Archive for the ‘Littérature’ Category

Wilfrid N’Sondé, Prix des Lecteurs

juin 7, 2018

 

Prix des Lecteurs: Un océan, deux mers, trois continents, « un récit bouleversant »

 

Wilfried N'Sondé.

Wilfried N’Sondé. Grazia Menna

Pour Carole Roncière, jurée du Prix des lecteurs de l’Express-BFMTV, Un océan, deux mers, trois continents relate des faits qui ont fondé les sociétés contemporaines.

Au début du 17e siècle, un jeune prêtre du Kongo, le narrateur de ce récit, est désigné par son roi comme ambassadeur africain auprès du Pape. Il doit alors se rendre au Vatican, mais son périple est jalonné de terribles épreuves : il embarque sur un navire négrier transportant les esclaves vers le nouveau monde ; puis il se retrouve emprisonné dans les geôles espagnoles, accusé d’hérésie par les inquisiteurs. Ce récit historique est terrifiant quand il décrit les horreurs de la traite négrière.

 

Un Océan, deux mers, trois continents

Un Océan, deux mers, trois continents, publié chez Actes Sud

 

Dans l’incapacité de se révolter ou de venir en aide à ses semblables, le narrateur nous entraîne dans les affres de ses douleurs ; pourtant empreint de compassion envers les malheureux, et puisant sa force dans l’espoir d’accomplir sa mission auprès des plus hauts dignitaires de l’église catholique, il finit par perdre toute foi en l’homme et en Dieu. Ce récit m’a profondément bouleversée car il relate des faits réels et horribles, qui ont fondé les sociétés contemporaines et les Etats où nous vivons actuellement.

Un Océan, deux mers, trois continents, Actes Sud, 20€.

Lexpress.fr par Carole Roncière

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Premier compromis au sein des 28 pour une réforme du droit d’auteur

mai 25, 2018

Bruxelles – Les 28 de l’UE sont parvenus vendredi, malgré l’opposition de l’Allemagne, à un premier compromis en vue de réformer le droit d’auteur, afin que les plateformes rémunèrent mieux les éditeurs de presse et artistes pour leurs productions en ligne.

« Cela a duré longtemps, mais le processus d’adoption de la proposition de directive +droit d’auteur+ vient d’être franchi. La présidence bulgare (de l’UE) a désormais le mandat pour démarrer des négociations avec le Parlement européen », a tweeté une porte-parole de la représentation permanente bulgare auprès de l’UE, Elitsa Zlateva.

Réunis vendredi à Bruxelles, les ambassadeurs des 28 pays de l’Union ont réussi à s’entendre à la majorité qualifiée sur un texte de compromis présenté par la Bulgarie, qui assure la présidence tournante semestrielle de l’Union.

La Bulgarie a désormais la tâche ardue d’entamer des négociations avec le Parlement européen — autre co-législateur au sein des institutions de l’UE — sur la proposition présentée le 14 septembre 2016 par la Commission européenne, et dont l’objectif principal est la modernisation du droit d’auteur rendue nécessaire par la révolution numérique.

Le Parlement européen n’a cependant toujours pas arrêté sa position en la matière. Il devrait le faire au plus tôt en juin.

Sur les deux points qui achoppaient particulièrement, les représentants des 28 ont dégagé un compromis: tout d’abord, la mise en place d’un nouveau « droit voisin » pour les éditeurs de presse.

Proposé par l’exécutif européen, ce droit voisin devrait permettre aux journaux, magazines, mais aussi aux agences de presse comme l’AFP — qui s’estiment pillés de leurs contenus par les agrégateurs d’information comme Google News — de se faire rémunérer.

L’arrivée d’internet a en effet mis à mal le modèle économique traditionnel de la presse, les éditeurs voyant s’effondrer leurs ventes papier et leurs recettes publicitaires.

Seconde pomme de discorde sur laquelle les 28 ont accordé leur violon: la proposition de la Commission d’obliger les plateformes de partage de vidéos, comme YouTube ou Dailymotion, à déployer des technologies permettant de détecter automatiquement des chansons ou des oeuvres audiovisuelles identifiées par les titulaires de droits et devant être soit autorisées, soit supprimées.

L’objectif étant de renforcer la capacité des titulaires de droits à négocier et à être rémunérés pour l’exploitation en ligne de leurs contenus.

Romandie.com avec (©AFP / 25 mai 2018 13h28)                                                        

Philip Roth, géant de la littérature américaine, meurt à 85 ans

mai 23, 2018

L’écrivain Philip Roth le 14 janvier 2013, lors d’une émission de la chaîne américaine PBS. / © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives / Frederick M. Brown

L’écrivain américain Philip Roth, auteur d’une trentaine de romans parmi lesquels plusieurs monuments de la littérature contemporaine, souvent cité pour un Nobel qu’il n’a toutefois jamais obtenu, est mort mardi à 85 ans.

Un employé de l’agence littéraire de l’écrivain, The Wylie Agency, a confirmé son décès à l’AFP.

Selon l’agent, cité par plusieurs médias américains, l’écrivain est mort d’insuffisance cardiaque congestive.

Philip Roth devrait être inhumé la semaine prochaine dans l’intimité au cimetière de l’université de Bard College, où il avait participé à un cours sur son oeuvre, a indiqué à l’AFP son biographe Blake Bailey.

Une cérémonie devrait être organisée en septembre dans le bâtiment principal de la bibliothèque de New York, à Manhattan, pour permettre à ceux qui le souhaitent de lui rendre un dernier hommage, toujours selon M. Bailey.

L’actrice Mia Farrow a salué un « géant des lettres », qui comptait parmi ses admirateurs l’ancien président Barack Obama, tandis que l’écrivain à succès Harlan Coben a rendu hommage à son « écrivain favori ».

Les œuvres de cet observateur lucide de la société américaine et de ses travers alternaient entre récits provocateurs des mœurs de la petite bourgeoisie juive américaine, satires politiques et réflexions sur le poids de l’histoire ou sur le vieillissement.

Son style acéré et sarcastique aura marqué plusieurs générations de lecteurs, ainsi que sa propension à mêler fiction et réalité, appuyant beaucoup de ses romans sur sa propre expérience.

Bien qu’il ait été régulièrement donné favori, le Nobel de littérature a toujours échappé au petit-fils d’immigrés juifs d’Europe de l’Est, né le 19 mars 1933 dans un quartier juif de Newark (New Jersey).

« C’était devenu un gag pour lui », explique la journaliste française Josyane Savigneau qui lui rendait régulièrement visite.

Il avait obtenu de multiples autres récompenses, notamment le Pulitzer en 1998 pour « Pastorale américaine » et avait eu en France l’honneur d’entrer de son vivant dans la collection de la Pléiade l’an dernier. « Il était vraiment content », selon Mme Savigneau.

– « Portnoy et son complexe » –

C’est « Portnoy et son complexe » qui l’a révélé au grand public en 1969. Le livre avait alors fait scandale pour ses descriptions sexuelles très crues et sa façon d’aborder la judaïté.

« La honte n’est pas pour les écrivains », avait-il dit lors d’un entretien à la radio publique NPR. « Vous ne pouvez pas vous soucier de bienséance. »

Sexe et judaïsme resteront très présents dans la majeure partie de son œuvre. Il sera plusieurs fois publiquement critiqué par des figures religieuses pour ses écrits.

« Je n’écris pas en tant que juif, j’écris en tant qu’Américain », disait celui qui goûtait peu les mondanités et les interviews. « Je n’ai pas une once de religiosité en moi », expliquait-il en 2010 à la chaîne CBS. « Quand le monde entier ne croira plus en Dieu, ce sera un endroit formidable. »

Philip Roth est notamment l’auteur de « La Tache » (2000) qui dénonce une Amérique puritaine et renfermée sur elle-même ou « Pastorale américaine » (1997) sur les ravages de la guerre du Vietnam dans la conscience nationale.

– Vocabulaire de 77 mots –

« Le complot contre l’Amérique » (2004) imaginait le destin d’une famille juive de Newark si les Etats-Unis avaient élu l’aviateur Charles Lindbergh, aux sympathies pro-nazies, plutôt que de réélire Franklin D. Roosevelt en 1940.

Beaucoup y ont vu des correspondances avec l’élection de Donald Trump mais Philip Roth était sorti de sa retraite fin janvier pour balayer toute analogie, écrivant au New Yorker que Lindbergh était « un grand héros » tandis que Trump utilise « un vocabulaire de 77 mots ».

Après avoir publié 31 ouvrages et deux ans après son dernier roman « Nemesis », ce géant de la littérature de la seconde moitié du XXème siècle avait annoncé en 2012 qu’il cessait d’écrire.

« C’était un tel perfectionniste, quand il a senti sa puissance baisser, il a voulu partir tant qu’il était au sommet et il l’a fait », a dit Judith Thurman, une amie de l’écrivain, sur CNN.

Plusieurs de ses livres ont fait l’objet d’adaptations au cinéma, dont certaines saluées par la critique, même si reproche leur était systématiquement fait de ne pas appréhender suffisamment la profondeur des œuvres.

« Kaddish (prière funéraire juive) pour Philip Roth, le grand romancier américain de notre monde d’après-guerre », a tweeté le scénariste David Simon (« The Wire » et « Treme » notamment).

L’auteur a expliqué avoir rencontré l’écrivain il y a quelques mois seulement pour discuter d’une adaptation télévisée de son roman « Le complot contre l’Amérique ».

« A 85 ans, il était plus précis et pertinent, plus affûté intellectuellement et spirituel que n’importe qui, quel que soit son âge », a-t-il ajouté. « Quel esprit merveilleux et rigoureux. »

Romandie.com avec (©AFP / 23 mai 2018 17h26)

Loin de tout espoir de justice

mai 20, 2018

 

Quand la justice souffre de dérision

Et le ventre du procès de constipation

Les magistrats se tordent du mal d’érosion

 

Impartial et lamentable le verdict de l’accusé

Inique le jugement expéditif du pauvre inculpé

Vomi par un pouvoir qui ne peut le disculper

 

La citation des témoins est un leurre de procédure

Qui a perdu sa raison et son influence dans l’usure

Devant le dirigisme juridique de mauvaise allure.

 

Bernard NKOUNKOU

Le maïs à maturité

mai 20, 2018

 

Entre les cuisses ouvertes des nuages

Glissent des rayons qui font ravage

Sur les clitoris pointus des fines tiges

 

A califourchon sur le dos de leurs épis

Les maïs prennent du volume en grains

Attendant l’heure de la cueillette du matin

 

Empruntant à maturité la corbeille du cultivateur

Dans leur robe verte ils prennent la route du vendeur

Pour terminer leur existence dans la bouche du consommateur.

 

Bernard NKOUNKOU

Les corneilles du printemps

mai 20, 2018

 

Les corneilles du printemps

Sèment prudemment le bon vent

Dans la peau grelotante du temps

 

Quand sur les branches de l’érable

Elles mettent leurs pattes à table

Dans la joie du paraclet dominical

 

Elles peuvent étendre leurs ailes

Vêtues du plumage de leur voile

Dans un ciel sans rayons de soleil.

 

Bernard NKOUNKOU

États-Unis: le sénateur républicain McCain va publier de nouveaux mémoires

mars 26, 2018

Le sénateur républicain John McCain en fauteuil roulant, le 1er décembre 2017 à Washington / © AFP/Archives / Brendan Smialowski

Le sénateur républicain John McCain va publier en mai un nouveau livre au ton « franc » sur la politique américaine ces dernières années, notamment la campagne électorale de 2016 qui a vu triompher Donald Trump.

Le livre, intitulé « The Restless Wave » (les flots qui ne se calment pas) chez le grand éditeur américain Simon & Schuster, prendra le relais du livre autobiographique familial publié avant sa candidature présidentielle malheureuse de 2008, et couvrira jusqu’aux événements récents de l’actualité américaine et internationale, notamment la Russie.

« Franc, pragmatique, John McCain dit tout dans ses nouveaux mémoires », affirme l’éditeur, sans dévoiler jusqu’où irait l’élu sur ses relations tempétueuses avec l’actuel président des Etats-Unis.

Agé de 81 ans, John McCain est traité depuis juillet 2017 pour un cancer du cerveau particulièrement dangereux (glioblastome), et il n’a plus participé aux travaux du Sénat à Washington depuis décembre, bien qu’il continue à émettre de nombreux communiqués via son bureau, souvent critiques du président Trump et de son administration.

Il se trouve dans son Etat de l’Arizona, où il vit et subit des séances de chimiothérapie.

Sa fille Meghan a confié au magazine People en février qu’après un passage difficile en décembre, il s’était « incroyablement bien remis ». « J’espère qu’il reviendra vite à Washington pour tenir tête à Trump un peu plus », avait-elle dit.

La semaine dernière, elle s’est dite « très prudemment optimiste » sur un éventuel retour au Sénat cet été, sur une radio locale de Phoenix. Et l’épouse du républicain, Cindy McCain, a démenti sur Twitter au début du mois qu’il envisagerait de démissionner (son mandat court jusqu’en 2022).

Le livre sortira aux Etats-Unis le 22 mai et a été écrit avec son vieux complice Mark Salter, coauteur de plusieurs livres avec l’ancien pilote, élu au Congrès pour la première fois en 1982.

Le titre semble être une référence à la deuxième ligne de « l’hymne de la Navy », chanté notamment à l’académie navale américaine d’Annapolis, par où est passé John McCain avant de devenir pilote de l’aéronavale.

Romandie.com avec(©AFP / 26 mars 2018 23h40)                

Salon du livre Paris: le Québec en force !

mars 16, 2018

Outre les traditionnelles séances de dédicace, plusieurs animations seront proposées sur le stand de Québec Edition pendant le Salon Livre Paris 2018.

Outre les traditionnelles séances de dédicace, plusieurs animations seront proposées sur le stand de Québec Edition pendant le Salon Livre Paris 2018.

La Fabrique culturelle/Télé-Québec

Du 16 au 19 mars, le stand de Québec Édition accueille près de quarante écrivains de la Belle Province. L’occasion de plonger dans la littérature de nos « cousins » d’Amérique.

Connaissez-vous Christian Guay-Poliquin (Le poids de la neige, La Peuplade/L’Observatoire), Michèle Plomer (Étincelle, Marchand de feuilles) ou Hélène Dorion (L’étreinte des vents, Druide) ? Non ? Ces auteurs québécois, plusieurs fois récompensés, font partie de l’impressionnante délégation présente sur le stand de Québec Edition lors du Salon Livre Paris. Du 16 au 19 mars, près de quarante écrivains et une trentaine de maisons d’édition représentants la Belle Province sont en effet attendus dans la capitale pour mieux faire connaître la production livresque québécoise et sa richesse. « La littérature francophone d’Amérique, du Québec et du Canada français ne cesse de séduire les lecteurs français et notre participation à Livre Paris y contribue probablement pour beaucoup », estime le président de Québec Édition et de la maison Les 400 coups, Simon de Jocas.

Outre les traditionnelles séances de dédicace, plusieurs animations seront proposées sur le stand : conférences, lectures de romans, de contes ou de poésies, comme celles des trois poètes Rodney Saint-Éloi (Je suis la fille du baobab brûlé, Mémoire d’encrier), Michel Thérien (Des vallées nous traversent, Editions David) et Joël des Rosiers (Chaux, Triptyque) le 16 mars à 19h.

Les visiteurs pourront également vivre l’expérience immersive « Panoramique : 360° de poésie ». En enfilant un casque de réalité virtuelle, ils auront la possibilité d’entendre les textes des poètes Véronique Cyr (Les forêts d’indices, Les Herbes rouges), Judy Quinn (Pas de tombeau pour les lieux, Editions du Noiroît) et Jean-Philippe Chabot (Comment finissent les arbres, Editions du Noiroît) lus par la comédienne Chloé Sainte-Marie. Les oeuvres seront accompagnées d’images des paysages hivernaux des parcs nationaux de la Gaspésie et du Bic, au Bas-Saint-Laurent. À noter: le Québec sera également l’invité d’honneur au Marché de la poésie de Paris, du 6 au 10 juin prochains.

Sur le stand de Québec Edition du Salon Livre Paris 2018, les visiteurs pourront vivre une expérience de réalité virtuelle.

Sur le stand de Québec Edition du Salon Livre Paris 2018, les visiteurs pourront vivre une expérience de réalité virtuelle.

SODEC

Une littérature accueillante

La littérature québécoise, à l’image de la Belle Province elle-même, s’enrichit régulièrement d’auteurs issus de cultures autres que francophone. Une fois leurs complexes vis-à-vis de la grammaire vaincus, ceux-ci s’installent dans la langue du Québec, pour le plus grand bonheur des lecteurs. Et même s’ils ne font pas partie de la délégation présente au Salon Livre Paris, l’événement est l’occasion de les mettre, eux aussi, en lumière… Notre correspondante à Montréal, Isabelle Grégoire, les a rencontrés.

Du Vietnam

Kim Thuy ne parlait pas un mot de français quand elle est arrivée au Québec, en 1979, à 10 ans, après avoir fui le Vietnam avec sa famille : « Je me sentais muette. » Sa terre d’accueil lui a redonné la voix – et quelle voix! Ses romans (Ru, Man, Vi, édités chez Libre Expression au Québec, et Liana Levi en France), écrits dans la langue de Molière, sont tous des best-sellers. Ils portent son souffle unique à travers la francophonie et ailleurs dans le monde – ils sont traduits dans une vingtaine de pays. Aussi volubile à l’oral qu’économe à l’écrit, l’écrivaine est une ardente francophile. « Dès notre arrivée, nous sommes tombés amoureux des Québécois et donc de leur langue », résume-t-elle.

C’est dans une « classe d’accueil » de l’école de Granby (Montérégie), que la petite Kim s’est initiée aux mots français dont elle use avec tant de poésie. « Nous étions huit Vietnamiens, très choyés, avec une professeur juste pour nous, raconte-t-elle dans un accent québécois parfait. Nous étions parmi les premiers cobayes, ou plutôt bénéficiaires, de la loi 101. » Adoptée en 1977, cette loi a fait du français la langue officielle du Québec, obligeant les enfants immigrants à fréquenter une école francophone, de la maternelle au secondaire. « Une chance immense: sans elle, mes parents auraient choisi l’anglais pour mes frères et moi », assure Kim Thuy. En francisant chaque année des milliers de Néo-Québécois, la Charte de la langue française a aussi favorisé l’émergence d’une littérature rafraîchissante, issue de la diversité, porteuse d’un regard décalé sur le monde. En dépit des difficultés inhérentes à l’usage du français, ces auteurs n’ont jamais envisagé d’écrire dans une autre langue. Leurs éditeurs se chargent bien sûr de corriger les inévitables fautes de genre et de concordance des temps. Mais leurs imperfections seraient, pensent-ils, souvent à l’origine de leur style si particulier.

Diplômée en linguistique et en traduction (en plus de l’être en droit), la très modeste Kim Thuy estime ainsi que son « handicap » en français la sert. « Comme je ne connais pas les expressions consacrées, je peux accoler des mots qu’on ne voit jamais ensemble, dit-elle. Je décris la situation telle qu’elle est, sans avoir accès à une banque d’expressions courantes, ce qui donne une langue un peu étrange, inattendue. »

De Hongrie

Auteur de l’essai à succès Rhapsodie québécoise, itinéraire d’un enfant de la loi 101 (Boréal, 2016), Akos Verboczy ne tarit pas d’éloges sur cette loi. Arrivé de Hongrie en 1986, à 11 ans, c’est un francophone engagé et un partisan convaincu de l’indépendance du Québec. C’est après son expérience d’attaché politique au ministère de l’immigration, sous l’éphémère gouvernement de Pauline Marois, du Parti québécois (2012-2013), qu’il s’est lancé dans l’écriture. « Pour aborder autrement les enjeux de l’intégration des immigrants et de la place du français dans la société. » La qualité du français, notamment, l’inquiète. « Il devient de plus en plus délicat de souligner  »qu’on parle mal » au Québec. L’usage du franglais est valorisé alors qu’il n’est accessible ni aux anglophones ni aux francophones du monde. » A ses yeux, l’avenir du français est lié à l’intégration des immigrants, à la cohésion sociale et à l’égalité de tous. « Plus on parlera français, plus on s’entendra, et mieux on le parlera, plus on se comprendra. »

De Pologne

Encore faut-il apprivoiser le parler québécois. Née en Pologne et émigrée au Québec à l’adolescence, Agnès Gruda l’évoque avec un humour piquant dans sa nouvelle autobiographique, Un prénom simple (recueil Onze petites trahisons, Boréal, 2010). Elle y raconte le séjour dans un « camp de vacances » où ses parents l’envoient dans l’espoir de faciliter son intégration. « Un bain brutal », se souvient celle qui travaille comme journaliste au quotidien montréalais La Presse depuis 1986. La narratrice d’Un prénom simple a honte de son accent et veut s’en débarrasser : « Combien de temps cela prend-il pour laver une voix de tous les relents du passé ? pour pouvoir dire « huit » et que le « ui » glisse de notre bouche avec un sifflement aérien, au lieu de produire un « houit » balourd et inélégant, qui appose immédiatement l’étiquette ‘étrangère’ sur mon front ? » s’interroge-t-elle.

De Roumanie

Pour Alina Dumitrescu, d’origine roumaine, l’atterrissage a été rude aussi. Débarquée à Montréal en 1988, à 28 ans, avec quelques rudiments de français, elle a entrepris des études dans un cégep. « Au début, je ne comprenais rien, le français avait un goût de migraine. » Dans son premier roman, Le Cimetière des abeilles (Triptyque, 2016), elle évoque son immigration et cette phrase que son frère, émigré avant elle, lui avait assénée dès son arrivée à l’aéroport de Montréal: « Ne parle pas à la française, ils vont te détester! » De quoi la réduire au silence pendant plusieurs mois. L’écriture a eu l’effet d’un « brise-glace » pour Alina, et a légitimé son appartenance au Québec. « Très grande lectrice, je me nourris du français, dit-elle. C’est la langue qui représente le mieux la personne que je suis devenue. » Quand à sa langue maternelle, elle a fini par lui échapper: « je ne peux écrire en roumain, il ne m’est plus accessible pour la création, alors qu’écrire en français m’est venu naturellement. » Pour autant, recourir à la langue de Molière reste un défi, forcément stimulant. « Le décalage dans ma compréhension et le doute qui m’habite toujours quant à ma maîtrise du français sont source de création », avoue-t-elle.

Du Chili

Auteur de quatre romans – dont Oscar (Boréal, 2016), qui s’inspire de la vie du jazzman montréalais Oscar Peterson – l’écrivain et scénariste d’origine chilienne, Mauricio Segura, considère lui aussi sa « distance » vis-à-vis du français comme un atout. « Je joue avec la langue française comme s’il s’agissait d’un matériau, dit cet autre ‘enfant de la loi 101’, arrivé au Québec en 1974, à l’âge de 5 ans. Cela m’est plus difficile avec l’espagnol, trop proche, que j’identifie au noyau familial et à l’enfance. » Inscrire en français les propos de ses personnages souvent hispanophones, a toutefois suscité chez lui moult interrogations. « J’avais l’impression de les trahir. Or je m’aperçois aujourd’hui de la force de cette transposition linguistique : cet exercice me permet d’écarter les détails, l’anodin, d’aller à l’essentiel, d’atteindre plus facilement, je crois, à l’universel. »

Du Liban

Un constat partagé par Ghayas Hachem, Libanais d’origine, lauréat pour son roman Play Boys (Boréal, 2014) du « Prix de la diversité », qui récompense depuis 2016 une première oeuvre littéraire écrite par un auteur montréalais issu de l’immigration. « Cette expatriation linguistique m’a donné une liberté par rapport à ma première jeunesse un peu ‘chargée’ émotivement et associée à l’arabe, ma langue maternelle, dit-il. Cette distance est favorable à la détente, et donc à l’expression et à la symbolisation. »

De Chine

L’écrivaine sino-canadienne Ying Chen a quant à elle l’impression de « flotter un peu » lorsqu’elle écrit. Ses onze romans – dont Blessures (Boréal, 2016) – et deux essais l’ont été directement en français. « Il y a toujours ce tâtonnement, rien n’est jamais sûr, confie-t-elle de sa voix douce. Mais je crois que c’est l’essence même de l’art : l’incertitude, la contradiction, la mixité, l’ouverture, la difficulté… » Licenciée en langue et littérature françaises de l’université de Shanghai, elle est venue à Montréal en 1989 pour réaliser une maîtrise en création littéraire au département de langue française de l’Université McGill. Son premier roman, La mémoire de l’eau (Léméac/Actes Sud, 1992) en est issu. Ce que le français a apporté à son écriture ? « C’est une question très profonde… Une langue, ce n’est pas seulement la grammaire, c’est le concentré de siècles de vie, c’est une histoire, alors quand deux langues se confrontent dans un même texte, quelle part de la langue d’avant demeure ? Le fantôme de l’autre langue est-il encore là ? On pourrait en parler durant des années… »

Du Québec !

Chose certaine, le français n’est pas prêt de mourir au Québec. « Ce n’est pas vrai qu’il est en perte de vitesse, ni que sa qualité régresse : on doit arrêter de jouer les victimes », martèle Kim Thuy. L’écrivaine souligne qu’une « foule » d’auteurs québécois de la relève choisissent d’écrire en français « alors qu’ils pourraient le faire en anglais pour atteindre un plus large public. » Elle ajoute que la littérature québécoise rayonne dans le monde entier, étant notamment étudiée dans des universités en Inde, en Corée, au Japon… où elle a d’ailleurs été invitée à rencontrer les étudiants. « Oui il faut rester vigilant, mais surtout il faut célébrer la vivacité du français d’ici malgré la pression de la langue anglaise, dit-elle. La langue évolue, il faut la laisser respirer sinon elle meurt. »

Lexpress.fr par Natacha Czerwinski

Rwanda: dans un livre a paraître, un ancien officier français brise l’omerta sur l’opération Turquoise

mars 7, 2018

 

Guillaume Ancel, 10 avril 2016. © Jean Saibienpeu /CC/wikipédia

Dans « Rwanda, la fin du silence », qui sortira en librairies le 16 mars, l’ex-officier Guillaume Ancel relate en détails plusieurs pans obscurs de l’opération Turquoise, en 1994, et les menaces reçues pour l’inciter à respecter la « loi du silence ».

Si Guillaume Ancel n’est pas le premier ex-officier français à avoir consacré un livre à son expérience au Rwanda durant l’opération Turquoise, en 1994, il est en revanche le seul à ce jour à y dénoncer « les errements » de cette intervention militaire controversée.

Dans Rwanda, la fin du silence, à paraître le 16 mars aux éditions Les Belles Lettres, cet ancien lieutenant-colonel revient en détail sur le déroulement de sa mission (25 juin-5 août 1994). « Sous le couvert d’une opération humanitaire destinée à mettre fin aux massacres, cet officier comprend vite que la France soutient le gouvernement génocidaire rwandais », résume la quatrième de couverture.

Il me fallait retranscrire intégralement ce que j’ai vécu en 1994, afin que cela ne soit plus jamais effaçable

Dans ce récit écrit à la première personne, Guillaume Ancel revient en outre sur les menaces, voilées ou plus explicites, qu’il a reçues depuis qu’il a rompu l’omerta en 1994 – notamment à travers une interview à Jeune Afrique, publiée en avril 2014 – sur le dossier sensible du rôle de la France durant le génocide des Tutsis.

« Pendant plus trois ans, j’ai livré des témoignages oraux à des journalistes ou lors de conférences, nous confie-t-il. J’ai fini par comprendre que ce n’était pas suffisant et qu’il me fallait retranscrire intégralement ce que j’ai vécu en 1994, afin que cela ne soit plus jamais effaçable. »

Jeuneafrique.com

Philip Pullman demande un partage plus équitable des profits de la vente de livres

mars 7, 2018

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Miki Yamanouchi (CC, BY, ND, 2.0)

Le site du Guardian rapporte que selon l’auteur, les maisons d’édition mettent à mal « l’environnement du monde du livre » en perpétrant cette mauvaise répartition des recettes. Il demande à ce que le partage des revenus générés par les ventes d’un ouvrage soit revu à la hausse en faveur des auteurs. Il accuse également l’industrie du livre de laisser les entreprises se remplir les poches quand les revenus des auteurs eux, diminuent à vue d’œil.

D’après Pullman, « il est parfaitement possible de faire de bons profits tout en rémunérant équitablement ceux qui produisent le travail dont tout le reste dépend. Mais ce n’est pas le cas pour l’instant. J’apprécie chaque éditeur, designer, commercial et publicitaire avec lesquels je travaille ; en revanche, je n’apprécie pas ce que les éditeurs font, de manière générale, à l’écologie du monde du livre. La situation est nuisible, et cela devrait changer. »

En effet, dans un article du Bookseller, le directeur général de la SoA, Nicola Solomon décortique une étude ayant démontré que les marges de profits des maisons d’édition ne cessent d’augmenter, là où, en revanche, le salaire des auteurs est en chute libre.

Entre 2010 et 2013, affirme l’étude de la Société d’Accréditation et de Collection des Auteurs sur la situation des auteurs en Angleterre, les revenus ont chuté de 29%. Alors qu’entre 2008 et 2016 et ce d’après les rapports d’activité, la marge faite par de grandes maisons d’édition telles que Simon & Schuster Inc et Penguin a quasiment doublé.

Se basant sur la récente étude de l’Association des éditeurs, intitulée « La contribution de l’industrie de l’édition à l’économie britannique », Solomon déduit que les auteurs toucheraient à peine 3 % des recettes de la maison d’édition. Il ajoute « une fois que les maisons d’édition se sont payées, les actionnaires de l’éditeur reçoivent près de trois fois la somme versée aux auteurs. Et les auteurs doivent encore payer leurs propres dépenses et agents ».

Stephen Lotinga, directeur général de l’Association des éditeurs, a répondu que « les maisons d’édition reconnaissent totalement que les auteurs devraient être rémunérés équitablement pour leur travail et qu’elles font beaucoup pour supporter le talent des écrivains ».

Le SoA a d’ores et déjà fait plusieurs propositions aux éditeurs pour résoudre la situation quant à la transparence des revenus versés par les éditeurs aux auteurs, illustrateurs et traducteurs, mais également à la révision de la répartition des recettes de manière plus équitable entre les différents acteurs de l’industrie du livre.

Actualitte.com par Fasseur Barbara