Archive for the ‘Littérature’ Category

Publication de mon livre: La Princesse, le Papillon, l’Abeille et autres contes

juin 17, 2022

Chers Amis et Lecteurs de mon Blog, je vous annonce l’heureuse nouvelle de la publication – au cours de ce deuxième trimestre – de mon livre des contes: La Princesse, le Papillon, l’Abeille et autres contes aux Éditions Cécile Langlois à Paris, le lundi 13 juin 2022.

Vous pouvez l’acheter en ligne, en cliquant sur le lien Les Libraires de France:

https://www.leslibraires.fr/livre/21395639-la-princesse-le-papillon-l-abeille-et-autres-co–bernard-nkounkou-bouesso-editions-lc

Le livre est vendu dans un réseau de 149 Librairies en France au prix de 14 euros.

Les parents et les grands-parents peuvent aussi lire ces contes en compagnie de leurs enfants et petits-enfants comme le fait l’un de mes amis de l’Ontario, au Canada, qui affectionne ces belles histoires très didactiques et pédagogiques.

Bernard NKOUNKOU BOUESSO

Rodney Saint-Éloi : « Le verbe le plus utilisé en Haïti est “partir” »

juin 3, 2022

Éditeur à Montréal, le poète haïtien publie « Quand il fait triste Bertha chante »Et confie l’épuisement de l’espoir dans son pays natal.

Quand il fait triste Bertha chante, paru aux éditions Héloïse d’Ormesson et qui a figuré dans la sélection du prix France Télévisions 2022, est un roman de la vie, même s’il est en forme de tombeau pour une mère disparue trop tôt (72 ans), aux États-Unis, où vivait Bertha. Elle qui ne s’est jamais relevée d’une chute sur les marches de l’église. La mère de l’auteur est une mère courage comme tant d’Haïtiennes, femme noire modeste et travailleuse qui aura quatre enfants de pères différents. Saint-Éloi, né en 1963 dans la petite ville de Cavaillon en Haïti, homonyme de celle du sud de la France, est l’aîné des quatre, fruit d’une union improbable et fugace entre un pharmacien et la jeune Bertha, qui était employée dans sa famille. Choc des classes sociales et une relation père-fils qui tiendra dans la petite enveloppe remise par le premier au second. Une chance, un avenir en vue, dans le quartier, on appelle déjà le petit garçon « docteur », « ingénieur », ou encore « avocat »… Il a la meilleure éducation et le devoir de ne pas décevoir.

Dans ce roman grandement autobiographique, qui s’ouvre sur les obsèques, ô combien, révélatrices de ce que signifie l’exil, on voit grandir celui qui est avant tout poète, avec notamment Nous ne trahirons pas le poème et autres recueils (éd. Points, 2021), qui était une belle entrée en matière. Il est aussi éditeur, installé à Montréal, et a quitté Haïti en 2001. Tout un faisceau de parcours, et de belles leçons de vie, celle de la mère d’abord, éclairent son livre.

« Ne vivez pas trop loin de vos rêves »

De passage à Paris pour installer en France le catalogue de sa maison d’édition Mémoire d’encrier (20 ans l’an prochain !), Rodney Saint-Éloi a réagi au micro du Point sur la situation catastrophique de son pays natal. Car l’auteur de Haïti, kenbe la ! (Haïti, redresse-toi !), écrit à la suite du tremblement de terre de 2010 (aux éditions Michel Lafon), avoue avoir « épuisé l’espoir » et renoncé au fantasme de reconstruire Haïti depuis l’exil. Il revient aussi sur ce que l’enquête du New York Times a tout récemment et puissamment médiatisé dans son enquête : la dette que les Haïtiens ont dû payer aux colons pour prix de leur indépendance (1804), bien à l’origine de leur malheur.

« Je suis très heureux que l’Occident le dise et l’assume : tout le monde en parle, nous le savions… Mais surtout, il n’y a pas que les étrangers, Français et Américains, qui sont responsables : nos élites locales le sont aussi », dit-il, en soulignant que le verbe le plus utilisé en Haïti est « partir ». Il n’en conseille pas moins aux jeunes de ce « pays pourri », comme il le nomme dans son livre, de vivre comme l’un des personnages (vrais) du roman, son grand-père, Tino : « Ne vivez pas trop loin de vos rêves. »

Avec Le Point

Prix Kourouma 2022: Osvalde Lewat succède à Blaise Ndala

mai 26, 2022

Récente intervenante au Pavillon africain lors du Festival du livre de Paris au Palais de l’Éphémère, Osvalde Lewat est consacrée au « Salon du livre en ville autre lieu Genève » pour son premier roman « Les Aquatiques », paru aux Éditions les Escales, en août de l’année dernière.

Salon du livre de Genève 2022, remise du Prix Ahmadou Kourouma à Osvalde Lewat

Remise du Prix Ahmadou-Kourouma à Osvalde Lewat au Salon du livre de Genève 2022

Après la résonnance de la truculente histoire africaine de Blaise Ndala dans son roman « Dans le ventre du Congo », la documentaliste, photographe et réalisatrice native du Cameroun, Osvalde Lewat, se distingue avec un premier roman où elle met en avant une prise de conscience œuvrant pour la liberté.

Elle entre en littérature avec cette œuvre d’une vivacité remarquable, radioscopie de la société camerounaise vue du côté de l’élite et de la grande bourgeoisie. Et ce, à travers les destins croisés de Katmé, épouse bridée d’un homme politique dévoré par l’ambition, et de Samy, le presque frère de l’héroïne, artiste engagé contre le pouvoir en place et homosexuel.

Comment cette femme parviendra-t-elle à se libérer du joug marital, à l’heure où Samy se voit dénoncé et jeté en prison pour son orientation sexuelle, puis livré à la violence des Aquatiques, ces habitants d’un quartier déshérité qu’il a photographiés ?

Tout commence par une scène d’enterrement abracadabrante, celui de la mère de Katmé. Vingt ans après, sa tombe gêne un projet d’autoroute. Qu’à cela ne tienne, son gendre en profite pour créer un événement public en sa faveur… L’auteur procède ainsi, par des situations révélatrices décrites avec humour et acuité.

Fresque sociale, aux personnages et aux dialogues convaincants, ce roman éclaire, par les questionnements d’une Katmé refusant peu à peu de vivre « au rabais de soi-même », ces sociétés africaines où le mariage « c’est entre tradition et modernité » et où la liberté, quelle qu’elle soit, se traduit par la résignation à vivre sans elle ou à en payer le prix.

« Les Aquatiques » est un roman d’apprentissage d’une femme africaine au XXe siècle, entre ombre et lumière.

«  Je n’étais jamais retournée sur la tombe de Madeleine. N’y avais jamais apporté son repas préféré, de l’huile de palme, du sel ou une cruche de vin de raphia. Madeleine, pour autant que je m’en souvienne, préférait le vin rouge. Mais enfin, le vin de raphia, c’est ce que l’on déposait sur la tombe des morts dans le Haut-Fènn « , peut-on lire.

Osvalde Lewat est née le 17 septembre 1979 à Garoua, au Cameroun. En parallèle de ses occupations, elle encourage les jeunes à développer leur vocation artistique et les rapproche également des métiers du septième art et de ceux de l’écriture.

EAN : 9782365696760

304 pages

Prix : 20,00 €

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

Ousmane Sembène, cet inoubliable monstre sacré du 7e art africain

mai 19, 2022

SOUVENIR. Quinze ans après sa disparition, l’œuvre cinématographique et littéraire de Sembène Ousmane garde toute sa force faite d’authenticité et de réalisme.

Sembene Ousmane en 2002. L'oeuvre du cineaste et ecrivain continue de baigner des generations d'Africains dans des problematiques essentielles au continent.
Sembène Ousmane en 2002. L’oeuvre du cinéaste et écrivain continue de baigner des générations d’Africains dans des problématiques essentielles au continent.© Archives du 7e Art / Photo12

Le 9 juin 2007, l’étoile d’Ousmane Sembène s’éteignait à Dakar. Homme révolté et artiste engagé, il n’a eu de cesse, à travers son œuvre, de dénoncer les injustices sociales et les travers humains qui gangrènent les sociétés africaines. Ce cinéaste – et écrivain – autodidacte, internationalement reconnu, dont les combats sont d’une étonnante actualité, demeure sans conteste à ce jour l’un des maîtres du septième art du et sur le continent africain. Rien d’étonnant alors que dix ans après sa disparition, son talent et son engagement soient célébrés à la fois au Sénégal, son pays d’origine, mais aussi dans de nombreux autres pays africains.

De l’enfance à la guerre

De son vivant, Sembène Ousmane était considéré en Afrique comme l’un des écrivains les plus importants, mais aussi comme le plus grand des cinéastes. Il écrivait et filmait la rage au ventre. Une rage puisée dans une vie marquée par les blessures. Moins personnelles que collectives. De celles qui forgent les consciences et font naître les œuvres intemporelles.

Ousmane Sembène naît le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, en Casamance au sud du Sénégal, dans une famille léboue où les hommes sont pêcheurs de père en fils. Rien ne prédestinait alors le jeune Ousmane à devenir « Monsieur Sembène ». D’abord à l’école coranique puis à l’école française qu’il fréquente dès son plus jeune âge, il développe le goût des langues et des mots. Il étrenne également un tempérament frondeur, qui préfigure l’homme révolté qui sommeille en lui. À 13 ans à peine, il est renvoyé de l’école pour avoir giflé son professeur qui voulait l’obliger à apprendre le corse. À 15 ans, il rejoint Dakar alors capitale de l’Afrique occidentale française, Saint-Louis étant alors la capitale du Sénégal.

Ousmane Sembène dans les années 70-80. ©  DR
Rien ne prédestinait Sembène Ousmane à être le grand cinéaste et écrivain qu’il est devenu, lui, le natif de Ziguinchor dans une famille de Lébous, pêcheurs de père en fils.© DR

C’est un premier tournant dans sa vie, qui va en connaître un second, en 1942. En ces temps des colonies, l’Afrique aussi vit sa guerre mondiale à côté des puissances impériales, la France et la Grande-Bretagne, en difficulté face aux troupes de l’Axe. Alors que dans l’Europe lointaine et inconnue, le conflit fait rage, le jeune Ousmane est mobilisé au sein de l’armée coloniale. Il intègre l’un des bataillons de Tirailleurs sénégalais et participe à la guerre au Niger, au Tchad, en Afrique du Nord et en Allemagne. Un moment décisif, car c’est dans la plaie de cette expérience extrême qu’Ousmane Sembène puisera, plus tard, une partie de son inspiration pour nourrir une œuvre naturaliste, à la Balzac ou à la Zola. Une sorte de néo-réalisme africain.

Après l’Europe de la guerre, celle du travail

1948 marque un autre tournant pour cet artiste qui s’ignore encore. Rentré à Dakar à la fin de la guerre, il repart aussitôt en Europe. Il y restera douze ans. Embarqué clandestinement pour la France, il a pris la direction de Paris où il travaille comme maçon et mécanicien dans les usines Citroën ; ce sera Marseille après où il sera embauché comme docker sur le port. Ce sont des années de dur labeur. L’occasion pour lui, surtout, de se forger une conscience sur sa condition d’Africain, de noir et d’ouvrier. De quoi côtoyer des idéologies qui apparaissent à l’époque comme de résistance, résistance de classe, résistance syndicale. C’est ainsi qu’il adhère à la CGT et au Parti communiste français dans ces années 50 où les mouvements d’émancipation africains sont en pleine ébullition. Sa conscience sociale et politique s’aiguisant, le voilà qui milite contre la guerre en Indochine, pour l’indépendance de l’Algérie aussi. Quand en 1960 le Sénégal devient indépendant, c’est l’heure pour Ousmane Sembène de rentrer enfin chez lui, en Afrique. C’est le début d’une nouvelle vie où ont bourgeonné les leçons des expériences passées.

L’artiste engagé éclôt derrière l’homme

Une autre vie donc qui, en réalité, a commencé quelques années plus tôt. Sembène ressent en effet depuis longtemps la nécessité de se « raconter » afin de dénoncer des injustices dont il a été la victime – parfois –, le témoin privilégié – souvent.

En 1956, il publie son premier roman, Le Docker noir, une histoire inspirée de sa vie de prolétaire sur le port de Marseille. Une critique poignante de la condition ouvrière et des préjugés raciaux. Prolixe, il publie en 1957 Ô pays, mon beau peuple, devenu unclassique de la littérature africaine. Ousmane Sembène y relate le combat d’un homme seul, Oumar Faye, jeune Casamançais marié à une Européenne, qui lutte lui aussi, mais en Afrique cette fois-ci, contre les préjugés raciaux. Une peinture sociologique d’une vérité rare… et toujours d’actualité.

Ousmane Sembène et la couverture de son livre "Les bouts de bois de Dieu". ©  DR
Toute l’œuvre de Sembène Ousmane est engagée. Ce qui ne lui a pas toujours facilité la cohabitation avec les autorités de son pays, le Sénégal, et de son premier président, Léopold Sédar Senghor.© DR

En 1960, c’est au tour des Bouts de bois de Dieu d’être publié. Le roman raconte la grève en 1947 des cheminots africains de la ligne de chemin de fer Dakar-Niger, une ligne qui relie Dakar à Bamako. Leur objectif : accéder aux mêmes droits que leurs collègues français. Suivront un peu plus tard Voltaïque (nouvelles, 1961), L’Harmattan (roman, 1963), Le Mandat (récit, 1964), Xala (récit, 1973), Le Dernier de l’Empire (roman, 1981), Niiwam et Taaw (nouvelles, 1987).

Au total, l’œuvre littéraire d’Ousmane Sembène, humaniste et engagée, qui valorise l’histoire et la psychologie des personnages, est riche d’une dizaine de romans et d’essais dans lesquels Boniface Mongo-Mboussa, l’écrivain et critique littéraire congolais, décèle, au-delà d’une « écriture apparemment simpliste et manichéenne, une volonté de toujours donner à voir la complexité du réel, avec une lucidité et une intransigeance qui font souvent défaut aux écrivains africains contemporains ».

La naissance de Sembène, le cinéaste

Retour en 1960. Le cortège des indépendances africaines s’est ébranlé. Ousmane Sembène est rentré sur sa terre natale, à l’instar de nombre d’intellectuels africains qui entendent participer à la construction de leurs jeunes nations. Certains ne tarderont pas à déchanter. En attendant, Sembène parcourt le continent, de l’ouest au centre. C’est alors qu’une petite musique se met à trotter dans sa tête. Une musique faite d’images animées. Celles du cinéma. Voilà sa vocation. Ousmane Sembène sera cinéaste. Depuis ce jour, même s’il ne cessera jamais d’être écrivain, le septième art sera pour lui une obsession. Non pour lui-même – l’art pour l’art –, mais pour dénoncer – les injustices sociales et les travers humains – et donner à voir une autre image de l’Afrique, au-delà des clichés. Une Afrique paradoxale, en pleine mutation, tiraillée entre traditions et modernité. De quoi pour l’homme d’expérience qu’il est faire rimer talent artistique et engagement social et politique. Donc à près de 40 ans, sur le tard, Ousmane Sembène se lance dans la carrière – cinématographique. Dans une Afrique encore largement analphabétisée, il est convaincu que le cinéma, plus que la littérature qu’il chérit tant, lui permettra de toucher un public plus large. Il excellera dans la peinture d’un continent africain, transfiguré et révolté.

Une bourse et des films marquants

En 1962, cet autodidacte décroche une bourse pour étudier le cinéma aux studios Gorki à Moscou, en URSS. Quelques années et quelques courts métrages plus tard, il réalise en 1966 son premier long-métrage – le premier aussi à être réalisé par un cinéaste d’Afrique noire. La Noire de…, c’est son titre, raconte l’histoire émouvante d’une jeune nourrice sénégalaise qui quitte son pays et sa famille pour venir en France, à Antibes, travailler chez un couple. Celui-ci l’humiliera et la traitera en esclave, la poussant finalement au suicide.

Pour Ousmane Sembène, ce coup d’essai est un coup de maître, couronné par le Prix Jean Vigo. Suivront d’autres chefs-d’œuvre, tels que Le Mandat en 1968, une comédie qui croque avec une ironie mordante les travers de la nouvelle classe bourgeoise postcoloniale qui émerge au Sénégal au sortir de l’indépendance (Prix de la critique internationale au Festival de Venise).

Une scène du film "Ceddo" avec Tabata Ndiaye.  ©  Archives du 7e Art / Photo12
Images du film Ceddo de Sembène Ousmane. Avant Ceddo, Sembène Ousmane avait ouvert la voie des cinéastes africains avec des oeuvres remarquées comme La Noire de…, Le Mandat, etc.© Archives du 7e Art / Photo12

En 1979, Ousmane Sembène fait l’expérience de la censure. Dans son film Ceddo, il relate la révolte, à la fin du XVIIe siècle, de guerriers traditionnels (les Ceddos) aux convictions animistes qui refusent de se convertir aux religions monothéistes. Ousmane Sembène y pourfend le rôle de l’islam et du catholicisme dans le délitement des structures sociales traditionnelles avec la complicité de certaines élites locales. L’œuvre est frappée d’une interdiction de diffusion au Sénégal. Le président-normalien Léopold Sédar Senghor justifie cette décision par… une faute d’orthographe. Le terme « ceddo » s’écrirait, selon lui, avec un seul « d ». En réalité, le pouvoir sénégalais ne souhaite pas se mettre à dos les autorités religieuses du pays.

Censuré également, mais en France et de fait cette fois-ci, un autre de ses grands chefs d’œuvre, le magistral Camp de Thiaroye. Une dénonciation d’un des épisodes les plus sombres de l’armée coloniale française en Afrique : le massacre de Tirailleurs sénégalais par des gradés français le 1er décembre 1944 dans le camp militaire de Thiaroye, à la périphérie de Dakar. Un vibrant hommage à ces Africains « morts pour la France libre ». Le film, Grand Prix du Jury à Venise en 1988, ne sera finalement diffusé en France que bien des années plus tard.

En 2000, Ousmane Sembène s’attaque à la réalisation d’un triptyque sur l’héroïsme au quotidien. Les deux premiers opus sont une ode à la femme africaine, dont l’artiste dénonce la condition. Dans Faat Kiné (2000), il brosse le portrait croisé de trois générations de femmes qui luttent pour gagner leur autonomie et leur liberté. Dans Moolaadé (2004), il évoque le conflit de valeurs entre le droit à la protection et la « salindé », la pratique traditionnelle de l’excision. Quatre fillettes, qui fuient pour échapper à cette coutume, trouvent refuge auprès d’une femme qui leur offre l’hospitalité (le moolaadé) malgré les pressions conjointes du village et de son mari. Un long métrage sanctionné par une pluie de récompenses (Prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine, Prix « Un certain regard » à Cannes, prix spécial du jury au festival international de Marrakech, etc., le tout en 2004). Il n’aura pas eu le temps de finir le troisième tableau.

L'affiche du film "Mooladé" en 2004. ©  Archives du 7e Art / Photo12
Affiche de Moolaadé de Sembène Ousmane. À l’image de ses précédents films, cet opus  plonge dans des univers que les Africains peuvent reconnaître.© Archives du 7e Art / Photo12

Au final, l’œuvre cinématographique d’Ousmane Sembène, forte d’une quinzaine de films, s’est inscrit dans le prolongement de son œuvre littéraire dont elle est en partie l’écho. L’artiste y a dénoncé, avec la même verve, les conflits entre dominants et dominés (blancs-noirs, bourgeois-prolétaires, hommes-femmes) et a invité à une inlassable quête d’émancipation, pour les peuples comme pour les individus.

Un cinéaste, un promoteur du 7e art

Militant, Sembène l’est aussi quand il s’agit de promouvoir l’art cinématographique en Afrique. Tout au long de sa longue carrière, il prendra une part très active dans la promotion du Fespaco, le célèbre festival de cinéma africain. En remerciement, une avenue porte désormais son nom à Ouagadougou au Burkina Faso, où le festival se déroule chaque année. Sembène se rendra aussi régulièrement de village en village, de pays en pays, parcourant l’Afrique, pour montrer ses films et engager le débat avec les populations. En 2006, au crépuscule de sa vie, il reçoit les insignes d’officier dans l’ordre de la Légion d’honneur de la République française.

Le réalisateur Ousmane Sembène, 82 ans, pose le 18 février 2005 dans son bureau à Dakar.  ©  SEYLLOU / AFP

Une reconnaissance honorifique, mais hautement symbolique, qui vient consacrer le talent de l’artiste, mais aussi la bravoure du Tirailleur sénégalais.

Malgré les années, une source d’inspiration

Le 9 juin 2007, Ousmane Sembène s’est éteint à l’âge de 84 ans à son domicile de Yoff à Dakar. Clap de fin sur une vie d’une rare épaisseur. L’artiste laisse derrière lui une œuvre puissante, engagée, d’une étonnante actualité. Une œuvre magistrale, à la fois très africaine et universelle, à la liberté de ton, sans commune mesure aujourd’hui. Une œuvre sombre et joyeuse à la fois. « On rit beaucoup dans les œuvres de Sembène », dit son biographe, Samba Gadjigo, professeur de littérature africaine aux États-Unis. « Et après avoir ri, on se pose des questions et on avance ». Pas de doute, quinze ans après sa mort, Ousmane Sembène garde toute sa force d’inspiration.

Avec Le Point avec AFP

Canada-Québec: L’écrivain François Blais est mort

mai 15, 2022
François Blais, signant un livre.

François Blais a signé son premier roman «Iphigénie en Haute-Ville» en 2006. Photo : Soumise par L’Instant Mêmée

L’écrivain François Blais est décédé, a annoncé dimanche la maison d’édition L’instant même. Il avait 49 ans.

Né à Grand-Mère, en Mauricie, l’auteur a été remarqué dès son premier roman, Iphigénie en Haute-Ville, publié en 2006 alors qu’il habitait à Québec. Celui-ci a été finaliste pour le Prix des libraires du Québec, le Prix France-Québec et le Prix Senghor de la création littéraire.

Son roman Document 1 (2012), également finaliste aux Prix des libraires du Québec, a lui aussi marqué les esprits, cristallisant son style décapant et sa tendance à mettre en scène des personnages non conformistes.

Dans une certaine mesure, nous avons un peu l’impression d’avoir grandi avec lui, invités à partager son univers à la fois cynique et tendre, a écrit L’instant même sur Facebook, qui a publié une dizaine de livres de François Blais, dont son tout premier roman.

« Le monde des lettres québécois est plus riche, plus vibrant et plus beau parce que François a osé en ébranler quelques fondations. »— Une citation de  La maison d’édition l’Instant même, sur Facebook

Le comédien Rémi-Pierre Paquin a lui aussi rendu hommage à son ami sur les réseaux sociaux.

Tu me faisais vraiment rire. Peut-être que la façon dont les fils étaient branchés dans ta tête t’amenait un peu de misère à supporter tout ça, mais ben égoïstement, ça faisait de toi un être vraiment le fun à côtoyer. Un être fascinant, brillant, lucide et crissement drôle, a-t-il écrit.Montage photo du portrait de l'auteur avec la couverture du livre.

Dans les dernières années, François Blais avait développé un goût pour la littérature jeunesse. « Lac Adélard », publié en 2019, a notamment remporté un Prix des libraires du Québec dans la catégorie 12-17 ans. Photo: La Courte Échelle, Marie Blais

Inspiré par sa région natale

François Blais, qui a également jonglé avec les métiers de traducteur et de concierge, a ancré plusieurs de ses histoires dans sa Mauricie natale, où il était retourné habiter il y a quelques années.

Mentionnons son roman La classe de madame Valérie, publié en 2013, qui raconte l’histoire d’un groupe d’élèves de l’école primaire Laflèche à Grand-mère, et qui a été finaliste au Prix des libraires du Québec.

Séduit par la littérature jeunesse en 2016, le discret romancier a aussi publié quatre livres pour enfants aux éditions Les 400 coups.

Son Livre où la poule meurt à la fin (2017), dont Valérie Boivin signe les illustrations, a d’ailleurs remporté un Prix des libraires du Québec dans la catégorie 6-11 ans. Lac Adélard (2019), illustré par Iris, a gagné le même prix, catégorie 12-17 ans, en 2021.

Au cours de sa carrière, François Blais a publié une quinzaine de livres

Avec Radio-Canada

Concours d’essai : la fondation Goi peace et l’Unesco accordent la parole à la jeunesse

avril 23, 2022

L’édition 2022 du concours international d’essai « Goi peace/Unesco » est ouverte à toute personne âgée de 25 ans, au maximum, au 15 juin, date limite de candidatures.

L’affiche du concours/DR

Depuis 2013, la fondation Goi peace, en partenariat avec la commission japonaise de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), organisent le concours international de rédaction en faveur des jeunes du monde entier. Cette initiative permet de ressortir et mettre en avant l’énergie, l’imagination et la volonté des jeunes à promouvoir une culture de paix et du développement durable. Elle contribue également à inciter la société à apprendre des jeunes esprits et à réfléchir à la façon dont chacun peut faire une différence dans le monde.

Cette année, le thème retenu est « Mes valeurs ». Pour les participants, comme le soulignent les organisateurs dans l’appel à candidatures, il s’agit de cerner que « nos valeurs déterminent notre façon de penser et d’agir, et elles façonnent la société dans laquelle nous vivons. Quelles sont les valeurs qui vous sont chères ? Comment pouvez-vous vivre au mieux votre vie en accord avec ces valeurs et, ce faisant, quel type de société, espérez-vous créer ? ».

Au programme, deux catégories en compétition : enfants (jusqu’à 14 ans) et jeunes (15 à 25 ans). Les candidatures peuvent être soumises personnellement par le candidat ou par les enseignants et directeurs d’école. A ce propos, les organisateurs exigent que les dissertations soient originales et non publiées ; écrites par une seule personne, car les essais rédigés en collaboration ne sont pas acceptés ; soumises uniquement en ligne et non par courrier postal ou électronique. En cela, chaque postulant est invité à se rendre sur la page d’inscription en ligne et suivre les étapes requises.

Pour chaque catégorie, un premier prix sera attribué au lauréat qui recevra un certificat, une somme de 100 000 yens (environ 472 966 FCFA) et un cadeau. Pour le deuxième prix, le jury récompensera deux participants de chaque catégorie à travers un certificat, une enveloppe de 50 000 yens (environ 236 483 FCFA) et un cadeau. Le troisième prix, dont bénéficieront cinq participants, sera constitué d’un certificat et d’un cadeau. A cela s’ajoute « la mention honorable », destinée à vingt-cinq participants, qui comprendra un certificat et un cadeau ; ainsi que des prix supplémentaires (prix de la meilleure école, prix d’encouragement à l’école) qui pourront être décernés, le cas échéant.

A en croire les organisateurs, les gagnants du 1er au 3e prix seront invités à la réunion des gagnants qui se tiendra en ligne. Tous les gagnants seront annoncés, le 31 octobre, sur le site web du concours. Les certificats et les cadeaux seront envoyés aux gagnants en décembre.

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

Droits d’auteur : les artistes congolais invités à déclarer leurs œuvres

avril 15, 2022

Réuni le 14 avril à Brazzaville en session inaugurale, le Comité de direction du Bureau congolais des droits d’auteur (BCDA) a demandé aux créateurs et inventeurs d’œuvres d’esprit de les protéger afin de profiter des acquis en vigueur.

Les membres du Comité de direction/Adiac

La place et le rôle des artistes ont été évoqués à la session inaugurale du Comité de direction du BCDA. Selon son président, Philippe Kanga, il est nécessaire que toutes les conditions soient réunies pour garantir un bon fonctionnement à cette structure.

 « Nous invitons les artistes congolais à se faire enregistrer et à déclarer leurs œuvres au BCDA. Toutefois, ils doivent travailler et toujours travailler pour produire des œuvres susceptibles de contribuer à l’épanouissement de notre société. Ce n’est qu’au prix du travail bien fait qu’ils bénéficieront des droits d’auteur », a-t-il signifié.

Philippe Kanga a aussi invité les utilisateurs des œuvres d’esprit à payer régulièrement les droits d’auteur.  Une manière de permettre aux créateurs de tirer profit du fruit de leur travail. D’ailleurs, dans les prochains jours, un répertoire des partenaires du BCDA sera publié afin de les pousser à payer les droits d’auteur.

Au cours des débats, les participants ont abordé plusieurs points portant, entre autres, sur le programme d’activité et le budget de l’années en cours.  Selon le communiqué final, le budget du BCDA est arrêté en recettes et en dépenses à la somme de 322 115 000 FCFA.

Les participants ont profité de l’occasion pour faire des recommandations concernant la mutation du BCDA tout en l’adaptant à l’évolution du monde. « Eriger le BCDA en une direction générale, mener un plaidoyer auprès des ministères en charge des enseignements en vue de percevoir les redevances des droits d’auteur en faveur des écrivains, engager une perception forcée de la redevance des droits d’auteur et des droits voisins auprès des usagers réfractaires puis exiger des agents déserteurs la reprise de service sous peine d’une sanction  disciplinaire», sont parmi les recommandations contenues dans le communiqué final.

Notons que le BCDA n’est pas seulement l’exclusivité des artistes musiciens mais s’ouvre aussi à toutes les catégories d’artistes littéraires, graphistes, plasticiens, logiciels, quelle que soit leur forme orale ou écrite.

Avec Adiac-Congo par Rude Ngoma

Prix des cinq continents de la Francophonie: Karim Kattan lauréat 2021

mars 31, 2022

Depuis le 16 décembre de l’année dernière, la délibération du jury international du Prix des cinq continents avait désigné l’écrivain palestinien, Karim Kattan, lauréat 2021, pour son premier roman « Le palais des deux collines » (Elyzad, 2021). Une mention spéciale avait été décernée à Miguel Bonnefoy pour son roman « Héritage » (Rivages, 2020).

Myriam Senghor encadré par l’écrivain palestinien Karim Kattan et Miguel Bonnefoy / Crédit photo Marie Alfred Ngoma

Sur invitation de Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de la Francophonie, pour cette 20e édition, la cérémonie de remise du prix s’est déroulée finalement au siège parisien de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), salle Senghor, dans la matinée du 31 mars en présentiel et sur les réseaux sociaux,  alors qu’elle était initialement prévue le 20 mars à Dubaï, aux Émirats arabes unis, en marge de la Journée internationale de la Francophonie.

En présence de la secrétaire générale de l’OIF, la cérémonie, digne des festivités d’un vingtième anniversaire, a connu des instants d’évocation, entre bilan et perspectives. Un vibrant hommage a été rendu à l’académicien René de Obadia, 1918-2022, ancien membre du jury du Prix des cinq continents, décédé cette année.

Paru en janvier chez l’éditeur tunisien Elyzad, « Le palais des deux collines » raconte le parcours de Faysal, un trentenaire qui retourne à Jabalayn, son village natal, en Palestine. Ce villageois, issu d’une famille bourgeoise décimée, vit dans le palais des deux collines où ressurgissent le fantôme de sa grand-mère, les secrets de ses proches ainsi que son propre passé. Alors que le pays est envahi par les colons israéliens, Faysal reste enfermé chez lui, perdant peu à peu le sens de la réalité.

Le jury international, présidé par Paula Jacques, a été séduit par « la langue poétique et un art du récit mêlant dérision, humour et colère contenue, d’une grande originalité. » En parallèle, il a décerné une mention spéciale à Miguel Bonnefoy pour son roman « Héritage », publié en août 2020 aux éditions Rivages. La saga familiale, également honorée du prix des libraires 2021, met en scène plusieurs générations de Lonsonier installées au Chili au cours du XXe siècle.

« C’est un récit qui ne fait jamais concession des horreurs de la période qu’il décrit, mais réussit à transcender l’absurdité de la violence à travers le parcours de ses personnages. Magnifique écriture mêlant à la fois le réel et le fantastique« , estime le jury.

Créé en 2001 sous l’égide de l’OIF, le prix est doté d’un montant de 15 000 euros pour le lauréat et de 5 000 euros pour la mention spéciale. La récompense met en lumière « des talents littéraires reflétant l’expression de la diversité culturelle et éditoriale en langue française sur les cinq continents.« 

Lors de la cérémonie de la vingtième édition, les lauréats ont salué le travail effectué par les comités de lecture. Ce sont ses membres, au sein de l’espace francophone, qui apportent leur appréciation et présélectionnent les œuvres parmi les ouvrages concourant au Prix des cinq continents, qui sont ensuite soumis au jury.

Pour le Congo, l’Association culture elongo (Culture pour tous) effectue ce travail en amont. Elle est présidée par Blaise Bilombo et composée de Bénédicte de Capèle, Omer Massoumou et Emilie Eyala. Son action est soutenue par Les Dépêches de Brazzaville, premier quotidien du Congo et ardent défenseur de la littérature francophone.

Biographie du lauréat

Karim Kattan est un écrivain palestinien, né à Jérusalem. Il est docteur en littérature comparée, écrit en anglais et en français. Avant son premier roman « Le Palais des deux collines », il a publié « Préliminaires » pour un verger futur aux Éditions Elyzad en 2017. Ce recueil de nouvelles a été finaliste du Prix Boccace de la nouvelle en 2018.

Outre le Prix des cinq continents de la francophonie 2021, son premier roman est, de surcroît, retenu dans la sélection du Prix hors concours, du Prix Marie-Claire Blais 2023, finaliste du Prix Senghor du premier roman francophone, du Prix Mare Nostrum, et du Prix Alain-Fournier.

Ses textes en anglais sont parus dans de nombreuses publications dont The Paris Review, Strange Horizons, The Maine Review, The Funambulist, +972 Magazine, ou encore Fantasy and Science-Fiction.

Ils ont également été présentés dans de nombreux espaces d’art, dont la Biennale de Venise en 2019, la Biennale d’architecture de São Paulo, Bétonsalon (Paris), la Fondation MMAG (Amman), le Kaaitheater (Bruxelles), ou encore le Berlinale Forum (Berlin).

À propos du jury

Composé de quinze écrivain(e)s de renom et d’un membre d’honneur, originaires de tout l’espace francophone, le jury du Prix 2021 a été présidé par Paula Jacques (Égypte-France) et a réuni Jean-Marie Gustave Le Clézio (France-Maurice)Prix Nobel de littérature; René de Obaldia de l’Académie française (Hong Kong)Lise Bissonnette (Canada-Québec); Vénus Khoury-Ghata (Liban); Liliana Lazar (Roumanie);  Wilfried N’Sondé (Congo-France); Lyonel Trouillot (Haïti); Abdourahman Waberi (Djibouti); Jun Xu (Chine); Beata Umubyeyi Mairesse (Rwanda-France), lauréate du prix 2020; Mohammed Aïssaoui (France-Algérie); Victor Comte (Suisse), lauréat 2020 du Prix du jeune écrivain; Binta Tini, représentante de l’Association internationale des libraires francophones; et Fawzia Zouari (Tunisie-France), représentant le Parlement des écrivaines francophones.

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

Victor Guilbert, le lauréat du prix « Le Point » du Polar européen

mars 30, 2022

Avec « Terra Nullius » (Hugo et Cie), le Français Victor Guilbert, qui nous emmène dans une décharge à ciel ouvert, remporte la 20e édition de ce prix.

Victor Guilbert, photographié le 19 mars à Manhattan, où il vit.

Le jury

Jean-Louis Debré Ancien ministre, ancien président du Conseil constitutionnel (président du jury)

Hannelore Cayre Écrivaine, lauréate 2017 du prix

Jacques Dupont Le Point

Irène Frain Écrivaine

René Frégni Écrivain

Julie MalaureLe Point

Christophe Ono-dit-Biot Le Point

François Pirola Ancien président du festival Quais du polar

Le lauréat « Terra Nullius », de Victor Guilbert PAR JEAN-LOUIS DEBRÉ 

« J’ai choisi d’aller à contre-courant de l’actualité et de situer ce polar sur un territoire que personne ne revendique : une décharge sauvage, coincée entre la France et la Belgique, près d’un bidonville, que chacun ignore. » Voilà ce que Victor Guilbert nous dit de ces « hectares de la honte », qui ne sont pourtant pas des territoires sans vie ni sans histoires. Pour les enfants qui y vivent, cette poubelle à ciel ouvert est « leur normalité », poursuit le jeune romancier. Ils sont comme ces lions qui naissent dans les zoos et qui ne verront jamais la savane, analyse Mani, « la cheffe du camp » qui jouxte la décharge.

Hugo Boloren, un petit flic parisien, désabusé, neurasthénique, qui accompagne sa mère à Lille pour consulter un spécialiste de la maladie d’Alzheimer, apprend par la radio qu’un gamin d’une dizaine d’années, Jimcaale, vient de se faire sauvagement agresser dans cette décharge alors qu’il arborait une armure de tôle ondulée et une marmite à confiture transformée en casque en guise de déguisement. On dit de ce garçon qu’il était à la recherche d’un trésor. Mais qu’est-ce qu’un trésor dans une décharge abandonnée des hommes ?

« Terra Nullius » (Hugo Thriller, 320 p., 19,95 €). En poche : « Douve » (J’ai lu, 352 p., 8 €).Extrait« Jim était un chouette gamin, aimé de tous. Il était le rayon de soleil dans l’enfer de cet endroit. »

Dante. La mort de l’enfant succède à trois meurtres non élucidés. Le mystère restant entier, Boloren et deux de ses collègues décident de s’y aventurer, pour « voir ». C’est le début d’une enquête passionnante, de rencontres avec une galerie de personnages mystérieux, d’une vague de haine à la surface de cette mer de rebuts et de rivalités profondes. On sait aussi depuis Douve, la première enquête du flic Hugo Boloren, parue l’an passé, qu’il faut se garder de toute conclusion hâtive.

Le fait d’être dramaturge et auteur de nouvelles permet à Guilbert de montrer un formidable sens du texte. On se prend à noter des saillies, pour leur poésie, ou pour leur écho intime avec quelque vérité universelle. Terra Nullius, ces terres oubliées à la frontière belge, cette cour des Miracles des indigents, des cabossés, peut se lire comme un polar, mais aussi comme un conte. Avec ses personnages de fable, comme dans un film de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet. C’est un voyage avec ses étapes, ses épreuves, que Boloren doit passer, et dépasser, pour progresser, tel Dante dans les neuf cercles de l’Enfer. On pourrait dire que l’on souhaite à cet auteur de 38 printemps basé à New York une longue et belle carrière, mais on la lui prédit, pour sûr, spectaculaire.

Avec Le Point

« Un chant écarlate » : le dernier roman de Mariama Bâ, plus actuel que jamais

mars 26, 2022
Mariama Bâ © Jörg Schmitt/picture alliance via Getty Images

Le deuxième livre de l’écrivaine et militante féministe sénégalaise paraît pour la première fois en France. Un ouvrage moins connu qu’« Une si longue lettre », mais tout aussi moderne.

Sa Si longue lettre est devenu un classique de la littérature au Sénégal et a éveillé des générations de féministes sur le continent et au-delà. Mais c’est l’autre roman, moins connu, de Mariama Bâ, Un chant écarlate, qui a réellement bouleversé la journaliste afropéenne Axelle Jah Njiké. « Il a scellé dans mon cœur mon admiration pour son œuvre », confie-t-elle en prologue d’une nouvelle édition de l’ouvrage proposée par la jeune maison Les Prouesses. Si le deuxième et dernier livre de cette figure militante de la littérature sénégalaise, publié à titre posthume en 1982, a déjà été traduit en sept langues et réédité cinq fois dans son pays d’origine, c’est la première fois qu’il est accessible aux lecteurs français, belges et suisses.

Mariages broyés

L’ombre du racisme plane très vite sur l’idylle dakaroise entre Mireille, fille de diplomate français, et Ousmane, rejeton d’un ancien tirailleur pauvre et invalide. Elle doit affronter son père – « bien sûr qu’on peut fraterniser avec le Nègre mais on ne l’épouse pas », tonne-t-il. Lui sait parfaitement que « choisir sa femme en dehors de la communauté est un acte de haute trahison ». Qu’importe, les deux amants, sûrs de leurs sentiments, finissent par mettre leurs familles respectives devant le fait accompli de leur mariage. Mais les différences culturelles vont bientôt peser de tout leur poids sur leur histoire. Mireille s’adapte mal à la vie en communauté, au manque d’intimité, à des comportements épinglés crûment par Mariama Bâ.

Pour cette lébou musulmane, née à Dakar en 1929 dans une famille aisée, les unions mixtes semblent condamnées dès la racine. « On ne bâtit pas l’avenir sur des passés sans liens. Tant de ménages mixtes sont broyés par l’incompréhension », fait-elle dire à Boly, l’ami de Ousmane. Au point que, rapporte sa fille et biographe Mame Coumba Ndiaye dans la postface, son « chant » est apparu intolérant à certains critiques de l’époque. La principale intéressée, décédée à 52 ans d’un cancer, n’a jamais pu répondre. Elle qui a vu ses trois mariages se briser « ne fait que brosser la dure et affreuse réalité de ce qui survient souvent aux femmes quand elles ont tout délaissé pour consacrer leur vie entièrement à un homme », considère sa fille.

« Un chant écarlate » de Mariama Bâ, éditions Les Prouesses, 312 pages, 22 euros. © DR
« Un chant écarlate » de Mariama Bâ, éditions Les Prouesses, 312 pages, 22 euros. © DR

Femmes complices

Tout comme Aissatou, Ramatoulaye et Jacqueline dans Une si longue lettre, Mireille se retrouve confrontée à deux épreuves universelles : l’échec de l’amour, et surtout, la violence du patriarcat. Un ensemble de règles sociales dont s’accommode son époux, mais aussi perpétuées par les femmes elles-mêmes. N’est-ce pas la belle-mère, Yaye Khady, qui se lamente ainsi : « Moi qui rêvais d’une bru qui me remplacerait aux tâches ménagères, voilà que je tombe sur une femme qui va emporter mon fils. Je crèverai, debout dans la cuisine. » N’est-ce pas avec le concours d’autres femmes qu’Ousmane trompe son épouse avec une autre ?

ELLE FUT L’UNE DES PREMIÈRES AMBASSADRICES DE LA SORORITÉ AVANT MÊME QUE LES FÉMINISTES NE S’EMPARENT DE CE TERME

« Mariama Bâ dénonçait les trahisons dont nous nous rendions parfois complices, si ce n’est coupables, les unes envers les autres, avec l’espoir de nous encourager à une meilleure considération, les unes pour les autres », souligne Axelle Jah Njiké. Elle fut sans doute l’une des premières ambassadrices de la sororité avant même que les féministes ne s’emparent de ce terme, notamment popularisé par la militante africaine américaine Bell Hooks en 1986.

« Prendre notre destin en main »

En 1980, alors qu’elle reçoit à Francfort le prix Noma de publication en Afrique pour son premier ouvrage devenu best-seller, cette militante pour l’éducation et les droits des femmes prononce un discours loin d’avoir atteint l’obsolescence : « Les injustices persistent, les ségrégations continuent malgré les beaux discours et toutes les louables intentions. Dans la famille, dans les institutions, dans la rue, les lieux de travail, les assemblées politiques, les discriminations foisonnent. Comment ne pas prendre conscience de cet état de chose agressif ? (…) C’est à nous, femmes de prendre notre destin en main pour bouleverser l’ordre établi à notre détriment et ne point le subir. »

Quelques mois après, alors qu’elle se meurt, l’écrivaine fait modifier la fin tragique d’Un chant écarlate juste avant impression, laissant finalement une chance à Ousmane. Celle pour les hommes d’assumer aussi leurs responsabilités et de faire bouger les lignes ?

Avec Jeune Afrique par Julie Gonnet