Archive for the ‘Littérature’ Category

Prix Rfi théâtre 2021 : à vos plumes, écrivez et postulez !

avril 3, 2021

L’appel à candidature au Prix Rfi théâtre est ouvert jusqu’au 25 avril aux autrices et auteurs de théâtre francophones, originaires d’Afrique, des Caraïbes, de l’océan Indien ou encore du Proche-Orient.

L’affiche de l’appel à candidature au Prix Rfi Théâtre 2021/DR

Cette année, qui succédera au Congolais Julien Mabiala Bissila, à la Libanaise Hala Moughanie, au Guinéen Hakim Bah, au Camerounais Édouard Elvis Bvouma, au Béninois Sedjro Giovanni Houansou, à la Libanaise Valérie Cachard ou au Guinéen Souleymane Bah ? Les dés sont jetés. Dialogues ou monologues, à chaque postulant de saisir l’occasion de partager une histoire qui parlera au monde, de faire entendre sa voix sur une question de société saisissante, de faire voyager le lectorat sur les vagues d’une histoire divertissante et éducative, en même temps.

« En ces temps de pandémie et de rétrécissement du monde où les déplacements sont limités, les textes, eux, peuvent voyager. Comédies, tragédies, drames, avec ou sans Covid-19, avec lyrisme ou âpreté, monologues ou pièces polyphoniques. À quoi ressemblera cette édition 2021 ? Ce sont les autrices et les auteurs qui le diront. Tous les genres théâtraux sont possibles. Seul compte la qualité de la dramaturgie et le style », ont énoncé les organisateurs.

A travers ce Prix de théâtre, Rfi souhaite faire découvrir et mettre en lumière de nouveaux talents de l’écriture dramatique. Et force est de constater combien, tous les ans, des femmes et des hommes de différentes villes de la planète, peignent leur société, leurs colères et leurs émotions dans des formes théâtrales uniques.

Une aventure humaine et artistique essentielle dans le parcours des candidats et particulièrement celui du lauréat. Cela d’autant plus que le prix lui offre l’opportunité d’être lu, de voir sa pièce de théâtre être jouée et publiée, ou simplement l’occasion de faire des rencontres de travail lors des résidences proposées et des invitations dans les festivals et maisons de théâtre dans plusieurs pays.

Ainsi, le processus de candidature consiste, avant tout, à inventer, affiner, peaufiner et ajuster son texte en français comportant un minimum de 15 pages numérotées. Par la suite, l’envoyer avant le 25 avril à minuit, tout en joignant impérativement la fiche d’inscription dûment remplie. Aussi, chaque candidat doit avoir entre 18 et 46 ans.

A noter que le Prix Rfi Théâtre est organisé avec l’appui de plusieurs partenaires, à savoir : l’Institut français, l’Institut français de Saint-Louis du Sénégal, le Centre dramatique national de Normandie-Rouen, la SACD et biens d’autres. La cérémonie de remise de prix de l’édition 2021 se tiendra le 26 septembre à Limoges, dans le cadre du festival Zébrures d’automne, organisé par Les Francophonies-Des écritures à la scène.

Avec Adiac-Congo par Merveille Jessica Atipo

Le sourire du printemps

mars 30, 2021

Souriante et élégante comme une fée du dimanche

Avec ton bracelet à la main gauche ornant ta hanche

Je découvre dans l’alignement de ta riche dentition

Les trésors de tes baisers en attente d’exploration

Lorsque ta chevelure descend sur tes fines épaules

D’où s’agrippe mon regard sur le dos de ta muraille

Comme un vif explorateur en quête de sensation

Je me délecte du rebond adipeux de tes partitions

Assise sur le gazon verdoyant qui reprend vie

Dans les doux frémissements du printemps

Tu dégages une mine joyeuse à plein temps

Au joli parfum qui inonde à foison le cœur du lit

Bernard NKOUNKOU

« Là où tout se tait » : ces Justes qui ont sauvé des Tutsi pendant le génocide au Rwanda

mars 12, 2021
A Nyamata, à 35km au sud de Kigali. Le 15 avril 1994, plus de 5000 personnes y ont été assassinées

Pour son essai « Là où tout se tait », Jean Hatzfeld a recueilli dans la région de Nyamata les témoignages de Hutu ayant risqué leur vie pour aider des Tutsi durant le génocide de 1994.

Là où tout se tait : le titre du nouvel essai de Jean Hatzfeld dit très exactement ce que son auteur a tenté de saisir à Nyamata, au Rwanda : les silences qui suivent le génocide des Tutsi et se perpétuent encore aujourd’hui. Les silences, au pluriel, parce qu’ils ne sont pas tous identiques – non-dits, oublis, omissions, absences… – et qu’ils ne procèdent pas tous des mêmes causes – négligences, réticences, hontes, peur…

Plus prosaïquement, Là où tout se tait est un livre sur les Justes du Bugesera, ces Hutu qui au péril de leur vie aidèrent de manière désintéressée des Tutsi pourchassés par la furie sanguinaire des tueurs.

Derniers témoins

Auteur reconnu de plusieurs livres sur le génocide (voir encadré), Jean Hatzfeld a vécu une partie de son enfance au Chambon-sur-Lignon, fameux village français où purent se cacher quelque 3 500 juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. « On ne sait jamais trop quelles sont les influences de votre enfance sur vos choix, tempère pourtant l’ancien journaliste. Les Justes ont toujours eu du mal à se faire une place dans l’histoire. En Europe, les historiens ne s’intéressent à eux qu’une vingtaine d’années après la guerre. »

Dans le cas du Rwanda, sur lequel il travaille depuis plus de vingt ans, lui-même a tardé à explorer les méandres de leurs histoires. « La raison ? Un manque d’attention de ma part. J’étais focalisé sur les rescapés, dans les marais, puis sur ceux qui ont manié la machette. Enfin, nombre de Justes sont morts et il n’y avait personne pour parler à leur place. Dans tous mes livres, les personnes parlent pour elles-mêmes. Cette fois, il a fallu que je trouve une autre manière de faire parler les gens. »

Convaincu qu’il était temps d’agir avant que les derniers témoins ne disparaissent ou n’oublient, Jean Hatzfeld a procédé comme à son habitude, se documentant longuement et préparant ses questions avant de se rendre à Nyamata à trois reprises (de mai à juin 2018, en août 2018 et de novembre à décembre 2019).

Silence et menaces

« Je connaissais l’existence des Justes, cela me touchait, mais j’étais un peu crispé et intrigué par l’attitude des Tutsi à leur égard, leur manque de reconnaissance. Quand j’ai enfin été capable de dire “ça suffit cette méfiance” et que le temps de parler est venu, je me suis aperçu que le sujet du livre se déplaçait vers le silence qui entoure ces gens, la honte et la peur qu’ils suscitent. »

IL Y A PLUS QUE 34 JUSTES AU RWANDA. MAIS L’ÉTAT PREND AUSSI EN COMPTE L’IMPLICATION DANS LA RÉCONCILIATION »

Dans le Bugesera, il n’y a qu’un seul Juste reconnu officiellement « umurinzi w’igihango » au niveau national, Silas Ntambfurayishyari. « Depuis l’attribution de cette médaille rare – le pays ne compte que 34 “abarinzi w’igihango” – Silas a beaucoup témoigné lors de commémorations ou à l’invitation des très dynamiques associations mobilisées par le chantier de la réconciliation. […] Il sait la singularité de son personnage dans le chaos des tueries. Il en a appréhendé les désagréments car pendant plusieurs années il a affronté des insultes chuchotées, voire des menaces dans les rues de Rilima. Il tente de s’en abstraire, idem des mauvais regards qui persistent lorsqu’il se promène seul. »

L’une des explications entourant le silence autour des Justes pourrait être liée à ce faible nombre apparent. La soudaineté et la brutalité du déchaînement de violence n’ont guère laissé le temps de réfléchir ou de s’organiser en réseaux. La dimension rurale du génocide a aussi joué : il est plus facile de cacher des gens dans l’anonymat d’une grande ville.

« En fait, il y en a beaucoup plus que 34, explique Jean Hatzfeld. Mais à la différence de Yad Vashem, l’État rwandais ne prend pas seulement en compte la période du génocide. Il considère aussi celle qui le suit et l’implication des personnes concernées dans la politique de réconciliation nationale. En outre, au Rwanda, on ne peut pas être reconnu comme Juste à titre posthume… »

Histoires d’amour et d’amitié

Dans Là où tout se tait, le journaliste évoque les destins d’une douzaine de Justes : Isidore, François, Espérance, Valérie, Edith et Eustache, Marcienne et Marcel, Silas et Providence, Joseph… Plus précisément, il leur donne la parole, quand ils sont encore vivants, ou bien recueille les témoignages de ceux qui peuvent parler en leur nom.

SI LES MORTS RESSUSCITAIENT, ILS POURRAIENT BIEN POINTER UN DOIGT ACCUSATEUR SUR CES JUSTES »

Dans cette langue superbe qu’il sait si bien restituer, dans cette langue « où toutes les abstractions deviennent des personnes », Jean Hatzfeld ouvre les portes de la mémoire, donne corps à des histoires d’amour et d’amitié, raconte l’histoire à fleur de peau. C’est infiniment tragique et terriblement beau, un concentré d’humanité dans ce qu’elle a de pire et de meilleur. Et puis, au-delà des portraits vivants qui émergent de ces témoignages croisés, l’auteur explore les silences et leurs douloureux échos.

Le professeur Innocent Rwililiza explique ainsi celui de certains Tutsi : « Surtout, on refuse de se substituer aux morts, qui sont les seuls à pouvoir témoigner sur les Hutu. Ces Justes, tu verras qu’ils sont difficiles à décrire. Les morts, eux seuls savent. S’ils ressuscitaient, ils pourraient bien pointer un doigt accusateur sur ces Justes, parce qu’ils ont vu plus que nous. Est-ce que nous pouvons ne pas ressentir de soupçons sur tout le monde ? »

Enfin raconter

Dans la seconde partie du livre, intitulée « Le trou de chez Eustache », Hatzfeld rassemble divers témoignages autour de ces « trous » qui minent Nyamata. À savoir ces nombreuses excavations où furent jetés les corps des Tutsi et qui firent l’objet, ensuite, d’intense tractations – notamment au cours des procès gacaca, les tueurs refusant parfois de dire où se trouvaient les fosses.

Ces trous, qu’ils aient été vidés de leurs corps ou non, rappellent au quotidien, aujourd’hui encore, l’horreur d’avril 1994. Ils expliquent aussi le silence de certains Justes. Comme celui d’Eustache et de sa femme Edith. « Edith, que je connais depuis 1998, n’a jamais voulu me parler à cause de ce trou derrière sa maison, explique Hatzfeld. Ils ont accepté de vivre pendant sept semaines à deux mètres d’un trou où l’on jetait des cadavres. Quand on garde cela en tête, c’est normal de ne pas vouloir parler. »

 Aujourd’hui, Edith peut enfin raconter : « On se tenait à six ou sept par chambre. Les enfants bredouillaient entre eux, ils ne s’excitaient pas comme l’enfance le veut. […] On se comptait à quatre femmes tutsi, un homme hutu, les enfants pour Gratia et les enfants pour nous, et une petite avoisinante qui était accourue pour rester. […] Ils entendaient les cris du trou. Oui, les enfants entendaient les cris des tueurs quand ils jetaient. »

Avec Jeune Afrique par Nicolas Michel

Congo/Littérature : Yvon Wilfrid Lewa-let Mandah atteint le quart de siècle de sa carrière

janvier 5, 2021

Le poète, écrivain, comédien et metteur en scène,  Yvon Wilfrid Lewa-Let Mandah, s’apprête à fêter en mai prochain les 25 ans de sa carrière littéraire et artistique.

1996 – 2021, cela fait 25 ans que l’écrivain est présent sur le marché du livre et sur les tréteaux à travers ses différentes œuvres littéraires et ses représentations théâtrales. C’est un artiste comblé et accompli qui veut partager avec les amoureux des lettres et de la scène sa passion pour l’art et la culture qui lui a permis de sillonner de nombreuses villes du monde telles que Paris et Casablanca.

Les témoignages des amis, collègues et parents sur son œuvre, les conférences ainsi que les représentations théâtrales vont meubler les différentes activités dans les trois villes, notamment Pointe-Noire, Brazzaville et Dolisie. Jeune étudiant à l’université Marien N’Gouabi, Yvon Wilfrid Lewa-Let Mandah a  participé régulièrement à l’amission littéraire Autopsie animée par le regretté Léopold Pindy Mamonsono à Télé Congo, avant de devenir le correspondant à Dolisie de la même émission à la demande de son animateur. Une responsabilité qui a marqué sa carrière puisqu’il a créé la troupe théâtrale Autopsie qui s’est produite dans plusieurs festivals et évènements culturels dans le pays avec les pièces comme « Mon patron n’est pourtant pas un blanc », « Tout ou Rien », « Apocalypse » écrites et mises en scène par lui-même.

Récipiendaire du Prix international Tchicaya U’tamsi et du  Prix Tchikounda récompensant le meilleur écrivain du Kouilou, Lewa-Let a aussi publié les recueils de poèmes : « Les jalons, l’envol des pleurs », « L’ailleurs ». Il a présenté récemment le tableau apocalyptique de la planète dans son septième ouvrage intitulé « Le diagnostic du monde ».

Face au ravage de la pandémie du coronavirus, l’écrivain a réuni près d’une soixantaine d’écrivains dans « L’anthologie des écrivains du Congo : Du chaos du coronavirus à l’éclosion d’un nouveau monde » parue aux Editions LMI en 2020.Une manière pour les écrivains d’apporter leur contribution à la lutte contre  la covid-19. Avide de connaissances nouvelles et attiré par l’échange et le partage d’expériences dans le domaine théâtral,  Yvon Wilfrid Lewa-Let Mandah, président national du Centre Congo Brazza de l’Institut international du théâtre (CRC-IIT), a aussi participé au salon du livre de Paris en 2016. ll a également réprésenté le Congo au 35e congrès mondial de l’IIT tenu du 17 au 22 juillet 2017 à Ségovie en Espagne, la plus grande organisation mondiale dans les arts de la scène ou arts du spectacle qui a vu le jour en 1948 à Paris en France et a pour partenaire officiel l’Unesco.

Avec Adiac-Congo par Hervé Brice Mampouya

Appel à candidature Prix voix d’Afrique : les candidats ont jusqu’au 31 janvier pour s’inscrire

janvier 3, 2021

Prix voix d’Afrique est un concours d’écriture ouvert à toute personne majeure et de moins de 30 ans résidant dans un pays d’Afrique et n’ayant jamais publié .

 

L’affiche du concours prix voix d’Afrique, deuxième édition /DR

Les organisateurs dudit concours invitent chaque participant à rédiger un roman en français, de 300 000 signes maximum, qui reflète la situation d’un pays, une actualité politique, économique ou sociale ou des textes plus intimistes.

Le concours Prix voix d’Afrique est initié par les éditions JC Lattès et RFI, en partenariat avec la Cité internationale des arts, c’est un nouveau prix littéraire destiné à faire émerger les jeunes écrivains d’expression française du continent africain. Un prix pour soutenir et mettre en lumière les nouvelles voix littéraires africaines.

Les candidats ont jusqu’au 31 janvier 2021 pour s’inscrire et déposer leur manuscrit.  L’inscription au concours se fait sur le site https://prix-rfi.editions-jclattes.fr/ via un formulaire à remplir. Les participants peuvent déposer leur texte sur le site ou l’écrire en ligne.  Les membres du jury choisiront le lauréat sur la base des critères ci-après : l’originalité des textes composant le manuscrit, le style de l’auteur, le ton du roman, l’adéquation au sujet de l’appel à manuscrits, la qualité littéraire. Ils se réuniront en avril 2021 pour sélectionner le manuscrit lauréat.

 Le concours est limité à un manuscrit par participant (même nom, même adresse). Chaque participant garantit que le manuscrit qu’il soumet au concours ne fait pas l’objet d’un contrat, notamment un contrat d’édition papier ou un contrat d’édition numérique, un contrat d’option, un contrat d’adaptation audiovisuelle, et qu’il n’est pas couvert par un droit de préférence, notamment vis-à-vis d’un éditeur.

 Le candidat doit également garantir que le manuscrit soumis est constitué de textes originaux, ils ne portent pas atteinte aux droits de tiers. Dès lors que le candidat a déposé son manuscrit sur la plate-forme, il s’engage à ne pas le proposer à des tiers (éditeur, producteur, etc.) et à ne pas en négocier les droits pendant toute la durée du concours et ce, jusqu’à la désignation du gagnant et tant que les négociations sont en cours avec les éditions JC Lattès.

Les participants autres que le lauréat recouvrera l’intégralité de leurs droits sur le manuscrit, et pourront en proposer l’exploitation littéraire ou audiovisuelle à toute personne qu’ils souhaitent. Le roman lauréat ou la lauréate sera désigné en mars prochain par un jury de professionnels, pour une publication prévue en septembre prochain. Il bénéficiera d’une résidence à la Cité internationale des arts à Paris, partenaire du prix.

Le gagnant bénéficiera avant la publication de son roman, d’un travail d’édition de son texte avec les éditions JC Lattès. A ce titre, le vainqueur s’engage à collaborer activement avec l’équipe éditoriale dans les travaux préalables à l’édition de son roman afin que la publication de celui-ci se fasse dans les meilleures conditions.

Pour participer, les candidats doivent créer leur compte en cliquant sur « Je participe ». Télécharger vos manuscrits ou rédigez-les en ligne directement, publiez vos textes dès qu’ils sont prêts ou attendez le 31 janvier 2021, si vous souhaitez que personne ne le lise avant.

Rappelons que le Prix voix d’Afrique est à sa deuxième édition.  Après le roman « Abobo Marley » du jeune ivoirien Yaya Diomandé ,  lauréat de  la première édition.  Qui sera le prochain gagnant ? vous souhaitez écrire votre premier roman ?  N’hésitez pas, lancez-vous, c’est peut-être vous la nouvelle voix d’Afrique.

Avec Adiac-Cono par Rosalie Bindika 

Littérature : le festival Mukanda rend hommage à l’écrivain Sony Labou Tansi

décembre 31, 2020

Il s’est tenu dans la communauté urbaine de Boko, dans le département du Pool, la deuxième édition du festival Mukanda. Le thème retenu était «Lire et écrire pour promouvoir le vivre ensemble et l’amitié entre les hommes».

Les organisateurs et participants lors de la clôture de la 2e édition du festival Mukanda/Adiac

Mukanda est un festival qui permet de mettre en vedette un artiste par édition. Pour cette édition, le choix était porté sur l’énigmatique et humaniste Sony Labou Tansi.  Un concours littéraire, des conférences et un vernissage sur la vie et les œuvres de Sony Labou Tansi ont jalonné cette activité qui s’est étendue en deux jours.

Le premier jour de l’évènement a été consacré principalement au concours littéraire, qui s’est tenu dans la matinée au lycée de l’enseignement général de Boko. Les élèves du primaire, du collège et du lycée, venus de Mpika, Voka et Boko y ont participé avec passion. Cette journée a été clôturée par l’exposé et débat présenté par l’écrivaine Winner Dimixson Perfection sur le thème général de cette édition « Lire et écrire pour promouvoir le vivre ensemble et l’amitié entre les hommes ». Par son discours et ses réponses, elle a épaté et convaincu son auditoire très complexe composé des intellectuels, des élèves et des officiels.

Le deuxième jour consacré à la journée internationale de l’écrivain africain a commencé avec les discours protocolaire et d’ouverture du chef de cabinet de l’administratrice maire de la communauté urbaine de Boko, représentant l’administratrice maire de Boko qui a rejoint le festival séance tenante avec le sous-préfet de Boko. Ont suivi l’allocution du directeur général des Arts et des Lettres Marcel Ipari qui a encouragé la pérennisation de ce genre d’activités et le discours de remerciements du directeur départemental des Arts et des lettres du Pool. Juste après, venait l’exposé du poète Gaétan Ngoua sur le thème « Sony l’humaniste » et la critique littéraire Winner Dimixson Perfection a clôturé la série des exposés sur le thème « L’apport de l’écrivain africain face aux défis de l’Afrique, l’exemple de Sony Labou Tansi ». Une fois de plus, les deux écrivains ont été à la hauteur des attentes de l’auditoire venu encore plus nombreux que la veille. Une série des questions avait été posée respectivement aux deux exposants qui ont répondu jusqu’à satisfaction des deux parties. Une chose importante est à signaler ; c’est la participation effective et pertinente des élèves aux débats, à la grande stupéfaction de tous. 

Ensuite, se sont tenues l’émulation et la remise des prix aux lauréats du concours de la veille. Bernalie Maounga Kianguebeni, élève en seconde A au lycée de Boko, a été l’heureuse récipiendaire du premier prix de cette édition ; deux autres élèves de l’école primaire de Mpika ont été également comptés parmi les lauréats.

La remise des prix a servi de transition pour chuter à l’ultime partie du vernissage présenté par Nicolas Bissi, compagnon de l’illustre Sony. L’exposition a connu un engouement de la part des populations qui s’étaient alignées et tour à tour entraient dans la salle polyvalente de la Bibliothèque Butsiele pour voir et échanger avec Nicolas Bissi.  Da ns l’ensemble Mukanda 2e édition a connu un franc succès. Le directeur départemental des Arts et des Lettres du Pool, Shand Bemi, initiateur de ce festival, a donné rendez-vous au public pour l’année prochaine à Kintélé pour la 3e édition de l’événement.  

Avec Adiac-Congo par Aubin Banzouzi

Le célèbre auteur John le Carré est décédé

décembre 13, 2020

Le milieu littéraire perd un géant : l’auteur de romans d’espionnage John le Carré est mort samedi à l’âge de 89 ans, des suites d’une courte maladie.

John Le Carré lors de la 66e Berlinale, en Allemagne.

© John Macdougall/afp via getty images John Le Carré lors de la 66e Berlinale, en Allemagne.

Dans une annonce publiée sur Twitter, son agent littéraire pendant 15 ans, Jonny Geller, président de l’agence Curtis Brown Group, annonce que le maître britannique du roman d’espionnage, de son vrai nom David Cornwell, n’est plus. Il laisse dans le deuil sa femme, ses quatre fils, ainsi que leur famille respective.

Le Carré a travaillé pour les services secrets britanniques avant de transformer son expérience en fiction et de devenir romancier.

On lui connaît tout un univers de romans se déroulant majoritairement durant la guerre froide, notamment avec son personnage d’espion britannique George Smiley. Il combinait une prose laconique, mais lyrique, avec des récits complexes et psychologiques.

Le monde de l’espionnage était d’ailleurs pour l’auteur «une métaphore de la condition humaine».

L’espion «anti-James Bond»

Son succès planétaire vint après la parution de son troisième roman, L’espion qui venait du froid (1964), qu’il écrivit à 30 ans, «mangé par l’ennui» que ses activités de diplomate à l’ambassade britannique de Bonn en Allemagne lui procuraient. En réalité – il ne l’avouera qu’en 2000 – ce poste n’était qu’une couverture à son véritable travail d’espion pour le compte des services secrets britanniques [MI6].

Le roman, vendu à plus de 20 millions d’exemplaires dans le monde, raconte l’histoire d’Alec Leamas, un agent double britannique, passé en Allemagne de l’Est. Son adaptation au grand écran, avec Richard Burton dans le rôle-titre, marque le début d’une longue collaboration avec le cinéma et la télévision.

C’est dans les années 1970 qu’apparaît au premier plan le héros favori de Le Carré, le timide George Smiley, souvent considéré comme l’archétype de l’anti-James Bond : rigide, paranoïaque, mais à l’intelligence acérée, «il ressembl[e] à un crapaud. Court et trapu, il port[e] des lunettes à verres épais qui lui grossissent les yeux», le décrit l’écrivain dans Chandelles noires (1962).

Dans La taupe (1974), premier volet d’une trilogie dont les intrigues s’imbriquent comme des poupées russes, ce redoutable officier des renseignements va démasquer une taupe soviétique infiltrée parmi sa hiérarchie.

Les suites, Comme un collégien (1977) et Les gens de Smiley (1979), deviennent des succès de librairie et sont adaptées à la télévision par la BBC et au cinéma avec Gary Oldman dans le rôle de Smiley.

Galerie: 20 films qui n’auraient jamais du être produits (Espresso)

Il est bien facile de dire après coup qu’un long-métrage n’aurait jamais dû voir le jour, mais dans certains cas, on se demande comment certains projets ont réussi à se faufiler à travers la multitude d’étapes que comporte la création d’un film. Oui, on pense notamment à toi, Mike Myers.

La carrière de John le Carré comme agent secret est cependant rapidement ruinée par l’agent double britannique Kim Philby, qui révèle au KGB la couverture de nombre de ses compatriotes. David Cornwell, alias John le Carré, doit alors démissionner du MI6.

Mais coutumier de l’autodérision, il confessera plus tard avoir été de toute façon un mauvais espion. Il s’amuse aussi à raconter que ses supérieurs l’avaient autorisé à publier L’espion, car le livre est, prétend-il, «pure fiction du début à la fin».

Critique des travers de la mondialisation

Avec la fin de la guerre froide en 1991, John le Carré se met à brocarder les dérives du nouvel ordre mondial construit sur les ruines du mur de Berlin : mafia, trafic d’armes et de drogue, blanchiment d’argent et terrorisme.

Son 18e roman, La constance du jardinier, adapté lui aussi au cinéma, dénonce les abus des multinationales pharmaceutiques dans un Kenya postcolonial «pillé, corrompu et en pleine déliquescence».

Dans Un traître à notre goût (2011) ou encore dans une Vérité si délicate (2013), l’écrivain livre une satire féroce contre les maîtres du monde aux manœuvres depuis les salons tamisés des ambassades, des ministères et des banques.

Des secrets bien gardés

John le Carré, dont les livres occupent les têtes de gondole dans les aéroports du monde entier, était un homme jaloux de son intimité, préférant les falaises de sa maison en Cornouailles aux mondanités du monde littéraire.

Il y a quelques années, il avait engagé deux détectives dans l’idée de démarrer une autobiographie, les sommant de rassembler «un dossier» sur lui et sa famille, pour établir la vérité. «Parce que je suis un menteur, élevé pour ça, entraîné à ça par un service qui ment pour vivre» et réinventant constamment sa propre vie, dit-il leur avoir expliqué. Mais ils reviennent bredouilles.

Il se résout à l’exercice en 2016 avec la publication de quelques souvenirs dans Le tunnel aux pigeons. Il remonte ainsi à sa petite enfance pour expliquer la colère qui l’habite : né le 19 octobre 1931 à Poole, petite station balnéaire du sud de l’Angleterre, il est abandonné à 5 ans par sa mère à un père tyrannique doublé d’un escroc dont il fera le portrait à peine déguisé dans Un pur espion (1986).

«Les gens qui ont eu des enfances malheureuses sont assez bons pour s’inventer eux-mêmes», aime-t-il à dire.

Marié deux fois, il avait quatre fils et treize petits-enfants.

En 2011, il avait légué toutes ses archives à la bibliothèque de Bodley fondée au début du XVIIe siècle à Oxford, où il étudia les langues dans les années 1950.

«Pour Smiley, comme pour moi, Oxford est notre maison spirituelle», explique-t-il. «Et même si j’ai le plus grand respect pour les universités américaines, la bibliothèque de Bodley est l’endroit où je reposerais le plus heureux possible».

Avec CBC/Radio-Canada

Avec « Les Impatientes », Djaïli Amadou Amal remporte le Goncourt des lycéens

décembre 3, 2020
Djaïli Amadou Amal, à Paris, le 17 novembre 2020

Déjà lauréate du prix Orange du livre en Afrique en 2019 et finaliste du Goncourt, la Camerounaise Djaïli Amadou Amal a remporté le Goncourt des lycéens avec « Les Impatientes », un roman qui met à nu les violences contre les femmes au Sahel.

L’hiver naissant n’a pas eu raison de ses tenues aux couleurs chatoyantes : ensemble pagne bleu roi électrique pour accueillir les journalistes de l’Agence France Presse (AFP), longue robe orange et or pour les photographes de Jeune Afrique… « C’est mon identité de femme peule et je l’assume », lâche Djaïli Amadou Amal dans ce grand éclat de rire cristallin, presque enfantin, qui ponctue la plupart de ses phrases.

Arrivée à Paris le 9 novembre en prévision de l’attribution, le 30 novembre, du prix Goncourt 2020, dont elle était l’une des finalistes, et le 2 décembre, du Goncourt des lycéens, qu’elle vient de remporter, l’écrivaine camerounaise multiplie les interviews avec les grands médias occidentaux et se plie de bonne grâce à d’interminables séances de photos. Elle vit pleinement la surprise d’être toujours en course pour le plus ancien mais aussi le plus prestigieux prix littéraire français. « Je vis les choses comme elles viennent, au jour le jour », confie-t-elle, consciente néanmoins de la charge qui pèse sur ses épaules. « Au début, c’était une simple histoire entre mon éditrice et moi. Désormais, c’est une histoire d’État [au Cameroun]. »

Violences faites aux femmes

Quasi inconnue dans les milieux littéraires occidentaux il y a encore quelques mois, Djaïli Amadou Amal s’est révélée grâce aux Impatientes, une fiction inspirée de faits réels qui met à nu les violences protéiformes que subissent les femmes dans la région du Sahel. Du mariage forcé au viol conjugal en passant par le harcèlement moral, la polygamie et les violences physiques, elle n’a rien omis, rien évacué de ces sévices qu’elle a, elle aussi, en partie supportés.

Tout commence par un mariage forcé arrangé par deux oncles : suivant la tradition, ils avaient sur elle les mêmes droits que ses parents biologiques. « Si tu refuses, c’est que tu n’aimes pas les tiens », lui assènent-ils. Le chantage affectif fonctionne : elle en aime un autre, mais devient, à 17 ans, la seconde épouse d’une personnalité locale de trente-trois ans son aînée. Un échec. Il la répudie. Elle se remarie ; c’est un nouvel échec : son deuxième mari est violent. Elle s’enfuit vers le sud du pays, à Yaoundé. Son entourage ne comprend pas : passe encore pour le premier mari, qu’elle n’avait pas choisi. Mais elle aurait pu se montrer patiente avec le deuxième, qui est si riche.

S’ENFUIR POUR SAUVER SA PEAU EST UNE FORME DE COURAGE »

On l’exhorte à la patience, c’est-à-dire non seulement en acceptant son sort, mais surtout sans se plaindre. « Je leur répondais par un proverbe peul : « S’enfuir pour sauver sa peau est une forme de courage. » Comme les héroïnes de son roman, Djaïli Amadou Amal a refusé de se soumettre et de se résigner à vivre un destin que d’autres avaient tracé pour elle.

En s’extirpant de ce parcours de vie qui aurait pu la cabosser, la mère de famille qu’elle est devenue réalise qu’il lui faut préserver ses filles de pareils tracas. Alors elle écrit. D’abord une autobiographie qu’elle conserve encore dans ses tiroirs. « L’écriture m’a d’abord servi d’exutoire puis elle a acquis une fonction préventive contre les violences. En montrant des femmes fortes dans un quotidien étouffant, je veux leur prouver qu’il est toujours possible de s’affirmer. »

Amoureux littéraires

Aux yeux de l’écrivain togolais Sami Tchak, Djaïli Amadou Amal est indomptable. Elle doit sans doute à son nouvel époux, Badiadji Horrétowdo, son regain d’énergie et de détermination. En septembre 2014, dans un article qu’elle leur avait consacré alors qu’ils venaient de publier chacun un roman, Olive Atangana, journaliste à L’Œil du Sahel, décrivait un couple d’écrivains fusionnel.

DANS LE NORD DU CAMEROUN, OÙ « LES IMPATIENTES » RENCONTRENT UN FRANC SUCCÈS, LES RÉACTIONS SONT DIVERSES

Djaïli Amadou Amal confessait réveiller parfois son conjoint à 3 heures du matin pour lui soumettre une idée de roman, « sans avoir peur de recevoir une gifle ». Lui, que certains appellent aimablement « le mari d’Amal », se disait « prêt à [s’]effacer chaque fois qu’elle est à l’honneur ». Sami confirme : « Badiadji Horrétowdo a deux passions : son épouse et la littérature. Amoureux littéraires, ils sont les premiers lecteurs l’un de l’autre. Chez eux, pas une once de rivalité ; à la place, une complicité très féconde pour les deux. »

Cohérente, Djaïli Amadou Amal a créé, parallèlement à son activité d’écrivain, l’association Femmes du Sahel, qui mène ce combat sur le terrain. C’est par ce bais que son éditrice, Emmanuel Collas, l’a fortuitement découverte, avant même de l’avoir lue. « Une belle rencontre, à travers et au-delà d’un texte. J’aurais pu mener le même combat. » Elle a donc décidé de le faire connaître en publiant Les Impatientes, qu’elle a totalement réédité « pour lui permettre de se frayer un chemin au-delà de l’Afrique ».

« Les Impatientes », Djaïli Amadou Amal, Emmanuelle Collas, 252 pages, 17 euros

Emmanuel Collas décrit une auteure attachante, dont le roman s’inscrit dans la lignée de ceux qu’elle défend, parce qu’ils allient l’intime et le politique, l’individu et sa communauté, la conviction et la résistance. Chez les siens, dans le nord du Cameroun, depuis que Les Impatientes rencontrent un franc succès, les réactions sont diverses.

Cible des traditionalistes

Il y a d’un côté ceux qui sont fiers de voir une femme oser s’exprimer sur des sujets dérangeants, éveiller une prise de conscience des milieux intellectuels. De l’autre, les traditionalistes lui reprochent une démarche stigmatisante. « Épouse adorée d’un monogame divorcé et mariée trois fois, Amal est le symbole des avancées enregistrées dans une communauté qu’elle veut présenter comme rétrograde », souligne l’un d’eux.  Ils l’accusent de monter en épingle des faits de société certes réels, mais très marginaux. « Toutes les familles abritent en leur sein des personnes éduquées, qui ne s’accommodent plus des mariages forcés et précoces, et qui ont un autre rapport au monde. »

ELLE SE SERT DE LA NOTORIÉTÉ QU’ELLE A DÉJÀ ACQUISE DANS SON PAYS POUR AIDER CEUX QUI EN ONT BESOIN. »

Djaïli Amadou Amal (ou son époux) nourrirait l’ambition de jouer un rôle politique de premier plan et ses livres n’auraient qu’une seule vocation : lui permettre d’occuper l’espace public et d’apparaître comme incontournable dans le champ social. Ils en veulent pour preuve « la mise en scène de son retour » dans sa ville de Maroua, après qu’elle a reçu le prix Orange du livre en Afrique.

Écrivaine féministe

Une controverse sans intérêt pour Sami Tchak. « Autant que sa beauté et son élégance, ce qui séduit chez Amal, c’est son grand cœur et sa sincérité. Elle se sert de la notoriété qu’elle a déjà acquise dans son pays pour aider ceux qui en ont besoin. » Il rappelle que cette grande admiratrice de Mariama Bâ, d’Ousmane Sembène et de Juliette Benzoni compte à son actif la création de 36 bibliothèques scolaires dans les coins les plus reculés du pays.

Écrivaine féministe opposée à toute forme d’aliénation de la femme, Djaïli Amadou Amal entend rester bien ancrée dans le réel après le Goncourt. Elle en ferait bien une fenêtre de plus ouverte sur les sociétés régies par un patriarcat brutal et violent. Sur la crise anglophone au Cameroun. L’occasion de campagnes de sensibilisation sur l’importance de l’éducation pour les filles. La possibilité d’ouvrir un foyer d’accueil pour femmes en détresse.

SUR LES TRACES DE LÉONORA MIANO ?

Elles ont toutes deux figuré dans les sélections du Goncourt, ont toutes deux remporté le Goncourt des lycéens, et pourtant il y a un réel décalage entre les deux, d’après Sami Tchak.
« Léonora Miano fait partie des rares écrivaines africaines dites intellectuelles. Elle est capable d’élaborer et de théoriser, au delà de la fiction, une véritable pensée. Personnalité d’une complexité extrême, elle ne peut être définie par un quelconque adjectif : à elle seule, Miano constitue une école.
Chez Djaïli Amadou Amal, c’est la sensibilité à fleur de peau. Elle s’exprime comme elle le sent et ne construit aucune théorie. On ne peut pas comparer deux auteures à partir d’une sélection. Tous les prix littéraires renvoient aussi à de la subjectivité. »

Avec Jeune Afrique par Clarisse Juompan-Yakam

Goncourt 2020 : Hervé Le Tellier, lauréat pour son roman « L’anomalie »

décembre 1, 2020

Après le Prix Renaudot attribué à la romancière Marie-Hélène Lafon pour Histoire du fils (Buchet-Chastel), le jury récompense un roman exigeant et divertissant de l’auteur Hervé Le Tellier.

L'écrivain Hervé Le Tellier, le 21 septembre 2017, à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), pour la présentation de son roman "L'anomalie"

Photo : L’écrivain Hervé Le Tellier, le 21 septembre 2017, à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), pour la présentation de son roman « L’anomalie » Crédit photo : JOEL SAGET / AFP

Les délibérations et l’annonce de la remise du plus prestigieux des prix littéraires ont été faites à distance le 30 novembre, délocalisées du restaurant parisien Drouant comme le veut la tradition, pour contraintes sanitaires de Covid-19.

L’Académie Goncourt a choisi. Le prix Goncourt 2020 a été décerné à Hervé Le Tellier pour L’anomalie (Gallimard), un roman d’anticipation aux mille facettes et qui donne à réfléchir sur le monde. Hervé Le Tellier a reçu huit voix sur dix alors que deux voix sont allées à Maël Renouard, en lice avec L’historiographe du royaume. Il succède ainsi à Jean-Paul Dubois et son roman Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (éd. de l’Olivier).

Les membres de l’Académie Goncourt ont donné rendez-vous aux journalistes à 12h30 sur la plateforme de visioconférence Zoom. Avec la pandémie de Covid-19, l’édition 2020 du prix Goncourt a été complètement chamboulée.

Prévue le 10 novembre, l’annonce du lauréat avait été repoussée au lundi 30 novembre pour concorder avec la réouverture des librairies, autorisées à accueillir des clients depuis samedi. Impossible, également, d’annoncer le résultat depuis le restaurant Drouant, à Paris, comme il est de coutume depuis plus d’un siècle. 

La victoire d’Hervé Le Tellier a été annoncée par le président du Goncourt Didier Decoin, qui a ensuite invité le lauréat à rejoindre la visioconférence. L’écrivain, apparu à l’écran aux côtés de son éditeur Antoine Gallimard, a ensuite répondu aux questions des académiciens. « Vous vous y attendiez ? » questionne Didier Decoin. « Non pas du tout« , répond l’écrivain. « On ne s’attend jamais à un prix comme le Goncourt. On n’écrit pas pour avoir un prix et on ne peut pas s’imaginer l’avoir », ajoute-t-il tout sourire, expliquant avoir « bien dormi cette nuit » malgré l’attente mais « très mal » les nuits précédentes. 

Plusieurs membres de l’Académie Goncourt se sont ainsi succédé sur les écrans pour féliciter et interroger le lauréat, comme Pierre Assouline, dans un décor de plage que la plateforme Zoom permet d’ajouter artificiellement. « Il ne manque plus que la chemise hawaïenne« , plaisante Eric-Emmanuel Schmitt. 

Tahar Ben Jelloun a de son côté chaleureusement remercié le lauréat pour ce livre « qui va faire du bien et enchanter beaucoup de monde dans une époque qui n’est pas réjouissante. » « Je trouve que vous avez résisté à deux choses« , décortique le juré Eric-Emmanuel Schmitt. « D’abord vous avez résisté à une très très bonne idée car il n’y a rien de pire qu’une bonne idée pour écrire un roman. Vous avez su passer au-delà de l’idée pour arriver à une fin exceptionnelle et à faire en sorte que cette ‘anomalie’ soit révélatrice de chacun des personnages. » 

Dans L’anomalie, Hervé Le Tellier met en scène ses personnages dans une quatrième dimension, en 2021, à bord d’un avion secoué par des turbulences consécutives à un violent orage. Trois mois après cet incident, les passagers découvrent que durant l’orage, le temps (celui qui passe) a été saisi d’un léger hoquet. « A la première lecture nous avons été très enthousiasmés par le pitch« , raconte Didier Decoin. « Puis en relisant le livre, on s’est aperçu que le style est également très fouillé. »

Dans son récit, Hervé Le Tellier s’amuse avec les univers et les genres littéraires, naviguant du roman psychologique à la science-fiction, en passant par le roman d’espionnage. « Le personnage du tueur à gage, Blake, est par exemple associé au style du roman noir« , précise l’écrivain. 

Fiche technique

Titre :L’anomalie
Titre original :L’anomalie
Date sortie / parution :20/08/2020
EAN commerce :9782072895098
ISBN :978-2-072-89509-8
Nombre de pages :332
Dimensions :20.5×14.0x2.2

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

Prix Goncourt : l’écrivaine camerounaise Djaïli Amadou Amal parmi les finalistes

novembre 4, 2020
L’écrivaine camerounaise Djaïli Amadou Amal a remporté mercredi 22 mai 2019 la première édition du prix Orange du livre en Afrique.

En 2019, « Munyal, les larmes de la patience » (éd. Proximité), de l’écrivaine camerounaise Djaïli Amadou Amal remportait la première édition du prix Orange du livre en Afrique. En 2020, ce même roman portant désormais le titre « Les Impatientes », réédité par la maison française Emmanuelle Collas, figure dans le dernier carré des romans sélectionnés pour le prix Goncourt. Prix dont la remise, prévue le 10 novembre, pourrait être décalée en raison de la fermeture actuelle des librairies.

Pour sa première édition, le prix Orange du livre en Afrique a récompensé mercredi 22 mai 2019 Munyal, les larmes de la patience (éd. Proximité) de la Camerounaise Djaïli Amadou Amal. C’est ce même ouvrage, paru sous le titre Les Impatientes (éd. Emmanuelle Colas), qui vaut aujourd’hui à l’auteure de figurer parmi les quatre finalistes du prix Goncourt aux côtés d’Hervé Le Tellier, Maël Renouard et Camille de Toledo.*

Avec ce troisième roman, après Walaande, l’art de partager un mari  et Mistiriijo la mangeuse d’âmes, l’écrivaine brise à nouveau les tabous en revisitant ses thèmes de prédilection : le mariage précoce et forcé, la polygamie et les droits des femmes.

Ce livre retrace le destin de Ramla, 17 ans, arrachée à son amour pour être mariée de force avec Alhadji Issa, un homme riche et déjà marié. Hindou, sa sœur du même âge, est quant à elle contrainte d’épouser Moubarak, son cousin, alcoolique, drogué et violent. Safira, 35 ans, la première épouse d’Alhadji Issa, voit quant à elle d’un très mauvais œil l’arrivée dans son foyer de la jeune Ramla, qu’elle veut voir répudiée.

Lorsque chacune désire s’opposer aux décisions que les hommes, maris, pères ou oncles leur imposent, un seul conseil leur est donné : « Munyal », qui signifie patience. Cette vertu cardinale de la culture peule, enseignée dès le plus jeune âge et répétée lors du mariage, est une forme d’assignation à tout supporter, y compris les pires violences. Contraintes d’obéir à cette injonction jusqu’à se mettre en danger, ces femmes deviennent ce que la société attend d’elles. Traditions, superstitions et interprétations religieuses les poussent à la soumission.

« Une voix forte, sincère, révoltée »

Le jury de cette première édition était composé de Michèle Rakotoson (Madagascar), Elizabeth Tchoungui, Kouam Tawa (Cameroun), Fawzia Zouari (Tunisie), Mohamed Mbougar Sarr (Sénégal), Yvan Amar, Valérie Marin La Meslée, ainsi que Nicolas Michel, romancier et journaliste, responsable des pages Culture de Jeune Afrique. Présidente du jury, l’écrivaine et poétesse ivoirienne Véronique Tadjo a salué un roman et « une voix forte, sincère, révoltée, servie par une langue qui porte sa culture ».

« L’auteure peint trois destins de femmes, qui nous immergent sans manichéisme dans l’univers étouffant d’épouses aux prises avec la polygamie et les pesanteurs de la tradition », a assuré Véronique Tadjo à Jeune Afrique. « La maîtrise de la construction narrative apporte un souffle nouveau à un thème qui pourrait sembler appartenir au passé, mais qui hélas est encore d’actualité dans beaucoup de nos pays », a-t-elle encore ajouté.

« Dynamiser l’édition africaine »

Pour cette première édition, étaient sélectionnés 59 livres, publiés par 39 maisons d’édition de 16 pays africains. Djaïli Amadou Ama s’est ainsi distinguée parmi une sélection où l’on trouvait notamment Chairs d’argile de la Marocaine Salima Louafa (Afrique Orient), « À l’orée du trépas » du Sénégalais Khalil Diallo (L’Harmattan Sénégal), Même pas mort du Marocain Youssouf Amine Elalamy (Le Fennec), La rue 171 de l’Ivoirien Pierre Kouassi Kangannou (Eburnie), et « L’amas ardent » du Tunisien Yamen Manai (Elyzad).

Cette sélection « reflète les grands enjeux contemporains à la fois universels et africains : religion, terrorisme, condition de la femme, gouvernance, écologie, parmi d’autres », a loué Véronique Tadjo.

Ce prix est destiné à « dynamiser l’édition africaine et à offrir aux auteurs plus de visibilité à l’intérieur comme à l’extérieur du continent », a encore ajouté la présidente du jury. La lauréate recevra ainsi 10 000 euros et bénéficiera d’une campagne de promotion de son ouvrage.

Avec Jeune Afrique par Mabrouck Rachedi