Archive for the ‘Musique’ Category

Mali : Ras Bath placé en détention provisoire pour « atteinte à la sûreté de l’État »

décembre 31, 2020
L’activiste malien Ras Bath, lors d’un rassemblement de l’opposition à IBK en août 2018.

Interpellées il y a une semaine, plusieurs personnalités poursuivies pour « atteinte à la sûreté de l’État », dont l’activiste Ras Bath, ont été présentées devant un juge qui a décidé de les placer sous mandat de dépôt.

Au terme d’une audience qui s’est tenue ce jeudi au tribunal de Bamako, le juge chargé du dossier a décidé de placer en détention préventive Mohamed Youssouf Bathily – dit Ras Bath – , ainsi que cinq de ses coprévenus. Les cinq hommes sont poursuivis dans le cadre d’une instruction judiciaire ouverte pour « atteinte à la sûreté de l’État ».

« Ils sont accusés d’atteinte à la sûreté de l’État et ont été placés sous mandat de dépôt, a confirmé à Jeune Afrique Boubacar Yalkoué, secrétaire administratif du Collectif pour la défense de la République (CDR, dont est membre Ras Bath). Nous pensions pourtant qu’au regard du fond du dossier, ils seraient libérés après avoir été entendus par le juge d’instruction. »

Il a par ailleurs précisé que les avocats des prévenus se sont réunis pour décider d’une stratégie commune dès la décision de placement sous mandat de dépôt connue, et insisté sur le fait que les actions futures s’inscriraient « dans le cadre légal ».

Flou autour des interpellations

C’est un dossier qui défraie la chronique à Bamako depuis que plusieurs personnalités ont été interpellées dans des circonstances troubles, dès lundi 21 décembre. Il avait fallu attendre le dimanche 27 septembre pour que le procureur de la République, Mamadou Kassogué, ne livre enfin les raisons qui avaient conduit à ces arrestations.

Dans un communiqué, le magistrat a alors expliqué que les mis en cause avaient été arrêtés « suite à une dénonciation des services de sécurité faisant état de faits d’atteintes à la sûreté de l’État » et qu’ils avaient été « mis à la disposition » du service d’investigation de la gendarmerie nationale « pour les besoins de l’enquête ».

Si l’affaire fait autant de bruit, c’est que les personnalités citées dans cette enquête sont, pour certaines, très connues. Outre Sékou Traoré, secrétaire général de la présidence, un statut qui lui donne le rang de ministre, on trouve en effet le polémiste Mohamed Youssouf Bathily – dit Ras Bath – , célèbre chroniqueur sur Renouveau FM, une radio sur laquelle il anime « Grands dossiers », une émission dans laquelle il s’est montré critique à l’encontre des nouvelles autorités ces derniers mois.

Sont également concernés par l’enquête Mahamadou Koné, trésorier payeur général, Vital Robert Diop, directeur général de la société PMU-Mali, Aguibou Tall, directeur général adjoint de l’AGEFAU, ainsi que Souleymane Kansaye, receveur général du district. Tous, à l’exception de Sékou Traoré, avaient été placés en détention préventive avant d’être présentés devant le juge, ce mardi.

Tous ont également été placés ce jeudi sous mandat de dépôt par le juge d’instruction. Sékou Traoré, qui a repris ses activités à la présidence, n’a quant-à lui pas été concerné par cette décision.

L’Association malienne des droits de l’homme (AMDH), qui avait auparavant dénoncé des « arrestations extrajudiciaires », a pu avoir accès aux locaux de la gendarmerie au cours du week-end dernier. L’AMDH s’était réjouie, dans un communiqué daté du 28 décembre, « de la judiciarisation des dossiers » et avait assuré que les conditions de détention des personnes mises en cause étaient correctes.

Les prévenus devaient initialement être présentés au procureur de la République dès lundi, mais, selon une source judiciaire, le magistrat a décidé de reporter la convocation en raison d’une manifestation organisée par plusieurs militants du Collectif pour la défense de la République (CDR) de Ras Bath. Une nouvelle audience devant le juge avait été programmée pour ce mercredi 30, mais avait finalement été, à nouveau, reportée.

Par Bokar Sangaré – à Bamako

Congo/Alphonse NTALOULOU « Alphonso » : Le 25 Décembre 2004 nous rappelle sa disparition

décembre 24, 2020

Bassiste émérite, doublé d’un inimitable compositeur, « Alphonso » est décédé samedi 25 décembre 2004 au C.H.U. (Centre hospitalier et universitaire) de Brazzaville à l’âge de 62 ans.

Farouche individualiste de l’expression profane afro-bantoue, Alphonse Ntaloulou en était l’une des plus fascinantes personnalités. Il était plongé dès son enfance dans la tradition, essentielle et féconde qui engendra les formes citadines de la rumba moderne les plus exigeantes.

Considéré comme l’un des plus grands bassistes de la musique congolaise moderne, il fut surtout un « musicien pour musiciens  », expérimentant avant tout le monde de nouvelles possibilités à la guitare basse, avec des sonorités électroniquement bien travaillées.

Compositeur de grand talent, cet ancien sociétaire de l’orchestre Cercul Jazz, qui a intégré Les Bantous en Septembre 1963, (en remplacement de Francis Bithsoumani « Celi Bitsou ») Alphonse Ntaloulou « Alphonso » a su s’imposer dans « Les Bantous de la Capitale », aux côtés des grands noms tels que Gerry Gérard Biyela, Joseph Samba « Mascott », Nino Malapet, Jean-Serge Essous, etc …

On lui doit plusieurs chansons à succès qui ont fait bouger le Congo et l’Afrique, dont les plus connus sont : « Mama na pesi yo melesi  », « C’est l’amour  », « Koyaka te  » et surtout celle qui a battu tous les records de vente et de popularité : « Choisis ou c’est lui ou c’est moi ». C’est sûrement sa meilleure chanson, variée et parfaitement équilibrée, elle aborde un sujet d’amour très courant dans la société congolaise.

Avec Congopage par Clément OSSINONDE

Congo/Musique : hommage à Franklin Boukaka

novembre 26, 2020

L’Institut français du Congo (IFC) organise en partenariat avec le ministère de la Culture et des Arts, 2 Rives productions de Claude Blanchard Ngokoudi et Frémeaux et associés, un hommage à l’artiste musicien qui sera diffusé le 27 novembre sur toutes les chaines de télévisions et radios nationales. 

Photo : Franklin Boukaka (crédit photo/ DR)

Au programme, de la rumba engagée, de la poésie musicale et panafricaniste. Après le mot de Sony Benga, maître de cérémonie, les artistes Zoba Casimir Zao et Liz Babindamana feront leur apparition sur scène, accompagnés de l’orchestre symphonique kimbaguiste. S’ensuivra le chœur Jubilate Deo.

Sont programmés également, Egige Lenguis, Alban Kodia, Atisse, sous la direction artistique de Faustin Nsakanda et de Big Kloz à la réalisation.  

Pour Claude Blanchard Ngokouli, porteur du projet, cet immense artiste aurait eu 80 ans cette année. « On ne pouvait pas laisser passer cette occasion sans pourtant lui rendre un hommage, puisque ses œuvres sont restées intemporelles. C’est pourquoi nous avons souhaité lui rendre un hommage par rapport à l’ensemble de sa carrière et de l’œuvre qu’il nous a léguée. Quand on écoute Franklin Boukaka aujourd’hui c’est l’actualité. Nous avons voulu aussi faire un petit rappel à l’histoire afin que les nouvelles générations sachent que le Congo a connu un grand artiste qu’on appelait Franklin Boukaka. Parce qu’aujourd’hui, il y a des jeunes qui fredonnent la chanson “Aye Africa” mais ne savent pas que cette chanson engagée est de lui », a-t-il déclaré.

Artisté engagé, Franklin Boukaka a chanté tout, l’amour, l’engagement… « L’engagement tient de son amour du prochain. Parce que c’est quelqu’un qui voyait le bien-être pour tous. C’est donc un événement riche à ne pas raté », a estimé Claude Blanchard Ngokouli.

Il est prévu pendant cet hommage des témoignages de plusieurs personnalités dont son fils Malcom Boukaka ; des chroniqueurs et producteurs d’émissions, Robert Brazza et Claudy Siar. « Franklin Boukaka, c’est un immortel », pense Robert Brazza, alors que pour Claudy Siar, « Franklin Boukaka, c’est l’homme des Bucherons, c’est l’homme de Ayé Africa. Cette chanson qui est un hymne du panafricanisme pourrait peut-être devenir l’hymne de l’Union africaine. »

Franklin Boukaka en peu de mots

Né le 10 octobre 1940 à Brazzaville et mort assassiné le 22 février 1972 dans la même ville, Franklin Boukaka est un chanteur, guitariste et auteur-compositeur congolais, spécialiste de la rumba et du soukous. D’après Maxime N’Debeka et Clément Ossinondé, François Boukaka alias Franklin Boukaka, est un ancien musicien de l’ensemble musical La gaieté. Franklin Boukaka n’use pas trop longtemps le fond de ses culottes sur les bancs de l’école. Il cède très vite à la forte sollicitation de l’art. Ainsi, en 1955, il débute sa carrière d’artiste dans le groupe musical Sexy Jazz fondé par Miguel Samba, Siscala Mouanga et Aubert Nganga. Deux ans plus tard, en 1957, il se retrouve dans le groupe Sympathic Jazz avec lequel il fait une tournée au Cabinda et à Léopoldville. Dans cette grande métropole, Franklin rencontre Michel Boyimbanda et Jean Mokuna avec qui il monte l’orchestre Negro Band. Cette nouvelle aventure ne le satisfait. Elle va être brève comme les premières. Le jeune artiste semble vaguer. Mais il est à la recherche de quelque chose. Franklin Boukaka sent en tout cas qu’il lui faut continuer la quête du Graal. Rien ne l’arrête. Il se lance dans d’autres aventures, s’ouvre à de nouvelles expériences. Tout d’abord dans l’orchestre Jazz Africain avec le clarinettiste Edo Clary Lutula, avec Jeannot Bobenga, Tabu Ley, Mutshipule alias Casino, André Kambite alias Damoiseau, papa Bouanga, Charles Kibongue et autres musiciens, qui réalisent merveilleusement les toutes premières et belles œuvres de Tabu Ley. Puis dans l’orchestre Vox Africa qu’il fonde avec Jeannot Bobenga et d’autres musiciens après dislocation du Jazz Africain en 1959 tandis que Tabu Ley va s’engager ailleurs…

Avec Adiac-Congo par Bruno Okokana

Congo: La phratrie des Moutouari

novembre 21, 2020

Côme ‘’ Kosmos’’, Pierre, Michel et Mickaëlle  Moutouari sont d’une même famille. Les trois premiers sont des frères. Mickaëlle est la fille de Pierre. Tous sont des musiciens. On évoquera les Moutouari en s’émerveillant des prodiges de la mère-nature. Comment, en effet, ne pas rendre grâce au Merveilleux quand des membres d’une famille font le bonheur de la société en s’illustrant dans une même activité ?

En 1965, dans le Brazzaville des spectacles, un jeune musicien de 21 ans mène la charge. Recrue de l’orchestre « Les Bantous de la capitale », le jeune Côme Moutouari surnommé Kosmos vient d’émerger. Son tube intitulé « E’bandeli ya mossala » est un coup de maître qui rafle tous les suffrages des mélomanes kinois et brazzavillois. La chanson dont le titre en français serait « Premiers pas sur le lieu du travail » frappe en plein dans le mille. Le thème de la chanson fait rêver dans le sous-prolétariat urbain, parmi les salariés comme parmi les chômeurs.  Le jeune Moutouari est immédiatement propulsé dans la cour des grands. Son patronyme passe un moment à la trappe. Les fans s’arrachent, en effet, leur idole qu’ils appellent « Kosmos ».

Après ce premier succès, le jeune artiste rassure définitivement ses admirateurs avec son second enregistrement intitulé « Makambo mibalé eboma mokili ». Ce titre qu’on peut traduire par « les deux maux de la terre » (qui sont l’argent et les femmes) emballe une nouvelle fois les deux Congo et, par-delà l’Afrique entière.  Les Bantous de la capitale, son orchestre, l’aligne au lead vocal avec des musiciens de renom comme Pamelo Mounk’a, Edo Nganga, Celio. En disgrâce devant les dirigeants politiques du pays, Jean Serge Essous a dû s’éclipser à l’anglaise vers des cieux plus cléments.

A Dakar, en 1966, et à Alger, en 1968, pendant le festival des Arts nègres et le festival panafricain de la musique, Kosmos tient la première ligne des Bantous de la capitale avec ses compères susmentionnés. Alger fut un succès pour les musiciens venus de l’Afrique centrale.

En 1972, Kosmos rompt avec son orchestre. Il n’est pas le seul à partir. Les talentueux Pamelo et Celio l’accompagnent dans la dissidence et créent le trio CePaKos, c’est-à-dire Celio-Pamelo-Kosmos. Théoriquement, le groupe était appelé à un bel avenir. Pamelo et Kosmos, notamment, étaient les deux figures emblématiques des Bantous de la capitale en termes de tour de la chanson et de composition. Les deux pouvaient, à bon endroit, revendiquer les meilleures ventes de leur ancien groupe musical. Sur le terrain pratique, les espoirs furent mitigés. Soumis à concurrence avec des jeunes aux longues dents, à une époque où la jeunesse recherchait une autre offre musicale, l’orchestration et les thèmes des chansons de CePaKos contraignirent le trio à refluer en désordre vers la maison-mère, les Bantous de la capitale. Kosmos inaugura par ce retour la série de ses différents va-et-vient entre son premier orchestre et la quête d’une vie musicale en solo. L’année 2005 a signé sa dernière rupture avec les Bantous de la capitale.  En dépit de cette instabilité, l’artiste né en 1944 au visage méditatif reste dans son élément avec constance. Avec le rappel à dieu d’Edo Nganga, Jean Serge Essous, Nino Malapet, Pamelo Moun’ka et d’autres, Kosmos Moutouari est resté le dernier grand musicien du légendaire orchestre Les Bantous de la capitale. (suite).

Avec Adiac-Congo par Ikkia Onday Akiera

Prix Découvertes RFI 2020 : deux Congolais en course pour le titre

novembre 20, 2020

Après la campagne d’inscriptions au concours lancée en juin dernier, la Radio France Internationale (RFI) vient de dévoiler la liste des dix finalistes de son Prix Découvertes 2020. Les artistes congolais, Nix Ozay et Young Ace Wayé, font partie des candidats en lice pour tenter de remporter ce prix.

Les deux artistes congolais en finale du prix Découvertes RFI 2020/DR

Comme lors de chaque édition depuis la création du prix musical en 1981, cette année encore, le comité d’écoute du Prix Découvertes RFI s’est prononcé sur les dix artistes africains sélectionnés, représentant plusieurs pays dont le Congo, le Sénégal, la Guinée, le Tchad, le Mali, le Rwanda et enfin le Gabon.

C’est avec son titre « Mukuyu », qui veut dire fantôme, que Nix Ozay avait posé sa candidature pour le Prix Découvertes RFI 2020. Rap purement congolais, le single proclame la vigueur et la réussite de l’artiste grâce à son art. De son vrai nom Elion Kye Elky, l’artiste rappeur chante en plusieurs langues, notamment le lingala, le français et l’anglais. Fasciné dès sa jeunesse par ses idoles Michael Jackson et 50Cent, il a développé une passion immense pour la musique. En carrière solo depuis 2014, l’artiste est actuellement en préparation de son Ep intitulé « Mesiya ».

Young Ace Wayé, quant à lui, est un artiste rappeur/chanteur de nationalité congolaise. Sa rencontre avec l’art remonte à son enfance. Il s’intéresse d’abord au dessin puis au théâtre mais c’est de la musique qu’il tombera amoureux. C’est avec son dernier single « Mbok’Oyo » qu’il se confronte à d’autres artistes talentueux du continent. Sorti en décembre 2019 et extrait de son prochain EP, celui-ci est une dénonciation de la mauvaise gestion des affaires publiques ainsi que de la dépravation des mœurs au sein de la société congolaise. 

« Le Prix Découvertes est l’occasion chaque année de mettre en avant les nouveaux talents musicaux du continent africain. Les dix finalistes seront soumis au vote d’un jury composé d’artistes et de professionnels, mais également à celui du public qui peut voter dès maintenant jusqu’au 3 décembre », ont annoncé les organisateurs.

En effet, suite à la victoire, en 1982, de l’artiste musicien Casimir Zoba dit Zao, grâce à son titre « Sorcier ensorcelé », le Congo espère voir l’un de ses candidats sélectionnés remporter ce titre. Ainsi, Nix Ozay et Young Ace Wayé vont devoir mobiliser leurs fans pour récolter le plus de voix possibles.

Après les votes du jury professionnel, présidé par l’artiste ivoirien Didi B, ainsi que ceux du public, le lauréat sera désigné le 10 décembre. Il bénéficiera, à cet effet, de 10 000 euros, d’une tournée en Afrique et d’un concert à Paris. Par ailleurs, RFI, en partenariat avec la Sacem, l’Institut français, l’Organisation internationale de la francophonie et l’Unesco s’engage auprès du lauréat pour lui offrir un soutien professionnel, une promotion sur leurs antennes et leurs sites web.

Avec Adiac-Congo par Merveille Jessica Atipo

RDC/Musique : Tshala Muana interpellée puis relâchée pour la chanson « Ingratitude »

novembre 17, 2020

« Ingratitude », tel est le titre du dernier opus de la chanteuse Tshala Muana qui lui a valu des ennuis, le 16 novembre, avec l’Agence nationale de renseignement (ANR).

Kinshasa : auteure de la chanson "ingratitude", Tshala Muana a été arrêtée  ce lundi par les agents de l'ANR - CAS-INFO.CA

La chanteuse Tshala Muana

La chanson est présentée, à tort ou à raison, comme un pamphlet dirigé à l’endroit de l’actuel chef de l‘Etat au regard de son contenu à forte saveur polémiste. La « Mamu nationale » qui est d’obédience PPRD, c’est-à-dire, proche de l’ancien président de la République, Joseph Kabila, n’a sûrement pas mesuré les dégâts collatéraux qu’allait provoquer sa chanson dans un contexte de surchauffe politique de ces dernières heures.

En effet, la tension actuelle au sein de la coalition FCC-Cash sur fond des signaux de rupture entre ces deux forces politiques n’aura pas favorisé une bonne réception de la chanson. Chaque camp essaie d’interpréter son contenu à sa manière. « Ni à un examen, encore moins à une compétition tu n’as jamais gagné. Maintenant que le maître t’a montré le chemin, tu as pu t’en sortir. Et après que tu aies franchi, tu le trahis. Fais attention, tu marches avec vitesse, vaille que vaille, tu marches sans prudence », chante l’artiste. A qui s’adresse-t-elle, pourrait-on s’interroger d’autant plus qu’aucun nom n’est cité. Le reste est un déroulé des boutades, des paraboles et des expressions alambiquées difficiles à décoder. L’auteure fait, par ailleurs, recours à la bible, et évoque la rébellion de Satan contre son créateur, ou encore, la trahison de Judas vis-à-vis de Jésus de Nazareth. Se mettant dans la peau d’une victime, elle fustige l’ingratitude, banni tous ceux qui en ont fait leur seconde nature, et professe l’infortune à leur endroit. « Tu ne descendras que sur l’arbre par lequel tu es bien monté », chante-t-elle.

Une certaine récupération politicienne s’est vite cristallisée autour de la chanson, chaque camp politique cherchant à exploiter des bribes des phrases cadrant avec ses aspirations. L’UDPS/Kibassa autant que d’autres formations politiques ont fustigé l’interpellation dont a été l’objet la reine de Mutswashi estimant que le président de la République est mentalement forgé pour subir des critiques de tout genre.

Avec Adica- Congo par Alain Diasso

Jerusalema, tube mondial devenu l’hymne du confinement

novembre 12, 2020

Sorti en décembre, le morceau inspiré du gospel et aux paroles en zoulou, a incité des centaines de personnes à poster des vidéos dans lesquelles elles dansent. Dimanche, le titre a raflé le prix du meilleur morceau africain aux prix MTV Europe.

Quand le coronavirus a forcé des milliards de personnes à se confiner, un morceau dansant inspiré du gospel et aux paroles en zoulou a rapproché les gens via les réseaux sociaux, remontant un moral en berne à travers la planète. À ce jour, Jerusalema a été vu plus de 230 millions de fois sur Youtube en moins d’un an.

Son rythme entraînant a incité des centaines de personnes à poster des vidéos dans lesquelles elles dansent, tout sourire, sur son énergie positive, inspirée de la prière disent ses créateurs.

Comme ce gamin sud-africain qui saute du canapé dès les premières notes pour se déhancher frénétiquement, suscitant l’hilarité de sa mère qui le filme. Ou cette chorégraphie soigneusement exécutée par un groupe de gardes forestiers, blancs et noirs, tous en uniforme beige chemisette et bermuda, dans une réserve animalière du pays.

Partout dans le monde, soignants devant leur hôpital, mineurs autour de leur camion, religieux un poil raides ou convives au restaurant se sont pris au jeu. Jusqu’au président sud-africain, Cyril Ramaphosa, qui avait invité ses compatriotes à participer à ce «défi Jerusalema» à l’occasion d’un jour férié en septembre.

«Les retours ont été impressionnants», reconnaît le DJ sud-africain de 24 ans Master KG, qui a coécrit et enregistré le morceau avec la chanteuse Nomcebo Zikode.

Arme antidéprime

Pour Lucius Banda, organisateur du festival Sand Music organisé sur les rives du Lac Malawi au début du mois, Jerusalema est devenu «l’hymne du Covid», comme une épidémie de bonne humeur dans une période sombre.

Dimanche, il a raflé le prix du meilleur morceau africain aux prix MTV Europe, face à des poids lourds du continent, le jeune rappeur nigérian Rema, son compatriote star d’afropop Burna Boy ou encore le Congolais Gaz Mawete. «Nous sommes si fiers de nos ambassadeurs, qui représentent la patrie de manière si rassembleuse et sans précédent», a twitté le ministre sud-africain de la Culture, Nathi Mthethwa.

Le morceau est sorti fin 2019 mais les défis de danse, sur Tik Tok pour les ados, Twitter pour les adultes, et le remix en juin de Burna Boy qui cartonne aussi, lui ont valu un succès au long cours.

Master KG, dont le vrai nom est Kgaogelo Moagi, s’efforce pourtant de mener une «vie normale». «Je ne me prends pas pour Superman», confie-t-il à l’AFP, bandeau sur le front, en marge du festival au Malawi. «Je sais que j’ai en ce moment l’un des plus gros tubes dans le monde», dit-il, «mais ça ne change pas qui je suis, comment je regarde le monde, les gens. C’est de la musique».

Raphael Loopro, un musicien allemand en concert au Malawi pendant le même festival, souligne que si la pandémie n’avait pas fermé tant de frontières, Master KG serait actuellement en tournée mondiale, plutôt que quelques concerts ici et là.

Mais le DJ, star modeste, «n’avait même pas l’air de savoir que son tube était numéro un en Allemagne», sourit-il, soulignant qu’aucun morceau africain n’a atteint une telle popularité dans son pays depuis trente ans.

Par Le Figaro avec AFP

Let It Happen : trois sœurs d’origine congolaise qui font danser le web

octobre 18, 2020

Les jumelles Norah et Yarah (14 ans) et leur cadette Rosa (12 ans), le trio de Let It Happen.

Avec leurs chorégraphies sur les tubes de Tupac, Fally Ipupa ou Ray Charles, Norah, Yarah et Rosa (alias « Let It Happen ») cumulent des millions de vues sur les réseaux sociaux. Rencontre avec trois danseuses à l’énergie contagieuse.

C’est devenu une habitude : chaque nouvelle vidéo postée par Norah, Yarah et Rosa Mukanga sur les réseaux sociaux flirte avec le million de vues. Enfants surdouées du hip-hop, ces trois sœurs néerlandaises d’origine congolaise secouent la Toile avec leurs chorégraphies survitaminées et leur énergie contagieuse.

À seulement 14 ans – pour les jumelles Norah et Yarah – et 12 ans – pour leur cadette Rosa, elles s’approprient les classiques des plus grands noms du hip-hop, de la soul, de la pop et du rap africains-américains – de Ray Charles à Notorious Big en passant par Prince, James Brown ou Alicia Keys – mais aussi des tubes africains.

De Maastricht à Los Angeles

Les performances de « Let It Happen », leur nom de scène, sont désormais reprises et partagées par des milliers d’anonymes et des stars du show-business. Alicia Keys et Janet Jackson, le rappeur Snoop Dogg ou encore l’actrice Viola Davis les ont ainsi virtuellement adoubées. « C’est vraiment irréel pour nous. Mais nous sommes très reconnaissantes, ça nous touche beaucoup », affirment-elles à l’unisson.

Originaires de la région néerlandaise du Limbourg, elles ont désormais leurs entrées à Los Angeles. Elles ont collaboré avec plusieurs grandes chaînes de télévision et marques américaines et ont investi deux fois le plateau du Ellen DeGeneres Show, l’un des plus gros talk-shows américains. « Nous étions très nerveuses, nous n’avons vraiment réalisé ce qui s’était passé qu’après, quand nous avons vu les vidéos », avoue Norah.

Tout a pourtant débuté le plus simplement du monde pour ces trois sœurs. « Nous avons commencé à danser très jeunes, racontent les jumelles. Il y avait toujours de la musique à la maison. » Et notamment la playlist de leur grand-mère, venue de RDC aux Pays-Bas alors que leur père, Osongo, n’avait que 3 ans. « Elle écoute toujours de la musique africaine en faisant la cuisine », s’amusent ses petites-filles.

Très vite, Norah et Yarah entament des cours de danse et, bientôt rejointes par Rosa, participent à des concours et des événements partout en Europe : à Monaco, Amsterdam, Paris… Nous les rencontrons d’ailleurs à l’école Juste Debout, dans le nord de la capitale française, où elles suivent un stage de plusieurs jours avec six professeurs. Mais que reste-t-il encore à apprendre à ces jeunes street-danseuses, si à l’aise sur la piste ? Les sœurs Mukanga créent elles-mêmes la plupart de leurs chorégraphies. « On démarre la musique et on part en freestyle », assure Yarah.

Incontestablement précoces, les trois sœurs se disent totalement libres de leurs choix artistiques et soutenues à 100 % par leurs parents. Si leur père, Osakongo, était présent à notre arrivée pour faire les présentations, il s’est éclipsé pour laisser ses filles gérer elles-mêmes l’interview, comme des pros.

Mais où puise-t-on cette assurance et l’inspiration quand on n’a pas encore 15 ans ? « Mes sœurs m’inspirent tous les jours », répond spontanément Norah, déclenchant le sourire de Rosa et Yarah. Malgré les masques qui dissimulent la moitié de leur visage – précautions sanitaires obligent –, leur complicité saute aux yeux.

Black Lives Matter

Récemment, elles ont trouvé un espace d’expression dans le mouvement Black Lives Matter. Fin mai, elles réclamaient solennellement justice pour George Floyd, se mettant en scène sur le titre « Changes », du rappeur Tupac.

Introduite par un extrait du I have a dream de Martin Luther King, leur dernière vidéo est un hommage à l’Africaine-Américaine Breonna Taylor, tuée en mars par des policiers à Louisville. « Ton nom ne sera jamais oublié et nous continuerons à combattre et à travailler à “ce rêve collectif” jusqu’à ce qu’il devienne une réalité », écrivent-elles.

« Nous pensons qu’il est important de raconter des histoires et de faire passer des messages, confirme Yarah. Nous essayons d’utiliser notre plateforme pour nous exprimer, et exprimer des idées, en parlant avec notre cœur. » L’audience des sœurs Mukanga ne fait en effet que grandir. Près de quatre ans après leur premier moment de gloire – sur la scène du stade Gelredome, avec Justin Bieber –, elles partageaient cet été l’affiche virtuelle du prestigieux festival Lollapalooza avec Paul McCartney.

Sans pression

Le tout, prétendent-elles, sans pression. « Si nous ne le sentons pas, nous ne le faisons pas », répond tout simplement Rosa. Une décontraction qui colle à leur nom : « Let It Happen (« laisse les choses se faire »), ç’a toujours été notre façon de penser, d’envisager les choses », assure Yarah.

Un credo qui leur réussit plutôt bien. En février dernier, elles ont rencontré au hasard d’une rue parisienne le chanteur et danseur américain Usher et improvisé avec lui une mini-chorégraphie. Quelques pas partagés plus de 5,6 millions de fois sur Tik Tok, le réseau chinois

Avec Jeune Afrique par Julie Gonnet

France/Paris: Koffi Olomide accompagne le cercueil blanc de sa maman Amy sur un tapis rouge jusqu’à sa dernière demeure du cimetière

octobre 16, 2020

Avec Ensemble HDTV

Congo/LEGENDES: LA CUVÉE DES ARTISTES ET ÉCRIVAINS LÉGENDAIRES (2)

octobre 16, 2020

 

LEGENDES : La cuvée des artistes et écrivains légendaires (2)

Comme promis, La Semaine Africaine poursuit l’évocation des artistes et écrivains légendaires de ces soixante dernières années. Les critères qui ont présidé au choix de ces légendes sont dans leur talent à la fois individuel ou collectif, la longévité et la popularité.

Sebastien Kamba

Le premier film long-métrage congolais porte le titre de ‘’La Chapelle’’. Il est l’œuvre de Sébastien Kamba, le premier cinéaste congolais qui figure aussi parmi les cinéastes africains des années 60. Il a consacré plus de 50 ans à la caméra et a réalisé plusieurs courts métrages et documentaires. Durant sa carrière, il a arraché diverses distinctions. De nombreux jeunes talentueux suivent ses pas, malgré le manque de soutien. Il s’agit de Claudia Haidara, Rufin Mbou, Amour Sauveur, Alain Nkodia…
Les peintres ont également joué leur partition aux côtés d’autres artistes. Ils ont pour la plupart affûtés leurs pinceaux à la célèbre Ecole de peinture de Poto-Poto. Hilarion Ndinga alias ‘’Magicien des couleurs’’ est sans doute l’un des rares artistes-peintres à avoir contribué au rayonnement de l’art dans sa dimension diversifiée à travers le monde.
On peut aussi parler d’Eugène Malonga, né en 1930 et décédé en 2005. Il est considéré comme l’un des cinq fondateurs de la peinture congolaise, inexistante avant 1940. Il a exposé dans de nombreux pays ; son œuvre compte plusieurs paysages et des portraits.
Avec lui Marcel Gotène, peintre, sérigraphe, né en 1939 et décédé en 2013. Navigant entre le figuratif et l’abstrait, il crée des personnages, des paysages, des atmosphères au surréalisme déroutant. A travers son art, il dénonce ce qu’il y a de négatif dans la vie quotidienne. Au cours de sa longue carrière, il a beaucoup exposé et vendu de nombreux tableaux. Dans cette liste, on peut aussi se référer à Iloki, Bernard Mouanga-Kodia, Michel Hengo, Emile Mokoko.
Après Jean Malonga (1907-1985), reconnu comme le doyen des écrivains congolais, il y a eu une panoplie d’écrivains dont beaucoup de renom. Henri Lopès (82 ans) en fait partie. Il est considéré comme l’un des représentants les plus connus de la littérature africaine moderne. En 1972, il est lauréat du Grand prix littéraire d’Afrique noire, pour son livre ‘’Tribaliques’’. En 1993, l’Académie française lui décerne le Grand prix de la Francophonie.

Emmanuel Boundzéki-Dongala

Alain Mabanckou, né en 1966, écrivain internationalement reconnu et prolifique. Il a remporté en 2006, le prix Renaudot pour son roman ‘’Mémoire de porc-épic’’. En 2012, il est récompensé par l’Académie française (Grand prix de littérature Henri-Gal). Installé aux Etats-Unis depuis bientôt quinze ans, il enseigne la littérature francophone à l’université de Los Angeles.

Emmanuel Boundzéki- Dongala (79 ans) a une bibliographie très fournie, avec des œuvres remarquables. Il a glané plusieurs prix et récompenses. Au nombre de ses romans figurent: ‘’Un fusil dans la main, un poème dans la poche’’ ; ‘’Le feu des origines’’, Grand prix littéraire d’Afrique noire en 1988; Prix Vinilo (2010).
Jean-Baptiste Tati Loutard. Né en 1938 à Ngoyo et décédé en 2009 à Paris. Il est considéré comme l’une des voix majeures de l’Afrique francophone. Il a publié une dizaine de recueils de poésie et obtenu divers prix.
Les artistes-musiciens ! Kosmos Moutouari (…). S’il y a une voix, une musique que l’histoire congolaise retiendra ces soixante dernières années, c’est bien celle de Kosmos. Auteur-compositeur renommé et musicien remarquable, il a marqué des générations par son talent. Issu de la grande école des Bantous de la capitale sous la protection des maîtres Nino Malapet (décédé en 2012 à 77 ans), Jean-Serge Essous et Célio Nkouka (décédé en 2016). Il a aussi fait partie du célèbre Trio CEPAKOS (Célio Nkouka, Pamélo, Kosmos) de l’orchestre Le Peuple.
Recruté dans le TP OK Jazz de Kinshasa en 1963, Youlou Mabiala (73 ans) y perfectionne son art grâce aux anciens du groupe. Sa voix, son talent et ses grandes compositions accrocheuses deviennent un de ses atouts majeurs. Durant sa longue et riche carrière, il enregistre plusieurs chansons et gagne de nombreux prix. Aux côtés de Loko Massengo, un transfuge du Trio Madjesi de l’orchestre Sosoliso, et de Michel Boyibanda, du TP OK Jazz, il crée Les Trois Frères en 1977, avant de fonder son groupe Kamikaze Loninguissa en 1980.

Mamhy Klaudia

Un chanteur à la voix captivante, Ange Linaud Djendo, décédé en 1999 à 50 ans. Il était l’un des plus féconds compositeurs congolais de musique à partir des années 70. Il est allé si loin dans la création personnelle qu’il était sur la voie d’une certaine assimilation de la rumba, lorsqu’il n’oblique pas avec élégance dans la composition en français.
Théo Blaise Kounkou, un chanteur légendaire à l’aise dans toutes les formes de la rumba, de l’expression soliste au grand orchestre d’accompagnement. Il s’exprime d’une voix limpide et profonde, pleine de conviction et de jovialité communicative. Il a écrit et interprété nombres de classiques de la rumba avec le mythique African all stars.
La voix féminine s’est aussi fait entendre avec notamment, Mamhy Klaudia décédée brutalement en 1998 à Abidjan. Chanteuse exceptionnelle, elle a connu des meilleurs moments. Elle a été l’une des plus remarquables chanteuses de la musique du Congo.
La comédie et la danse sont une affaire des initiées. Dans ce domaine, Pascal Nzonzi, Mbouta Loumingou, Fortuné Batéza ont su tirer leur épingle du jeu. Et du côté de la danse moderne, des figures se sont aussi illustrées comme Emile Gentil Okemba décédé en 2018 et Chiwawa encore en activité.

Avec La Semaine Africaine par Alain-Patrick MASSAMBA