Archive for the ‘Littérature’ Category

Francophonie, langue française: lettre ouverte à Emmanuel Macron

janvier 15, 2018

Mabanck

Le président de la République a proposé à Alain Mabanckou de contribuer aux « travaux de réflexion » qu’il souhaite « engager autour de la langue française et de la Francophonie ». L’auteur de « Verre cassé » lui répond.

Monsieur le Président,

Dans votre discours du 28 novembre à l’université de Ouagadougou, puis dans un courrier officiel que vous m’avez adressé le 13 décembre, vous m’avez proposé de «contribuer aux travaux de réflexion que vous souhaitez engager autour de la langue française et de la Francophonie.»

Au XIXème siècle, lorsque le mot «francophonie» avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s’agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale. D’ailleurs, dans son ouvrage «Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique» (1904), dans le dessein de «pérenniser» la grandeur de la France il se posait deux questions fondamentales: «Où renaître ? Comment durer ?»

Qu’est-ce qui a changé de nos jours ? La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies. Repenser la Francophonie ce n’est pas seulement «protéger» la langue française qui, du reste n’est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d’auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial.

Les meilleurs spécialistes de la littérature française du Moyen-Âge sont américains. Les étudiants d’Amérique du Nord sont plus sensibilisés aux lettres francophones que leurs camarades français. La plupart des universités américaines créent et financent sans l’aide de la France des départements de littérature française et d’études francophones. Les écrivains qui ne sont pas nés en France et qui écrivent en français sont pour la plupart traduits en anglais: Ahmadou Kourouma, Anna Moï, Boualem Sansal, Tierno Monénembo, Abdourahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Tahar Ben Jelloun, Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, etc. La littérature française ne peut plus se contenter de la définition étriquée qui, à la longue, a fini par la marginaliser alors même que ses tentacules ne cessent de croître grâce à l’émergence d’un imaginaire-monde en français.

Tous les deux, nous avions eu à cet effet un échange à la Foire du livre de Francfort en octobre dernier, et je vous avais signifié publiquement mon désaccord quant à votre discours d’ouverture dans lequel vous n’aviez cité aucun auteur d’expression française venu d’ailleurs, vous contentant de porter au pinacle Goethe et Gérard de Nerval et d’affirmer que «l’Allemagne accueillait la France et la Francophonie», comme si la France n’était pas un pays francophone!

Dois-je rappeler aussi que le grand reproche qu’on adresse à la Francophonie «institutionnelle» est qu’elle n’a jamais pointé du doigt en Afrique les régimes autocratiques, les élections truquées, le manque de liberté d’expression, tout cela orchestré par des monarques qui s’expriment et assujettissent leurs populations en français? Ces despotes s’accrochent au pouvoir en bidouillant les constitutions (rédigées en français) sans pour autant susciter l’indignation de tous les gouvernements qui ont précédé votre arrivée à la tête de l’Etat.

Il est certes louable de faire un discours à Ouagadougou à la jeunesse africaine, mais il serait utile, Monsieur le Président, que vous prouviez à ces jeunes gens que vous êtes d’une autre génération, que vous avez tourné la page et qu’ils ont droit, ici et maintenant, à ce que la langue française couve de plus beau, de plus noble et d’inaliénable: la liberté.

Par conséquent, et en raison de ces tares que charrie la Francophonie actuelle – en particulier les accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine –, j’ai le regret, tout en vous priant d’agréer l’expression de ma haute considération, de vous signifier, Monsieur le Président, que je ne participerai pas à ce projet.

Bibliobs.nouvelobs.com par Alain Mabanckou
Santa Monica, le 15 janvier 2018

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États-Unis: Trump dénonce un « livre bidon », ses proches saluent son « génie politique »

janvier 7, 2018

Le président américain Donald Trump lors d’une rencontre avec son cabinet à la Maison Blanche à Washington, DC le 20 décembre 2017 / © AFP / SAUL LOEB

Le président américain Donald Trump a de nouveau raillé dimanche un livre polémique qui met en doute sa capacité à gouverner, le qualifiant de « livre bidon » alors que des responsables de son administration ont défendu son « génie politique ».

Le débat sur la personnalité du 45e président des Etats-Unis a été relancé par la publication vendredi du livre du journaliste Michael Wolff « Fire and Fury: Inside the Trump White House » (« Le feu et la colère, dans la Maison Blanche de Trump »).

L’auteur y dresse un portait au vitriol de l’ancien magnat de l’immobilier, affirmant notamment que tout son entourage doute de sa capacité à gouverner. Il pointe notamment son incapacité à se concentrer, ses pertes de mémoire et sa préférence pour la télévision comme source principale d’information.

« Je dois supporter un livre bidon écrit par un auteur complètement discrédité », a tweeté le président américain dans la matinée après s’être qualifié, la veille, de « génie très stable ».

Des membres de la Maison Blanche ont également défendu dans les émissions politiques du dimanche matin la capacité de M. Trump à diriger le pays.

« Le président est un génie politique qui a gagné contre 17 personnes incroyablement talentueuses (lors des primaires républicaines, ndlr), qui a renversé la dynastie Bush, qui a renversé la dynastie Clinton », a ainsi affirmé sur CNN le conseiller à la Maison Blanche Stephen Miller.

« Le livre est considéré comme un travail de fiction très mal écrit », a ajouté M. Miller, qualifiant Michael Wolff d' »auteur pourri d’un livre pourri ».

L’ouvrage de Michael Wolff, une compilation de confidences rassemblées sur une période de 18 mois, se moque du conseiller politique qui a notamment été chargé de préparer le décret présidentiel sur l’interdiction d’entrée sur le territoire de ressortissants de plusieurs pays, en majorité musulmans. Le décret a dû être amendé deux fois après avoir été contesté devant la justice.

M. Miller y est dépeint comme un auteur de discours « incapable de construire des phrases », un conseiller politique « qui connaissait peu la politique » ou un spécialiste de la communication « qui braquait tout le monde ».

Sur Fox News, le directeur de la CIA Mike Pompeo a pour sa part assuré que « le président est impliqué, il comprend la complexité, il pose des questions difficiles à nos équipes de la CIA ». M. Trump, un « fervent consommateur » des compte-rendus de l’agence, est « tout à fait apte » à la fonction présidentielle a-t-il ajouté.

Romandie.com avec(©AFP / 07 janvier 2018 16h50)                

France: l’hommage de Macron à Jean d’Omersson, « une clarté qui nous manquera »

décembre 8, 2017

 

Au terme de son discours vendredi, le président est allé déposer sur le cercueil de l’académicien, « un simple crayon » à papier, comme le souhaitait Jean d’Ormesson. POOL/REUTERS

Au cœur de l’hiver et dans un froid glacial, le président a rappelé combien cet écrivain charmeur et lumineux fut un « antidote à la grisaille des jours ».

Au matin du vendredi 8 décembre, la pluie a soudain cessé, les nuages se sont dissipés et le ciel a viré au bleu radieux comme s’il ne pouvait en être autrement le jour des funérailles nationales de l’écrivain Jean d’Ormesson, mort en début de semaine, à l’âge de 92 ans.

 

Dans la cour d’honneur des Invalides, à midi — là même où le romancier de La Gloire de l’Empire avait assisté aux obsèques de Romain Gary, en 1980, et avait salué avec émotion, en 2003, la mémoire de son cher ami Maurice Rheims (« Toutes les fées s’étaient donné rendez-vous autour de son berceau pour le combler de leurs bienfaits ») —, le président de la République, Emmanuel Macron, a rendu un hommage inspiré au plus populaire des académiciens.

Au cœur de l’hiver et dans un froid glacial, il a rappelé combien cet écrivain charmeur et lumineux fut un « antidote à la grisaille des jours » et « ce long été auquel, pendant des décennies nous nous sommes chauffés avec gourmandise et gratitude ».

« Une clarté qui nous manquera et nous manque déjà »

Près de cent cinquante personnes étaient conviées à cette cérémonie d’hommage, qui a été inaugurée par une Marseillaise jouée par l’orchestre de la garde républicaine et s’est achevée par un concerto de Mozart interprété par le pianiste Karol Beffa.

Aux côtés de la famille se tenaient une trentaine de députés, quarante-cinq académiciens de l’Institut de France, dont la secrétaire perpétuelle du Quai Conti, Hélène Carrère d’Encausse, plusieurs membres du gouvernement, deux anciens présidents de la République (Nicolas Sarkozy et François Hollande), un ex-premier ministre (François Fillon), ainsi que le chancelier de l’Institut de France, Gabriel de Broglie. Derrière eux, une centaine de personnes venues faire leurs adieux à l’écrivain, la cérémonie étant ouverte au public comme le fut, au mois de juillet, celle donnée en l’honneur de Simone Veil.

« Jean d’Ormesson était de ceux qui nous rappelaient que la légèreté n’est pas le contraire de la profondeur mais de la lourdeur », un « égoïste passionné par les autres » et « une clarté qui nous manquera et nous manque déjà », a déclaré à la tribune Emmanuel Macron. Car si l’homme eut des ombres et des fêlures, qu’il dissimula par pudeur et élégance — disant écrire « parce que quelque chose ne va pas » —, « plus qu’aucun autre, il aima la clarté », a renchéri le président. Celle des eaux de la Méditerranée où il se baignait, du ciel d’Italie qu’il adorait, des pentes enneigées où il aimait skier et de l’éclat de son style.

Sa fille a découvert samedi ses dernières pages

Le 41e et dernier livre de l’écrivain doit paraître en février chez Gallimard. Son titre sonne comme un défi : Et moi, je vis toujours. La fille de Jean d’Ormesson, l’éditrice Héloïse d’Ormesson, a présenté jeudi soir sur France 5 les dernières phrases écrites par l’écrivain, trouvées samedi sur son bureau :

« Une beauté pour toujours. Tout passe. Tout finit. Tout disparaît. Et moi qui m’imaginais devoir vivre pour toujours, qu’est-ce que je deviens ? Il n’est pas impossible Mais que je sois passé sur et dans ce monde où vous avez vécu est une vérité et une beauté pour toujours et la mort elle-même ne peut rien contre moi. »

Homme brillant, espiègle, volontiers séducteur derrière son regard bleu malicieux, l’ancien directeur général du Figaro restera comme l’un des plus grands écrivains populaires français. Tous ses livres figuraient sur les listes des meilleures ventes. Privilège rare, Gallimard l’avait fait entrer de son vivant dans sa prestigieuse collection « La Bibliothèque de la Pléiade ».

L’homme, qui avouait avoir écrit son premier roman « pour plaire à une fille » et estimait n’avoir « absolument pas la vocation à être romancier », fut élu sous la Coupole en 1973, à 48 ans, devenant alors le benjamin de l’Académie française. Avec le temps, il en était devenu le doyen.

Lemonde.fr

France: l’écrivain Jean d’Omersson est mort à l’âge de 92 ans

décembre 5, 2017
Jean d’Omersson

DISPARITION – Le doyen des Immortels nous a quittés dans la nuit de lundi à mardi. Il reste dans nos esprits comme un homme brillant, drôle, cultivé, philosophe et omniprésent dans la vie intellectuelle française. « Jean d’O » laisse derrière lui une œuvre conséquente, preuve de l’étendue de son talent.

L’écrivain et académicien français Jean d’Ormesson est mort dans la nuit de lundi à mardi à l’âge de 92 ans. Le romancier est décédé d’une crise cardiaque à son domicile de Neuilly (Hauts-de-Seine), a indiqué sa fille, l’éditrice Héloïse d’Ormesson. «Il a toujours dit qu’il partirait sans avoir tout dit et c’est aujourd’hui. Il nous laisse de merveilleux livres».

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Pour un cadeau ou pour un investissement, les vins de Bordeaux sont fabuleux pour débuter une collection

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Né en 1925 à Paris, celui qui avait un savoir encyclopédique inimitable vécut entre les voyages de son père ambassadeur, en Bavière, en Roumanie, au Brésil. À Munich, il se souvenait d’une gifle magistrale reçue après avoir applaudi un défilé en 1933. L’écrivain n’était pas avare en souvenirs, il se rappelait aussi sa rencontre avec le futur pape Pie XII, devant qui il avait été effronté, et ce dernier lui avait rappelé avec humour la scène quelques années plus tard. Jean d’Ormesson adorait raconter des anecdotes, et au micro de RTL, il s’était rappelé une histoire peu commune. Après avoir évoqué l’épisode en 1914 dans lequel Mme Caillaux avait tué Calmette, directeur du Figaro, il se souvenait qu’en arrivant en 1974 à la direction du journal, on lui avait annoncé une dame, une certaine Mme Joseph Caillaux. En entrant, il l’avait tout de suite reconnu: c’était l’écrivain Jean Dutourd déguisé en femme et armé d’un pistolet à eau!

» LIRE AUSSI – La première chronique de Jean d’Ormesson publiée dans Le Figaro en 1969

Philosophe avant tout

Bien avant de diriger le Figaro, Jean d’Ormesson, le bac en poche, fait une année d’hypokhâgne, puis intègre l’Ecole normale supérieure. Les deux écrivains qui lui ont insufflé l’envie d’écriture sont Brasillach et Jules Romains, à qui justement il succèdera à l’Académie française. Quand il fait part à Paul Valéry de son désir de passer l’agrégation de philosophie, le poète pousse des cris horrifiés. Mais d’Ormesson veut être philosophe, et publie dans la Revue de métaphysique et de morale un article «Arrivisme, snobisme et dandysme». Jean d’Ormesson restera toujours philosophe, même dans ses fonctions à l’Unesco, position qui lui permettra de rencontrer de grandes figures (Borgès, Caillois, Durrell, Lévi-Strauss, Georges Dumézil). Quand Paul Ricœur lui propose d’enseigner à Nanterre, il refuse: c’est la conversation qu’il aime.

» LIRE AUSSI – VIDÉO – En octobre dernier, Jean d’Ormesson célébrait les 70 ans du Figaro Littéraire

Écrivain à succès

Le futur académicien devient célèbre au début des années 70 avec La gloire de l’Empire et Au plaisir de Dieu. Après quelques romans légers (L’amour est un plaisir, Un amour pour rien, Les illusions de la mer), Jean d’Ormesson est tenté de jeter l’éponge, mais change d’avis. C’est ainsi qu’il reçoit le prix du roman de l’Académie française en 1971 pour La gloire de l’Empire. Lui qui ne manque pas d’autodérision, il raconte son enfance dans Au plaisir de Dieu, fresque du XXème siècle, inspirée de son enfance passée au château de Saint Fargeau. Adapté pour la télévision, le roman conquiert une audience importante, en offrant une réflexion sur le temps qui passe. Jean d’Ormesson conquiert ainsi la France entière, ce qui fait dire à Morand: «Ce qui m’amuse devant le succès de Jean d’Ormesson, ce ne sont pas ses ennemis (il n’en a pas) mais les méchants: ils n’arrivent pas à le mordre». Écrivain à succès, Jean d’Ormesson est sur tous les fronts: il écrit pour le théâtre, comme il joue la comédie (Les Saveurs du palais), où il joue Mitterrand. En 1973 il entre à l’Académie française. Alors benjamin de la Compagnie à 48 ans, il fait bouger les lignes: il lutte pour mettre fin à 350 ans de non-mixité en proposant Marguerite Yourcenar

» LIRE AUSSI – La classe politique, unanime, rend hommage à Jean d’Ormesson

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Intellectuel engagé

En 1974, il est nommé directeur du Figaro. Il lui ressemblait par son style élégant, son esprit cultivé, un je-ne-sais-quoi d’irrévérence. D’abord sur la liste noire du journal pour avoir écrit, comme critique littéraire, que Brisson, alors directeur, ne pouvait pas «à la fois être directeur du Figaro et avoir du talent», Jean d’Ormesson le dirigera finalement pendant trois ans. Il quittera, en même temps qu’Aron, mais gardera une chronique au Figaro magazine et une colonne au Figaro littéraire. Avec son collègue et ami, qui ne le juge «pas trop idiot», ils soutiennent Giscard d’Estaing à la présidence. Il est choisi par Mitterrand comme contradicteur du traité de Maastricht, et recueille son dernier entretien à l’Elysée comme président.

Chacun de ses passages à la télévision est un triomphe (Apostrophes). Enfin, il entrera dans la sacro-sainte collection La Pléiade en 2015.

»L’édition de la Pléiade, ainsi qu’un CD d’une interview de Jean d’Ormesson réalisée par Étienne de Montety.

Lefigaro.fr

Du désert à la mer

novembre 25, 2017

 
Du sang sur la mer du sang sur les lames
La mer bleue la mer de sang bleu s’est vêtue
La mer bleue arrimée au rouge qui s’écoule
La mer arrimée à l’âme qui s’envole
Vers l’éternité incontournable des âges
Un corps noir flotte et s’échoue sur le rivage
La mer lourde de rouge bien étrange
La mer bleue rugit d’une voix déchirée
D’une voix déchirante qui s’éteint sur le sable
Je suis la mer porteuse des bruits du désert
La bouche tordue les yeux fous exorbités
Le sang rigoles silencieuses retrace la détresse
D’une chair meurtrie éclatée fourbue brûlée
Scène brutale de l’horrible choquante traversée
La solidarité africaine sonne glas étrange brutal
Quand le vent doux et frais respire le large
Du sang sur la mer du sang sur les lames
Un corps noir flotte et s’échoue sur le rivage
Racine noire des griffes du renard du désert survit
Aux fouets aux coups aux insultes aux flammes
Aux machettes aux bourreaux aux armes
Qui lancent des grains étranges durs tranchants
Qui écharpent les corps qui tombent tombent
Dans le vent qui assèche la pluie qui fait verdir
La rose des vents qui tresse ses fleurs de sable
La solidarité-à-fric se délecte étrange silencieuse
Plus vicieuse que les macoutes de Kunta Kinté dans la brise
Du sud au milieu d’interminables blues douloureux
Des champs blancs de coton gorgés de soleil
Insaisissable Afrique étrange et amère solidarité
Indéfinissable Afrique étrange et amère solidarité
Incomparable Afrique étrange et amère solidarité
Increvable Afrique étrange et amère solidarité!

 
Marie Léontine Tsibinda Bilombo

L’académie Nobel de littérature dans la tempête #metoo

novembre 24, 2017

L’Académie suédoise, qui décerne le prix Nobel de littérature, prise à son tour dans la tempête #metoo / © AFP/Archives / BERTRAND GUAY

L’Académie suédoise, qui décerne le prix Nobel de littérature, prise à son tour dans la tempête #metoo: des académiciennes, épouses d’académiciens, leurs filles et d’autres femmes ont révélé avoir subi les agressions d’une figure des arts étroitement liée à l’institution.

L’affaire agite depuis près d’une semaine le monde des lettres dans un pays réputé champion de l’égalité entre les sexes et qui découvre pourtant à un train quasi quotidien les coulisses peu reluisantes du cinéma, du théâtre et de la musique.

La littérature est à son tour plongée dans le bouillon des révélations scabreuses avec la publication dans le journal de référence Dagens Nyheter (DN) du témoignage de 18 femmes affirmant avoir été agressées ou violées par un homme parmi les plus influents de la scène culturelle stockholmoise.

Son identité est notoire mais son nom n’a pas été rendu public, conformément au respect de la présomption d’innocence observé par la presse suédoise.

Marié à une écrivaine « étroitement liée à l’Académie suédoise », il dirige dans la capitale un lieu d’exposition et de performances couru des élites culturelles et en partie financé par l’académie qui y organise des lectures des lauréats.

C’est notamment dans cet espace qu’auraient eu lieu certaines agressions, commises entre 1997 et 2017. Plusieurs victimes présumées ont témoigné à visage découvert et leurs récits ont été corroborés par des témoins oculaires, selon DN.

L’une d’elles affirme avoir été violée dans un appartement d’un quartier chic de Stockholm. « Tout le monde sait et tout le monde a toujours su » qu’il agressait des filles, assure-t-elle.

Du fait de ces liens et de ses proches relations avec des éditeurs, producteurs, metteurs en scène ou compositeurs de premier plan, ses accusatrices expliquent avoir choisi de se taire plutôt que de risquer leur carrière.

Au terme d’une « réunion de crise » jeudi soir, l’Académie suédoise a annoncé qu’elle coupait tous les ponts avec le mis en cause, auquel elle versait des subsides et avait confié la gestion d’un appartement dans le 6e arrondissement à Paris.

Au cours de cette réunion, « il est apparu que des membres de l’académie, des filles d’académiciens, des épouses d’académiciens et des membres du personnel de la chancellerie de l’académie ont subi une intimité non désirée ou des comportements inappropriés » de l’homme, précise l’académie dans un communiqué.

L’académie va lancer une enquête interne pour savoir si ce dernier « a eu quelque influence, directe ou indirecte, sur l’attribution de prix, de bourses ou de financement d’autre nature et s’il a pesé de quelconque façon sur (ses) travaux ».

La ministre de la Culture, Alica Bah Kuhnke, a dit regretter de lui avoir décerné en 2015 la médaille de l’Ordre royal de l’Etoile polaire réservé aux membres de la famille royale suédoise où à des personnalités étrangères.

Le mis en cause n’a pas souhaité répondre aux sollicitations de l’AFP. Il a affirmé à DN être innocent des faits qu’on lui reproche.

Romandie.com avec(©AFP / 24 novembre 2017 14h57)                

Goncourt: Éric Vuillard, « la grande Histoire par le prisme des petits évènements »

novembre 6, 2017
Auréolé du prix Goncourt lundi pour son livre « L’ordre du jour », Éric Vuillard a choisi de raconter l’Histoire en insistant sur les détails. « C’est sa marque de fabrique », analyse Nicolas Carreau.

C’est le plus prestigieux des prix littéraires : le Goncourt a été décerné lundi à Éric Vuillard, récompensé pour son livre L’ordre du jour, publié chez Actes Sud. Un récit saisissant sur l’arrivée au pouvoir d’Hitler, l’Anschluss et le soutien sans faille des industriels allemands à la machine de guerre nazie. « Regarder la grande Histoire par le prisme des petits événements et des actions individuelles, c’est sa marque de fabrique », explique Nicolas Carreau, notre journaliste spécialiste de littérature.

« Un livre court mais dense ».

Le livre, relativement court – 160 pages – n’en n’est pas moins « dense », selon Nicolas Carreau. Après la chute de l’empire Inca (Conquistadors, 2009), la conquête coloniale (Congo, 2012) et la Révolution française (14 juillet, 2016), l’écrivain de 49 ans revisite dans L’ordre du jour l’arrivée au pouvoir des nazis. Il raconte notamment comment vingt-quatre grands industriels allemands ont servi le Reich à force de compromissions et de petites lâchetés. Parmi eux, Gustav Krupp, Wilhelm von Opel, le patron de Siemens, d’IG Farben… Éric Vuillard jongle entre le Berlin des années 30 et aujourd’hui, en 2017. « À présent, Opel est bien plus vieille que de nombreux États, plus vieille que le Liban, plus vieille que l’Allemagne même… », écrit-il. Ces industriels vont donner aux nazis tout l’argent qu’ils réclament pour les élections.

Comment les industriels ont choisi Hitler.

Si les nazis l’emportent, « ces élections seront les dernières pour les dix prochaines années et même pour cent ans », dit Goering dans un éclat de rire sans provoquer l’effroi. Le nazisme s’effondrera mais, rappelle Vuillard, BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken « sont là, parmi nous, entre nous ». « Tous survivront au régime et financeront à l’avenir bien des partis à proportion de leur performance ». Aujourd’hui encore, « notre quotidien est le leur. Ils nous soignent, nous vêtent, nous éclairent (…) Ces noms existent encore. Leurs fortunes sont immenses ».

Rien n’est inventé.

L’écrivain est d’une ironie acide lorsqu’il raconte, aussi, les rencontres en 1938 entre Hitler et Kurt Schuschnigg, « le petit dictateur autrichien » qui ne voit pas venir l’Anschluss. La description du repas mondain qui a lieu à Downing Street le jour où les soldats allemands envahissent l’Autriche ressemble à un vaudeville atroce. Cette invasion, rappelle au passage Vuillard, présentée comme une promenade de santé par la propagande nazie, a failli en fait tourner au fiasco : quasiment tous les chars nazis sont tombés en panne à peine la frontière autrichienne franchie. Rien n’est inventé, tout est vrai.

Le jury influencé ?

Virginie Despentes, membre de l’académie Goncourt, a été charmée par cette œuvre. Malgré quelques réserves initiales. Car ce prix Goncourt est édité par la ministre de la culture Françoise Nyssen : la maison Actes Sud lui appartient. « J’y ai pensé, au début de l’été. Le fait qu’il soit sorti en avril, que ce soit la maison d’édition de la ministre… Mais une fois que je l’ai lu, en vérité, comme les autres, j’ai pensé au livre », assure-t-elle au micro d’Europe 1. « Et Vuillard, au-delà de sa maison d’édition, c’est aussi un auteur. Donc on n’en a plus parlé. Mais au tout début si. C’est quand même la ministre, c’est embêtant… ».

Goncourt et Renaudot : deux livres, un même thème.

Hasard ou pas, le prix Renaudot a lui aussi été attribué à un livre sur le nazisme. La disparition de Josef Mengele (Grasset), écrit par Olivier Guez, est en effet un récit hallucinant sur les dernières années du médecin tortionnaire d’Auschwitz, Josef Mengele.

Par T.M. avec AFP

« Le sans Dieu » et « La sœur du menuisier »: les coups de cœur des libraires

novembre 4, 2017

 

Chaque week-end, deux libraires partagent leurs coups de cœur, dans « La voix est livre » avec Nicolas Carreau.
Les romans ne manquent pas, surtout peu après la rentrée littéraire. Parmi des centaines de nouveaux livres, les libraires ont extrait leurs pépites. Cette semaine, Anna Schulmann, de la librairie « L’Ecriture » à Vaucresson dans les Hauts-de-Seine et Anne-Sophie Rouveloux, de la librairie « Chroniques » à Cachan, nous dévoilent leurs choix, dans La voix est livre, sur Europe 1.
Le sans Dieu de Virginie Caillé-Bastide, aux éditions Héloïse d’Ormesson

 

« Ce livre est paru au début de la rentré littéraire. Il n’a pas été assez remarqué mais il a tous les ingrédients d’un bon roman. On est en 1709 en Bretagne. On fait la connaissance d’Arzhur qui vient de perdre ses sept enfants, morts de maladie. Sa femme en est devenue folle. Lui, un soir, va dans une petite église avec son épée, il brise tous les vitraux et maudit Dieu. Le roman fait ensuite une ellipse, on le retrouve en 1715 en pleine mer des Caraïbes, il est devenu un pirate sans foi ni loi qui se fait appeler L’ombre. Sur le bateau, avec l’équipage, ils vont capturer un prêtre jésuite qui s’appelle le Père Anselme. Il va se nouer une relation particulière entre les deux. Ils vont jouer aux échecs au propre comme au figuré. Ils vont s’affronter sur la question de Dieu, ça donne des échanges super bien écrits. C’est aussi un roman de piraterie. Il y a une galerie de personnages secondaires comme rarement vus, avec des destins terribles. Il y a aussi des expressions de piraterie, d’autres en breton. C’est extrêmement fort. L’auteure, dont c’est le premier roman, a un talent monstrueux. »

La sœur du menuisier, de Mira Magen, aux éditions Mercure de France

« C’est l’histoire de Nava, une très belle femme de 39 ans qui est architecte d’intérieur. Un jour, elle perd son mari et son fils dans un accident de voiture. Elle est dévastée. Après ce « grand chambardement », elle décide que sa vie est derrière elle. Elle quitte son travail pour devenir caissière dans un supermarché pour laisser un peu son esprit s’assoupir et elle va s’installer dans une résidence pour seniors qui s’appelle La maison bleue. Elle tourne le dos à ce qu’elle avait dans sa vie d’avant. Mais dans cette maison et à son travail, elle va faire des rencontres étonnantes, extravagantes, des personnages pétris d’une grande humanité. Elle va voir que la vie met sur son chemin des événements, qu’elle le veuille ou non. Le message essentiel est de vivre envers et contre tout. C’est drôle, touchant, magnifique. »

Europe1.fr

Mali: Yambo Ouologuem, la mauvaise conscience des lettres ouest-africaines, s’est éteint

octobre 16, 2017
Yambo Ouologuem © Capture d’écran/Youtube

L’auteur malien du Devoir de violence, tour à tour célébré – notamment avec le prix Renaudot en 1968 – et dénigré, vivait reclus depuis de nombreuses années. Il est décédé samedi 14 octobre, laissant derrière lui une oeuvre intrigante ainsi que des mystères.

Yambo Ouologuem est décédé dans la ville de Sévaré à 77 ans ce 14 octobre. Depuis plusieurs années, l’auteur malien, considéré comme une des principales figures de la littérature contemporaine francophone d’Afrique de l’Ouest, vivait à l’écart de toute vie mondaine, tourné vers l’islam.

Cet été, Jeune Afrique conseillait à ses lecteurs de relire Le Devoir de violence, publié en 1968 au Seuil à Paris et aujourd’hui épuisé. Exercice littéraire, fresque historique, le livre est aussi une charge politique étrillant de manière égale la violence du colonialisme occidental et celle des pouvoirs africains. L’auteur s’attaque aux mythologies de l’universalité européenne comme du bonheur des sociétés africaines d’avant la colonisation.

Un ouvrage emblématique

Le roman est perçu à sa parution comme une trahison vis-à-vis d’un camps par les plus grands noms, à l’instar de Léopold Sédar Senghor. Il est aussi accueilli comme un chef d’œuvre littéraire : le prix Renaudot est décerné à son auteur, qui n’a alors pas 30 ans. Il lui vaut aussi une sévère accusation de plagiat, dès 1972, qui fait encore débat aujourd’hui. À ces accusations l’auteur et ses soutiens répondent qu’il s’agit de collages, d’emprunts à Graham Greene, à Rimbaud, au Coran ou encore à de vieilles sources arabes.

Lexercice de regard critique sur les sociétés africaines précoloniales suscite lui aussi toujours la polémique. À une terrasse de café parisienne, le jeune auteur sénégalais Mbougar Sarr, édité par Présence Africaine, racontait quelques semaines avant l’annonce du décès de Ouologuem à Jeune Afrique à quelle point Le Devoir de violence l’avait secoué. Ouologuem est considéré comme le pionnier d’une littérature du désenchantement qui compte des auteurs comme Ahmadou Kourouma, Sony Labou Tansi et Mongo Beti. Une littérature qui tisse un fil logique entre la corruption des pouvoirs précoloniaux et la violence de la pénétration impérialiste.

Un livre érotique

L’accusation de plagiat et la violence de ses pairs à son égard n’auront pas laissé Ouloguem indemne. Déjà à l’époque, dans sa trentaine, il opérait un retrait et se faisait discret. Mais entre-temps, Ouologuem n’a pas cessé d’écrire. Dans la foulée, il publie par exemple des écrits pamphlétaires, comme Lettre à la France nègre, réédité en France en 2003. Mais aussi un deuxième roman, publié en 1969 sous le pseudonyme d’Utto Rudolf, Les Mille et Une Bibles du sexe, réédité en 2015. À la noirceur brutale du premier roman succède la violence lumineuse de ce texte érotique qui n’épargne rien à son lecteur.

Le style, parfois ampoulé et emporté, n’occulte pas le fond des récits de Ouologuem : l’auteur pénètres les soubassements de l’âme et des sociétés et y cherche nos réflexes les plus honteux, passionnés ou destructeurs.

Des textes et des questions

La carrière de Ouologuem a été fulgurante, comme son oeuvre. Sa disparition laisse intactes les besoins de réédition et les interrogations qui bruissent autour de ses motivations. Jean-Pierre Orban, éditeur qui a réédité Les Mille et Une Bibles du sexe chez Vent d’ailleurs en 2015, expliquait à Jeune Afrique son envie de voir le livre de nouveau imprimé en 2018. Bien d’autres textes continuent de dormir depuis leur première parution sous divers pseudonymes.

Jeuneafrique.com par

Dans le bateau de plaisance

octobre 8, 2017

 

Dans le bateau heureux de plaisance

Qui te conduisait vers les côtes corses

Avec le chemisier dévoilant ton torse

Tu ressemblais à un carnaval de jeunesse.

 

Au seuil unique et magnifique de Bastia

Cette porte d’entrée de la belle Corsica

Nous découvrions un patrimoine baroque

Qui étalait son havre de paix pittoresque.

 

Quand la croisière accostait Calvi

Avec ses labyrinthes et ses crêtes

Le paysage avait une forme inouïe

Aux restaurants avec ses belles fourchettes.

 

Mais à l’approche de la belle Ajaccio

Et de la splendide Porto Vecchio

Le terroir offrait des surprises inégalées

Autant de produits pour un bon déjeuner.

 

La Corse est une destination d’ambiance

Qui nous invitait pour de bonnes vacances

Un bon lieu de rêve avec ses stations

Qui conserve encore ses riches traditions.

 

Bernard NKOUNKOU