Archive for the ‘Littérature’ Category

Soudan – Alaa Salah : « La CPI doit juger Omar el-Béchir et tous ses complices »

juin 5, 2021
Alaa Salah le 20 mai 2021, à Paris

Icône de la révolution qui a précipité la chute d’Omar el-Béchir, Alaa Salah continue de réclamer justice et de porter la voix des femmes et de la jeunesse, déterminés à chasser les militaires du pouvoir.

« Ce n’est pas les balles qui tuent, c’est le silence du peuple. » Pour porter le message des révolutionnaires soudanais à la tribune de la Conférence internationale d’appui à la transition, organisée à Paris le 17 mai, Alaa Salah a revêtu son toub, sa tenue de combat. La même toge blanche qu’elle portait le 8 avril 2019, trois jours avant la chute d’Omar el-Béchir, dans une vidéo qui a fait d’elle le symbole du soulèvement. Juchée sur le toit d’une voiture au milieu du sit-in de la place al-Qiyadah de Khartoum, drapée dans ce vêtement devenu l’uniforme des opposantes au régime militaire, elle entonnait alors un chant révolutionnaire auquel répondait la foule des manifestants.

Lors de notre rencontre, dans la foulée du sommet élyséen qui a abouti à l’annulation de près de 5 milliards de dollars de dette, cette militante de 25 ans issue d’une famille aisée de Khartoum a opté pour un tailleur noir plus occidental, un chemisier à fleurs et un foulard bleu. Mais c’est surtout sa détermination qui retient l’attention.

Deux ans après la fin de l’ancien régime et dans la perspective des élections générales de 2022 qui doivent clore la transition, elle raconte le combat ininterrompu des révolutionnaires dans « Le chant de la révolte », co-écrit avec le journaliste Martin Roux, et dit tout à la fois la défiance vis-à-vis des militaires qui détiennent toujours une partie du pouvoir, la soif de justice pour les victimes et l’impatience face aux promesses non tenues. Entretien.

Jeune Afrique : Vous vous êtes exprimée lors de la Conférence internationale de soutien à la transition démocratique au Soudan. Pourquoi était-il important pour vous d’y participer ?

Alaa Salah : L’objectif de cette conférence était de soutenir le développement du Soudan et notre pays en a énormément besoin, surtout en ce moment. Nous avons hérité de dettes colossales de l’ancien régime et nous payons un lourd tribut au quotidien. On le voit partout dans les rues. Cette conférence a déjà donné des premiers résultats, dont l’annulation de la dette par la France mais aussi des promesses venant d’autres États. Je suis sûre que cela aura un impact positif sur l’économie.

CES IMAGES SONT VENUES METTRE LA LUMIÈRE SUR NOTRE COMBAT PACIFIQUE

Nous sommes reconnaissants à Emmanuel Macron et à la France d’avoir invité la jeunesse, de lui avoir donné l’opportunité de s’exprimer. Nous sommes là pour parler du nouveau Soudan, le Soudan post-révolution.

Les images du 8 avril 2019, où l’on vous voit chanter sur la place al-Qiyadah de Khartoum, ont fait le tour du monde et ont fait de vous le symbole de la révolution. Comment assume-t-on une telle responsabilité ?

En tant que révolutionnaires, nous sommes tous d’accord pour dire que nos rôles respectifs se complètent, personne ne joue un rôle plus important qu’un autre. Mais alors que l’ancien régime a tenté d’isoler le Soudan du reste du monde en bannissant toute présence médiatique dans le pays, ces images sont venues mettre la lumière sur notre combat pacifique. Elles ont porté le message de notre révolution dans le monde entier.

Lorsque je regarde ces images aujourd’hui, je ne me vois pas moi, Alaa Salah, je vois la femme soudanaise. Son courage, sa volonté, sa force. Les femmes ont toujours été en première ligne dans cette lutte, elles représentaient 60 % des participants dans les manifestations.

Historiquement, les Soudanaises ont toujours été actives dans les mouvements sociaux. Votre grand-mère a participé à la révolution de 1964, votre mère à celle de 1985. Cela a été décisif dans votre engagement ? 

Elles m’ont bien évidemment inspirée. Mais c’est surtout la révolution de septembre 2013 qui m’a marquée. Ma sœur, qui avait à l’époque le même âge que moi aujourd’hui, y a participé mais moi, je n’en avais pas le droit, on me disait que j’étais trop jeune pour descendre dans la rue. Cela m’a mise en colère, je n’ai pas participé à cette révolution comme je l’aurais voulu.

En 2019, j’ai ressenti que c’était le moment pour moi. Je savais qu’il fallait par tous les moyens faire partie de ce mouvement.

L’armée a remis le 15 mai les résultats de son enquête sur le massacre perpétré le 3 juin sur la place Qiyadah, et durant lequel au moins 130 personnes ont été tuées par la police et les paramilitaires, dressant une liste de soldats impliqués. Faites-vous confiance aux militaires pour que justice soit faite ?

Nous n’avons jamais eu confiance en eux. Ils donnent aujourd’hui quelques noms de soldats, mais le premier jour de la révolution, ils étaient des milliers, de toute appartenance, à nous empêcher de manifester. C’est plus facile de rejeter la responsabilité sur une ou deux personnes.

C’EST À NOUS DE DIRE AUX MILITAIRES DE DÉGAGER. C’EST NOTRE RÉVOLUTION

Les militaires qui sont aujourd’hui au gouvernement ne mènent pas l’enquête correctement parce qu’ils sont eux-mêmes impliqués dans les massacres. Leurs déclarations se contredisent, leurs mains sont sales, elles sont tachées du sang de nos martyrs. Nous n’allons pas fermer les yeux sur leurs crimes.

Omar el-Béchir est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) depuis 2009. Êtes-vous favorable à ce qu’il soit jugé à La Haye ?

Oui, nous attendons beaucoup de la CPI. Mais elle ne doit pas juger seulement Omar el-Béchir, elle doit juger ses complices, toutes les personnes impliquées dans des crimes contre l’humanité et la violation de droits humains. Le jour où cela sera fait, nous pourrons considérer que justice a été faite, en toute transparence, et qu’il n’y a pas d’impunité.À LIRE Pour l’icône de la contestation au Soudan, la mobilisation ne doit pas faiblir

Je ne dis pas que nous n’avons pas confiance dans la justice soudanaise, mais elle a été très corrompue, comme l’ensemble des institutions. Omar el-Béchir a déjà comparu lors de plusieurs procès mais il a dû répondre de chefs d’accusation qui sont pour nous dérisoires [corruption et atteinte à l’ordre constitutionnel]. Ce qu’il a fait dépasse de loin ces questions.

La loi sur l’ordre public, qui restreignait les libertés des femmes, a été abrogée en novembre 2019. Qu’est-ce que cela a changé concrètement pour les Soudanaises ?

La société soudanaise est une société très riche par sa culture, c’est ce qui nous rend unique, mais l’ancien régime a tenté de créer un moule pour tout le monde, surtout pour les femmes. La loi de 1991 restreignait les libertés des Soudanaises et elle donnait une sorte d’autorité à tout le monde pour leur demander de rendre des comptes, pour leur imposer une façon de s’habiller. Parfois, les choses allaient très loin, il y avait des violences, des insultes dans la rue. Et si nous nous rassemblions pour faire entendre notre voix, cela se soldait toujours par des arrestations, des agressions et des poursuites judiciaires.

Les choses ont beaucoup changé aujourd’hui. Le fait d’avoir abrogé cette loi nous a permis d’avoir plus de libertés, de revendiquer nos droits, de parler de notre quotidien, des questions qui nous intéressent.

LES ÉLECTIONS DE 2022 SONT NOTRE SEUL ESPOIR, NOTRE SEUL MOYEN D’ASSEOIR UN ÉTAT CIVIL

Vous affirmez dans votre livre Le chant de la révolte soutenir le gouvernement civil tout en reconnaissant que sa marge de manœuvre est limitée. Vous paraît-il possible aujourd’hui de renvoyer les militaires dans les casernes ?

Depuis l’indépendance, le Soudan a vécu plus de cinquante ans sous le joug militaire. Pendant toutes ces années, les militaires n’ont rien fait pour le pays. Bien au contraire, ils l’ont anéanti. Ces moments ont été très difficiles pour les Soudanais.

Aujourd’hui, les militaires ne peuvent plus faire comme bon leur semble. Ce sont nos décisions, c’est notre révolution. Et c’est à nous de leur dire de partir. Comme le disaient nos slogans pendant la révolution, il n’y a pas de place pour eux.

« Le chant de la révolte – le soulèvement soudanais raconté par son icône » de Alaa Salah et Martin Roux, éditions Favre

Qu’espérez-vous du scrutin de 2022 ? Les élections pourront-elles être libres ?

Oui, et je dirais même que c’est notre seul espoir. Sous l’ancien régime, les résultats étaient connus d’avance, les élections n’étaient jamais transparentes. Aujourd’hui, les femmes, la jeunesse travaillent ensemble pour préparer cette nouvelle étape, notre seul moyen pour asseoir un État civil.

Lorsque la révolution a débuté, vous étiez étudiante en architecture. Comment envisagez-vous votre avenir ?

L’architecture a toujours été un rêve pour moi et pour mon père, je ne veux pas l’abandonner. Le problème, c’est que les universités privées, comme celle où j’étudiais, appartiennent à des membres de l’ancien régime. J’ai donc dû faire un choix pour rester fidèle à la cause et renoncer à mon diplôme.

Il serait difficile pour moi de continuer mes études au Soudan, je serai toujours la cible de pressions académiques et psychologiques. Je préférerais le faire à l’étranger, dans une université où l’on respecte mes idées. Mais cela ne m’empêchera pas de poursuivre le combat.

Avec Jeune Afrique par Julie Gonnet

Un rappeur contestataire cubain placé en détention et poursuivi

juin 3, 2021

L’artiste cubain Maykel Osorbo, co-auteur de la chanson contestataire «Patria y vida» qui détourne le slogan révolutionnaire «Patria o muerte», a été placé en détention provisoire pour résistance, outrage à la justice et agression, a confirmé jeudi à l’AFP une source proche de l’artiste.

Le rappeur de 37 ans «est à la prison de 5 y Medio, il n’a pu appeler qu’au bout de 14 jours», a déclaré Camila Lobon, une amie proche, via un message audio dans lequel elle indique que son avocat examine les accusations portées contre lui. Citant des sources du ministère de l’Intérieur, le portail officiel d’informations Cubadebate avait indiqué mercredi que le chanteur était «accusé de délits (…) auxquels il a participé le 4 avril 2021».

L’ambassade des Etats-Unis à Cuba a retweeté jeudi un message de l’administratrice de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), Samantha Power, dans lequel elle appelle à «mettre fin à cette tentative infâme de réduire au silence la liberté de pensée et de débat», et reprochait à Cuba d’«emprisonner Maykel Castillo et d’autres artistes qui osent réclamer des droits de l’homme». Le 4 avril, des habitants du quartier de San Isidro de La Havane où vit le musicien ont tenté d’empêcher la police de l’arrêter, selon ses déclarations. Sur les images diffusées en direct sur les réseaux sociaux, il apparaît dans la rue au milieu de plusieurs personnes, dont le dissident Luis manuel Otero Alcantara, chantant «Patria y vida» tout en criant des slogans anti-gouvernementaux.

Maykel Osorbo a été arrêté le 18 mai, le bureau du procureur a ordonné son placement en détention provisoire et il a été transféré le 31 mai à la prison de Pinar del Rio, à 160 km à l’ouest de La Havane, selon Cubadebate. «C’est termin黫le peuple est fatigué» clame le morceau «Patria y vida» sorti mi-février et qui appelle à une «nouvelle aube» sur l’île. La chanson, qui cumule 5,4 millions de vues sur Youtube, a suscité une vive réaction du gouvernement, qui a affirmé qu’il s’agissait d’une «campagne contre Cuba».

Par Le Figaro avec AFP

Concours d’écriture Amazon : la 6e édition consacrée aux auteurs autoédités

juin 2, 2021

Les inscriptions au Prix Les plumes francophones sont ouvertes aux auteurs francophones du monde entier, âgés de 18 ans et plus. Le dépôt des dossiers de candidature se fait jusqu’au 31 août 2021.              

 

Photo : affiche du Prix Les plumes Francophones 2021

Les  candidats ont tout le temps pour déposer leurs manuscrits sur Kindle Direct Publishing (KDP). L’ouvrage qui sera en compétition ne doit ni faire ni avoir fait l’objet d’un contrat d’édition ou d’une option auprès d’un éditeur. Celui-ci doit être aussi écrit en langue française et le manuscrit publié doit être un original. Il ne doit pas avoir été déjà publié sur KDP (la plateforme d’édition d’Amazon) ni avoir été publié via un autre site internet.

Le livre doit être publié à la fois au format numérique et au format papier, il  doit compter au moins 24 pages. La version numérique de votre livre doit être inscrite au programme KDP.  Il faut inclure le mot » concourskdp » lors du changement de votre livre sur KDP. Le participant  doit être le seul auteur légitime du manuscrit. L’inscription nécessite un compte Amazon et un compte KDP (Kindle Direct Publishing).

Chaque finaliste va recevoir un appareil Kindle oasis ainsi qu’une visibilité supplémentaire découlant des activités promotionnelles. Le lauréat bénéficiera quant à lui d’un dispositif marketing d’une valeur de 5 000 euros (ou L’équivalent dans une autre devise selon le pays de résidence) pour faire la promotion de son livre sur Amazon.fr et son manuscrit sera gratuitement publié en livre audio par Audible. Les Plumes des lecteurs et celles du jury seront également décernées.

Le concours les Plumes francophones Amazon est une initiative dédiée à la découverte de nouvelles productions littéraires, ouverte à tous les auteurs indépendants diffusant en français via KDP. L’événement vise à découvrir de nouveaux talents littéraires et à leur donner une visibilité auprès du grand public, il est gratuit.

Avec Adiac-Congo par Rosalie Bindika

Canada-Québec: Prix littéraires du Gouverneur général: un doublé mauricien

juin 2, 2021

La Mauricie a été particulièrement choyée dans le cadre de la remise des Prix littéraires du Gouverneur général pour l’année 2020 puisque deux des représentants de la région font partie des lauréats. François Blais, de Charette, l’a emporté dans la catégorie littérature jeunesse – texte pour son roman noir Lac Adélard publié à La courte échelle alors que l’illustrateur trifluvien Guillaume Perreault a remporté le Prix de littérature jeunesse – livres illustrés pour son travail sur Pet et Répète : la véritable histoire chez Fonfon.

Guillaume Perreault

© Stéphane Lessard Guillaume Perreault

Résident trifluvien depuis quelques mois, Guillaume Perreault accueillait l’honneur avec beaucoup de légitime fierté. «C’est un prix prestigieux qui est très connu dans les milieux littéraires et qui a beaucoup de retentissement. C’est une magnifique reconnaissance qui est d’autant plus agréable à recevoir qu’elle est décernée par un jury de pairs et je devine que le processus de sélection est très rigoureux. Je suis vraiment très heureux.»

L’illustrateur avoue que le prix lui soit décerné pour ce livre en particulier est arrivé comme une surprise. «J’avoue que c’est un prix que je rêvais de gagner un jour, mais je suis surpris que ça arrive avec ce livre-ci. Non pas qu’on n’a pas fait du bon travail, bien au contraire, mais avec Katia Canciani, qui a écrit l’histoire, on se disait qu’avec comme base la blague de Pet et Répète, on n’irait pas chercher le Prix du Gouverneur général! Katia a su partir de cette blague et l’amener beaucoup plus loin avec beaucoup d’intelligence. Je trouve que c’est un très beau livre.»

François Blais

© Marie Blais François Blais

Pour sa part, l’illustrateur lui a donné sa touche personnelle faite de son désir d’offrir tout simplement du plaisir au lecteur sans chercher à marteler un message. «Si j’ai une mission comme auteur ou comme illustrateur, c’est de faire sourire les lecteurs. J’ai une approche ludique. J’aime créer un univers visuel dans lequel ils peuvent se plonger. Ça se mariait bien avec la très belle histoire de Katia.»

«On peut toujours reconnaître mon style d’un projet à l’autre mais j’essaie de varier à chaque bouquin, de me réinventer quelque peu en amenant quelque chose de nouveau. Dans celui-ci, on avait convenu de donner un petit côté vieillot au visuel. J’ai notamment inclus une trame dans le dessin, ce que je ne fais que rarement. J’ai aussi cadré chaque image comme on peut le faire dans un conte.»

Surprise

Pour sa part, François Blais accueillait cette récompense avec un mélange d’étonnement et d’humilité. «C’est un très bel honneur, ça ne fait pas de doute. J’avoue que quand j’ai appris que j’avais été mis en nomination, j’ai été très surpris. Je ne savais pas que je pouvais me qualifier pour pareille récompense. Je ne visais assurément pas ça.»

Lac Adélard s’inscrit dans la Collection noire à La courte échelle, une collection dévolue au suspense et à l’horreur. «C’est d’autant plus surprenant pour moi que c’est une catégorie, le livre jeunesse, dans laquelle il y a une grosse production avec beaucoup d’ouvrages de qualité. Quand on m’a proposé d’écrire dans cette collection noire, j’étais incertain parce que je n’en lis pas vraiment. J’y suis allé à l’instinct et il semble que j’ai visé juste.»

On devine que la rédaction a exigé beaucoup de doigté. «C’était difficile parce qu’il faut toujours soutenir l’attention des lecteurs qui sont ici des adolescents et on sait qu’ils sont très sollicités par toutes sortes d’autres plateformes attrayantes. Pour ce qui est de l’horreur, c’est sûr qu’il fallait doser, mais en adoptant une histoire de fantômes, j’avais un bon filon. C’est le type d’horreur que je préfère, personnellement.»

Si l’ensemble de son œuvre s’adresse autant aux adultes qu’aux jeunes, François Blais se dit comblé que ce premier Prix du Gouverneur général lui soit attribué pour de la littérature s’adressant à un jeune public. «Ça me flatte parce que j’ai toujours l’impression que le public des ados est très difficile à accrocher. L’écriture a été exigeante, peut-être plus que dans le cas d’un livre pour les adultes. Ça m’obligeait à beaucoup de réflexion.»

L’écrivain se réjouit évidemment de la bourse de 25 000 $ qui lui vient avec le Prix, mais ne croit pas que l’honneur va changer le cours de sa carrière. «Je ne l’ai jamais vécu alors c’est difficile à dire, mais comme j’écris déjà beaucoup ces temps-ci, j’imagine que ça ne devrait pas changer. C’est sûr que ça fait plaisir à recevoir mais je ne pense pas non plus que ça va transformer ma confiance en moi. Je doute toujours quand j’écris et je pense que ce sera toujours le cas.»

Et ce, malgré le succès de ce Lac Adélard qui s’est vendu à quelque 5000 exemplaires depuis sa parution il y a presque deux ans. Un succès tel qu’un autre roman à paraître dans la même collection est présentement en route.

Avec François Houde – Le Nouvelliste 

Du Nigeria à la RDC, une « épidémie de viols de guerre »

mai 31, 2021
Manifestations contre les violences dans l’Est de la RDC, à Kinshasa, en 2012.

Dans une grande enquête, la reporter britannique Christina Lamb rassemble les témoignages glaçants de survivantes de violences sexuelles en temps de conflit. Une arme de destruction massive employée en toute impunité.

« Ça a duré pendant six semaines. Ma vie n’était plus qu’un viol, tremble Rojian, 16 ans. C’est dur à raconter, mais c’est encore plus dur que les gens l’ignorent. » Ancienne esclave sexuelle aux mains de l’État islamique, cette adolescente yézidie est l’une des voix courageuses de l’enquête sur le viol de guerre réalisée dans treize pays par la reporter britannique Christina Lamb.

Près d’une décennie après avoir accompagné la militante pakistanaise des droits humains Malala Yousafzai dans la rédaction de son autobiographie, la correspondante en chef de l’hebdomadaire The Sunday Times recueille dans Nos corps, leur champ de bataille. Ce que la guerre fait aux femmes les témoignages douloureux, souvent insoutenables, de survivantes du génocide contre les Tutsi, de parents de lycéennes nigérianes enlevées par Boko Haram et mariées de force à des jihadistes, de mères de bébés violés dans les villages de RDC…

Humilier et détruire

« Cela n’a rien de sexuel, c’est une manière d’arracher son humanité à la victime et de lui montrer qu’elle n’existe pas », martèle le gynécologue Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018 aux côtés de l’activiste yézidie Nadia Murad, répétant inlassablement que « tant que le poids du tabou reposera sur la victime plutôt que sur l’auteur du crime, rien ne changera »

« Moins onéreuse et tout aussi efficace qu’une balle de kalachnikov », assène Christina Lamb, l’arme est redoutable. Et les objectifs sont glaçants : humilier la femme de l’ennemi, détruire le tissu social, faire fuir la population et même féconder pour changer l’équilibre démographique.

CHAQUE FOIS QU’ON CROISAIT LE CHEMIN DES INTERAHAMWE, ILS NOUS VIOLAIENT

Plus de vingt ans après avoir ouvert son hôpital de Panzi pendant la Deuxième guerre du Congo, le Dr Mukwege continue à « réparer » des femmes profondément traumatisées et mutilées en RDC. Il tente d’étendre son action à la Guinée, au Burkina ou à la Centrafrique. Lorsqu’elle lui rend visite à Bukavu, dans le Sud-Kivu, Christina Lamb trouve un homme « très abattu » face à des cas de plus en plus graves, des enfants toujours plus jeunes.

Si les femmes étaient déjà considérées comme un butin de guerre dans la Grèce antique, et ont payé un lourd tribut dans les conflits du XXe siècle, cette grande reporter, lauréate de quatre British Press Awards et du prix Bayeux des correspondants de guerre, estime qu’une nouvelle « épidémie de viols de guerre » s’est déclarée en 2012 au moment de l’enlèvement des filles de Chibok, puis s’est répandue à travers l’Irak, la Birmanie, le Soudan du Sud et plus récemment en Éthiopie et dans sa région du Tigré.

Les pionnières du Rwanda

L’Afrique ne compte plus – et ne compte pas – ses victimes. Mais elle a vu émerger de véritables pionnières dans la lutte pour la libération de la parole et la reconnaissance du viol comme crime de guerre. « En RDC, de nombreuses femmes se sont levées pour parler de ce qu’elles avaient vécu et se soutenir les unes les autres », souligne Christina Lamb, marquée par son passage à la « Cité de la joie », une organisation fondée par la Belgo-Congolaise Christine Schuler Deschryver, qui aide de jeunes femmes de 18 à 30 ans à reprendre le contrôle de leur vie.

C’est au Rwanda, où 250 000 à 500 000 viols ont été perpétrés entre avril et juillet 1994 selon le rapporteur spécial de l’ONU, que la première victoire judiciaire contre ces crimes de masse a été remportée. À Taba, à l’ouest de Kigali, Victoire Mukambanda a perdu le compte de ses propres cauchemars : « Chaque fois qu’on croisait le chemin des Interahamwe, ils nous violaient. » Mais avec sa sœur, Serafina Mukakinani, elle a osé se présenter en 1998 devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), à Arusha, lors du procès du maire de la ville, Jean-Paul Akayesu.

Un procès historique, qui aboutira à la toute première condamnation pour viol de guerre, malgré les résistances, voire la lâcheté, des juges confrontés au récit des pires tortures, systématiques, parfois collectives, souvent perpétrées devant des proches. « Ils voulaient se boucher les oreilles pour ne plus entendre, raconte l’ancienne haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme Navi Pillay, alors seule juge femme du TPIR. Ils me disaient : “On ne sait pas quoi faire de ces preuves, alors on te les laisse”. »

LES FEMMES DE TABA ONT CHANGÉ L’HISTOIRE DU DROIT INTERNATIONAL

Si vingt-cinq ans après, les femmes de Taba – que Christina Lamb a retrouvées – luttent encore pour leur survie et sont souvent contraintes de cohabiter avec leurs bourreaux, « elles ont littéralement changé l’histoire du droit international », rappelle la journaliste. Un exemple pour les autres victimes en quête de justice, comme les Yézidies.

Une rencontre entre ces deux générations de survivantes a été organisée à New York, à l’initiative de la Free Yezidi Foundation. Les Yézidies y ont repris espoir. Les Rwandaises, elles, auraient préféré n’avoir aucune jeunesse à inspirer. « Je me suis gardée de dire qu’elles m’avaient confié être reparties abattues de voir que, malgré leur courage et tous leurs efforts, les viols continuaient », déplore Christina Lamb.

La journaliste britannique Christina Lamb a mené l’enquête dans treize pays

En toute impunité

D’autant que la voie qu’elles ont ouverte reste très étroite. En vingt ans, la Cour pénale internationale (CPI) n’a prononcé que deux condamnations pour des faits de violence sexuelle, à l’encontre de deux Congolais, l’ancien vice-président et ex-chef rebelle Jean-Pierre Bemba, en 2016 (un verdict annulé deux ans plus tard), et le seigneur de guerre Bosco Ntaganda, surnommé Terminator, en 2019. « C’est si difficile d’obtenir justice, se désespère la reporter britannique. Le viol est sans doute le crime de guerre le plus ignoré au monde. »

Dans l’immense majorité des cas, les poursuites ne sont pas même engagées. Au Nigeria, le mouvement « Bring Back Our Girls » est retombé et les jihadistes de Boko Haram continuent à enlever de jeunes filles au nord-est, à disposer de leurs corps et de leurs esprits en toute impunité. En Irak, lors des procès de jihadistes de Daech, les sévices infligés à leurs esclaves sexuelles ne font pas partie des chefs d’accusation. On intime aux victimes de se satisfaire de condamnations pour terrorisme. Ne valent-elles pas déjà aux coupables la perpétuité ou la mort ?

Mais plus qu’une peine, aussi lourde soit-elle, ces survivantes luttent pour la reconnaissance des viols, « l’une des pires atrocités », selon les juges du procès Akayesu, parce qu’elle entraîne « la destruction de l’esprit, de la volonté de vivre, et de la vie elle-même ».

Pour obtenir la justice, indispensable à la reconstruction, « il faut plus de femmes dans la police et dans les tribunaux, plaide aujourd’hui Christina Lamb. Plus de femmes dans les négociations de paix ». Et plus de femmes pour écrire l’histoire, dont certaines des pages les plus sombres sont passées sous silence par les hommes.

Nos corps, leur champ de bataille. Ce que la guerre fait aux femmes, de Christina Lamb, Harper Collins, 517 pages, 21 €

Avec Jeune Afrique par Julie Gonnet

«On ne brûle pas un livre»: l’éditeur italien de Gabriel Matzneff défend la publication de Vanessavirus

mai 28, 2021

Boycotté par le monde de l’édition en France, l’écrivain sous le coup d’une enquête pour pédocriminalité a pu publier son livre polémique à 2000 exemplaires de l’autre côté des Alpes.

«Les livres se lisent, ils ne se brûlent pas.» L’éditeur italien Michele Silenzi a défendu, dans un entretien à l’AFP, la publication de Vanessavirus, le dernier livre de Gabriel MatzneffIl s’agit de la réponse de l’écrivain français au Consentement de Vanessa Springora. Vanessavirus est sorti cette semaine en Italie aux éditions Liberilibri avec un premier tirage de 2000 exemplaires.

Cet opus de 108 pages (dans l’édition italienne) traduit par Giuliano Ferrara, journaliste et ancien ministre de Silvio Berlusconi, «est l’histoire d’une chasse à l’homme, l’histoire d’un assassinat», affirme la maison sur son site. «Nous l’avons d’abord publié parce qu’il nous semblait juste d’accorder un droit de réponse à un homme et un artiste dont la vie et l’œuvre sont détruites», explique Michele Silenzi. Mais «c’est aussi un beau livre. Un texte d’une grande valeur littéraire», poursuit l’éditeur, qui exalte «la force indiscutable et délicate, également très dramatique, du récit».

Gabriel Matzneff a auto-édité en France Vanessavirus, avec un tirage de 200 exemplaires réservé à des lecteurs choisis, pour un prix de 100 euros. D’après les informations de l’AFP, tous les éditeurs qu’il avait approchés ont refusé l’ouvrage sans le lire. L’édition italienne, qui peut être commandée depuis la France pour un prix bien moindre, est «la première à être acceptée par une maison d’édition européenne et à être présente dans les librairies», se félicite Liberilibri, fondée en 1986 à Macerata.

«Les livres se publient et se lisent, ils ne se brûlent pas», plaide Michele Silenzi. Le mouvement #MeToo «n’est pas un problème en soi», selon lui. Ce qui l’est, en revanche, «c’est que ce type de mouvements tend trop souvent à imposer une “cancel culture” aux effets culturels dévastateurs». «On ne peut plus réfléchir sur rien si un fait n’est pas historicisé et compris dans son contexte et dans son évolution historique».

«Inévitablement de façon controversée»

«J’ai survécu au Coronavirus. Je ne survivrai pas au Vanessavirus», écrit Gabriel Matzneff en ouverture de son récit en italien dont l’AFP s’est procuré un exemplaire. «Le capitaine Dreyfus était innocent. Moi, je ne le suis pas. Je suis coupable d’avoir adoré la liberté, la beauté, l’amour».

Gabriel Matzneff, 84 ans, est visé par une enquête pour viols sur mineur de moins de 15 ans ouverte après la publication en janvier 2020 du récit de Vanessa Springora, Le Consentement. Celle-ci y racontait comment dans les années 1980 elle avait été entraînée à 14 ans dans une relation avec un écrivain qui en avait près de 50.

Dans une procédure distincte, le tribunal correctionnel de Paris a invalidé la semaine dernière une citation à comparaître visant l’écrivain pour «apologie» de la pédocriminalité après la parution de trois articles entre fin décembre et début janvier dans L’ObsLe Parisien et L’ExpressLe Consentement est sorti en mars en Italie sous le titre Il consenso aux éditions La Nave di Teseo.

Michele Silenzi explique que la philosophie de la maison Liberilibri est de «diffuser les idées qui stimulent l’émancipation intellectuelle et la liberté de pensée». Selon lui, «que doit faire un éditeur sinon favoriser ce processus, même si c’est parfois inévitablement de façon controversée?»

Tous les éditeurs français de Gabriel Matzneff ont suspendu indéfiniment la vente de ses ouvrages évoquant ses amours avec des garçons et filles mineurs. D’autres, au contenu moins polémique, sont cependant en vente, comme le recueil d’articles avec lequel il avait obtenu le prix Renaudot de l’essai en 2013, «Séraphin, c’est la fin!».

Par Le Figaro avec AFPPublié il y a 3 heures, mis à jour il y a 3 heures

Trois-Rivières: Un trio d’auteurs part à la rencontre des lecteurs

mai 22, 2021

Guillaume Morrissette n’est pas du genre à rester les bras croisés. Pandémie ou pas. Avec plusieurs Salons du livre qui ont été annulés ou présentés en virtuel, le contact privilégié avec le public, dont la grande majorité des auteurs se nourrissent avidement, a été considérablement limité. Il a donc eu l’idée de proposer, par le biais de Facebook, ses livres qu’il irait livrer, sans contact, aux lecteurs qui se les procureraient. L’idée, ce n’était pas juste de vendre des bouquins, quoique c’est un effet plus qu’intéressant de l’initiative, c’est surtout d’aller à la rencontre du public, de jaser, de prendre le pouls, de retrouver un peu de cette énergie qui unit l’auteur et le lecteur.

Yvan Godbout, Éric Quesnel et Guillaume Morrissette visiteront 43 villes en 7 jours ce qui représente une petite balade de 4150 km à travers la province.

© STÉPHANE LESSARD, Le Nouvelliste Yvan Godbout, Éric Quesnel et Guillaume Morrissette visiteront 43 villes en 7 jours ce qui représente une petite balade de 4150 km à travers la province.

«Je n’ai pas de Salon du livre, lance d’emblée Guillaume Morrissette pour expliquer comment l’idée a germé. Tous mes événements littéraires internationaux sont annulés de même que les événements régionaux sauf pour quelques Zoom. L’étincelle de départ provient de l’annulation du lancement de son dernier livre, Quand je parle aux morts, plusieurs copies avaient été vendues en prévision de l’événement, mais l’interdiction de se rassembler ne permettait pas aux lecteurs de les récupérer. Guillaume Morrissette a donc décidé d’aller les livrer.

Puis, il a décidé de pousser l’idée encore plus loin alors qu’il organisait une première tournée au début décembre. Accompagné de l’auteur Éric Quesnel, ils ont fait 48 arrêts dans 29 villes du Québec sur une durée de 3 jours. À cette occasion, 550 livres avaient trouvé preneurs. «C’était une minitournée. On n’a pas fait beaucoup de villes à comparer à ce qu’on fait là!», sourit l’auteur.

Ce succès lui a donné envie de refaire le coup toujours en compagnie d’Éric Quesnel, mais également de l’auteur Yvan Godbout. Ainsi, à compter du 21 mai, le trio visitera 43 villes en 7 jours ce qui représente une petite balade de 4150 km à travers la province. Une remorque les accompagnera remplie des quelque 2000 livres qu’ils iront distribuer selon un horaire planifié au quart de tour. Ils se s’arrêteront dans plusieurs lieux de rencontres où tout se fera à l’extérieur.

Il faut préciser d’emblée que Guillaume Morrissette et ses acolytes font les choses dans les règles de l’art, ils rencontrent les gens dans des lieux publics, ont reçu l’aval de la Sûreté du Québec et s’assurent de respecter les règles de la Santé publique. La remise des livres se fait en minimisant les contacts et tous les exemplaires sont vendus et dédicacés à l’avance, ce qui évite la manipulation. Toutes ces précautions sont plus que nécessaires, mais ne minent pas pour autant les interactions avec le public.

Ainsi, la tournée s’amorce devant sa demeure de Trois-Rivières et se rendra jusqu’à Val-d’Or, Sept-Îles en passant par Saint-Georges-de-Beauce.

Depuis que l’idée a pris forme, l’initiative a fait boule de neige. Plusieurs auteurs se joindront au trio quand celui-ci se présentera dans le lieu de rencontre situé dans leur ville. Le plus connu étant sans aucun doute Patrick Sénécal, qui se pointera à la rencontre de Montréal le 23 mai, mais en tout ce sont plus d’une vingtaine d’auteurs qui se grefferont aux rencontres au fil de l’itinéraire.

Évidemment, il n’est pas possible de participer à cet événement au pied levé. Tout étant préparé d’avance et contrôlé pour respecter les consignes sanitaires, tous les livres sont déjà réservés.

À ceux qui auraient des regrets, ce ne sera pas la dernière tournée annonce Guillaume Morrissette. Il en planifie même une plus grosse! «Éric [Quesnel] et moi allons aller en Europe pour faire une tournée similaire à celle-là, en Belgique et en France!», confie celui qui indique qu’il est trop tôt pour dévoiler le nom de l’auteur européen qui se joindra à eux à cette occasion. «Ce sont des projets uniques!»

«Si tu regardes au total, j’ai eu une année très plaisante à rencontrer le monde alors que la plupart de mes compatriotes écrivains n’ont pas eu la même chance», raconte celui qui avoue avoir créé sa chance. «J’en ai travaillé un coup!», conclut-il.

Avec Kim Alarie – Le Nouvelliste 

Canada-Québec: Hodri Eugère Mountali, une boréalaise venue des tropiques

mai 16, 2021

Espérance, la Boréale des tropiques est une première création littéraire de Hodri Eugère Mountali. Femme, originaire du Congo-Brazzaville, elle vient de publier son premier livre. Espérance, la Boréale des tropiques est un récit épisodique, publié aux Éditions Essor-Livres, Lanoraie, au Québec. 86 pages. 14,95$ CA. Il est disponible chez https://www.distribulivre.com › boutique – depuis le 14 mai 2021.

Dans ce beau livre d’aurore et d’espérance boréales, aux lueurs et lumières saisissantes et émouvantes mais aussi drapés de voiles violets et verdoyants et surtout d’écrins jaunâtres, se projettent admirablement, sous les yeux, des signes d’espoir.

Car dans la marche du printemps se partageant encore des moments de fraîcheur et des instants de chaleur, l’auteure qui vient des pays tropicaux, cherche à dénoncer les silences et à percer les injustices maritales.

En quête d’identité au Canada, elle relate et restitue, avec beauté et transitivité, son vécu de Côte d’Ivoire et de Guinée qu’elle peint et présente sous forme de longues nouvelles, où les personnages principaux qui animent les intrigues, sont d’abord Esther et Issa ensuite Hawa et Martin enfin Espérance avec sa fille Emma.

De ces expériences de vie de femmes, aux similarités étonnantes et agissantes, après avoir exprimé leur amour, manifesté leur tendresse et soutien indéfectible à leur mari, qui les ont remerciées, en monnaie de singe, par des violences intempestives, le dénigrement, tous azimuts. Elles ont fini par arrêter les machinations et manipulations des machos.

Espérance, la Boréale des tropiques est un récit aimable et sensible, aux questions adorables et actuelles mais aussi touchant et révoltant. Rendu parfois dans un style alerte mais également vif et incisif ; il se lit facilement entre trois moments de la journée comme une dose prescrite de médecin de la lecture, à travers l’écriture.

Espérance, la Boréale des tropiques est devenue une femme libre et charnelle, ivre des mots et réparatrice des maux qui aime réfléchir et discuter.

  

https://distribulivre.com/boutique/fr/eugere-hodri-mountali/esperance-la-boreale-des-tropiques-eugere-hodri-mountali-p1539/

Par Bernard NKOUNKOU

France: Raphaël Sorin, éditeur de Bukowski et Houellebecq, est décédé

mai 16, 2021

« Ancien journaliste, conteur de talent, homme très intuitif et ami fidèle, Raphaël Sorin a toujours défendu l’audace », relève David Serra, sur Twitter.

Raphael Sorin a travaille dans plusieurs grandes maisons d'edition, comme Le Seuil, Albin Michel, Flammarion ou encore Fayard, avant de rejoindre Ring, qui a publie plusieurs auteurs controverses.
Raphaël Sorin a travaillé dans plusieurs grandes maisons d’édition, comme Le Seuil, Albin Michel, Flammarion ou encore Fayard, avant de rejoindre Ring, qui a publié plusieurs auteurs controversés.© ULF ANDERSEN / Ulf Andersen / Aurimages via AFP

Raphaël Sorin, éditeur de Charles Bukowski et Michel Houellebecq, est décédé à l’âge de 78 ans, a annoncé dimanche la maison d’édition Ring, dont il était directeur littéraire.

« Ancien journaliste, conteur de talent, homme très intuitif et ami fidèle, Raphaël Sorin a toujours défendu l’audace », relève David Serra, fondateur de la maison d’éditions, sur Twitter, rendant hommage à un « homme à la culture infinie, au cœur généreux et emphatique, solaire et bienveillant ».

Raphaël Sorin a travaillé dans plusieurs grandes maisons d’édition, comme Le Seuil, Albin Michel, Flammarion ou encore Fayard, avant de rejoindre Ring, qui a publié plusieurs auteurs controversés.

Chez Flammarion, il avait édité « Les particules élémentaires » (1998) et « Plateforme » (2001) de Michel Houellebecq, écrivain francophone de loin le plus connu au monde et un des plus vendus. « Je l’ai lu dans la nuit, je suis allé voir le patron de Flammarion, Charles-Henri, je lui ai dit nous tenons un chef d’oeuvre », racontait-il en parlant de sa découverte des « Particules élémentaires », parlant d’un « coup de foudre littéraire ». Passé chez Fayard, il s’occupera de la parution d’un autre succès de Houellebecq, « La possibilité d’une île » (2005).

Les hommages se multiplient sur Twitter

Né le 12 août 1942 à Chambéry, Raphaël Sorin a aussi été critique littéraire au Monde et a collaboré à de nombreuses autres publications ainsi qu’à des émissions de télévision. Il était cousin avec l’écrivain Elias Canetti, prix Nobel de littérature en 1981.

Sur Twitter, les hommages se multipliaient suite à l’annonce de son décès. « Aucun talent (ni aucune nullité) n’échappait à son œil d’aigle », saluait l’écrivain Raphaël Enthoven. L’historien Eric Anceau décrivait lui un « conteur de talent, ami fidèle ».

Par Le Point avec AFP

Ces « turbulentes » pionnières africaines oubliées de l’histoire

mai 16, 2021
Géraldine Faladé Touadé, à Paris, le 11 février 2020.

Dès les années 1930, des Africaines en avance sur leur temps se sont imposées dans des bastions farouchement masculins. Géraldine Faladé Touadé ranime le souvenir de ces pionnières injustement méconnues dans un essai remarquable.

Madeleine Ly, Marie Madoé Sivomey, Jeanne Martin Cissé, Sita Bella… Ces noms de femmes n’évoquent rien pour certains d’entre vous ? Ils devraient pourtant. Médecin, maire, institutrice ou journaliste, elles ont été des pionnières dans leur domaine dès les années 1930, dans des bastions jusque-là réservés aux hommes. L’ancienne journaliste Géraldine Faladé Touadé leur rend hommage dans un essai paru en septembre dernier aux éditions Présence africaine : Turbulentes ! Des Africaines en avance sur leur temps.

À 86 ans, celle qui se présente comme une « passeuse de mémoire » dresse le portrait de dix-sept « combattantes » déterminées, anticonformistes, qui ont fait bouger les lignes malgré les obstacles et parfois au péril de leur vie. À défaut d’en faire leurs modèles, Géraldine Faladé aimerait que les jeunes générations découvrent ces femmes injustement méconnues, et sachent ce qu’elles ont enduré pour leur ouvrir la voie.

Précurseuse du mouvement nappy

Première de ces guerrières placées sous les projecteurs, une « simple esthéticienne » : Josepha Jouffret, dite Josepha. « Dans les années 1960, les Parisiennes noires qui ne défrisent pas leurs cheveux dissimulent leurs tresses sous un foulard. Inconsciemment – ou peut-être pas –, elles s’ingénient à renier leur africanité. Josepha leur a appris à l’aimer et à l’assumer. Elle nous a donné envie d’être nous-mêmes », explique Géraldine Faladé Touadé.

Elle déroule ensuite la success story de cette femme née à la Martinique, mais qui se présentait toujours comme Guinéo-Sénégalaise : l’ouverture, audacieuse, au cœur du Quartier latin, du premier espace de beauté entièrement consacré à la femme noire ; la ruée du tout-Paris de la mode vers la rue Gay-Lussac, contribuant à la notoriété d’une adresse qui devient vite mythique ; la concurrence des géants de la cosmétique qui fleurent le bon filon…

ELLE NOUS APPORTAIT GLAMOUR ET STYLE ET NOUS CESSIONS D’ÊTRE DES AFRICAINES EN PEINE

À la puissance financière de ces derniers, Josepha oppose sa culture, son assurance et sa créativité. Sur les bâtons à lèvres, elle convoque le bleu et l’ambre en lieu et place du rouge écarlate, qui devient criard sur les peaux mates et alourdit les traits. Aux fonds de teint, elle attribue des noms évocateurs de peuples d’Afrique : bambara, peul… « Elle nous apportait glamour et style et nous cessions d’être des Africaines en peine. » Pour Géraldine Faladé Toundé, Josepha a ouvert la voie à la reconnaissance de la grâce particulière des femmes noires, et son mode de pensée est précurseur de mouvements d’aujourd’hui, tel le nappy.

Une des premières sage-femme d’Afrique francophone

Autre portrait marquant, celui d’Aoua Kéita, femme aux talents multiples et au caractère de feu. Son carburant ? D’abord son père, qui l’a toujours soutenue. Puis son mari, qui l’éveille à la politique avant leur séparation – la pression familiale aura raison de leur couple sans enfants. Et sans doute aussi, les déboires qu’elle rencontre sur son chemin. Née dans le Bamako colonial de 1912, Aoua Kéita est destinée à être mère au foyer. Son père l’inscrit en secret à l’école, contre l’avis de son épouse, qui tente de freiner l’enthousiasme de la gamine.

Peine perdue : brillante, elle deviendra, dans les années 1930, la première sage-femme du Soudan français (actuel Mali) – l’une des premières d’Afrique francophone – et, en 1976, la première lauréate du Grand Prix littéraire d’Afrique francophone, pour son autobiographie Femme d’Afrique. Géraldine Faladé s’est appuyée sur ledit ouvrage pour retracer le parcours de cette militante acharnée, considérée comme l’un des fers de lance du Rassemblement démocratique africain (RDA).

ELLE DÉCOUVRE QUE L’AUTORITÉ COLONIALE DISSIMULE AUX SOUDANAISES LEURS DROITS, DONT CELUI DE VOTER

L’autorité coloniale qui la catalogue comme communiste tente de la détourner de la politique à coups d’affections disciplinaires et d’humiliations. Las. À Gao, elle crée plutôt une branche féminine du RDA. Et découvre que l’autorité coloniale dissimule aux Soudanaises leurs droits, dont celui de voter. Aoua Kéita ira jusqu’à renoncer à sa citoyenneté française pour pouvoir accomplir ce devoir civique. Et finira par être expulsée du Soudan en juillet 1951. Exilée au Sénégal, elle poursuit son combat à l’échelle continentale en compagnie de la Guinéenne Jeanne Martin Cissé, autre bête noire de l’autorité coloniale mutée à Dakar car « turbulente ».

Des militantes panafricanistes

Le nom de cette dernière à lui seul symbolise le combat que les femmes ont mené contre le bastion du monde masculin dès la première moitié du XIXe siècle… Celle qui deviendra en 1972 présidente du Conseil de sécurité des Nations unies appartient en effet à la génération de combattantes qui ont œuvré à convaincre leurs sœurs de prendre part à la construction de leur pays.

Avec, entre autres, Caroline Faye Diop (députée dès 1963 et future ministre), Angie Elizabeth Brooks (future présidente de l’Assemblée générale des nations unies) et Maria Ruth Neto (sœur du président angolais Agostinho Neto), Martin Cissé et Kéita feront partie des « mères fondatrices de l’Organisation de la panafricaine des femmes ». En 1962, elles rassemblent à Dar es-Salaam des Africaines francophones, anglophones et lusophones pour une conférence, et créent, un an avant l’Organisation de l’unité africaine (OUA), cette panafricaine dont le siège est à Bamako.

LE TRAIT COMMUN À CES FEMMES D’HORIZONS DIVERS AURA ÉTÉ LEUR AMOUR POUR LE CONTINENT

Si nombre de pionnières se sont illustrées dans des combats pour la cause des femmes, Géraldine Faladé, elle, les perçoit plus comme des militantes panafricanistes que féministes. « Le trait commun à ces femmes d’horizons divers aura été leur amour pour le continent. Toutes rêvaient d’une Afrique unie et profitaient de la moindre occasion pour tenter de lui donner corps, persuadées qu’elles n’y arriveraient qu’ensemble. »

L’administration coloniale leur a fait payer leur militantisme

Selon Faladé Touadé, la plupart des pionnières n’ont pas eu les postes et les parcours qu’elles méritaient. L’administration coloniale leur a toujours fait payer leur militantisme. Elle en veut pour preuve l’exemple de sa sœur, Solange Faladé, première psychanalyste du continent. Élève et proche collaboratrice de Jacques Lacan puis partenaire de Françoise Dolto, elle brigue la chaire d’hygiène à la faculté de médecine de Dakar après son doctorat, afin de se mettre au service de l’Afrique.

L’autorité coloniale préfère un Français à celle qui fut qualifiée « d’ardente nationaliste » alors qu’elle assurait la présidence de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (Féanf). « Un traitement d’autant plus injuste que ces femmes ne pensaient pas à leur carrière ; elles ne demandaient qu’à servir », estime Faladé Touadé.

Après les indépendances, leur sort ne s’est pas trouvé amélioré pour autant. Patriarcat – hérité de la colonisation – oblige, les postes prestigieux étaient dévolus aux hommes. « Baroudeuse, aviatrice dans l’âme, la journaliste et réalisatrice Sita Bella a été baladée tout au long de sa carrière par l’administration camerounaise et n’a jamais pu exercer pleinement son art », regrette Faladé Touadé, qui l’a très bien connue.

Un moindre mal, au regard du sort spectaculairement tragique réservé à Funmilayo Ransome-Kuti, mère de Fela, décédée quelques mois après avoir été défenestrée en raison de son activisme. « Le bonheur des femmes ordinaires était son bonheur”, écrira-t-on de cette intellectuelle formée en Angleterre, qui avait commencé par créer des Ladies Club afin d’initier les jeunes Nigérianes au mode de vie occidental.

Dans son roman Aké, son neveu Wole Soyinka résume ainsi son œuvre : « Le mouvement […] commença autour de tasses de thé et de sandwiches […] pour résoudre les problèmes de jeunes mariées, qui manquaient de manières pour se tenir en société. […] Il s’est transformé en lutte pour mettre fin au règne des Blancs dans le pays. » Mais c’est en se dressant contre les exactions d’un régime militaire post-indépendance que Funmilayo Ransome-Kuti perdra la vie.

Pour Géraldine Faladé Touadé, de nombreuses autres turbulentes restent à découvrir, telle la comédienne Lydia Ewandè. L’ex-journaliste de l’Office français de coopération radiophonique  (Ocora, ancêtre de RFI) prépare le deuxième tome de son essai.

« Turbulentes ! Des Africaines en avance sur leur temps », de Géraldine Faladé Touandé, éd. Présence Africaine, 270 pages.

Journée internationale de la femme africaine

Le 31 juillet. S’il est une date qui passe inaperçue sur le continent, c’est bien celle-là. Elle marque pourtant la Journée internationale de la femme africaine, éclipsée par le 8 mars. Créée en 1962 à Dar es-Salaam (Tanzanie), lors de la première Conférence des femmes africaines (CFA – transformée en Organisation panafricaine des femmes en 1974), elle est reconnue par l’UA et par l’ONU. En 2012, lors de son cinquantième anniversaire célébré à l’Unesco, les premières dames africaines ne s’étaient pas bousculées au portillon, à l’exception d’Antoinette Sassou N’Guesso, marraine de l’événement.

Turbulentes. Des Africaines en avance sur leur temps, de Géraldine Faladé Touandé, éd. Présence Africaine, 270 pages.

Avec Jeune Afrique par Clarisse Juompan-Yakam