issus de systèmes d’éducation coloniaux qui punissaient les étudiants africains qui parlaient leurs langues sur le campus de l’école et récompensaient ceux qui utilisaient des langues européennes.

Le système colonial s’appuyait sur le présupposé que, pour connaître une langue étrangère, il faut abandonner sa propre langue. Rien n’empêche quelqu’un de connaître et de maîtriser sa langue maternelle en apprenant d’autres langues.

Les politiques gouvernementales répressives vis-à-vis des langues africaines sont le premier obstacle à leur survie. Nous, Africains, devons casser les chaînes psychologiques fabriquées par l’Occident et que nous portons toujours.

Essais, romans, nouvelles, quel est votre mode d’expression favori?

C’est l’écriture de fictions qui me rend le plus heureux, le roman essentiellement. Mais j’écris aussi des pièces, de la poésie et des essais.

Aujourd’hui, sur quoi travaillez-vous?

Essentiellement sur des histoires. Je viens d’en publier deux, Rwimbo rwa Njuki (« chanson d’une abeille ») et Nyoni Nyonia Nyone (« l’oiseau me montre que je pourrai voir »), mais les versions anglaises ne sont pas encore sorties.

À une époque, j’étais obsédé par la littérature russe

Lisez-vous surtout de la littérature «africaine»?

Je lis tout ce que je trouve intéressant, quelle qu’en soit l’origine. À une époque, j’étais obsédé par la littérature russe, Tolstoï, Dostoïevski, Tchekhov, Boulgakov, Gorki… Et puis cela a été les écrivains d’Amérique latine. Actuellement, je suis dans les mythologies hindoues, Le Mahabharata et Le Ramayana en particulier.

Un écrivain africain vous impressionne particulièrement en ce moment?

Je suis un grand admirateur de Chimamanda Ngozi Adichie.

Votre essai Secure the Base, qui vient d’être traduit en français, s’appuie sur de solides références marxistes. Pensez-vous que l’analyse marxiste demeure pertinente?

La dialectique marxiste – développée à partir de Hegel et de l’entière tradition dialectique depuis les Grecs – est importante pour comprendre le monde d’aujourd’hui.

Dans ce même essai, vous vous attaquez aux attitudes néocoloniales de pays comme la France, le Royaume-Uni ou les États-Unis, qui sont aussi des puissances nucléaires.

Je pense qu’il est totalement hypocrite de la part de pays qui disposent de quantité d’armes de destruction massive de continuer à dire que le danger vient de ceux qui pourraient les avoir et non de ceux qui les ont déjà. Je défends une campagne internationale pour le désarmement nucléaire.

Existe-t-il une bonne raison pour que les trésoreries de quatorze pays africains indépendants soient sous le contrôle du ministère des Finances, à Paris ?

Vos critiques vis-à-vis des gouvernements africains sont néanmoins assez sévères…

En général, je suis critique envers les systèmes économiques et politiques qui font du continent africain un cadeau qui continue d’être offert à l’Occident. Existe-t-il une bonne raison pour que les trésoreries de quatorze pays africains indépendants soient sous le contrôle du ministère des Finances, à Paris ? Cinquante années après les indépendances ? Les troupes françaises sont partout en Afrique de l’Ouest. Avez-vous déjà vu des troupes africaines de maintien de la paix quelque part en France ?

Pensez-vous que la culture puisse encore être une puissante source d’opposition ?

La culture fait partie intégrante de notre existence économique, politique, sociale et spirituelle. C’est une arène de combat. La culture est à la société humaine ce que les fleurs sont aux plantes. Les fleurs sont belles, elles donnent leur identité à la plante, elles en contiennent aussi les graines d’avenir.

«Décoloniser l’esprit» : avez-vous l’impression de progrès de puisque vous avez employé cette expression ?

On en parle un peu plus. En Afrique du Sud, l’idée de décoloniser les institutions sociales nourrit les combats actuels pour la transformation sociale. Mais il reste un long chemin à parcourir.

Chaque année, votre nom est prononcé avant l’attribution du prix Nobel. Est-ce une reconnaissance que vous espérez? 

J’apprécie qu’autant de personnes pensent que mon travail mérite ce prix. Mais je n’ai rien à dire en la matière.

L’Afrique devrait-elle créer son propre prix littéraire ?

Il y a des prix littéraires en Afrique, mais ils ne sont ni aussi riches ni aussi connus que le Nobel.

Vous vivez actuellement aux États-Unis. Est-ce en raison de l’agression que vous avez subie en 2004 au Kenya ? Vous sentez-vous exilé ?

Ma femme, Njeeri wa Ngugi, et moi-même travaillons pour l’université de Californie, à Irvine. En dépit des attaques passées, nous avons l’intention de prendre notre retraite au Kenya. Quand nous y sommes retournés récemment, nous avons été bien reçus par le président Uhuru Kenyatta.

Après tout, en 1977-1978 j’ai été emprisonné pour des mots

Pensez-vous que le monde littéraire a perdu de son pouvoir politique en raison de stratégies de carrière individualistes ?

Le mot n’a jamais perdu de son pouvoir. Après tout, en 1977-1978 j’ai été emprisonné pour des mots. La littérature est aujourd’hui en concurrence avec la télévision, le cinéma, internet. Mais les technologies numériques ouvrent de nouveaux horizons, de nouvelles possibilités.

Je peux seulement espérer que ceux qui ont des oreilles m’entendront

Vous êtes très critique envers les démocraties occidentales. De quel système politique rêvez-vous?

Je rêve d’un monde sans faim, sans maladies, sans ignorance, sans prisons, sans mendicité… Je voudrais voir un monde où le progrès ne se mesure pas au style de vie des millionnaires mais à celui de tous ceux qui permettent à nos usines de tourner et à nos fermes de produire.

En tant qu’intellectuel, pensez-vous être entendu des hommes politiques africains ?

Je peux seulement espérer que ceux qui ont des oreilles m’entendront. Mais surtout je veux que les gens apprécient de me lire. Je suis heureux quand je croise un étranger qui me dit à quel point une de mes œuvres a influencé sa vie.

Des livres trop peu traduits

En 2018, les éditions Passage(s) vont publier une série de livres de l’auteur kényan. « C’est lorsque Nicolas Pien et moi avons noté, il y a un an, qu’une fois de plus l’Afrique avait été oubliée par le jury Nobel, que Ngugi wa Thiong’o était peu traduit et que ses livres étaient pratiquement introuvables, que nous avons décidé de creuser la question, explique l’anthropologue Dominique Lanni, des éditions Passage(s).

C’est ainsi que nous avons appris que la plupart des droits pour les œuvres de Ngugi ne couraient plus. Nous avons lu une partie importante de sa bibliographie et contacté l’auteur et ses agents afin d’acquérir les droits permettant de présenter plusieurs aspects de son œuvre de dramaturge, de nouvelliste et de romancier. »

Du théâtre au roman

Les éditeurs publieront en 2018 Combattants et martyrs (nouvelles), Le Procès de Dedan Kimathi (théâtre), Ne pleure pas, mon enfant (roman). Cette impitoyable sécheresse (nouvelles), paru en 2017, contient sept textes qui forment une bonne introduction à l’œuvre du Kényan, tant par leur classicisme formel que par leur enracinement profond dans les cultures de la région.

Jeuneafrique.com par

« Monsieur Mabanckou, vous détournez l’objet de la francophonie pour un combat personnel »

février 4, 2018

 

Le doctorant Bertrand Ollivier déplore le refus de l’écrivain de participer aux travaux sur la langue française

L’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou, à Paris, le 6 juillet 2015. Crédits : JOËL SAGET/AFP

Tribune. Cher Monsieur Mabanckou, vous détournez l’objet de la francophonie pour un combat personnel. En amoureux des mots, d’où qu’ils viennent, et en admirateur de votre prose, j’ai sincèrement regretté que vous refusiez de participer aux travaux de réflexion sur la langue française auxquels le président Macron vous avait invité. Je l’ai d’autant plus regretté que je vous suis un fidèle lecteur et que je partage un grand nombre de vos opinions.

Alors, certes, c’est votre droit le plus entier. Mais laissez-moi déplorer que vous n’ayez pas daigné quitter votre soleil californien pour faire valoir vos pensées et vos réflexions de manière plus étayée, en terre francophone, au service du riche et fort estimable débat que vous auriez pu initier à cette occasion.

Pour justifier votre décision, dans la lettre ouverte à Emmanuel Macron publiée le 15 janvier sur le site de L’Obs, vous accusez insidieusement le président français d’observer un silence complice vis-à-vis des manquements aux rappels démocratiques que se devrait de formuler l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à l’encontre de quelques pays africains. Vous reprochez en quelque sorte à un jeune président élu de ne pas s’immiscer dans la conduite des décisions d’une organisation internationale indépendante forte de 84 Etats membres. N’est-ce pas, pourtant, ce que les farouches dénonciateurs de la Françafrique attendent ? Vous-même indiquez que « la Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies ».

Trouver un consensus

Vos propos sont la dernière preuve, s’il en était besoin, que le président français – qu’il s’exprime dans un cadre bilatéral ou sous couvert du multilatéralisme de la francophonie – ne dispose que d’une très faible marge de critique avant de se voir affublé d’une étiquette néocoloniale qui nuirait à l’ensemble de ses rapports avec les pays d’Afrique et, par ricochet, à la langue française, celle-là même que vous portez si haut. Vous mettez également en cause les accointances de la Francophonie institutionnelle avec quelques despotes africains.

De la sorte, vous mésestimez les avancées en matière de démocratisation des régimes depuis la signature des déclarations de Bamako (2000) et de Saint-Boniface (2006). Certes, les progrès sont lents, trop lents, comme toujours avec les organisations intergouvernementales. Mais comment ne pourraient-ils pas l’être lorsqu’il s’agit de trouver un consensus commun en matière démocratique entre le Canada, la République démocratique du Congo, le Cambodge et des dizaines d’Etat aux cultures antagonistes dans le respect de leurs souverainetés propres ?

Paradoxalement, vos propos prêtent à l’OIF des pouvoirs et une influence dont, par nature, elle ne dispose pas. En revanche, ils soulèvent bien la question lancinante des limites de l’universalité pour une telle organisation. Au nom de la langue française, vous appelez le président Macron à lancer des appels à la liberté aux jeunes Africains. Mais la France, éprise de son universalisme, drapée dans le linceul de sa liberté, forte de son arrogance, n’a que trop cherché à diffuser ses valeurs au sein de pays n’ayant ni son histoire, ni sa culture, ni ses ressources, au nom de principes moraux qu’elle qualifiait d’intangibles.

A l’heure où des exemples récents nous montrent que de simples changements de dirigeants ne constituent en rien la garantie d’une démocratisation des régimes, comment le président Macron pourrait-il se hasarder à lancer des appels aveugles au changement de régime qui pourrait avoir un arrière-goût d’anarchie, ou pire, comme en Libye ? Ces changements de régime, qui s’imposent de toute évidence dans certains pays, doivent résulter de mouvements populaires et massifs, à l’instar de celui qui a chassé Blaise Compaoré du pouvoir burkinabé en 2014, et en aucun cas d’appels extérieurs.

Un levier du multilinguisme

Mais vous me conduisez, Monsieur Mabanckou, sur des terrains glissants j’en conviens. Je voulais simplement vous parler de la langue française. En usant d’un prétexte politique pour refuser de contribuer aux réflexions engagées, vous détournez l’objet même de la francophonie – celui de notre langue dont il nous faut repenser le lien – pour un combat personnel à l’égard de quelques potentats que le temps et les sociétés civiles se chargeront de remplacer bien plus vite que ne pourraient le faire quelques valeureux communiqués de la Francophonie ou de l’Elysée.

Pourquoi ne pas tenter de dépassionner les débats politiques autour de cette langue. Certes, j’entends Alexandre Najjar lorsqu’il dit que « le culturel devient fatalement politique », mais tâchons collectivement de faire du français l’arène d’un dialogue interculturel apaisé, un contrepoids face à la globalisation dévorante, un levier du multilinguisme, un outil de compréhension des cultures africaines, arabes, berbères, nord-américaines, océaniques et européennes. Etendons l’art de la palabre en Europe et développons la parenté à plaisanterie dans le Maghreb. Comme le dit Leïla Sebbar, « une famille politique, c’est quoi, lorsque la famille naturelle, côté père, côté mère, est à ce point oubliée dans la parole quotidienne ? ». Le quotidien francophone, ses usages et ses expressions, ses pratiques et ses évolutions à travers les cinq continents, voilà la source d’un projet francophone porteur auquel vous pourriez insuffler mille idées.

Il est certes fort louable que votre décision s’inscrive en solidarité avec les jeunesses de pays africains en mal d’élections. Mais, malheureusement, en agissant ainsi, c’est l’ensemble de la communauté francophone mondiale que vous privez de vos lumières. C’est la place du précieux fil noir qui relie le roman francophone à ses histoires et racines multiples que vous amenuisez. C’est la parole de tous ces formidables auteurs nés hors de France, injustement méconnus, que vous n’amplifiez pas. C’est, finalement, cet imaginaire monde dont vous parlez, si vaste, si riche, fertile terrain de la nécessaire fusion des univers littéraires francophone et français, que vous refusez de partager. Indubitablement, vous manquerez à ces réflexions. Je vous prie de croire, cher Monsieur Mabanckou, en mes considérations les plus respectueuses.

Lemonde.fr par Bertrand Ollivier est doctorant au Centre Thucydide de l’université Paris-II Panthéon-Assas