Archive for the ‘Politique’ Category

Mali : le gouvernement d’Assimi Goïta affirme avoir déjoué un coup d’État

mai 17, 2022

La tentative de putsch a eu lieu dans la nuit du 11 au 12 mai et a été « soutenue par un État occidental », selon le communiqué de l’exécutif malien.

Le colonel Assimi Goïta, à Bamako, le 18 septembre 2020. © Michele Cattani/AFP

Vingt-et-un mois après avoir renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), la junte d’Assimi Goïta a-t-elle été victime d’une tentative de coup d’État ? C’est ce qu’affirme, ce lundi 16 mai, un communiqué du colonel Abdoulaye Maïga, le porte-parole du gouvernement.

Selon ce texte, les faits remontent à la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 mai et sont imputables à un « groupuscule d’officiers et de sous-officiers anti-progressistes ». Ni leur identité ni leur nombre ne sont donnés mais certains de ces soldats ont été « interpellés et seront mis à la disposition de la justice ».

« État occidental »

Précision d’importance : ces militaires étaient « soutenus par un État occidental », affirme Abdoulaye Maïga, qui assure qu’ils avaient pour but de « briser la dynamique de la refondation » malienne. Aucun pays n’est cité, mais les regards ont de fortes chances de se tourner vers la France dans les prochaines heures.

Hier encore partenaire du Mali d’IBK, Paris est devenu l’ennemi juré du régime d’Assimi Goïta. Vendredi 13 mai, une manifestation appelant à la fin de « la présence militaire française » – prévue pour dans quelques mois – et durant laquelle des slogans de soutien à la junte et à son partenaire russe ont été scandés était encore organisée dans la capitale malienne.

Le gouvernement annonce que « tous les moyens nécessaires ont été déployés » dans le cadre de l’enquête aussitôt diligentée et que les « contrôles aux sorties de Bamako et aux postes frontaliers du Mali » ont été renforcés. La situation « est sous contrôle », assure-t-il.

Avec Jeune Afrique

Canada -Québec-Décès en CHSLD : la coroner écorche des médecins et une PDG de CIUSSS, et épargne Blais

mai 16, 2022

Le directeur de santé publique doit être indépendant du politique, plaide la coroner Kamel, qui écorche sinon la PDG du CIUSSS dont relevait Herron ainsi que des médecins pour leur recours fréquent à la télémédecine, dans son rapport obtenu par Radio-Canada.

La façade du CHSLD Herron, à Dorval.

Des gerbes de fleurs ont été déposées devant le CHSLD Herron. Photo: Radio-Canada/Ivanoh Demers

Lors de son allocution d’ouverture, en février 2021, pour l’enquête publique sur certains des décès survenus dans des CHSLD durant la pandémie de COVID-19, la coroner Géhane Kamel s’était fait la promesse « de formuler des recommandations dans le but d’éviter d’autres décès ».

Après avoir recueilli 220 témoignages factuels et consulté des dizaines de documents, la coroner en formule deux douzaines, tant au gouvernement du Québec qu’au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), aux CISSS et CIUSSS qu’au Collège des médecins du Québec (voir l’encadré plus bas).

La coroner retient d’abord comme leçon de la pandémie que le directeur national de santé publique doit disposer d’une réelle indépendance par rapport au pouvoir, ce qui ne serait pas le cas, estime-t-elle, puisque c’est à titre de sous-ministre qu’Horacio Arruda et Luc Boileau ont tour à tour occupé le poste.

Une de ses premières recommandations, contenue dans le rapport d’enquête dont Radio-Canada a obtenu copie, vise donc à revoir le rôle du directeur national de santé publique afin que ses fonctions soient exercées en toute indépendance et sans contrainte politique.

De l’avis de la coroner, ces deux rôles sont distincts et ne sont peut-être pas compatibles.

Elle en veut pour exemple certaines consignes de la santé publique, en début de pandémie, notamment sur le port du masque qui n’était pas obligatoire en CHSLD.

Son avis aurait-il été le même s’il [Horacio Arruda] n’avait pas eu à s’inquiéter d’une éventuelle rupture de stock? J’ai tendance à croire que non. De là, à mon humble avis, le danger de porter deux chapeaux.François Legault et Horacio Arruda lors d'une conférence de presse.

François Legault et Horacio Arruda lors d’une conférence de presse. Photo : La Presse Canadienne/Jacques Boissinot

Reprenant l’expression chère à l’ex-directeur de santé publique Horacio Arruda sur l’avion qui se bâtissait en plein vol, la coroner affirme qu’un plan de vol, un radar ou d’autres instruments de vol, donnant des informations en temps réel, auraient dû être une priorité absolue [avec] une veille scientifique internationale digne de ce nom.

Dans son rapport, la coroner note également, à plusieurs reprises, l’absence des médecins en CHSLD, les premières semaines de la pandémie, et leur recours fréquent à la téléconsultation.

« Pour un coroner, que de nombreux résidents soient décédés sans avoir eu droit à une visite d’un médecin durant leur ultime maladie est non seulement triste, mais inquiétant. »— Une citation de  Coroner Géhane Kamel

Selon elle, « il est difficilement concevable que des décisions de vie ou de mort aient pu être prises sur la foi d’un relais téléphonique uniquement ».

Des médecins s’étaient par la suite portés volontaires dans les CHSLD, à la mi-avril 2020, après un appel à l’aide du premier ministre.

La coroner en fait une recommandation au Collège des médecins afin de revoir les pratiques médicales individuelles des médecins traitants des CHSLD Herron, des Moulins et Sainte-Dorothée, notamment quant à leur décision de poursuivre les soins en téléconsultation malgré le besoin de soutien et le très grand nombre de décès.

Cette recommandation pourrait ouvrir la porte à d’éventuelles fautes déontologiques pour certains médecins.

La coroner recommande également aux établissements de santé de resserrer l’encadrement nécessaire justifiant le recours aux protocoles de détresse et à la sédation palliative dans un contexte de soins aigus.

Radio-Canada avait fait état en février des dosages potentiellement excessifs liés à des protocoles de détresse respiratoire pour des patients atteints de la COVID-19.La ministre Marguerite Blais en conférence de presse.

La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais Photo : Radio-Canada/Sylvain Roy Roussel

Marguerite Blais épargnée

Un des témoignages attendus durant les audiences fut celui de la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais.

Son témoignage est sans doute celui qui nous a permis de mieux cerner la date à laquelle tous ont vraiment pris la mesure de la crise à venir, soit autour du 9 mars 2020, estime la coroner Kamel. « C’est le témoignage le plus crédible malgré le discours formaté pour la présente enquête. »

Avant le 9 mars, l’implication de la ministre dans la gestion de crise est anecdotique […] une fois mise dans la boucle, l’apport de la ministre et de sa sous-ministre est indéniable, ajoute-t-elle.

Lors de la première vague, près des deux tiers des 5688 décès liés à la COVID-19 avaient eu lieu en CHSLD. La mise au jour par le journaliste de la Gazette Aaron Derfel des nombreux décès au CHSLD privé Herron, le 10 avril, a soulevé l’indignation populaire et mené au déclenchement d’une enquête publique de la coroner.

La PDG du CIUSSS de l’Ouest de Montréal écorchée

À quelques reprises dans le rapport, la PDG du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Lynne McVey, est pointée du doigt pour sa gestion du CHSLD Herron.

La coroner qualifie, par exemple, de disgracieux les reproches de la PDG aux propriétaires du CHSLD d’avoir transféré des résidents en centre hospitalier « alors même que, dans l’urgence, ce geste était le plus sensé si l’on voulait que ces résidents aient une chance de s’en sortir ».

Elle rappelle la désorganisation de l’équipe de gestionnaires du CIUSSS et souligne que la grande majorité des décès se sont produits alors que le CIUSSS assumait déjà la gestion du CHSLD.

La coroner recommande au MSSS qu’il assure une plus grande imputabilité des gestionnaires des CISSS/CIUSSS et du MSSS.

Elle recommande de convertir rapidement les CHSLD privés en CHSLD privés conventionnés afin d’en améliorer le financement.

Le gouvernement Legault jongle avec l’idée depuis plus de deux ans.

Pas de commission d’enquête, mais…

Au fil des audiences de la coroner et des révélations dans les médias, les trois partis d’opposition ont réclamé en bloc en 2021 au gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) la tenue d’une commission d’enquête publique indépendante sur la gestion de la pandémie dans les CHSLD.

La coroner n’en fait pas une recommandation comme telle, mais invite le gouvernement, dans sa conclusion, à faire une rétrospective des événements par le véhicule qu’il jugera approprié portant, entre autres choses, sur la hiérarchisation des décisions, sur l’agilité du système de santé en temps de crise, sur la compréhension et l’exécution des responsabilités au sein des ministères de la Santé, des Aînés et des Proches aidants ainsi qu’au sein des CIUSSS et CISSS.

Un passage dans le rapport salue d’ailleurs le travail local du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec qui a joint chacune des 44 familles touchées par le décès d’un proche au CHSLD Laflèche pour leur offrir soutien et condoléances.

Revoir la formation des infirmières

Autre recommandation au MSSS, revoir les formations techniques afin que les infirmières en CHSLD et, le cas échéant, les infirmières auxiliaires soient en mesure d’effectuer les techniques nécessaires aux soins de base (soins respiratoires, accès veineux et sous-cutanés, utilisation des pompes volumétriques, etc.).

Cette recommandation n’est pas sans rappeler la volonté de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) pour que les prochaines générations de professionnelles en soins obtiennent obligatoirement un diplôme universitaire.

Les 23 recommandations de la coroner Géhane Kamel

Que le gouvernement du Québec :

  • revoie le rôle du directeur national de santé publique afin que ses fonctions soient exercées en toute indépendance et sans contrainte politique;
  • évalue la possibilité de mettre en place un service civique volontaire d’urgence qui serait chapeauté par le ministère de la Sécurité publique, tout comme cela se voit parfois en cas de catastrophe naturelle;
  • revoie rapidement l’offre de service de nos aînés en convertissant tous les CHSLD privés en CHSLD privés conventionnés;
  • augmente l’offre de service pour le maintien à domicile de nos aînés;
  • s’assure d’une politique inclusive en temps de crise pour permettre qu’au moins deux proches aidants puissent visiter la personne hébergée de façon sécuritaire;
  • implante des ratios sécuritaires professionnels en soins/résidents dans les CHSLD;
  • rehausse, lorsque requis, le nombre de gestionnaires en CHSLD pour s’assurer de couvrir tous les quarts de travail (pouvoirs délégués de soir et de nuit);
  • prévoie des discussions avec les instances syndicales afin de revoir ou d’ajouter, le cas échéant, des clauses de convention collective permettant une disponibilité et un délestage accrus du personnel lors d’une urgence sanitaire;
  • planifie les nouvelles infrastructures ou les rénovations des milieux d’hébergement en s’assurant que les milieux puissent répondre aux exigences requises en matière de soins de santé notamment en temps de crise sanitaire;
  • s’assure que les milieux d’hébergement puissent offrir des chambres individuelles aux résidents.

Que le ministère de la Santé et des Services sociaux :

  • introduise le principe de précaution au centre de toute démarche d’évaluation et de gestion des risques;
  • assure une plus grande imputabilité des gestionnaires des CISSS/CIUSSS et du MSSS quant aux soins prodigués aux personnes âgées en perte d’autonomie par le suivi d’indicateurs et une obligation d’intervention en cas problèmes dans la qualité des soins;
  • s’assure de maintenir en tout temps l’approvisionnement nécessaire en équipements de protection en plus de prévoir des réserves pour subvenir aux besoins en cas de crise;
  • définisse quels soins de confort les installations en CHSLD doivent minimalement être en mesure d’offrir;
  • établisse un plan national afin de doter tous les CHSLD des équipements nécessaires pour donner ces soins;
  • revoie les formations techniques afin que les infirmières en CHSLD et, le cas échéant, les infirmières auxiliaires soient en mesure d’effectuer les techniques nécessaires aux soins de base (soins respiratoires, accès veineux et sous-cutanés, utilisation des pompes volumétriques, etc.);
  • développe un outil avec des mises en situation afin que les résidents et/ou leurs tuteurs puissent bien comprendre les implications d’un choix de niveau de soins;
  • assure une gestion dans les CHSLD qui réunisse un gestionnaire responsable, une direction des soins infirmiers et une direction médicale.

Que les CISSS et CIUSSS :

  • assurent dans les CHSLD la présence suffisante d’infirmières spécialisées en PCI afin que celles-ci puissent être présentes dans les opérations quotidiennes et qu’ils en assurent la pérennité;
  • s’assurent de planifier des simulations en lien avec les plans de pandémie de manière triennale;
  • offrent de la formation quant à la tenue des dossiers médicaux et fassent des suivis périodiques;
  • s’assurent de l’encadrement nécessaire justifiant le recours aux protocoles de détresse et à la sédation palliative dans un contexte de soins aigus.

Que le Collège des médecins du Québec :

  • revoie les pratiques médicales individuelles des médecins traitants des CHSLD Herron, des Moulins et Sainte-Dorothée, notamment quant à leur décision de poursuivre les soins en téléconsultation malgré le besoin de soutien et le très grand nombre de décès.

Avec Radio-Canada par Daniel Boily et Davide Gentile

Voici pourquoi le Canada songe à intégrer le bouclier antimissile américain

mai 16, 2022
Un missile dans le ciel avec une traînée de fumée.

Un test de missile intercepteur lancé depuis Hawaï le 3 décembre 2001. L’armée américaine avait alors abattu avec succès une ogive factice sur un missile balistique intercontinental au-dessus de l’océan Pacifique. Photo : Getty Images

Contrairement aux États-Unis, le Canada n’est pas équipé pour intercepter des missiles. Et si Vladimir Poutine devait envoyer un missile intercontinental en notre direction, les Américains ne seraient pas obligés de nous défendre.

La raison en est simple : le Canada n’a jamais adhéré au programme de défense antimissile américain. Mais l’invasion de l’Ukraine par la Russie change la donne et amène Ottawa à réévaluer sa politique en matière de défense intercontinentale, y compris sa position à propos du bouclier antimissile américain.

En début de semaine dernière, la ministre de la Défense Anita Anand avait dit réfléchir à l’opportunité pour le Canada de se joindre aux États-Unis pour se défendre contre les missiles balistiques intercontinentaux. Le premier ministre Justin Trudeau a tempéré ses propos vendredi : Notre position au niveau de la défense des missiles balistiques n’a pas changé, a-t-il assuré, tout en admettant prévoir discuter de la meilleure façon de moderniser le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD).

« De la haute voltige technologique »

La technologie du bouclier antimissile a été déployée sous George W. Bush peu après les attentats du 11 septembre 2001. Le président américain s’était inspiré d’un ambitieux projet mort-né d’un de ses prédécesseurs, Ronald Reagan. Celui-ci avait eu l’idée, dans les années 1980, de créer un bouclier au-dessus des États-Unis avec des missiles intercepteurs qui auraient été installés dans l’espace à bord de satellites.

Le projet [de Ronald Reagan] n’a jamais vu le jour parce que, techniquement, ce n’était pas faisable à l’époque. Cela aurait été beaucoup trop coûteux : on ne pouvait pas le réaliser. Mais l’idée a germé, relate Jonathan Paquin, professeur de science politique à l’Université Laval.

Après la destruction des tours jumelles à New York, le président Bush a décidé d’aller de l’avant avec un projet similaire mais qui devait comporter des missiles intercepteurs installés au sol et à bord de navires dans l’Atlantique et dans le Pacifique plutôt que dans l’espace.Un test de missile dans le Pacifique.

Sur cette image fournie par la marine américaine, on peut voir un test de missile effectué dans le Pacifique, près de Hawaï, en 2005. Photo : Getty Images/U.S. Navy

Au sol, on trouve ces intercepteurs sur la côte est des États-Unis, tout particulièrement à Cape Cod, dans le Massachusetts, ainsi que dans l’ouest, en Californie, selon M. Paquin. Il n’y en a pas au Canada.

Ces missiles intercepteurs fonctionnent de pair avec un système de satellites radars. Si un missile ennemi conventionnel était lancé vers le continent nord-américain, un radar le détecterait, estimerait son point d’impact et déclencherait, au besoin, le tir d’un missile intercepteur pour le détruire en vol.

« C’est un peu comme si les Américains avaient mis au point un programme militaire qui permettrait, avec une balle de fusil, de frapper une autre balle de fusil en plein vol. C’est de la haute voltige technologique et c’est extrêmement coûteux. »— Une citation de  Jonathan Paquin, professeur de science politique à l’Université Laval

Comme les États-Unis formaient déjà une alliance de défense intercontinentale avec le Canada depuis la guerre froide, le NORAD, les Américains ont rapidement consulté Ottawa à savoir s’il accepterait de participer au bouclier antimissile.

Or, pour des raisons politiquesle gouvernement libéral de l’époque avait décidé de ne pas investir dans le réseau de radars terrestres et maritimes.

En 2005, Paul Martin était à la tête d’un gouvernement minoritaire. Et l’aile québécoise du Parti libéral du Canada était en partie contre l’intégration du bouclier antimissile. On estimait que ça allait participer à la croissance des tensions internationales et que ça allait peut-être mener à la militarisation de l’espace. […] Paul Martin a donc cru bon de simplement dire non aux Américains pour ne pas envenimer la situation au sein de son parti afin de remporter une élection majoritaire… ce qu’il n’a pas réussi à obtenir, au final, rappelle Jonathan Paquin.

Participation indirecte

Cette décision a déplu au président George W. Bush, mais le Canada et les États-Unis en sont tout de même arrivés à une entente satisfaisante – à l’époque – pour les deux parties.

Même si les États-Unis auraient préféré intégrer le bouclier antimissile aux dispositifs du NORAD, ils ont décidé de le piloter seuls et se sont assurés de pouvoir tout de même utiliser les informations transmises par le Canada.

Et c’est là qu’il y a une nuance importante, insiste Jonathan Paquin : en effet, le Canada a accepté, dans le cadre d’un accord avec les Américains, de transférer les informations qui lui parviendraient depuis des satellites sur la détection de missiles à une autre unité, le Commandement Nord des États-Unis.

Puisque le Canada ne fait pas partie du bouclier antimissile, les États-Unis ont le pouvoir de décider seuls de tirer ou non un intercepteur pour faire exploser un missile en plein vol.

Donc, le Canada n’est pas officiellement membre du bouclier antimissile, mais puisque nous jouons un rôle important dans la phase de détection des missiles au sein du NORADCommandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord et que nous refilons ces informations-là au US Northern Command, eh bien, nous participons au dispositif de défense américain, qui peut mener les Américains à employer le bouclier antimissile, explique M. Paquin.

« S’il devait y avoir un missile au-dessus de l’Amérique du Nord, les Canadiens et les Américains détecteraient l’info au sein du NORADCommandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, mais les Canadiens ne pourraient pas prendre la décision à savoir si on l’intercepte, parce qu’on ne fait pas partie du programme, on n’a pas payé pour ça. Et il n’y a pas d’intercepteurs sur le territoire canadien. »— Une citation de  Jonathan Paquin, professeur de science politique à l’Université Laval

Encore une fois, il y a fort à parier que les Américains tenteraient d’intercepter tout ce qui s’approcherait du territoire nord-américain, parce que imaginez s’il devait y avoir une explosion majeure sur une grande ville canadienne! Nos économies sont interreliées, nous sommes des partenaires, des alliés. Donc, un missile en direction du Canada serait probablement vu, par Washington, comme un missile en direction du continent nord-américain et donc des États-Unis. Mais on n’en a pas la garantie, on n’en a pas la certitude, ajoute le professeur de l’Université Laval.

Une participation d’Ottawa au bouclier antimissile américain pourrait se traduire par l’installation de missiles intercepteurs terrestres et maritimes sur le territoire et dans les eaux territoriales du Canada, tout particulièrement dans le Grand Nord. Les Américains ont l’Alaska, mais des missiles intercepteurs dans le nord du Canada permettraient de gagner en vitesse pour ce qui est de l’interception possible d’un missile en provenance de la Russie, par exemple.Une carte sur laquelle apparaissent le pôle Nord, le Canada et la Russie.

À vol d’oiseau, la distance entre la Russie et le Nord canadien est de 6654 kilomètres. Photo: Istock/Peterhermesfurian

Ottawa pourrait également, selon M. Paquin, conclure une entente avec Washington qui n’inclurait pas l’installation d’intercepteurs au Canada mais qui comprendrait des investissements pour la modernisation des lignes de radar et des satellites.

À l’heure actuelle, le NORADCommandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord ne peut pas détecter l’arrivée de missiles hypersoniques [que possède la Russie, NDLR] parce nos systèmes de radar sont désuets. Donc, il faut les moderniser.

Déjà, en 2014, un rapport du Comité permanent de la défense nationale avait recommandé à l’unanimité à Ottawa de participer au bouclier antimissile américain. Or, dans sa politique de défense publiée en 2017, le Canada n’avait toujours pas pris de décision à cet effet, souligne M. Paquin.

Si le comportement du régime Poutine et les déclarations agressives du Kremlin ne convainquent pas aujourd’hui le gouvernement canadien d’intégrer le bouclier antimissile, je ne vois pas très bien ce qui pourrait le convaincre.

Avec Radio-Canada par Marie-Ève Arsenault

Nigeria : un présidentiable marié à une fillette de 13 ans

mai 16, 2022

Sani Yerima, ancien gouverneur de Zamfara qui vient de se lancer dans la course à la magistrature suprême, a justifié son union avec une enfant sur Channels TV cette semaine.

Les féministes considèrent que les unions avec des enfants sont implicitement légitimées au Nigeria. © Damien Glez

Dans la perspective du scrutin pour la magistrature suprême de 2023, c’est la foire d’empoigne avant la foire d’empoigne, le dévoilement des ambitions – ou des renoncements, comme celui de Goodluck Jonathan – avant la campagne électorale. Avant que les partis politiques puis les autorités ne se prononcent sur la validité de chaque candidature, les parcours professionnels et les vies privées des « candidables » sont passés à la moulinette des médias et de l’opinion. Début mai, Sani Yerima informait de son ambition présidentielle le chef de l’État sortant, Muhammadu Buhari, auquel il avait concédé, en 2007, le flambeau de leur formation, le All Nigeria Peoples Party (ANPP).

Promoteur de la charia

Aujourd’hui âgé de 61 ans, l’ancien gouverneur de l’État nordiste de Zamfara remet le couvert après douze ans passés au Sénat. Resté célèbre pour avoir été le premier à promouvoir le système de la charia dans la zone qu’il gouverna entre 1999 à 2007, il est interrogé en particulier sur son expérience dans l’application du droit musulman. Lors d’une émission diffusée la semaine dernière sur Channels TV, le candidat à la candidature a eu à s’expliquer sur son choix d’épouser, en 2009, une Égyptienne de 13 ans.

Pas déstabilisé pour deux sous, le politicien est resté droit dans les bottes qu’il avait enfilées il y a bien des années. Lui qui considérait, en 2013 sur la même chaîne de télévision, que « la maturité pour le mariage était déterminée par les parents de la fille », s’est cette fois arc-bouté sur des considérations légales. « Il n’y a pas de loi au Nigeria qui détermine quand et comment vous vous mariez. Les musulmans ont la charia. Les chrétiens, je ne sais pas. » Et d’ajouter, stoïque : « Si j’avais fait quelque chose de mal, j’aurais été traduit en justice. »

Mariage avec des enfants légitimés

Certes, les militants des droits de l’enfant s’étaient insurgés lors de son mariage. Certes, le comité sénatorial chargé de la révision de la Constitution avait suggéré, en 2013, que soit supprimé un article indiquant que « toute femme mariée est réputée être majeure », entorse au fait que « le terme majeur désigne l’âge de 18 ans et plus ». Mais la recommandation n’avait pas obtenu le nombre de voix requis par la Constitution pour être validée…

Si l’article incriminé concerne la renonciation à la citoyenneté et non la définition formelle de l’âge minimum du mariage, les féministes considèrent que les unions avec des enfants sont implicitement légitimées au Nigeria. Le hashtag #ChildNotBride (« enfant pas mariée ») a été lancé, ainsi qu’une pétition en ligne, à l’ONU, qui a recueilli plus de 20 000 signatures. Sans succès majeur : seuls 23 des 36 États du Nigeria ont adopté la loi de 2003 sur les droits de l’enfant qui fixe l’âge du mariage à 18 ans.

Sani Yerima a pu profiter de cette faille légale pour épouser une fille de 13 ans. Reste à savoir si sa réputation l’empêchera d’obtenir l’investiture de son parti pour la présidentielle…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

De la Crimée à la Transnistrie : jusqu’où ira Vladimir Poutine?

mai 15, 2022

La petite enclave séparatiste de Transnistrie, en Moldavie, pourrait être entraînée dans la guerre entre l’Ukraine et la Russie.

Un point de contrôle sur une route.

Les points de contrôle se sont multipliés sur la route menant à Tiraspol, la capitale de la Transnistrie. Photo : Radio-Canada/Alexey Sergeyev

C’est plutôt tendu au poste de contrôle que nous avons choisi pour traverser de la Moldavie vers le territoire de la Transnistrie, tout près de l’Ukraine en guerre.

Il y a des sacs de sable, des blocs de béton pour ralentir les automobiles et beaucoup plus de soldats que d’habitude, nous dit-on.

La petite enclave séparatiste prorusse de la Moldavie est en état d’alerte depuis la fin du mois d’avril. La sécurité a été renforcée à tous les points d’entrée après une série d’explosions mystérieuses, dont deux survenues pas plus tard que samedi de la semaine dernière, près de la capitale Tiraspol.

Personne n’a été blessé, bien que deux tours de transmission radio aient été endommagées, ainsi qu’un immeuble du ministère de la Sécurité.

Qui se cache derrière ces attaques, qui ont toutes les allures d’une provocation et d’un coup monté?

Moscou crie au terrorisme et blâme l’Ukraine voisine. Kiev, de son côté, blâme le Kremlin et l’accuse de vouloir déstabiliser la région.

Nous avons finalement réussi à négocier la permission d’entrer à titre de touristes, libres de nous promener et d’explorer.

Au-delà des barrages, c’est le calme plat. Le premier village que nous croisons respire la tranquillité.

Dima, un père de famille, racle la terre de son jardin avec ses deux petits. C’est calme, en effet, dit-il, mais on a peur, ajoute-t-il en pointant vers la gauche.

L’Ukraine est à deux kilomètres et ils sont nazis. Ils peuvent nous attaquer à tout moment; ils l’ont déjà fait il y a quelques semaines.

Sa source? La télévision russe et le bouche-à-oreille.

Comme beaucoup d’autres russophones en Transnistrie, Dima est fidèle aux nouvelles de Moscou. La propagande russe fait partie du quotidien en Transnistrie, et ce, en dépit des sources d’information disponibles, telles que les chaînes ukrainiennes et françaises.Une femme devant un poste de télévision.

Maria est convaincue que c’est l’Ukraine qui prépare une attaque contre la Transnistrie. Photo : Radio-Canada/Alexey Sergeyev

La voisine de Dima, Maria, est une femme à la retraite dotée d’un franc-parler certain et qui nous ouvre la porte sans aucune hésitation.

Ce sont eux qui s’entretuent, dit-elle des Ukrainiens en regardant la télévision. Elle ne jure que par les nouvelles de la Russie.

« Évidemment, la Russie nous nourrit, la Russie nous traite bien; nous sommes des amis depuis l’ère soviétique. »— Une citation de  Maria

Voisine de l’Ukraine, la Moldavie craint d’être entraînée dans la guerre

Le reportage de Tamara Alteresco

Sécession de la Transnistrie et influence russe

La Transnistrie a fait sécession de la Moldavie en 1992, lors d’une guerre de quatre jours qui a fait 1000 morts. Depuis ce conflit, cependant, Moldaves et habitants de la Transnistrie cohabitent en paix.

L’autonomie de la Transnistrie n’a jamais été reconnue, pas plus par la communauté internationale que par la Russie.

Mais c’est en bonne partie grâce à l’aide de Moscou que le petit territoire de 500 000 habitants survit depuis 30 ans. Plus de 1500 soldats y sont en poste à longueur d’année, sous l’égide d’une mission de paix.Statue de Lénine à Tiraspol.

La statue de Lénine veille sur Tiraspol, ville aux accents soviétiques immanquables. Photo : Radio-Canada/Tamara Alteresco

La capitale, Tiraspol, est à l’image des vieilles villes soviétiques, avec sa statue de Lénine figée dans le temps.

Nous y étions à la veille des célébrations du jour de la Victoire du 9 mai, le week-end dernier. Il faisait beau et chaud; les familles se baladaient sur la grande place centrale de la ville.

Difficile d’imaginer la guerre s’étendre jusqu’ici, et encore moins de voir ces hommes, crème glacée à la main ou bébé dans les bras, prendre les armes pour se joindre à la guerre de Vladimir Poutine.

Il n’y a pas de « Z » ici – ce symbole de soutien à l’intervention militaire russe en Ukraine –, comme c’est le cas dans l’espace public en Russie. Cependant, on trouve beaucoup de couronnes de fleurs au pied des statues des soldats.Un parc de Tiraspol.

Des familles se promènent au centre-ville de Tiraspol. Photo : Radio-Canada/Tamara Alteresco

Souhaiter la paix

La majorité des gens qui ont accepté de nous parler nous ont dit qu’ils veulent la paix, chez eux comme en Ukraine.

On est bien ici , on ne veut pas s’impliquer, dit Galina, une femme de 60 ans qui fait sa balade quotidienne dans un parc de Tiraspol.

L’idée d’être entraînée dans le conflit l’effraie, mais elle est consciente du risque, puisqu’Odessa n’est qu’à 100 kilomètres et est l’une des cibles de l’armée russe.

La possibilité que Vladimir Poutine se serve de la Transnistrie pour déstabiliser la Moldavie et y ouvrir un nouveau front inquiète de plus en plus Washington, l’Europe et l’ONUOrganisation des Nations unies.

Ces craintes ont été amplifiées il y a quelques semaines lorsque le général Roustam Minnikhanov, un haut gradé de l’armée russe, a déclaré qu’une des motivations de « l’opération spéciale » dans le sud de l’Ukraine était d’ouvrir un corridor vers la Transnistrie.

« Le contrôle du sud de l’Ukraine permettrait d’établir un couloir vers la Transnistrie, où on observe également des cas d’oppression de la population russophone. »— Une citation de  Le général Roustam Minnikhanov

Pour Galina, cependant, il n’est pas question d’oppression. La sexagénaire estime par contre que l’Ukraine est une menace. Elle est convaincue que c’est l’Ukraine qui a perpétré les attaques survenues depuis le 25 avril, même si elle n’en a pas la preuve.

Distraction, ou prétexte pour envahir la Moldavie?

Parmi les scénarios évoqués par des observateurs, il y a la possibilité que le Kremlin reconnaisse enfin l’autonomie de la Transnistrie, comme il l’a fait pour les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk quelques jours avant d’envahir l’Ukraine.

Un tel geste donnerait à la Russie la légitimité d’y envoyer des troupes supplémentaires et de l’artillerie afin d’attaquer Odessa depuis l’ouest.

Mais comment? se demande l’analyste politique moldave Victor Ciobanu.

C’est quasi impossible, puisque Moscou aurait besoin de parachuter des milliers de soldats en Transnistrie, en traversant une partie de l’espace aérien de l’Ukraine depuis la Crimée, affirme M. Ciobanu.

Victor Ciobanu est d’autant plus convaincu que la population russophone de Transnistrie n’a aucun appétit pour s’engager dans le conflit, affirme-t-il.

« Ils ont fait la queue pour se procurer des passeports moldaves et roumains; c’est phénoménal et cela en dit long; cette population ne veut pas s’impliquer. »— Une citation de  Victor Ciobanu, analyste politique

S’il existe un danger, selon lui, c’est que Vladimir Poutine se serve de la Transnistrie pour envahir la Moldavie. C’est possible, mais certainement pas imminent, dit-il.

Victor Ciobanu et plusieurs observateurs que nous avons consultés ne jugent un tel scénario plausible que si Vladimir Poutine opte pour la mobilisation générale des Russes afin d’avancer vers Odessa.

Si le dirigeant russe réussit à mobiliser de 200 000 à 500 000 soldats, on peut appréhender ce genre d’escalade et une menace sérieuse, mais pour l’instant, ce corridor terrestre ne lui est pas acquis, loin de là, affirme encore l’analyste.

Craintes onusiennes

De passage lundi à Chișinău, la capitale moldave, le secrétaire général des Nations unies n’a pas caché son inquiétude.

La Moldavie est le voisin le plus fragile de l’Ukraine et les conséquences de l’invasion russe sont trop effrayantes à envisager, a déclaré Antonio Guterres lors d’un point de presse conjoint avec la première ministre moldave.

La Moldavie n’est pas membre de l’OTANOrganisation du traité de l’Atlantique nord et, contrairement à l’Ukraine, elle n’a qu’une toute petite armée d’environ 7800 soldats pour se défendre en cas d’agression.

L’Union européenne, auprès de laquelle la Moldavie a présenté une demande d’adhésion, s’est engagée le 4 mai à lui fournir davantage de soutien militaire, dans les circonstances. Mais la présidente de la Moldavie, Maia Sandu, opte pour la prudence et a lancé un appel au calme.

Depuis qu’elle a été élue avec un programme pro-européen en décembre 2020, Mme Sandu a réussi à maintenir une certaine neutralité face à la Russie, dont la Moldavie dépend pour son approvisionnement en gaz.

La guerre en Ukraine ne cesse cependant de tester les limites de cette neutralité.

Ce que le gouvernement redoute pour le moment, c’est la montée des tensions causées par divers groupes en Transnistrie qui ont intérêt à déstabiliser le gouvernement, a déclaré la présidente Sandu.

Mais au dire de Washington, l’enjeu serait plus vaste­. Nous évaluons que le président Poutine se prépare à un conflit prolongé en Ukraine au cours duquel il a toujours l’intention d’atteindre des objectifs au-delà du Donbass, en évoquant son désir d’établir un pont terrestre de la Crimée à la Transnistrie, a fait savoir l’administration Biden.

Se préparer à l’exil

En sortant de la Transnistrie, côté moldave, nous parlons avec Nikolai, un homme de 18 ans.

Il est venu de Tiraspol déposer de l’argent à la banque, car il songe à partir le plus loin possible, comme l’ont fait des centaines de son âge depuis le début du printemps.

Selon Nikolai, les forces séparatistes prorusses ont déjà commencé à recruter des hommes en Transnistrie, bien que nous n’ayons pas pu confirmer le tout auprès de dirigeants du territoire séparatiste.

C’est très stressant, dit-il. Je ne veux pas me battre. Ni contre les Ukrainiens ni contre les Moldaves, avec qui il cohabite en paix depuis sa naissance.

Au garage à côté de la banque, lluri nous accoste, souriant et curieux de voir des Canadiens. La priorité, pour l’instant, c’est de continuer d’armer l’Ukraine, comme le font les Canadiens et les pays civilisés, dit-il.

Si l’armée ukrainienne résiste et gagne la guerre, les Moldaves seront protégés, c’est garanti.

Et sinon?

La femme d’Iluri, Ludmila, fond en larmes. Elle est ukrainienne et inconsolable. Elle refuse d’envisager une défaite de son pays. C’est hors de question, vous comprenez, hors de question.Ludmila.

Ludmila est inconsolable depuis que la guerre a éclaté dans son Ukraine natale. Photo : Radio-Canada/Tamara Alteresco

Je vis ici, mais mon cœur est là-bas, dit-elle en pointant vers l’Ukraine.

Odessa est si proche que le 24 février au matin, ils ont tous les deux entendu les premiers bombardements de l’armée russe. Et avec chaque bombe qui tombe dans le sud de l’Ukraine, la guerre se rapproche d’eux.

Ludmila sort son bandera, un instrument à cordes de l’Ukraine, et nous offre un spectacle improvisé. C’est avec la musique qu’elle se calme, ces jours-ci.

Avant que la guerre éclate, elle travaillait pour une chorale en Transnistrie, mais elle refuse d’y remettre les pieds depuis que son patron lui a dit que l’Ukraine méritait ce qui lui arrive.

Ludmila affirme que sa fille de 12 ans lui demande souvent, depuis que la guerre a commencé : Pourquoi, maman, un pays grand comme la Russie aurait besoin de l’Ukraine et de la petite Moldavie?

Les semaines passent, la guerre continue et Ludmila ne sait toujours pas quoi lui répondre.

Radio-Canada par Tamara Alteresco

En Guinée, les manifestations politiques désormais « interdites »

mai 15, 2022

La junte au pouvoir en Guinée a annoncé l’interdiction des manifestations politiques de rue, deux jours après l’adoption par l’organe législatif qu’elle a mis en place d’une transition de trois ans avant le retour des civils au pouvoir.

Mamadi Doumbouya après une rencontre avec des représentants de la Cedeao, à Conakry, le 10 septembre 2021. © Sunday Alamba/AP/SIPA

« Toutes manifestations sur la voie publique, de nature à compromettre la quiétude sociale et l’exécution correcte des activités contenues dans le chronogramme (de transition) sont interdites pour l’instant jusqu’aux périodes de campagne électorale », écrit le Comité national du rassemblement pour le développement (CNDR), dans un communiqué publié dans la soirée du vendredi 13 mai.

« Pour mener à bien le chronogramme de la transition et de la politique de refondation enclenchés depuis le 5 septembre 2021 (date du renversement du président Alpha Condé, ndlr), le CNRD invite l’ensemble des acteurs politiques et sociaux à circonscrire aux sièges de leurs formations toute forme de manifestation ou regroupement à caractère politique », affirme le communiqué du CNRD.

Transition de trois ans

L’organe principal de la junte, dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya, « réitère à l’opinion nationale et internationale qu’il n’est ni candidat à une élection, ni proche d’un parti politique ». Il prévient que « tout manquement » aux décisions annoncées vendredi « entraînera pour leurs auteurs des conséquences de droit ».

Le Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif mis en place par la junte, a fixé mercredi à trois ans la durée de la transition avant le retour des civils au pouvoir. Cette décision du CNT, qui fait office de Parlement de transition, doit être validée par le colonel Dombouya à une date non précisée. Une coalition formée du parti de l’ex-président Alpha Condé et de formations de l’opposition sous le pouvoir de ce dernier a dénié à l’organe législatif la prérogative de fixer la durée de la transition.

En septembre, après le putsch contre le président Condé, la Cedeao avait « insisté pour que la transition soit très courte », et que des élections soient organisées dans un délai ne dépassant pas « six mois ». L’organisation ouest-africaine a suspendu la Guinée après le putsch du 5 septembre et lui a imposé des sanctions à la suite du refus de la junte de se conformer à ses exigences.

Jeune Afrique avec AFP

Maroc, Sénégal, Gabon… Qui sont les champions africains de la finance verte ?

mai 14, 2022

Dans une nouvelle étude, la Banque africaine de développement (BAD) distingue sept pays africains pionniers en matière de croissance verte et de financement climatique.

Dans une pépinière, à Buee, dans le sud de l’Éthiopie, en juin 2020. © Michael Tewelde/AFP

Alors que le débat sur la dette africaine fait rage, la Banque africaine de développement (BAD) a, dans une étude publiée à la fin de janvier et qui vient d’être rendue publique, évalué les nouveaux mécanismes de financement d’une croissance soucieuse de la préservation de l’environnement.

Intitulée « Croissance verte en Afrique », cette étude, menée conjointement avec l’Institut mondial de la croissance verte (GGGI), présente une cartographie des pays selon leur degré d’avancement en matière de projets verts (énergies renouvelables, parcs éco-industriels, etc.). Elle désigne des pionniers en matière de croissance verte et, surtout, de finance climatique.

  • Kenya et Rwanda, deux grands leaders

Parmi ceux qui sortent du lot, le Kenya, dont le leadership en matière de croissance verte découle d’un changement institutionnel efficace. Le Rwanda, qui, lui, a mobilisé 160 millions de dollars par le biais du Fonerwa – un fonds par lequel le financement environnemental et climatique est acheminé, décaissé et suivi –, démontre que le financement de la croissance verte peut être stimulé par un mécanisme de lutte contre le changement climatique.

Bien que la création d’emplois dans les secteurs dits verts ne soit pas systématiquement suivie au niveau national, le Fonerwa estime avoir contribué à en créer 144 858, est-il écrit dans le rapport de la BAD.

  • Maroc, Tunisie et la part des énergies renouvelables

L’étude relève que, tout comme la Tunisie, le Maroc a atteint 100% d’accès à l’électricité, ce qui se traduit par une consommation par habitant relativement élevée dans ces deux pays.

Le Gabon, où la forte consommation d’électricité provient des citadins nantis (40% des populations rurales n’ont pas accès à l’électricité) est également dans cette catégorie. Au Gabon, au Kenya, au Rwanda et au Mozambique, la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité est importante (entre 60% et 90%) en raison du poids de l’hydroélectricité.

  • L’exemple éthiopien

L’Éthiopie, qui tente de jeter les bases d’une industrie verte par le biais d’un parc éco-industriel, fait également office de pionnier en matière de financement de la croissance verte, souligne le rapport. Grâce à de « bonnes pratiques de gestion des terres », ce pays a inversé la courbe de la dégradation du couvert végétal, qui est passé de 5% en 2010 à 13 ou 15% trois ans plus tard. Ce qui représente une contribution monétaire d’environ 27 milliards de birr, soit 520 millions de dollars selon le cours actuel.

L’expérience éthiopienne suggère, précise le rapport, que la réussite de la croissance verte dépend en partie de l’adoption et du respect d’un processus de planification ancré localement. En Tunisie, un mécanisme de financement innovant a produit des résultats probants dans le secteur des chauffes-eau solaires grâce au programme Prosol, censé lutter contre la déforestation.

Le mécanisme financier Prosol a été lancé entre 2005-2009 afin d’installer 300 000 m2 de capteurs solaires pour développer le marché des chauffes-eau dans le secteur résidentiel.

  • Lutte contre la déforestation : le label gabonais

Enfin, le Gabon comme le Mozambique constituent des modèles dans la lutte contre la déforestation, en vue d’assurer une croissance verte. L’annulation de l’exploitation forestière sur 1,3 million d’hectares, notamment dans les sanctuaires et les parcs nationaux, ainsi que l’interdiction d’exporter du bois non transformé ont entraîné une baisse de 50% de l’exploitation forestière.

Recouvert à 98% de forêt tropicale, le pays, qui exploitait 3,5 millions de mètres cubes de bois par an il y a quinze ans, a ramené ce seuil à 1,5 million de m3. Libreville a d’ailleurs demandé à toutes les sociétés forestières présentes sur son sol de se conformer au Forest Stewardship Council (FSC), un label qui promeut une gestion durable de la forêt.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly

Centrafrique : la BAD suspend toutes ses activités dans le pays

mai 13, 2022

La Banque africaine de développement (BAD) a suspendu toutes ses activités en République centrafricaine, selon des informations rendues publiques par des médias locaux, le 10 mai.

Une série de réunions avec les autorités centrafricaines a été organisée. Au menu des échanges, les différentes prises de position officielles des autorités centrafricaines vis-à-vis des institutions financières régionales et africaines. En un mot, l’adoption de la cryptomonnaie comme une monnaie légale en République centrafricaine serait la principale cause de cette crispation.

Pour la BAD, il est pratiquement impossible de travailler dans de telles conditions. En d’autres termes, toutes les activités financées par la BAD en République centrafricaine n’ont plus d’issues et sont simplement suspendues jusqu’à nouvel ordre.

C’est le cas du projet d’appui à la modernisation de l’aéroport international de Bangui Mpoko, financé à hauteur de 11 millions d’euros par la BAD. Les travaux de ce projet sont d’ores et déjà suspendus. De même que ceux du projet de développement du corridor de transport multimodal Pointe-Noire-Brazzaville-Bangui-N’Djamena, financés aussi par la BAD à hauteur de plus de 60 milliards FCFA.

D’autres projets financés par cette banque en Centrafrique sont également suspendus. Pour cette institution financière africaine, « l’Etat centrafricain est déjà en faillite. Donc il est plus que nécessaire de revoir les choses et demander à l’État centrafricain plus de garanties quant au remboursement des fonds alloués ».

Rappelons que récemment, le ministre des Finances, Hervé Ndoba, avait jugé « très alarmant l’état des finances publiques » et annoncé en même temps des coupes de 40 à 60% dans le budget de certains ministères.

« Cette annonce du premier comptable public centrafricain, associée à l’adoption du Bitcoin par le président Faustin Archange Touadera comme monnaie légale dans le pays, oblige les autres Etats de l’union monétaire avec le pays à prendre leur distance, s’apparentant, sans doute, à une déclaration de faillite », estiment les experts.

Avec Adiac-Congo par Yvette Reine Nzaba

Émirats arabes unis : décès du président Khalifa Ben Nahyane Al Nahyane

mai 13, 2022

Âgé de 74 ans, l’émir d’Abou Dhabi et président des Émirats arabes unis s’est éteint ce 13 mai

Khalifa Ben Zayed Al Nahyane. © DR

Le président des Émirats arabes unis et émir d’Abou Dhabi, Khalifa Ben Zayed Al Nahyane, est décédé ce 13 mai, a annoncé le ministère émirati des Affaires présidentielles. Un deuil national de quarante jours sera observé dans le pays. Demi-frère de Mohammed Ben Zayed Al Nahyane (MBZ), désormais émir d’Abou Dhabi, il était président depuis 2004 et la mort de son père, Zayed Ben Sultan Al Nahyane, fondateur de l’État émirati en 1971.

Doté d’une fortune estimée par Forbes à près de 20 milliards de dollars – ce qui en faisait le deuxième homme le plus riche du Golfe –, il a largement laissé les rênes de l’État à son frère, « MBZ », depuis son accident vasculaire cérébral en 2014.

Soft power

Sous son règne, les Émirats arabes unis se sont installés comme une puissance régionale importante, notamment sur le plan militaire. C’est également lui qui a initié une politique de soft power mondial à travers ses investissements dans le monde du sport et du football.

Son fonds d’investissement Abu Dhabi United Group est ainsi devenu l’actionnaire majoritaire du club anglais de Manchester City en 2008.

Avec Jeune Afrique par Jihâd Gillon

Congo-Commémoration : Pointe-Noire fête ses cent ans

mai 12, 2022

Pour marquer le début de la célébration du centenaire de la capitale économique du Congo, un colloque scientifique international, placé sur le thème «Pointe-Noire, des origines à aujourd’hui», a été ouvert par le Premier ministre,  Anatole Collinet Makosso, le 11 mai dans la salle de conférence de la direction générale du Port autonome de Pointe-Noire (PAPN). Les assisses qui réunissent des experts et universitaires nationaux et internationaux prendront fin le 13 mai.

-Vue de la mairie de l’hôtel de ville de Pointe-Noire

Membres du gouvernement, autorités locales, élèves et étudiants ont pris part à la grande cérémonie, après avoir été reçus à l’esplanade de la direction du PAPN par des sons de musique et des chants des groupes locaux qui ont donné une couleur festive au colloque qui annonce le début de la célébration du centenaire de Pointe-Noire. Le colloque permet de scruter « Pointe-Noire, des origines à aujourd’hui», comme l’indique son thème. Plusieurs détails sur l’historique de la ville sont ressortis dans les interventions d’Anatole Collinet Makosso; Jean François Kando, député maire, président du Conseil départemental et municipal de Pointe-Noire; Jean Luc Mouthoud, président du comité d’organisation; et Yolande Borton Ofouémé, présidente du comité scientifique du colloque.

Surnommée «Ponton la belle», Pointe-Noire (encore appelée Ndji-Ndji), ancien village des pêcheurs vilis, et encore simple district en 1921, fut créée le 11 mai 1922 par un décret marqué du sceau de Victor Augagneur, gouverneur général de l’Afrique équatoriale française. Ancien chef lieu de la région du Kouilou, la ville doit son développement à la construction du port et de la voie ferrée la reliant Brazzaville, sur la rive droite du fleuve Congo. Au fil du temps, la capitale économique du Congo a connu un essor économique et industriel mais,son extension s’est faite sans maîtrise de la gestion foncière. Ce qui fait qu’aujourd’hui la ville est confrontée à diverses difficultés, entre autres, en matière de gestion urbaine, foncière et environnementale, de préservation des ressources de la mer, de pollution liée à l‘exploitation des hydrocarbures, a souligné Jean Luc Mouthoud. Beaucoup d’enjeux et de défis à relever  

D’où l’organisation de ce colloque scientifique international par le groupe interdisciplinaire de recherches et d’études urbaines en collaboration avec le laboratoire de géographie, environnement et aménagement de la Faculté des lettres, arts et des sciences humaines et l‘Université Marien-Ngouabi. L’événement, a indiqué Jean François Kando, sera «une grande messe à travers laquelle Pointe-Noire va revisiter son histoire et se projeter sur son avenir à court-moyen et long terme».

Le colloque permettra donc d’envisager la nouvelle ville de Pointe-Noire. «La nouvelle ville de demain ne consistera pas à l’abandon de la ville actuelle mais plutôt à sa restructuration en profondeur pour aboutir vers l’éradication de toutes les poches de pauvreté urbaines identifiées», a expliqué Jean François Kando. Pour  Yolande Borton Ofouemé : «La ville de Pointe-Noire de demain est celle de la décentralisation qui lui donnera, grâce à son double statut de département et de commune, toutes les chances de se développer de façon durable. Le président de la République Denis Sassou N’Guesso s’engage à donner plus de moyens pour propulser les actions de la décentralisation sur tout le territoire national. C’est un espoir pour Pointe-Noire».

L’espoir de Pointe-Noire, c’est aussi la municipalisation accélérée additionnelle, évoquée par le Premier ministre Anatole Collinet Makosso, que la ville bénéficie et qui sera lancée dans les jours qui viennent. Une municipalisation qui contribuera à l’arrimer à la modernité et à lui doter de nouvelles infrastructures de qualité pour l’amélioration des conditions de vie de la population.  

Le Premier ministre, après avoir a rendu un hommage aux hommes qui ont forgé l’histoire de Pointe-Noire, a vanté la beauté et les qualités de cette ville, en la personnifiant à travers des mots d’amour et de reconnaissance très ovationnés. «Pointe-Noire, nous allons te rendre encore plus belle à l’occasion de ton centenaire, nous allons te revêtir de ta plus belle robe et de tes plus belles parures pour que tu sois aussi belle que tu l’as été», a promis Anatole Collinet Makosso.

Notons que les festivités du centenaire s’étendront jusqu’à la fin de l’année. Par ailleurs, rendant un hommage à ses prédécesseurs, Jean François Kando a remercié le président de la République et son gouvernement pour avoir créé les conditions de la grande commémoration du centenaire de Pointe-Noire, malgré la dureté des temps.

Avec Adiac-Congo par Lucie Prisca Condhet N’Zinga