Archive for the ‘Littérature’ Category

Rencontre avec Marie-Léontine Tsibinda

février 6, 2023

Marie-Léontine Tsibinda est une auteure congolaise qui vit au Canada. Ses publications sont multiples. Guy Menga Chantre de la Parole est son plus récent ouvrage.  Une monographie publiée en 2022, aux Éditions +, en France qui nous présente Guy MENGA sous un nouvel angle.

Elle a bien voulu répondre à nos questions.

De quoi parle cet ouvrage qui est dédié à Guy Menga ?

Guy Menga Chantre de la Parole est un livre qui présente, en résumé, la vie de Guy Menga, l’écrivain, le journaliste. L’homme politique a aussi sa dynamique, car il fut ministre sous la transition avec André Milongo, comme président. Mais personnellement je me suis attardée sur Guy Menga « le porteur de liberté » pour reprendre la belle formule de Sony, dite lors de l’une de ses nombreuses interviews, en l’occurrence lors de sa rencontre avec Tchicaya U Tam’si au micro de Daniel Maximin, écrivain-journaliste, il y a quelques années déjà, sur Antipodes de France-Culture. C’est la marche de Guy Menga depuis son village Mankongono dans le Pool, jusqu’aux rives de la Ceinture, c’est-à-dire la Seine, (trouvaille de Tchicaya U Tam’si), en passant par celles impétueuses du puissant fleuve Congo où trônent Brazzaville et Kinshasa. C’est un livre qui s’ouvre et se veut comme un apetizer car il faudra des milliers et des milliers de pages pour présenter un Guy Menga!

Guy Menga, pseudonyme qu’il s’est donné contrairement au choix de ses parents

Alexis Menga et Martine Nsona Loko qui l’avaient nommé dès sa naissance : Bikouta-Menga Guy Gaston !

Que représente Guy Menga dans l’univers de la littérature congolaise ?

Guy Menga? Une icône de la littérature congolaise. Un pilier incontournable qui même dans sa blanche vieillesse sait réconcilier petits et grands car son monde littéraire intéresse toutes les générations. Une littérature dont les gerbes ont traversé les 342 000 kilomètres carrés de son bassin natal congolais. Guy Menga, tout comme Sony Labou Tansi, Tchicaya U Tam’si, Henri Lopes, sans oublier le doyen Jean Malonga, demeure l’un des porteurs des lettres de noblesse de notre littérature.

Quel est l’impact des écrits de Guy Menga auprès de la nouvelle génération congolaise et africaine de manière plus large?

Un pur bonheur! J’ai rencontré sur Facebook, Victor Hugo, pas celui de Les misérables, mais celui qui est piqué par le virus des livres, et qui est très émerveillé par la création littéraire africaine en général et congolaise en particulier ! Il lit, en ce moment, La case de Gaulle et Kotawali. Il est d’Algérie! Et au Congo des jeunes rencontrés sur les murs de Facebook me disent la même chose et citent L’aventure du silure qui les a subjugués et demeure comme l’élément déclencheur de leur création littéraire pour certains! 

Quels sont les ingrédients ayant conduit au succès de la pièce de théâtre La Marmite de Koka-Mbala ?

La marmite de Koka-Mbala est un trésor national qui a déjà célébré ses noces d’or (50 ans d’existence, voire plus) sans aucune ride. Elle a été jouée partout en Afrique, au festival des Arts Nègres de Dakar, chez le Président Léopold Sédar Senghor, à Kinshasa chez le Président Maréchal Mobutu Sese Seko, au palais de Brazzaville du Président Alphonse Massamba-Débat, à Kinkala, etc. Toujours avec le même succès. Le message de la marmite traversera tous les siècles car il y aura toujours des questions brûlantes tant que les vieux domineront les jeunes, voudront les marier contre leur gré. L’homme ne devrait pas dominer sur l’homme, mais sur son péché mignon! Cela étant dit, la meilleure réponse viendra de Guy Menga lui-même.

Quelle est la place du livre congolais aujourd’hui dans la littérature mondiale ?

O que j’aime cette question! Le livre congolais a de la prestance dans la littérature du monde.

Elle rafle des prix nationaux, internationaux, des prix prestigieux : Prix Renaudot, Prix des Cinq Continents, Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire, Prix UNESCO Aschberg. Les Congolais ont eu ces prix. Guy Menga en a remporté aussi. Et ses livres sont traduits en plusieurs langues. Sa pièce de théâtre La marmite de Koka Mbala est toujours d’actualité et encore jouée dans le monde.

Pourquoi un ouvrage sur Guy Menga et pas sur Sony Labou Tansi, où Tati-Loutard, que vous avez bien connus ?

J’ai rencontré Guy Menga lors de la conférence nationale de Brazzaville et il est rentré en France après son mandat ministériel sous le règne d’André Milongo. Nous nous sommes retrouvés par le biais des médias sociaux ou des amis. Je lui ai soumis mes manuscrits notamment La porcelaine de Chine, théâtre, Lady Boomerang, roman. Il a préfacé le théâtre. Il a écrit sur trois pages pour me montrer les hauts et les bas du manuscrit romanesque.

Quand je lui ai demandé une interview pour mon Blog, il a répondu sur presque 20 pages capitalisées en Guy Menga Chantre de la Parole. J’espère que ce livre rendra heureux les fans de Guy Menga, les critiques littéraires, les universitaires, les étudiants, les amoureux du livre…

Jean-Baptiste Tati Loutard, écrivain mais également ministre et il y avait une certaine distance : son grand ami Sylvain Bemba était plus proche de lui que nous autres.

Je suis en train d’écrire sur Sony Labou Tansi, Tchicaya U Tam’si et Léopold Mpindy Mamonsono, pas sur le mode classique de Guy Menga Chantre de la Parole. Un autre visage de la création littéraire. Dieu voulant, le moment venu, nous en reparlerons.

Quels sont vos rapports avec les cercles littéraires de Paris et du Congo ?

Paris c’est l’incontournable BDI voilà en quoi se résument mes rapports avec les cercles littéraires de cette ville. Mais j’ai des contacts merveilleux avec la vague des écrivains d’hier et d’aujourd’hui et c’est fantastique! Je lis les jeunes qui me font confiance et m’envoient leurs manuscrits prometteurs.

Depuis votre départ du Congo à la suite des pogroms de 1997, êtes-vous repartie sur les terres de Girard qui vous sont si chères ?

Pas encore. Comme disait Tchicaya U Tam’si, « Vous habitez le Congo mais le Congo m’habite! » J’entends toujours ma Loukoula chanter. C’est le « kadak kadak » des trains sur les rails du Chemin de Fer Congo-Océan qui ne bouscule plus les arbres séculaires du Mayombe bruissant de ma mémoire.

Peut-on s’attendre à un autre ouvrage après celui dédié à Guy Menga ?

Vous savez, l’inspiration, c’est comme le vent ou la brise qui souffle. Quand elle me visitera, je me courberai sur son passage. J’écrirai selon sa volonté et je donnerai une suite à Guy Menga Chantre de la Parole, selon ce que l’esprit me dira, me soufflant le nom d’un auteur du Congo ou du Canada ou d’ailleurs, pourquoi pas!

Qu’est-ce qui peut pousser le lecteur à acheter cet ouvrage dédié à Guy Menga ?

La curiosité de déguster cet apetizer servi sur les rives de la Gatineau, au Canada, quand Guy Menga l’intéressé vit en France sur les berges del’Eure, bien loin de la Madzia, du Djoué, de la Loufoulakari ou du puissant fleuve Congo…

Le désir de vivre son enfance, de le voir marcher avec les grands de ce monde, présidents, historiens, car un journaliste côtoie ce genre de monde. De goûter avec lui aux joies de la lecture, de découvrir ses auteurs préférés et qui l’ont ébloui. De voir que l’espace littéraire de Guy Menga ne se limite pas seulement au Congo-Brazzaville mais s’ouvre également avec majesté sur les sillons des personnalités comme l’écrivain et ethnologue malien, Amadou Hampaté Bâ qui défend la tradition orale peule, comme Joseph Ki-zerbo, historien et homme politique ou encore le dramaturge Jean-Pierre Guingané, tous deux du Burkina-Faso, et au reste du monde…

Propos recueillis par Cédric Mpindy

Congo-Salon du livre de paris: la deuxième édition s’ouvre en mars

janvier 27, 2023

La deuxième édition du salon du livre africain de Paris à la mairie du sixième arrondissement se déroulera du 17 au 19 mars 2023.

Affiche 2ème Salon du livre africain de Paris

L’affiche du deuxième Salon du livre africain de Paris

À nouveau, le rendez-vous parisien annuel inédit des amateurs de littérature et de culture africaine, lieu par excellence de rencontres des membres de la diaspora africaine, fera place durant trois jours aux auteurs, éditeurs, libraires, médias et institutions. Le pays invité d’honneur est la Guinée. À cette occasion, un hommage sera rendu à Nelson Mandela pour l’anniversaire des dix ans de sa disparition.

Pour cette nouvelle constellation d’offres culturelles, les organisateurs prévoient l’exposition de livres écrits par des auteurs résidant en Afrique et édités là-bas, mais pas seulement. Ils mettront également en avant des auteurs, quelles que soient leurs nationalités, qui ont écrit sur l’Afrique, laissant ainsi place à une diversité d’invités. 

Et, bien sûr, les auteurs et éditeurs originaires des deux Congo seront à nouveau présents à ce salon : Eugénie Opou ; Marien Fauney Ngombé ; Blaise Ndala ; Gabriel Kinsa ; Christian Keita ; Urbain Ockh, Ferréol Gassackys, l’écrivain éditeur Elvez Ngaba ; Marie Françoise Ibovi, pour ne citer que ceux-là.

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

Interview. Princia Kiyindou Nkoussou: « La femme doit s’engager dans toutes les sphères de prise des décisions »

décembre 16, 2022

Diplômée en finance internationale du Central university of financial and economics de Beijing, en Chine, Chancela Riche Princia Kiyindou Nkoussou est née à Brazzaville, en République du Congo, et réside actuellement au Canada. Elle vient de publier son premier roman, « Dans le cœur des hommes », aux éditions du Panthéon à Paris. Roman consacré à la cause de la femme dont elle nous dévoile le contenu à travers cet entretien.   

Princia Kiyindou Nkoussou/DR

Les Dépêches du Bassin du Congo (L.D.B.C.) : Des finances à l’écriture, d’où vous est venue cette idée d’être écrivaine ?

Chancela Riche Princia Kiyindou Nkoussou (C.R.P.K.N.) : J’avais cette idée auparavant quand j’étais très jeune, de vouloir laisser un héritage dans ce monde via mes écrits. Et quand j’étais en Chine, mon oncle résidant au Canada me parlait de cela toutefois quand nous conversions. « Princia, tu dois écrire un livre », me repétait-il. Et à ce moment-là, je lui répondais que je le ferai mais je dois d’abord finir mes études en Chine. Dieu m’a fait grâce de quitter la Chine pour le Canada où mon oncle vit depuis des années et finalement je me suis lancée sans problème, avec son coaching.

L.D.B.C. : Pourquoi ce titre « Dans le cœur des hommes » ? et de quoi parle-t-on ?

C.R.P.K.N. : C’est par rapport à tout ce qui se passe avec la femme qu’on maltraite de nos jours. Le livre est une somme de faits sociaux liés au comportement du genre masculin vécu par la femme dans la vie maritale : le mensonge, la tromperie, la flatterie, la trahison, l’égoïsme, l’infidélité et la méchanceté. La plupart des scènes sont inspirées des rapports sociaux conjugaux.

L.D.B.C. : Vous avez séjourné presque dans tous les continents. Comment appréciez-vous la situation de la femme dans le monde ?

C.R.P.K.N. : De nos jours la femme évolue, elle prend de la valeur dans la société. Sur le plan scolaire, la femme ne se néglige plus comme avant. Elle est plus autonome qu’une éternelle assistée, quelle que soit sa zone géographique d’habitation ou son champ d’activités. La femme prend de plus en plus sa place dans la sphère socio-professionnelle puis elle valorise sa condition, en constante évolution. On assiste actuellement au renforcement du pouvoir des femmes et à l’avancement de ses droits. Mais il manque toujours la transparence dans les salaires perçus par les hommes par rapport à ceux des femmes dans une même sphère professionnelle car des inégalités existent encore à ce niveau.

L.D.B.C. : Avez-vous un message particulier ?

C.R.P.K.N. : Je dirai à toutes les femmes du monde entier de ne pas baisser les bras pour atteindre leurs objectifs : car rien n’est impossible sous le soleil qui brille pour tout le monde, hommes comme femmes. Elles ne doivent plus accepter d’être réduites au silence en portant haut leurs voix mais également en brisant les inégalités entre les sexes. La femme doit s’engager dans toutes les organisations nationales et internationales afin de participer à la prise des décisions.

Avec Adiac-Congo propos recueillis par Aubin Banzouzi

Juan Gabriel Vasquez, lauréat du Prix du meilleur livre étranger

décembre 2, 2022

Consécration tellement méritée pour « Une rétrospective », le roman fleuve de la révolution qui retrace l’existence hors du commun de Sergio Cabrera. 


        Odyssee. Le roman relate, entre autres, l'incroyable aventure maoiste du cineaste colombien Sergio Cabrera et de sa famille.
Odyssée. Le roman relate, entre autres, l’incroyable aventure maoïste du cinéaste colombien Sergio Cabrera et de sa famille.

Républicain, le grand-père de Sergio quitte l’Espagne en guerre pour la République dominicaine. De là, Fausto, son père, fou de théâtre, se fixe en Colombie, fonde une famille, embrasse la cause maoïste, embarque tout le monde à Pékin où Sergio, personnage central de cette incroyable fresque, et sa sœur vivront endoctrinés chez Mao, avant de survivre miraculeusement à la guérilla où leur père les envoie au fond de la jungle colombienne. On peine à le croire, et pourtant, Une rétrospective ne contient que la vérité des faits, contée par un des romanciers les plus doués de son temps. Juan Gabriel Vasquez s’en explique : pour ce roman, récompensé du Premio Bienal de Novela Mario Vargas Llosa, l’écrivain a « modelé » (sic), le « formidable magma » des expériences familiales que lui a racontées son compatriote et réalisateur colombien Sergio Cabrera.

Foi révolutionnaire. Le livre s’ouvre en 2016, sur un dilemme. Invité à une rétrospective de son œuvre cinématographique à Barcelone, Sergio apprend la mort à 92 ans de son père à Bogota. Faut-il, une fois encore, céder à l’emprise de la figure paternelle, même post mortem, et se rendre à ses funérailles ? Il choisit Barcelone. Mais pendant ce séjour, son père occupe tout l’esprit de Sergio. Rétrospective dans la rétrospective, les souvenirs s’enchaînent, les chapitres alternant l’histoire, ou plutôt l’aventure inouïe de cette famille Cabrera et la programmation des films – où Fausto, encore lui, est souvent acteur. Ajoutant un maillon sensible à cette chaîne de transmission, le fils de Sergio, Raul, 18 ans, est venu à Barcelone pour l’occasion.

  • Maoïste. Sergio Cabrera et un ami chinois sur la Grande Muraille. Le jeune homme et sa sœur, qui suivent leur père Fausto en Chine en 1962, seront nourris de propagande.
  • Famille. Sergio et sa sœur au côté de leur père sur la place Tian’anmen, à Pékin.
  • Camarade. Carte d’élève de la jeune sœur de Sergio, alors âgée de 12 ans.
Guérilla. Juan Gabriel Vasquez mêle la petite et la grande Histoire, sur fond de lutte communiste internationale.

Voilà pour la belle structure d’un roman en trois parties et vingt et un chapitres, les protagonistes arrivant jusqu’à notre siècle au bout d’un voyage dans les arcanes de la lutte communiste internationale. Car si Fausto a la vocation de la culture et s’installe en Colombie – « les poètes sont à Medellin » -, sa foi révolutionnaire ne recule devant rien. Mis à rude épreuve par le régime, il accepte pour sa femme et ses deux enfants la proposition de l’attaché culturel de l’ambassade de la République populaire de Chine, qui cherche des professeurs d’espagnol pour l’Institut des langues étrangères de Pékin. Voici les Cabrera en route pour la Chine. Logés à l’hôtel de l’Amitié (ah, cette seconde partie sur « la révolution dans les hôtels » !), Sergio et sa sœur sont nourris de propagande, travaillent à l’usine, le jeune homme, étranger « privilégié », devenant même garde rouge… Livrés à eux-mêmes après que leurs parents sont retournés en Colombie, les jeunes gens finissent par les rejoindre. Ils n’ont pas 20 ans et rentrent dans la lutte armée, mettant leurs vies en danger au service de cette « belle folie » familiale, dixit Fausto. « À se préparer à un événement qui jamais n’avait eu lieu », dixit Sergio. Tout cela, donc, est véridique. Les bouleversantes photos fournies par Cabrera en témoignent. Et narré avec quel art ! En décrivant comment culture et politique s’entremêlent, comment l’affect, les amours, le sens de la famille et la révolution font bon ou mauvais ménage, ce roman déploie une richesse humaine inépuisable… C’est aussi une rétrospective de la vie politique colombienne, à l’heure où le pays connaît son premier président de gauche. Une somme à dévorer le cœur battant.

Avec Le Point par Valérie Marin La Meslée

« Une rétrospective », de Juan Gabriel Vasquez, traduit de l’espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon (Le Seuil, 464 p., 23 €).

Le Goncourt des lycéens 2022 attribué à Sabyl Ghoussoub pour « Beyrouth-sur-Seine »

novembre 24, 2022
Le Goncourt des lyceens 2022 attribue a Sabyl Ghoussoub pour "Beyrouth-sur-Seine"
Le Goncourt des lycéens 2022 attribué à Sabyl Ghoussoub pour « Beyrouth-sur-Seine »© AFP/Damien Meyer

Une réflexion sur la famille et l’immigration: le journaliste franco-libanais Sabyl Ghoussoub a remporté jeudi le Goncourt des lycéens 2022 pour son roman « Beyrouth-sur-Seine ».

« Le mauvais lycéen que j’étais devrait remercier les merveilleux lycéens que vous êtes. Ce prix est un énorme honneur », a réagi au téléphone Sabyl Ghoussoub joint par le jeune jury après l’annonce du prix.

« Ce livre, c’est un hommage à mes parents, aux exilés de la guerre, je pense beaucoup aux vivants. C’est une belle histoire personnelle qui va bien au-delà de l’histoire de mes parents et je ne vous remercierai jamais assez pour ce choix », a-t-il ajouté.

Dans « Beyrouth-sur-Seine » (éd. Stock), son deuxième roman, le chroniqueur littéraire et journaliste franco-libanais âgé de 34 ans, propose une réflexion sur la famille et l’immigration, en questionnant ses parents venus s’installer en 1975 à Paris alors que la guerre va ravager leur pays.

« C’est le plus beau des prix. C’est un encouragement. Cela peut me permettre de m’accorder plus de temps pour l’écriture », a expliqué Sabyl Ghoussoub dans un entretien à l’AFP.

« Pour le Liban je suis très heureux, je ne sais pas si ce prix peut faire du bien l’espace de quelques secondes à quelqu’un là-bas, en tout cas, si c’est le cas j’en suis ravi », a ajouté le journaliste, chroniqueur à L’Orient-Le Jour.

A l’issue de deux tours de scrutin, le prestigieux prix a couronné par 7 voix Sabyl Ghoussoub, contre 5 pour le philosophe Nathan Devers et son livre « Les liens artificiels » (éd. Albin Michel).

Les deux autres finalistes étaient Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au journal Le Monde et auteure de « La petite menteuse » (éd. L’Iconoclaste), et la journaliste suisse Sarah Jollien-Fardel pour « Sa préférée » (éd. Sabine Wespieser).

Le roman de Brigitte Giraud « Vivre vite » (éd. Flammarion), Goncourt 2022, n’avait pas été retenu.

Ce 35e Goncourt des lycéens, décerné à Rennes par un jury de 12 lycéens, devait être remis à l’auteur à Paris dans la soirée au ministère de l’Education nationale.

« Saveurs de l’Orient »

« On a choisi ce livre parce qu’il parle de la crise identitaire, la question de l’immigration, ce thème-là peu de livres en parlent », a expliqué aux journalistes la présidente du jury Blandine Lebrequier en terminale au lycée Thomas Elye à Cherbourg-en-Cotentin.

« En fait ce livre, et même l’auteur, c’est solaire, la narration est juste incroyable, on a l’impression qu’on est dans la famille du narrateur », a-t-elle souligné.

Ce roman a aussi interpellé Paul Hugo en 2de au lycée Gustave Eiffel à Bordeaux: ce livre « permet de toucher ces saveurs de l’Orient, les ambiances de la famille de Sabyl Ghoussoub, il y a des touches d’humour », a relevé l’élève.

Ce prix littéraire est « vraiment le prix des lycéens », a assuré Lena Depinoy, élève de 1re générale au lycée De Gaulle de Dijon. « Aucun adulte ne nous a influencés ni dit quoi faire. On ne se sent pas trop écoutés d’habitude, là on était mis sur une estrade littéralement ».

Petit frère du Goncourt, le Goncourt des lycéens, créé à Rennes en 1988 et organisé par la Fnac et le ministère de l’Education nationale, se déroule chaque année de septembre à novembre et permet à quelque 2.000 élèves lycéens de la seconde au BTS, de découvrir la littérature contemporaine et de susciter le goût de la lecture.

Leur choix s’est fait à partir des 15 ouvrages de la sélection du prestigieux prix Goncourt.

Cinquante-cinq lycées étaient mobilisés en région où plusieurs rencontres entre élèves et auteurs ont été organisées. Le prix associait aussi des lycées à l’étranger (Etats-Unis, Canada, Liban).

Très prescripteur en termes de ventes, le Goncourt des lycéens avait été attribué l’an dernier à Clara Dupont-Monod pour « S’adapter » (éd. Stock), un roman sur le handicap.

Par Le Point avec AFP

Francophonie : Louise Mushikiwabo confirmée pour un nouveau mandat

novembre 20, 2022

La secrétaire générale de l’OIF a été reconduite dans ses fonctions, non sans avoir fait souffler à Djerba un vent de renouveau sur le 18e sommet de l’institution.

Louise Mushikiwabo, à Paris, le 9 novembre 2022. © JOEL SAGET / AFP

Pour introduire son discours d’inauguration, la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, a choisi de citer Flaubert. Dans Salammbô, le romancier français présente Djerba, en Tunisie, où se tient le 18e sommet de l’OIF, les 19 et 20 novembre, « comme une île merveilleuse, où l’air est si doux qu’il empêche de mourir… ».

De fait, l’institution francophone a de beaux jours devant elle, puisque c’est un véritable vent de renouveau qu’a tenu à incarner la secrétaire générale de l’OIF durant les deux jours de cet événement.

Protocole bousculé

Fidèle à ses promesses, elle a considérablement bousculé le protocole habituel des précédents sommets. Après l’accueil officiel de chaque participant par le président tunisien, Kaïs Saïed, et la patronne de l’OIF, suivie de la traditionnelle photo de famille, seuls les chefs d’État du pays hôte (la Tunisie donc) et de son prédécesseur (l’Arménie), ainsi que la secrétaire générale elle-même, ont pris la parole pour donner le coup d’envoi officiel de l’événement, là où habituellement chaque chef de délégation avait droit à son intervention.

Une brièveté heureuse pour le bon déroulé de la journée, d’autant que celle-ci avait démarré avec un certain retard en raison du blocage inexpliqué du président Emmanuel Macron sur le tarmac de l’aéroport international de Djerba pendant plus d’une demi-heure. Arrivé le matin même en provenance directe de Bangkok, où il avait assisté pendant deux jours à un autre sommet, celui de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (Apec), le chef de l’État français a montré sa satisfaction de retrouver la grande famille francophone, comme en témoigne sa franche accolade avec Louise Mushikiwabo à la sortie de la grosse berline qui l’amenait de l’aéroport.

Vote à l’unanimité

La matinée a été consacrée à la présentation du rapport d’activités de la secrétaire générale, suivie de la première séance plénière sur le numérique, thème officiel de ce 18e sommet. Le reste de la journée s’est ensuite déroulé loin des yeux et des oreilles des médias internationaux, pourtant venus en nombre à Djerba. Pris par un programme très dense, les chefs de délégation n’ont donc pas eu le temps de faire la moindre déclaration, avant de se retrouver l’après-midi pour deux séances à huis-clos, la première consacrée à la Francophonie du futur, la seconde à l’élection du secrétaire général.

Rien n’a filtré du premier huis-clos, alors que le résultat du deuxième était déjà connu d’avance puisque Louise Mushikiwabo était seule candidate à sa succession. Elle a été reconduite à l’unanimité et sous les acclamations des représentants des différentes délégations, semble-t-il conquis par les résultats qu’elle leur avait présentés dans la matinée. Cette dernière réunion a également confirmé la rumeur selon laquelle le 19e sommet de l’organisation se tiendra bien à la fin de l’année 2024 en France.

Aparté Macron-Kagame

Si cette première journée semble s’être « parfaitement déroulée », pour reprendre l’expression utilisée durant sa conférence de presse par la porte-parole de l’organisation, Oria Vande Weghe, elle a néanmoins été marquée par le refus du Premier ministre de la RD Congo, Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, d’apparaître sur la photo de famille aux côtés du président rwandais, Paul Kagame.

Nul doute que la crise actuelle entre les deux pays a été au cœur des discussions entre le président rwandais et Emmanuel Macron. Les deux hommes se sont en effet entretenus en marge du sommet, lors d’un aparté d’une vingtaine de minutes qui n’était initialement pas prévu par les équipes du président français.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin – Envoyé spécial à Djerba

Littérature : Henrietty Mounkassa-Ngala, une plume en herbe précoce

novembre 5, 2022

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années ». Ce célèbre dicton trouve tout son sens dans le parcours talentueux d’Henrietty Christella de Lourdes Mounkassa-Ngala qui, à seulement 16 ans, vient de publier son premier ouvrage, une pièce de théâtre intitulée « Le tournant de ma vie ». La présentation-dédicace de l’œuvre a eu lieu le 4 novembre, à Brazzaville.

L’autrice, à gauche, et la couverture du livre à droite/Adiac

On pouvait lire l’étonnement et l’émotion dans le regard de bon nombre d’invités venus pour la circonstance soutenir le courage et le talent précoce de la jeune écrivaine Henrietty Mounkassa-Ngala, élève en classe de seconde. A travers elle, la littérature congolaise s’est enrichie, tout en se remémorant de la jeune Calissa Ikama Ngala, décédée du cancer en 2007, qui publiait son premier roman « Le triomphe de Magalie » en 2005, à l’âge de 13 ans.

Cette passion pour les lettres, elle la développe très tôt et c’est peu avant le confinement qu’elle se lance dans cette belle aventure qui mûrira durant le confinement en 2020. Alors que les parents redoutaient qu’Henrietty arrive à concilier étude et passion littéraire, celle-ci les surprend en achevant son récit, intitulé « Le tournant de ma vie ». Un titre révélateur qui s’apparente plus ou moins à son histoire d’écrivaine.

L’histoire partagée dans ce livre est celle de Marie Eustley, une adolescente de 15 ans qui est envoyée en France pour continuer ses études secondaires. Malheureusement, face aux aléas de la vie, la jeune fille empruntera un tout autre chemin qui la conduira dans une succession de tourments. S’étalant sur 165 pages, la pièce de théâtre fait se succéder environ une vingtaine de personnages dont le principal est Marie, autour de qui gravitent ses géniteurs, ses frères et sœurs ; ainsi que sa tante maternelle Josiane, son fiancé et sa fille, constituant sa famille en France. A ceux-ci s’adjoignent des amis aux mauvaises mœurs et des condisciples du lycée, intolérants du fait de son pigment noir.

Un coup d’essai, coup de maître

Présentant l’ouvrage, l’écrivain et critique littéraire, Pierre Ntsemou, a salué la démarche de l’autrice qui, à travers cette pièce de théâtre, sort des sentiers battus en proposant une construction du texte qui n’a ni tableaux, ni actes, ni moins encore des scènes désignées stricto-sensu comme telles. En effet, Henrietty a choisi d’innover en subdivisant son texte en séquences d’inégale longueur ; soit cinq au total allant de 7 pages pour les deux premières à 15, 47 et 70 pages pour la dernière qui est éponyme, c’est-à-dire a donné son titre à la pièce.

« Avec une entrée des plus spectaculaires dans le prestigieux cercle des dramaturges où la gent féminine n’est pas légion dans la république des belles lettres congolaises, pour un coup d’essai, c’est bien un coup de maître pour Henrietty Mounkassa-Ngala. Souhaitons-lui une merveilleuse et affriolante carrière. En tant que jeune plume, elle a besoin d’être prise sous le plumage de ses aînés femmes et hommes, pour la booster davantage afin que demain, elle nous gratifie de recueils de nouvelles et de romans, tout aussi palpitants que son premier ouvrage », a déclaré Pierre Ntsemou.

Faisant la critique de la pièce, Fidèle Biakora a relevé le fait qu’au-delà de son côté rocambolesque, « Le tournant de ma vie » met en relief et dénonce les comportements vicieux de certains adolescents. En filigrane, cet ouvrage passe au peigne fin plusieurs thèmes : l’amour, l’amitié, la délinquance juvénile, le racisme, le viol, la grossesse précoce, l’irresponsabilité parentale sur l’encadrement de la progéniture, etc.

Pour agrémenter cette cérémonie, un extrait de l’œuvre a été joué par la troupe « Les amis du théâtre national » ; et quelques passages déclamés par le slameur Dixon Claous Pimbi-Essale. S’en est suivi l’incontournable moment de question-réponse durant lequel le public a plus encouragé et félicité l’autrice pour cette œuvre inspirante qui parle tant aux parents qu’aux jeunes.

« Une joie immense me comble pour votre présence qui honore en ce jour la présentation de mon livre. Vos points de vue divers sont des additionnels qui vont limer mon pinceau à l’avenir. J’espère également que chacun de nous s’enrichira de ce livre, après sa lecture », a fait savoir Henrietty Mounkassa-Ngala. Pour clore la rencontre, elle a procédé à la dédicace de plusieurs exemplaires de son ouvrage publié chez L’Harmattan dans une nouvelle collection estampillée Jama.

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

La Première ministre islandaise en tête des ventes de livre avec… un polar

octobre 30, 2022

Katrín Jakobsdóttir a pris la plume dans un duo inhabituel avec Ragnar Jónasson, l’un des romanciers islandais les plus populaires, pour sortir son premier roman.

« C’est en quelque sorte le produit d’une pandémie », assure Katrín Jakobsdóttir à la RÚV, la télévision publique islandaise. Intitulé Reykjavík, ce thriller a été écrit avec Ragnar Jónasson, l’auteur à succès de la série « Les enquêtes de Siglufjörður » du détective Ari Thór. C’est au cours d’un déjeuner début 2020 qu’il a suggéré l’idée à la cheffe du gouvernement d’écrire avec lui un roman policier.

« Nous sommes amis depuis longtemps et j’ai toujours vu dans ses yeux qu’elle voulait écrire une fiction policière, même si elle ne l’a jamais dit, raconte le père de famille de 46 ans. Incroyable mais vrai, elle a accepté. » Reykjavík est l’histoire de la disparition en 1956 d’une adolescente à Viðey, une petite île au large de la capitale islandaise. Trente ans plus tard, Valur, reporter pour un journal local, mène l’enquête pour tenter d’élucider cette mystérieuse affaire aux conséquences imprévues.

L’intrigue a lieu en 1986, année où Reykjavik (littéralement la « baie des fumées » en français) fête ses 200 ans, assiste à la naissance de Stöð 2 et Bylgjan, ses premières télévision et radio privées, et abrite un sommet historique entre les leaders américain et soviétique Reagan et Gorbatchev. Le livre puise une certaine inspiration chez Agatha Christie à qui il est dédié dès les premières pages, la reine du crime ayant suscité l’intérêt des deux écrivains pour le genre policier.

Une collaboration « surréaliste »

L’écriture de cette fiction en deux parties a pris deux ans, en majorité pendant les restrictions liées à l’épidémie de Covid-19. Si les deux auteurs se rencontraient généralement une fois par mois, il fallait souvent composer avec les impératifs de la Première ministre, entre réunions bilatérales et rendez-vous internationaux. « Ça donnait lieu à des conversations de travail très surréalistes », confesse Ragnar Jónasson.

Le genre est plutôt familier à Mme Jakobsdóttir : titulaire d’une licence de lettres et d’un master en littérature, sa thèse de fin d’étude portait sur les polars islandais. « Je sors beaucoup de ma zone de confort », affirme-t-elle toutefois lors de l’émission littéraire Kiljan.

Si l’idée de voir un chef de gouvernement écrire un roman policier en plein mandat peut paraître saugrenue, elle ne l’est pas en Islande, royaume des sagas et nation de lecteurs. Un dicton local dit d’ailleurs que tout le monde a une histoire à raconter. « En Islande, nous offrons des livres en cadeaux à Noël et je pense que c’est un bon roman à acheter et à lire le soir de Noël pour passer un bon moment », juge Egill Helgason, critique littéraire.

Sorti en Islande le 25 octobre, Reykjavík est déjà en tête des ventes dans les librairies du pays. Il doit être traduit et publié en plusieurs langues, dont le français à l’automne 2023.

Avec Le Poin par le correspondant à Reykjavik, Jérémie Richard

Giuliano da Empoli couronné par le Grand Prix de l’Académie française avec « Le Mage du Kremlin »

octobre 27, 2022

Ancien conseiller de Matteo Renzi, il met à nu avec son roman très documenté les ressorts du pouvoir de Vladimir Poutine. Glaçant.

Giuliano da Empoli, 49 ans, ancien conseiller de Matteo Renzi, fondateur à Milan du think tank Volta, s’est fait connaître comme essayiste politique. Avec Le Mage du Kremlin, il se risque au roman vrai, une fiction sur la destinée du quinquagénaire Vladislav Sourkov, surnommé « le Raspoutine de Poutine ». Rebaptisé ici Vadim Baranov, ce doctrinaire de l’ombre a inspiré depuis vingt ans les agissements troubles puis monstrueux du dictateur botoxé. Le roman l’installe ici dans une datcha de la périphérie moscovite pour une confession méphistophélique, un monologue rétrospectif au coin de l’âtre. L’occasion d’une fresque orale courant des années Eltsine jusqu’aux prémices de l’actuelle guerre en Ukraine.

Fils de hiérarque, Sourkov-Baranov fut adolescent dans une URSS finissante où les privilèges du statut l’emportaient sur les opulences de la fortune. Viennent la chute de l’Empire rouge et cette époque décorsetée, autour de 1992, où les Russes qui « avaient grandi dans une patrie se retrouvaient soudain dans un supermarché ». Privatisations, prédations financières, avènement des premiers oligarques, importation du style de vie « Deux Flics à Miami ». Le jeune Baranov, alors introduit dans les milieux du théâtre d’avant-garde, en tire les maximes imaginatives d’un exercice oblique du pouvoir, à la Shakespeare : regarder la vie comme un théâtre, instrumentaliser les simulacres d’une « démocratie souveraine » pour mieux asseoir un pouvoir absolu. Son ascendant discret s’exerce sur un ancien agent du FSB, Vladimir Poutine, coopté par un Eltsine exsangue.

Infox, disgrâces, assassinats… Lecteur de Kojève, admirant les dynamiteurs du mythe américain – Tupac Shakur, Allen Ginsberg ou Jackson Pollock -, le Machiavel à toque de fourrure conçoit la politique comme un mélange de gangsta rap et de néotsarisme. Analyse froide : la violence étant constitutive de l’ethos russe, on peut la manipuler cyniquement au service d’un descendant blême d’Ivan le Terrible. Mélange de trompe-l’œil et de reconquête impériale, le système Poutine théâtralise le réel à coups de mythologie kitsch, d’infox, de disgrâces abyssales et d’assassinats au polonium. S’inspirant du deuxième principe de la thermodynamique, Sourkov-Baranov pose un axiome que son maître va mener à son terme en 2022 : consolider une société en exportant sa part de chaos dans un pays proche.

Cela conduit à revendiquer des enclaves comme russes, Crimée ou Donbass, et à en diaboliser d’autres comme néonazies, en invoquant la geste de Staline face à l’Ukraine de la Shoah par balles : l’horreur a pour atour le leurre, le massacre est une uchronie. Le Mage du Kremlin propose ainsi une introspection vertigineuse dans la psyché d’un vizir de l’Apocalypse. Ce roman d’une pénétration subtile et térébrante fait de son auteur le marionnettiste d’un manipulateur, portrait d’une sorte de Guy Debord pervers cannibalisant les neurones du tyran Poutine.

Avec Le Point par Marc Lambron

*Le Mage du Kremlin, de Giuliano da Empoli (Gallimard, 288 p., 20 €).

Au pays du Cèdre, la résistance par les livres

octobre 26, 2022

Après quatre ans d’interruption, Le Festival « Beyrouth Livre » revient et innove pour marquer sa volonté de faire revivre le secteur du livre dans le pays.

Au pays du Cedre, la resistance par les livres
Au pays du Cèdre, la résistance par les livres

C’est un événement incontournable, un symbole, et une nouvelle pierre, solide, posée au cœur d’un Liban meurtri par la crise. Du 19 au 30 octobre, Beyrouth Livres, Festival international et francophone de Beyrouth, rouvre ses portes dans un format ambitieux et inédit, après quatre ans de silence. « Avant » le grand chaos, Beyrouth avait, vingt-cinq ans durant, accueilli le troisième plus grand salon littéraire et francophone du monde (après Paris et Montréal). Et puis ce fut le trou noir. La tragédie du port, et une crise totale – économique, politique, sociale, sanitaire, monétaire, sécuritaire – qui a frappé chaque Libanais, de l’ouvrier au bourgeois. Comme tous les autres, le secteur du livre en est ressorti exsangue. Le phénix est KO, le Liban à genou, mais Sisyphe n’abandonne (toujours) pas.

Initié par Anne Grillo, l’ambassadrice de France, soutenu par l’Institut français du Liban, le Centre national du livre et tout ce que le pays du Cèdre a de plus volontaire, Beyrouth Livres renaît et revient en force. De Gemmayzé à Hamra, de Mar Mikhael à Mathaf, à Beyrouth mais aussi Tripoli, Saïda, Baalbek, Jounieh et Tibnine, plus de cent auteurs de quinze nationalités (Fawzia Zouari, Fabien Toulmé, Marie Darrieussecq, Didier Decoin, Clara Dupont-Monod, Serge Bloch ou encore Ryoko Sekiguchi, Paule Constant, Philippe Claudel, Charif Majdalani, Diane Mazloum, Sabyl Ghoussoub ou Hyam Yared), mais aussi des musiciens, des artistes, des comédiens, des dramaturges et des cinéastes se retrouveront pendant dix jours dans une trentaine de lieux culturels, écoles, collèges et universités. Toutes les rencontres, tables rondes et conférences en français seront simultanément traduits en arabe et en anglais. Le tout, gratuitement. Comme à son habitude, le petit pays accueille en grand – le Liban a toujours eu le goût et le talent de la démesure.

Pour l’écrivain et avocat Alexandre Najjar, responsable de L’Orient littéraire et auteur du Dictionnaire amoureux du Liban, « ce festival représente un symbole très fort. Il intervient après une interruption de quatre ans et au milieu d’une crise économique sans précédent. Cet événement, qui se déroule dans tout le pays et non plus sous chapiteau comme par le passé, a dynamisé la vie culturelle et la francophonie, malgré le prix du livre importé, devenu inabordable à cause de la dépréciation de la monnaie locale. De nombreux écrivains et illustrateurs ont répondu présent, dont plusieurs membres de l’académie Goncourt, et ce, malgré la polémique ridicule créée par le ministre libanais de la Culture qui, pour faire de la surenchère, avait manifesté le désir de vérifier si les idées des invités étaient politiquement correctes – ce qui a provoqué un tollé contre lui de la part de la population, attachée plus que jamais à la liberté d’expression*Mais j’ose espérer que ce festival marquera le début d’une renaissance au Liban ! ».

« Parce que c’est vous, parce que c’est nous », disait Emmanuel Macron au lendemain de l’explosion du port. L’espoir a chez les Libanais d’étranges et puissantes racines. En plein cœur du chaudron, ce festival résolument international et francophone est plus qu’une audace, c’est un acte de résistance. Par la langue, la musique, la poésie, par la beauté. « Dans le jardin secret / Où nous avons rêvé / Un ouragan a balayé les feuilles », écrivait Lady Cochrane, mémoire de Beyrouth, ardente défenseuse de la culture et du patrimoine morte à 98 ans en buvant le thé dans son palais le 4 août. « Dans le jardin secret / Que nous avons créé / Le passé est une fleur que l’on cueille. » Puisse cet événement rassembler et favoriser par les livres la renaissance d’un Liban en mille morceaux.

Le 8 octobre dernier, le ministre de la Culture libanais Mohammad Mortada avait critiqué la présence d’auteurs « ayant embrassé les projets sionistes dans la pensée et dans la pratique, les soutenant aussi bien dans leurs travaux littéraires que dans leur vie quotidienne ». Cinq auteurs, dont des membres de l’Académie Goncourt, avaient alors annulé leur participation, évoquant une « dégradation générale de la situation au Liban ».

Avec Le Point par Marine de Tilly