Archive for the ‘Opinion’ Category

Human Rights Watch exhorte le Nigeria à libérer des milliers d’enfants

septembre 10, 2019

 

Human Rights Watch a exhorté mardi le Nigeria à libérer des milliers d’enfants détenus par l’armée en raison de liens présumés avec les insurgés islamistes du groupe Boko Haram.

HRW affirme dans un rapport que des milliers d’enfants sont détenus arbitrairement dans des conditions dégradantes et inhumaines dans des cellules, en particulier dans la caserne de Giwa, dans la ville de Maiduguri, située dans le nord-est du pays. «De nombreux enfants sont détenus sans inculpation pendant des mois ou des années dans des casernes sordides et surpeuplées, sans contact avec le monde extérieur». Selon les Nations unies, 3600 enfants, dont 1617 filles, ont été détenus de janvier 2013 à mars 2019 pour leur implication présumée dans des groupes armés.

«Les enfants sont détenus dans des conditions horribles depuis des années, avec peu ou pas de preuves de liens avec Boko Haram, et sans avoir été traduits en justice», relève Jo Becker, chargé de la défense des droits des enfants à Human Rights Watch. «Beaucoup de ces enfants ont déjà survécu aux attaques de Boko Haram. Les traitements cruels infligés par les autorités aggravent leurs souffrances et les rendent encore plus vulnérables». Selon lui, les enfants touchés par le conflit ont besoin d’être scolarisés, pas emprisonnés.

Human Rights Watch demande au gouvernement nigérian de signer un accord avec les Nations unies qui garantirait le transfèrement des enfants aux autorités de protection de l’enfance pour leur réunification familiale et leur réintégration dans la communauté. «Si les autorités militaires ou les services de renseignement ont des preuves crédibles d’infractions pénales commises par des enfants, elles devraient les transférer aux autorités judiciaires civiles pour qu’elles les traitent conformément aux normes nationales et internationales en matière de justice pour mineurs», dit l’ONG.

Human Rights Watch a interrogé en juin 32 enfants détenus à la caserne de Giwa qui ont déclaré qu’ils n’avaient pas été traduits en justice. «Personne n’était au courant d’accusations contre eux. L’un d’eux a été détenu alors qu’il n’avait que cinq ans». De nombreux enfants ont dit avoir été arrêtés après avoir fui les attaques de Boko Haram contre leur village ou quand ils cherchaient refuge dans des camps de déplacés. L’un d’eux a déclaré qu’il avait été arrêté et détenu depuis plus de deux ans «pour avoir vendu des ignames à des membres de Boko Haram».

Selon HRW, plusieurs filles enlevées avaient été contraintes d’épouser des combattants de Boko Haram. Environ un tiers des enfants interrogés ont déclaré que les forces de sécurité les ont battus pendant leur interrogatoire après leur arrestation à la caserne de Giwa. L’insurrection de Boko Haram, qui dure depuis dix ans dans le nord-est du Nigeria, et sa répression par l’armée nigériane, ont tué plus de 27.000 personnes. Deux millions de personnes ont été déplacées par les attaques que Boko Haram mène également dans les pays voisins.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Visite des talibans aux USA : «Ce n’est pas très clair», dit une diplomate américaine

septembre 8, 2019

 

Donald Trump a révélé avoir annulé une réunion secrète qui devait se tenir ce dimanche à Camp David avec des responsables talibans.

Donald Trump a annoncé samedi soir (dans la nuit de samedi 7 à dimanche 8 à Paris) à la surprise générale qu’il mettait fin aux « négociations de paix » engagées il y a un an avec les talibans. Dans le même temps, il a révélé qu’il devait initialement rencontrer ce dimanche 8 à Camp David, « séparément » et dans le plus grand « secret », Ashraf Ghani mais aussi « les principaux dirigeants des talibans ».

Une telle rencontre aurait été sans précédent, à quelques jours qui plus est du 18e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 qui avaient provoqué l’intervention militaire américaine en Afghanistan. « Ils étaient en route pour les Etats-Unis ce soir » mais « j’ai immédiatement annulé la réunion », a-t-il précisé sur Twitter.

« Malheureusement, pour tenter à mauvais escient d’accroître la pression », les talibans « ont reconnu un attentat à Kaboul » qui a provoqué la mort d' »un de nos grands grands soldats et de onze autres personnes », a-t-il souligné pour défendre sa décision spectaculaire de « mettre fin aux négociations de paix ».

Laurel Miller, la responsable de la diplomatie américaine pour l’Afghanistan et le Pakistan entre 2013 et 2017 et aujourd’hui directrice Asie de l’organisation de prévention des conflits International Crisis Group, a fait part de sa « grosse surprise » après ces révélations : « pourquoi annuler cette visite secrète en raison d’une attaque meurtrière à Kaboul jeudi alors que les talibans ont récemment multiplié les attentats ? Ce n’est pas très clair », a-t-elle dit à l’AFP.

Par Le Figaro.fr avec AFP et Reuters

 

Un million de personnes à la messe du «pape des pauvres» à Madagascar

septembre 8, 2019

Mada

Le pape a célébré une messe dans un ancien vignoble. REUTERS/Yara Nardi

EN IMAGES – Le pape François a dénoncé dimanche à Madagascar la «culture du privilège» devant près d’un million de personnes.

Des centaines de milliers de Malgaches venus des quatre coins du pays ont rallié dimanche la capitale Antananarivo pour participer à la grand-messe du pape François, qui s’en est pris à «la culture du privilège».

L’Eglise catholique locale attendait 800.000 personnes sur le site de «Soamandrakizay» («Un bien pour l’éternité» en langue locale), un ancien vignoble de 60 hectares spécialement aménagé. Selon les organisateurs, l’événement a rassemblé un million de fidèles.

Sur l’immense terrain à l’extrémité de la capitale, ils ont attendu le pape sur des bâches en plastique, se protégeant tant bien que mal de la poussière rouge de la terre balayée par le vent, s’infiltrant dans les yeux et les narines.

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Les gens attendent sous le soleil REUTERS/Yara Nardi

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Ils étaient près d’un million à la messe REUTERS/Baz Ratner

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La «papamobile» a été construite à Madagascar REUTERS/Baz Ratner

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Des religieux étaient présents. MARCO LONGARI / AFP

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La foule venait des quatre coins du pays. Tiziana FABI / AFP

 

Par  Le Figaro avec AFP et Reuters

Robert Mugabe, un président en noir et blanc

septembre 6, 2019

Le prince Charles (droite), le Premier ministre Robert Mugabe (gauche) et le gouverneur britannique Christopher Soames à Salisbury, le 17 avril 1980. © AP/SIPA

De la lutte héroïque pour l’indépendance à ses dernières années au pouvoir, passablement pathétiques, retour sur le parcours en dents de scie de Robert Mugabe, l’enfant de Kutuma devenu président.

Robert Mugabe n’était pas Nelson Mandela. Il a mal fini, s’accrochant au pouvoir bien au-delà de sa propre date de péremption. De ses dernières années au pouvoir, passablement pathétiques, et de la trahison de ses proches qui aujourd’hui versent sur sa dépouille des larmes de crocodile après l’avoir renversé, JA vous a tout dit ou presque, comme le démontre le dossier que nous publions ce 6 septembre.

Tout comme nous nous sommes efforcés, tout au long de ses trois décennies de règne quasi absolu, d’expliquer et d’analyser pourquoi l’enfant de Kutuma, élevé par une mère célibataire et éduqué par les jésuites, était devenu, comme il le dira un jour par défi, un « diplômé en violence ».

Lutte de libération

Avant d’être un autocrate pétrifié dans ses certitudes, Mugabe fut un héros panafricain, et à l’heure de sa mort, dans un hôpital aseptisé de Singapour où il était alité depuis près de cinq mois, c’est de cela aussi qu’il convient de se rappeler. La chimurenga, la lutte de libération qu’il mena contre le régime raciste de Ian Smith de 1966 à 1979 – et dont il paya personnellement le prix par dix ans d’emprisonnement – fut une guerre de guérilla et de contre-insurrection féroce, ponctuée de massacres de civils, de disparitions, de tortures, d’attentats et de bombardements au napalm.

Une lutte juste et exemplaire, comme le furent toutes celles qui, du Cap à Alger, délivrèrent l’Afrique de ses chaînes coloniales, et que Jeune Afrique a soutenues et accompagnées avec constance et vigilance depuis sa fondation.

Dictature autiste

L’Histoire, un jour, fera la part des choses. Elle dira la faute qui revient à Robert Mugabe dans le lent glissement de son régime sur la pente d’une dictature autiste, mais aussi la responsabilité de l’ancienne puissance britannique, qui ne respecta jamais les engagements souscrits lors des accords de Lancaster House, celle aussi d’une communauté blanche ancrée dans ses privilèges d’ex-Rhodésiens, acharnée dès le lendemain de l’indépendance à saboter l’expérience d’un État biracial.

Elle dira aussi que la réforme agraire violente et chaotique des année 2000, qui valut à Mugabe l’opprobre de la communauté internationale et des grands bailleurs de fonds, fut dans le fond – si ce n’est dans la forme – une nécessité absolue pour les centaines de milliers de petits paysans confinés dans les bantoustans agraires des Tribal Trust Land.

Et qu’elle ne fut pas toujours et partout un échec.

Révolver russe

Le Mugabe Premier ministre que j’ai rencontré un jour d’avril 1980 dans un petit bureau de ce qui ne s’appelait pas encore Harare mais Salisbury, avec sa secrétaire blanche servant le thé, ses livres de droit et d’économie marxiste empilés sur une chaise et son revolver russe posé au bord d’une cheminée décorative, était un mélange fascinant de missionnaire british et de révolutionnaire vietnamien.

C’est cette image que désormais je garderai de lui. Et tant pis si elle est en noir et blanc.

Par François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Congo: pascal Tsaty Mabiala parle de son refus de participer au dialogue national

août 30, 2019
Par Journal de Brazza TV

Colombie: l’ex-numéro deux des FARC annonce qu’il reprend la lutte armée

août 29, 2019

 

L’ex-numéro deux du groupe armé colombien FARC, Ivan Marquez, entré dans la clandestinité depuis un an, a annoncé jeudi dans une vidéo qu’il reprenait les armes aux côtés d’autres chefs rebelles qui ont dénoncé l’accord de paix en Colombie.

«Nous annonçons au monde qu’a commencé le seconde Marquetalia (berceau historique de la rebellion des années soixante, NDLR) au nom du droit universel des peuples à se lever en armes face à l’oppression», comme affirme dans une vidéo diffusée sur les médias, Ivan Marquez, vêtu d’un treillis vert, aux côtés notamment de Jesus Santrich, autre ex-leader des FARC dissoutes.

Par Le Figaro.fr avec AFP

La vie des anciens présidents africains

août 26, 2019

L’ex-président congolais Joseph Kabila s’est toujours senti plus à son aise dans cette arche de Noé privée que dans l’anarchique Kinshasa. © Colin Delfosse pour JA

D’Amadou Toumani Touré à Joseph Kabila, en passant par Blaise Compaoré, José Eduardo dos Santos, Abdoulaye Wade et Olusegun Obasanjo, JA a voulu savoir ce qu’étaient devenus ces présidents emblématiques, une fois libérés de leurs responsabilités. Une série déclinée en six épisodes.

Le pouvoir, dit-on, est comme une drogue : quand on y a goûté, il est terriblement dur de s’en passer. Les six anciens chefs d’État dont nous évoquons la retraite forcée ont pourtant dû entamer, bon gré mal gré, une cure de sevrage. Les uns chassés par la rue, les autres congédiés via les urnes ou au terme de tractations avec leur successeur qui se sont parfois avérées un marché de dupes, ces « dinosaures » de la vie politique africaine ont dû s’inventer une vie après le pouvoir.

Le Malien Amadou Toumani Touré ou le Burkinabè Blaise Compaoré rongent leur frein en exil, observant le silence depuis leur congédiement brutal. L’Angolais Eduardo dos Santos, dont la progéniture se retrouve au cœur d’affaires judiciaires retentissantes, orchestrées par son successeur, médite sur le fait qu’on n’est jamais mieux trahi que par ses proches. Le Sénégalais Abdoulaye Wade, tel un boxeur qui se relève avant le KO, a préféré retourner à l’opposition plutôt que de couler une retraite pourtant méritée…

Le Nigérian Olusegun Obasanjo, lui, a su conserver de l’influence dans la classe politique et sur la scène internationale, tout en développant des affaires florissantes. Quant à Joseph Kabila, dont l’emprise reste forte sur la scène politique congolaise, qu’il a finalement consenti à quitter, il s’affiche en gentleman-farmer tropical, à la tête d’un vaste domaine peuplé d’animaux sauvages.

Dans cette série parue en six épisodes depuis juillet, Jeune Afrique dévoile les quotidiens de ces figures emblématiques qui, lorsqu’ils étaient au pouvoir, avaient semblé tout contrôler. Tout, sauf une chose : ce qu’il adviendrait le jour où ils quitteraient leur trône.

• Amadou Toumani Touré, la retraite forcée

Résidant au Sénégal depuis le putsch de 2012, l’ancien chef de l’État malien vit un exil paisible, entouré des siens. Mais les menaces qui pèsent sur son pays d’origine ne le laissent pas indifférent, loin de là.

Amadou Toumani Touré lors de son premier retour à Bamako, le 24 décembre 2017. © Michele Cattani/AFP

• Blaise Compaoré, le mal du pays

Exilé en Côte d’Ivoire depuis 2014, l’ancien chef d’État vit confortablement mais rêve du jour où il pourra enfin rentrer chez lui, au Burkina Faso.

L’ancien président burkinabè, Blaise Compaoré. © Francois Mori/AP/SIPA

• José Eduardo dos Santos, l’exil amer

Attaqué de toutes parts par son successeur, l’ancien chef de l’État angolais vit mal la chute de son empire familial. Mais ses héritiers ne s’avouent pas vaincus.

L’ancien président angolais José Eduardo dos Santos, en décembre 2007 à Lisbonne. © Paulo Duarte/AP/SIPA

• Abdoulaye Wade, la politique dans le sang

À 90 ans passés, l’ancien chef de l’État sénégalais aurait pu goûter les joies d’une retraite bien méritée. Penser cela serait mal connaître Abdoulaye Wade, lui qui ne s’est jamais senti aussi vivant que sur le ring.

L’ex-président Abdoulaye Wade en allant rejoindre le comité directeur du PDS à Dakar, le 13 février 2019. © Sylvain Cherkaoui pour JA

• Olusegun Obasanjo, la retraite dorée

Médiateur reconnu des crises du continent, l’ancien chef de l’État nigérian, Olusegun Obasanjo, est aussi un infatigable homme d’affaires.

Olusegun Obasanjo à Durban, en Afrique du Sud, le 26 mars 2019. © Darren Stewart/Gallo Images via Getty Images

• Joseph Kabila, le gentleman-farmer

Joseph Kabila est loin d’avoir quitté la politique. Mais c’est désormais depuis son immense domaine de Kingakati, son autre passion, que l’ancien chef de l’État congolais tire les ficelles. Visite guidée.

Par Jeuneafrique.com

Inquiets du Brexit, les Anglais se précipitent pour vendre leur logement

août 22, 2019

Boris

Les prix de l’immobilier à Londres ont chuté de plus de 4% sur les cinq premiers mois de l’année Crédits photo : ZGPhotography/Shutterstock

– Alors que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne se précise, le nombre de ventes immobilières outre-Manche s’envole de plus de 6% sur un an. Du jamais vu depuis 2015.

Le nouveau premier ministre britannique Boris Johnson l’a assuré: le Royaume-Uni quittera l’Union européenne le 31 octobre. Une échéance qui inquiète les propriétaires immobiliers qui ne savent pas à quoi ressemblera le marché après le Brexit. Conséquence: le nombre de ventes s’accélère en août, selon une récente étude du plus grand portail immobilier du pays, Rightmove. Une hausse de 6,1% a ainsi été enregistrée par rapport à août 2018. Du jamais vu depuis 2015 pour un mois d’août, une période habituellement creuse en raison des grandes vacances.

Pour Rightmove, l’explication est claire: certes, la perspective du Brexit n’est une surprise pour personne. Mais désormais, la date de sortie du Royaume-Uni est connue. Dès lors, beaucoup de vendeurs, anticipant une baisse des prix de l’immobilier, se précipitent pour vendre au mieux leur bien. De leur côté, les acheteurs se frottent les mains. Avec une livre qui a perdu 20% de sa valeur face à l’euro en trois ans, les étrangers ont aussi de bonnes affaires à réaliser. «De plus en plus d’acheteurs ont compris que la période était propice aux achats. En règle générale, les acheteurs sont peu nombreux en août. Mais étant donné le contexte actuel, la concurrence est plus forte car les vendeurs sont plus disposés à accepter de baisser leur prix», explique Miles Shipside, analyste du marché immobilier de Rightmove

Même si l’affolement est rarement gage de succès, le marché immobilier britannique perd assurément de sa superbe. Les prix ne progressent quasiment plus: leur hausse est restée inférieure à 1% en juillet (+0,3%) pour le huitième mois consécutif, selon la banque mutualiste Nationwide. Pour s’offrir un logement au Royaume-Uni, vous devez débourser un peu moins de 218.000 livres (plus de 237.000 euros). À titre de comparaison, un logement coûte en moyenne 220.000 euros en France.

Ce ralentissement des prix est une aubaine pour les acheteurs et forcément moins pour les vendeurs. Conséquence: le nombre de propriétés qui changent de mains ne représente que 5% du total de maisons au Royaume-Uni, selon Nationwide. Un taux de rotation nettement inférieur à celui enregistré avant la crise (autour de 8%). Pire: à Londres, les prix ont reculé de plus de 4% sur les cinq premiers mois de l’année, selon les chiffres de l’Office for National Statistics. La plus forte baisse enregistrée depuis 2009.

 

Le Figaro.fr par Guillaume Errard

Avant le G7, Macron donne sa vision du monde

août 21, 2019

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ERIC GAILLARD/AFP

Pour sa rentrée politique et à deux jours de l’ouverture officielle du G7, le chef de l’État s’est longuement exprimé mercredi sur les sujets nationaux et internationaux en cours lors d’une conférence de presse.

Emmanuel Macron soigne sa rentrée. Surpris en 2017 par une baisse brutale de sa popularité, désarçonné en 2018 par les démissions successives de ses ministres Nicolas Hulot et Gérard Colomb, le président de la République prend cette fois les choses en main. À deux jours de l’ouverture officielle du G7 de Biarritz et après avoir présidé un conseil des ministres de rentrée consacré aux réformes à venir, le chef de l’État a répondu pendant plus de deux heures aux questions des journalistes de l’Association de la presse présidentielle. Pas d’enregistrement, pas de photos, pas de vidéos, interdiction de twitter durant l’échange pour faciliter la fluidité des échanges initialement consacrés au G7 et aux questions internationales. Mais Emmanuel Macron s’est aussi longuement exprimé sur les sujets nationaux, de la crise des «Gilets jaunes» à l’état de sa majorité en passant par les accusations de violences adressées aux forces de l’ordre. Revue de détail des déclarations du chef de l’État.

La toile de fond du G7

«Nous vivons une période absolument historique de l’ordre international qui est le nôtre. Nous vivons une crise très profonde des démocraties qui est une crise à la fois de représentativité, d’efficacité face aux grandes peurs contemporaines: peur climatique, peur technologique, peur migratoire. Ce sont ces grands phénomènes contemporains qui dépassent largement le cadre national. Ils supposent de nouveaux modes de coopération mais aussi une réponse efficace que l’on a parfois du mal aujourd’hui à apporter (…) Le moment que nous vivons, sans doute depuis le XVIIIe siècle, est peut-être en train de s’effacer. L’ordre international, c’était l’occident qui le décidait. (…) Cette hégémonie occidentale est profondément remise en cause.»

Concernant l’issue du sommet du G7 à Biarritz, le chef de l’État a précisé qu’il n’y aurait pas de communiqué final «pré-négocié» afin d’éviter des «zooms» sur les désaccords: «Personne ne lit les communiqués, il faut être honnête (…) Les communiqués, aucun des dirigeants ne les discute avant. Ce sont des chicaillas de bureaucrates. Les communiqués reflètent les positions profondes de la bureaucratie française face à la bureaucratie américaine et autres… Le rôle des dirigeants, c’est de prendre des risques par rapport à leurs positions historiques, de prendre des libertés, de décider et de donner des instructions à leurs administrations. Je ne veux pas être l’otage de gens qui négocient des communiqués pour moi.»

La France dans le monde

«La France a un rôle dans ce cadre qui est lié à son histoire, à son statut, qui est celui d’être cette puissance d’équilibre. Nous ne sommes pas un pays aligné. Ça n’est pas notre tempérament. Quand bien même nous avons des alliés, nous devons préserver et redéfinir notre capacité à parler à tout le monde (…)»

«En Europe, on repèse depuis deux ans. On repèse dans les choix qui sont faits. On repèse dans les orientations qui sont données. Parce qu’on a aussi montré qu’on bougeait les choses sur nous-mêmes. Que des choses qui paraissaient impensables dans le secteur des transports, du travail… on savait les bouger. On retrouve du crédit. Et moi je peux demander à l’Europe qu’elle bouge, sur les travailleurs détachés, sur un budget de la zone euro, sur la défense…»

Le Brexit

Emmanuel Macron a indiqué qu’il allait demander jeudi à Boris Johnson, lors de leur entretien à Paris, des «clarifications» concernant la renégociation voulue par le Premier ministre britannique: «S’il n’y a aucun fait nouveau politique, je ne vois pas pourquoi on donnerait des délais. Des délais ne sauraient être accordés que si les Britanniques reviennent en disant: «Nous allons faire de nouvelles élections générales» (…) ou «On fait un référendum sur cet accord négocié». Il y a une deuxième possibilité qui n’a pas ma préférence: un Brexit dur. Il n’y aurait pas d’accord sur un texte qui a été négocié et porté par le gouvernement britannique pendant deux ans (…) Ce serait la responsabilité du gouvernement britannique. Il y a une troisième option qui est proposée par les Britanniques et que nous ne saurions accepter qui est de renégocier l’accord de séparation (…) Cette renégociation dans les termes proposés par les Britanniques n’est pas une option qui existe.»

«J’attends des clarifications de la part du gouvernement britannique et de Monsieur Johnson. Même si on allait vers un Brexit dur, il y a des fondamentaux qui avaient été négociés sur la liberté de circulation des personnes et des garanties apportées qui ne permettent pas de mettre en œuvre ce qu’a annoncé Boris Johnson (…) L’esprit de sérieux doit prédominer et il suppose des clarifications».

La crise politique en Italie

«L’Italie est un pays ami et un grand peuple dont le destin est profondément européen. Il mérite un gouvernement et des dirigeants qui sont à cette hauteur (…) La leçon italienne c’est que quand on s’allie à l’extrême droite, à la fin c’est toujours l’extrême droite qui gagne».

La Russie

«le dialogue stratégique avec la Russie est fondamental (…) Ne pas parler à la Russie c’est une erreur. C’est un membre permanent du conseil de sécurité. C’est un acteur incontournable des grandes crises (Syrie, iran). C’est une puissance géographique avec laquelle nous devons faire (…) La Russie est en Europe. Si on ne sait pas s’entendre avec la Russie, comment bâtir une vraie souveraineté européenne?»

«Il est pertinent qu’à terme la Russie puisse rejoindre le G8» dont elle a été exclue en 2014 après l’invasion de la Crimée, a estimé Emmanuel Macron. «Le divorce a été acté au moment de l’invasion de l’Ukraine. La condition préalable indispensable» à une réadmission de Moscou «est qu’une solution soit trouvée en lien avec l’Ukraine sur la base des accords de Minsk», a-t-il ajouté. Concernant l’Ukraine, «je souhaite que nous puissions avancer sur une réunion des chefs d’État et de gouvernement en format Normandie (Russie, Ukraine, Allemagne, France) dans les prochaines semaines (…) Ma volonté c’est de pouvoir réunir un nouveau sommet à Paris dans les prochaines semaines. Les conditions sont prêtes.»

La crise iranienne

«On doit avoir une discussion au sommet sur comment on gère le dossier iranien, on a des vrais désaccords au sein du G7: trois puissances européennes et le Japon qui ont une position assez claire, un rapport avec l’Iran totalement assumé, et les Américains (…) qui ont décidé de changer totalement de ligne» et ont dénoncé l’accord de 2015 sur le nucléaire. Emmanuel Macron a précisé qu’il aurait «avant le G7, une réunion avec les Iraniens pour essayer de proposer des choses», sans plus détails. Il va s’entretenir vendredi à Paris avec le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, selon l’agence officielle iranienne Irna.

Relance budgétaire et politique monétaire

Emmanuel Macron souhaite que les dirigeants du G7 discutent d’une relance budgétaire pour soutenir l’économie fragilisée, notamment en Allemagne, où le sujet est un tabou politique. «On doit se poser la question pour les pays qui en ont la capacité, de la pertinence d’une relance budgétaire, c’est un sujet qui est posé à l’Europe, à la France (…), à l’Allemagne», a déclaré M. Macron, en référence aux réticences de Berlin à utiliser ses excédents budgétaires, alors même que son économie risque la récession.

Il a également estimé que les politiques de baisse des taux des grandes banques centrales avaient atteint leurs limites, en référence à Donald Trump qui souhaite que la Fed baisse ses taux directeurs.

La taxe Gafa

Le président français, qui compte défendre au G7 une taxation mondiale des géants du numérique (GAFA), a dénoncé un système «fou» qui laisse des acteurs mondiaux avoir «un statut de paradis fiscal permanent». «Il y a déjà dix États européens qui l’ont fait. Il se trouve que cela se voit peut-être plus en France et que beaucoup de mes camarades renvoient vers moi. En tout cas c’est ce que m’a dit le président Trump: «Ils me disent tous que c’est toi». J’assume. Quand on a un acteur numérique qui est dans l’hôtellerie et qui ne paye ni la TVA ni quelque impôt que ce soit et qui vient concurrencer un hôtelier qui paye l’impôt sur les sociétés, la TVA et les différentes taxes locales, ce n’est pas juste et ce n’est pas soutenable.»

Le gouvernement

Arrivé au mitan de son quinquennat, Emmanuel Macron a dit mercredi son souhait de changer de méthode pour être mieux compris des Français, sans forcément changer la composition du gouvernement. «Si je pensais qu’il fallait réorganiser le gouvernement pour porter cet agenda (l’Acte II), je l’aurais fait en avril.»

Il a dit sa «confiance» dans le gouvernement et la majorité: «Ils ont une action responsable, efficace. Ils font des erreurs, on en fait comme tout le monde», a-t-il dit. «Mais ce n’est pas parce qu’on fait des erreurs qu’on a tout mal fait et qu’ensuite il faut changer de stratégie au bout de deux ans.»

«Avoir une majorité claire ne nuit pas pour mener les réformes importantes. Et le gouvernement, de par la Constitution, c’est moi qui le choisis. Les conditions institutionnelles pour mener des réformes ambitieuses en France, comme nous avons à faire en matière de retraites, de PMA… sont réunies.»

La sécurité intérieure

Emmanuel Macron a jugé mercredi qu’il faudrait probablement revoir les méthodes des forces de l’ordre afin de tirer les leçons notamment du mouvement des «Gilets jaunes», qui a donné lieu selon lui à des «blessures inacceptables» tant chez les policiers que chez les manifestants.

«Notre pays a vécu des moments de violence inédits ces derniers mois. Nous avons mobilisé les forces de l’ordre de manière inédite, mais de manière assumée. Elles sont intervenues avec un professionnalisme que je veux saluer. Face à ce degré de violence, nous n’avons pas de victimes à déplorer des forces de l’ordre dans le cadre des «Gilets jaunes». Il y a ce sujet de Nantes où une enquête est menée par la justice en toute indépendance (…) Je me dois aussi de regarder les blessures inacceptables qu’il y a eues, les mutilations, du côté des forces de l’ordre comme du côté de nos concitoyens. Là-dessus, j’ai demandé qu’un bilan soit fait. J’ai entendu aussi le compte rendu fait par le défenseur des droits. Je recevrai les spécialistes et médecins qui ont lancé un appel et m’ont contacté sur ce point.»

Le Figaro.fr par François -Xavier Bourmaud

Les États-Unis vont autoriser la détention illimitée d’enfants migrants

août 21, 2019

 

Le gouvernement de Donald Trump a annoncé mercredi qu’il allait retirer les strictes limites régissant le temps passé en centres de rétention par les enfants migrants, dans le cadre de sa politique de fermeté face à l’immigration clandestine.

Le ministère américain de la Sécurité intérieure a déclaré qu’il mettait fin à une décision judiciaire de 1997, dites «Flores», imposant aux autorités fédérales de ne pas maintenir en détention les enfants plus de 20 jours. Une nouvelle règle, qui doit être mise en oeuvre sous 60 jours, ne limitera plus le temps passé par les enfants ou leurs familles en centres de rétention.

Par Le Figaro.fr avec AFP