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Littérature: Mariette Navarro reçoit le Prix Senghor 2022 du premier roman francophone

septembre 26, 2022

Le prix de la 17e édition Senghor du premier roman francophone a été attribué, le 20 septembre, à Mariette Navarro, pour « Ultramarins«  (Quidam, 2021). La cérémonie de remise officielle se tiendra à la brasserie La Rhumerie, à Paris, le 28 septembre.

Mariette Navarro

Mariette Navarro

Depuis le 20 septembre dernier, le lauréat du Prix Senghor est connu. À la majorité des voix, le jury, réuni à Paris, l’a attribué à la dramaturge, poétesse et primo-romancière Mariette Navarro pour son premier roman « Ultramarins »  publié par Quidam éditeur.

Ce prix est doté de 1000 euros. Outre l’hommage au célèbre poète-président sénégalais, cette distinction récompense des primo-romanciers, d’expression française, dont les œuvres sont jugées de « beauté et de qualité ».

Également en compétition, Philippe Marczewski, pour « Un corps tropical » Ed. Inculte (Belgique), a obtenu le Prix de la Mention spéciale du jury. Tandis que Doan Bui s’est vu distinguer par le Prix Mention du jury pour son roman « La Tour » Ed. Grasset (Vietnam-France).

L’histoire de « Ultramarins » se passe à bord d’un cargo qui traverse l’Atlantique où l’équipage décide un jour, après l’accord inattendu de la commandante de bord, de s’offrir une baignade en pleine mer, totalement gratuite et clandestine. De cette baignade, à laquelle seule la commandante ne participe pas, naît un vertige qui contamine toute la suite du voyage.

D’un côté, il y a le groupe des marins – personnage pluriel aux visages et aux voix multiples – et de l’autre la commandante, peu sujette aux écarts de parcours. Tous partagent soudain leur difficulté à retrouver leurs repères et à reprendre le voyage tel qu’il était prévu. Du simple voyage commercial, on glisse dans l’aventure. N’y a-t-il pas un marin de plus lorsque tous remontent à bord ? Le bateau n’est-il pas en train de prendre son indépendance?

L’auteure explique: «L’écriture de ce texte est née d’une résidence en cargo à l’été 2012, mais il ne s’agit pas ici de faire le récit de ce voyage ni de tenir un journal de bord. J’ai plutôt essayé, dans les années qui ont suivi, de refaire ce voyage de façon littéraire et subjective, en cherchant la forme d’écriture propre à cette expérience, au trouble physique qu’on peut ressentir sur la mer. Le roman m’a permis d’aller explorer les profondeurs de cette « désorientation » physique et intime. La commandante ne plonge pas avec ses marins, pourtant, elle perd pied tout autant qu’eux au cours de la journée qui suit, et découvre des dimensions insoupçonnées au bateau qu’elle croyait commander.»

Mariette Navarro, déjà récompensée cette année lors du Livre à Metz par le Prix Frontières-Léonora Miano, est née en 1980. Elle est dramaturge et intervient dans les écoles supérieures d’art dramatique. Depuis 2016, elle est directrice, avec Emmanuel Echivard, de la collection Grands Fonds des éditions Cheyne, où elle est l’auteure de « Alors Carcasse » (2011, prix Robert Walser 2012), « Les chemins contraires » (2016). Et chez Quartett, de 2011 à 2020, des pièces de théâtre « Nous les vagues »,« Les célébrations », « Prodiges », « Les Feux de poitrine », « Zone à Etendre », « Les Hérétiques », « Désordres imaginaires ».

Membres du jury international du Prix Senghor

Président d’honneur : Pierre Vanderstappen, responsable littéraire au Centre Wallonie-Bruxelles (CWB) Paris ;

Lise Gauvin: auteure, essayiste et chercheure en littérature francophone (Québec) ;

Isabelle Colin: conservatrice au Réseau des bibliothèques de la ville de Paris ;

Caroline Moulin-Schwartz: bloggeuse littéraire et responsable cyber sécurité ;

Élisabeth Lesne: éditrice, ex-responsable du prix littéraire de la Porte dorée ;

Tchisseka Lobelt: directrice du livre et lecture Guyane, journaliste (Guyane) ;

Anne-Isabelle Tremblay: bibliothèque universitaire Gaston-Miron – Etudes québécoises (Paris 3 Sorbonne) ;

Sonia Dechamps: journaliste, directrice de collection, co-directrice artistique du festival internationale de la bande dessinée d’Angoulême ;

Dominique Loubao: ingénieure Interculturelle, responsable du Prix Senghor ;

Eugène Fresnel: professeur de littérature française ;

Nicolas Forest: bibliothécaire à la bibliothèque Landowski (Boulogne-Billancourt).

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

Livre : Le retour du conte dans la littérature congolaise avec La Princesse, le Papillon, l’Abeille et autres contes (1) de Bernard NKOUNKOU BOUESSO

septembre 21, 2022

CONGO. Pousser les enfants et les amateurs du conte à s’intéresser aux livres fondés sur le fantastique et le merveilleux, voilà une option que semblent oublier les écrivains congolais de la nouvelle génération.

Il y a quelques années, des écrivains tels Guy Menga et Caya Makhélé nous faisaient découvrir la littérature de jeunesse à travers le conte. Avec le premier, les enfants pouvaient se délecter avec Les aventures de Moni Mambou de Guy Menga aux éditions Clé tandis que le second nous offrait Une vie d’éléphant à l’edicef. Aujourd’hui, quelques auteurs de notre époque comme Liss Kihindou avec Mwanna la petite fille qui parlait aux animaux, éditions L’Harmattan et Bernard Nkounkou Bouesso avec La Princesse, le Papillon, l’Abeille, éditions LC de Paris se révèlent comme héritiers de Guy Menga et de Caya Makhélé, pour nous replonger dans le conte.

Trois petites histoires constituent le petit ouvrage de Bernard Nkounkou Bouesso, trois textes assez brefs et succincts pour s’adapter à la perception des amateurs des livres qui aiment parfois que l’on leur raconte des histoires qui se fondent sur le fantastique et le merveilleux.

C’est le texte intitulé « L’Écureuil, la Corneille et l’Érable » qui ouvre la lecture de l’ouvrage de Bernard Nkounkou Bouesso. Rencontre de l’Écureuil avec une Corneille au niveau des branches de l’Érable. Se crée une ambiance amicale entre les trois protagonistes malgré la plainte de l’Érable qui se voit martyrisé par la neige de l’hiver. Malade, la Corneille sera soignée par son ami l’Écureuil qui va l’héberger chez lui avant qu’ils puissent prendre la route du Parc des Pins. Et l’auteur de résumer cette belle histoire, en affirmant que « depuis lors, l’Écureuil et la Corneille avaient tissé une fidèle amitié sur les branches de l’Érable sans se battre comme deux ennemis (…). La couleur des poils, des plumes et de la peau ne peut pas être un obstacle pour l’amitié et la compagnie dans le monde des vivants ».

Dans le deuxième conte, nous sommes en présence du Grillon qui vient de s’apercevoir qu’une partie de son champ de légumes a été dévastée au moment où il comptait en vendre deux sillons. Son amie La Luciole qui le surprend dans son désarroi, va l’aider à découvrir l’auteur de son malheur. Quelle surprise pour elle en apprenant que c’est son meilleur ami l’Escargot, celui-même qui était avec lui au mariage du Crapaud à l’île Tsoukoula, qui est à l’origine de son malheur. C’est La Luciole qui, avec ses larves, va mettre fin à l’existence de l’Escargot. Ce dernier ne pourra plus mettre en exécution son intention de détruire les champs de légumes restants du Grillon. Conclusion moralisante de l’auteur : « Chacun de nous dans la nature a son rôle et la nature sait les choses devant le désespoir d’une situation alarmante ».

Du conte éponyme de cet ouvrage, nous découvrons enfin un univers spatiotemporel dans lequel évoluent enfin l’humain (La Princesse et son prince) et deux insectes appelés couramment « Papillon » et « Abeille ». C’est l’histoire d’une princesse martyrisée par son prince après leur mariage quand ils rentrent d’un voyage de noces sous le soleil des Caraïbes. Aussi, le désespoir la pousse à aller se reposer dans un jardin public où va la surprendre Le Papillon. Aidée par celui-ci en complicité avec la « Fourmi docteur », l’Abeille, et le Saule pleureur, la Princesse va retrouver sa beauté et la joie de vivre. Et quand ses amis la ramènent au palais, notre prince ne croit à ses yeux : le spectacle dressé devant lui est éblouissant, à la grande satisfaction du Papillon et de l’Abeille, les deux amis de la Princesse. L’amour renaît alors entre les deux tourtereaux qui auront des triplés, au grand bonheur des enfants des Caraïbes qui l’avaient souhaité.

À la manière de Jean de la Fontaine au XVIIe siècle qui moralise l’homme à travers la société des animaux, Bernard Nkounkou Bouesso a réalisé trois contes pour inciter les hommes à prendre conscience des relations sociales et sociétales. Et comme les fables de la Fontaine, l’auteur a terminé ses trois textes par des leçons de morale implicites : tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir dans toute chose. La Princesse, Le Papillon, l’Abeille et autres contes, un ouvrage écrit dans une langue soutenue, des contes dont la lecture respecte l’imaginaire des enfants ainsi que celui de leurs parents. Et comme le souligne les éditions LC, « ce recueil de contes pour adultes, de création nouvelle aux allures de fables, poétiques regorge de leçons de vie et de valeurs morales ».

Avec Pagesafrik.com

Par Noel Kodia Ramata

Docteur en littérature française de l’Université de Paris IV Sorbonne, il a enseigné les littératures française, congolaise et francophone à l’Ecole Normale Supérieure de Brazzaville. Essayiste, romancier, poète et critique littéraire, il est l’auteur du premier Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises dans le domaine du roman.

Rentrée littéraire: coup d’envoi des prix d’automne

septembre 5, 2022
Rentree litteraire: coup d'envoi des prix d'automne
Rentrée littéraire: coup d’envoi des prix d’automne© AFP/Archives/JOEL SAGET

Les prestigieux prix littéraires d’automne donnent cette semaine le coup d’envoi de leur édition 2022, avec peu d’élus et beaucoup de déçus dans cette bataille impitoyable entre romanciers qu’est la rentrée de septembre.

On l’attend avec impatience dans le milieu des lettres: la première sélection du prix Goncourt arrive mardi. Elle compte traditionnellement une quinzaine de romans.

Pour les auteurs qui y placent leur livre, parmi quelques centaines de concurrents, c’est un signal qu’ils comptent et sont dans la course. Ou, quand ils n’ont que très peu de chances de l’emporter, ils savent que leur livre a suscité de la sympathie.

« C’est une vraie surprise, je suis ravie ! D’autant que ce n’est qu’un deuxième roman », disait à l’AFP Lilia Hassaine après avoir été incluse en septembre 2021. Mais elle ne se faisait pas d’illusions, face à des confrères qui connaissaient mieux qu’elle la mécanique… et les membres de l’Académie Goncourt.

Pour les stars de cette rentrée, l’enjeu est important. Question qui est dans tous les esprits, cette année: avec son « Cher connard », Virginie Despentes, ex-jurée du Goncourt, a-t-elle convaincu ?

D’après ceux qui ont adoré ce roman sur l’addiction et le mouvement #Metoo, elle se doit d’être sur la liste. « Je pense que c’est un ouvrage qui fera date », affirmait par exemple à l’AFPTV une libraire parisienne, Delphine Bouetard.

D’autres pensent que son style trop brut pourrait déplaire à ses anciens commensaux du restaurant Drouant.

Attirer l’attention

À en croire les libraires, se placer dans cette première sélection ne garantit pas d’accélérer ses ventes dans les jours qui suivent. Mais cela attire l’attention de la critique et de la presse sur des titres parfois restés discrets.

Les deux derniers lauréats du Goncourt peuvent en témoigner.

Hervé Le Tellier, en 2020, était vu en août comme un second couteau, avec « L’Anomalie » (12.500 exemplaires pour le premier tirage). Mais en septembre, en figurant parmi de nombreuses listes (prix Goncourt, Renaudot, Médicis, Décembre), il avait intrigué tous les journalistes littéraires.

Quant à Mohamed Mbougar Sarr, en 2021, en publiant à 31 ans un roman exigeant (« La plus secrète mémoire des hommes »), il avait attiré l’attention d’un nombre impressionnant de jurys: Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis et Académie française.

C’est mercredi que le Renaudot publie sa première sélection, un prix que Virginie Despentes a déjà remporté en 2010.

Le même jour, Le Monde remet pour la dixième fois son prix littéraire. Dix titres ont été sélectionnés par la rédaction du quotidien. Des premiers romans qui font parler d’eux, comme « En salle » de Claire Baglin ou « Ils vont tuer vos fils » de Guillaume Perilhou, côtoient des têtes d’affiche de cette rentrée, comme « La Vie clandestine » de Monica Sabolo ou « Quand tu écouteras cette chanson » de Lola Lafon.

Jeudi, jour de la première sélection du Femina, la Fnac décerne son prix littéraire. Il est d’autant plus convoité que cette enseigne, l’un des plus gros vendeurs de livres en France, fait dans ses magasins la promotion du titre primé, qui peut être français ou étranger.

Cinq sont finalistes, dont l’Américain d’origine finlandaise Karl Marlantes pour « Faire bientôt éclater la terre », et une révélation de cette rentrée 2022, Maria Larrea avec « Les gens de Bilbao naissent où ils veulent ».

Le Point avec AFP

La famille de Rushdie « soulagée » qu’il ne soit plus sous assistance respiratoire

août 14, 2022
Salman Rushdie parle au micro sur une estrade.

L’auteur Salman Rushdie prend du mieux, selon sa famille (archives). Photo : Getty Images/Thomas Lohnes

La famille de Salman Rushdie s’est dite « extrêmement soulagée » dimanche que l’écrivain britannique ne soit plus sous assistance respiratoire. Elle a assuré que son sens de l’humour restait « intact » malgré la gravité de ses blessures.

Mon père est toujours dans un état critique à l’hôpital et reçoit un traitement intensif et continu, a indiqué son fils, Zafar Rushdie, dans un tweet envoyé au nom de la famille.

Nous sommes extrêmement soulagés qu’hier [samedi], il ait été débranché du respirateur et de l’apport en oxygène, et qu’il ait pu dire quelques mots, a-t-il ajouté.

Bien que ses blessures soient graves et de nature à changer sa vie, son habituel sens de l’humour vif et provocateur reste intact, a poursuivi Zafar Rushdie, qui dirige une agence de relations publiques établie à Londres.

Il a remercié les membres du public qui sont venus défendre l’auteur des Versets sataniques lors de l’attaque vendredi dans l’État de New York ainsi que les agents de police et les soignants qui lui ont porté assistance.

Des secours s'affairent autour de Salman Rushdie, qui vient d'être attaqué à l'arme blanche.

Les secours sont rapidement intervenus pour secourir Salman Rushdie qui venait d’être agressé à l’arme blanche. Photo: AP/Joshua Goodman

Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques et cible depuis plus de 30 ans d’une fatwa de l’Iran, avait été placé sous respirateur après avoir été poignardé vendredi au cou et à l’abdomen dans l’État de New York par un homme qui a été arrêté.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

États-Unis: Les autorités identifient le suspect qui a attaqué l’auteur Salman Rushdie lors d’un événement dans l’ouest de New York

août 13, 2022

(CNN) Salman Rushdie – un auteur célèbre et lauréat des plus grands prix littéraires du monde dont les écrits ont généré des menaces de mort – a été attaqué et poignardé au moins deux fois sur scène vendredi avant une conférence qu’il devait donner à la Chautauqua Institution dans l’ouest de New York, a déclaré la police d’État. Rushdie était sous ventilateur vendredi soir et ne pouvait pas parler, a déclaré son agent, Andrew Wylie, au New York Times.« Salman va probablement perdre un œil ; les nerfs de son bras ont été sectionnés ; et son foie a été poignardé et endommagé », a déclaré Wylie au Times. « Les nouvelles ne sont pas bonnes. »

Le suspect a été identifié comme étant Hadi Matar, 24 ans, de Fairview, New Jersey, a déclaré le commandant de la troupe de la police d’État, le major Eugene J. Staniszewski, lors d’une conférence de presse vendredi soir. La police travaille avec le FBI et les autorités locales pour déterminer le motif.

Les autorités s’efforcent également d’obtenir des mandats de perquisition pour plusieurs objets trouvés sur les lieux, notamment un sac à dos et des appareils électroniques, a déclaré Staniszewski. Les autorités pensent que le suspect était seul mais enquêtent « pour s’assurer que c’était le cas », a ajouté Staniszewski.

Le traitement de Salman Rushdie sur des sujets politiques et religieux délicats en a fait une figure controversée.

Le traitement par Salman Rushdie de sujets politiques et religieux délicats en a fait une figure controversée. Le suspect a sauté sur scène et a poignardé Rushdie au moins une fois dans le cou et au moins une fois dans l’abdomen, a indiqué la police d’État. Le personnel et les membres du public ont précipité le suspect et l’ont mis au sol avant qu’un soldat de l’État ne l’arrête, a indiqué la police. Rushdie a été transporté par avion d’un champ adjacent au site – dans une station balnéaire rurale à environ 70 miles au sud de Buffalo – vers un hôpital. Rushdie subissait une intervention chirurgicale dans un hôpital du nord-ouest de la Pennsylvanie, a déclaré vendredi soir à CNN le chef adjoint du département de police d’Erie, William Marucci. Henry Reese, co-fondateur de l’organisation à but non lucratif City of Asylum de Pittsburgh, qui devait rejoindre Rushdie pour discuter, a été emmené à l’hôpital et soigné pour une blessure au visage et libéré, a annoncé la police d’État. L’organisation a été fondée pour « offrir un refuge à Pittsburgh aux écrivains exilés sous la menace de persécution », selon le site Internet de la Chautauqua Institution. Les autorités travaillent avec le bureau du procureur de district pour déterminer quelles seront les accusations portées contre le suspect « une fois que nous aurons un peu plus avancé dans l’enquête et déterminé l’état de M. Rushdie », a déclaré Staniszewski. Pendant ce temps, la police de Fairview a bloqué la rue d’une maison qui serait liée au suspect et n’autorisait personne, y compris les résidents de la rue, à entrer ou à sortir de la zone. Les résidents ont ensuite été autorisés à entrer et à sortir, mais la police locale est restée stationnée à l’extérieur de la maison. Au moins deux agents des forces de l’ordre en civil et deux agents de Fairview ont été vus quittant l’allée de la maison.

L’institution a rejeté les recommandations de sécurité passées, selon des sources

La direction de l’établissement Chautauqua, le lieu qui accueille l’événement, a rejeté les recommandations passées visant à renforcer la sécurité lors des événements, ont déclaré deux sources à CNN. Les sources – à la fois au courant de la situation sécuritaire à Chautauqua et des recommandations passées – ont parlé à CNN sous couvert d’anonymat car elles n’étaient pas autorisées à parler publiquement. Les recommandations concernant les mesures de sécurité de base, telles que les contrôles des sacs et les détecteurs de métaux, ont été rejetées car les dirigeants craignaient que cela ne crée un fossé entre les orateurs et le public et ne change la culture à Chautauqua. Il n’est pas clair si ces mesures de sécurité auraient empêché l’attaque de Rushdie sur la base de ce que l’on sait actuellement de l’incident, y compris l’arme utilisée. Un témoin de l’attaque a déclaré à CNN qu’il n’y avait pas eu de fouilles de sécurité ni de détecteurs de métaux lors de l’événement. Le témoin n’a pas été identifié parce qu’il a exprimé des inquiétudes pour sa sécurité personnelle. CNN a contacté l’institution de Chautauqua et ses dirigeants pour obtenir des commentaires, mais n’a pas reçu de réponse. Sur son site Web, Chautauqua indique que leurs protocoles de sécurité peuvent se resserrer « en fonction des exigences des artistes et des conférenciers ». Ils demandent aux invités de ne transporter que de petits sacs ou des sacs en plastique transparents. « Bien que ces restrictions ne soient pas appliquées à tous les événements, nous prévoyons qu’elles pourraient être nécessaires dans certaines circonstances cette année et, à l’avenir, elles pourraient constituer le protocole standard pour tous les événements », a déclaré l’institution .Le suspect de l’attaque de vendredi avait un « laissez-passer pour accéder au terrain », a déclaré le Dr Michael E. Hill, président de l’Institution de Chautauqua, lors de la conférence de presse. Les clients peuvent acheter des laissez-passer pour assister aux programmes, a ajouté Hill. Hill a défendu les mesures de l’institution en disant: « Nous évaluons pour chaque événement ce que nous pensons être le niveau de sécurité approprié, et celui-ci était certainement celui que nous pensions important, c’est pourquoi nous avions une présence de State Trooper et Sheriff là-bas », a-t-il déclaré. Staniszewski a déclaré qu’il n’y avait aucune indication de menace pour l’événement et que le soldat de l’État était là parce que l’événement était un rassemblement de masse et à la demande de l’institution.

Ce que disent les témoins s’est passé

Rushdie a été présenté vers 10 h 45 lorsque l’agression s’est produite, selon un témoin, qui a déclaré avoir entendu des cris dans le public. Il a dit qu’un homme en chemise noire semblait « frapper » l’auteur. Le témoin, qui se trouvait à 75 pieds de la scène, n’a pas entendu l’agresseur dire quoi que ce soit ni voir d’arme. Certaines personnes dans le public ont couru pour prêter main-forte tandis que d’autres se sont attaquées à l’agresseur, a déclaré le témoin. La police d’État a déclaré qu’un médecin qui était dans le public lors de l’événement avait aidé Rushdie jusqu’à l’arrivée des secours. La gouverneure de New York, Kathy Hochul, a déclaré aux journalistes vendredi qu’un soldat de l’État « s’est levé et a sauvé la vie (de Rushdie) et l’a protégé ainsi que le modérateur qui a également été attaqué. « Voici un individu qui a passé des décennies à dire la vérité au pouvoir », a déclaré le gouverneur à propos de Rushdie. « Quelqu’un qui est sorti sans peur, malgré les menaces qui l’ont suivi toute sa vie d’adulte, semble-t-il. « Joyce Lussier, 83 ans, qui était dans la deuxième rangée de l’amphithéâtre lors de l’attaque, a déclaré que Rushdie et Reese s’étaient assis sur le côté droit de la scène lorsque soudain, un homme qui semblait être tout en noir « a vacillé à travers la scène et est allé directement à M. Rushdie. « Il est venu sur le côté gauche et a sauté à travers la scène et s’est jeté sur lui. En, je ne sais pas, deux secondes, il a traversé cette scène », a déclaré Lussier. Elle a ajouté qu’elle pouvait entendre des gens crier et pleurer et a vu des gens du public se précipiter sur la scène. « Ils l’ont attrapé tout de suite, il n’est pas du tout descendu de scène », a déclaré Lussier à propos du suspect. Peu de temps après, la foule a été priée d’évacuer, a-t-elle ajouté. Un autre témoin, un résident de longue date de Chautauqua qui a demandé à ne pas être identifié, s’est souvenu d’une agitation sur scène et d’un homme faisant environ sept à dix mouvements de coups de couteau en direction de l’auteur, qui était à moitié debout. Elle a dit avoir fui l’amphithéâtre en plein air « tremblant comme une feuille » de peur.

« Sa voix essentielle ne peut pas et ne sera pas réduite au silence »

Sur son site Internet, la Chautauqua Institution a décrit l’événement de vendredi comme « une discussion sur les États-Unis comme asile pour les écrivains et autres artistes en exil et comme foyer de la liberté d’expression créative ».

Salman Rushdie revient sur l'Inde post-coloniale 40 ans après la sortie de "Midnight's Children"

Salman Rushdie revient sur l’Inde post-coloniale 40 ans après la sortie de « Midnight’s Children »Des écrivains tels que Stephen King et JK Rowling ont exprimé leurs meilleurs vœux pour Rushdie via Twitter. Rushdie est un ancien président de PEN America, un important groupe américain de liberté d’expression pour les auteurs, qui a déclaré qu’il était « sous le choc et l’horreur à l’annonce d’une attaque brutale et préméditée ». « Nous ne pouvons penser à aucun incident comparable d’attaque publique violente contre un écrivain littéraire sur le sol américain », a déclaré la PDG de PEN America, Suzanne Nossel, dans un communiqué. « Nous espérons et croyons avec ferveur que sa voix essentielle ne peut pas et ne sera pas réduite au silence. « Penguin Random House, l’éditeur de Rushdie, a tweeté une déclaration du PDG Markus Dohle : « Nous sommes profondément choqués et consternés d’apprendre l’attaque contre Salman Rushdie alors qu’il parlait à la Chautauqua Institution à New York. Nous condamnons cette violente agression publique, et nos pensées vont à Salman et à sa famille en ces moments pénibles. »

Rushdie a été harcelé par « The Satanic Verses »

Le romancier de 75 ans, fils d’un homme d’affaires musulman prospère en Inde, a fait ses études en Angleterre, d’abord à la Rugby School, puis à l’Université de Cambridge où il a obtenu une maîtrise en histoire. Après l’université, il commence à travailler comme rédacteur publicitaire à Londres, avant de publier son premier roman, « Grimus » en 1975. Le traitement par Rushdie de sujets politiques et religieux délicats en a fait une figure controversée. Mais c’est la publication de son quatrième roman « Les Versets sataniques » en 1988 qui le hante depuis plus de trois décennies. Certains musulmans ont trouvé le livre sacrilège et il a déclenché des manifestations publiques. En 1989, feu le dirigeant iranien, l’ayatollah Ruhollah Khomeiny, a qualifié Rushdie de blasphémateur et a déclaré que « les versets sataniques » étaient une insulte à l’islam et au prophète Mahomet, et a publié un décret religieux, ou fatwa, appelant à sa mort. En conséquence, l’écrivain né à Mumbai a passé une décennie sous la protection britannique. En 1999, Rushdie a déclaré à CNN que l’expérience lui avait appris « à valoriser encore plus intensément les choses que j’appréciais auparavant, comme l’art de la littérature et la liberté d’expression et le droit de dire des choses que les autres n’aiment pas. . »Cela a peut-être été une décennie désagréable, mais c’était le bon combat, vous savez. Il s’agissait de se battre pour les choses auxquelles je crois le plus contre les choses que je déteste le plus, à savoir le sectarisme, le fanatisme et la censure. « La prime contre Rushdie n’a jamais été levée, bien qu’en 1998 le gouvernement iranien ait cherché à se distancer de la fatwa en s’engageant à ne pas chercher à l’exécuter.

Mais malgré ce qui semblait être un assouplissement de la fatwa, plus récemment, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a réaffirmé l’édit religieux. En février 2017, sur le site officiel de Khamenei, on a demandé au chef suprême si la « fatwa contre Rushdie était toujours en vigueur », ce à quoi Khamenei a confirmé qu’elle l’était, en disant : « Le décret est tel que l’imam Khomeiny a publié ».

Avec Ray Sanchez, Adam Thomas, Kristina Sgueglia, Samantha Beech, Paul P. Murphy et Lauren Said-Moorhouse, Liam Reilly, David Romain, Nicki Brown, Christina Maxouris, Jonny Hallam, Artemis Moshtaghian et Mark Morales de CNN ont contribué à ce rapport.

La vérité sur l’affaire des manuscrits perdus de Céline

août 10, 2022

C’est la fin d’un feuilleton littéraire. Les précieux manuscrits (« Guerre ») de l’auteur du « Voyage » étaient entre les mains d’un résistant, Yvon Morandat.

C’était donc Yvon Morandat, le mystérieux détenteur des manuscrits de Céline (Guerre, Londres, Casse-pipe…) qui ont été remis par sa fille au journaliste Jean-Pierre Thibaudat il y a plusieurs décennies. Celui-ci vient de l’annoncer sur son blog dans le cinquième épisode d’un feuilleton sur cette affaire.

Nous avions évoqué il y a un an cette piste, étant donné que Céline, à plusieurs reprises dans sa correspondance, avait accusé Morandat de lui avoir volé des brouillons dans l’appartement de la rue Girardon que le résistant, ancien adjoint de Jean Moulin pour le sud de la France (chargé des contacts avec les syndicats), collaborateur d’Alexandre Parodi, délégué général du Comité français de libération nationale en France occupée, avait obtenu au titre des appartements réquisitionnés. Nous étions allés vérifier aux Archives de Paris via les recensements que Morandat occupait bien le numéro 4 de la rue Girardon. Nous savions, et nous l’avions mentionné, que Morandat avait proposé à Céline de récupérer à son retour en France, en 1951, ses meubles du garde-meuble. Lui a-t-il aussi proposé de reprendre les manuscrits ? Sans doute, oui, mais nous n’en aurons pas la preuve tant que nous n’aurons pas les lettres envoyées par Céline à Yvon Morandat, une correspondance perdue du côté de Céline mais certainement pas du côté de la famille Morandat.

Des textes sauvés et non volés ?

Comme le rappelle Thibaudat, Céline a refusé de régler la facture du garde-meuble. « Bien sûr, je ne fais, je n’écris rien, je ne paye rien. Qu’ils vendent donc tout ce qui reste du pillage ! Pensez que j’en ai fait mon deuil de tout cela ! Effractions, pillages, subis mais non consentis (embarbouillés de mensonges !). Ces meubles, ces manuscrits étaient chez moi en 44 (juin), garantie du propriétaire – le logement lui-même a été “échangé” par Morandat sans aucun droit ! J’ai perdu, j’ai été volé d’environ 10 millions (valeur à ce jour !) rue Girardon ! Ces voleurs veulent “régulariser” en me faisant payer 36 739 francs ! L’astuce est lourde […] » (lettre à son avocat Tixier-Vignancour, le 30 novembre 1953, citée par François Gibault dans sa biographie). Comme on le voit, Céline associe meubles et manuscrits, ce qui confirmerait que Morandat a évoqué ce dernier sujet avec l’écrivain. Pourquoi celui-ci n’a-t-il pas voulu les récupérer ? Une histoire d’argent, seulement ? D’honneur ? Thibaudat émet l’hypothèse que Céline ne voulait rien devoir aux résistants, qu’il aurait donc fait une croix sur ces textes dont Thibaut affirme qu’« ils n’ont pas été “volés”, comme le serine MGibault, mais préservés, en un mot : sauvés ».

C’est une des filles d’Yvon Morandat, décédé en 1972 après avoir dirigé les Charbonnages de France, avoir été un court instant secrétaire d’État pour l’Emploi après Mai 68, fondé le Front travailliste en 1965, un mouvement gaulliste de gauche, qui est retombée par hasard en 1982 sur la malle contenant les manuscrits, dans la cave de l’appartement familial de Neuilly. Celle-ci était très liée à un ami de Thibaudat, qui a établi la connexion. Morandat était devenu en 1964 l’un des nombreux personnages de Paris brûle-t-il ?, le best-seller de Lapierre et Collins – on le voit notamment être l’objet d’un attentat des communistes alors qu’il se promène à vélo peu avant la libération de Paris, où il ira occuper seul avec sa femme l’hôtel de Matignon – avant d’être interprété dans le film de René Clément par Jean-Paul Belmondo. Étrange clin d’œil du destin quand on sait l’admiration de Belmondo pour Céline et Voyage au bout de la nuit, qu’il voulut faire adapter au cinéma.

« Je regrette que Thibaudat ne m’ait pas révélé, même confidentiellement, l’origine de ces manuscrits, qu’ils venaient de chez Morandat, quand nous nous sommes vus chez Me Emmanuel Pierrat, son avocat, je n’aurais pas porté plainte pour recel », nous déclare Me François Gibault, l’un des ayants droit de Céline, à qui les manuscrits ont été remis avant publication par Gallimard.

Demeure la question du manuscrit complet de Casse-pipe, qui n’a pas réapparu, la version remise par Thibaudat étant très incomplète et lacunaire. L’autre piste, défendue par Gibault ainsi que certains céliniens, comme Émile Brami, tient toujours de ce côté-là : Oscar Rosembly. Celui qui avait effectué des travaux de comptable et qui avait été condamné après la Libération pour vol chez Robert Le Vigan et Céline se serait servi au préalable, comme l’avait confié, avant sa mort, la fille d’Oscar Rosembly, à Émile Brami ainsi qu’au journaliste Jérôme Dupuis. Elle avait avoué détenir des manuscrits de Céline. Me Gibault songe désormais à s’adresser au petit-fils d’Oscar Rosembly, journaliste à Marseille, afin de savoir ce qu’il en est. L’affaire continue…

Avec Le Point par François-Guillaume Lorrain

Prix littéraire : Alvie Mouzita honore son pays au concours Africa poésie

juillet 15, 2022

Natif de Mindouli, en République du Congo, Alvie Mouzita est un écrivain et professeur d’anglais. Déjà lauréat du prix CipaI et du prix Pabloemma, il vient d’être plébiscité à la sixième édition du concours Africa poésie. Une joie qu’il souhaite partager avec nos lecteurs. Interview.

Alvie Mouzita/DR

Les Dépêches du Bassin du Congo (L.D.B.C.) : Vous êtes quatrième lauréat du concours Africa poésie, quelles sont vos impressions ?

Alvie Mouzita (A.M.) : Remporter un prix littéraire ou être sacré lauréat a toujours été pour moi l’un des moments les plus admirables. Mais, au-delà de cette jovialité, une certaine fierté m’habite d’avoir honoré mon pays, par-delà l’Afrique. J’ai fait entendre le cri nègre à travers mon texte intitulé « Chants des initiés » : « Il y aura l’histoire à feuilleter pour récolter une mémoire ».

L.D.B.C. : Pouvezvous nous parler des autres récipiendaires et du déroulement de l’édition de cette année ?

A.M. : Il faut noter que la sixième édition du concours Africa Poésie 2022 était assez spéciale parce qu’elle a récompensé cinq lauréats et a attribué « les félicitations du jury » à six candidats parmi les quarante-deux participants venant des pays que voici : Belgique, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, France, Madagascar, Maroc, Niger, Roumanie, Sénégal, Tchad, Togo. Le jury, présidé par Daouda Mbouobouo, était international avec les membres exceptionnels comme Thierry Sajat, poète, directeur-fondateur des Editions Thierry Sajat, président de l’Académie de la poésie française; Dr Paul Yadji, poète et enseignant-chercheur de spécialité littérature africaine et anthropologie culturelle; Imene Latachi et Dr Abdias Mabard. Ce dernier a récompensé en premier « Voyage » de Jules Marcel Chientemou (Cameroun), suivi de « Gakóm Djo Si Pá » (Chant fraternel) de Harman Kamwa Kenmogne (Cameroun), « Massacre dans un village » d’Aliou Boubacar Modi (Niger), « Chants des initiés » d’Alvie Mouzita (Congo Brazza) et enfin « Élégie pour la paix » de Sara Augustine Laurence Timb (Cameroun).

L.D.B.C. : Quel est le but de ce concours  et comment y participe-t-on ?

A.M. : Le but de ce concours est de promouvoir les talents ayant un souffle poétique remarquable et de faire entendre leurs cris par-delà les frontières. La participation à ce concours n’exige aucun effort sinon le respect du règlement mis à la disposition.

L.D.B.C. : Alvie Mouzita, que peut apporter la poésie dans le monde d’aujourd’hui ?

A.M. : La poésie est d’abord un commerce d’émotions. Il faut souligner que rien ne peut se faire dans ce monde sans l’appui immédiat de la poésie, au sens large du terme, bien sûr. Car, loin de n’être que cet art qui consiste à faire des ouvrages en vers, la poésie est une motte de vie, une motte de connaissances, un chemin d’élévation de l’âme, un vent qui s’insurge, un chant qui adoucit, une toile où on se mire, une fleur d’espoir, une pluie d’amour. En fin de compte, la poésie c’est le beau.

Avec Adiac-Congo propos recueillis par Aubin Banzouzi

Publication de mon livre: La Princesse, le Papillon, l’Abeille et autres contes

juin 17, 2022

Chers Amis et Lecteurs de mon Blog, je vous annonce l’heureuse nouvelle de la publication – au cours de ce deuxième trimestre – de mon livre des contes: La Princesse, le Papillon, l’Abeille et autres contes aux Éditions Cécile Langlois à Paris, le lundi 13 juin 2022.

Vous pouvez l’acheter en ligne, en cliquant sur le lien Les Libraires de France:

https://www.leslibraires.fr/livre/21395639-la-princesse-le-papillon-l-abeille-et-autres-co–bernard-nkounkou-bouesso-editions-lc

Le livre est vendu dans un réseau de 149 Librairies en France au prix de 14 euros.

Les parents et les grands-parents peuvent aussi lire ces contes en compagnie de leurs enfants et petits-enfants comme le fait l’un de mes amis de l’Ontario, au Canada, qui affectionne ces belles histoires très didactiques et pédagogiques.

Bernard NKOUNKOU BOUESSO

Rodney Saint-Éloi : « Le verbe le plus utilisé en Haïti est “partir” »

juin 3, 2022

Éditeur à Montréal, le poète haïtien publie « Quand il fait triste Bertha chante »Et confie l’épuisement de l’espoir dans son pays natal.

Quand il fait triste Bertha chante, paru aux éditions Héloïse d’Ormesson et qui a figuré dans la sélection du prix France Télévisions 2022, est un roman de la vie, même s’il est en forme de tombeau pour une mère disparue trop tôt (72 ans), aux États-Unis, où vivait Bertha. Elle qui ne s’est jamais relevée d’une chute sur les marches de l’église. La mère de l’auteur est une mère courage comme tant d’Haïtiennes, femme noire modeste et travailleuse qui aura quatre enfants de pères différents. Saint-Éloi, né en 1963 dans la petite ville de Cavaillon en Haïti, homonyme de celle du sud de la France, est l’aîné des quatre, fruit d’une union improbable et fugace entre un pharmacien et la jeune Bertha, qui était employée dans sa famille. Choc des classes sociales et une relation père-fils qui tiendra dans la petite enveloppe remise par le premier au second. Une chance, un avenir en vue, dans le quartier, on appelle déjà le petit garçon « docteur », « ingénieur », ou encore « avocat »… Il a la meilleure éducation et le devoir de ne pas décevoir.

Dans ce roman grandement autobiographique, qui s’ouvre sur les obsèques, ô combien, révélatrices de ce que signifie l’exil, on voit grandir celui qui est avant tout poète, avec notamment Nous ne trahirons pas le poème et autres recueils (éd. Points, 2021), qui était une belle entrée en matière. Il est aussi éditeur, installé à Montréal, et a quitté Haïti en 2001. Tout un faisceau de parcours, et de belles leçons de vie, celle de la mère d’abord, éclairent son livre.

« Ne vivez pas trop loin de vos rêves »

De passage à Paris pour installer en France le catalogue de sa maison d’édition Mémoire d’encrier (20 ans l’an prochain !), Rodney Saint-Éloi a réagi au micro du Point sur la situation catastrophique de son pays natal. Car l’auteur de Haïti, kenbe la ! (Haïti, redresse-toi !), écrit à la suite du tremblement de terre de 2010 (aux éditions Michel Lafon), avoue avoir « épuisé l’espoir » et renoncé au fantasme de reconstruire Haïti depuis l’exil. Il revient aussi sur ce que l’enquête du New York Times a tout récemment et puissamment médiatisé dans son enquête : la dette que les Haïtiens ont dû payer aux colons pour prix de leur indépendance (1804), bien à l’origine de leur malheur.

« Je suis très heureux que l’Occident le dise et l’assume : tout le monde en parle, nous le savions… Mais surtout, il n’y a pas que les étrangers, Français et Américains, qui sont responsables : nos élites locales le sont aussi », dit-il, en soulignant que le verbe le plus utilisé en Haïti est « partir ». Il n’en conseille pas moins aux jeunes de ce « pays pourri », comme il le nomme dans son livre, de vivre comme l’un des personnages (vrais) du roman, son grand-père, Tino : « Ne vivez pas trop loin de vos rêves. »

Avec Le Point

Prix Kourouma 2022: Osvalde Lewat succède à Blaise Ndala

mai 26, 2022

Récente intervenante au Pavillon africain lors du Festival du livre de Paris au Palais de l’Éphémère, Osvalde Lewat est consacrée au « Salon du livre en ville autre lieu Genève » pour son premier roman « Les Aquatiques », paru aux Éditions les Escales, en août de l’année dernière.

Salon du livre de Genève 2022, remise du Prix Ahmadou Kourouma à Osvalde Lewat

Remise du Prix Ahmadou-Kourouma à Osvalde Lewat au Salon du livre de Genève 2022

Après la résonnance de la truculente histoire africaine de Blaise Ndala dans son roman « Dans le ventre du Congo », la documentaliste, photographe et réalisatrice native du Cameroun, Osvalde Lewat, se distingue avec un premier roman où elle met en avant une prise de conscience œuvrant pour la liberté.

Elle entre en littérature avec cette œuvre d’une vivacité remarquable, radioscopie de la société camerounaise vue du côté de l’élite et de la grande bourgeoisie. Et ce, à travers les destins croisés de Katmé, épouse bridée d’un homme politique dévoré par l’ambition, et de Samy, le presque frère de l’héroïne, artiste engagé contre le pouvoir en place et homosexuel.

Comment cette femme parviendra-t-elle à se libérer du joug marital, à l’heure où Samy se voit dénoncé et jeté en prison pour son orientation sexuelle, puis livré à la violence des Aquatiques, ces habitants d’un quartier déshérité qu’il a photographiés ?

Tout commence par une scène d’enterrement abracadabrante, celui de la mère de Katmé. Vingt ans après, sa tombe gêne un projet d’autoroute. Qu’à cela ne tienne, son gendre en profite pour créer un événement public en sa faveur… L’auteur procède ainsi, par des situations révélatrices décrites avec humour et acuité.

Fresque sociale, aux personnages et aux dialogues convaincants, ce roman éclaire, par les questionnements d’une Katmé refusant peu à peu de vivre « au rabais de soi-même », ces sociétés africaines où le mariage « c’est entre tradition et modernité » et où la liberté, quelle qu’elle soit, se traduit par la résignation à vivre sans elle ou à en payer le prix.

« Les Aquatiques » est un roman d’apprentissage d’une femme africaine au XXe siècle, entre ombre et lumière.

«  Je n’étais jamais retournée sur la tombe de Madeleine. N’y avais jamais apporté son repas préféré, de l’huile de palme, du sel ou une cruche de vin de raphia. Madeleine, pour autant que je m’en souvienne, préférait le vin rouge. Mais enfin, le vin de raphia, c’est ce que l’on déposait sur la tombe des morts dans le Haut-Fènn « , peut-on lire.

Osvalde Lewat est née le 17 septembre 1979 à Garoua, au Cameroun. En parallèle de ses occupations, elle encourage les jeunes à développer leur vocation artistique et les rapproche également des métiers du septième art et de ceux de l’écriture.

EAN : 9782365696760

304 pages

Prix : 20,00 €

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma