Archive for the ‘Médias’ Category

Quand le racisme fait vendre : ces vidéos anti-Noirs qui font fureur en Chine

juin 16, 2022

Un documentaire de la chaîne BBC Africa Eye révèle les dessous d’un business très particulier : des mises en scène, devenues virales sur les réseaux sociaux chinois, montrent des enfants africains tournés en ridicule.

vidéos racistes pour la chine© BBC vidéos racistes pour la chine © BBC

Leurs parents pensaient qu’ils allaient apprendre le chinois ou que les vidéos tournées dans leur village allaient être envoyées à des ONG. Les enfants, eux, s’amusaient à répéter des chorégraphies et apprenaient de bon cœur des textes qu’ils récitaient sans les comprendre. Ils étaient à mille lieues d’imaginer que les vidéos filmées par un jeune Chinois, qu’ils pensaient être un travailleur humanitaire, étaient en fait destinées à être commercialisées sur les réseaux sociaux, pour des sommes allant de 10 à 70 dollars.

Partagées sur Facebook ou sur le réseau Douyin, la version chinoise de TikTok, ces vidéos vendues à des particuliers ou des personnalités montrent des enfants noirs, qui chantent, dansent et déclament en chœur des messages. Ceux-ci sont parfois innocents – « Joyeux anniversaire », « Félicitations pour ton mariage » – mais pas toujours. Sur certaines vidéos, les enfants entonnent des chansons à la gloire de la Chine, et de toutes jeunes filles adoptent des poses hypersexualisées en se dandinant devant la caméra.

Mais ce n’est pas tout. Dans une vidéo devenue virale en 2020, une vingtaine de petits garçons, tous habillés de la même façon, répètent en chœur des messages racistes. « Je suis un monstre noir [traduction littérale de ce qui correspond au « nègre » chinois] ! J’ai un faible QI ! », s’écrient les bambins gaiement.

« Club des blagues sur les Noirs »

C’est cette vidéo, diffusée par un compte baptisé « Club des blagues sur les Noirs », qui a poussé la journaliste de BBC Africa Eye, Runako Celina, à enquêter sur ce business. Bien au fait de l’ampleur du racisme en Chine pour y avoir elle-même étudié, la journaliste décide de partir à la recherche de la personne à l’origine de cette vidéo du « faible QI ». Une enquête qui durera un an et demi.

« Cela faisait déjà plusieurs années que je voyais passer ces vidéos, qui sont apparues en 2015, raconte-t-elle. Les gens s’indignaient, mais l’industrie continuait à se développer. Au départ, ça a débuté avec des enfants africains, puis ça s’est étendu aux adultes, aux femmes ukrainiennes, thaïlandaises… Mais les seuls mineurs que l’on utilisait, étonnamment, étaient toujours noirs. » Son documentaire de quarante minutes diffusé le 13 juin, « Racisme à vendre », raconte cette quête et cette plongée au cœur d’un système lucratif qui la mènera jusqu’au Malawi.

En étudiant et observant attentivement des vidéos parmi les milliers qui ont pu être publiées, la journaliste parvient à remonter une piste jusqu’aux villages de Njewa, dans la banlieue de Lilongwe, puis de Kamwendo, dans le sud du pays. Ces deux villages, que l’on devine extrêmement pauvres, ont été les lieux de tournage de plusieurs centaines de vidéos au moins. Elle finira par y retrouver l’un des « réalisateurs », Lu ke, mais qui se fait appeler Susu (« oncle ») par les enfants.

Devant une caméra cachée, filmé par un journaliste chinois qui se fait passer pour un acheteur potentiel, ce dernier déverse une litanie de propos racistes et raconte qu’il peut aller jusqu’à filmer 380 vidéos par jour dans le même village. Sur certaines images, on le voit tendre de la nourriture aux enfants, se plaçant dans une posture de généreux donateur. Une sorte de « pornographie de la pauvreté » que dénonce aussi le reportage.

White saviors

Avant Susu, combien de voyageurs occidentaux en quête d’exotisme se sont photographiés ou filmés dans un village africain devant une flopée d’enfants souriants à qui ils tendaient un paquet de bonbons ? « J’ai moi-même grandi en Angleterre, et ces images correspondent au récit que l’on me présentait, enfant, sur ces généreux blancs qui venaient “sauver l’Afrique” et les “petits africains”. L’industrie des vidéos chinoises se nourrit de la manière dont on continue de dépeindre des pays du continent », analyse Runako Celina.

« Nous faisons de notre mieux pour élever nos enfants, et quelqu’un les utilise pour son business. C’est très douloureux. Comme il était blanc, nous avons cru qu’il venait nous aider », dira le père d’un des enfants concernés dans le reportage. Certains de ces enfants, qui reçoivent parfois moins d’un dollar et qui manquent l’école pour assister aux tournages, racontent également comment ils sont battus et humiliés par Lu ke. La ministre du Malawi en charge de l’Enfance, Patricia Kaliata, citée par BBC Afrique, a annoncé l’ouverture d’une enquête.

Si Runako Celina a réussi à retrouver l’un des réalisateurs de ces vidéos, elle est bien consciente que le phénomène dépasse, et de loin, ce seul responsable. « L’ensemble de ce business n’est soumis à aucune régulation et l’industrie continue de se développer. Comme Susu le raconte lui-même, il existe désormais des « agents », des intermédiaires qui aident les réalisateurs locaux à vendre leurs contenus et qui participent à rendre l’industrie profitable. Désormais, on voit même ce genre de vidéos en Japonais. »

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

La journaliste gabonaise Pamela Koumba s’adresse aux femmes africaines depuis l’Afrique du Sud

juin 7, 2022

Avec Zoom

Soldats russes et ukrainiens s’affrontent dans les rues de Sievierodonetsk

mai 30, 2022

L’armée ukrainienne affirme avoir lancé une contre-offensive dans la région de Kherson, aux mains des troupes russes depuis le début du conflit.

Un soldat ukrainien marche près d'une usine détruite.

L’étau russe se resserrait sur Sievierodonetsk depuis plusieurs jours. Photo : AP/Francsico Seco

La guerre en Ukraine se déroule sur deux fronts lundi, l’armée ukrainienne subissant les assauts des troupes russes à Sievierodonetsk, son dernier bastion dans la région de Louhansk, dans l’est, tout en menant une contre-attaque dans la région de Kherson, dans le sud.

À Sievierodonetsk, l’armée russe est entrée dans la ville, a confirmé le gouverneur de Louhansk, Serguiï Gaïdaï, qui fait état non seulement de bombardements aériens, mais aussi de combats de rue. Les derniers bombardements sur la ville ont tué deux civils et en ont blessé cinq autres, a dit M. Gaïdaï.

Dans un message subséquent sur Telegram, le gouverneur a annoncé que des opérations d’évacuation de civils qui étaient en cours en matinée ont été interrompues après qu’un convoi eut été touché par des tirs russes. Un journaliste français qui s’y trouvait a été tué, a annoncé M. Gaïdaï.

Le président français Emmanuel Macron a confirmé peu après que la victime est Frédéric Leclerc-Imhoff, un vidéaste de la d’information en continu BFMTV. La cheffe de la diplomatie française Catherine Colonna a exigé […] une enquête transparente dans les meilleurs délais pour faire toute la lumière sur sa mort.

Sievierodonetsk est la dernière grande ville de la région de Louhansk qui échappe encore au contrôle des forces russes. Si elle tombe, ce qui paraît inévitable, la ville étant presque entièrement encerclée, la Russie pourra se concentrer sur la conquête des dernières portions de la région de Donetsk.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a répété à la chaîne de télévision française TF1 que la libération du Donbass, était la priorité absolue de Moscou, le Kremlin ayant reconnu fin février l’indépendance des républiques populaires de Louhansk et de Donetsk.

Depuis l’échec de ses offensives contre Kiev et Kharkiv, l’armée russe est revenue à sa tactique habituelle, déjà mise à l’œuvre en Tchétchénie ou en Syrie, consistant à écraser les villes ennemies sous un déluge de bombes et de tirs d’artillerie avant de lancer l’assaut, a souligné M. Gaïdaï.

Ils [les soldats russes] bombardent pendant plusieurs heures d’affilée, pendant trois, quatre, cinq heures, puis lancent l’assaut. Ceux qui attaquent se font tuer. Alors, ils recommencent à bombarder et attaquent à nouveau, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’ils réussissent une percée, a dit le gouverneur à la télévision ukrainienne.

Contre-offensive ukrainienne dans Kherson

L’armée ukrainienne a par ailleurs lancé en fin de semaine une contre-offensive dans la région de Kherson, dans le sud du pays. Avec des troupes provenant de la Crimée, l’armée russe s’en était rapidement emparée dans les premières semaines du conflit.

Dans son point de situation publié dans la nuit de dimanche à lundi, l’armée ukrainienne affirme avancer dans la région, du côté des villages d’Andriyivka, Lozove et Bilohirka.

Un bulletin ultérieur publié lundi matin ne donne pas de précision quant à Kherson, mais indique que les forces russes ont fait venir des forces spéciales à Mykolaïv, la ville voisine, dans le dessein de mener des actions offensives pour récupérer des positions perdues.

Aucun commentaire côté russe n’a été fait dans un premier temps concernant les affirmations de Kiev faisant état de la construction de lignes défensives par les troupes russes autour de Kherson.

Cette contre-offensive ukrainienne sur Kherson intervient alors que les nouvelles autorités de la ville, désignées par le Kremlin, ont d’ores et déjà exprimé le souhait d’être rattachées à la Russie, laquelle a annoncé qu’elle allait permettre aux habitants de demander un passeport russe via une « procédure simplifiée ».

Une voiture explose à Melitopol, en territoire conquis

Une voiture a explosé lundi matin à Melitopol, ont indiqué lundi les autorités prorusses de cette ville du sud de l’Ukraine occupée par les forces russes et le comité d’enquête russe, qui accusent Kiev d’être derrière cet attentat.

Vers 8 h du matin, une voiture piégée a explosé dans le centre de la ville, a écrit l’administration de la cité située dans la région de Zaporijia, près de la mer d’Azov.

Le comité d’enquête russe, puissant organe chargé des investigations des crimes les plus graves, a ensuite indiqué que trois personnes ont été blessées dans cette explosion organisée par des saboteurs ukrainiens et deux d’entre elles hospitalisées.

Le comité d’enquête de la Fédération de Russie identifiera les personnes impliquées dans ce crime afin de les traduire en justice, assure-t-il, bien qu’il s’agisse de faits en territoire ukrainien.

Les autorités prorusses d’occupation avaient précédemment rapporté que deux bénévoles qui apportaient de l’aide humanitaire âgés de 25 et 28 ans avaient été blessés.

C’est un acte terroriste cynique du régime de Kiev, un acte destiné à effrayer les habitants de notre ville, un acte dirigé contre les civils, a de son côté accusé la mairesse prorusse, Galina Daniltchenko, citée par l’agence russe Ria Novosti.

Melitopol a été conquise par les forces russes dans les premiers jours de l’offensive de Moscou en Ukraine. Son maire, Ivan Fedorov, a été enlevé par les Russes le 11 mars, avant d’être libéré quelques jours plus tard. Une administration prorusse a ensuite été installée dans la cité.

Le 23 mai, Andreï Chevtchik, le maire installé par Moscou d’Enerhodar, autre ville du sud de l’Ukraine accueillant la plus grande centrale nucléaire d’Europe, avait aussi été blessé dans une explosion avec deux de ses gardes du corps.

Selon le comité d’enquête russe, une bombe artisanale avait été placée dans une armoire électrique dans l’entrée d’un immeuble résidentiel. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait estimé qu’il s’agissait d’un attentat commis par des nationalistes ukrainiens.

Radio-Canada avec les informations de Reuters et Agence France-Presse

Médias: Patrick Bofunda Ilingo, nouveau directeur Afrique de TV5 Monde

mai 21, 2022

La chaîne de télévision française a annoncé, le 19 mai, la nomination de Patrick Bofunda Ilingo au poste de directeur Afrique au sein de la direction de la ​​​distribution, du  marketing et de la ​commercialisation.

Patrick Bofunda

La nomination qui vient d’être faite, explique TV5 Monde, parachève l’organisation de son département marketing à la suite du départ à la retraite de Jean-Luc Cronel et à la nomination de Denise Époté au poste de directrice distribution, marketing et commercialisation en janvier 2022.

Titulaire d’une licence en administration publique et d’un master en droit, Patrick Bofunda Ilingo a débuté sa carrière en 2011 en tant que secrétaire particulier de Christian Atoki Ileka, ambassadeur de la République démocratique du Congo en France. En 2018, il a été nommé assistant politique et diplomatique de l’ambassadeur. En parallèle, en 2018, il fonde, à Kinshasa, l’agence 2i Conseil, spécialisée dans la stratégie d’influence en marketing et en communication publique.

Il poursuit sa carrière en 2020 en tant que manager des affaires publiques, de la communication externe et du marketing chez PPC Barnet à Kinshasa. En 2021, Patrick Bofunda Ilingo est nommé expert et membre du groupe de travail sur le développement du G20 pour le compte de la présidence congolaise. Il intègre TV5 Monde en mai 2022 en tant que directeur Afrique.  

Première chaîne généraliste mondiale en langue française, TV5 Monde est le deuxième réseau international de télévision diffusé auprès de 370 millions de foyers dans près de deux cents pays et territoires. L’ensemble de ses programmes, explique-t-on, rassemble une audience cumulée hebdomadaire de soixante millions de téléspectateurs uniques et trente millions en audience numérique mensuelle. Dans le cadre des vingt-cinq ans de la chaîne Afrique en 2017, elle a lancé une offre numérique gratuite, 100% Afrique et 100% mobile et enregistre déjà plus de cinq cent mille téléchargements depuis décembre de la même année.

Avec Adiac-Congo

Radio-Canada: L’ex-animateur de radio André Arthur est décédé

mai 9, 2022
Photo d'André Arthur en costume devant deux drapeaux du Canada.

André Arthur alors qu’il était député à la Chambre des communes Photo : La Presse Canadienne/Jacques Boissinot

Dans une publication sur Twitter, les proches d’André Arthur ont confirmé le décès de l’ancien animateur de radio et député sur la scène fédérale.

Âgé de 78 ans, celui qui a longtemps été surnommé Le roi Arthur en raison de sa grande popularité à la radio durant de nombreuses années laisse dans le deuil ses deux enfants et trois petits-enfants.

La cause de son décès n’a pas été précisée. Il est seulement indiqué qu’il a rendu l’âme à l’Institut universitaire de cardiologie et pneumologie de Québec, anciennement l’Hôpital Laval.André Arthur.

André Arthur Photo : Radio-Canada/Archives

Carrière radiophonique

André Arthur a commencé sa carrière radiophonique à CHRC en juillet 1970 comme animateur de relève. Il demeure à l’antenne de CHRC jusqu’en 1982, année où il se joint à l’équipe de CJRP 1060.

En 1985, André Arthur fait partie des nouveaux propriétaires de la station CHRC ainsi que de la station CHOI FM.

Il a fait plusieurs collaborations et animé à Radio X jusqu’en 2016.

En septembre 2016, il est embauché par BVLD 102,1. La station le congédiera en janvier 2018 à la suite de propos controversés.

André Arthur aura dominé les ondes de la radio de Québec pendant plus de 20 ans. Ses propos controversés, sa dénonciation acharnée des élites et ses connaissances historiques et politiques approfondies faisaient partie de ses marques de commerce.

André Arthur se présentait comme le défenseur du citoyen et il incitait les contribuables à l’informer, lançant sa populaire expression À gang, on sait tout. Il faut se parler.André Arthur alors qu'il était député fédéral.

André Arthur alors qu’il était député fédéral Photo : La Presse Canadienne/Clément Allard

Carrière politique

En janvier 2006, André Arthur est élu député indépendant de la circonscription fédérale de Portneuf-Jacques-Cartier. Il a été réélu en 2008, avant d’être défait en 2011 par la vague orange.

Message posthume

J’ai eu le privilège d’avoir eu une carrière de chauffeur d’autocar, d’arbitre de sport, d’élu à la Chambre des communes comme indépendant sans allégeance à un parti, une place dans les médias qui j’espère n’a laissé personne indifférent et que j’ai réussi à vous faire rire, écrivent ses proches sur le compte Twitter de M. Arthur. Un message posthume à la première personne un peu à l’image du personnage qu’il a été.

Son passage en politique fédérale, comme indépendant dans la circonscription de Portneuf-Jacques-Cartier, s’est terminé lors de la vague orange de 2011.

L’animateur aux propos controversés a par la suite effectué un retour sur les ondes hertziennes durant environ trois ans. Il a été congédié de la station BLVD 102,1 FM, à Québec, en 2018.

Les proches d’André Arthur n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Radio-Canada avec Audrey Paris et Jean-François Nadeau

France: Fin de l’aventure « Plus belle la vie » sur France 3 en novembre

mai 5, 2022
Fin de l'aventure "Plus belle la vie" sur France 3 en novembre
Fin de l’aventure « Plus belle la vie » sur France 3 en novembre© AFP/Archives/VALERY HACHE

Le couperet est tombé au Mistral: France Télévisions arrêtera en novembre la diffusion de sa série phare « Plus belle la vie », à l’écran depuis 2004 sur France 3, a-t-elle annoncé jeudi à l’AFP, invoquant l’évolution des « attentes des téléspectateurs » et de « la consommation des programmes » depuis 18 ans.

« Ce jeudi 5 mai 2022, la direction de France Télévisions a annoncé aux équipes de +Plus belle la vie+, à Marseille, que cette saison serait la dernière », a précisé le groupe public dans un communiqué. « Plus belle la vie conclura ainsi son long parcours à l’antenne en novembre 2022 », a-t-il ajouté.

« Ça y est, c’est le clap de fin. On nous a annoncé la fin de tournage fin septembre », a confirmé auprès de l’AFP Thierry Lavaille, technicien et délégué syndical Force Ouvrière, présent jeudi sur le tournage dans les studios du quartier de la Belle de Mai, près de la gare de Marseille, entièrement consacrés à « PBLV ».

L’inquiétude y régnait depuis février et les fuites dans la presse sur un arrêt potentiel de la série, dont dépendent environ 600 emplois par an et qui a contribué à redorer l’image de la cité phocéenne.

Avec plus de 4.500 épisodes au compteur, « ce feuilleton, pionnier et emblématique, est devenu la série française quotidienne la plus longue de l’histoire et une marque forte de France 3 », a salué le groupe au sujet d’un programme « transgénérationnel, ancré dans la proximité, l’authenticité et les réalités de la société française dans toute sa diversité ».

Thèmes sociétaux

Mais « un renouvellement de l’offre créative est nécessaire », estime France Télé, à l’heure du boom des plateformes de streaming et alors que trois autres feuilletons quotidiens concurrencent « Plus Belle la vie » sur TF1 et France 2.

Le groupe public s’est toutefois engagé à poursuivre « une nouvelle histoire avec Marseille et sa région » via « un nouveau pacte créatif (…) dans la prolongation du plan France 2030 », qui doit se « traduire par le tournage de nouvelles séries originales ».

« On est soulagé dans un sens car France Télévisions s’est engagé à compenser au centime près, soit 30 millions d’euros par an, le montant du tournage (…) via des mini-séries » ou téléfilms, a ajouté Thierry Lavaille, qui travaille depuis 17 ans sur la série.

Diffusée depuis août 2004, « Plus belle la vie » raconte le quotidien des habitants du quartier marseillais fictif du Mistral.

Après des débuts timides, la série est devenue un phénomène en collant à l’actualité, en rendant par exemple hommage à Johnny Hallyday au lendemain sa mort, et en s’emparant de thèmes sociétaux jusque-là rarement abordés dans la fiction tricolore.

Elle a ainsi mis en scène le premier mariage gay de la télévision française en mai 2013, onze jours après la promulgation de la loi l’autorisant, ou abordé le thème de la transidentité en 2018 en faisant jouer pour la première fois un acteur transgenre.

Marque à reprendre ?

Avec elle, le service public s’est encanaillé, suscitant parfois la polémique, à la suite d’épisodes montrant comment rouler un joint ou l’utilisation de poppers pendant un ménage à trois.

En 2019, des associations féministes lui avaient reproché de représenter la GPA (recours aux mères porteuses, illégal en France) de façon favorable.

Preuve de son succès populaire, ses audiences ont atteint près de sept millions de téléspectateurs dans les années 2000 mais se sont effritées ces dernières années, tombant à 2,7 millions en moyenne sur la saison 2021-2022, selon Médiamétrie.

Ironie du sort, la série qui a permis la percée des soaps quotidiens en France fait aussi les frais de la concurrence de ses héritières, « Ici tout commence » et « Demain nous appartient » sur TF1 et « Un Si grand soleil » sur France 2.

Mais la marque « PLBV » ne manquera pas d’intéresser « l’ensemble du marché », des plateformes au groupe TF1 -dont Newen est une filiale-, avait estimé son directeur des antennes, Xavier Gandon, le mois dernier.

En attendant, France Télé s’est engagé à « boucler dignement cette magnifique et longue histoire »

Par Le Point avec AFP

Un média allemand recrute la journaliste russe qui a dénoncé la guerre en Ukraine

avril 11, 2022

Marina Ovsiannikova, journaliste russe ayant ouvertement critiqué l’invasion de l’Ukraine, à sa sortie du palais de justice du district Ostankinsky à Moscou, au lendemain de son irruption sur un plateau de télévision à une heure de grande écoute. Photo: Getty Images/-AFP

La journaliste russe Marina Ovsiannikova, qui a fait irruption dans un studio de la télévision d’État russe avec une pancarte antiguerre il y a un mois, a été recrutée par la chaîne d’information allemande Welt.

La journaliste, qui avait fait les manchettes des médias internationaux en défiant le pouvoir russe en plein journal télévisé, agira comme correspondante pour l’entreprise propriétaire de Die Welt, l’un des grands quotidiens allemands, et comme contributrice à son réseau télévisé d’information.

Elle couvrira notamment l’Ukraine et la Russie, a précisé le média.

Welt défend ce qui est défendu avec tant de véhémence par les personnes courageuses sur le terrain en Ukraine en ce moment : la liberté, a déclaré Mme Ovsiannikova, citée par plusieurs médias.

Je considère qu’il est de mon devoir, en tant que journaliste, de défendre cette liberté. Et je suis ravie de pouvoir le faire maintenant pour Welt, ajoute-t-elle, alors que le Kremlin a radicalement resserré l’étau sur l’information.

« Ma vie est divisée en un avant et un après. Les principes moraux ont fini par prendre le pas sur le bien-être, la tranquillité d’esprit et une vie bien réglée. La guerre en Ukraine a été le point de non-retour et le moment où il n’était plus possible de se taire. »— Une citation de  Traduction du début du premier texte de Marina Ovsiannikova publié sur le site de Welt

Dans un communiqué, le rédacteur en chef du groupe Welt, Ulf Porschardt, s’est dit enthousiaste à l’idée de travailler avec elle, estimant qu’elle avait défendu l’éthique journalistique la plus importante, malgré la menace de répression de l’État russe.

Le chef de la Douma évoque la déchéance de la nationalité russe

Le président de la chambre basse du Parlement russe, Viatcheslav Volodine, a dénoncé l’embauche de Marina Ovsiannikova par un quotidien occidental.

Maintenant, elle va travailler pour un pays de l’OTAN, justifier les livraisons d’armes aux néonazis ukrainiens, l’envoi de mercenaires étrangers pour combattre nos soldats et défendre les sanctions contre la Russie, a-t-il déclaré sur la plateforme de discussion en ligne cryptée Telegram.

Il l’a citée en exemple en proposant de déchoir de leur nationalité les traîtres opposés à l’offensive en Ukraine.

« La vaste majorité de nos concitoyens soutient l’opération militaire spéciale en Ukraine, ils comprennent sa nécessité pour la sécurité de notre pays et de notre nation. Mais il y a aussi ceux qui se comportent avec lâcheté, avec traîtrise. »— Une citation de  Viatcheslav Volodine, président de la chambre basse du Parlement russe

Hélas, pour de tels [individus], il n’existe pas de procédure de déchéance de la citoyenneté et d’interdiction d’entrer dans notre pays. Mais peut-être que ce serait bien, a poursuivi le chef de la Douma.

Le pouvoir russe a fait taire les médias indépendants et renforcé la répression au cours des dernières semaines. Il a par exemple adopté une loi qui réprime, selon les prétentions du Kremlin, toute fausse information sur l’armée russe.

La loi, qui interdit entre autres de qualifier l’invasion russe de guerre, prévoit des peines pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison pour la diffusion d’informations mensongères.

Les autorités russes ont aussi interdit Facebook et Instagram en plus de restreindre l’accès à Twitter et de réprimer les manifestations antiguerre.

Selon l’organisation OVD-Info, qui recense les arrestations politiques et fournit de l’aide juridique aux détenus en Russie, plus de 15 400 manifestants antiguerre, en date du 11 avril, ont été détenus depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, le 24 février dernier.

Même des Russes armés d’une seule feuille blanche ont été arrêtés.

Un coup d’éclat

À la mi-mars, Maria Ovsiannikova, alors productrice de Pervy Kanal, la plus puissante chaîne télévisée de Russie, avait profité du principal programme dit d’informations, diffusé en direct à heure de grande écoute, pour exprimer son opposition à la guerre : elle avait surgi derrière la présentatrice munie d’une pancarte sur laquelle on pouvait lire : Arrêtez la guerre. Ne croyez pas la propagande. Ils vous mentent ici.

Choisissant une heure de grande écoute, Marina Ovsiannikova a exprimé son message le mois dernier devant des millions de Russes. Photo : Twitter/@KIRA_YARMYSH

Avant son coup d’éclat, la femme de 43 ans, née d’un père ukrainien et d’une mère russe, avait enregistré une vidéo dans laquelle elle disait regretter d’avoir véhiculé la propagande du Kremlin et d’avoir ainsi permis que le peuple russe soit  »zombifié ». Dans cette vidéo, publiée par OVD-Info, elle appelait également les Russes à se lever contre la guerre.

Rapidement arrêtée pour son geste et interrogée pendant plusieurs heures, elle avait été reconnue coupable d’avoir commis une infraction administrative et condamnée à payer une amende de 30 000 roubles (un peu moins de 350 $ CA).

Outre cette sentence clémente, elle risque toujours des poursuites pénales passibles de lourdes peines de prison, en vertu de la nouvelle loi interdisant toute fausse information sur l’armée russe.

Dans une entrevue accordée à l’agence Reuters le mois dernier, Mme Ovsiannikova indiquait ne pas avoir l’intention de quitter son pays, même si elle s’avouait inquiète pour sa sécurité. Elle disait espérer que son geste ouvrirait les yeux des Russes sur la propagande du pouvoir.

Il y a trois semaines, une journaliste russe d’une grande chaîne de télévision qui était en poste à l’étranger a également dénoncé la guerre en Ukraine et la propagande du Kremlin. Au cours d’une conférence de presse organisée par l’organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières (RSF) à Paris, Zhanna Agalakova, qui a démissionné de son poste, a elle aussi déploré que ses concitoyens soient zombifiés.

Le climat qui règne en Russie semble de plus en plus hostile à toute voix qui s’élève contre l’offensive militaire, et la délation de citoyens envers les opposants à la guerre s’ajoute à la censure des autorités.

Ce week-end, le New York Times faisait état de cas de délation, notamment à l’encontre d’enseignantes, vraisemblablement dénoncées par leurs élèves adolescents.

Radio-Canada par Sophie-Hélène Lebeuf avec les informations de Reuters et AFP

Algérie : nous sommes tous épris de « Liberté »

avril 7, 2022

La procédure de dépôt de bilan du quotidien a été lancée le 6 avril. Les intellectuels dénoncent la fin de l’un des derniers médias critiques du pouvoir.

Le quotidien a été créé en 1992 à Alger par trois journalistes. © YAD KRAMDI/AFP

Depuis plusieurs années, des mouvements populaires et citoyens tentent de faire bouger l’Algérie. Le départ du président Bouteflika n’y a rien fait, pas plus, bien sûr, que les premières années mortifères du règne d’Abdelmadjid Tebboune. L’Algérie ne va nulle part et, pour éviter que cela ne se voie trop, elle se mure dans le silence. Pourtant, on l’observe, et on ne peut que désespérer de ce beau pays.

Pour étouffer les voix dissonantes, le pouvoir coupe les dernières sources d’information qui essayent d’offrir un son de cloche différent, de réveiller les consciences et de ressusciter un chouïa d’espoir dans le plus grand pays d’Afrique.

La disparition programmée du quotidien Liberté en est le nouvel exemple, peut-être le dernier. Le Hirak mort et enterré par la pandémie et la répression, ce média était l’un des derniers à témoigner d’un espoir de changement.

Contre l’intégrisme et la corruption

Voir un journal qui est une référence en matière de combat pour la liberté d’expression délibérément sabordé tant par l’actionnaire que par le pouvoir est inadmissible. Nous sommes tous épris de Liberté : dénonçons sa fermeture !

Quotidien créé en 1992 à Alger par trois journalistes, Liberté tire à près de 115 000 exemplaires chaque jour dans tout le pays. Journal généraliste de langue française, il est connu à l’international pour la publication des caricatures d’Ali Dilem.

APRÈS LA GUERRE CIVILE, LE JOURNAL SERA TOUJOURS UNE ÉPINE DANS LE PIED DU POUVOIR

Liberté se confond avec l’histoire de l’Algérie contemporaine : dans un contexte de libération de la parole et d’espoir démocratique face à la montée des islamistes en 1988, le titre apporte du sang neuf, une autre façon de lutter contre l’intégrisme.

Au point d’en payer le prix pendant la décennie noire avec l’assassinat de quatre employés, dont deux membres de la rédaction : Hamid Mahiout et Zineddine Aliou Salah. Après la guerre civile, le journal sera toujours une épine dans le pied du pouvoir car l’islamisme n’est pas le seul adversaire du quotidien, il y a aussi la corruption. En août 2003, il est suspendu avec cinq autres journaux.

Depuis, Liberté dénonce l’immutabilité des dirigeants algériens tout comme le mur dans lequel ils conduisent l’Algérie depuis trop d’années. Le 6 avril, la procédure de dépôt de bilan a débuté. Une pétition a été mise en ligne sur le site du journal.

« Nous, intellectuels, universitaires, chercheurs et artistes algériens, profondément attachés au pluralisme médiatique, ne pouvons rester insensibles au risque de la disparition d’un titre qui porte la voix plurielle de l’Algérie. C’est parce qu’un journal est un espace d’échange et de transmission des idées, des valeurs et d’expression citoyenne nécessaire à la vitalité démocratique d’un pays, qu’il faut le préserver, le défendre et le faire vivre. »

« Il faut se battre ! »

Des écrivains – parmi lesquels Yasmina Khadra, Boualem Sansal, Kamel Daoud –, des sociologues, des acteurs, des comédiens comme Fellag, des universitaires, d’anciens ambassadeurs, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-eddine Hafiz, des journalistes, des artistes, des économistes, des scientifiques : tout ce que le pays compte d’intellectuels dénonce ce scandale qui renforce un peu plus encore le repli de l’Algérie sur elle-même.

Plus de voix dissidentes, plus d’autre option politique, plus d’espoir démocratique pour 44 millions d’Algériens : pour que Liberté résiste, pour que Liberté demeure, il faut se battre ! On ne noircit pas un pays avec du pétrole, on le noircit avec de l’encre pour l’embellir et le faire vivre.

Avec Jeune Afrique par Sébastien Boussois

Ukraine: Des images satellite réfutent la version russe des événements à Boutcha

avril 5, 2022

Une image satellite de la rue Iablonska, à Boutcha, en Ukraine, prise le 18 mars 2022. Photo: Reuters/Maxar Technologies

Des images satellite publiées par la société américaine Maxar Technologies et l’analyse de photos prises par l’AFP mettent à mal les affirmations russes selon lesquelles les cadavres de personnes en vêtements civils trouvés dans la ville ukrainienne de Boutcha y ont été placés après que les troupes russes ont évacué les lieux.

Sur les images de Maxar remontant jusqu’à la mi-mars, on peut distinguer plusieurs corps de civils étendus morts dans une rue de Boutcha ou sur le bas-côté.

L’armée ukrainienne a repris il y a seulement quelques jours cette ville au nord-ouest de Kiev aux Russes et les autorités ukrainiennes ont affirmé au cours de la fin de semaine avoir trouvé à Boutcha de nombreux corps après le retrait des troupes ennemies.

« [Ces] images haute résolution […] corroborent de récentes vidéos et photos sur les réseaux sociaux révélant la présence de corps étendus dans les rues [de Boutcha] et abandonnés depuis plusieurs semaines. »— Une citation de  citation d’un communiqué de Maxar technologies

Après avoir comparé les images fournies par Maxar aux images vidéo des corps jonchant cette rue tournées les 1 et 2 avril, le New York Times a écrit que nombre d’entre eux étaient là depuis trois semaines au moins, lorsque les forces russes contrôlaient la ville.

Corroborant l’analyse du New York Times, l’Agence France-PresseAFP a également pu recouper ces images satellite avec les photos prises sur place samedi par son équipe, lorsqu’elle a vu les cadavres d’au moins 22 personnes portant des vêtements de civils.

De nombreux corps présents sur une image satellite, fournie par Maxar et datée du 19 mars, apparaissent dans la même position au sol et au même endroit que dans les photos de l’Agence France-PresseAFP, prises deux semaines plus tard.

Une photo satellite prise le 19 mars montre un corps sur la rue Iablonska à Boutcha, en Ukraine. Photo: Reuters/Maxar Technologies

La Russie dément les accusations

Lundi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a rejeté catégoriquement toutes ces accusations, assurant que les experts du ministère de la Défense russe avaient découvert des signes de falsifications dans les images présentées par les autorités ukrainiennes comme preuves d’un massacre russe.

Ce démenti a été répété à New York lors d’une conférence de presse de l’ambassadeur russe aux Nations unies, Vassily Nebenzia.

Tout à coup [ces corps] apparaissent dans les rues, étendus au sol, un par un […] certains bougeant, d’autres montrant des signes de vie, a déclaré M. Nebenzia, dénonçant une mise en scène arrangée par la machine de guerre de l’information ukrainienne.

Mais là encore, une analyse des images diffusées sur les réseaux sociaux, ainsi que des photos de l’Agence France-PresseAFP et les témoignages de ses journalistes sur place mettent à mal cette version.

Des cadavres gisent dans une rue de Boutcha, au nord-ouest de Kiev, après le retrait des forces russes.

Photo : Getty Images/Ronaldo Schemidt

Sur son compte Telegram, le ministère de la Défense russe soupçonne plus précisément deux corps de bouger, à partir d’une vidéo filmée dans la rue Iablonska et mise en ligne le 2 avril.

Toutefois, une équipe Agence France-PresseAFP, sur place le 3 avril, a photographié ces deux corps immobiles exactement au même endroit et dans la même position que sur la vidéo.

L’Ukraine accuse la Russie de « crimes de guerre  » et de « génocide »

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est rendu lundi à Boutcha, où il a dénoncé des crimes de guerre et un génocide après la mise au jour de dizaines de cadavres portant des vêtements civils dans la ville et dans d’autres localités près de la capitale ukrainienne.

Vous êtes ici et vous pouvez voir ce qui s’est passé. Nous savons que des milliers de personnes ont été tuées et torturées, ont eu des membres déchirés, des femmes ont été violées et des enfants tués, a-t-il déclaré lors d’un point de presse improvisé, après avoir fait quelques mètres dans une rue du centre-ville jonchée de carcasses déchiquetées de véhicules de transports de troupes et de blindés russes, au milieu de maisons détruites.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Mali : les journalistes sous pression

mars 22, 2022
La presse malienne se déchire pour savoir s’il faut ou non traiter de certains sujets sécuritaires (photo d’illustration) A man buys a newspaper whose headlines announce a major drawdown of France’s military presence in the Sahel, where forces have been battling jihadist insurgents for nearly a decade, in Bamako on June 11, 2021. – French President announced on June 10, 2021 that the existing Barkhane operation would end, with France’s presence becoming part of the so-called Takuba international task force in which « hundreds » of French soldiers would form the « backbone » © ANNIE RISEMBERG/AFP

Suspensions de médias étrangers, attaques contre la presse malienne, défense d’un journalisme « patriotique » soutenant les autorités… À Bamako, la liberté d’informer est de plus en plus menacée.

Jeudi 17 mars, les autorités maliennes ont suspendu la diffusion de RFI et de France 24 pour des reportages mettant en cause l’armée dans des exactions visant des civils. Un mois plus tôt, l’envoyé spécial de Jeune Afrique était expulsé du pays, faute de détenir une accréditation dont le gouvernement a gelé le processus d’obtention. Depuis plusieurs mois, la pression s’est accrue sur les médias travaillant au Mali. Les correspondants de France 24 et de RFI, notamment, sont dans le viseur d’organisations réputées proches de la junte au pouvoir, comme le Collectif pour la défense des militaires (CDM), qui ont publié plusieurs communiqués appelant à renvoyer ces journalistes étrangers, qualifiés de « propagandistes » au service de l’État français.

Entre communiqués incendiaires, déversements de haine sur les réseaux sociaux, convocations au ministère de la Communication ou encore appels à faire du « journalisme optimiste » œuvrant à la « reconstruction du Mali », le travail des journalistes étrangers a largement été commenté. Celui des médias maliens, beaucoup moins.

Rédactions « à couteaux tirés »

Pourtant, dans ce climat d’intimidation, la presse locale fait face à un rétrécissement de sa liberté d’informer, menacée par des pressions qui poussent à l’auto-censure. « Au sein de la rédaction, les journalistes sont devenus beaucoup plus prudents dès qu’il s’agit de traiter un sujet portant sur la sécurité. Tout ce qui concerne l’armée malienne, qui est actuellement la question la plus délicate, suscite désormais le débat », explique un journaliste malien sous couvert d’anonymat.

Selon le reporter, les conférences de rédactions se déroulent désormais « à couteaux tirés » pour savoir s’il faut ou non traiter de certains sujets sécuritaires. Derniers exemples en date ? Une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux montrant des corps calcinés dans le centre du pays et pour lesquels certaines sources locales mettent en cause la responsabilité des Forces armées maliennes (Fama). « Ces dernières semaines, il y a aussi eu l’assassinat de citoyens mauritaniens, le rapport de Human Rights Watch accusant l’armée d’exactions… Les débats ont été nourris au sein de la rédaction », explique le journaliste.

SI ON N’ENCENSE PAS L’ACTION DE L’ARMÉE MALIENNE OU DE LA TRANSITION, C’EST FORCÉMENT QU’ON EST CONTRE EUX

Dans de nombreuses rédactions maliennes, le fossé s’est élargi : d’un côté, ceux qui défendent le devoir du journalisme d’informer sans parti pris et refusent de passer sous silence certains événements. De l’autre, ceux qui souhaitent encourager « la montée en puissance » de l’armée prônée par les autorités et craignent que certaines informations mettant en cause les Fama ne démoralisent les troupes dans leur lutte contre le terrorisme.

« Journalisme patriotique »

« On nous dit aujourd’hui qu’il faut prendre partie, il n’y a plus de neutralité. Certains ont le sentiment que se joue une guerre de l’information et que les journalistes maliens doivent choisir leur camp. Si on n’encense pas l’action de l’armée malienne ou de la transition, c’est forcément qu’on est contre eux », constate notre source.

Une position manichéenne et contraire à la neutralité nécessaire au métier de journaliste, qui est notamment défendue par les organisations faîtières représentant les médias dans le pays. Ainsi, la Maison de la presse, dans un communiqué publié en janvier 2022, invitait à « plus de responsabilité, de professionnalisme et surtout de patriotisme dans le traitement de l’information ». Deux mois plus tard, suite à la suspension de RFI et de France 24, l’organisation a appelé à « œuvrer à soutenir les forces armées et de sécurité dans le noble combat contre le terrorisme » quand l’Union des journalistes du Mali dénonçait « sans réserve l’acharnement des médias étrangers contre notre armée nationale dans ce contexte très difficile pour notre pays ».

IL NE FAUDRA PAS ÊTRE SURPRIS DE VOIR DES DESCENTES POLICIÈRES DANS LES RÉDACTIONS ET DES FERMETURES DE JOURNAUX MALIENS

Si elles visent plutôt les médias étrangers, ces déclarations n’en sont pas moins une menace « à peine voilée » à destination de la presse malienne, estime un autre journaliste bamakois, qui, signe des temps, a lui aussi souhaité rester anonyme. « Ce qui se passe aujourd’hui avec RFIFrance 24 ou Jeune Afrique, ce n’est qu’une étape. La suivante visera les journalistes maliens », estime ce reporter qui, après dix ans de carrière, s’inquiète de l’avenir de la presse dans son pays.

« Demain, il ne faudra pas être surpris de voir des descentes policières dans les rédactions et des fermetures de journaux maliens. Il y a de quoi être pessimiste quant à l’avenir du journalisme critique dans notre pays, même s’il est objectif », anticipe-t-il.

Campagnes de haine sur les réseaux

S’il n’a pas reçu de menaces ou d’intimidations directes des autorités, ce journaliste observe les campagnes haineuses dont les journalistes maliens « à contre-courant de la tendance actuelle » font l’objet. Il pointe notamment les « vidéo-mans », des internautes anonymes qui créent et diffusent des montages vidéos, souvent diffamatoires et aux relents complotistes, ciblant la presse, l’armée française ou encore la Cedeao. « Ces vidéo-mans, que l’on soupçonne de travailler pour certaines personnalités au sommet de l’État, s’attaquent particulièrement aux journalistes qui critiquent le gouvernement. Ils mènent des campagnes dans lesquelles on est qualifiés d’apatrides, de vendus, de Maliens qui n’aiment pas leur pays », explique notre interlocuteur.

Ces intimidations ont également un effet sur les sources des journalistes qui, par crainte de représailles, sont de plus en plus nombreuses à ne plus vouloir décrocher leur téléphone. « Certains ont peur d’être enfermés pour une opinion dissidente, d’autre craignent de faire l’objet d’une cabale dans l’opinion publique », analyse notre journaliste.

Un amoncellement d’obstacles qui rendent le travail au quotidien « très difficile », nous dit-il. D’autant que s’y ajoute une pression financière déjà forte. « L’aide publique à la presse n’est plus disponible depuis près de trois ans, confie un homme de médias. Et aujourd’hui, on observe des coupes importantes dans les abonnements de certaines administrations publiques, ce qui représente une perte de revenus importante et augmente la pression sur la ligne éditoriale de certains journaux. »

Avec Jeune Afrique